Aujourd’hui, tu as 18 ans. Je me retrouve plongée dans un abîme d’incertitude.
18 ans… l’âge des premières vacances entre potes, du BAC pour certains, du permis de conduire, pour d’autres… Boîte de nuit ? Droit de vote ?
Oui, mais pas toi.
J’écoute d’une oreille distraite les parents autour de moi, leurs envies, leurs craintes, leurs ambitions pour leur chère progéniture. Certains se plaignent, « il a encore raté son bac », « il a rayé ma voiture en rentrant de boîte de nuit », « elle ne m’a pas écrit alors qu’elle est partie depuis deux mois »… Et je reste là, et je voudrais leur dire…
Et toi ?
Que te dire, ma chérie, sans trop te blesser ? Comment t’expliquer que, même si un jour tu réussis à lire suffisamment bien, tu n’auras pas le droit de conduire ? Que je ne peux pas te laisser sortir seule avec ton copain Arnaud ou ton amie Lou ? Et que cela n’a rien à voir avec la confiance, ou l’absence de confiance que j’ai en toi.
Qu’a priori, l’on ne passe pas de l’IME à la FAC ?
Toi qui veux voter, comment t’accompagner dans cette démarche ô combien citoyenne, puisque je ne pourrai pas t’accompagner dans l’isoloir ?
À 18 ans, tu resteras encore une petite fille, MA petite fille… Ma petite GRANDE fille, mon bébé.
Jeune femme, la vie va te saisir, t’emporter. Je voudrais tellement qu’elle te soit douce, avec Moi à tes côtés… aussi longtemps que je le pourrai.
Et c’est là que tu prends conscience de ton handicap, toi qui vas apprendre bientôt, l’année prochaine, à prendre le bus toute seule.
Et c’est là que je réalise peut-être encore un peu plus…