Actualité

#drinkforyou

Ecrit par Lilou le 21 novembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

#drinkforyou

J’imagine parfaitement le bonheur de ces deux-là qui vendredi soir sont allés boire un coup, mater un match de foot, se déjanter les oreilles au Bataclan ou ont préféré flâner menotte droite serrant mimine gauche le long des rues de la liberté guidant le peuple.

Je l’imagine parce que ce bonheur, c’était le mien dans ces mêmes rues parisiennes, à ces mêmes heures du soir et du sourire lumineux jusqu’à mercredi soir dernier, Paris est une fête. U2 dans un Bercy chauffé à blanc, tourisme d’histoire parce qu’il faut bien se remplir la tête de choses intelligentes, se faire mal aux pieds à marcher sans cesse dans les rues de la ville aux milles et une tentations et boire des coups partout pour fêter toujours le bonheur retrouvé et la douceur de l’automne comme de la vie qui file.

Je n’ose imaginer depuis une semaine le silence qui règne dans leurs bureaux ou dans leurs maisons, puisque ces deux-là ne reviendront pas. Bandes de têtes de nœuds, vous avez brisé nos bonheurs. A tous. Mais vous ne briserez jamais nos vies.

Vos vagues meurtrières de janvier voulaient politiser les cibles, enfin voulaient fallacieusement (comprendrez-vous ce mot ?) nous faire croire que ceux là étaient morts parce que structurellement ils étaient un danger pour la paix de vos grottes et de vos esclavagismes médiévaux. Des policiers, des caricaturistes, des Juifs, de « sacrés dangers » en un mot… Ce coup-ci vous avez frappé ceux-là mêmes qui portaient les millions de pancartes cimentant la devise hivernale de tout un peuple derrière Charlie et les immondes carnages de janvier. Le vendredi 13 novembre, la stratégie n’a pas changé, vous les avez aussi tués dans le dos, vous les avez vus désarmés, innocents des minutes qui tournent les yeux dans les yeux, amoureux incertains d’un soir ou buveurs de bibine devant l’éternel et corrupteurs du temps qui passe. Vous avez vu tout ça et vous avez tiré. Vous les avez tués dans le dos à coup de 7,62, de clous et de boulons, et d’une connerie à méchante haleine. A méchante haleine… Dans le dos… Même un nœud au bout d’une tête aurait pensé à cet instant-là. Que vous dire pour vous dire autrement les choses. Que vous montrer ?

La France et les Français sont restés sidérés pendant ces quelques heures terribles de ce vendredi 13. Et puis, parce qu’il faut bien que le quotidien politicard soigne son retour, la litanie des petits meurtres entre amis est revenue. « Faut bien continuer à vivre » nous disent-ils aussi ! Union politique et pas sacrée donc aussi salubre que les égouts de Paris un lundi matin à l’heure du laitier. C’est à qui mieux mieux, c’est à qui fera le buzz le plus vite dans une sorte de concours Lépine des solutions pour lutter contre le terrorisme. Quelle nouvelle ? Le petit chat est mort avait dit en son temps Molière dont la moquerie des cours royales nous manque tant !N’avais-je pas compris que depuis la nuit des temps, le deuil doit par nature imposer le silence et le respect que nous devons par essence humaine à ceux qui sont partis aussi injustement ? Ne suis-je pas en train de comprendre qu’on se fout donc aussi dans mon pays de ce ferment social qui façonne les âmes, mêmes les plus faibles « on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu », nous rapporte Marcel Pagnol. Les uns qui nous disent ce qu’il faut faire mais qui oublient sans cesse que ce sont quelques-unes de leurs décisions ou de leurs dérives qui ont charpenté la maison du diable dont sont sorties les têtes de nœuds de vendredi. Les autres qui se regardent en silence le nombril depuis qu’en Syrie on tue, on pille, on viole et on assassine 250.000 personnes. Et d’autres qui ne bougent pas d’un iota ni d’une virgule leurs discours et leurs prêts à penser fascisant ou communisant ayant déjà traîné derrière eux des dizaines de millions de morts. Quand allez-vous comprendre que vous seriez bien mieux au bord d’une rivière à tâter de l’Ablette, du Calicoba ou à vous demander si traverser par le fond ne vous irait pas mieux ?

Vendredi. Ensanglanté. Ineffaçable.

