Ce sapin de Noël était le premier de sa nouvelle vie. Jusque-là, l’arbre sacré des forêts s’était adapté à toutes les époques de son existence, depuis l’enfance jusqu’à la solitude ; en passant par le couple et la famille, changeant de format et d’apprêt selon les circonstances. Mais cette année voyait chez elle l’avènement à l’envers d’un petit sapin aux couleurs d’enfance et d’abandon, rose et blanc. Il lui plaisait, comme il était rassurant ; accueillant son retour en image vivante de ce qui n’était plus, mais de ce qui avait été durant tant de belles années et au plus haut : la douceur, la joie, le partage, le don. Cette mélancolie.
Cependant, ce soir-là, sans que rien ne le laissât présager, à peine rentrée chez elle, dans cette grande maison délaissée, elle sentit une montée de larmes irrépressible et s’effondra en pleurs au simple souvenir d’une boule de Noël, très ancienne. Elle était d’un vert extraordinaire, chargée en pigments émeraude comme une eau dense, mais vibrante incandescence, intense joyau factice ; au-dessus, comme s’il avait neigé, une tombée floconneuse d’un rose pourpre la coiffait d’une coulée de gemmes virant au glacé.