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L'Islamisme et Pavlov

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 juin 2015. dans Monde, La une, Religions, Actualité, Politique

L'Islamisme et Pavlov

Isère, Tunisie, Koweït. Amalgame. D’un côté, des structures organisées, de l’autre, un bonhomme seul ; d’un côté, des armes de guerre (kalachnikovs, grenades), de l’autre, un couteau ; d’un côté (au moins pour le Koweït,) revendication de Daech, l’ « Etat islamique », de l’autre, rien du tout. La classe politique (de droite comme de gauche) à tout intérêt à subsumer ces évènements sous un vocable unique : attentat terroriste – et, peut-être a-t-elle raison : le terrorisme, catégorie particulière, se voit limité à des milieux bien précis et circonscrits; l’amalgame rassure – la réalité, elle, est plus inquiétante.

Yassin Sahli était un simple employé de la société Air Products. Il a décapité son patron. Le grand guignol islamiste n’a ici qu’une fonction décorative. Epouvantable, mais, au fond, inessentielle mise en scène. Là se situe le danger le plus grave : un vulgaire conflit du travail se voit ripoliné en djihad. A quand une querelle de voisinage se terminant en bain de sang « islamiste ». A quand un collégien immolé au nom d’Allah, pour histoire de billes ou de rivalité amoureuse ?...

Le savant russe Ivan Petrovitch Pavlov avait mis en exergue, au début du siècle dernier, le conditionnement du réflexe, lequel sous certaines conditions, devient automatique. Le conditionnement salafiste pourrait produire un type de comportement stéréotypé : face à une crise dans la sphère privée, la sortie – stratégie de fuite, plutôt que véritable solution – réside dans le crime au nom de Dieu. Mort héroïque, règlement de compte sublimé en sacrifice martyriel (Yassin Sahli a tenté, en vain, de se suicider, en précipitant sa voiture contre des bonbonnes de gaz).

Un mimétisme barbare pourrait ainsi ensanglanter la vie quotidienne, en transformant les vicissitudes personnelles en tremplin pour la sanctification. La force de Daech ou d’Al Qu’Aïda est d’avoir proposé une solution non seulement collective (instaurer partout la Charia, la loi transcendante) mais également individuelle : vous êtes mal dans votre peau, ça ne va pas au travail, votre petite amie vous a plaqué ? Qu’importe ! Dieu vous soutient ; votre vengeance ne sera pas uniquement de votre fait : Deus ex machina, vous serez l’instrument d’une rétribution divine, punissant de la sorte l’injustice commise à votre endroit par des infidèles…

Il est donc à craindre que se multiplient les Yassin Sahli pour des pas grand choses ou des presque rien. Ou comment de pauvres hères trouveraient, par la même, le moyen de magnifier leur propre petitesse en message de l’au-delà : des « pov’types » directement métamorphosés en Malak al-Maut, l’ange de la mort dans le Coran…

De métastases isolées, le terrorisme deviendrait alors un cancer généralisé de la société…

Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 27 juin 2015. dans La une, Actualité, Histoire

Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

On se souvient que tout récemment les cendres de Jean Zay ont été transférées au Panthéon. La décision fut prise par François Hollande le 21 février 2014 et la cérémonie eut lieu le 27 mai. On se rappelle aussi de la polémique lancée à cette occasion par l’extrême-droite française – concernant le soi-disant « antipatriotisme » de ce grand ministre radical-socialiste de la fin de la IIIe République ! Enfin, nous ne sommes actuellement qu’à une semaine de la commémoration du terrible assassinat dont il fut la victime en ce jour horrible du 20 juin 1944… Je vais donc revenir ici sur les différents aspects des « affaires » Jean Zay, et avant tout, bien sûr, en ce qui concerne le contexte et les méthodes employées pour l’assassiner lâchement… !

