Actualité

"L'ESPRIT DU 11 JANVIER 2015 "

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 janvier 2015. dans La une, France, Actualité, Politique, Société, Histoire

Après l'horreur des jours qui ont précédé le 11 janvier - l'attentat contre Charlie Hebdo, puis les prises d'otages -, ayant entraîné un total de 17 morts, les "marches républicaines" du 11 janvier furent un considérable succès citoyen : près de cinq millions de personnes dans les rues (en comptant les 700.000 de la veille), record inégalé depuis la Libération  , avec, d'une manière exemplaire au niveau de la gestion de la sécurité, les représentants des familles des victimes, ceux des grandes religions, des syndicats et de diverses associations, plus 50 chefs d’État et de gouvernement du monde entier... ! Après le temps de l'émotion, bien naturel, puisque d'abord fondée sur les drames, il y a eu le désir de se retrouver d'un "Peuple debout" ( titre repris par de nombreux quotidiens)... ! Et maintenant va commencer celui de la réflexion. Je ne vais ici que tenter de donner mes premières impressions à ce sujet, incluant des limites, car nous ne devons pas nous enflammer, même si ce 11 janvier fut un phénomène "inouï" (pour reprendre l'expression employée par Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération et éditorialiste au Nouvel Observateur)...

Il est incontestable que ce qui s'est passé, dans notre France, si souvent vue, et de plus en plus depuis l'accentuation de la crise, comme hyper-individualiste et repliée sur elle-même, peut devenir - d'une certaine façon - une sorte de "révolution culturelle" fondée sur la Fraternité (entre les composantes de base de notre société). Ces citoyens, qui se retrouvaient dans les rues, aussi bien à Paris qu'à Lyon, Marseille, ou au cœur des autres grandes, moyennes et petites villes de notre pays (et parfois même de simples bourgs), et qui - malgré le chagrin - étaient venus pour un espoir de refonder du "vivre ensemble", tombant souvent dans les bras les uns des autres, me rappellent (comme historien), "l'esprit de Février 1848" ! Ce fut en effet à cette époque-là, lorsque chuta presque pacifiquement le régime du roi Louis-Philippe (la Monarchie de Juillet), que l'on ajouta véritablement le mot de Fraternité à la devise républicaine... Le 11 janvier 2015, la France s'est retrouvée et le monde a retrouvé la France qu'elle Aime, cette France éternelle, humaniste, démocratique et ouverte sur les autres, annonçant peut-être cette "République universelle" que Victor Hugo avait prophétisée (au milieu du XIXe siècle), et que la très grande majorité des Français avaient oubliée... Une France n'ayant rien à voir avec l'extrémisme des marchands de haine quels qu'ils soient, aussi bien ceux qui soutiennent l'action des terroristes islamistes que ceux qui ont tenté une sorte de "hold up" sur ses symboles depuis les années 1980 et dont la cheftaine blonde a tenté ces jours-ci de se faire passer pour une "victime" tandis que  le père éructait ses "Je ne suis pas Charlie !" - à l'instar, remarquons-le, de certains intégristes franco-musulmans favorables aux "djihadistes"... !! Mais, tout ceci - en tout cas pour ce dernier - dans un quasi silence général assourdissant, comme si le Front National et les partis d'extrême droite européens (y compris les islamophobes de Pediga en Allemagne) étaient tétanisés par ce qui vient de se passer...

Ceux qui ont la gorge trop serrée

Ecrit par Myriam Hamouda le 17 janvier 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Ceux qui ont la gorge trop serrée

