Actualité

Le transhumain (2)

Ecrit par Patrick Chavardès le 11 janvier 2013. dans La une, Ecrits, Actualité

Le transhumain (2)

Tout va mal aujourd’hui : il y a des siècles que je n’ai pas vu un panneau. Ni ruisseau, ni troupeau, ni hameau ! Quel désert ! Serait-on Mardi gras que cela ne m’étonnerait guère. Je donnerais cher pour une couenne de lard maigre mais cela ne pousse pas sur les arbres.

Décidément, rien de pire que les souvenirs. Cela vous attaque toujours par derrière et par surprise. Surtout quand on est seul. Tout à coup, on entend une voix. On prête l’oreille. On ne voit rien. On était pourtant bien calme. On marchait somnolent vers les feux du couchant. On ne pensait même pas à l’avenir. On avait trouvé son rythme, on allait d’un pas léger dans l’air embaumé du soir. Brusquement, telle la foudre, ça vous arrive sans prévenir. On entend cette voix. Pourtant personne ! Vous clignez des yeux. C’est bien lui ! C’est notre homme ! Il vous apparaît tel qu’en lui-même, à travers des ronds de fumée, le nez au milieu de la figure. On ne peut changer de trottoir. Il n’y a pas de trottoir. Il est là, devant vous, derrière vous avec tout son attirail pour rouler des cigarettes, son célibat et sa machine à coudre. Pourtant, au poulailler on avait bien raté son coup. Un jour de carême, en plus ! On ne les compte plus. On fait bon cœur contre mauvaise fortune.

Billet fou : Mort et résurrection de l'artiste

Ecrit par Luce Caggini le 11 janvier 2013. dans La une, Ecrits, Actualité

Billet fou : Mort et résurrection de l'artiste

Nous sommes tous monarisés dans une soupe de mensonges plus ou moins savants, mais mon goût pour l’argent est tellement dominé par mon goût pour la célébrité que je donnerais vie et art d’être morte en vie pour jouer sur les deux tableaux, sonnant du clairon et battant du tambour pour ne pas perdre un seul mot de ma montée au ciel avec la garantie de ma conduite d’animal de concert de trompette de la Renommée.

Avec mon ami Frédéric Nietzsche, on a décidé de ne jamais réaliser le rare et généreux mariage des trois oranges tellement séduisant et tellement menteur que ni artiste ni joueur de flûte ne pourrait bénir le jeu de ses marginales conjugaisons.

Donc mon amitié pour les monarques du ciel est de connaître et reconnaître « le gai savoir » en goûtant la même douceur que le ciel singapourien.

Marier money et artiste, c’est monétiser le goût de l’art de la magie des faux soleils sans prendre le soin de les analyser et de les marginaliser au seuil de la cité des nomades du grand désert de la Mongolie.

Les deux flamants

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 janvier 2013. dans La une, Ecrits, Actualité, Notre monde, Voyages

Les deux flamants

C’est autour de Noël, qu’ils viennent en petits groupes murmurants – pas dérangeants, c’est vrai, auprès de mon étang – celui qui clapote au pied de la cathédrale de Maguelone ; celle qui, aux belles heures de l’été cigalant, résonne de la viole de Gambe de Jordi.

Ils ont leurs zooms, ou leurs yeux, c’est selon, et me regardent presque amoureusement. Quant à moi, pas un regard pour eux ; je minaude, je renverse la tête, je fais froufrouter mes plumes blanches, celles du dessous, mon bec à peigne cancane a capella, mezzo voce : mon œil rond tout jaune convoite une petite femelle juste pour moi, à deux battements d’ailes. Je suis un flamant rose des lagunes languedociennes, beau comme un tracé de Magritte, profilé dans le flouté de ce soleil d’hiver. J’ai de la classe ; je le sais, et j’entame ma première parade nuptiale.

Le transhumain (1)

Ecrit par Patrick Chavardès le 05 janvier 2013. dans La une, Ecrits, Actualité

Le transhumain (1)

Je n’existe pas. Il y a longtemps que je le sais. On me l’a assez dit ! Je ne suis rien, d’accord. N’empêche que je suis. Mon nom ne vous dit rien ? Tant mieux ! Vous ne sauriez le retenir. Un nom de noblesse éternelle, universelle et pourtant le plus commun de tous les noms de la terre et du ciel. Un nom trop commun pour être vrai. Un nom tellement banal que je l’oublie moi-même le plus souvent. D’ailleurs, je voyage sans papiers.

