Monde

Azerty et le pneu crevé

Ecrit par Kamel Daoud le 18 mai 2013. dans Monde, La une, Politique

Azerty et le pneu crevé

Une panne d’idée, c’est quand vous n’avez pas envie de réfléchir à la place du monde. Vous êtes sur un trottoir, et le pays est sur sa route. Ou l’inverse. C’est une sorte de cessez-le-feu : vous n’interrogez personne, ne demandez après personne et n’attendez personne. C’est une sorte d’égalité insonore avec la création : elle tourne autour d’elle-même et vous lui tournez le dos, à moitié ou aux trois quart. Votre première préoccupation n’en est même pas une : vous respirez et vous rangez vos convictions qui vous servent de carburant en général : vous ne voulez pas vous sentir lié, ni responsable, ni ligoté par la cause et l’effet. Rien. C’est votre univers sous l’aisselle, face à l’univers qui vous enjambe. Vous ne ressentez rien, pas même votre prénom dans vos chaussures, vous respirez et vous continuez à respirer sans idée préconçue. La panne d’idée est un moment rare d’équilibre et d’insensibilité : une sorte de nationalité de poteaux, sans fil. Le reste du pays offre pourtant de l’humour : pendant que l’on soigne les féodaux en Europe, il y a grève de la santé en Algérie. C’est une piste. Pendant que l’on enquête doucement et lentement gracieusement sur Sonatrach, on met rapidement en prison un chanteur de Raï à Oran pour mauvaise rime contre le DGSN. On peut aussi creuser l’idée et la cervelle de Louiza Hannoun : cette étrange dame qui va finir prophétesse à force de voir des complots partout. Ou parler de Soltani et des 40 Islamistes et leurs fourberies dans les jarres où on les a enfermés. Il y a des sujets quand on regarde et écoute. Sauf que cela ne sert à rien quand le cœur est déchaussé. Donc Rien ce matin algérien. Rien d’intéressant : on dirait que l’on doit écrire la même chronique sur le même pays pendant la même heure. Rien d’innovant : des émeutes, des augmentations, des rumeurs, des maladies, des indignations et des scandales et des dénonciations.

Fin de l’Occident, naissance du monde, Hervé Kempf

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 04 mai 2013. dans Monde, La une, Politique, Société

Le Seuil, janvier 2013, 155 pages, 15 €

Fin de l’Occident, naissance du monde, Hervé Kempf

La terre du trou

Il est des livres qu’on ne regrette pas d’avoir lus tout en déplorant qu’ils aient dû être écrits. C’est hélas le cas de plus en plus fréquent d’essais portant sur cette société capitaliste dont les Français, en cela plus lucides ou plus alarmistes que tout autre peuple au monde, voient, avec un incurable sentiment de déréliction, les excès annoncer un déclin catastrophique.

Hervé Kempf est un journaliste engagé dont les ouvrages sont traduits dans de nombreuses langues et plusieurs fois primés. Il couvre au journal Le Monde le domaine environnemental. Autant dire qu’il n’a pas que des amis. D’autant que ses réflexions sur l’écologie l’ont précédemment amené à dénoncer les oligarchies qui dirigent le monde désormais improprement qualifié de démocratique. Dans ce nouveau livre dont on ne peut recommander la lecture sans prévenir qu’elle vous réserve peu de raisons de vous réjouir, l’auteur explique de façon difficilement contestable que l’espoir d’une mondialisation du niveau de vie occidental est tout simplement une utopie. Après que l’humanité s’est heurtée pendant des millénaires au mur des ressources énergétiques, elle a soudain fait un bond prodigieux grâce à quelques progrès techniques favorisés par la découverte du charbon en Angleterre et du coton en Amérique. Je résume, bien sûr.

Pourquoi les islamistes sont-ils si angoissés par la Femme ?

Ecrit par Kamel Daoud le 20 avril 2013. dans Monde, La une, Politique

Pourquoi les islamistes sont-ils si angoissés par la Femme ?

