Actualité

Faut-il cacher sa judéité ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 janvier 2016. dans La une, Religions, Actualité, Société

Faut-il cacher sa judéité ?

Opinion

 

Après l’agression à la machette dont a été victime, le lundi 11 janvier, un professeur juif, à Marseille, au seul motif que sa kippa révélait sa judéité, certains s’interrogent : ne vaudrait-il pas mieux s’abstenir d’afficher si ostensiblement son appartenance au Judaïsme ?

Le grand rabbin Haïm Korsia n’est pas de cet avis. Il a encouragé chaque spectateur du match de Coupe de France OM-Montpellier, qui aura lieu à Marseille, le 20 janvier, à couvrir sa tête d’une kippa, en guise de solidarité.

Il faut dire que l’antisémitisme, en France, fait rage. Une écrasante majorité des actes racistes, recensés par la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme) sont de nature antisémite : 719 rien que pour les dix premiers mois de 2015, contre – seulement, si l’on peut dire – 400 actes islamophobes, qui ont, eux aussi, explosé. Le résultat ne se fait pas attendre, il s’exprime par le nombre d’alyoth : 7900 pour l’année 2015, 700 de plus qu’en 2014. On assiste ainsi à un véritable exode des Juifs de France vers Israël…

Les causes de tout cela ? Elles sont multiples, bien sûr ; mais, en général, on occulte la principale d’entre elles, l’antisionisme virulent qui sévit depuis l’opération contre Gaza. Stade ultime d’une méthodique diabolisation : d’abord la politique de Netanyahou, assimilé à Hitler, puis Israël dans son ensemble, dont la création – une catastrophe, « nakba » – a spolié dès 1948 et continue de spolier les Palestiniens, enfin les communautés juives de par le monde, « collabos » de ce nouveau nazisme.

Rien de bien récent toutefois. Déjà, le 10 novembre 1975, la résolution 3379 de l’ONU déclarait que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination ». Et le 21 octobre 2010, se tenait, à la prestigieuse université de Cambridge, un très sérieux colloque sur le thème « Israël, état voyou », organisé par Laurence Booth, la sœur de Tony blair. Mais désormais les choses prennent une dimension jamais vue précédemment. Viviane Teitelbaum, par exemple, députée bruxelloise et échevine de la commune d’Ixelles, se voit assaillie de mails et de tweets du genre « Gaza = Auschwitz », ou encore « Juifs belges = complices et collabos ».

Face à une telle offensive, le pire serait de céder. Ôter les kippas reviendrait à faire le jeu des antisémites. D’ailleurs en suivant un pareil raisonnement – inspiré au moins autant par la trouille que par la laïcité – les Chrétiens coptes, en Égypte (spécialement les prêtres, jamais en soutane) devraient raser les murs, pour ne pas « provoquer » les islamistes. Ou même, ici en France, les hommes musulmans devraient ne pas porter le kufi, calot blanc symbole de l’humilité devant Dieu, afin de ne pas susciter l’ire des racistes anti-arabes.

Quant à moi, tout goy que je suis, je vais, de ce pas, suivre le conseil du rav Korsia et m’acheter une kippa.

Le cercle des Génies disparus

Ecrit par Charlotte Meyer le 23 janvier 2016. dans La une, Actualité, Société, Littérature, Musique

Le cercle des Génies disparus

Voici venu le temps où l’Ennui poussa les portes de l’Erèbe – et Thanatos, affublé de son triste cortège, n’eut d’autre choix que de remonter le noir Achéron jusqu’au monde terrestre avec l’espoir de noyer la triste créature dans les divertissements humains. Ses goûts étaient trop raffinés peut-être ; et séduit par nos derniers génies, il a décidé de nous les retirer un à un.

Je m’étais interdit, par une sorte de pudeur morale, d’évoquer par écrit ces artistes qui s’enfuyaient. J’aurais touché à des Grands que ma plume ne connaissait pas assez, et je laissais le soin aux spécialistes des disparus de leur rendre un hommage plus authentique, et sûrement plus juste, que celui que j’aurais pu fournir. Enfin, il y avait cette pensée dérangeante, ridicule sans doute, qui me rappelait qu’à force de pleurer les grands noms, on oubliait ceux qui tombaient, inconnus en arrière-plan, et pourtant tellement plus nombreux.