Ecrit par Luce Caggini le 21 novembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Vendredi. Ensanglanté. Ineffaçable.

Il était une fois une France heureuse.

Vint un vendredi du Malheur où les roulettes de l’effroi se sont surpassées à faucher une jeunesse innocente, joueuse, joyeuse, un funeste vendredi peu soucieux d’ensanglanter le pays.

Nos amis n’ont pas eu besoin de prendre un bus, le chauffeur de la mort est allé à leur rencontre.

La stupéfaction, la colère, les pleurs, puis un murmure : « Donne-leur le re­pos éternel, Seigneur, et que la lumière éternelle les illumine ». Était-cece qu’ils auraient voulu entendre ? Je ne sais pas. Ce n’est qu’une pensée douce d’accompagnement, un chant de sérénité pour les arracher à l’épouvante de leurs derniers instants avec une brassée de Fleurs silencieuses.

Ah ! Combien je voudrais me couper des mots empestés de colère, faire re­naître la réalité d’avant, parce que c’était mieux avant, sans tout ce qui fait lever les yeux sur tout ce qui entre dans le wagon du métro, tout ce qui bouge un peu trop vite.

« Dio Vi Salvi Regina » en procession, assis en rond, en masse, sans dis­tinction d’appartenance, avec les familles éplorées qu’un colonel Massoud, le lion du Panshir, aurait pu psalmodier juste pour monter en sérénité au plus haut des cieux d’une planète en alarme.

Une plongée au fin fond d’une humanité en pleine tempête soumise à des dis­tributeurs de vies et de morts, dans les eaux floues d’une poignée de reli­gieux corrompus, venus de l’enfer, travestis de lin souillé à vocation meur­trière.

Innommable quatrième prière avant d’aller tuer les jeunesses du Bataclan, les promeneurs attardés dans les rues de Paris au nom d’une religion de la décapitation, de la flagellation, de la lapidation aux accents écailleux.

Le drapeau de l’Islam dans le ventre en miettes de Paris.

Heureux les croyants musulmans qui n’ont pas marché sur les pas de la sourate ouvrante et pénétrante « Au nom d’Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux. Louange à Allah, seigneur de l’univers. Le tout miséricor­dieux, le très miséricordieux, Maître du Jour de la rétribution. C’est toi  que nous adorons, et c’est toi  dont nous implorons secours. Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru ta colère, ni des égarés ». Les Egarés ? c’est-à-dire nous, Les Juifs et les Chrétiens.

Rome était magnifiquement nue pendant l’aventure du mortel incendie de ses murs mais Rome nourrie du lait de la louve mit les morts dans la même maison de la Cité et pleura avec les loups.

Sous l’empire du choc, du traumatisme de chacun de mes sou­venirs d’avant, les bombes sous les paniers de légumes du marché d’Oran (personne à ma connaissance n’ayant traversé la guerre en Algérie dans un fauteuil de cinéma) dans l’effroi, dans la surchauffe du tremblement de mes idées, la main invisible de l’envers de la vie, main aveugle, main de la mort, de la guerre de cent ans, des images s’agrandissent comme des taches.

Dans les forteresses des horreurs, j’ai peur.

Je me suis donc retrouvée ce matin face à mes collégiens

Ecrit par Christelle Mafille, Christelle Angano le 21 novembre 2015. dans La une, Education, Actualité

Je me suis donc retrouvée ce matin face à mes collégiens

Que dire et comment le dire, aussi ? Comment leur dire qu’il ne faut pas avoir peur, alors que moi… j’ai peur ?

D’ailleurs, pourquoi n’aurions-nous pas le droit d’avoir peur ? Du moment que nous ne devenons pas « frileux ».

Alors oui, j’ai fait de mon mieux.

Consciente de la gravité du moment et émue face aux visages graves de nos enfants.

Peur… peur aussi de ne pas être à la hauteur, de répondre de travers. Et le poids de l’attente des parents. Oui, on comptait sur nous pour dire l’indicible.

– On est en guerre madame ?

– On va mourir ?

– Mon père et mon frère vont partir se battre

– Hein que ce ne sont pas des musulmans comme moi ?

Tant de questions, tant d’inquiétude, tant de sagesse aussi auxquelles j’ai essayé, je dis bien, essayé de répondre.