La première affaire est celle de la polémique déchaînée par l’extrême-droite contre celui – avocat et homme politique de gauche – qui fut l’ancien ministre visionnaire de l’Éducation nationale du Front Populaire (et même au-delà, jusqu’en septembre 1939) et député du Loiret. Un peu comme pour Roger Salengro (accusé de « désertion face à l’ennemi » pendant la Guerre de 14), Jean Zay eut à subir une campagne de dénigrement concernant son « pacifisme antipatriotique » ; tout cela parce qu’il avait rédigé dans sa jeunesse un poème (Le drapeau) ayant une teneur hostile à ce qu’avait été « la Grande Guerre ». Deux points importants à ce sujet : fut-il le seul à avoir été ainsi traumatisé par cette « boucherie nationaliste » ? Fut-il le seul à avoir des réactions « pacifistes » ? Doit-on considérer le « pacifisme » de cette époque-là comme une trahison « antipatriote » ou bien plutôt simplement comme une réaction normale par rapport à ce qui s’était passé dans les tranchées ?! De toute façon, c’est tout de même fort d’entendre les héritiers de ceux qui acceptèrent de se coucher devant Hitler et de collaborer avec l’Allemagne nazie accuser cet homme d’antipatriotisme, lui qui, justement, fut – par la suite – un anti-munichois notoire ! La vérité, c’est que ce que l’extrême-droite française de l’époque (et encore de nos jours, dans ses strates archéologiques) reprochait à Jean Zay, c’était d’être « un juif » ; donc, pas vraiment « Français »… ! D’ailleurs, il fut victime par la suite d’une très violente campagne antisémite, dans ces moments où les nationalistes faisaient leurs choux gras de « l’idéologie antisémite » ! De nombreux leaders d’extrême-droite s’étaient ainsi lancés contre lui.

Pour la seconde affaire, c’est-à-dire celle des conditions et la façon dont Jean Zay fut éliminé, le récit qui doit être fait apparaît comme plutôt terrifiant ! Ce sont en effet des miliciens au service des basses besognes du régime de Vichy (« L’État Français de Pétain »), et en liaison directe avec des hommes de Joseph Darnand, qui le massacrèrent au lieu-dit Les Malavaux, dans la faille du Puy du diable à Molles (dans l’Allier). Les assassins traitèrent son corps (avec des grenades et en jetant sa dépouille dans une crevasse… !) d’une manière ignominieuse, tellement chargée de haine… ! Ce n’est que vers la fin du mois de septembre 1946 que son corps fut retrouvé et enterré, sur ordre de la municipalité de Cusset (près de Vichy)… Jean Zay avait été mis en prison militaire près de Clermont-Ferrand, dès août 1940, sur ordre du régime de Vichy, avec une accélération scandaleuse de la campagne antisémite qu’il avait déjà commencé de subir auparavant (comme cela a déjà été dit). Philippe Henriot, le trop célèbre ministre de l’information des vichystes, réclama très tôt la condamnation à mort du « juif Jean Zay », comme juif, franc-maçon, anti-munichois, anti-hitlérien et ministre du Front Populaire… A propos des accusations « d’antipatriotisme », le 5 juillet 1945 la cour d’appel de Riom (ville située près de Clermont-Ferrand) réexamina les faits reprochés au sous-lieutenant Jean Zay, et constata qu’à aucun moment il ne s’était soustrait à l’autorité militaire, et que « les poursuites intentées contre /lui/ ne peuvent s’expliquer que par le désir qu’a eu le gouvernement /de Vichy/ d’atteindre un parlementaire dont les opinions politiques lui étaient opposées et qu’il importait de discréditer en raison de la haute autorité attachée à sa personnalité ». Elle annula donc le jugement du 4 octobre 1940, Jean Zay étant alors pleinement réhabilité à titre posthume.

 

Jean Zay, un républicain, François Marlin, Infimes Éditions, 2015, 208 pages

Jean Zay, le ministre assassiné 1904-1944, Antoine Prost et Pascal Ory, Tallandier, 2015, 160 pages

L’œil de Claude: DSK, le retour ? Migrants façon Sarko.

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 27 juin 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude:  DSK, le retour ? Migrants façon Sarko.

DSK...

Plus les affaires se multiplient en haut lieu, plus on se dit que faire de la politique exige une morgue à toute épreuve, capable d’occulter la morale la plus élémentaire !

Récemment, DSK a signé son retour sur Twitter d’un tonitruant « Jack is back », annonçant clairement la couleur… Sorte de « Jolly Jumper » de la politique, il s’est remis en selle pour de nouvelles aventures, mais ce n’est pas ce que vous croyez !

Il y soigne surtout son image d’économiste de renommée mondiale, allant même jusqu’à « s’allier », dans un souci de crédibilité notoire, à deux anciens Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz et Paul Krugman… Comme tant d’autres « revenants », DSK ou l’art de se refaire une santé, de se racheter une vertu !