Se lever le matin, puis lire une information brève dans un journal arabophone de Londres : le savant théologien saoudien, le cheikh Abd Errahman Ben Nasser El Barek, a annoncé que le droit de conduire pour les femmes « va ouvrir les portes de l’enfer pour le Royaume » qui lui donne son salaire. Que cela va conduire à la corruption, le mal, les maux et le désastre.

Puis relire et réfléchir sur la question de fond : pourquoi les islamistes sont aussi angoissés par les femmes ? D’où vient cette obsession ? On peut creuser et dire que le rapport trouble avec les femmes est un produit dérivé des monothéismes en général : religions puritaines, nées dans les déserts désincarnés, à l’époque des rapts et des viols qui imposent de cacher les femmes et les voiler ou les enterrer. On peut aussi dire que c’est une idée qui persiste depuis la préhistoire : la femme n’est pas une force de guerre pour le clan et la horde, elle ne peut servir de soldat et donc elle est un poids mort, un poids ou une mort. Même avec l’avènement des monothéismes, l’idée est restée et revient dans la tête quand la préhistoire revient dans l’histoire. Les islamistes d’aujourd’hui ne font que se souvenir d’une histoire ancienne. A l’époque où se faire voler ses femmes était la preuve de sa faiblesse et donc la femme était la faiblesse de la horde et du nomade.

On peut aussi creuser et parler de troubles : l’Islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du Ciel et d’un retard sur le Rendez-vous de l’éternité. La Vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. L’islamiste en veut à celle qui donne la vie, perpétue l’épreuve, et qui l’a éloigné du paradis par un murmure malsain et qui incarne la distance entre lui et Dieu. La femme étant donneuse de vie et la vie étant perte de temps, la femme devient la perte de l’âme.

Le réseau juif européen pour Israël et pour la paix Jewish European network for Israel & for peace

Ecrit par JCall le 30 mars 2013. dans Monde, La une, Actualité, Politique

Le réseau juif européen pour Israël et pour la paix Jewish European network for Israel & for peace

Cette semaine, en français et en anglais, un article de David Chemla à propos de la visite d’Obama en Israël

This week, in French and in English, David Chemla looks at Obama’s visit in Israel

 

1) En français / in French :

 

La thérapie du docteur Obama par David Chemla

 

A écouter ou lire ici les premières réactions au discours prononcé devant des représentants de la jeunesse israélienne à Jérusalem, on constate à quel point nos commentateurs « spécialistes » de ce vieux conflit comprennent mal cette société israélienne. Obama, lui, l’a comprise.

 

Certes, la position exprimée lors de cette première visite en Israël en tant que président des Etats-Unis n’est pas révolutionnaire, il n’a fait que répéter la position traditionnelle de toutes les administrations américaines depuis pratiquement 1967 : Les Etats Unis sont et resteront l’allié éternel d’Israël parce que cette alliance repose avant tout, au-delà des intérêts communs, sur des mêmes valeurs ancrées dans le message biblique à la racine de ces deux démocraties.

Antananarivo, dans l’angle mort du monde…

Ecrit par Lilou le 15 mars 2013. dans Monde, La une, Ecrits

Antananarivo, dans l’angle mort du monde…

Pauvre verrue immonde jaillie de nulle part au milieu de la ville repeinte façon Jacarandas en fleurs. Pauvre misère rampante et agonisante du trottoir mille fois croisée et jamais pensée. Qui s’en soucie ? Hébétée par la permanence d’un vague râle révolutionnaire que plus personne n’entend parce que l’angle mort du monde n’a plus assez de force, Antananarivo poursuit sa glissade vers son destin à chaque fois reconstruit : sa dernière chance. Qui s’en soucie ?

La ville a enflé et l’écorce des choses s’est étalée jusque dans ses tréfonds les plus intimes. La ville a poussé comme un château de sable au bord de la marée d’équinoxe qui vient sans discussion possible avant l’arrivée des prochaines décades. Qui s’en soucie ?