Alors nous avons décidé d’un commun accord que notre façon de résister serait de nous tourner vers des esprits lumineux, cette lumière qu’ils détestent tant. Nous avons fait appel à Molière, avons joué des extraits du Malade imaginaire.

Le théâtre, comme un symbole de la Liberté ; Molière, fleuron de notre impertinence. Un caricaturiste en sorte…

Je pense que mes élèves alors ont compris un des enjeux de la littérature, et de l’art en général. Écrire, jouer, rire pour vivre, pour exister, pour résister aussi. Jouer, lire, pour dire non ; envers et contre tout, et contre tous, aussi.

L’esprit de Molière était parmi nous, j’en suis convaincue et je dois dire que je me suis sentie à ma place, entourée de ces ados qui n’ont qu’une envie : croire et espérer et aussi, être rassurés, enfin.

Enfin, ne pas oublier que comme l’écrivait Pablo Neruda :

« Ils pourront couper toutes les fleurs,

Ils n’empêcheront pas la venue du printemps ».

Parions sur la vie (et si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être)

Ecrit par Myriam Hamouda le 21 novembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Parions sur la vie (et si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être)

Dis-moi, elle ressemble à quoi la vie, vu de tes yeux à toi ? Toi qui n’en finis pas de bondir, de sortir les griffes pour de faux et de ronronner comme si de rien n’était. Toi qui n’en finis pas de t’amuser de tous ces petits riens que les grands cons dans mon genre ne savent plus voir. Toi qui n’en finis pas de te frotter aux gambettes de la vie malgré les coups qu’elle t’a déjà donnés. Dis-moi, elle ressemble à quoi la vie vu de tes yeux de tout petit chaton ? Est-ce qu’elle fait mal parfois quand tu loupes ta dernière pirouette, dis-moi comment fais-tu pour toujours retomber sur tes pattes ? Est-ce que tu t’y sens à l’étroit souvent, dis-moi comment fais-tu pour ne pas me détester d’amocher ta liberté ? Celle à laquelle je tiens comme à la prunelle de mes yeux. Ceux qui se drapent de larmes à mesure que la bêtise humaine l’effrite. Dis-moi, il ressemble à quoi le monde pour que derrière la fenêtre tu crèves d’envie d’aller coller ton museau dedans ? Dis-moi, est-ce que ton soleil brille fort, dis-le moi je t’en prie, mes yeux à moi depuis vendredi ne distinguent plus rien qu’une interminable nuit qui n’en finit pas de tomber. Dis-moi, tu dois me trouver bien bête à laisser le temps filer en chialant sur le canapé, hein ? Toi qui la prendrais bien ma place, pour aller farfouiller dans les moindres recoins du monde, et sûrement que tu les y dénicherais ces foutus fragments d’humanité ; pour aller jouer avec le brouillard et sans aucun doute que tu le dissiperais en même temps que la haine et la peur, et peut-être aussi que t’arriverais à le faire voir aux yeux qui n’y arrivent plus : ton soleil qui brille fort. Dis-moi, y a-t-il quelque chose de mal à préférer être bête parfois, si le genre humain ça ressemble à ça ? Et toi qui regardes par la fenêtre et que je ne parviens plus à lâcher des yeux depuis, je t’assure que si je le pouvais je te la cèderais volontiers, ma foutue place que je ne sais plus occuper qu’à moitié. Alors, je te regarderais baisser la poignée de la porte d’entrée, la claquer entre mon museau et tes pieds. Alors, je miaulerais à la mort à la vie à t’en fendre le cœur, si ton cœur n’était pas déjà pris par ce parfum de liberté dont la cruelle humaine que j’étais se pensait en droit de te priver. Alors, je t’en voudrais un peu pour la forme et puis, je retournerais vaquer à mes occupations. Et je n’en finirais pas de bondir, de sortir les griffes pour de faux et de ronronner comme si de rien n’était. Et je n’en finirais pas de m’amuser de tous ces petits riens que les grands cons dans ton genre ne savent plus voir. Et je n’en finirais pas de me frotter aux gambettes de la vie malgré les coups qu’elle m’a donnés. Et le museau collé à la fenêtre, de ce monde en morceaux je ne distinguerais qu’un soleil qui n’en finit pas de briller. Et de mes yeux de tout petit chaton, le conditionnel je le mets en bouteille.

