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Un champ de ruines

Ecrit par Jean-François Vincent le 26 novembre 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Un champ de ruines

« Règlement de comptes à OK primaire », titrait récemment le Huffington-Post. Nous n’en sommes pas si loin. Sarko gît déjà à terre, plombé par toutes les affaires qu’il traîne comme autant de casseroles. Fillon, le 28 août dernier, dans un meeting, en rajouta une louche à l’endroit de son ancien patron, laissant son staff sans voix : « il ne sert à rien de parler d’autorité quand on n’est pas soi-même irréprochable. Qui imagine de Gaulle mis en examen ? ».

Un ultime – mais décisif – coup de grâce lui fut donné par les électeurs du camp adverse. « Les gens de gauche qui sont allés aux urnes pour s’assurer que le vilain petit canard ne pourrait plus voler, peuvent se satisfaire du résultat », écrivait Laurent Joffrin dans son édito du 21 novembre. Et c’est juste ! Je suis du lot. D’aucuns affirment que Fillon leur doit, au moins en partie, son score si inattendu ; d’ailleurs le taux de participation dans les départements traditionnellement de gauche le confirme. Un exemple : 68.655 votants en Haute-Garonne.

L’ancien chef de l’état avait tenté une dernière manœuvre en accablant François Bayrou, soutien de Juppé – qui en 2012 appelait à voter Hollande. Las ! « Notre opération a trop bien marché, concluait une éminence sarkoziste. On a fait le boulot pour Fillon ».

Papi Juppé, quant à lui, sort groggy d’un premier tour qui préfigure une défaite au deuxième. En dépit du tee-shirt optimiste – la « super–pêche » – qu’il distribuait généreusement lors des réunions de sa campagne, il n’a jamais pu se départir de l’indicible fadeur qui exsudait de sa personne pendant les débats télévisés. Prudent, sûr de ses chances (sans doute trop), il jouait la montre, avec bonhommie, attendant que la victoire tombe à ses pieds, tel un fruit mûr. A l’instar de Sarkozy, son espérance présidentielle – sauf demain un renversement de situation fort improbable – s’en est allée. En 2022, il aura 76 ans…

Reste, bien sûr, celui qui a toutes les chances de devenir le 9è président de la Vème république, l’année prochaine : François Fillon. La trahison lui sied à merveille. Après s’être rallié à Sarkozy contre Chirac en 2005, parce que ce dernier lui préférait Dominique de Villepin pour succéder à Raffarin au poste de premier ministre, après le référendum perdu sur la constitution européenne, il a creusé la tombe de celui qui le nomma à cette fonction tant désirée, en critiquant vertement un bilan – ou un non-bilan – dont il était lui-même comptable, ayant été aux affaires pendant cinq ans.

Droite ; mes condoléances…

Ecrit par Martine L. Petauton le 26 novembre 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Droite ; mes condoléances…

Simple comme faire un  billet aux lendemains de la Primaire de Droite ; saison 1, certes, mais que va nous apprendre de plus la saison 2 de dimanche en huit ?

Je n’ai évidemment pas sorti mon parapluie hier, pour aller mettre mon nez de Gauche dans les affaires de la Droite, et le garderai itou au chaud le week-end prochain. Chacun chez soi et les vaches – je ne sais – mais en tous cas, le temps politique pré-présidentiel sera bien gardé.

Au soir de cette nuit, aux longs couteaux mal dissimulés – les yeux de Dati, un régal ! – un constat cerné comme Institutions en Ve République : la France de droite ne veut plus du président mal élevé, ne veut pas du centre de cet autre – pouah ! Mais veut assumer sa droite décomplexée, tant dans l’économie – haut les cœurs, Thatcher ! – que dans les mentalités : hardi les anti-mariage pour tous et ce qui est autour. A peine l'homme de la Sarthe élu, les drapeaux bruyants de «  Sens commun » ont retrouvé le pavé ; ce sera certainement difficile de les néantiser dans une éventuelle présidence Fillon ; qu'on garde bien l'info sous le chapeau...