Que ceux qui défendent soudain la liberté d’expression laissent à ceux qui ont la gorge trop serrée la liberté de ne pas s’exprimer. La douleur n’est pas une matière enseignée sur les bancs de l’école, et personne ne nous a jamais appris à la dompter pour en faire un petit chaton trop mignon qu’il suffirait de caresser pour le calmer quand il est en colère ; chacun s’arrange toujours avec sa douleur du mieux qu’il le peut. Il y en a qui ont besoin de parler, beaucoup, à toute vitesse, pour faire sortir ce mal qui les ronge de l’intérieur, pour fuir ce silence dont le gouffre s’ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ont peur de tomber. Il y en a qui ont besoin de prendre l’air, comme depuis que la douleur les en a privés ils n’arrivent plus à respirer ; ils marchent d’un pas aussi lourd que leur cœur dans le bois d’à côté, ils galopent autour d’un stade la nuit tombée en espérant qu’à force de tourner en rond ils arriveront à fabriquer une tornade qui aspirera leur mal-être. Il y en a qui ont besoin de laisser leur douleur sur le paillasson de l’entrée et de troquer leurs idées avec celles de leur voisin de palier ou celles de n’importe qui tant qu’elles sont sages et les laissent tranquilles, ils essayent d’en rire comme les lames de leur plancher sont déjà imbibées de leurs larmes trop salées, ils jouent à candy crush comme ils savent pourtant que les vies ne se cumulent pas, que le monde n’est pas un gros bonbon rose, mais ils aimeraient pouvoir y croire encore un peu comme avant. Il y en a qui ont besoin de se taire et de tendre l’oreille pour écouter le silence derrière le brouhaha.

Et depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne savent plus ce qui leur fait le plus mal. La barbarie de ces types remplis de haine qui ont confondu kalachnikov et crayon-mine, ou ces discours venimeux qui jaillissent de tous les côtés chaque minute. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; c’est des images choc des slogans qui claquent des gorges trop serrées qui craquent sous les draps et que le monde pointe du doigt parce qu’elles n’ont jamais appris à répandre leurs larmes sur le trottoir d’en bas. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; quand la minute de silence passée les langues se délient les cagoules valsent et que sous ce si bel élan de solidarité se faufile la haine d’une meute en pleine confusion. Et même si leur appartement reste propre à coup de troubles obsessionnels compulsifs et d’eau de javel, depuis mercredi ceux qui ont la gorge trop serrée passent pourtant toutes les minutes de leurs jours et de leurs nuits au-dessus de la cuvette des waters. Et si elles pouvaient parler les gorges trop serrées, elles hurleraient aussi fort que vous qu’elles ont mal, aussi mal que vous ; et elles tendraient leurs mains comme elles vous souhaiteraient pour cette nouvelle année de laisser votre haine désordonnée de côté, juste un instant celui d’apprendre à nous aimer avant de prononcer ces mots qu’on ne pense jamais vraiment quand c’est la colère qui les lâche en dérapant sur le verglas. Mais, depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne parlent plus, comme ils ont perdu le sommeil les mots et leur bienveillance.

Bye Charlie

Ecrit par Luce Caggini le 17 janvier 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Bye Charlie

Epouser Dieu au plus haut des cieux une fois dans sa vie sur un coup de tête.

Immortaliser un amour avec le même flamboiement que Dieu a mis à naître.

Faire l’amour dans une BD avec Charlie.

Générer le pardon.

Nommer Allah gisant à terre ou à genoux et narguer une croix en même temps.

Porter en pendentif un croissant une croix ou une étoile pendant toute une vie et permuter.

Amasser une quantité de générosités dans un géant petit moment de vie terrestre.

Rire.

Trois versions d’un Dieu multiple et ravi de ne parler ni français ni arabe ni hébreu mais organisé pour nomadiser entre les rives de la Méditerranée comme marin, comme arpenteur des montagnes, comme miraculé après une chute de pierres sous ses pieds ou encore comme un mortel numérotant les grains de sable entre Oran et Jérusalem.

Sautant en plein branle-bas des murs du Kotel aux murs de Médine, esquissant un signe de croix dans le Jardin des Oliviers, magistral maître du rêve de l’humanité, ondulant entre rien et moins que rien, entre immensité et particule de noosphère, Lui, le Maître des nuls et des grands rêveurs des mers incolores, maître initial uni à l’onde à l’air aux mers et aux terres, amant des Trois Orange glorifie mort et vie, musulmans, juifs et chrétiens d’un mot : adoration en l’amour de l’autre.

