Actualité

Femmes… quelques-unes des miennes…

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 mars 2014. dans La une, Actualité, Société

Femmes… quelques-unes des miennes…

Non, ce n’est pas pour cette journée – des animaux, du miel-bio... des femmes. Journée des hommes, quand ? Je prépare ma gerbe ?

Horripilant « posé » sur le calendrier, comme pour s’en débarrasser, une fois l’an, pour repartir, armés – mieux peut-être – vers le mépris, l’utilisation, l’instrumentalisation, le rire gras, les coups bas, ou les coups tout court… On sait… Étrange son de commémoration, comme si le peuple des femmes était mort ! Non, ce n’est pas pour le 8 Mars, mais c’est quand même cette date qui s’affiche ce jour sur notre Reflets… Donc !

 Quelques-unes… les mêmes que toi ? Et, toi, qui dis : pourquoi a-t-elle oublié celle-ci ? Je n’oublie rien, je laisse venir… des prénoms en vrac, comme autant de pétales – rouges souvent – divaguant, surnageant, survivant, toujours.

Antoinette, particulièrement cette année… la constance de son combat presque institutionnel, vieillissant avec nous, mais d’abord, chez moi, Simone : un «Deuxième sexe  », dans ma bibliothèque, livre corné, souligné, presque abimé depuis ce 68, où il m’accompagna – viatique de chaque souffle… Simone, l’autre, et pour la contraception, et, surtout, pour la femme/conscience revenue d’Auschwitz… et j’en vois encore une autre, là-bas, celle d’Yves – yeux clairs de Casque d’or malgré la vie et les ravages.

Danielle, celle des camps, qui aurait pu entrer avec Germaine et Geneviève, au Panthéon dont je vous parlais la semaine dernière… l'autre Danielle, la militante,  celle de François, image vivante et claire des valeurs portées.

Quelque part, cette Olympe, qui voulut en ces temps de libération de l’homme, une Déclaration des Droits de la Femme, qu’on salue, pour le courage, mais en devinant que ce chemin de sexes séparés, comme espèces ennemies, ne mènerait pas loin…

Les 4 choix de F. Hollande

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 mars 2014. dans La une, Actualité, Histoire

Les 4 choix de F. Hollande

Ils sont 4, ces mousquetaires de la mémoire, tous pour un, accrochés aux valeurs les plus hautes : la Résistance et les droits de l’homme…

Tous, ils ont vogué au plus fort des tempêtes sous le drapeau du chef, Charles de Gaulle, disant – et, on n’y revenait pas : « Résister, c’est savoir dire non ! ». Tous, absolues images – modèles, plus qu’icônes immobiles – pour servir au façonnement des petites têtes des écoles, ouvrant les yeux sur les valeurs. Des dieux, ces 4-là ? Vous n’y songez pas ! Des hommes et des femmes portant haut ce nom d’« humanité ». Celle qui chante le courage et le front fier. Celle qui ressemble à chacun, en idéal, et, qui du coup, nous donne à penser : ils l’ont fait ! On peut donc essayer, vouloir…

Deux hommes : Jean Zay, Pierre Brossolette. Deux femmes : Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

Prérogative – magnifique outil – de la Présidence de la République, que de dire : ceux-là sont dignes d’entrer au Panthéon ; ils « sont » la France ; ils « sont » la République !

Mais, le choix, mais le tri ! Celui-là, et pas celui-ci ! Celle-ci plutôt que celle-là ! Un pesage d’orfèvre, où chaque once de « pourquoi lui » ajoute ou retranche les points qui, au bout, accouchent de l’élu.

On vous aura reconnu, monsieur le Président, derrière votre balance : l’Histoire, la Résistance, mais aussi l’intellectualité, et la liberté. Le goût et le besoin d’honorer la politique… le chemin, donc – François Mitterrand aurait apprécié. Et puis, bien sûr, la parité ! où, au Panthéon, elle murmure encore bas.

