Société

De heili heilo à Jobi Joba…

Ecrit par Sabine Aussenac le 05 avril 2014. dans La une, Education, Société

De heili heilo à Jobi Joba…

Tiens, c’est amusant, ce départ d’un ex-prof d’allemand et l’arrivée d’un natif de Barcelona à Matignon, vous ne trouvez pas ? J’y vois, moi, une excellente métaphore de la situation de l’enseignement de l’allemand dans notre belle France…

Oui, l’Espagne et l’enseignement de l’espagnol ont bien toujours le vent en poupe comme l’anglais – what else ? – et les langues dites émergentes (car des parents d’élèves s’imaginent encore que leurs têtes blondes vont réussir à maîtriser le mandarin en quelques années, quand certains peinent à écrire leur propre nom – du vécu ! – et ne maîtrisent déjà plus l’écriture cursive – alors les idéogrammes, je vous laisse imaginer…).

Les classes de mes collègues hispanisants sont toujours remplies ; et c’est vrai que c’est sympa, cool, fun, d’apprendre cette langue latine dont les sonorités nous semblent si familières, et puis le soleil, la salsa, etc… Je vous épargne les clichés !

Nous, par contre, en allemand, c’est le désert des Tartares. Les profs d’allemand sont devenus des has been, véritables boloss de l’Éducation Nationale. Tiens, c’est simple, dans notre immense académie de Toulouse, à la rentrée 2014, AUCUN poste au « mouvement » ; dans certains départements, et pas seulement dans le Sud-Ouest, aucune école primaire ne propose l’enseignement de l’allemand ; j’ai personnellement un statut de remplaçante depuis des années, malgré ma réussite au CAPES en 1984…

Nos classes ressemblent à des rassemblements de clandestins sous quelque dictature… Nous sommes les disciples de la dernière chance, les résistants, nous sommes la mémoire d’un grand peuple qui, autrefois, existait : les élèves qui faisaient de l’allemand, les germanistes. Souvenez-vous : de cette époque où l’allemand était enseigné dès la sixième, et où les germanistes rayonnaient de leur réputation de « bons élèves »… De ces trente glorieuses des jumelages, de ces images d’archives d’Adenauer et du Général applaudis à Reims ou à Berlin, de votre petite « corres » si blonde et si délurée…

Oui, hier, en voyant la valse de nos dirigeants, je n’ai pu m’empêcher d’y lire un symbole…

Pourtant, non, nos cours ne sont pas soporifiques comme un discours de notre ex-Premier Ministre ! Je vous assure, les méthodes ont évolué depuis Rolf et Gisela, nous aussi, nous utilisons autre chose que des magnétos à bande, et nous savons même naviguer sur l’ENT ! Non, non et non, nous ne parlons pas des heures sur un ton monocorde, au contraire, nous faisons faire des activités aussi variées que celles de nos collègues d’espagnol, même si, c’est vrai, nos manuels – les livres, hein, pas Valls (elle était fastoche) – parlent de façon un peu répétitive de la chute du Mur, des immigrés de Berlin et des discours du Moustachu…

Jared Diamond

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 22 mars 2014. dans La une, Société, Littérature

Jared Diamond

Si le jury Nobel pouvait décerner un prix à un ornithologue biologiste, physiologiste et géonomiste de renom international, il l’attribuerait sans hésiter au professeur de géographie de l’Université de Californie qu’est Jared Diamond. L’infatigable plus tout jeune (76 ans) auteur de plusieurs livres inspirés de sa longue fréquentation des Néo-Guinéens, nous revient de leur extraordinaire pays avec un nouveau livre, traduit cette année en France, Le monde jusqu’à hier, sous-titré « Ce que nous apprennent les sociétés traditionnelles »*. Il faut entendre par sociétés traditionnelles, ces ethnies découvertes en Nouvelle-Guinée il y a moins d’un siècle, mais aussi dans d’autres continents et qui vivaient (et pour certaines, peut-être, vivent encore) à peu près comme les hommes de la préhistoire sans avoir eu le moindre contact avec le reste du monde dit civilisé.

Jared Diamond que son travail d’ornithologue a conduit à rencontrer ces hommes et leurs enfants puis leurs petits-enfants et qui a pu constater comment ils sont passés avec une confondante facilité en deux générations de la hache de pierre taillée à l’ordinateur, nous entraîne une fois de plus dans une réflexion décoiffante sur l’évolution de l’humanité.

Ce livre cherche à analyser par grands thèmes ce qu’il peut y avoir à apprendre de ces hommes malencontreusement qualifiés de « primitifs », et de la façon dont ils ont maintenu des techniques, des usages, des langues, des croyances, des guerres et des alliances avant de découvrir avec le passage du premier aéroplane dans leur ciel que le monde ne se limitait pas à leur vallée inaccessible ou à leur clairière au milieu d’une forêt impénétrable. Mais il nous éclaire aussi sur les raisons, bonnes ou mauvaises, qui leur ont fait plonger sans hésitations ni regrets dans notre modernité et sur les raisons que nous avons de croire qu’ils n’ont pas forcément eu tort, si tant est qu’ils avaient le choix.

