Ils ne sont pas tous grands, et je ne les visite pas vraiment sous la lune… Toussaint, moitié obligation, rites immuables, moitié cri du cœur un peu irrépressible ; on pousse ces portails, en fer le plus souvent. A la fin d'une matinée encore tiède ou en milieu d'après midi, avec un jour qu'on sent tomber... Ça grince. Bruit terrible dans un silence unique, celui d’un cimetière… ce « lieu où l' on dort », signification du vieux mot latin : « cimietrium », lui même issu du grec.
Où qu'on aille dans nos campagnes, difficile de ne pas l'entrevoir, souvent entouré de murs ; un peu à l'écart, perché, ici, au bout de ce chemin creux, là. Le cimetière, marqueur du paysage, et des lieux des hommes, comme l'église, bien autant que la mairie. On sait, rien qu'à le voir, qu'on est dans une commune, parfois plus petite que des hameaux – sans champ des morts – environnants.
Depuis les débuts des temps chrétiens occidentaux, les cimetières étaient accolés aux églises, et souvent, des tombes habitaient le chœur même du bâtiment religieux. Et, puis, de simple épidémie en Grande Peste, on a reculé les cimetières loin des cœurs urbains ; dès le début du XIXème siècle, un mouvement général après le choléra de 1832, a définitivement placé les tombes en lisière des vivants, là, où, le plus souvent, on les trouve aujourd'hui.