Vendre une imitation de vérité c’est mettre un doute sur le mot divin. Vendre une demi-vérité c’est être malade de réalité sans le moindre symptôme de fièvre, marginaliser le cri des marginaux qui exaltent les rois du massacre des dessinateurs c’est aussi mettre quarante années de lutte du monde réactionnaire sous la même narcose que Madame Le Pen.

Attenter aux amoureux du rire avant de partir du paradis terrestre sur un tapis persan de la République, et faire un pas dans un cratère brulant de l’autre coté du monde des momies de la Mer Morte dans le génie du Mal.

Artistes amants, marins et capitaines n’arrivèrent pas à en croire leurs yeux de radieux marginaux et comme au théâtre, avec malice, ils tirèrent leur révérence.

La volonté de la France

Ecrit par Luc Sénécal le 17 janvier 2015. dans La une, Actualité

La volonté de la France

La volonté de la France est d’être une et solidaire. Devant des actes de barbarie elle se lève et se tient debout face à la sauvagerie et à l’imbécilité rétrograde de celles et ceux qui prônent un djihad qui n’a rien à voir avec la religion qu’ils ou elles revendiquent. Aussi maintenant qu’elle a manifesté sa volonté, il convient de tirer les leçons du deuil profond dans lequel elle est entrée entière et unie.

Pour ce faire, plusieurs axes de réflexion sont à définir. Car ce sont les causes de cette situation qu’il convient de déterminer. Toutes les causes, que ce soit des manques à caractère politique, social ou individuel, comme celles venant par le manque de cohérence dans ses relations extérieures. Donc on peut se poser des questions comme :

– Pourquoi et comment des jeunes gens nés en France, de nationalité française, éduqués dans notre pays peuvent en venir à de telles extrémités ?

– Pourquoi l’éducation de ces jeunes gens a failli à ce point. Ce, en faisant bien attention à ne pas faire d’amalgame avec « l’éducation nationale » qui ne devrait pas avoir ce rôle, car essentiellement dévolue, elle à l’enseignement (changer déjà ce titre devrait apporter un meilleur éclairage).

– Pourquoi existe-t-il une marginalisation de ces jeunes de la part des adultes, tant à titre individuel que de la part des regroupements associatifs. Question corollaire, comment ces jeunes utilisent cette marginalisation comme justification de leurs actes illégaux ?

– Pourquoi nos politiques de quelques partis qu’ils soient, n’ont pas pris en compte cette minorité très active dans notre jeunesse, à part des effets d’annonces peu suivis et inefficaces. Ce, en laissant sur le terrain des fonctionnaires en face à face presque désavoués dans leur rôle car ignorés par ce qui semblait être alors de l’indifférence.

– Pourquoi avoir laissé s’installer ce prosélytisme musulman non seulement dans les mosquées mais aussi dans les milieux carcéraux et dans les regroupements de jeunes sans activité, sans emploi, laissés à eux-mêmes ?

– Enfin, pourquoi une petite partie de la population se réfugie derrière un refus de principe pour aborder cette problématique et encourage les amalgames de toutes sortes pour espérer se protéger par le déni, sa peur ou sa propre haine.

Le piège

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 janvier 2015. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Le piège

Les faits. Ce 7 Janvier de malheur absolu et 10 ans avant, les caricatures de Mahomet (certaines, des danoises d’origine) relayées avec un courage bien rare par les « une » de Charlie Hebdo.

Le séisme. Touchant (à ce point, c’est l’unique réconfort), toutes ces foules françaises mélangées, rebondissant dans les dires justes, de presque tous bords, des Politiques, hiérarchies religieuses et autres grandes voix intellectuelles.