Résumer doit pouvoir être un exercice ici à la portée de chacun : Il était une fois, en ce pays de France dirigé par les diables sociaux démocrates en folie, une famille politique, la Droite de gouvernement. Commencèrent au début, comme il se doit après les défaites douloureuses, par se déchirer – un film d’épouvante ; du Copé, du Fillon, à la manœuvre. Observèrent ensuite le retour de leur chef de meute déchu, reprenant avec bel appétit le manche du Parti sous les applaudissements énamourés de ses fans. Du Sarkozy-énergie-envie ; un pléonasme. Virent il y a bien deux pleines années, au tournant de la A10 (celle qui vient de Bordeaux), arriver de son pas de sénateur chaloupé et doux comme  démocratie en Ve République, Juppé, un Alain que des foudres pas toujours bienveillantes, ainsi qu’un séjour au pays des grandes neiges écolos, avaient carrément sorti de son « Droit dans mes bottes » d’antan. N’entendirent pas, ces derniers jours, visiblement, Fillon le silencieux, le ruminant, tapi dans le bocage d’une Sarthe humide et froide comme le veut cet hiver 2016 entrant. Celui qu’en avait enduré à n’y pas croire, sous les sarcasmes et plus que ça de son Sarko de président. 5 ans de mal au dos, autant dire, de plein le dos. Un modèle psychosomatique, à lui tout seul, ce François-là. Un bosseur méthodique à moins que légèrement maniaque, un catholique affiché en couleurs, un conservateur qui fait sa pelote, laissant dire pour autant un peu partout que sa clique à lui, c’était le Gaullisme social, via Séguin, feu son mentor, comme on laisserait sur le menu ce magret de canard, que, non, on ne sert plus ce midi… Depuis hier au soir, l’interrogation nous taraude : Philippe Séguin (et le respect qu’on lui doit) aurait-il voté Fillon ?? Ah ! Condoléances…

Faire

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 26 novembre 2016. dans La une, Actualité, Littérature

Faire

Notre ami et rédacteur, Bernard Pechon Pignero, avait dans ses cartons cette recension du livre de François Fillon. Il nous a semblé, à lui comme à nous, que le moment imposait cette publication. On aura compris que ce texte, longuement muri en cave, n’a pas été posé dans la fureur du moment politico-médiatique qu’on traverse. C’est bien là qu’est son intérêt…

 

Le livre de François Fillon, Faire, se présente comme un habile mélange d’autobiographie, de profession de foi politique et de programme électoral qui ne doit son originalité qu’à la personnalité de son auteur. Ce n’est pas dans ce genre de livre que l’on s’attend à trouver un programme de gouvernement précis et chiffré. Il serait prématuré pour le candidat déclaré d’abattre ses cartes deux ans avant l’échéance. Tout au plus aurons-nous des déclarations d’intention à travers lesquelles peut se dessiner un profil humain intéressant ou au contraire se cacher, derrière le paravent de vertueuses résolutions, une ambition personnelle qui ne justifie pas la lecture de trois cents pages et encore moins, in fine, un bulletin de vote au nom de l’auteur. On ne peut évidemment pas éviter les quelques pages introductives, d’un lyrisme convenu, qui sont à ce genre de livres ce que les formules de politesse sont aux lettres protocolaires. On les parcourt d’un regard distrait en sachant d’avance ce qu’elles contiennent. Bien que les concepts et, plus encore, les mots qui les expriment soient galvaudés de longue date par la langue de bois politique, on serait choqué de ne pas les y trouver. Là n’est pas l’essentiel.

François Fillon a d’abord l’autorité et la légitimité d’un homme politique qui a exercé un nombre impressionnant de mandats électoraux et de charges ministérielles diverses qui lui permettent de revendiquer légitimement une compétence qu’aucun de ses rivaux ne peut égaler ni même approcher. Il a, de plus, à son actif une éducation, une culture et une sensibilité qui font de lui un homme immédiatement sympathique. Sans doute l’est-il également à long terme pour ses proches. Il a su mener un parcours exemplaire dans ce monde politique impitoyable envers les idéalistes et les naïfs que sont parfois les démocrates sincères, sans être éclaboussé par les scandales publics ou privés qui n’épargnent aucun parti et que la rumeur, attisée par les médias, s’ingénie à envenimer. Il garde, après une quarantaine d’années de bons et loyaux services, l’image d’un homme intègre, discret, calme et mesuré, mais sachant défendre ses choix avec conviction. Il n’a pas l’auréole du martyr d’un Alain Juppé ni les années de purgatoire qui en sont le coût, ce qui lui donne sur cet autre ancien premier ministre l’avantage d’une relative jeunesse.