 

Histoires d’eau, ou les Migrants façon Sarko

Le 18 juin dernier, Nicolas Sarkozy, dans un discours, comparait l’arrivée en masse de migrants en Europe à « une grosse fuite d’eau », propos dont la dimension poétique n’avait échappé à personne… Double commémoration, ce jour-là : celle du bicentenaire de la bataille de Waterloo et celle de l’Appel du général de Gaulle depuis la Grande-Bretagne. Des « signes d’eau » en pagaille, lorsqu’on y regarde de plus près !

Presque au même moment se déroulait l’épreuve anticipée de français, en métropole et aux Antilles, où l’on proposait aux lycéens des séries ES/S quatre extraits de textes signés Joachim Du Bellay, José-Maria de Heredia, Charles Baudelaire et Blaise Cendrars. On leur demandait, entre autres, de répondre à la question suivante : « Selon vous, que veulent exprimer les poètes à travers l’évocation de la mer ? » ; s’agissant de l’ancien président de la République, un élément de réponse nous était déjà parvenu à ce moment-là !

Dans son poème, Comme le marinier, Joachim Du Bellay, s’adressant à « son cher Morel », s’écrie : « Et vois ton Du Bellay à la merci du vent / Assis au gouvernail dans une nef percée ». Quant à José-Maria de Heredia, il écrit ceci dans Les Conquérants : « De Palos de Moguer, routiers et capitaines / Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal ». Tout cela n’est pas sans rappeler les « flux migratoires » actuels, symbolisés par les « bateaux ivres » qui sillonnent, nombreux, la Méditerranée et manquent très souvent les rives convoitées !

« L’œil de Claude » : de drôles de Tee-shirts et un premier ministre aimant -trop- le foot ?

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 20 juin 2015. dans La une, France, Politique, Actualité

« L’œil de Claude » : de drôles de Tee-shirts et un premier ministre aimant -trop- le foot ?

Partis pris… la main dans le sac !

En France, les partis politiques sont devenus des enseignes comme les autres… Opérations marketing à tous les étages, dans le but, plus ou moins avoué, de renflouer les caisses. Et parmi les nombreux gadgets proposés à la vente, les t-shirts figurent en bonne place !

Récemment, on apprenait que les principaux partis, LR, PS, EELV, UDI, s’approvisionnaient au Bangladesh, dont les trois-quarts des exportations viennent justement de l’industrie textile. Quelle belle unanimité, mais quel revers pour le « made in France », défendu avec panache, on s’en souvient, par le ministre du Redressement productif lui-même, qui n’avait pas hésité à arborer une seyante marinière fabriquée du côté de Quimper !

A noter que le FN continue de faire bande à part, ayant choisi le Maroc comme « fournisseur officiel ». Plutôt contraire à son éthique, mais, lorsqu’il y a péril en la demeure, tous les coups sont permis, n’est-ce pas ?

Et si l’avenir de la politique ne tenait qu’à un fil, capable de tisser de nouveaux liens, voire des alliances, propices au bon fonctionnement de la démocratie ? Pour le moment, nombreux sont les partis qui souffrent de désaffection chronique et assurent un « service minimum », fuyant le débat et l’autocritique. A plus ou moins long terme, ils risquent, hélas, de se couvrir d’un linceul !

 

Valls aux commandes

Lors du congrès du Parti socialiste, la « bataille de Poitiers » n’a finalement pas eu lieu, unité oblige. Même si elle n’était que de façade, elle est apparue comme une évidence aux yeux des militants, surtout pendant le discours prophétique et fédérateur de Manuel Valls, qu’il a conclu par un Vive la République, vive la France ! digne d’un présidentiable !

Samedi, empruntant la voie des airs, il s’est rendu à Berlin pour assister à la finale de la Ligue des champions, opposant la Juventus de Turin au Barça. Né à Barcelone, le Premier ministre, du haut de la tribune officielle, était venu soutenir « son » équipe, qui l’a emporté à l’issue d’un match très disputé. Hélas, aussitôt après la rencontre, des voix se sont élevées pour le désigner à la vindicte publique, l’accusant d’avoir fait l’aller-retour aux frais de la princesse !