Sans doute, vous aura-t-il fallu battre d’autres cartes, avant de les abattre, celles-ci, sur notre table démocratique. On les devine : donner un portrait de la Résistance, sans laisser dans l’ombre trop de visages ; sans commettre d’erreur – d’oubli, fatals à l’équilibre de ce qu’elle fût ; faire ce devoir d’Histoire, en pensant à aujourd’hui, et, notamment aux forces politiques de votre majorité et bien sûr de l’opposition – démocratique, s’entend. Les Gaullistes, oui, lesquels ? les Socialistes ou radicaux, qui ? Les Communistes – fort contingent de résistants ; qui prendre dans le lot des méritants ? Pourquoi Jean Zay, et pas Georges Mandel ? ou Léon Blum ? ou Marx Dormoy ? et… côté femmes, pourquoi laisser à la porte une Lucie Aubrac, une Marie-Claude Vaillant-Couturier, ou une Danielle Casanova… Dans ce ballet des ombres, le courage, la vaillance et le marquage de route ne manquent certes pas, et je suppose – vous connaissant – que chaque nom « reposé » a dû vous coûter !!

Quand les peuples se lèvent...

Ecrit par Martine L. Petauton le 22 février 2014. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Quand les peuples se lèvent...

...Et, que du coup, se lèvent aussi l'émotionnel, et son doux cortège de compassionnel. Nous,  unanimes dans l'effroi, après l'avoir été dans le partage d'enthousiasmes, tout autant d'un seul bloc ! Un pour eux tous, et de ne pas y regarder de si près dans le pot où mijote telle ou telle révolution.

 Il est question de nous – pas sur les barricades, mais devant nos TV, dans le meilleur des cas, un vague journal en mains. Nous sommes ces jours-ci, ailleurs que dans le froid de Kiev ; nous ne sommes que des « citoyens-regardeurs ». Sachons ce que nous sommes, modestes et peu activés pour lors.  Trop tôt pour le recul ; l'analyse commence juste à se mettre en place ( les évènements d'Ukraine, dont les images frappent à notre porte, chaque JT que je ne sais qui fait, n'ont d'âge – face active du moins, que d'à peine 2 mois).

  Nous – notamment, Européens et Américains forcément moins bruyants – c'est où, l'Ukraine ? avons le nez sur la mitraille et sur ce nez, la poudre qui va avec. On n' y voit pas très clair ; c'est par où, la vérité ? Et le côté « définitivement  juste » ? ( les «  gentils », disait quelqu'un dans FB, il y a une pincée d'heures, avec un rien de brutalité, mais aussi la pertinence qu'il faut !),  va-t-on signer de suite et devant notaire, son identité ? Sera-t-elle validée, cette pseudo vérité, par les semaines qui vont suivre, et par l'Histoire, après ? Méfions nous toujours, cette Histoire, de la fabriquer trop tôt, de l'écrire, fumante. Méfions nous de ces élans – un peu toujours les mêmes – et viva Khomeiny ! Et en avant, toute et que pas un ne manque pour soutenir Lech Walesa … quelqu'un le signalait du reste via FB, là, aussi - «  faut voir comment il a tourné ! ». oui, parce que tout ça «  tourne », et souvent, vite. Loin de moi, pour autant, l'idée de dire : silence, et attendons la suite !  Nous nous positionnons, ici et maintenant, sur ces faits ou ces autres ; avoir en tête que la vérité sortant du puits ne mange pas de ce pain là, est, si nous sommes vaguement citoyens, vital.

Car – me direz-vous, ne rien dire ! aucun hourra ! Aucun encouragement – de la voix et de la plume, et même, modestement, par un like-FB,  pour ces peuples qui se lèvent – mélangés, c'est certain, mais dont la force, les cris, le sang ( encore un mot très «  facebooké » ces heures dernières) nous happent, nous interpellent, nous font pleurer, prier, que sais-je !

Grave pollution à la Bastille

Ecrit par Johann Lefebvre le 01 février 2014. dans La une, France, Politique, Actualité

Grave pollution à la Bastille

« Les gens faibles sont les troupes légères de l’armée des méchants.

Ils font plus de mal que l’armée même : ils infestent et ils ravagent ».

Chamfort

 

« Grave pollution à la Bastille : la chaussée a été souillée par du fumier épandu sous la pluie, la police a comptabilisé 17000 étrons ».