Et la vapeur mijotant du peuple affamé dans la rue de janvier 2009 s’en allant pendre haut et court les derniers responsables connus s’est évaporée dans le temps qui passe et surtout dans le gargouillement du ventre de beaucoup de ses enfants qui se moquent complètement de la couleur du pouvoir, pourvu qu’il lui donne au bout du jour un sac de riz. Qui s’en soucie ?

Antananarivo reste cette révolte permanente de l’œil qui ne fait que regarder et de l’oreille qui n’entend plus qu’on crie sans fin.

Avec mes Terminales, c’était le supérieurement prometteur PMA, Pays les Moins Avancés, que timidement j’avançais pour exprimer les images d’un monde en marge des centres d’impulsion de la mondialisation et de ces autres qui émergent de je ne sais quoi. Périphérie en marge, périphérie en retard, ceci, cela, patati et patata et dix de der. Ah la belle histoire !

Je me suis mille fois répété et répété encore cette pensée de Schwartzenberg sur laquelle je n’avais pourtant pas séché au bac d’il y a 25 ans : Un pays dans lequel n’existe plus, le soir, une chambre dans laquelle un enfant apprend le grec ou le violon, est un pays perdu. Mille fois ou certainement plus, comme le capitaine Willard remontant le Mékong pour tuer Kurts, je me suis demandé ce que je faisais sous ces latitudes. Et quand mon jour tournait à l’orage, je me demandais avec le lymphatisme de l’œil qui ne considère plus que les heures qui défilent ce que nous faisions tous sans rien faire de lumineux sur ces hauts plateaux si merveilleux de rêveries mais gorgés de tant de ces pluies qui trempent même les plus solides espoirs.

Mali, la fourmilière du Munichois…

Ecrit par Martine L. Petauton le 02 mars 2013. dans Monde, La une, France, Actualité, Politique

Mali, la fourmilière du Munichois…

Il attend ; prudent, dit-il, le Munichois de Septembre 38, au pied de l’avion d’où descendait Daladier, revenu de l’« accord », où, avec le british au parapluie, ils avaient accepté l’inacceptable, l’infamant ; la mort de la Tchécoslovaquie, pauvre contrepartie au sursis d’une guerre – pire encore, repoussée à plus tard ! On sait depuis, que si l’Europe, alors, avait montré la volonté d’arrêter le Nazisme, la suite aurait été différente… Depuis, le Munichois n’a cessé d’avoir l’œil bien ouvert et de donner de la voix, sous couvert de « sa » prudence, au relent vague de pourriture, au goût sucré de mort.

Il y a eu « la » décision de l’intervention au Mali, mi-Janvier. Il n’a trop rien dit ! craintif, les mains sur les oreilles, en attendant que ça pète ! murmurant, en Érinye habillée en tous les jours : « z’allez voir ! Il y aura partout des attentats ! Et, nos otages ! Y-z-y-ont pas pensé, là-haut !! »…

Fringant en 2013 – toujours paré de ses plumes de mauvaise augure –, il postulait une fois de plus, pour le rôle, avec en ligne de mire un gouvernement socialiste « prêt pour toutes les conneries, loin là-bas, au soleil du Mali ». C’est que… faut penser à ! et à… attention ! Je vous le dis, moi, monsieur !

Mais, non ! c’est passé, plutôt bien, haut la main, avec – ciel ! – l’aval de l’opinion et d’une opposition élégante et citoyenne. Tous les experts s’entendaient pour saluer ce moment important, fondamental pour le pays, là-bas, le pays, ici, et le monde, puisque aussi bien, ma foi, il s’agissait – broutille ! – de résister le front haut à l’avancée d’une peste verte. Sus aux frontières des démocraties menacées ; parfum de l’avant-guerre. Pas moins !