Ma génération part en grandes lamentations sur des artistes qu’elle n’a que peu connus : Michel Galabru comme Michel Delpech ne seraient peut-être pas parvenus jusqu’à nous si les générations précédentes – parents comme grands-parents – ne nous les avaient glissés sous les yeux. Je ne dis pas là que ces artistes ne nous regardaient pas, ou bien qu’ils n’avaient pas le talent apte à émouvoir cette nouvelle jeunesse. Si celle-ci les pleure aujourd’hui, c’est bien parce qu’ils possédaient encore cette capacité à toucher, à « réveiller la force d’agir qui sommeille dans d’autres âmes », qui disparaît peu à peu dans le crépuscule profane du XXIème siècle.

J’ai véritablement commencé à trembler devant la disparition de David Bowie. Parce que Bowie, c’était la voix de mon adolescence, la voix qui hantait mes nuits du fond de ces rythmes lointains, la poésie au fond de la folie, cette envie irrésistible de vous entraîner à des années lumières d’ici. Dans la toile lumineuse qu’il construisait lui-même, loin du monde corrompu qui se dressait autour de lui, sa disparition laisse une marque inaltérable.

Ce lundi soir, à l’annonce du décès de Michel Tournier, j’ai pris l’encre et la plume. Sans savoir quoi écrire si ce n’est l’angoisse face à cette dernière génération d’artistes qui s’enfuit, face à l’Art qui nous tourne le dos. Ceux qui s’en vont sont les derniers de ce cortège de génies. Le monde pleure ses artistes parce qu’il sait que l’art véritable disparaît à petit feu.

Corses : racistes ou colonisés ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 janvier 2016. dans La une, Actualité, Société

Corses : racistes ou colonisés ?

L’affaire du « Noël » ajaccien, où plusieurs dizaines d’excités ont pris d’assaut une – pourtant très discrète – salle de prière musulmane, suite au guet apens où étaient tombés deux pompiers et un policier, pose le problème de la nature même du nationalisme corse.

Certes, Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, parle de « coïncidence malheureuse », et Jean-Guy Talamoni, tête de liste de Corsica Nazione aux dernières régionales et président de l’assemblée nouvellement élue, évoque benoîtement une « idéologie importée » ; il reste que l’on ne saurait éluder le lien qui existe entre le grand succès des nationalistes et le racisme anti-arabe qui s’est crûment exprimé par des slogans tels que « Arabi fora », « dehors, les arabes ».

Il existe – en Corse, mais pas seulement – plus qu’un lien, une osmose entre nationalisme et identitarisme. Une des revendications historiques de Corsica Nazione n’est autre que la « reconnaissance du peuple corse ». Mais quid de la « corsitude » ? Comment définir le « peuple corse » ? Bien sûr, côté indépendantistes, on assure qu’il s’agit d’une notion ouverte et que même les « pinzuti », les continentaux/Français, peuvent en faire partie à condition de s’y être installés depuis longtemps et de l’aimer… « love it or leave it » comme on dit outre-Atlantique. Il reste que le principal critère de différentiation entre les « Corses » et les autres demeure le patronyme : les noms à consonance italienne – horresco referens, pour ceux qui portent un regard méprisant sur les « lucchesi » transalpins, dont la proximité géographique, linguistique et culturelle menace la spécificité insulaire – terminés par des « i », des « a » ou des « o » attestent de la « corsité » ; les noms « français », eux, étant entachés de suspicion.

Les contradictions toutefois ne s’arrêtent pas là. La rhétorique nationaliste use et abuse du thème de la colonisation ; le FLNC (front de libération nationale corse) s’est constitué en 1976 sur le modèle du FLN algérien. Les Français, en effet, ont « conquis » l’île – malgré son achat par Louis XV en 1768 – à l’issue d’une bataille perdue par Pascal Paoli en 1769, lequel avait rédigé une constitution de la Corse en 1755. Ironie de l’histoire, ce sont les « pieds noirs » – corses et non corses – ayant quitté l’Algérie à partir de 1962, qui suscitèrent le mouvement autonomiste dans les années 70 : Aléria, 1975, Edmond Simeoni, le père de l’actuel président, attaque une cave viticole, propriété d’un pied noir… envie et jalousie, deux ingrédients essentiels de ce qui, au départ, s’appela simplement « autonomisme ». Les rapatriés avaient effectivement mis en valeur la plaine orientale, en particulier en y plantant de la vigne… source d’enrichissement !