C’est ainsi que je commentais, dimanche 26 janvier 2014, sur Twitter, la manifestation intitulée « Jour de colère » qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes, place de la Bastille, à Paris. Composée de multiples mouvements collectifs et d’individualités relativement variées, nous pouvions cependant y déceler un socle commun, assez répandu en France, mais qui était là porté à son paroxysme, sous des slogans et des bannières nauséabonds. Typiquement, nous avions sous les yeux une xénophobie, à prendre strictement sous son sens étymologique : la peur de l’autre, de ce qui est étranger, différent de soi. A cela s’ajoute une bonne couche maussade alimentée par une compulsion comparative. L’art du français moyen consiste à regarder comment ça se passe chez l’autre, chez son voisin, y déceler des avantages, des vertus ou des privilèges que lui n’a pas à sa disposition. Ça excite sa jalousie naturelle, puis ça l’exacerbe, il se plaint de ne pas bénéficier des mêmes faveurs. Il se plaint, toujours reluquant chez son prochain pour constater que ce dernier n’a pas nécessairement les mêmes difficultés, et pire, qu’il s’en sort beaucoup mieux… Par un étrange processus psychologique, il va alors considérer cette différence comme un défaut. Il va même en faire d’abord le défaut propre à son voisin (la paille dans l’œil du voisin, la poutre dans le sien…), alors qu’à l’origine c’était bien une qualité ou un avantage qu’il reluquait – pour le déplorer. Et ce défaut, qu’il va constater un peu partout, il va ensuite en faire un défaut général, étendu à la société entière.

Vous avez compris. Reste à trouver les responsables d’un tel état de faits intolérable, car cet abruti jaloux va prendre, au sein de la société mais également au sein du moindre groupe social auquel il appartient, toutes les différences pour des inégalités, obligatoirement produites par un groupe ou des intérêts spécifiques.

Dies Irae ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 février 2014. dans La une, France, Politique, Actualité

Dies Irae ?

Le titre même de la manifestation signe le contexte confessionnel dans lequel elle a été conçue. Béatrice Bourges, la figure de proue du « Printemps français », nom choisi par analogie aux « Printemps arabes », avait clairement laissé entendre qu’ils n’en resteraient pas là : le combat continuerait.

Il continue avec un objectif ouvertement « révolutionnaire » : chasser Hollande. Le leitmotiv, pour ne pas dire l’unique slogan, se résume en ceci : « Hollande dégage ! ». En guise de justifications, se bousculent toute une série de thèmes, comme le « matraquage fiscal », la défense de la famille (promue par les anti-loi Taubira), voire même de l’identité française (Bloc identitaire) ; même les « bonnets rouges » et Dieudonné apportent leur caution et leur soutien.

Ce remake du poujadisme (« sortez les sortants » hurlaient les affidés de l’Union de défense des commerçants et des artisans, dont Jean-Marie le Pen, qui fut élu, pour la première fois, aux élections législatives de 1956) obéit à la logique institutionnelle : le centre du pouvoir – de la IVème à la Vème république – s’est déplacé de l’assemblée nationale à l’Elysée : il n’y a donc plus qu’UN sortant à sortir : le président, et de quelle manière ! Les formules exécratoires de cette liturgie médiévale des défunts trahissent presque une volonté de maudire : « maledictis, confutatis, flammis acribus addictis », « Que soient confondus les damnés, voués aux âcres flammes ».

Les portes de l’enfer s’ouvrent donc devant François Hollande… Cela fait penser aux prières de malédiction prononcées par le rav Yossef Ovadia à l’encontre d’Ariel Sharon, chef du mouvement ultra-orthodoxe Shas, peu après l’évacuation de Gaza par les Israéliens : « Dieu le frappera une seule fois et il mourra. Il dormira et ne se réveillera jamais ». Quelque temps plus tard, Sharon tombait dans le coma, pour ne jamais en sortir…

Gageons que, pour sauver son âme, Hollande récitera avec ferveur la suite du poème : « voca me cum benedictis », « Appelle-moi parmi les bénis ».