Vous aimiez la mort, nous aimons la vie

Ecrit par Soufiane Zitouni le 21 novembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Vous aimiez la mort, nous aimons la vie

Soufiane Zitouni sait de quoi il parle. J’étais sans voix.

 Soufiane Zitouni partage la voie de la vie. La voix de Soufiane Zitouni est légitime. La mienne l’est à peine. Cette voie de la vie est la seule réponse possible. Elle est fragile mais elle appelle au partage. Car la vie se partage. C’est sa condition et son but. La mort vient du dehors pour Spinoza et Deleuze. Nous le vivons. Je ne sais pas si c’est bien ainsi, mais c’est ainsi. Merci Soufiane, je suis fier d’avoir été un de tes professeurs. Un autre aurait sans doute mieux fait le travail. Continuons à partager.

Didier Bazy

 

Chers terroristes,

Oui, dans notre monde de mangeurs de pain et de buveurs de vin, nous considérons que même des criminels barbares comme vous méritent qu’on les qualifie de « chers », parce qu’on ne vous réduit pas à vos actes et que vos vies valaient plus que vos vices. Nous essayons d’être civilisés comme vous avez essayé d’être barbares, et ce n’est facile pour personne. Quelle angoisse et quelle souffrance vous avez dû ressentir quand vous avez revêtu votre gilet plein d’explosif. Le communiqué de votre secte de fous nous a informés que vous aviez divorcé de notre bas-monde parce que vous aspiriez au martyre et à l’au-delà d’Allah. Mais tout le monde sait qu’un divorce, une séparation, ce n’est jamais facile. Comme vous avez dû souffrir de cette séparation. Votre prophète Mahomet aurait dit à ce sujet : « Le divorce est l’acte licite le plus détesté d’Allah ». Mais je ne crois pas qu’il pensait à des attentats suicides quand il a dit ça. Pourquoi haïssiez-vous tant notre bas-monde ? Que vous a-t-il fait pour que vous le détestiez à ce point ? Plus je pense à vous, plus je crois que le nerf de votre guerre perverse était l’envie, la jalousie. Je vous perçois comme des pauv’ types infiniment malheureux.

Malheureux en amour, « heureux » en armes. Je vous vois aussi comme des gosses que les jeux vidéo violents ne suffisaient plus à distraire du vide sidéral de leur existence. Alors pour retrouver l’adrénaline qui vous manquait comme l’héroïne manque au junkie, il vous fallait aller plus loin, passer de l’autre côté de l’écran et devenir vous-mêmes les personnages virtuels que vos joysticks animaient frénétiquement dans des combats fantasmés où vous étiez les plus forts et les plus beaux, mais en rêve seulement. Quand vous êtes passés de l’autre côté du miroir, les futurs martyrs écervelés que vous êtes devenus ne se sont pas demandé une seconde qui allait jouer avec leurs vies désormais. Je vais vous le dire aujourd’hui, même si c’est trop tard. Vos commanditaires sont des mangeurs de chair comme les Cyclopes et autres Lestrygons. Chair sonne comme cher. Vos gourous ont fait de vous de la chair à canon dans leur monde inhumain d’anthropophages alors que vous auriez pu être nos chers concitoyens d’un monde humain, juste humain. Maintenant, vous n’êtes plus rien tandis que nous sommes vivants. Tristes mais vivants. Vous avez voulu mourir jeunes parce que vous n’aimiez pas votre vie et la vie en général. Nous voulons vivre vieux comme Ulysse parce que nous aimons la vie. Voilà ce qui distingue le monde humain du monde inhumain. Nous aimons notre vie mortelle, aussi tragique soit-elle. Vous la détestiez. Pourtant, il n’y a pas d’autre vie possible pour les mangeurs de pain et les buveurs de vin que nous sommes. Et c’est très bien ainsi.