Je voyage sans carte ni boussole. Je ne reste jamais très longtemps quelque part. Je dessine des cercles sur la terre. Je tourne en rond. Du moins, c’est ce que je crois, mais j’ai déjà fait des carrés. Ou plutôt des rectangles. Enfin, des figures approximatives… En chemin, je me sens libre. Mon bagage n’est pas lourd, je vole de temps en temps un œuf dans un poulailler et aussitôt je ralentis le pas pour leur laisser le temps de me rattraper. Cela permet quelquefois d’engager une conversation. Si cela tourne au vinaigre, je me sauve, mais je leur laisse le temps d’entendre quelques bons mots de cercle-carré ou de quelque chose de ce genre qu’ils n’ont pas appris à l’école. Et puis, un œuf n’est pas un bœuf et que ferais-je d’un bœuf à moi tout seul ? Donc je vais mon chemin bien tranquillement, sans m’attarder. Je ne cueille pas les fleurs, je n’attrape pas les papillons, ni aucune autre espèce du genre animal.

Dans les bras d'un homme

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi le 05 janvier 2013. dans La une, Ecrits, Actualité

Dans les bras d'un homme

Ce sapin de Noël était le premier de sa nouvelle vie. Jusque-là, l’arbre sacré des forêts s’était adapté à toutes les époques de son existence, depuis l’enfance jusqu’à la solitude ; en passant par le couple et la famille, changeant de format et d’apprêt selon les circonstances. Mais cette année voyait chez elle l’avènement à l’envers d’un petit sapin aux couleurs d’enfance et d’abandon, rose et blanc. Il lui plaisait, comme il était rassurant ; accueillant son retour en image vivante de ce qui n’était plus, mais de ce qui avait été durant tant de belles années et au plus haut : la douceur, la joie, le partage, le don. Cette mélancolie.

Cependant, ce soir-là, sans que rien ne le laissât présager, à peine rentrée chez elle, dans cette grande maison délaissée, elle sentit une montée de larmes irrépressible et s’effondra en pleurs au simple souvenir d’une boule de Noël, très ancienne. Elle était d’un vert extraordinaire, chargée en pigments émeraude comme une eau dense, mais vibrante incandescence, intense joyau factice ; au-dessus, comme s’il avait neigé, une tombée floconneuse d’un rose pourpre la coiffait d’une coulée de gemmes virant au glacé.

Et voici mes vœux liés aux vœux à la sauce Merluche

Ecrit par Luce Caggini le 05 janvier 2013. dans La une, Ecrits, Actualité

Année 2012-2013 Psychanalyse éthique Le Séminaire de Daniel Sibony a pour titre Dictionnaire vivant

Et voici mes vœux liés aux vœux à la sauce Merluche

Voici mes anti-vœux pour tous ! Je vous souhaite la fin d’un monde. Le monde de l’argent roi, le monde des cupides qui pourrissent le ciel, la terre et la mer ! Le monde des lâches et des malins vautrés dans les connivences et les arrangements.

Money… Money… Money… n’est pas la mort de la Société mais sa punition, bientôt même un convive entrevu ou empreint de money marginalisera le sort des pauvres dans un ghetto du même ordre que celui des Ordres Mendiants, mettant les mômes et les vieux dans le landau des lourdes menaces du troisième type, celle des nourritures célestes sans valeur à l’argus mondial vulnérable à l’art de n’être qu’un chiffre ou un nombre premier.

Donc, Amis de tout pays, comme vœux de ma part, venez unir amour des sous à amour du vent des pets de lapin.

Reflets de la semaine (139)

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 05 janvier 2013. dans La une, Actualité

Reflets de la semaine (139)

A toutes et à tous, une très bonne année 2013, pleine de (bonnes) surprises et de (fous) rires !

 

On commence par le cinéma… L’homme qui rit, d’après le roman de Victor Hugo, est à l’affiche des salles obscures. On y retrouve Gérard Depardieu, dans le rôle d’Ursus, un vieux forain, père adoptif de Gwynplaine, dont le visage fut défiguré par des brigands, et de Déa, une jeune fille aveugle… Il faut savoir que l’auteur des Misérables a commencé et terminé la rédaction de son ouvrage à Bruxelles – tiens, tiens –, et que l’œuvre est bel et bien celle d’un exilé, puisqu’il en a écrit la plus grande partie à Guernesey ! Extraites de ce livre, deux citations qu’on pourrait facilement mettre en parallèle avec l’actualité immédiate de l’acteur, exilé en Belgique : « Etre absent, c’est être injurieux », et « On accomplit une mauvaise action, on met sa marque dessus »… Indélébile, dans le cas qui nous occupe.