Dans « Borgen »… Dans « Hollande »…

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 février 2014. dans La une, France, Politique, Actualité

Dans « Borgen »… Dans « Hollande »…

« Borgen, une femme au pouvoir », série danoise – remarquable à tous points de vue, proposée il y a peu par Arte. Vous connaissez ?

Leader décidée, compétente, mais en rien surnaturelle ni surdouée, d’un Parti Centriste, parvenue – parti charnière oblige – dans les hautes sphères du pouvoir, jusqu’au poste de Premier ministre, Borgen (magnifique interprétation de Brigitte Nyborg) – on l’appelle comme ça, comme chez nous on y va d’un Hollande ou d’un Sarkozy, foin de la politesse institutionnelle – va d’épisode en épisode se frotter aux difficultés, sans doute plus qu’aux délices, de la déclinaison du verbe gouverner… Gouverner, mais pas que ! Elle fait aussi dans le « aimer », « cuisiner », « écouter les gamins ». Bref, là-bas, et forte résonance sur ce qui nous titille actuellement, le Premier ministre a une vie privée, qui ne la ramène pas à tout bout de champ, et qui se fond presque naturellement avec son bureau de ministre… le « normal », tout comme l’anticyclone, serait-il remonté vers le Nord ?

Parce que, dans la série qui brouille nos ondes à nous, « à’c’t’heure », ma pov’dame, c’est pas pareil ! Dans « Hollande, un homme au pouvoir », on finirait par ne plus voir ou entendre qu’une vie privée versaillaise à souhait – ballet des favorites, et répudiation au menu. Cela, on en sera tous d’accord, amplifié – au niveau de l’odeur – par les Tartuffes (« cachez-moi ce sein de Gayet que je ne saurais voir ») et hypocrites de tout poil – média et voyeurs mélangés.

Aux antipodes, notre Borgen et son fonctionnement scandinave à bas-bruit, où – faut-il le rappeler – l’endroit du pouvoir est un ensemble de bureaux, qu’on rejoint, quasi anonymes, le matin, la serviette de lourds dossiers sous le bras. Après le « boulot », qu’on a visiblement bien conscience d’exercer pour un temps seulement, on peut rentrer à la chaumine, tourner la salade, crier un brin après le gamin et son carnet scolaire en berne… mais – on s’en serait douté – avoir un peu de mal à entendre (même pas à écouter) le mari – ce Philip, qui, pour permettre l’épanouissement politique de sa dame de fer, a mis sur pause sa propre carrière professionnelle… d’où, du tirage dans le couple, et – je ne sais plus à quel épisode – une rupture, des cris et des larmes, qui nous scotchent par le vrai, pile comme ça, qui s’en dégagent, et cohabitent remarquablement et au centimètre près, avec les soucis politiques du moment. Et de se dire, que chez nous, François (et son cap scandinave, encensé dans Reflets du Temps) l’a voulu, et, patatras, l’a pas fait ; en tous cas, pas complètement, et, là, ça se voit tellement qu’on ne voit plus que ça !

François et François Ne pas confondre un Paris-Rome et le chemin de Damas

Ecrit par Luce Caggini le 01 février 2014. dans La une, Ecrits, France, Politique, Actualité

François et François Ne pas confondre un Paris-Rome et le chemin de Damas

Si certains ont cru qu’une visite papale pouvait changer l’ordre des choses, ils font fausse route.

Ne pas confondre Paris-Rome et le chemin de Damas.

On ne troque pas impunément une robe de bure fut-elle en soie brodée contre un complet veston républicain avec cravate mais sans collier, la laisse sur le pavé.

Il n’en fut pas de toutes les visites présidentielles sur le même mode. A chacun ses mérites et sa cour, les décennies s’occupent du reste.

Au commencement il y eut Charles de Gaulle. Grande noblesse oblige, trompettes de Jéricho pour un chef catholique apostolique et romain. Gendarmes, gardes républicains, gardes suisses, tapis rouge dans la cour intérieure du Palais, grand cordon de la légion d’honneur sur le grand homme, « successeur des rois de France » « ordre suprême du Christ » en bandoulière – le plus illustre de ses fils !!!

Ciel ! Et Toi là-haut que dis-tu ?