Je t’interdis d’aller faire la guerre…

Ecrit par Sabine Aussenac le 14 novembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité, Histoire

Je t’interdis d’aller faire la guerre…

Chaque fois que je descends du 16, je jette un coup d’œil au Monument aux Morts de l’avenue Camille Pujol, dont les discrètes mosaïques ornent la façade de l’école primaire…

Souvent, je ne vois rien, un peu courbée par une journée ordinaire, ou pressée de rentrer vers le calme de notre écrin de verdure de la Place Pinel. Mais parfois je prends le temps de conscientiser ce lieu de mémoire et de lire quelques noms, qui, soudain, quittent le marbre éternel et l’anonymat de l’Histoire… Une lecture silencieuse qui, entre un caddy chargé de cours ou de courses, un repas à préparer, des copies à corriger, un texte à écrire, des parents à appeler, se fait mémorielle, comme si cette seconde de lettres assemblées permettait la corporéité fugace d’un nom oublié depuis des lustres…

Hier, j’ai prêté une attention particulière à Pierre Montels, disparu le 20 août 1918, à Arthur Bourgail, tombé le 5 novembre, et aux huit autres noms dont les propriétaires ont été fauchés par la Grande Guerre dans les toutes dernières semaines de barbarie… Ces dix pauvres garçons, qui, par un clair matin d’été ou par une soirée embrumée d’octobre, si près de cette journée où un wagon devint symbole de paix retrouvée après l’armistice, ont succombé à quelques encablures de la délivrance, comme, bien des années plus tard, ma petite Anne disparut peu avant la libération du camp de Bergen-Belsen.

En Allemagne, justement, en cette année 1918, de tout jeunes gens tombèrent, eux aussi ; au hasard du net je trouve ce Philipp Süglein ou ce August Schmäling, âgés de 19 ans à peine… Et je ne doute pas que des centaines de tirailleurs sénégalais et de combattants nord-africains soient tombés, de la même façon, dans les dernières heures des combats, puisque 63000 hommes avaient encore été recrutés en Afrique Occidentale pour la seule année 1918, malgré l’hécatombe du Chemin des Dames où certains « bataillons noirs » avaient pourtant perdu plus de trois-quarts de leurs effectifs…

Hier, me figeant un moment devant le Monument aux Morts de mon quartier, avant les commémorations officielles, je me la suis imaginée, la jeune fiancée de Pierre Montels, qui habitait peut-être une petite « Toulousaine » dans quelque village aux briques roses, effondrée de douleur en ce 11 novembre 1918, quand les cloches de l’église sonneront d’allégresse alors qu’elle hurlera sa douleur non tarie depuis l’été, quand le glas avait résonné pour Pierre… S’appelait-elle Augustine ? Ou Victorine, ou Marie-Louise ? Elle se souviendra longtemps de l’unique baiser échangé sous le pommier du verger de son père, quand le beau Pierre lui avait juré qu’il resterait en vie, avant que la boue ne recouvre son cadavre mutilé en quelque baie de Somme…

Négocier plutôt que travestir l’Histoire

Ecrit par JCall le 31 octobre 2015. dans Monde, La une, Actualité

Négocier plutôt que travestir l’Histoire

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a dépassé les bornes, en insultant dans une même phrase le peuple juif et le peuple palestinien.

Il y a 20 ans déjà, il osait s’afficher dans des manifestations où le Premier ministre d’alors était caricaturé en nazi, et prenait par là-même sa part de responsabilité dans le destin tragique qui allait être celui d’Itzhak Rabin. Il montrait déjà sa propension à instrumentaliser la Shoah à des fins politiques à courte vue.

Aujourd’hui, la seule réponse de Benyamin Netanyahou à la violence qui embrase Israël et la Palestine, est de « nazifier » les Palestiniens, en les assimilant tous au sinistre Mufti de Jérusalem Hadj Amin al-Husseini, et par là-même de les disqualifier en tant que partenaires possibles pour apaiser les violences.

Paralysé par son impuissance, incapable de reconnaître sa part de responsabilité dans la cascade de violence qui se répand dans la région, il en vient à insulter la mémoire du peuple juif en travestissant l’histoire au nom de ses intérêts, et en exonérant Adolphe Hitler de sa responsabilité dans le déclenchement de la Shoah.

Qui aurait imaginé qu’un jour, un Premier ministre de l’État d’Israël se verrait infligé un rappel à l’ordre sur la vérité historique de la Shoah par un gouvernement allemand ?

Ce comportement indigne et ses conséquences prévisibles doivent susciter l’atterrement et l’indignation des Juifs d’Israël et de la Diaspora.

Adepte de postures de défenseur de la sécurité des Juifs dans le monde, Benyamin Netanyahou contribue au contraire à l’accroissement de leur insécurité, en attisant partout les conflits entre Juifs et Arabes.

