Société

Le progrès est-il dans l’oubli d’un « détail » ?

Ecrit par Jean Gabard le 08 juin 2013. dans La une, Actualité, Société

Le progrès est-il dans l’oubli d’un « détail » ?

Les partisans du mariage et de l’adoption pour tous se rangeraient dans le camp de la démocratie et du progrès et feraient des opposants, des traditionnalistes et des réactionnaires. Il y a pourtant parmi les opposants des personnes qui ne sont ni catholiques, ni même chrétiennes, ni même croyantes, ni conservatrices, ni de droite et encore moins d’extrême-droite… Alors, où est le progrès ?

Prôner le mariage et l’adoption pour tous suppose que l’on croit l’homme et la femme, le père et la mère, identiques et donc que l’un peut remplacer l’autre. Croire à cette égalité c’est être persuadé que la « théorie du genre » est une vérité scientifique qui ne souffre aucune contestation.

La « théorie du genre » a constitué une avancée lorsqu’elle est apparue pour contester les théories naturalistes qui justifiaient les hiérarchies et les discriminations sexistes. Cette contestation reste toujours valable mais ce qui l’est moins est le fait de confondre l’égalité en droits, légitime en démocratie, avec le droit à l’égalité, utopique et peu souhaitable. Parce que la différence des sexes a permis aux hommes de la société patriarcale d’inférioriser la femme pour imposer leur type de société, il faudrait non seulement changer le type de société (ce qui est en partie fait dans le monde occidental), mais supprimer la différence des sexes. Le progrès consisterait à prendre l’inverse de ce que l’on condamne et à opposer aux inégalités injustes, une égalité totale. Il pouvait être en effet utile, pour être plus efficace, d’avoir un discours radical pour balayer ce qui est devenu inacceptable. Cette réaction adolescente est tout à fait compréhensible et elle était peut-être même nécessaire. Mais doit-elle durer pour autant ? N’est-ce pas devenir conservateur que de se complaire dans cette révolte et refuser, après la crise d’adolescence, de devenir adulte ?

18 ans, suite…

Ecrit par Christelle Mafille le 18 mai 2013. dans La une, Ecrits, Société

18 ans, suite…

Vous avez été nombreux à m’envoyer des messages suite à mon article. Des messages pleins de gentillesse et aussi de compassion. Je vous en remercie, ils m’ont touchée.

Certains aussi ont été mal à l’aise.

Pourquoi nous faire lire une lettre écrite pour sa fille ? C’est intime, tellement intime…

J’ai donc décidé de revenir sur certains points ; le premier étant que cette lettre n’était évidemment pas destinée à ma fille mais bel et bien à vous, lecteurs de Reflets du Temps.

Alors pourquoi, me direz-vous ?

Une lectrice me demande si mon objectif est de me « plaindre » ; certes non. Ce n’est pas dans mes habitudes. De culpabiliser les parents d’enfants « normaux » ? bien sûr que non.

On me demande également si je cherche à susciter votre admiration : pour quoi faire ?

Non, non, non, ni admiration, ni pitié, ni même de la compassion. D’ailleurs, je ne suis pas à plaindre. Ce que je veux, c’est vous faire découvrir un monde, que vous ne connaissez pas. Pourquoi, me direz-vous ? Mais parce que nous sommes tous concernés. Et que même si c’est certainement pire ailleurs, cela peut encore s’améliorer ici.

Avant donc de vous quitter, je me permets de vous « offrir » ces quelques extraits du très beau livre Où on va, Papa, de Jean-Louis Fournier (éditions Stock).

Ma Chérie.

Ecrit par Christelle Mafille le 11 mai 2013. dans La une, Ecrits, Société

Ma Chérie.

Aujourd’hui, tu as 18 ans. Je me retrouve plongée dans un abîme d’incertitude.

18 ans… l’âge des premières vacances entre potes, du BAC pour certains, du permis de conduire, pour d’autres… Boîte de nuit ? Droit de vote ?

Oui, mais pas toi.

J’écoute d’une oreille distraite les parents autour de moi, leurs envies, leurs craintes, leurs ambitions pour leur chère progéniture. Certains se plaignent, « il a encore raté son bac », « il a rayé ma voiture en rentrant de boîte de nuit », « elle ne m’a pas écrit alors qu’elle est partie depuis deux mois »… Et je reste là, et je voudrais leur dire…

Et toi ?

Que te dire, ma chérie, sans trop te blesser ? Comment t’expliquer que, même si un jour tu réussis à lire suffisamment bien, tu n’auras pas le droit de conduire ? Que je ne peux pas te laisser sortir seule avec ton copain Arnaud ou ton amie Lou ? Et que cela n’a rien à voir avec la confiance, ou l’absence de confiance que j’ai en toi.