La plus haute distribution pontificale – succès assuré pour les portes du Paradis.

Aperçu d’Yvonne en état de grâce juste avant de condamner un certain Bastien Thierry à la peine de mort entre la poire et le fromage !!

Et d’un !

Et de deux

L’antisémitisme black

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 janvier 2014. dans Monde, La une, Actualité, Politique, Société

L’antisémitisme black

Dieudonné inaugure-t-il un antagonisme – nouveau en France – entre juifs et noirs ? On espère que non bien sûr ; mais il existe des signes inquiétants. Malgré une condamnation officielle des propos ouvertement antisémites de l’« humoriste », le CRAN (conseil représentatif des associations noires) critique vertement Manuel Valls, accusé de partialité envers la communauté juive, et préférant lutter contre l’antisémitisme plutôt que contre la « négrophobie » : « Manuel Valls, qui fait de cette campagne concernant Dieudonné une affaire personnelle, semble aujourd’hui organiser une véritable chasse à l’homme, qui ne fait que renforcer le climat de racisme, d’antisémitisme et de négrophobie dans notre pays », a indiqué Louis-Georges Tin, le président du CRAN. « Tant que Manuel Valls continuera dans sa politique du deux poids-deux mesures, il sera objectivement le pompier pyromane qui amplifie de fait la violence qu’il prétend combattre », a conclu Guy Samuel Nyoumsi, vice-président du CRAN. On n’est pas loin de la rhétorique « dieudonnesque » sur le fameux « lobby » et son influence irrésistible dans les médias et les milieux politiques… Ira-t-on jusqu’à une situation à l’américaine ?

La judéophobie spécifiquement noire (distincte donc de l’antisémitisme « ordinaire », qui a sévi là-bas comme en Europe, même si ce fut de manière moins virulente) a, outre-Atlantique, une histoire ancienne. Au départ, les uns et les autres étaient alliés dans une organisation intitulée (son nom même ferait frémir certaines âmes « républicaines » en France) : « National Association for the Advancement of Coloured People » (NAACP), « association nationale pour la promotion des gens de couleur », fondée en 1909 par des juifs allemands. Son idée était, en fait, d’unir les minorités ethniques, susceptibles d’être victimes de discrimination. Mais, dès les années 20, les juifs, n’étant pas considérés comme des « coloured people », mais comme se situant davantage du côté des WASP (white anglo-saxon protestants), une détestation alors se fit jour, emmenée par un pronazi, Marcus Gavey. Celui-ci fonda l’UNIA (United Negro Improvement Association), ouvertement anti-blanche, et exaltant la « supériorité » afro-américaine. Parmi les blancs « inférieurs », les juifs étaient les plus honnis : on les accusait de monopoliser les commerces au détriment des noirs, d’où un appel de Gavey à boycotter les magasins juifs. Gavey se reconnaissait par ailleurs dans l’hitlérisme montant en Allemagne. Dans un journal sympathisant, The Blackman, il écrivit : « Hitler’s ways could make the negro the man he ought to be », « agir à la manière d’Hitler pourrait faire du noir l’homme qu’il devrait être ». Cruelle ironie si l’on pense au mépris absolu dans lequel Hitler tenait les noirs, lesquels occupaient le tout dernier échelon de sa hiérarchie raciale, au point qu’il quitta, en fureur, le stade olympique de Berlin, en 1936, lorsque Jesse Owens, américain de couleur, gagna une épreuve d’athlétisme. Marcus Gavey fut ultimement traîné en justice et condamné pour ses excès. Il sombra dans l’oubli dans les années 40.