Pourtant, c’est bien connu, on se sent parfois pousser des ailes lorsqu’on est chef de gouvernement… Pompidou et Chirac avaient fini par goûter à la magistrature suprême, Barre, Balladur et Jospin en ont rêvé, Fillon et Juppé continuent d’y songer… Loin de « jouer les filles de l’air », nombreux sont ceux qui ne pensent qu’à ça, en vérité !

« L' Après Charlie de Caroline Fourest »

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 juin 2015. dans La une, France, Actualité, Politique, Littérature

« L' Après Charlie de Caroline Fourest »

On ne connaît qu’elle, Caroline, sur les plateaux TV aux débats animés, ou en billets coupants là, ou ici. Quand il s’agit de libertés – féminines, mais pas que – sa voix se pose, droite, et bien malin celui, celle, qui l’arrêtera. Dans mon coin, on dirait qu’elle est teigneuse et ne lâche rien, une fois les dents mises. Quelque chose de l' « incorruptible », la dame, et toujours avec le sourire, faussement angélique…

Son dernier opus Éloge du blasphème est comme un assemblage de chroniques. Comme un ramassé de ses divers coups de gueule. Ne pas attendre du littéraire, mais du citoyen de belle eau, oui.

« De quoi parlions-nous le matin de l’attentat. Je ne sais plus. Au téléphone, j’entends juste : Charb est mort ». Elle a travaillé à Charlie Hebdo, connu le ban et l’arrière-ban de la boutique, était là juste après. A tout vécu de ces jours si particuliers. Le coup de poing, depuis, à l’estomac, s’entend à chaque ligne écrite. On sent qu’écrire, parallèlement à dire, lui a semblé le seul chemin à prendre, pour leur rendre hommage, pour se projeter demain, pour – évident – sortir, elle, du cauchemar. Son « Eloge du blasphème » est la tête qu’on tient hors de l’eau.

On lit, ça et là, que ça grincerait chez ceux que son discours sans concessions florales, dérange. On comprend vite. Et il y en a – journaliste, intellectuel, politique, religieux – de ceux qui trouvent, au fond, que « c’est bien malheureux, tout ça, mais faut faire attention avec les provocations ; un peu comme après un viol, lorsqu’on réconforte la victime tout en lui faisant remarquer que sa jupe était trop courte », de ceux qui cherchent la « bonne » distance après Janvier le 11, jour du « Tous Charlie » ; ceux qui confondent, dans une pseudo-rondeur se voulant intello original, un sain esprit critique avec une grande rasade de lâcheté peu ragoûtante. Parce que CQFD, Dame Fourest tricoterait, comme d'autres les chaussettes, figurez-vous, de l'Islamophobie !  C'est vrai que  là, quelle que soit la cabane – des banlieues, musulmane, de Gauche, de Droite dite civilisée – le fusil de Dame Fourest décanille… c’en est un vrai plaisir, mais, mieux – journaliste, quand même la Caroline – il désigne : toi, là, toi, ici, et c’est d’une formidable efficacité. Fourest s’habille en procureur, défendant « toutes les victimes du fanatisme et du terrorisme où qu’il frappe ». Vraies informations qu’on s’empresse d’engranger.

Panthéon, piège à cons ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 06 juin 2015. dans La une, Actualité

Panthéon, piège à cons ?

Le panthéon, à Rome, est le seul monument de l’antiquité païenne à avoir échappé à la rage « idoloclaste » du Christianisme triomphant : dédié à tous les dieux, il l’était aussi à celui d’Abraham, Isaac et de Jacob…

Nos « dieux » à nous sont moins glorieux. Mirabeau – le tout premier « panthéonisé » – révolutionnaire, vénal, débauché et corrompu (une gravure allégorique de novembre 1792 le représente enfermé dans l’armoire en fer où sont entreposées les pièces à conviction de la trahison royale. Au centre de la scène, le squelette de Mirabeau tient la bourse, symbole de sa corruption) inaugura le projet : mort le 2 avril 1791, ce fut le 4 avril de cette même année que l’Assemblée Nationale décida par décret que « l’église sainte Geneviève (dont la construction avait été ordonnée par Louis XV en remerciement d’une dysenterie guérie) servirait de nécropole aux personnalités qui contribuèrent à la grandeur de la France ».