Enfin, François Fillon peut faire état d’une connaissance approfondie aussi bien du terrain social et économique français, dont il a étudié de près les évolutions depuis des décennies, que de la politique internationale dont ses fonctions ministérielles lui ont permis d’observer les arcanes jusque dans les plus hautes sphères et dont il parle avec une liberté de ton et un bon sens inattendus chez un éventuel futur président de la République. En particulier, j’ai été agréablement surpris par la façon dont il juge les politiques américaines et allemandes sans se croire obligé de recourir aux circonlocutions diplomatiques du type « nos amis américains » ou « nos amis d’outre-Rhin ». Pour bien des raisons, il réunit donc à l’évidence les qualités rares qui le désignent comme un candidat plus que crédible à la fonction qu’il brigue. Saura-t-il faire valoir ces avantages personnels, cette longue expérience chez un homme encore jeune, cette probité authentique comme les qualités d’un véritable homme d’état ? Il est vrai que l’histoire récente a prouvé que cette dimension n’était plus requise pour exercer en France la magistrature suprême.

The Donald et La Marine ; comparaison fait-il raison ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 novembre 2016. dans Monde, La une, France, Politique, Actualité

The Donald et La Marine ; comparaison fait-il raison ?

Depuis ce jour où l’Amérique, blottie dans ses sondages et dans la suffisance de ses habitudes, a basculé dans quelque chose, dont, chacun de par le vaste monde cherche désespérément le nom, de jour en jour. Depuis, on est au moins sûr que la trouille des grandes invasions – barbares et inconnues pour le moins – diffuse, gagne à la manière des antiques pestes. Quelqu’un chez nous, à Reflets, ne disait-il pas : – c’est pour quand, notre Trumpette à nous ?

L’équation avait été posée bien avant les résultats : en France on agitait le FN et Marine ; idem partout en Europe où la gens populiste en déguisements divers bruissait dans l’ombre des urnes à venir. Les States avaient naturellement ce produit en magasin – une forme d’automatisme propre à l’époque. Le refrain était le même partout : les Populistes arrivent ! La vague nauséabonde déferle ! Depuis le mardi noir américain, les basses ont pris une sacrée ampleur dans le concert... Vrai, évidemment, que le poids du tout en tout d’un Trump sur le podium aux USA, demeurant la première puissance mondiale, notamment, dans les imaginaires de tous, a barre sur un FN annoncé à 30% au premier tour du printemps 17 en France, sur la quasi victoire imminente des pires en Autriche, l’échec sur le fil en Hongrie, le Brexit et ses pulsions folio-économiques ; j’en passe, sans oublier les vagues froides en Scandinavie, Allemagne et le toutim. Ce n’est pas à Reflets du temps, où peu de semaines échappent à un article avertisseur en la matière, que nous vous dirons le contraire… Il y a des parallèles nombreux et récurrents qui s’installent à plus ou moins bas bruit – les « dormants » n’étant pas les moins dangereux.

Ne serait-ce que dans ce franchissement des digues, que peaufine, plus que signe, l’animal roux d’outre Atlantique. Parce qu’enfin – là, on a d’évidentes comparaisons – l’électeur, et son à présent sérieux collègue, l’abstentionniste, beuglait plus qu’il ne passait à l’acte, dans nos années pré-Trump, pré-FN au pinacle. Il poussait d’an en an, davantage et de plus en plus près de la ligne d’arrivée, avec sur son dos ses rancœurs, ses frustrations, ses peurs, bien entendu. Frileux, il craignait par-dessus tout l’extérieur, siège de ses plus prégnantes angoisses. Il poussait, mais – on avait pris l’habitude d’avoir dans l’oreille le bruit du freinage – au dernier moment il n’allait pas plus loin, regagnait ses pénates hostiles en bougonnant, et, parfois, donnait en grognassant le bout de la main à ceux du camp de « la raison », autant dire du réel. Front Républicain chez nous, et ailleurs, Raison/Clinton au pays de l’Oncle Tom (un beau slogan qu’on aurait dû tester). Mais les digues ont cédé, comme avec le Brexit, on a voulu voir le bruit que ça fait quand on renverse la table. Qu’est-ce-qu’on fait après, qu’est-ce-qu’on-fait de ça ? Refrain un brin austère et redondant qu’on entend à présent. Et qui ne fait ni sens, ni programme.