Qu’a priori, l’on ne passe pas de l’IME à la FAC ?

Toi qui veux voter, comment t’accompagner dans cette démarche ô combien citoyenne, puisque je ne pourrai pas t’accompagner dans l’isoloir ?

À 18 ans, tu resteras encore une petite fille, MA petite fille… Ma petite GRANDE fille, mon bébé.

Jeune femme, la vie va te saisir, t’emporter. Je voudrais tellement qu’elle te soit douce, avec Moi à tes côtés… aussi longtemps que je le pourrai.

Et c’est là que tu prends conscience de ton handicap, toi qui vas apprendre bientôt, l’année prochaine, à prendre le bus toute seule.

Et c’est là que je réalise peut-être encore un peu plus…

Fin de l’Occident, naissance du monde, Hervé Kempf

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 04 mai 2013. dans Monde, La une, Politique, Société

Le Seuil, janvier 2013, 155 pages, 15 €

Fin de l’Occident, naissance du monde, Hervé Kempf

La terre du trou

Il est des livres qu’on ne regrette pas d’avoir lus tout en déplorant qu’ils aient dû être écrits. C’est hélas le cas de plus en plus fréquent d’essais portant sur cette société capitaliste dont les Français, en cela plus lucides ou plus alarmistes que tout autre peuple au monde, voient, avec un incurable sentiment de déréliction, les excès annoncer un déclin catastrophique.

Hervé Kempf est un journaliste engagé dont les ouvrages sont traduits dans de nombreuses langues et plusieurs fois primés. Il couvre au journal Le Monde le domaine environnemental. Autant dire qu’il n’a pas que des amis. D’autant que ses réflexions sur l’écologie l’ont précédemment amené à dénoncer les oligarchies qui dirigent le monde désormais improprement qualifié de démocratique. Dans ce nouveau livre dont on ne peut recommander la lecture sans prévenir qu’elle vous réserve peu de raisons de vous réjouir, l’auteur explique de façon difficilement contestable que l’espoir d’une mondialisation du niveau de vie occidental est tout simplement une utopie. Après que l’humanité s’est heurtée pendant des millénaires au mur des ressources énergétiques, elle a soudain fait un bond prodigieux grâce à quelques progrès techniques favorisés par la découverte du charbon en Angleterre et du coton en Amérique. Je résume, bien sûr.

Etre père aujourd’hui ?

Ecrit par Jean Gabard le 04 mai 2013. dans La une, Actualité, Société

Jean Gabard, auteur de Le féminisme et ses dérives - Rendre un père à l’enfant-roi, Les Editions de Paris, novembre 2011

Etre père aujourd’hui ?

Dans la société patriarcale traditionnelle le père était le chef de la famille. Son rôle apparemment déterminé et indiscutable a été remis en cause radicalement par la « révolte contre le père » des années 1960. Un nouveau père est né. Après un demi-siècle d’expériences diverses, pourtant, nombreux sont ceux qui s’interrogent encore sur la nouvelle place à donner à ce père dans la famille…

Pendant des millénaires et pratiquement dans l’ensemble des sociétés, alors même que le géniteur restait « incertus », le statut de père était connu et reconnu. L’homme identifié comme tel savait parfaitement le comportement qu’il devait adopter. Il lui suffisait d’appliquer ce qui lui avait été appris par ses parents et qui se transmettait de générations en générations. Les rôles de chacun étaient fixés et les règles nécessaires à la survie du groupe ne souffraient aucune discussion.

Avec la contestation de son autorité dite d’origine divine, la société toute entière a été transformée. L’autorité paternelle devenue insupportable a disparu au profit de l’autorité parentale : une autorité exercée par les pères et les mères dans l’intérêt de l’enfant ayant acquis des droits. Si cette définition paraît claire, il est cependant encore nécessaire de préciser ce que les mots père et mère contiennent et comment cette autorité peut fonctionner dans des rapports démocratiques.

Le mot père qui semble si simple revêt pourtant une grande complexité. Il y a en effet dans le mot père trois dimensions différentes.

Le père désigne tout d’abord le géniteur qui fut longtemps incertain. Des règles strictes étaient imposées aux épouses pour éviter autant que possible les doutes.