Je vis, tout au long des années de mon enfance et de mon adolescence où je passais mes vacances à Ajaccio, les inscriptions « Francesi fora » (les Français dehors), fleurir sur les murs. Les Corses seraient à l’image des peuples colonisés par la France. Ce qui ne manque pas de piquant si l’on songe que l’administration coloniale française était peuplée de Corses…

Déchéance de la nationalité ; la tenaille de l’An II

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 janvier 2016. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Déchéance de la nationalité ; la tenaille de l’An II

Notre temps sonne comme d’autres périodes anciennes, même si en Histoire, seules les ressemblances et non l’analogique valent. Il y eut « Les années Lumières »  – c’est le titre d’un très beau film sur la Révolution Française – les libertés volaient au rythme des Droits accordés ; de sujet, le Français devenait citoyen. La République était inscrite une et indivisible. Notamment. Puis les temps se durcirent ; on sait ce que fut l'An II de la République : « le 14 Juillet avait délivré ; le 10 Août avait foudroyé… la liberté d’un citoyen finit où la liberté d’un autre citoyen commence… fournaise mais forge, promulgations… la Convention le faisait ayant dans les entrailles cette hydre, la Vendée, et sur les épaules, ce tas de tigres, les Rois… », « 1793, Victor Hugo », bien sûr…

Dans ce qui nous traverse, nous a traversé, cette année 15, il y a dans la montée des menaces contre la démocratie, dans les dangers bien réels, dans cet État d’urgence, que les représentants de la Nation ont voté avec l’unanimité qui s’imposait, un triste jour de novembre ; il y a – forcément – de ce vent de l’An II qui repasse ; causes/conséquences restant un des moteurs de lecture de l’Histoire. Et l’An II, ce fut justement ce balancement libertés/sécurité qui semble nous animer aujourd’hui. Principes alors d’un Droit balbutiant, négociés - en une époque autrement plus martiale et faisant de la vie, bon marché plus rapidement que de nos jours - contre un tout-effort de guerre, tout-muselage de droits, portés aux quatre coins de la jeune Nation prise à la gorge, par nos commissaires de la république que doublaient presqu’en nombre égal ceux aux armées. Tous, à bride abattue, coiffés de grands chapeaux noirs qu’éclairaient les trois couleurs… Autres temps, autres références ; comparaison qu’on arrêtera là, en gardant cependant la trace en mémoire – il faut toujours un peu veiller sur les cendres fumantes...

Parce qu’il y a tout de suite des débats qui chahutent les médias, les milieux politiques, et surtout, nous tous, citoyens, enfants de cette République indivisible, et donc… citoyens indivisibles, entrés sur ce sol qui dit le droit, au fur et à mesure de toutes ces républiques qui nous séparent de la première (le sinistre Vichy n’étant en rien du nombre !). Débat ; pas d’autre mot, et non chipoterie, et non simple couac gouvernemental (elle avait dit… il a tranché autrement). Débat, ce mot important de la vie citoyenne ; honorable ô combien, s’agissant d’argumentaire et non d’argutie, sur des Textes premiers – ne dit-on pas la Loi fondamentale, pour la Constitution. Débat qu’il faudrait mener à la hauteur du sujet. S’il vous plaît !

L’exécutif propose d’amender la partie État d’Urgence de la Constitution, en réaménageant la possibilité de la déchéance de nationalité. C’est-à-dire en s’attaquant à cette indivision de la citoyenneté dont il était question au-dessus. Réaménagement, car elle existe déjà pour des bi-nationaux, dont la citoyenneté a été acquise. Elle est proposée pour ceux qui sont nés ici. Nés,  et, du coup, déterminant une espèce de citoyens moins citoyens que les autres, insécures de par leurs antécédents familiaux ? et les mauvais coucheurs qui se disent historiens, d’entrouvrir la page du régime de Vichy, face au statut des Juifs… La chose – inconvenante, inappropriée, et pour tout dire indécente – frétillerait actuellement sur les réseaux sociaux dont l’aptitude au bavassage de comptoir n’est plus à démontrer, et, bien entendu, hante les réveillons de l’Extrême-gauche entre deux bouchées de foie gras ( bio, je vous rassure).