« Les » populismes – plus que « le » populisme –, le problème c’est qu’ils floutent sous la focale, dès qu’on les zoome un peu, alors que dans le regard initial, ils ont l’air de se ressembler tous. Passé le moment des gueulantes, des peurs surtout pas vérifiées, des défilés des laissés pour compte, des vieux métiers qui meurent, du bruit de l’industrie qui s’est fait la malle, et du silence de mort des campagnes en chagrin… passé ce temps du renverser-la table-on-va-bien-voir, tout ce qui se compare donc, dont la grille marche au poil ; quand on mire de plus près, ça change et pas qu' un brin. Justement parce que ces mouvements populistes ne font jamais dans la dentelle, que leur côté protestataire tient bon au lavage, qu’ils brassent trop large et que la déception à venir est comprise dans le package de départ… j’en oublie, forcément.

I can’t breathe

Ecrit par Ricker Winsor le 19 novembre 2016. dans Monde, La une, Ecrits, Politique, Actualité

I can’t breathe

I feel like I can’t breathe, drowned by the tsunami that just befell my country and the whole world. All of a sudden everything is up for grabs, including a woman’s right to choose, steps to combat climate change, NATO alliances, trade agreements, immigration, just about everything. But I won’t talk about all that ; so much has been said and is known by the reading public. Over the last eighteen months the brightest writers and thinkers had intellectually tied up Trump and thrown into the scrap heap of history. They were all wrong.

What has been thrown out is an approach to life that is egalitarian, compassionate, and respectful, an ethos based on the humanitarian ideals of a liberal democracy. Not too long ago all political combatants could be found in the shelter of that umbrella no matter what their differences. No more.

This debacle has been characterized as a « revolt against the elites » but it is more like revenge against « those who think they are better than us », those who worked to improve their minds through education and got ahead using their brains. It comes out of deep anger and resentment and a serious sense of inferiority. How else could the populace turn their backs on Trump’s blatant disrespect for : women, Muslims, Mexicans, and those who prepare and do their homework (e.g. Hillary and the debates). Our new leader thinks it is ok to grab women « by the pussy ». « When you are a star you can do anything you want » he said. He laughs at the disabled and, well, no need for me to go through the long list. What kind of message does this send to young people trying to grow up ? « Nice guys finish last » is what it says ; it is ok to bully anyone to put yourself forward, to win the race.

I get invited to certain occasions at the American Consulate here in Surabaya, East Java, Indonesia, the second biggest city. And today I was invited to witness the final day of the election. I prepared myself to answer questions about how I felt, never for a minute believing that Trump could win. I prepared my thoughts like this : « I am honestly disgusted that a man like Trump could actually have gotten this far in the election process. That fact itself discredits America and debases, if not annihilates, the idea of American exceptionalism ».

Now what do I do ? Our new chief has a majority in the House of Representatives and in the Senate. Checks and balances are minimal. He also won decisively, very decisively. All of the bruhaha about every woman in America standing against him, the surge of Latinos voting, the blacks and minorities being involved and taking a stand, never happened. A lot of them voted for Trump.

It is important to say something about Hillary Clinton beyond how she has been portrayed and the consequent vague or not so vague opinion of her. Even those who are dismayed by the existence of Trump often expressed dislike or suspicion about Mrs. Clinton. Based on what ? Nothing, only lies and bullshit. She is of my generation, the idealists, the ones who dreamed of « open borders », of everyone « getting along », of equal opportunity and service. Her whole life has been dedicated to that. I witnessed it all, and not from so far away because of university connections. She is one of « us » the sixties generation that fought for civil rights, for women’s rights, for Vista, for the Peace Corps, for inner city programs. We fought against that ill-considered debacle, war in Viet Nam. And yet, through a steady campaign that would make Joseph Goebbels smile from hell, where he no doubt dwells, the « no nothings » polluted the spring until they created « Crooked Hillary ».

J’étouffe

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 novembre 2016. dans La une, Ecrits, Actualité

Texte de Ricker Winsor, traduit de l’anglais par Jean-François Vincent

J’étouffe

J’ai l’impression d’étouffer, noyé dans le tsunami qui a frappé mon pays et le monde entier. Brusquement tout peut être remis en cause : le droit des femmes de choisir, les mesures pour combattre le changement climatique, les alliances de l’Otan, les accords commerciaux, l’immigration, bref tout le toutim. Mais je ne parlerai pas de tout ça ; tellement de choses ont été dites et sont connues de tous ceux qui lisent. Au cours des derniers dix-huit mois, les écrivains et les intellectuels les plus brillants avaient porté un jugement définitif sur Trump et l’avaient relégué dans les poubelles de l’histoire. Ils avaient tout faux.