Son incapacité à prendre la moindre initiative pour mettre fin au conflit israélo-palestinien, son arrogance et son aveuglement entretiennent l’hostilité vis-à-vis de l’État d’Israël, contribuent à son isolement et aux tentatives de le délégitimer.

On ne mettra pas fin à la violence par la violence, mais seulement par un retour courageux à la table de négociations avec une volonté sérieuse des deux parties d’aboutir aux compromis nécessaires.

JCall, le 25 octobre 2015

Faut-il qu'Erdogan soit le visage de la Turquie ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 octobre 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Faut-il qu'Erdogan soit le visage de la Turquie ?

Recep Tayyip Erdogan, président de la République turque. Un faux air de notaire britannique qui a su – voilà quand même pas mal de temps – appâter sa Turquie, en proposant un étrange mixte de richesse socio-économique (économique surtout), à l’occidentale, ceinturée par de « bonnes et saines valeurs » religieuses. Début du film, années 2000 débutantes. L’homme fut 1er ministre de 2003 à 2014. Croissance au beau fixe ; modernité de film hollywoodien. Tant de choses étaient alors turques dans nos vêtements, ou objets divers, et, qui, à l’époque, n’était pas, chez nous, venu humer les bords du Bosphore, Sainte Sophie en gloire, les palais des Mille-et-une-nuits, cet air d’Orient express, mâtiné pour les plus âgés des récits de Pierre Benoit. La Turkish-Airlines ne quittait pas nos ciels, et Erdogan, tout sourire montrait la voie de l’entrée dans l’Union Européenne. Pas un dîner en ville ici ne finissait sans qu’on ait ferraillé, pour ou contre la Turquie et ses plus de 70 Millions d’âmes (77 à ce jour) dans l’UE. Je me souviens, du coup, combien nous tenions à cette entrée symbolique de ces Turcs non intégristes, modernes et musulmans. Presque parallèle au 11 Septembre, le ragoût turco-Erdogan nous paraissait mangeable. On sentait même comme un lointain parfum de république Kémaliste ; on se souvenait vaguement d’Atatürk. Pour autant, l’opposition de gauche laïque manifestait avec le courage de bien peu ailleurs, contre les voiles autorisés dans les Universités, en posant sur les fenêtres d’Istanbul des bougies ; belles « Lumières turques » que nous avons une fin d’été partagées ! Erdogan, matois, laissait filer ces critiques au motif qu’il aurait été un « démocrate musulman » là, où, en Occident, il y avait bien des démocrates chrétiens. Conservateur, pour sûr, porte-drapeau d’une bourgeoisie montante, qui voulait bien que « la religion reste dans le champ privé », ce qui était notre demande réitérée. A l’Est, les Kurdes, du PKK, recevaient des garanties, de nature à apaiser cet injuste et quasi éternel conflit. Une chaîne de TV était ouverte en langue kurde, on parlait du statut de la langue, voire de la culture, dans les écoles… Chez nous, ça soufflait un peu dans les cinémas d’art et d’essai, où Le troupeau et Yol du kurde Yilmaz Güney continuaient, mine de mine, de faire salle comble.

Élu président au suffrage direct, de la république, en août 2014, le chef du parti Justice et développement vint – comme on dit dans le raconté des histoires – à s’essouffler. Croissance ralentie, société plus tendue, montée comme ailleurs des folies intégristes, et djihadistes. Plus à l’Est, la terre tremblait depuis si longtemps, le son de la mitraille se rapprochait, et l’Irak, embourbé, et la Syrie, bien sûr… Sur fond de Kurdistan bougeant – le grand objet géopolitique de ces dernières saisons ne fut-il pas le peuple Kurde ? Ankara, ces mois derniers, oscilla entre un rapprochement avec Téhéran et Moscou, n’oubliant pas pour autant sa traditionnelle alliance avec le « camp occidental » ; tête de pont de la parole Otanienne en bordure du Proche-Orient. Plus que périlleuse, la politique turque, ces temps-ci ! Difficile à jouer cette partition qui fait d'elle – et depuis, longtemps – une interface. Précieuse, incontournable, qui devrait comme le veut l'emploi, la fixer dans un immobilisme partisan, et lui interdire au fond d'être un acteur franc. Or, c'est bien de ce changement de position qu'il s'agit : les Turcs veulent agir, dire leur mot, être vus autrement qu'un territoire utilisé par d'autres. Ankara veut peser, au même titre que Téhéran, agir comme grande puissance régionale, en capacité de faire bouger l'Histoire. Depuis en gros 2014, la parole de son président s'est faite  largement plus islamophile, bâillonnant les confettis douteux de laïcité qui émaillaient les discours officiels. On peut y voir une volonté de se dessiner aux yeux des partenaires occidentaux, autant que de son peuple.  Affichant, à satiété,  l’incontestable autoritarisme qui – cela, au moins, c’est du sûr – risque d’être la marque de fabrique d’Erdogan dans les pages d’Histoire.