Mais maintenant, le piège, la tenaille, ses dents de fer, se refermant si l’on n’y prend garde sur une société, telle qu’elle est aujourd’hui, dans l’état – pas brillant – où une armada multifactorielle l’a mise ; et depuis longtemps. Le piège qui les ferait gagner – double bingo – eux, ces démons des temps modernes. Gagner, et pour si longtemps. « On a tué Charlie », hurlaient-ils, et si s’ajoutait : « on a éclaté la société, la République ! ». Parce que chez nous, se tenir les coudes devant l’adversité, négocier le temps du vent mauvais, croyez-vous que ce soit de saison ? De même que, repérer – et savoir s’y tenir – les lignes, non de fracture, mais de points communs, être dans l’ensemble et non dans le moi, face aux autres, franchement, avez-vous souvenirs que ce soit là, le portrait de la société française, des banlieues aux rues chic, en baguenaudant sur les chemins de campagne. « Ma France » aurait chanté l’autre, n’a plus beaucoup de traits d’union… Elle n’est plus que clivages aboutis ou en gestation, déchirements, chagrins et contrariétés tels que seule la chasse au bouc-émissaire la soulage. En tous cas, on dirait ! Et, là, on ne manque de rien, ni de personne : assistés, émigrés, marginaux de tous poils, font l’affaire des ires bruyantes à tous les étages, et – morceau de choix – les Musulmans, madame ! les Arabes, c’est bien pareil, ma chère ! tenant haut le rôle anciennement dévolu aux Juifs, dans cette partition de malheur. Clivage, du reste, encore, que seraient ces positionnements faussement bonhommes et généreux, qui se tourneraient vers nos concitoyens de confession musulmane, en leur demandant de « donner l’exemple », autant dire de répondre des « leurs » ?? de devoir, finalement, présenter plus de preuves de citoyenneté que le Français Lambda ?

Alors, si l’on croise les Événements actuels avec cette grille particulièrement tolérante et apte au vivre ensemble, convenez qu’il y a péril en la demeure… et que c’est effrayant ; la vague, la plus grosse à l’horizon de la plage, dans l’Océan Indien de l’hiver 2004. Le piège est là, tendu, silencieux, derrière la fusillade, presque autant menaçant, presque aussi mortifère, achevant nos amis de Charlie et les policiers, d’un coup de grâce implacable, et pour longtemps, puisque là, c’est le tissu républicain tout entier qui peut en ressortir troué à mort.

Mourir pour la libre parole ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 janvier 2015. dans Monde, La une, France, Politique, Actualité

Mourir pour la libre parole ?

Il faut bien distinguer deux choses dans ce drame : la barbarie terroriste et la censure par intimidation.

La barbarie ? Que dire ? Sinon que deux figures (sans parler des autres) qui ont rythmé ma jeunesse par leurs dessins nous ont été enlevées : Wolinski et Cabu. La mort de Cabu me touche particulièrement. Dans mon enfance et mon adolescence, je lisais Pilote et les aventures du grand Duduche (c’est-à-dire lui-même !). C’était un homme d’une extrême gentillesse et déjà durement frappé par le destin (un fils mort du sida).

Mais au-delà de l’horreur et du deuil – ferments d’une inévitable poussée islamophobe – la question posée est celle de la liberté d’expression non pas seulement formelle (garantie par la loi) mais réelle. Je n’aime pas le blasphème et trouvais les caricatures parues dans Charlie Hebdo d’un goût douteux. Mais c’était un acte de courage, le courage de dire ce que l’on pense. C’est ce courage que les barbares entendent intimider par leurs crimes et leurs menaces. Menaces tout sauf en l’air, on vient de le voir. Bien des journalistes et écrivains – musulmans ou non – furent et sont toujours frappés par une fatwa qui les condamne à mort. Ils se trouvent de la sorte confrontés à un dilemme : se taire pour sauver leur peau ou continuer à s’exprimer au péril de leur vie…ce qu’ils font généralement.

  Comme Cabu, demain peut-être, ils mourront. Comme eux, Cabu, en tout cas, n’a pas eu peur… la peur, justement : là git le piège diabolique de l’attentat de mercredi. Combien de Cabu y aura-t-il demain ? Qui acceptera de se sacrifier pour des idées, fussent-elles justes ? Personne n’a vocation au martyr. Salman Rushdie lui-même n’a plus rien écrit de « dangereux » après les Versets sataniques… défiler pour la liberté, c’est bien, c’est consensuel, tout le monde applaudit. Mais qui portera le fer – par la dérision ou la réflexion – contre les barbus sanguinaires et leurs idées ?