Le sens des mots, le poids des actes

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 décembre 2015. dans La une, France, Politique, Actualité

Le sens des mots, le poids des actes

Je ne parlerai pas ici de ces mots, choc, stupeur – faux, car on le savait – pas plus que de nausée – même si, là, c’est obligatoirement citoyen. Pas plus que de clameurs, you-you à l’envers, et surtout pas de pleurs. Je n’ai pas aimé ces « une » inutilement anxiogènes, à moins qu’inutilement grandiloquentes, du type Libé : « ça s’approche », sur fond (flouté, toutefois) de visage aux 3 couleurs de la cheftaine du FN ; ni ces couplets – volontairement détonants : – mais, n’ayez donc pas peur, ce n’est que le FN, quand même, et votre vie, demain ne changera pas tant que ça… J’ai cru entendre, par contre, assez clairement, et hélas fortement, les mots – putassiers – de ces Droites si peu républicaines au-delà du cosmétique, jalonnant déjà la route qu’on pourrait (pas forcément toujours, pas forcément sur tout) faire avec le diable, demain.

C’est que depuis Dimanche au soir, des mots, hampés de cris, barbouillés de sanglots, c’est pas ce qui a manqué, à la TV, mais aussi chez nous, à l’abri de nos murs, que frappe la tornade. C’est qu’on est en France, et les mots, chez nous, ça fleurit tellement facilement. Quelquefois, même, on se gargarise de formules, quand ce n’est pas la convocation de tout un roman, et puis, après, on se pose, et on pense à agir…

Alors, quels mots, ici ? Pile un mois après l’éditorial de Reflets du temps sur le 13 novembre, qui fustigeait l’usage que certains faisaient de la peur, faut-il délayer à satiété la colère, ce surcroît d’émotionnel, pas meilleure conseillère que l’autre. On est tous en colère ; ce n’est pas de la nôtre dont je voudrais parler, mais de la leur. Cette houle de colère qui aurait fait basculer (finalement assez récemment, dit-on ; le Temps long n’étant guère un langage parlé par ces gens-là) 6 millions d’électeurs, lassés – ils n’en peuvent plus, entend-on à l’encan – d’un pays trucidé, volé, « arcandé » comme on dit joliment en Bourbonnais, par les sinistres hordes socialistes, mené par le pire des pires : Hollande et sa bande. Et, colère sortant de tous les lits, tout ça aurait voté FN, comme on débonde. Sauf, qu’en ce cas, le lendemain de ces gueules de bois classiques, on refait surface, et on se dit, le seau d’eau glacé sur la tête : – non, pas les manettes sérieuses pour ces grandes bouches voraces ! Etc... on connaît. Mais, là, ce n’est pas ça, ce n’est plus ça.

L’électeur FN – composite à l’infini, à présent – a voté en poussant les pions, froidement, déterminé ; abandon progressif du – seul – vote protestataire ; vote d’adhésion en vue : il va essayer dans la boutique politique sur laquelle il crache depuis si longtemps, ce qui « n’a pas encore servi », annonçant à tout vent, que ce ne sera pas pire. Mélange curieux de ces « sortez les sortants » et d’un goût pour l’aventure. Ils n’ont plus peur de rien : sont inexpérimentés, ces gagnants ? Baste ! N’ont pas l’ombre d’un programme ? On verra bien, disent ces gens capables de monter dans la voiture de n’importe qui, ou d’accepter – moi, je me souviens de ce que disait ma grand mère – des bonbons du premier venu. N’a plus peur du noir, le bonhomme ; l’ado a l’impression d’avoir grandi, et de faire un chouette bras d’honneur à sa parentèle, à ses profs, à tout le commissariat du quartier. Prêt, au bout à renverser la table ; jeu vidéo d'étrange Soixante-huitard. Jouissif, le vote ; transgressif. Est en haute mer, l’électeur FN, et vos cris, vos pleurs de mère éplorée rappelant sa marmaille, depuis la plage, ont peu de chances d’être entendus. C’est un sacré bataillon qui largue les amarres avec la République, la nôtre. Constat..