Antisionisme, antijudaïsme, antisémitisme

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 janvier 2014. dans Monde, La une, Actualité, Politique, Histoire

Antisionisme, antijudaïsme, antisémitisme

C’est en tant qu’historien que je vais tenter de m’exprimer dans cette chronique, à propos d’une question à la fois fort ancienne et d’une actualité brûlante. En effet, de nos jours, où de nombreux repères culturels et historiques sont souvent soit ignorés, soit confondus, les notions d’antisionisme, d’antijudaïsme, et d’antisémitisme, restent – de plus en plus – utilisées l’une pour l’autre, alors qu’il ne s’agit absolument pas de la même chose ; cela même si, notamment chez une certaine extrême-gauche (pas toute, certes !), il y a eu incontestablement, depuis au moins une bonne trentaine d’années, un glissement progressif de l’antisionisme vers l’antisémitisme. Pour essayer de bien cerner tout cela, il convient de remonter – en ce qui concerne l’histoire contemporaine – à la fin du XIXe siècle, puis, après la « Shoah », à la (re)création d’un État juif en Palestine, précisément durant les années 1947-1948, juste après (et en conséquence de) la Seconde Guerre mondiale. Nous devrons même aller plus loin encore dans le temps, au cœur de l’Antiquité, pour l’antijudaïsme chrétien, bien antérieur à celui, toujours actuel, d’un nombre très important de musulmans.

Expliquons d’abord rapidement dans quel contexte naquit le sionisme. C’est Théodore Herzl, journaliste et écrivain austro-hongrois, ayant vécu entre 1860 et 1904, qui, horrifié par l’Affaire Dreyfus en France (entre 1894 et 1906), et alors qu’il était très hostile à l’idée de reconstruire un État juif pour les représentants de son peuple, finit par en devenir un des principaux théoriciens. Dans ses écrits, journaux, puis livres (notamment « Der Judenstaat », ou « L’État des Juifs »), il considéra désormais comme nécessaire de revenir sur la terre des ancêtres en Palestine (les Hébreux), afin de disposer « d’un abri permanent pour le peuple juif ». Au passage, rappelons que l’Empire turc, dit « ottoman », dominait alors de très nombreux peuples arabes – dont les Palestiniens actuels. Le sionisme des origines voulait donc tout simplement une recréation d’un État juif, selon les critères de ce que les historiens français spécialistes des questions d’identité appellent un « nationalisme d’existence », assez comparable – fait assez troublant, notons-le – à celui des Palestiniens d’aujourd’hui… Rien d’agressif, aucune idée de conquête, à cette époque-là !…

Principe de précaution et jurisprudence

Ecrit par Jean-François Vincent le 11 janvier 2014. dans Racisme, xénophobie, La une, France, Politique, Actualité

Principe de précaution et jurisprudence

L’arrêt du Conseil d’Etat concernant Dieudonné constitue une avancée juridique « révolutionnaire ». En effet, les magistrats de la plus haute juridiction administrative disposent que « le risque sérieux que soient de nouveau portées de graves atteintes au respect des valeurs et principes, notamment de dignité de la personne humaine, consacrés par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et par la tradition républicaine » justifie l’interdiction des spectacles de Dieudonné.

Ils ajoutent ainsi à ce qu’on appelle le « bloc de constitutionnalité » – c’est-à-dire la déclaration de 1789 (qui ne parle que d’égalité « en dignité ») et le préambule de la constitution de 1946 – la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, qui définit ceux-ci comme « la reconnaissance inaliénable de la dignité humaine ». La notion même de « dignité de la personne » fait son entrée en droit français !!

Autre entrée spectaculaire : le principe de précaution. Les fameux « troubles à l’ordre public » visaient les troubles avérés à l’ordre public, et non le simple risque de trouble à l’ordre public. Or, dans l’arrêt, on voit apparaître le concept de « risque sérieux ». La sanction – une grande première – est donc préventive, en application du principe de précaution. Ce qui est acceptable en droit administratif ne le serait cependant pas en droit pénal : comment, en effet, punir « préventivement » ou par « précaution » un multirécidiviste, dont la probabilité de récidive est élevée ? Le droit pénal repose sur la matérialité des faits : ceux-ci doivent être réels et non simplement virtuels.

Par contre la « dignité de la personne humaine », comme élément de droit, pourrait être utile en droit de la famille, pour tout ce qui concerne la maltraitance, aussi bien des enfants que des conjoints.

Reste le célèbre principe de précaution ; jusqu’où peut-on aller pour éliminer le risque dans une société de liberté ? Le droit à prendre des risques fait aussi partie des libertés fondamentales, mais à la seule condition qu’il ne porte pas préjudice à autrui.

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