JCALL France propose :

Ecrit par JCall le 02 mars 2013. dans Monde, La une, Politique

JCALL France propose :

Négociations difficiles Fatah-Hamas et visite d’Obama

L’Autorité Palestinienne (AP) et le Hamas mènent actuellement des négociations pour organiser le rapprochement des mouvements palestiniens. Ces difficiles tractations sont menées, depuis janvier dernier, sous le parrainage du nouveau gouvernement égyptien présidé par Mohamed Morsi qui s’est personnellement impliqué dans le lancement des pourparlers. Pour l’instant rien n’est acquis, il s’en faut de beaucoup. Et les tensions restent vives entre les deux camps palestiniens séparés par un lourd contentieux.

L’objectif immédiat de ces négociations est de parvenir à un accord sur les modalités et le calendrier de futures élections. Celles-ci devraient permettre de mettre en place les instances législatives et exécutives communes aux territoires autonomes de Cisjordanie et à la bande de Gaza et, ainsi, de mener la réunification à son terme. La visite de Barack Obama, le président des Etats-Unis, dans la région en mars prochain, donne à ces pourparlers une dimension nouvelle alors que le gouvernement israélien doit se mettre en place et que les retombées du « Printemps arabe » restent incertaines.

La togolisation et autres conjugaisons

Ecrit par Kamel Daoud le 19 février 2013. dans Monde, La une, Politique

La togolisation et autres conjugaisons

C’est une liste de quelques verbes nouveaux du 20-21ème siècle.

Se faire libaniser : être divisé par une guerre civile qui en arrive à émietter le pays en guerre de quartiers et de communautés, de voisins de palier puis de proches parents.

Se faire saddamiser : être envahi à cause de son pétrole et de sa grande gueule, être colonisé pour se faire démocratiser puis être découvert dans un trou à Tikritt. C’est aussi en forme directe : saddamiser, c’est mentir pour envahir. Dire que l’ennemi a des armes de destruction massive puis dire que je me suis trompé.

Se faire maliser : c’est être coupé en deux par des islamistes au nord et des incompétents au sud. Se faire maliser est aussi synonyme de se faire soudaniser : se faire couper en deux par l’international, cette fois. Maliser a aussi le sens d’aller en guerre chez les autres, faute de pouvoir mener bataille chez soi. C’est le cas de l’actuel Français François Hollande. Cela peut signifier aussi « encercler », attaquer, entreprendre ou feindre.

JCALL

Ecrit par JCall le 19 février 2013. dans Monde, La une, Politique

JCALL

Le réseau juif européen pour Israël et pour la paix Jewish European network for Israel & for peace.

 

Today, two interesting articles about the Israeli elections on the new JCall.eu website: one in French and one in English (see below please).

 

Aujourd’hui, deux articles intéressants à propos des élections israéliennes sur le nouveau site web JCall.eu : l’un en français, l’autre en anglais.

 

1) Claude Klein : « Précisions arithmétiques et autres à propos des élections israéliennes ».

 

France-Allemagne, 50 ans de mariage

Ecrit par Martine L. Petauton le 26 janvier 2013. dans Monde, France, La une, Actualité

Revue de l’IFRI, hiver 12/13, 20 €

France-Allemagne, 50 ans de mariage

Noces d’or pour le couple franco-allemand, et, comme il se doit, commémorations festives à Berlin, ces jours-ci. Perchés, décontractés sur de hauts tabourets – en larrons supposés – face à de jeunes étudiants bi-langue, tendance ARTE, président et chancelière échangeaient de doux propos n’engageant pas à grand-chose, comme dans les vieux couples de chez Brel.

On est évidemment, actuellement, bombardé de rappels sur ce Traité de l’Élysée, du 22 Janvier 1963, qui n’avait, pour beaucoup d’entre nous, pas le statut d’un 14 Juillet. C’est bien là que réside l’utilité d’une revue, comme celle de l’IFRI : donner le sens, marquer les chemins d’une réflexion plus en avant, dans le bousculement des images et le convenu des propos, sur un tel événement.

4 solides articles se partagent la tâche. Chaque fois – belle habitude dans la revue –, une problématique de premier plan, déclinée, architecturée de façon à accompagner le lecteur.

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