2017 ou 2022 ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 12 décembre 2015. dans La une, France, Politique, Actualité

2017 ou 2022 ?

La question désormais n’est même plus « si », mais seulement « quand » ? La future arrivée au pouvoir du Front National ne relève plus de la probabilité, mais bien de la certitude. Tout maintenant se résume à un problème d’agenda : Marine Le Pen, arrivée – évidemment ! – en tête au premier tour de la présidentielle de 2017, battra-t-elle tout se suite son challenger (de droite ou de gauche, peu importe), ou devra-t-elle attendre, en cas d’échec, que le prochain président – et le parti qui l’aura porté – sortent exsangues d’un mandat de cinq ans, à l’issue duquel majorité comme opposition étant au plus bas, le pouvoir ne sera même plus à conquérir, mais tout bonnement à ramasser ?…

Inutile de revenir sur les causes, on les connaît : déferlante xénophobe et raciste, islamophobie assimilant islam et terrorisme, précarisation liée à une crise aggravée encore par les politiques d’austérité, mais surtout, surtout, effondrement éthique : les rappels à la morale, les objurgations, les mises en garde ne sont à présent que dérisoires et vaines gesticulations. Les lepénistes – que dis-je ? les Français, car aujourd’hui ils se confondent – répondent aux interpellations par un cynique : « et alors ? », sorte de pied de nez, de bras d’honneur aux républicains antiracistes. « Et alors ? Nous, on s’en fout ! »

Les perspectives, à l’évidence, s’assombrissent : heurts, manifestations, bavures policières jalonneront la mandature mariniste. Les futurs Malik Oussekine, Rémi Fraisse et autres Clément Méric témoigneront par leur mort du caractère liberticide du nouveau régime. Les abus se voyant encore démultipliés par la réforme constitutionnelle de l’article 36 sur l’état de siège. « La constitution était dangereuse avant moi, elle le sera après moi » avait coutume de dire François Mitterrand, et il avait raison…

Pour autant, il faut regarder au-delà. Tout a une fin, rien, en politique, n’est définitif. Marine Le Pen s’usera ; pire, moins d’an après son élection, elle se verra puissamment rejetée et ultimement balayée aux échéances électorales suivantes. Trop tard, diront certains ? Le mal sera fait et la république mise à bas ? Non ! Il n’y aura ni 18 Brumaire ni incendie du Reichstag. Les corps constitués, l’armée et même la police sont légalistes et ils le resteront. Les tentatives de putsch, si elles se produisent, échoueront. L’espoir démocratique, à la fin des fins, renaîtra. Mais avant, pour reprendre une phrase célèbre, il y aura du sang et des larmes.

Brun blanc rouge, impair et passe

Ecrit par Lilou le 12 décembre 2015. dans La une, France, Politique, Actualité

Brun blanc rouge, impair et passe

Je n’ai jamais osé être de gauche quand j’étais jeune de peur de devenir de droite en vieillissant. Ainsi pensait élégamment ce magnifique Antoine Blondin prostré dans sa solitude et ses chemins intérieurs. Etre de droite ou de gauche quelle importance aujourd’hui ? Jaurès ou Monnet, Bach ou Schubert, Rousseau et contrat social, Montesquieu et l’esprit des lois, salade et rhubarbe, et pauvre Rutebeuf, que sont mes amis devenus ? Notre paysage politique s’est tout entier fait envelopper dans l’à peu près d’une époque où ça doit buzzer, tweeter, enfiler des mouches sur des plateaux télé dans le prime time de la grand-messe du journal télévisé. Cette politique-là donne l’immense privilège de faire savoir qu’en deux coups de cuillères à pot, les grands problèmes contemporains ainsi que ceux qui n’ont pas encore été décelés seront résolus. On pourrait même trouver des faiblesses ici ou là pour expliquer que Philae (le robot, pas le chien) ne répond plus. Et in fine pour reprendre leur souci de bien faire avec leur sémantique de premier communiant les positionnant bien au-dessus de la mêlée, se demander pourquoi on n’avait pas pensé à tous ces prix Nobel avant ? Avec à chaque fois l’air du petit innocent qui ne s’est pas encore fait prendre les doigts dans le pot de confiture…

