Monde

Peut-on "dire" un génocide ? (8)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 22 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Politique, Société, Histoire

Peut-on

Ainsi, comme nous venons de le voir, les tueurs parlent, convoquent la parole, font advenir le sens en érigeant comme tel le non-sens frénétique et à valeur de monde, le non-sens déferlant à travers tout le cortège de leurs affirmations («  Une affirmation, comme le rappelle Nietzsche, agi[ssant] avec plus de force qu’un argument, du moins sur la majorité des gens ; car l’argument éveille la méfiance » (93)), dont certaines même ont été, et c’est du reste leur finalité logique, érigées en commandements.
Pour ce faire est-il nécessaire qu’ils soient les seuls exécutants de la parole. Pour ce faire est-il nécessaire qu’il n’y ait pas compétition dans la parole (il faut qu’il y ait un consensus dans la parole et que toute parole se confonde avec ce consensus). Aussi les victimes doivent-elle rester invariablement muettes. Les victimes sont les personnes à qui d’abord on retire la parole. Silence obligé (une victime, au cours de tout processus – pas nécessairement génocidaire – la définissant comme victime, si elle prend la parole, si elle prend sa parole – c’est-à-dire si elle affirme son existence dans la parole, si elle fait autre chose que supplier, supplier étant une façon de taire sa parole dans la parole, de faire avorter sa parole dans chacune de ses paroles –, risque le pire, mais peut-on parler de pire ?, y a-t-il une échelle dans l’appréciation de l’horreur ?), puis silence par éventration du souffle, par la mort.

Un discours qui va changer l'Algérie

Ecrit par Kamel Daoud le 18 avril 2011. dans Monde, La une, Actualité, Politique

Un discours qui va changer l'Algérie

Bouteflika a parlé. C'est-à-dire qu'il a lu un discours de quinze feuillets en croisant à peine deux fois le regard avec le peuple. Et au fur et à mesure que la pile de feuilles maigrissait à sa droite, maigrissait l'espoir de l'entendre dire quelque chose d'aussi spectaculaire que la déclaration de novembre-bis.

On a appris donc que la Constitution allait être révisée, mais selon lui, ou par le biais d'experts à lui, avant de passer par un Parlement qui n'est pas à nous. On y a appris que la loi électorale allait être changée, mais sans toucher à l'autre loi qui fait loi depuis la dissolution du GPRA : c'est le peuple qui vote mais c'est le Pouvoir qui élit. On y a appris que la lutte contre la corruption continue mais sur la lune. On y a appris qu'on va décentraliser mais dans les airs. On y a appris que la loi sur les partis va être revue mais selon les partis qu'on n'aime pas et qui ne nous représentent pas.

Le discours de Bouteflika est donc venu, mais en retard, après Ben Ali et Moubarak et dix mille émeutes et deux cents ans de silence et d'indifférence. A la dernière feuille de ce monologue, les Algériens ont compris qu'ils sont toujours seuls, que leur vie après la mort va être longue et vide et que rien ne change pendant que le monde change si vite avec des vieillissements brusques et des rajeunissements miraculeux, mais ailleurs que chez eux. Déception donc, lassitude et de la peine.

Le grillage à la place de l'état d'urgence

Ecrit par Kamel Daoud le 15 avril 2011. dans Monde, La une, Politique

Le grillage à la place de l'état d'urgence


Tout le monde le pense : avec la dernière marche réussie des étudiants à Alger, un sursis vient d'expirer. Celui accordé par les Algériens au Régime actuel. Ce dernier, confiant dans sa confiance éternelle, a cru que le vent panarabe de la Révolution ne le concernait pas, que la menace a expiré que, à cause de la faible mobilisation derrière la Coordination pour le changement et la Démocratie, les Algériens n'étaient pas tentés par la Révolution. Erreur : « La mèche n'était pas la bonne mais cela ne veut pas dire que la bombe n'existe pas » a résumé, avec brio, un prof d'université. Le règne de Bouteflika a donc usé cette dernière chance qui lui a été donnée depuis les émeutes dites de l'huile et la fuite de Benali le voisin et semble avoir épuisé les méthodes de la Contre-Révolution avant même la Révolution.