Sainte Geneviève demeura – par intermittence – une église jusqu’à ce que le décret du 26 mai 1885, à l’occasion des funérailles de Victor Hugo, proclame avec solennité que le lieu désormais serait dédié aux « grands hommes ayant mérité la reconnaissance nationale ». Fournissant par là même également l’occasion de panégyriques au lyrisme ampoulé, dont le chef d’œuvre restera sans nul doute pour l’éternité le discours d’André Malraux, en 1964, prononcé à l’occasion du transfert du corps de Jean Moulin : « C’est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu auras approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France ».

Mais que se cache-t-il derrière ces si pompeuses pompes funèbres ? La « panthéonisation » est le stade ultime du clonage républicain des institutions ecclésiastiques. Qu’on en juge : 1792, instauration de l’état civil, destiné à « doubler » les registres paroissiaux ; dans la foulée, apparition du mariage civil « célébré », comme il se doit à la mairie, pour damner le pion à celui célébré à l’église. 1794, création du « baptême républicain », farce tombée en désuétude mais qui subsiste toujours aujourd’hui dans les textes (article 398 du code Civil).

La panthéonisation constitue ainsi le pendant laïc de la canonisation : aux saints de Dieu s’opposent les saints de la République. Preuve, s’il en était, que le jacobino-républicanisme va au-delà de la sphère politique, pour s’installer, en toute sérénité, dans celle du religieux. La République est un culte, avec ses rites d’initiation, ses rites de passage (le mariage), son au-delà sacramentel et mis en scène à grand renfort de médiatisation.

On retrouve ici le sens originel du mot religio, relier, faire du lien. Et, en effet, ces grand-messes que sont les « panthéonisations » prétendent ressouder, rassembler les foules indifférentes ou rebelles. Mais qui y croit vraiment ? Cicéron, à la fin de la res publica romaine, écrivait que « deux augures ne peuvent officier l’un devant l’autre sans rire ». Bien pauvre opium du peuple, dirait Marx. Ou pour reprendre un slogan soixante-huitard : panthéon, piège à cons !

L’œil de Claude : des Républicains tout neufs, et Une FIFA toute pourrie ?

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 06 juin 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : des Républicains tout neufs, et Une FIFA toute pourrie ?

Vous avez dit « Républicains » ?

Plus « Républicain » que moi, tu meurs… Ainsi parlait Nicolas Sarkozy lors du Congrès fondateur des « Républicains », samedi dernier. A la tribune se succédèrent la plupart des « Républicains de service », dont les principaux candidats à la primaire de 2016, et leur chef suprême, qui en a profité pour critiquer – c’est la loi du genre – le pouvoir en place et présenter sa « feuille de route » pour 2017, sous les applaudissements et les vivats de la foule qui, à y regarder de plus près, était plutôt clairsemée !

François Fillon et Alain Juppé, quant à eux, furent copieusement sifflés par « certains » militants et sympathisants. Attitude bien peu « républicaine », vous en conviendrez ! Le lendemain, l’ex-Premier ministre de Jacques Chirac s’exprimait à la radio, déclarant, en substance, qu’il avait « l’opinion » avec lui, alors que l’ancien président de la République devait, lui, se contenter du « parti » !

Souvent au coude-à-coude dans les sondages, « le meilleur d’entre eux » ne tardera pas à émerger de cette « République de la confiance » que Nicolas Sarkozy veut instaurer à tout prix. D’un côté, un grand professionnel de la politique, « droit dans ses bottes », avec de l’ambition et un bon bilan au compteur, de l’autre, un politicien plein de fougue, prêt à en découdre, mais dont la fragilité, malgré le verbe haut et les « effets de manche », est de plus en plus palpable !

 

Quand la FIFA fait fissa…

A peine réélu à la tête de la FIFA, Sepp Blatter, « honteux » – si peu – et « confus » – à peine – « jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus », promettant au passage une « opération nettoyage » de grande envergure au sein même de l’association à but non lucratif – ce n’est pas une plaisanterie – qu’il dirige depuis des lustres.

Quelques jours plus tard, il démissionne, contraint et forcé, sans doute… Sage décision, si l’on en croit les hautes instances du foot. En attendant, cela ne change pas grand-chose sur « l’état des lieux », car, tout le monde le sait, le ballon ne tourne plus très rond dans les stades depuis longtemps et à tous les niveaux : présidents de clubs, entraîneurs, joueurs, supporteurs, médias… Une gigantesque cacophonie, orchestrée par le fric tout-puissant, dont la provenance ne constitue pas toujours un modèle de transparence !