Alors et par souci de clarté pour répondre à tous ceux qui prétendent répondre à ma place, je n’irai pas par 4 chemins pour dire pourquoi il m’est aujourd’hui devenu inutile de remplir mon devoir civique pour une République réduite à n’être devenue belle et légendaire que lorsqu’elle pleure ses morts. 1988, belote, rebelote et même dix de der. Premiers bulletins pliés en 4 et première victoire ! Mitterrand réélu… Par la suite, par un seul scrutin raté, même quand je me suis trouvé à l’autre bout du monde les pieds et les poings dans la face noire de la planète. Pas un seul manqué… Y compris lorsqu’il a fallu défendre une certaine idée de la république alors que Jacques II jouait un score soviétique face au borgne endimanché comme s’il avait gagné au loto et tout surpris d’être là. Dimanche dernier, je n’y suis pas allé. Je ne peux même pas plaider contre cette excommunication civique en prétextant un Monopoly en 3 sets ou une gueule de bois géante, le week-end ressemblait à ces délicieuses journées sans enjeu où les alcôves et les soupirs se remplissent de la flemme espérée toute la semaine. Non rien. A moins que ce ne soit l’envie qui m’ait manqué…

Ma gauche avait commencé à mourir en 1993, balayée aux législatives parce qu’emportée par les hommes contre,plus que par des idées de bonne volonté. Bérégovoy s’en était d’ailleurs allé au paradis des honnêtes hommes juste avant que le bal des prétentieux ne commence derrière son corbillard. C’est dans ces années-là que se sont construites les déroutes d’aujourd’hui. Le parti socialiste est devenu une fabrique à slogans, à tweeter qu’on dit même aujourd’hui. C’est dans ces années-là qu’est morte l’idée de progrès social durable dans la machine à penser de la maison mère. Le progrès social ne se tweete pas, il se pense, il s’écrit, il se réfléchit, il s’expérimente. Il s’observe à l’aune du labourage des conditions de vie des ouvriers, des employés, des sans-grade, des professeurs, des avocats, des secrétaires, des sans-emploi, des décrocheurs, des débiles et des mourants. Il se compare avec d’autres façons de penser la justice sociale, il se coordonne avec l’Idée Syndicale dans le sens où le projet d’associer des travailleurs pour le bien commun et dans le dialogue avec l’Entreprise fut légalisée en France par deux fois sous la troisième République, il se projette dans la démocratie le long de valeurs républicaines qui font du débat et de l’honnêteté intellectuelle des principes au moins aussi solides que l’épaisseur des fondations de la Bastille. Il s’émoustille des conseils parfois tempétueux de ceux de la rue, ceux de la France d’en bas comme dirait l’ancien vicomte de Matignon qui n’a toutefois pas dit que des âneries. Quoique ! Mais bon, cette gauche-là, incapable de lier l’utile à l’agréable, la pensée haute avec les tweets si vous préférez, passe son temps les yeux rivés sur la calculette, sur le bon mot et la montée au ciel du journal d’Anne, Claire ou de David (à propos qu’est devenue Chazal ?), sur ses frondes et ses commisérations, presque sur une acceptation de ses diversités non pas de choix politiques (ce serait trop beau) mais de ses mille et une ambitions personnelles. Manuel est arrivé trop tard, il finira certainement avec moi dans la chapelle de la conciergerie. Le repas y sera aussi beau et aussi noble que celui servi dans la nuit du 30 octobre 1793.

Dear Paris

Ecrit par Ricker Winsor le 05 décembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Dear Paris

In the aftermath of the atrocity committed in Paris I wrote a condolence letter to a friend there. He responded and mentioned other things but with no reference of my heartfelt sympathies. And, somehow, that seemed just right, like the sound of one hand clapping, like a fraught, existential, and blank idea balloon kept in the air of consciousness by our mutual understanding. It was appropriate, like a story about death ending in the middle of a sentence. Because there is nothing left to say and, of course, everything left to say.

I am a New Yorker who remembers the thudding sound of bodies hitting the pavement as victims who, a moment before, were going about their business or talking to their loved ones at home in the suburbs, now suddenly found themselves airborne to oblivion in escape from the merciless fire. A friend living near the two towers got on the roof of her loft building and saw people jumping from the towers, some of them holding hands and one, she noted, actually doing a swan dive, taking his last moment to express a gesture of defiant poetry against death. It makes sense in the current context to remember that there was great rejoicing about this in the Muslim neighborhoods of New Jersey. We New Yorkers have not forgotten that.