Peut-on "dire" un génocide ? (7)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 15 avril 2011. dans Monde, Racisme, xénophobie, La une, Politique, Histoire

Peut-on

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Alors je dois dire la violence, laquelle ne « consiste pas tant à blesser et à anéantir » (80) (rendant ainsi notamment noir fragmentaire « la belle lumière de la santé » (81)) « qu’à interrompre la continuité » (82) des êtres, laquelle consiste à accomplir ou faire accomplir des actes qui sont à même de « détruire toute possibilité d’acte » (83) : la finalité de la violence est l’absence de violence, de toute possibilité de violence (c’est-à-dire, intrinsèquement, de rébellion) pour le sujet victime.
En effet, la torture « n’est pas réductible au catalogue des violences et agressions physiques et psychologiques. Celles-ci ne sont que les moyens et les instruments d’un système lucide et bien articulé qui tend à détruire les croyances de la victime, à la dépouiller, en tant que sujet, de la relation à soi-même, à ses idéaux, à sa mémoire » (84). Tout rescapé est un Ulysse, « sans autre Ithaque qu’intérieure » (85), mais une Ithaque qui soit à ce point intérieure qu’il ne la retrouvera sans doute jamais. Et quand il revient, on ne l’attend pas, on ne le reconnaît pas. Quand il revient, c’est « avec les vêtements d’un autre, le nom d’un autre » (86). Alors, quand il revient, il ne peut que chuchoter, en pleurs : « Si tu me regardes, incrédule et dis : Tu n’es pas lui, je te montrerai des signes et tu me croiras » (87).

L'Afrique et la démocratie

Ecrit par Luc Sénécal le 15 avril 2011. dans Monde, La une, Politique

L'Afrique et la démocratie


Selon les nouvelles données qui nous sont fournies par les évènements récents, il semblerait que la notion de « démocratie » pour qu’une nation se détermine elle-même non plus par le « pouvoir acquis » mais par le peuple, commence à émerger et entrer en conflit avec l’idée que certains dirigeants s’en font pour asseoir leurs privilèges.

Le principe de « démocratie » tant vanté par ceux-ci, n’a jamais eu d’autre but que de permettre d’accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat. Et ainsi de constituer un corps de fonctionnaires asservis et intéressés aux dividendes et autres prodigalités obtenus par l’exploitation des ressources du pays et par les aides extérieures accordées pour des raisons politiques, économiques ou simplement humanitaires.

Reflets de la semaine (47)

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 15 avril 2011. dans Monde, La une, France, Actualité, Politique

Reflets de la semaine (47)


A un an environ de la présidentielle, c'est la valse des prétendants, et Dieu sait s'ils sont nombreux ! L'UMP est au bord de l'implosion, et de nombreux " électrons libres " ont décidé de ne plus graviter autour du noyau central. Ainsi Jean-Louis Borloo et Dominique de Villepin sont-ils sur le point de " déclarer leur flamme " à la République. Marine Le Pen les a précédés, brandissant son oriflamme. François Hollande, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon sont déjà dans les starting-blocks, prêts à en découdre. Martine Aubry, Ségolène Royal et DSK occupent encore les vestiaires, mais ils ne tarderont pas à pénétrer sur le terrain ... Quant à Nicolas Hulot, le voici qui s'engage sur la pelouse vert pistache, dans l'espoir de sensibiliser le plus grand nombre de supporteurs aux maux dont souffre la planète bleue !


Afrique, le monde d'après

Ecrit par Matthieu Baumier le 11 avril 2011. dans Monde, La une, Politique

Afrique, le monde d'après


Deux années dans le vrai monde, ça rend moins réac. C’est ce que je pensais, vers six heures, en posant mon sac sur la table d’un bistrot de l’aéroport d’Amsterdam, le jour du retour. Impression de le connaître cet aéroport, comme un frère, une maîtresse plutôt, oui, l’une de ces maîtresses chez lesquelles on est passé plusieurs fois, un peu vite, heureux de revenir de temps à autre. Je regarde les lumières, les distributeurs de tout, de rien, les écrans, je regarde le bruit, étrange cela, et pourtant je le fais, j’observe le bruit. On regarde le bruit quand on revient du monde des autres bruits. Là-bas, c’est la mort. Pas la mort aseptisée, pas la mort cachée, même pas celle des proches, de la famille et cetera, comme ici, là-bas ce n’est pas la mort d’ici, pas la même mort. Là-bas, c’est la mort dans la vie, la mort au quotidien, la crevure sous les yeux, à chaque instant ou presque. On meurt de rien, là-bas, juste d’être né là-bas c’est tout. Michel Crépu me demande de dire ce là-bas, cette Afrique, cette vie, ces deux années en Afrique, alors les mots je vais les dire, je vais les écrire et. Quoi ? Je ne sais pas. Je ne vois pas bien quels mots peuvent traduire réellement la réalité de là-bas, celle qu’on ne comprend pas en fait. Comment saisir ce qu’est le monde d’après le monde des hommes ?