Ces provocations qui viennent grignoter l’état

Ecrit par Luc Sénécal le 04 mai 2013. dans La une, France, Politique, Société

Ces provocations qui viennent grignoter l’état

Il est dans la population actuelle des minorités agissantes, utilisant la provocation avec une certaine délectation. Car dans la population française se retrouvent des gens qui ont souffert certainement d’un certain dédain pour ne pas dire dégoût, qui au travers des humiliations et autres vexations, ont vu se jouer des drames intimes et très personnels. Ce, face à une société qui a manqué quelque peu, si on peut dire, d’ouverture d’esprit sinon de cœur certes mais surtout d’intelligence. Il y en a d’autres qui ont souffert dans leurs convictions, leurs idées, leurs coutumes, ne serait-ce qu’en raison de la prépondérance d’autres convictions, d’idées et de coutumes. Des éléments cependant fondateurs, ne l’oublions pas. Et c’est là l’un des aspects de notre problématique.

Pourtant la France s’enorgueillit de principes comme « la liberté, l’égalité et la fraternité ». Soyons francs, voilà un enthousiasme issu de bouleversements fondamentaux, qui se retrouve face au quotidien, bien difficile à proroger. Parce que place à l’enthousiasme vite révolu, il faut vivre en communautés. Cependant, ce que l’on appelle la « démocratie » doit venir en aide à ces minorités en leur apportant des droits et des reconnaissances, qu’elles appellent de toutes leurs forces. Oui, mais comment ? D’où un autre aspect qui n’en n’est pas le moindre.

Reconnaissons tout d’abord qu’il y a un phénomène constant dans l’évolution des tendances quelles qu’elles soient. A savoir le balancement du pendule. Trop d’un côté, s’il doit repartir de l’autre, il est incapable de se stabiliser de manière équilibrée et il s’en va tout aussitôt beaucoup trop loin de l’autre.

C’est ainsi que, se sachant enfin quelque peu reconnues, ne serait-ce qu’en termes de droits mais mieux encore, admises pour ce qu’elles sont et ce qu’elles promotionnent, ces minorités agissantes en viennent par des petites ou par de plus grandes provocations à scléroser une partie de la population dans un refus de principe. Ne serait-ce que par agacement puis par colère quand l’évidence du ras-le-bol n’est pas prise en compte. Et ainsi se crée un fossé que nul parmi nos élus, sauf erreur, n’est capable de prendre en compte.

Une citation, quatre thèses. Les causeries du samedi

Ecrit par Johann Lefebvre le 06 avril 2013. dans Philosophie, La une, Société

Une citation, quatre thèses. Les causeries du samedi

« Dans les mouvements que les machines exigent de ceux qui les font marcher, il y a déjà la brusquerie, l’insistance saccadée et la violence qui caractérisent les brutalités fascistes. S’il y a dépérissement de l’expérience acquise, la faute en revient pour une très large part au fait que les choses étant soumises à des impératifs purement utilitaires, leur forme exclut qu’on en fasse autre chose que de s’en servir ; il n’y est plus toléré le moindre superflu, ni dans la liberté des comportements ni dans l’autonomie des choses, or c’est ce superflu qui peut survivre comme un noyau d’expérience car il ne s’épuise pas dans l’instant de l’action ».

Theodor Adorno, Minima Moralia

 

1. Les fissures grandissantes de la société marchande génèrent de terribles angoisses, à la fois chez ses promoteurs et chez ses victimes. Les premiers y voient l’annonce d’un écroulement, d’une révolution – ils ont raison – et tentent encore de colmater les brèches brûlantes qui s’approfondissent en écrivant de nouvelles réglementations réduisant les libertés individuelles et collectives, et en effaçant celles qu’ils considèrent comme des entraves à la circulation des marchandises et à la diffusion des informations falsifiées. Les secondes craignent pour leurs emplois, entre autres, et découvrent avec effroi que ce monde qui s’écroule n’est que la vitrine d’une survie, le mirage de la vraie vie. Le travail salarié, autrefois une des valeurs fondamentales du capitalisme, est peu à peu abandonné par celui-ci au profit de la valorisation stricte de la valeur de départ, l’argent, mettant en œuvre une production de plus en plus automatisée de biens inutiles ou de services superfétatoires, projetant davantage encore une masse de représentations avec des broutilles technologiques et des loisirs débiles, et de plus en plus souvent au détriment des équilibres écologiques.

La démocratie des crédules

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 30 mars 2013. dans La une, Média/Web, Société

Gérald Bronner, Presses Universitaires de France, février 2013, 343 pages

La démocratie des crédules

Le 7 mars dernier, dans son émission Les matins de France Culture, Marc Voinchet invitait Gérald Bronner, professeur de sociologie à l’université Paris-Diderot, pour présenter son ouvrage La démocratie des crédules. Contraint de partager l’écoute de cette émission matinale avec diverses obligations domestiques qui incombent à un père de famille, j’avais néanmoins saisi l’essentiel des informations diffusées sur le livre et son sujet et je me faisais la réflexion suivante : l’inconvénient d’une émission de radio aussi bien menée et donnant aussi généreusement la parole à un auteur est qu’elle vide le livre de l’essentiel de son contenu en donnant à l’auditeur l’impression qu’il l’a lu.