Le risque, c’est que les barbares ne réussissent dans leur tentative de censure : qui osera caricaturer Mahomet désormais ? Qui osera défier une idéologie meurtrière et mortifère ? L’autocensure serait la pire des victoires pour les assassins et la pire des défaites pour la démocratie.

Pour Charlie et les cerfs volants…

Ecrit par Lilou le 10 janvier 2015. dans La une, Actualité

Pour Charlie et les cerfs volants…

Vous avez sali mon beau pays avec vos trous de balles et je vous emmerde. Vous avez tenté d’assassiner ce que je suis et je vous méprise. Je vous dis « vous » parce que vous êtes plusieurs, mais vous ne méritez rien d’autre qu’un hasardeux et hypothétique pronom « impersonnel » dont vous ne comprendrez jamais le sens, même le plus éloigné, puisque décervelés vous êtes et sous-merdes vous resterez même dans les livres que le vent de l’histoire n’emportera jamais.

Finissons là les anathèmes, on n’a jamais fait rentrer autre chose dans des trous de balles que des suppositoires, et si on pouvait tuer des ânes avec des figues molles, ça se saurait. Vous avez fait pleurer ma fille, et à mon tout petit univers à moi ça me suffit pour dire que vous m’êtes insupportables de faire pleurer des petites filles qui ne comprennent pas pourquoi vous n’aimez pas les cerfs volants.

Je ne suis pas certain que vous compreniez bien les enjeux que vous avez tenté d’assassiner hier avec vos armes lourdes et vos idées courtes. Vous ne savez du monde qui vous entoure que ce que votre fermeture d’esprit (ne peut-on d’ailleurs pas plutôt parler de muscle subliminal ?) vous dicte et vous conduit à faire. Vous êtes d’une banalité affligeante et votre vie est à l’image du reste de vos jours : minérale. Comprenez-vous ce que nous nous acharnons (avec discrétion ces dernières années) à défendre chaque jour et que l’on nomme notre liberté ? Je vous rappelle que ceux qui vous ont conduits jusqu’à ces impasses dénient à la moitié des Hommes de cette terre le droit d’être soignés et éduqués, je vous rappelle que votre lecture approximative et honteusement mensongère des textes sacrés vous conduit à cacher cette moitié merveilleuse des Hommes derrière des grilles et des habits qui, s’ils n’étaient pas colorés, ressembleraient à des pions sur un échiquier barbare. Je vous rappelle enfin que perdus dans les méandres (ouille, mot difficile) d’une vie de ratés, vous avez choisi d’exister de la plus cruelle des manières et en ce sens, en imitant des millions de destins perdus depuis la nuit des temps dans les affres (re-ouille, autre mot difficile) des totalitarismes qui creusent leurs sillons sur la misère humaine et sur votre souffle à pénible haleine. Ah ça oui, je vous emmerde de ne pas avoir lu Voltaire, Montesquieu et d’avoir ignoré dans vos déshérences les croyances que procurent les lectures attentives de Monsieur Glouton, Monsieur Tatillon, Madame Beauté ou Madame Tintamarre.

Je suis Charlie ou l’Invincible été

Ecrit par Sabine Aussenac le 10 janvier 2015. dans La une, Actualité

Je suis Charlie ou l’Invincible été

Il paraît que demain Notre-Dame sonnera le glas pour eux. Et que le Pape François lui-même aurait condamné l’attentat…

Le Pape, le glas !! Imaginez la tête de Wolinski et Cabu en voyant ça !! Avec la dernière Une de Charlie-Hebdo montrant l’accouchement très peu glamour de la Vierge…

Pas plus tard qu’avant-hier, fiston et moi avions repéré un attroupement de jeunes des Quartiers devant une colonne Morris. Ils riaient très fort, montraient un dessin, et, intrigués, nous sommes donc allés voir l’objet de leur hilarité : la Une de Charlie ! Visiblement, cette attaque-là ne « les » dérangeait pas…