Les moukhabarates* reprennent du "service"

Ecrit par Kamel Daoud le 11 avril 2011. dans Monde, La une, Actualité

Les moukhabarates* reprennent du


Pendant les révolutions, il y a les contre-révolutions. L'actualité mondiale occupée par le cas libyen ou les développements du Yémen, oublie trop vite le cas des pays où la Révolution n'a pas réussi encore à se faire entendre et où les régimes en place deviennent plus féroces, plus sournois. Sous couvert de « réformes » et de commissions, des dictatures comme celle de Bachar El Assad et des Roitelets comme au Bahreïn ont lancé de vastes opérations policières contres les têtes de files des opposants. Pas ceux connus qui peuvent faire du bruit et attirer les médias, mais les gens humbles et anonymes, ceux qui sont « fichés », identifiés, photographiés dans les marches et les sit-in. Les polices politiques non démantelées redoublent de méchanceté quand elles sont blessées par l'insolence d'une révolte. C'est connu. Le dictateur du coin devient plus paranoïaque, laisse faire la main de fer plus souvent et sa crainte se transforme en punitions collectives contre certains.


La révolution algérienne a très mal vieilli

Ecrit par Kamel Daoud le 08 avril 2011. dans Monde, La une

La révolution algérienne a très mal vieilli

On le sait depuis un demi-siècle : les révolutionnaires vieillissent mal. Semblent en vouloir à tous quand le temps passe, deviennent violents et on a l'exacte mesure de leurs tares, avec le temps, en proportion à leurs vertus d'autrefois. C'est le cas de l'Algérie, pays autrefois si révolutionnaire que tous les martyrs du monde avaient notre nationalité et toutes les décolonisations commençaient par photocopier notre étincelle. Soixante ans plus tard, l'ego révolutionnaire algérien a le statut du dentier : nous avons été dépassés en ardeurs et actes par les Tunisiens, les Egyptiens et les Libyens. Ce vieillissement déteindra du coup sur notre diplomatie actuelle : bonne pour les mises au point sur les plateaux télés étrangères, timide, discrète et très « has been ». On aurait pu se contenter de cette discrétion si ce n'était le cas de la Libye. On aurait pu passer entre les gouttes et vendre encore un peu des photos de notre guerre de Libération au rang des antiquités et en tirer le profit forcé d'un reste d'admiration internationale, plus proche de la politesse calculée que de la vérité. On aurait pu. Sauf que la Libye a forcé à une sorte de dévoilement de la diplomatie algérienne qui nous met à mal : dès le début, la position algérienne a été celle de la réserve pas tellement neutre, de la prudence dite de non-ingérence et de « l'observation de près » selon la formule consacrée.

Peut-on "dire" un génocide ? (6)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 08 avril 2011. dans Monde, Racisme, xénophobie, La une, France, Histoire

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Mais dans quelle mesure la parole du rescapé, qui est entrelacée à l’écoute de l’auditeur, laquelle est davantage parole que la parole du rescapé, car cette écoute est parole intimant à la parole d’être parole, dans quelle mesure cette parole du rescapé (parce qu’elle n’est jamais – pour nous qui ne l’avons pas recueillie – qu’une seule trace) peut-elle être rapprochée de l’image ? Dans quelle mesure est-elle signe ?
Tout d’abord, me semble-t-il, il est utile de rappeler (tant ce qui est manifeste est souvent ce qui chemine invisiblement) que le « raconter » du témoignage suppose évidemment une prise d’écoute, laquelle est tout à la fois une captation de la parole et l’élan de cette dernière. L’écoute n’est en effet pas passive, comme nous l’avons déjà souligné, puisqu’elle fait advenir la parole et qu’elle la fait également advenir au présent dans le futur indéfini, c’est une écoute qui est ainsi génératrice du présent de la parole, à l’infini – un infini évidemment indéterminé.

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