Vers une troisième intifada ?

Ecrit par JCall le 17 octobre 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Vers une troisième intifada ?

Nous ne sommes hélas pas surpris de voir une situation où une nouvelle fois les territoires occupés sont au bord de l’explosion. Depuis longtemps nous répétons que n’offrir comme seule perspective politique aux Israéliens et aux Palestiniens que le maintien du statu quo, comme le fait depuis des années Benjamin Netanyahou, c’est jouer avec le feu. Imaginer qu’Israël et la Cisjordanie puissent être un ilot privilégié de stabilité et de sécurité dans une région en plein chaos depuis quatre ans, c’est encore faire preuve d’une cécité dangereuse.

Maintenant qu’un nouveau degré dans la violence a été franchi avec le meurtre de Eitam and Naama Henkin, assassinés devant leurs quatre enfants sur une route de Cisjordanie la semaine dernière, puis celui de Juifs poignardés alors qu’ils se rendaient avec leur familles au Mur des lamentations le septième soir de Souccot, tout le monde craint une nouvelle intifada. Mais ces actes de terrorisme, commandités probablement, au moins pour l’un d’entre eux, par le Hamas, ainsi que la multitude d’incidents qui émaillent chaque jour qui passe, ne font que refléter le désespoir de la population palestinienne qui, comme chaque fois, fait le jeu des extrémistes.

Mais tout en condamnant avec force ces actes de terrorisme, ce que n’a pas fait Mahmoud Abbas, nous ne pouvons ignorer la succession d’évènements qui les ont précédés : la poursuite continuelle de la colonisation, la mort de plusieurs Palestiniens tués au cours des derniers mois par l’armée, comme celle d’Ahmed Khatatbeh dont la surdité l’avait empêché d’entendre l’ordre de s’arrêter à un barrage, la non-arrestation des responsables de l’attentat de Douma où une famille palestinienne a été brûlée vive alors qu’aux dires mêmes du ministre de la défense, ils sont connus de tous… Il est temps de tirer une conclusion de cette litanie sans fin où chaque camp oppose ses propres victimes à celles de l’autre.

Malgré tous les appels au calme qui commencent à se faire entendre du côté de l’Autorité palestinienne qui, critiquée de plus en plus par sa population, avait depuis plusieurs semaines encouragé les manifestations sur le Mont du Temple, la situation risque à tout instant de dégénérer. Le premier ministre israélien, critiqué par ses alliés d’extrême-droite, et même au sein de son propre parti, a de plus en plus de mal à contenir ses extrémistes. Dans le contexte actuel, alors que des incidents se sont produits à Jaffa, il y a tout lieu de craindre les conséquences d’une troisième intifada qui ne ferait le jeu que des forces islamistes dans la région.

Syrie ; la carte française

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 octobre 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Syrie ; la carte française

Et Daech de nuire encore et encore, pile sous le feu des média. Palmyre et son arc de triomphe, ces heures-ci, par exemple ; ils en ont mesuré le spectaculaire depuis longtemps, pensent que ces « Antiquités » ont le pouvoir, plus que tout, de nous remuer. Ils savent, ces gens-là, comment « nous parler ». Nous terroriser, évidemment, aussi, menaçant (jour après jour, dit le Quai) la main sur la grenade. Daech, le digne fils – plus moderne, plus armé, plus réel dans nos imaginaires au final, par son travail de construction d’un État quelque part sur les cartes – d’Al-Qaïda, une vraie et constante Grande Peur de l’Occident à lui seul.

Alors, lutter contre Daech, chez nous – vigilance orange de chaque matin, c’est clair – là-bas, sur le terrain militaire (au sol ? ou plus haut), se coltiner à ces hommes en noir, juchés, toutes bannières-suie déployées, sur leurs pick-up, leurs chars et… leurs missiles. L’enfer des tympans de notre Moyen-Age, revenu. La guerre incontournable.