Ce qui a été jeté par-dessus bord, c’est une vision égalitariste, compatissante et respectueuse de la vie ; une éthique fondée sur les idéaux humanitaires d’une démocratie libérale. Il n’y a pas si longtemps, tous les acteurs de la vie politique pouvaient se retrouver unis sur ces thèmes. Ce n’est plus le cas.

On a caractérisé cette débâcle par l’étiquette « révolte contre les élites » ; mais c’est plutôt une vengeance à l’égard de « tous ceux qui se croient plus malins que nous », de tous ceux qui, par leur travail, ont aiguisé leur esprit en l’éduquant et ont progressé en utilisant leur cervelle. Cela participe d’une profonde colère, d’un ressentiment et d’un sérieux complexe d’infériorité. Autrement, la populace tournerait le dos à Trump, en raison de son mépris des femmes, des Musulmans, des Mexicains, de tous ceux qui font les choses bien comme il faut (cf. Hillary et les controverses). Notre nouveau leader trouve ça très bien d’attraper les femmes « par la chatte ». Il a dit : « quand on est une star, on peut faire ce qu’on veut ». Les handicapés le font rigoler… pas besoin d’allonger la liste. Quel est le message qu’on adresse ainsi aux jeunes qui essaient de devenir adultes ? « Les braves gars, au final, arrivent les derniers », voilà le message ! C’est très bien de bousculer les autres pour avancer et gagner la course.

On m’invite, de temps en temps, au consulat américain, ici, à Surabaya, à l’est de Java, en Indonésie, la deuxième plus grande ville du pays. Aujourd’hui on m’a invité à assister au jour j de l’élection. Je m’attendais à ce qu’on me pose des questions sur mon ressenti ; mais jamais je n’aurais cru une seule seconde que Trump pourrait gagner. J’ai mis de l’ordre dans mon esprit, dans le genre : « franchement, ça me dégoûte qu’un homme comme Trump ait pu aller aussi loin dans le processus électoral. Cela discrédite, en soi, l’Amérique et ruine – pour ne pas dire annihile – l’idée selon laquelle les Américains ne sont pas comme les autres ».

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Notre nouveau chef a la majorité à la chambre des représentants et au sénat. Presque pas de contrepouvoirs. Il a clairement gagné, très clairement. Tout le brouhaha, les femmes américaines qui se liguent contre lui, les latinos qui se mobilisent, les blacks et les minorités qui s’impliquent et prennent position ; tout cela n’a jamais existé, et nombre d’entre eux ont voté pour Trump.

Un éléphant, ça trumpe, ça trumpe…

Ecrit par Jean-François Vincent le 12 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Un éléphant, ça trumpe, ça trumpe…

L’éléphant, le symbole du Grand Old Party, le plus vieux parti des Etats-Unis, celui d’Abraham Lincoln et des anti-esclavagistes du XIXème siècle, le parti qui « vira » à droite à partir des années 30 et de Roosevelt ; ce parti rejoint-il maintenant le chœur de tous ceux qui – en Europe et ailleurs – prônent le repli identitaire ?

Passons sur l’extrême médiocrité de la campagne – frasques sexuelles de Trump, correspondance privée de Clinton, néo puritanisme affolé et avidité de nouvelles croustillantes… le fond est ailleurs.

Aucune des mesures inouïes proposées par le candidat républicain – comme l’érection d’un mur à la frontière mexicaine ou l’interdiction d’accès au sol américain pour les musulmans étrangers – mesures qui avaient suscité doutes et réprobation, voire défections, au sein même de son camp ; tout cela n’aura pas suffi : la pression était trop forte.

Au fait, la pression de quoi ?

Les explications pullulent bien sûr : sentiment de déclin, paupérisation des classes moyennes (le syndrome du « petit blanc »), menace terroriste… allons plus loin. Frédéric Lordon a raison au moins sur un point : la politique est une affaire d’affects. D’affects plus que de raison. Ce sont les sentiments plus que la rationalité, le cœur – ou les tripes – plus que la tête qui guident les électeurs.

Or si l’affect de gauche est la colère, l’affect de droite est la peur. Une peur du chaos, en France, en 1968, qui a donné à De Gaulle une chambre introuvable ; une peur du djihadisme, en Espagne, en 2008, qui a porté à nouveau au pouvoir un PSOE, par ailleurs discrédité.

La peur. Peur du déclassement – individuel et collectif – peur de l’Arabe (terroriste ou non), peur qu’à terme, le salut au drapeau ou la dinde du Thanksgiving ne soient menacés. Peur de ne plus être soi-même (ou ce que l’on croit être).