Quoi qu’il arrive, la FIFA aura toutes les difficultés du monde à se refaire une santé, car le mal est si profond qu’au fil des ans, le ballon de plomb a peu à peu remplacé le ballon d’or… A la fois dommage et dommageable, surtout auprès des plus jeunes !

État islamique : le « double bind »

Ecrit par Jean-François Vincent le 30 mai 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

État islamique : le « double bind »

L’avancée irrésistible de l’« État islamique » pose un piège diabolique aux occidentaux : ou bien ne rien faire et laisser l’ensemble de la région (Irak, Syrie voire Liban) tomber aux mains des fanatiques, ou bien envoyer un corps expéditionnaire dans la grande tradition coloniale et risquer un « syndrome du croisé » coalisant les peuples arabo-musulmans contre les envahisseurs.

C’est ce que l’on appelle, en anglais, un « double bind » : un dilemme qui lie (to bind), ligote le sujet, écartelant ainsi sa pensée entre deux impossibilités également inacceptables.

Les dirigeants de ce pseudo Etat, pour barbares qu’ils soient, n’en restent pas moins de fins psychologues : tout est fait pour défier, provoquer, choquer. Leur barbarie a un but : pousser les occidentaux dans leurs derniers retranchements jusqu’à leur faire perdre la face d’une manière ou d’une autre. Soit en étalant au grand jour leur indécision et leur impuissance (la situation actuelle), soit en les engageant dans une guérilla sans fin (style Vietnam ou Afghanistan), impopulaire tant sur place que dans les métropoles concernées.

La stratégie de « daech » garantit à celui-ci la victoire par la défaite militaire ultime de leur adversaire sur le terrain (cf. les Américains à Saigon ou les Russes à Kaboul), ou bien par l’humiliation des injures ravalées (exécutions théâtrales, vandalisme archéologique), des défis non relevés. Daech gagne à tous les coups.

Mais, en remontant plus loin dans le temps, l’État islamique témoigne simplement de l’échec politique des vainqueurs de 1918, des accords Sykes-Picot de 1916, ouvrant la voie au démembrement de la partie arabe (coloniale) de l’empire ottoman, finalisée par le traité de Sèvres de 1920. Les pseudo Etats « bricolés » de la sorte ne reposant sur aucune homogénéité des populations, ni sur une quelconque conscience nationale : quid de l’« irakitude » ou de la « syritude » ?

Les révolutions arabes ont fait éclater les baudruches de 1920, ouvrant un vide qui servit de terreau à l’islamisme. Mais le vide était originel. Une nation ne se crée pas ex-nihilo par la volonté de quelque démiurge apprenti sorcier. Les « inventions » franco-britanniques des années 20 se sont révélées désastreuses : la « grande Serbie », bidouillée en Yougoslavie, s’est écroulée en un conflit sanglant, et si l’éclatement de la Tchécoslovaquie fut plus pacifique, ce n’est qu’à cause de l’intelligence des instigateurs de la « révolution de velours ».

La gifle que subit actuellement l’occident ne fait que solder de vieux comptes. Ignorance des réalités locales, hubris démiurgique de ceux qui – à l’instar des Sykes Picot ou des Bush père et fils – jouent avec les peuples comme s’il s’agissait de mécanos ; tout cela un jour se paie. Et ce jour est arrivé.

Mon école me fait mal

Ecrit par Lilou le 30 mai 2015. dans La une, Education, Actualité

Mon école me fait mal

Réformes, grèves, tas de fainéants, vivent les vacances, otages d’orgies politiques, pédagologisme contre pédagoducon… Et les élèves dans tout ça ? La réforme du collège unique ! Déjà dans son intitulé, sa consigne même, c’est compliqué ! Comment réformer ce qui est unique sinon en le rendant pluriel ? Et comment s’étonner ensuite que ce faisant, dans ce pays aux plus de 1000 variétés de fromage, ceux qui s’émeuvent de l’absence de réformes poussent ensuite au crime de la réforme qui est là ?