Un affrontement qui ne devra pas être ce temps long, presque suspendu, interrogeant sur son efficacité ou sa contre-productivité, de la présence occidentale en Afghanistan, qui ne devra pas bavarder à l’infini, sur le contenu et l’amplitude de X coalitions, avant que de se noyer dans la vaste mer des procédures, des façons, et des limites ! Ah, les limites…

Là, on est dans l’urgence. D’agir. Ce qui, hélas, ne protège pas des précipitations ni des mauvais chemins. Pour ne rien dire des voies sans issues.

Agir, mais avec qui ? Si l’on veut bien de mémoire consentir le courage et la détermination qu’il a fallu à F. Hollande, un jour d’hiver passé, pour – quasi seul contre tous – faire donner ses troupes au Mali, pour protéger le sol sahélien, certes, mais bien autant les rues de nos villes de la nouvelle Peste brune. Si votre mémoire est encore assez vive pour ranimer le souvenir – un été, cette fois, pas si loin – de la ferme volonté de la diplomatie française d’aller voir de près cet État Islamique alors à ses débuts, que jamais Hollande – avec quelle justesse symbolique – n’a nommé autrement que Daech. L’Amérique se disait prête ; Obama recula (pas banal) mais l’honnêteté exige qu’on se souvînt que son Congrès en est le premier responsable. Depuis, de mouvantes coalitions – passant presque au panier dans les média – s’agitent sur le sol Irakien – le sol quasi natal des Djihadistes Sunnites. Gênant, probablement, les ambitions de Daech, mais, pourrissant aussi dans le marigot d’un Irak en proie à ses démons d’origine : l’éclatement en marche, à l’ombre des conflits inter-groupaux, notamment inter-religieux. Seulement, réellement ? confronté à l’opposition héroïque des Kurdes, Daech, on le sait, depuis, s’approprie des pans entiers de l’État Syrien, que sa guerre civile interminable fragilise à n’en plus finir.

Aussi, carrefour géopolitique de première importance que les évènements actuels ; cartes rebattues. Comment fabriquer la « bonne » coalition, suffisamment cohérente et forte pour abattre – ici, au moins, ici, pour commencer – les hordes noires ? C’est alors, dira peut-être l’Histoire, que l’Occident pût découvrir une carte majeure ; l’entrée dans la danse de la Russie de Poutine. Cette « puissance faible » dont ma recension de la revue de politique étrangère de l’IFRI, début Septembre, vous a tenu informés. Une Russie bien décidée à revenir bruyamment dans le jeu international du Moyen-Orient – son lieu d’accès, après la Crimée, l’Ukraine, aux mers chaudes – à se faire voir et mesurer comme une grande puissance nouveau-style, qui a nom Russie, et qui veut ouvrir boutique, à son compte, loin de tous les souvenirs de L’Union Soviétique. Dans ses valises, une autre carte, bien gênante, on en conviendra, qui s’appelle Bachar El-Assad ; pas moins. Le deal est net : pas de coalitions sans le boucher de Damas, ses quelques 250.000 morts en bandoulière… Bouche bée, les diplomaties occidentales mesurent, mégotent, observant celui-là, qui, depuis tant d’années, combat l’ennemi Daech au-dedans de chez lui, se donnant – l’air matois – la vêture du pourfendeur du pire, du choléra face à la peste, du choix de Staline contre Hitler (rappelé de sa voix douce par « notre » Hubert Védrine, qu’on a connu plus inspiré). S’allier ? (pour un temps) avec ce diable camouflé dans ses costumes à l’occidentale, parlant anglais comme les livres de ses études, contre ces diables en djellaba, hirsutes, éructant un langage de tribu barbare. Étranger, au sens romain ; celui dont je ne connais rien… Accepter celui qui nous ferait moins peur. Et, pour cela, se voiler la face sur les crimes contre l’humanité ou pas loin, de la carte gênante. D’autant – et, là, ce n’est pas mince – que l’Iran, enfin revenue dans le concert des Nations, Chiite, à grand bruit, pourrait être de la partie. L’Iran, la grande puissance régionale…

<<  1 2 3 4 [56 7 8 9  >>