L’Amérique avait besoin que quelqu’un la rassure, comme les Hongrois qui ont ont élu Orbàn ou les Autrichiens qui s’apprêtent à élire Norbert Hofer ; de même qu’en 1933, les Allemands – eux aussi – n’avaient de cesse que quelqu’un les rassure…

La protection, économique (protectionnisme), physique (sécurité publique), culturelle (identité nationale), focalise les aspirations. Le reste, justice sociale, droit des minorités, en un mot tout ce qui concourt à l’égalité, passe au second plan.

L’inégalité suscite l’affect colère, lequel provoque un soulèvement, voire une révolution. L’affect peur au contraire suscite un besoin de protection, un souci de conservation.

La conservation, le contraire de la révolution. Ou alors une révolution nationale ? Conservatrice ? Bref, avec un sénat et une chambre des représentants à l’unisson, une révolution « neo con »…

Trump. Etonnés ? moi, non plus...

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Trump. Etonnés ? moi, non plus...

On sait  déjà qu'aux States, les sondages pédalent plus qu'à leur tour dans le maïs des grandes plaines. Il y a eu des précédents ; encore tout chaud notamment la présidentielle - Bush fils / Al Gore - en 2000, et visiblement cet immense territoire, ce continent – disent nos instituts de sondeurs européens, ne se prête guère aux pourcentages affinés, versus quasi scientifique, qui donneraient le résultat, pile juste avant la ligne d'arrivée. Plein de voix autorisées nous en rebattaient les oreilles depuis de longs mois, pourquoi aurait-il fallu que les tout derniers de ces sondages échappent à la règle ?  Alors, pourquoi ces cris de surprise effarée et pleurs suicidaires à notre matin-gueule de bois de certains, à leur nuit américaine, là-bas, dont les lampions annoncés se sont limités aux rues ( bien fréquentées) de N.Y, métropole éduquée XXL, multiculturelle depuis des lustres, ouverte aux vents de l'Atlantique et de la Mondialisation active, à prétention généreuse ; fanion d'une Amérique  se voulant résolument moderne,  qui parle au reste du monde bâti de la même chair : « notre » Amérique à nous.  Décidément, partout, le mot « représentation » campe ces temps-ci en haut de la liste... 

Sauf que d'autres Amériques, il en est plein – et, au final, davantage, au vu des résultats de cette présidentielle. Les États Unis ne sont pas toujours « un pays », mais généralement « des » pays. Ça ne date pas de ce sinistre 8 Novembre.

 Il faut avoir quitté la géante pomme de l'Est, Manhattan si petite, et le minuscule Greenwitch village de dessins animés, simplement avoir pris ces turnpikes qui n'en finissent pas de tracer l'immensité, avoir mangé un morceau – vraiment particulier - dans ces relais au bord de nulle part, au milieu des gens qui ne sont pas de N.Y, pas plus que de L.A ou de Frisco , pour ressentir qu'il existe un peuple américain en dehors de celui de nos imaginaires. Celui à qui Trump, cet étonnant spécimen du « populaire », a parlé, susurré - oreille,  cœur,  ego, et pourquoi pas, couilles,  dans chacun de  ses meetings.  Il faut avoir, même vite, mis le bout de l'orteil  dans ces terres de l'Amérique de tous les jours, une autre que celle des films, des livres et des chansons, fussent-elles celles du barde nobélisé. Avoir, sous un ciel blanc de chaleur plombée, par exemple, dans le bleu-rose étrangement layette de Miami, vu ces «  vieux et vieilles américains » de Floride, saturés d' héliotropisme dans leur parc-à personnes-âgées-apeurées, garantis sans émigrés, enfants, ni parfois, animaux.   Mauvais goût définitivement hors concours. Et que dire de tous ces vrais-faux Cow-boys des Grandes Plaines, plus blancs et racistes épais qu'on ne peut l'imaginer, territoires plus perdus que nos villages du Cantal, ceux qu'on voit si bien dans «  Brokeback mountain », ce film-chef d’œuvre qui dit Trump avant Trump... Étrange peuple, de notre point de vue, et différent, vivace ou plus assourdi depuis toujours ou presque, tout au long de l'Histoire américaine, depuis  1945, au bas mot. Petites classes moyennes agrippées à l'avoir, à cet américan dream du pionnier ayant posé son sac, d'une way of life, dessinée par la voiture, le réfrigérateur en attendant l'ordinateur. Ils ont cahoté  au rythme de la croissance généreuse,  et des inquiétudes des interventions ou des initiatives dans les guerres de ce qu'ils nomment en iliens qu'ils sont, le « rest » du monde, se sont trouvés immergés dans la crise des « Subprimes », ont chuté en 2001 avec les Tours... Comment de tels marqueurs auraient-ils pu s'effacer, ni même s'amoindrir – en vrai, ou via les TV et réseaux sociaux, dans la cacophonie actuelle des migrations, du terrorisme, menaces cauchemardesques d'invasions définitives... Tout le bruit de la victoire de Trump est là, mais était perceptible dans son raffut bien avant la nuit du 8 ; non ?

