Deux années dans le vrai monde, ça rend moins réac. C’est ce que je pensais, vers six heures, en posant mon sac sur la table d’un bistrot de l’aéroport d’Amsterdam, le jour du retour. Impression de le connaître cet aéroport, comme un frère, une maîtresse plutôt, oui, l’une de ces maîtresses chez lesquelles on est passé plusieurs fois, un peu vite, heureux de revenir de temps à autre. Je regarde les lumières, les distributeurs de tout, de rien, les écrans, je regarde le bruit, étrange cela, et pourtant je le fais, j’observe le bruit. On regarde le bruit quand on revient du monde des autres bruits. Là-bas, c’est la mort. Pas la mort aseptisée, pas la mort cachée, même pas celle des proches, de la famille et cetera, comme ici, là-bas ce n’est pas la mort d’ici, pas la même mort. Là-bas, c’est la mort dans la vie, la mort au quotidien, la crevure sous les yeux, à chaque instant ou presque. On meurt de rien, là-bas, juste d’être né là-bas c’est tout. Michel Crépu me demande de dire ce là-bas, cette Afrique, cette vie, ces deux années en Afrique, alors les mots je vais les dire, je vais les écrire et. Quoi ? Je ne sais pas. Je ne vois pas bien quels mots peuvent traduire réellement la réalité de là-bas, celle qu’on ne comprend pas en fait. Comment saisir ce qu’est le monde d’après le monde des hommes ?