Puis, soucieux de ne pas être un démocrate trop crédule et me reprochant le manque de rigueur intellectuelle que dénonce ce brillant sociologue, j’ai commandé son livre (chez mon libraire). Bien m’en a pris car c’est un des bouquins les plus passionnants, les plus stimulants pour l’intellect et les plus roboratifs que j’aie lus depuis longtemps. Que ceux qu’inquiète un ouvrage publié aux PUF soient rassurés d’emblée : quand le professeur pointe le nez, se complaisant dans une terminologie par trop scientifique, l’auteur traduit son jargon à l’intention du lecteur moyen et ce n’est pas sans humour qu’il écrit : « en clair, ça signifie… » ou « autrement dit… ». Ce respect du grand public, quand il reste dans les limites d’une vulgarisation maîtrisée, est toujours un gage de sérieux dont j’apprécie au passage la courtoisie.

Taxes et circulation routière

Ecrit par Luc Sénécal le 30 mars 2013. dans La une, Société

Taxes et circulation routière

Toujours en panne d’imagination, de solution cohérente, de compétence, nos autorités, quelles qu’elles soient, s’emploient à tirer tout le profit possible d’une carence notoire. Poser une problématique à plat. En examiner tous les contours, tous les détails, les tenants et les aboutissants. Faire le point sur l’inadéquation des décisions prises jusqu’alors et admettre le marasme dans lequel on se retrouve dans les grandes villes en termes de stationnement, est-ce à ce point si difficile ?

Oui, quand la situation budgétaire est à ce point critique. Oui, quand on ne sait plus ni où, ni comment trouver de quoi financer des projets pourtant essentiels. Oui, quand il s’agit de faire payer par tous les moyens possibles les usagers. Quand il s’agit de les culpabiliser, les infantiliser, les montrer du doigt. En conséquence le débat n’est plus de trouver des solutions cohérentes au problème du stationnement en ville (lequel tourne au cauchemar), mais de créer un climat de défiance qui n’a rien à voir avec la solidarité que l’on devrait retrouver entre nous, face à ce problème.

La neige…

Ecrit par Luc Sénécal le 15 mars 2013. dans La une, Actualité, Société

La neige…

La neige est dans le paysage une petite féerie. Mais sur les routes, cela peut vite tourner au cauchemar.

Les montagnards sont toujours sidérés de voir que « pour quelques flocons », comme ils disent, en plaine, la circulation se retrouve facilement bloquée.

Mais ce ne sont pas quelques flocons qui tombent actuellement sur le nord de la France. C’est une véritable tempête de neige pour laquelle ni les usagers ni les autorités sont bien préparés. Cette fois-ci d’ailleurs, on ne pourra prétendre de ne pas avoir été prévenu. Seulement prendre en compte les difficultés et les contraintes qui ne sont pas habituelles n’est pas dans les usages. Aller voir dans l’est du pays, dans le Jura, les Vosges, la Savoie, ou même plus au sud dans les Alpes ou les Pyrénées, comment ils se préparent à affronter les rigueurs de l’hiver, ne vient pas à l’idée en amont. Prendre les précautions en terme de structures et d’infrastructures est certes pensé et préparé avant l’hiver mais pas au niveau de ce que les éléments naturels peuvent faire quand ils se déchaînent. Alors c’est la surprise. Ce sont des centaines de gens qui sont bloqués. Certains dans des conditions très précaires. Ce sont les solutions d’urgence qui sont appliquées au mieux et encore quand c’est possible.

Les usagers eux-mêmes, que ce soient les automobilistes qui veulent à tout prix rentrer chez eux ou qui n’ont pas tenu compte des avertissements et ont cru qu’ils pourraient passer au travers, que ce soient les chauffeurs routiers ou les professionnels de la route, contraints eux de prendre la route en raison de leur emploi, tout ce beau monde n’a pas l’expérience ni même l’habitude d’affronter des conditions climatiques de ce genre (un bémol toutefois pour les routiers s’ils parcourent des itinéraires qui sortent de leur département et voyagent sur de longues distances). On pourrait conseiller de préparer ces usagers au travers de stages pour leur faire connaître la façon d’aborder ces fameuses conditions climatiques.

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