Our president, Barak Obama, said that the Paris murders were an « attack on all humanity », a comment made more poignant because Paris, in many ways, is the cultural capital of humanity. And it will continue to be that. Somehow, in an unpredictable irony, New York became a much better place after 9/11. People were friendlier, more outgoing. The sense of comradery that has always been a part of New York identity increased in the wake of the disaster. I am not sure if that warm feeling extended to Middle Easterners. I expect this « spirit de corps » phenomenon to occur in Paris too. Those who survive an atrocity are bonded by grief, anger, and a certain pride they discover in the courage to carry on.

Friday the 13th was a tipping point for the French and also for the rest of the free world. It is a different feeling now. We were angered and shocked by the Charlie Hebdo attack and by the murders in a kosher grocery but we also knew that the cartoonists, although within their right of free speech, so central to any democracy, were pushing the envelope, asking for trouble. And the Jews, well the Jews have always been ground zero for abuse and tragedy ; nothing new about that. But this new savagery had nothing to do with anything other than a warped sense of religiosity and a kind of nihilism that celebrates killing for its own sake.

Cher Paris

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 décembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Texte de Ricker Winsor traduit de l’anglais par Jean-François Vincent

Cher Paris

Au lendemain de l’atrocité commise à Paris, j’ai écrit une lettre de condoléances à un ami là-bas. Il y a répondu en évoquant d’autres choses, sans toutefois faire référence à cette compassion que j’exprimais du fond du cœur. Et, d’une certaine manière, cela sonnait juste : une sorte de question sans réponse, une idée en l’air, à la fois vide, existentielle et chargée de tension, flottant dans notre conscience grâce à notre compréhension mutuelle. C’était pertinent, comme une histoire sur la mort qui se terminerait au milieu d’une phrase. Parce qu’il n’y a rien à dire de plus, et, bien sûr, tout à dire en plus.

Je suis un new-yorkais. Je me souviens du bruit sourd des corps frappant le trottoir : ceux des victimes, qui, l’instant d’avant, vaquaient à leurs occupations ou parlaient à leurs êtres chers, restés à la maison, dans les banlieues ; et qui, tout d’un coup, se trouvaient projetés en l’air et dans l’oubli, en guise d’échappatoire à quelque impitoyable rouleau compresseur. Une amie, qui habite à côté des deux tours, monta sur le toit de son immeuble et vit des gens sauter des tours, certains se tenant par la main. Elle remarqua l’un d’eux, qui, plongeait, en vérité, tel un cygne, utilisant cet ultime instant pour exprimer, en un geste poétique, un défi à la mort. Il n’est pas inutile, dans le contexte actuel, de rappeler la liesse que suscita l’événement dans les quartiers musulmans du New Jersey. Nous, les new yorkais, n’avons pas oublié ça.

Notre président, Barack Obama, a dit que les meurtres de Paris étaient « une attaque contre l’humanité toute entière », commentaire d’autant plus poignant que, d’une certaine manière, Paris est la capitale culturelle de l’humanité, et le restera. Imprévisible ironie, en quelque sorte, New York est devenu bien plus agréable après le 11 septembre, avec des gens plus gentils, plus expressifs. Ce sens de la camaraderie, qui a toujours fait partie intégrante de l’identité newyorkaise, s’est accru, dans le sillage de la catastrophe. J’espère que Paris connaîtra également cet esprit de corps. Ceux qui survivent à une atrocité sont liés par le chagrin, la colère et un certain orgueil qu’ils ont découvert dans le courage d’aller de l’avant.

Le vendredi 13 a constitué un tournant pour les Français et tout autant pour le reste du monde libre. Nous ressentons les choses différemment. Nous étions en colère et sous le choc, lors des attentats meurtriers contre Charlie hebdo et l’hyper casher ; mais nous n’ignorions pas que les dessinateurs, quelle que soit la centralité de leur droit à libre parole dans toute démocratie, tangentent les limites et s’exposent à des ennuis. Et les Juifs. Certes, les Juifs ont toujours été la cible tragique d’exactions, ce n’est pas nouveau ; mais cette nouvelle sauvagerie, elle, n’était rien d’autre que l’expression d’une religiosité dévoyée, une espèce de nihilisme qui exalte en soi le fait de tuer.