(Best of 2012) EDUCATION: L'anti-didactique à l'oeuvre ?

Ecrit par Pierre Windecker le 22 décembre 2012. dans La une, Actualité, Education, Société

(Best of 2012) EDUCATION: L'anti-didactique à l'oeuvre ?

Que ceci soit dit d’abord : j’adore le Jardin des Plantes du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. L’enfance – la mienne, celle des mes enfants et celle de mes petits-enfants – m’y ramène sans cesse, guidant les jambes et réveillant les émotions. J’aime cette longue esplanade qui s’ouvre comme les fleurs dont elle est constellée, ces allées d’arbres rêveuses et à demi cachées, ces serres où la végétation explose, ces bâtiments recelant un passé parfois en coma dépassé, si bien ramené à la vie par l’imagination de Tardi. J’ai aimé toutes les affiches créées par le Muséum. Je n’aborde jamais une exposition abritée dans ses locaux – qu’il s’agisse de la vie dans les abysses ou des fresques de la route de la soie - sans éprouver d’avance la douceur d’une jouissance assurée. L’humeur étant celle-là, les préjugés sont, forcément, toujours favorables.

C’est au point qu’il m’a fallu visiter avec mes petits-enfants deux expositions destinées principalement aux enfants pour comprendre. Après l’exposition A l’Ombre des dinosaures, peut-être avais-je éprouvé une petite déception, mais sans chercher à m’interroger davantage sur ses motifs. Mais en sortant d’Au Fil des araignées, c’est tombé comme une évidence, simple, carrée, indiscutable, excessive aussi sans doute, mais seulement dans sa formulation littérale : si on faisait comme ça à l’école, il n’y a pas photo, les enfants n’apprendraient rien. Ce serait presque comme si l’on fermait boutique.

(Best of 2012) POLITIQUE MONDE: La question du siècle : que faire des islamistes ?

Ecrit par Kamel Daoud le 22 décembre 2012. dans Monde, La une, Religions, Actualité, Politique, Vie spirituelle

(Best of 2012) POLITIQUE MONDE: La question du siècle : que faire des islamistes ?

Que faire des islamistes ? La réponse devient urgente pour tout le monde, en Occident, chez soi, dans la vie quotidienne ou dans la vie des idées et des théories politiques. A l’évidence, on ne peut pas s’en passer pour faire une révolution : ils sont les seuls à mourir pour une idée et à user du martyre et du sacrifice du corps.

Du coup, ils sont une force « armée » et un argument de guerre. Ils sont aussi nombreux et partout : du coup, on ne peut pas fonder un consensus social et politique sans les associer, les inviter, les écouter ou partager avec eux. On ne peut pas aussi les éliminer tous, les exterminer, les mettre tous en prison, les torturer dans un sous-sol ou à Guantanamo. On ne peut les jeter à la mer, tous, comme Ben Laden, ni les refouler dans le désert où, justement, ils se reproduisent.

Les dictatures arabes s’y sont essayé mais n’ont réussi qu’à leur donner le statut de la victime absolue et à en exacerber la violence et les radicalismes.

(Best of 2012) RACISME: Mouloud Aounit : la lutte contre le racisme dans toutes ses formes...

Ecrit par Nadia Agsous le 22 décembre 2012. dans Racisme, xénophobie, La une, France, Actualité, Politique, Société

(Best of 2012) RACISME: Mouloud Aounit : la lutte contre le racisme dans toutes ses formes...

Défenseur acharné des droits de l’Homme, militant contre les différentes formes de discrimination, fervent adepte de l’égalité des droits et de l’amitié entre les peuples, homme de convictions, Mouloud Aounit est décédé le 1er août dernier à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris.

Depuis 1979, il a milité au sein du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) où il a occupé le poste de secrétaire général (1989 -2004) puis celui de président (2004-2008). En 2000, il a été décoré chevalier de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite.

A travers l’entretien qui suit, Jean-Michel Riera, réalisateur d’un documentaire qui retrace la trajectoire biographique et militante de M. Aounit (1) raconte l’homme, ses luttes, sa maladie et l’état d’avancement du film.

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