Comme j’eusse aimé en voir, des amis des Quartiers, au Capitole, ce soir… Si tous les kébabs de Toulouse avaient fermé pour venir témoigner leur solidarité… Si tous les gamins de nos cités étaient « descendus en ville »…

Heureusement nous étions déjà très, très nombreux. Superbe slogan que celui que Charlie vient de publier sur les réseaux sociaux : « 12 morts, 66 millions de blessés ». Oui, le pays tout entier s’est relevé, au lieu de s’agenouiller devant la barbarie. Les gens se sont parlé, spontanément, au-delà même des milliers de relais et de partages sur les réseaux sociaux. Ce petit garçon qui m’a interrogée en déchiffrant ma pancarte « Je suis Charlie » dans le bus, à qui j’ai expliqué que des Méchants avaient tué des Gentils et que j’allais soutenir les Gentils ; ce jeune Manouche qui a attendu une heure devant la caméra de France 3, espérant passer aux infos, tout en m’expliquant les différences entre Roms et Manouches, prétendant être le cousin de Kenji machin et en avouant avoir peur d’une guerre ; des « contacts » Facebook ou Tweeter, que je n’avais jamais rencontrés « in real life », et qui m’ont reconnue…

Je me demandais, en entendant la foule frapper dans les mains lorsque des journalistes ont accroché une bannière au balcon de la Mairie, en découvrant ensuite, aux infos, les immenses rassemblements dans les autres villes, si les choses auraient été différentes si, après les atrocités innommables commises par Merah en 2012, le pays tout entier avait réagi avec une telle ampleur. Car je n’oublie pas que notre Ville Rose a déjà vu, hélas, des hommes et des enfants tués à bout portant par un barbare, et que nous sommes particulièrement sensibles à cette répétition de l’Histoire… Peut-être a-t-il fait défaut, cet élan de solidarité, après les attentats de Toulouse et Montauban, lorsque certains ont stigmatisé la « Communauté » en faisant de maladroits amalgames entre sionisme et judaïsme, en banalisant ces attaques qui pourtant, déjà, avaient frappé la République au cœur…

« L'oeil de Claude : de Merkel à Chancel »

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 10 janvier 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité, Culture

« L'oeil de Claude : de Merkel à Chancel »

Angela Merkel

 

Elue pour la 8ème fois à la tête de la CDU, avec 96,72% des voix, Angela Merkel, surnommée « Mutti » par ses compatriotes, a sans doute l’intention de se présenter une quatrième fois aux élections générales de 2017… Rien de comparable, on l’aura compris, avec la situation dans laquelle se trouve François Hollande, qui, lui aussi, espère se faire réélire la même année !

Là s’arrête la comparaison. Malgré d’évidentes difficultés internes – inégalités sociales, insuffisance de l’investissement public, refonte de la politique énergétique, etc. –, la chancelière pourra s’appuyer sur un budget 2015 à l’équilibre, ce qui n’était plus arrivé depuis 1969 ! A faire pâlir l’exécutif français, embourbé dans ses difficultés et ses contradictions, et, surtout, politiquement instable !

Si Mme Merkel a pris la liberté de « tancer » la France, comme une maîtresse exigeante, principalement au sujet des réformes urgentes à mettre en œuvre, c’est parce qu’elle doute de notre capacité à rebondir et se montre très inquiète quant à l’avenir du « couple » et de l’Union… « Mère Courage », avant tout, elle a toujours fait preuve d’un réalisme politique à toute épreuve et continue sur sa lancée, en ne confondant pas forcément « rigueur » et « rigidité »… Si seulement nos dirigeants actuels pouvaient s’en inspirer un tant soit peu, sans tomber dans le piège d’une victimisation stérile !

 

Jacques Chancel

 

Au tableau « Nature morte à l’échiquier », signé Lubin Baugin, peintre du XVIIe siècle, pourrait faire écho ce plagiat – qu’il me pardonne – « Nature morte au Grand Echiquier »… A quelques jours de Noël, s’est éteint Jacques Chancel, transformant les nombreux fans de son émission phare en orphelins inconsolables de la télévision de qualité !