Quel genre de Dieu accepterait – et approuverait comme une chose excellente – que l’on tue, au hasard, des innocents, assistant à un concert de rock, ou joyeusement attablés à un café ? Quelle sorte d’individus pourrait croire que leur Dieu juge excellente une pareille chose ? Franchement, comment peut-on être stupide à ce point ? Et ils font ça au nom de l’islam ! Prétendre que ceux qui ont perpétré ces actes n’ont rien à voir avec le véritable Islam, est un déni qui repose sur l’ignorance. Ayant passé ma vie entière à étudier les religions et à m’intéresser aux questions spirituelles, je conclus – et quiconque ouvrant le Coran ferait de même – que l’islam pose des problèmes fondamentaux, qu’il faut regarder en face et qu’il convient de  considérer de l’intérieur, de l’intérieur même de l’Islam. Une réforme de cette religion s’impose. Il revient aux leaders et aux savants musulmans – quels qu’ils soient – de procéder à cette réforme ; ce qui constitue un autre problème : ils semblent ne pas être là.

Allee, allee, c’est quoi tout ça, une fois ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 28 novembre 2015. dans La une, Actualité

Allee, allee, c’est quoi tout ça, une fois ?

Après Paris la trouille a saisi Bruxelles. Une ville morte, métro fermé, écoles closes, magasins obligés administrativement de baisser leurs rideaux, aéroport transforméenbunker ; la Grand-Place était encore ce mardi déserte. « Nous redoutons une attaque similaire à Paris dans l’ensemble du pays avec plusieurs individus qui lancent des offensives à plusieurs endroits en même temps » a déclaré le Premier ministre, Charles Michel. « La menace est considérée comme sérieuse et imminente comme hier ».

 En fait, dans le plat pays, on a très mal pris les accusations françaises d’en avoir fait trop peu. A l’affirmation de François Hollande – simple constatation – que les attentats « avaient été organisés en Belgique », Charles Michel a rétorqué que « certains commentaires étaient peu élégants peu fair-play, loin d’une union transnationale ». Sans doute visait-il également les propos d’Alain Chouet, ancien directeur de la DGSE, affirmant que « la Belgique n’est pas à niveau en matière de renseignements ».

Après en avoir – peut-être ? – fait trop peu, voici maintenant qu’on en fait trop. Si cette situation devait se prolonger, l’économie serait bientôt asphyxiée. Il fallait donc rassurer deux fois, une fois contre les terroristes, une seconde fois contre les mesures de sécurité elles-mêmes… Le ministre de la justice, Koen Geens, a déclaré au principal quotidien néerlandophone De Standaard : « nous n’allons pas mettre à plat Bruxelles économiquement ».

On touche ici le cercle vicieux – et infernal – de la peur. Trop de sécurité crée de l’insécurité. Et pas seulement à court terme. Qui peut prévoir les dégâts commerciaux que fera dans un futur proche le caractère anxiogène des déclarations gouvernementales ? Déjà à Paris la rue Saint-Louis-en-l’Île est sinistrée. Avec ses nombreuses galeries de tableaux et magasins pour touristes, la désertion de ceux-ci plombe littéralement la comptabilité des boutiques. Une amie très proche, qui tient précisément l’une de ces galeries, me disait, au téléphone, qu’elle ne s’en sortait plus. Chiffre d’affaires : 0 !

Le courage n’est pas uniquement un impératif d’honneur et de dignité, il en va de la survie, non plus physique, mais bien économique d’un pays. Sans compter qu’en outre, cette poudre aux yeux, couardement lénifiante, a fait la preuve de sa totale inutilité : Molenbeek – et d’autres quartiers comme celui de Laeken – demeure une pépinière de jeunes chômeurs ghettoïsés, d’origine marocaine, sensibles à la propagande salafiste sur internet.

Courage et intérêt vont – vertueusement – ainsi de pair. Alors j’ai envie de dire à Koen Geens, le ministre, « geef ‘t op, manneke : ‘tis te laat ! », laisse tomber, bonhomme, il est trop tard…

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