Suis-je de ces 4% ?… ou d’ailleurs…

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 novembre 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Suis-je de ces 4% ?… ou d’ailleurs…

… 4%, dont dégouline chaque « une » – quotidien, hebdo, voire pseudo-journal-photos du coiffeur –, dont résonnent en étrange boucle tous – j’ai dit, tous – les 1/4 d’heure des radio-infos (du café du matin, qui vous sale la tartine de confiture, comme un coup de mer inattendu, au repas de 13h juste derrière le jeu des 1000 euro – écoutez bien, machin : quel est le président de la Vème république le plus mal en point dans les sondages ? Réfléchissez ! Mais machin n’en a pas besoin, il fuse, il sait, et lève le doigt comme le petiot de la maternelle : François Hollande ; salve d’applaudissements : il a gagné !

Qui n’imaginerait le président, par ces heures glaçantes ou brûlantes, ces mal-heur(e)s médiévaux, se lever le matin – bon sommeil, on en doute une miette – ouvrant sa boîte à infos perso – presque intéressé, au fond – en se demandant, si c’est le jour où il va se trouver en-dessous de 0% d’opinion favorable et enfin être sûr d’entrer dans les livres d’histoire…

Oui-da, le Hollande-Bashing le plus hard du quinquennat s’annonce en fanfare. Bruits de tous genres, du concours de pets malodorants aux restes de tonitruances quasi wagnériennes, en passant par toutes les imitations de cris d’animaux, saugrenus, dangereux, inconnus et peut-être même inventés de toutes pièces. De ci, de là, glisse la mielleuse fadeur d’un Mozart raté, en guise de peau de banane bien sûr. On se demande finalement comment ça tient, un Hollande, là maintenant, et on interprète la hargne perfectionniste qui l’accable, par des interrogations du type : – C’est pas vrai, pas encore mort ! S’agite encore, la bête ! Remettons-en une couche, qu’on en finisse enfin ! Et les pelles de s’abattre, de Droite, de Gauche – on en compte vraiment beaucoup, là : Hollande lâché par son camp, par les siens, la meute hurle contre le président… un livre, pour le coup, de tous ces titres alléchants. Que d’honneurs on lui fait finalement… Serait-il si gênant ? Si important, incontournable ? Sait-on. Dans les temps médiévaux ou de la si douce inquisition, n’en doutons pas, le bûcher fumerait dare-dare… l’hérétique Hollande… on hallucine.

L’accusation fulmine avec dans les mains deux – définitives – pièces à charge. Le fameux livre de confidences, dont je vous ai parlé dans une précédente chronique avec l’ire qu’on aura remarquée. Je maintiens à cette heure que l’absence de congruence historique quant au temps de parution du livre, est l’erreur majeure de l’affaire. En doublette avec cette non moins curieuse absence de volonté de relecture. Par contre, j’ai eu depuis l’occasion de lire de forts pertinents articles, ainsi que de très hauts débats Facebook, signalant que chaque élément « confié » était bien assorti de son contexte (ce dont je doutais). Résultat fort différent du coup et éclairage cru du côté tronqué des phrases ou bouts de conversation hachés, hors-contexte – ainsi, le fameux passage sur les magistrats, entre autres : en pleine affaire Taubira-savait-elle, il défend sa garde des sceaux, bec et ongles, arguments solides à l’appui. Difficile de l’appréhender hors du livre lui-même, convenons-en. Pour autant, le président bavasseur, jacassant au comptoir de la république sur un tel et l’autre, est-il défendable ? Je ne pense toujours pas. Mais la façon dont les médias ont alimenté le feu de jour en jour – pages ouvertes sous le nez – tendant le micro à tout ce qui arpentait le chemin, pour s’ébaudir sur ces « tronqueries », est plus qu’indélicat, c’est obscène. Manipulation, malhonnêteté intellectuelle ? Évidemment. Comment se prétendre, dès lors, encore favorables à une candidature d’honneur, à défaut de gagnable, d’un tel personnage ? Et, pour le président, comment ne pas faiblir dans son projet de candidature ? Si l’on ajoute – fabuleuse coïncidence – la valse des Concurrents se jetant sur l’aubaine en se voilant tout soudain la face – Cambadélis ? Bartolone ? Et pourquoi pas Valls (au jeu des chaises musicales, qui resterait en piste ?). Tous ont eu des propos où la honte le partageait au déshonneur, les larmes de déception nous aspergeant presque dans le bruit feutré des vestes se tournant à moins que ce soit ce chuintement des rats quittant le navire… Vous savez bien.