Plus de trois heures de direct, un grand orchestre, des artistes prestigieux, un maître de cérémonie, toujours à l’écoute et d’une immense culture… Tous ces ingrédients réunis faisaient de ce rendez-vous un moment rare, où émotions de toutes sortes et intelligence se côtoyaient à longueur d’antenne !

Fatwa meurtrière

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 03 janvier 2015. dans Monde, La une, Religions, Actualité, Politique

Fatwa meurtrière

Un père, une maman, et deux fils. Voilà ma famille. Mon père reçoit une prime de militant alors que, selon les témoignages, il n’a jamais fait la guerre. Ma mère est analphabète au front tatoué. Tabassée souvent par mon géniteur, elle a fini par prendre les gifles pour une bénédiction. Mon frère est islamiste et imam. Il n’y a que moi qui écris de gauche à droite, parlant une langue qu’ils prennent pour une musique et un signe de féminité. Mon frère ne m’a jamais parlé ou regardé dans les yeux. Il est le feu, je suis la glace. Mes parents l’aiment beaucoup parce qu’il leur jure que leur place est dans le Paradis. Il leur dessine ainsi des rivières infinies et des châteaux lumineux. Un jour, j’ai trouvé ma chambre en grand désordre : livres et manuscrits brulés, portraits arrachés des murs, et cette phrase accrochée à la porte : « Tu dois mourir ». Je n’ai rien dit. Le vendredi, il fait une fatwa pour me tuer. Fatwa meurtrière. Après la fin de son prêche, il entre dans ma chambre, un couteau dans la main, et le nom d’Allah au bout de la langue. Gardant mon sang froid, je le prie pour une discussion à bâtons rompus. Il accepte difficilement :

Salamalec mon frère islamiste. Nous avons tous deux les pieds sur l’Algérie mais un grand gouffre nous sépare. Tu te dis arabo-musulman. Je suis Algérien : mon identité est une mosaïque embellie par d’innombrables appartenances que je n’arrive même pas à distinguer et que je revendique toutes. L’histoire de l’Algérie ne commence pas avec le débarquement des troupes françaises sur Sidi-Ferruch ou l’arrivée des Ottomans, mais des siècles avant la fabrication de la parabole. Seul le nom que tu portes et que tu rêves de léguer à ta progéniture revêt toute une grande histoire imprégnée de multiples appartenances. Ce n’est pas parce que le Coran est écrit en arabe que l’islam et l’arabité sont synonymes : quitte tes chaussures et sillonne la terre comme Ibn Battuta, Ibn Khaldoun, Ibn Arabi, l’Emir Abdelkader, et tu verras que même ailleurs il y a des musulmans écrivant de gauche à droite, qu’on ne peut pas voir le monde d’un minaret.

Tu me prends pour un mécréant parce que tu ne me vois pas dans les premières lignes dans la mosquée. Parce que je parle une langue que tu ne comprends pas, la confondant avec le visage de la colonisation. Parce que tu vois un essaim de femmes me chérir et demander mon autographe. Parce que tu me vois à la télévision française. Tu théorises ainsi ton hypothèse surréaliste : « Il dénude l’Algérie pour être gâté par la France ». Ton ennemi n’est pas l’Occident mais des Algériens comme nous tous, ayant transformé la vie en uniforme, et la religion en caserne. Tu me prends pour un libertin, un débauché : tu m’avais vu boire ou baiser ? Ne fais pas semblant d’ignorer qu’en islam, le moindre doute est un pêché. Tu veux que je sois ta photocopie alors que j’ai appris à être libre sans me perdre. La réalité est subjective, et personne ne détient la vérité. Le Prophète a transmis l’islam ni par le sabre ni par la menace du verbe, mais par l’exemple. N’est-il pas dit dans le Coran « vous avez votre religion et j’ai la mienne » ? Tu commences à trembler et tu te dis comment ce francophone connaît tant de choses sur l’islam et sait mieux parler que moi.

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