Mais la question principale n’est pas dans ce nécessaire virage que doit prendre ce collège-là, unique et créé par des trente glorieuses en bout de souffle. Tout le monde en est d’accord, ce collège-là a vécu, et, au-delà se réformer, doit se moderniser, sous peine de s’enfoncer dans des abysses que Pisa évoque avec les mots pudiques des statistiques. La question principale est de savoir quel virage doit prendre l’école de France pour lui permettre de donner les moyens à Jules de continuer d’être le Ferry d’une école qui doit rester républicaine, égalitaire, fraternelle et libre (dans le sens révolutionnaire du terme).

Au pouvoir précédemment, les uns répondirent par une vision comptable de la question scolaire en France : trop chère. Donc suppressions massives de postes, quadrature du cercle pour savoir si x professeurs divisés par y élèves faisaient bien les bons comptes qui font les bons cadeaux fiscaux (aux poignées de z qui depuis se sont planqués en Suisse). Ils mirent ensuite un système savant où en réduisant le nombre d’heures à l’école primaire (qui revient à sucrer une demi-journée de savoirs de diverses natures), on parvient à réduire la voilure du nombre d’instituteurs (plus joli que le mot « professeur des écoles »). Et pour enfoncer le clou d’une école à laquelle l’état républicain se doit – parce que c’est son contrat social – de donner les moyens de lui faire assumer ses devoirs régaliens de l’éducation populaire au sens le plus large possible, on supprima aussi la formation des maîtres, trop chère et puis parce que Nico Premier le décréta, « on se forme sur le tas ma pov p’tite dame ». Faut dire qu’en matière de tas, le brave savait de quoi il parlait. Non, non, non, je ne souhaite pas évoquer ici la jolie Carlita, mais les autres tas qui, comme les hirondelles sur le fil, prirent le chemin du retour plutôt que celui du départ. Bref, patatras, l’école était mal partie, nous n’étions plus qu’une variable d’ajustement budgétaire.

François arriva. Tel le pommier sortant ses branches de la forêt de Chambord, lui et ses destriers ouvrirent les cahiers d’une école aux abois comme d’autres auraient tordu les poulailles de la vieille Pythie de Delphes. Constats noirs, comme des taxis londoniens, échecs et décrochages agitèrent la rue de Grenelle en faisant tomber sur l’école une mousseline d’urgences (s’ils nous avaient demandé, on aurait tout dit depuis un moment…). La glace de l’inaction ou plutôt de l’action par le négativisme entrouvert dans l’expérience Nico fut alors brisée. Et il fallait agir ! Et l’action ce coup-ci s’appellerait « nouveau collège 2016 ». Le moins que l’on puisse dire c’est que ce fut franc, massif et porteur de la modernité accommodatrice avec un monde en plein bouleversement.

L’œil de Claude : Dany le Français et le désespoir de Palmyre

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 30 mai 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : Dany le Français et le désespoir de Palmyre

Dany le Rouge

« L’Humeur de Dany » (Robert Laffont, 2014) doit sûrement être au beau fixe car ayant enfin obtenu la nationalité française, il jouit désormais de la double nationalité franco-allemande !

Député européen assidu (« Die Grünen », EELV, Parti Vert Européen), il quitte le Parlement de Strasbourg en 2014, après vingt années de bons et loyaux services, et devient chroniqueur à Europe 1. Toujours aux avant-postes surtout pendant les événements de mai 68, il est rapidement passé maître dans l’art de la « provoc » et de l’outrance, qu’il s’est fait un malin plaisir de peaufiner par la suite !

Bienvenue, donc, au pays du béret, du litron et de la baguette ! Pâles clichés, en vérité, comparés à la célèbre photo où il semble narguer la maréchaussée et qui fait dorénavant partie de notre patrimoine. Dany le Rouge, ou « l’apatride reconnaissant » !

 

Palmyre

Palmyre, née du désert,

Le sable est ton royaume,

Et la pierre sculptée

Ta signature pour l’éternité.

 

Cité antique aux mille facettes,

Tu continues de fasciner

Ceux pour qui les traces d’antan

Ont rejoint le sacré.

 

Jusqu’au jour où des illuminés,

Sanguinaires et impurs,

Sur toi jetèrent leur dévolu

Et tuèrent en masse, implorant le Prophète.

 

Jadis, tu t’appelais Tadmor,

Et tu rayonnais par-delà les frontières.

Aujourd’hui, une seule prière :

Que Dieu te préserve !

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