CETA ; Incorrigible Belgique

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

CETA ; Incorrigible Belgique

Grand émoi dans le plat pays, la Belgique avait dit « non » au traité de libre échange avec le Canada. La Belgique ? Plutôt la Wallonie. Paul Magnette, son ministre président, clôturant comme suit le débat : « Nous avons toujours dit que nous n’avions jamais été contre d’avoir un accord avec le Canada. Mais nous ne voulons pas – ni maintenant, ni plus tard – d’arbitrage privé. Les conflits entre multinationales et Etats doivent être tranchés par des juridictions publiques ». C’était la raison officielle : des juridictions commerciales, parallèles, supranationales, suspectes de partialité envers les grands groupes d’outre-Atlantique. En réalité les Wallons, dont les industries traditionnelles (charbonnage, textile, sidérurgie) sont – tout comme celles du nord de la France – en pleine déconfiture, craignent de perdre toujours plus d’emplois.

Bref, l’Europe institutionnelle, après le Brexit, était à nouveau en berne. Cinq ans de négociations menées par la commission de Bruxelles pour rien…

Une histoire belge, en quelque sorte. Le royaume, en effet, se compose d’un gouvernement fédéral et de quatre « entités fédérées », dotée chacune d’un exécutif et d’un corps législatif : la communauté flamande, la communauté française (sic !), la communauté germanophone (Eupen) et la région de Bruxelles-capitale. L’horreur « communautariste » pour un Français républicain ! Une « réunion de concertation intrabelge » réunissant tous les protagonistes s’était tenue mardi dernier. En vain, Magnette n’en démordait pas… et sans unanimité, pas de « oui » possible.

D’où une cascade de conflits avec à la clef le spectre – à nouveau ! – de la partition. Conflit d’abord entre Charles Michel, le premier ministre démocrate-chrétien, et le socialiste Paul Magnette. Michel cherchant encore, à l’heure où j’écris ces lignes, un compromis de dernière minute. Conflit ensuite à l’intérieur des socialistes européens : le PS français soutient le traité et le président du groupe socialiste à l’assemblée de Strasbourg, Gianni Pitella, a vertement critiqué son camarade wallon : « C’est évident que si une petite communauté est capable de tenir en otages 500 millions de citoyens de l’UE, il y a un problème clair dans le processus de décision et le système de mise en œuvre en Europe ». Conflit enfin et surtout avec les Flamands, chauds partisans du Ceta. Bart De Wever, le leader du N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie, indépendantiste, très à droite) et bourgmestre d’Anvers, a déclaré tout de go : « Magnette double Syriza sur sa gauche ; le PS porte atteinte non seulement à La Flandre, mais également à l’Europe et au monde du commerce » – Syriza, le parti très radical du Grec Alexis Tsipras – et De Wever d’ajouter « Wat een hovaardigheid ! », Quelle arrogance !

Bref les Belges, tel un vieux couple qui ne s’entend plus mais ne veut pas divorcer, s’entredéchirent comme d’habitude. Au-delà d’un énième Clochemerle, la question se pose de la démocratie en Europe : une seule région a-t-elle le pouvoir de bloquer le continent tout entier ? Le principe de subsidiarité confie aux états les ratifications des traités. Aux états, mais pas aux régions, fussent-elles autonomes. La flagrante contradiction entre le droit européen et le droit constitutionnel belge devrait, d’une manière ou d’une autre, pouvoir se trancher. Et si, au final, la meilleure solution ne consistait pas à faire ratifier le Ceta par le parlement de l’Union, en lieu et place des parlements nationaux ?

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