Mais le grand mérite de Diamond, ici encore, est de nous ouvrir à une mondialisation qui n’est pas uniquement celle des sodas, des voitures et des réseaux sociaux. Nous aurions tort, nous les membres égocentristes des sociétés WEIRD (Western, Educated, Industrialized, Rich and Democratic societies) de croire que nous avons tout compris, tout analysé et tout prévu concernant un monde dont nous représentons plus de 80% de la richesse matérielle mais à peine 20% de la population. Encore faut-il spécifier qu’au sein même de nos états modernes, des îlots de plus en plus étendus de ce que nous considérons comme des survivances d’une société archaïque sont laissés pour compte de notre course à l’individualisme et au matérialisme forcené.

« Le crapaud, tribune libre ! »

Ecrit par Jean-François Joubert le 22 mars 2014. dans La une, Ecrits, Santé, Société

« Le crapaud, tribune libre ! »

Notre ami et rédacteur Jean François Joubert nous donne cette semaine, un texte particulièrement fort, dont nous le remercions. Qu'à cette occasion, il soit rappelé les contributions souvent de toute première importance, à la création, de ces esprits agencés autrement, que sont les malades psychiques. Et, ceci, dans tous les domaines : écritures, peinture, sculpture et tous les arts graphiques ; musique, bien évidemment !

La Rédaction de Reflets du Temps

 

L’égalité du drapeau dans le handicap psy !

Bleu, blanc, rouge sang de France, deux rapatriements « sanitaires » au compteur, un aux Antilles, un au Portugal. Merci ! Fiché, épinglé, pas de moyens financiers autres que les 790 Euros de mon allocation, condamné à être pauvre, au fond du trou. L’avenir ? La vieillesse ? Le droit au minimum social ! L’avenir, sombre ! Né sain, la maladie arrive comme un cheveu sur le hamburger, je suis mangé au quotidien par mes angoisses, aussi sensible qu’un ordinateur qui bug. Se laver, communiquer, sortir du mode parano, est une mission impossible, non, je ne suis pas normal au sens commun du terme !

 

Vous ne me voulez pas de mal, alors osez entrer dans mes divagations :

 

...En colère, nu, je rentre dans la maison, je me couvre. Juste avant, comme si j’avais eu une réponse du Tout Puissant, j’ai senti comme une aiguille entrer dans mon pouce, et puis, la terre tressauter tandis que la nuit peinait à chasser ses étoiles, comme si le temps s’était suspendu. Un passant... je l’agressai presque. Il est témoin involontaire de ce coup d’éclat, de la nuit retenue, de cette nuit qui refusait de laisser l’aube entrer. À cet instant, j’étais si sensible que je ressentis la rotation de la terre. Je venais d’entrer ailleurs… dans un monde de folie. Une crise paranoïaque, une crise spirituelle, une crise contre le monde, contre tout le monde.

On a le Versailles qu’on peut…

Ecrit par Martine L. Petauton le 22 mars 2014. dans La une, Média/Web, Société

On a le Versailles qu’on peut…

Lycéenne passionnée d’Histoire, j’ai nourri en ce temps-là, une sorte de tourbillonnant intérêt, un peu obsessionnel, pour la Cour de Versailles de notre regretté Ancien Régime. A cette époque, la fille de Gauche qui murissait en moi, devait cohabiter – mais, c’est peut-être comme ça qu’on se construit brique après brique – avec l’admiratrice de ces parfums versaillais, disant après l’autre, ce diable de Talleyrand : « celui qui n’a pas connu la France d’avant 1789, n’a pas connu la douceur de vivre »… Je lisais tout – le bon, le moins bon, le vrai, l’à peu près ; je raffolais de ces chroniques coiffées par le talent ignoble de Saint Simon ; rien ne m’échappait des rites – ceux de l’hiver qui finissaient aux chandelles fumantes, ceux de l’été qui glissaient sur le Grand Canal ou « zyeutaient » sous les ombrages de l’Orangerie odorante… Ce n’est pas, alors, une, mais des myriades de chroniques pour Reflets du Temps que j’aurais pu aligner, tant ma science était réelle et surtout abondante, comme les fontaines de vins qui régalaient les courtisans… La Cour de France, c’était mon truc, à l’heure où mes copines oscillaient, perplexes, entre Antoine et Johnny, leurs idées, leurs cheveux…

Et puis, j’ai fait de longues et belles études d’Histoire. Est-ce parce que, juste avant mon arrivée, Albert Soboul (en personne ! une sorte d’icône) dirigeait le département contemporain de ma fac, et y faisait entrer, en symbiose avec 68, la grande Révolution Française, que mes choix se sont portés sur cette Histoire contemporaine, inépuisable, qui allait, de surcroît, façonner mes masses de granit en politique. Exit, du coup, la Cour et ses falbalas, pour un bon bout de temps…

Mais, vous n’êtes pas, je suppose, de ceux, naïfs, qui croient que les choses se passent et rentrent à la niche, pour ne plus jamais en sortir. La Cour m’a rattrapée, la Cour me rattrape, lorsque ma souris clique de temps à autre sur ce «  Bienvenue sur Facebook » dont vous êtes évidemment accro.

Foule il y a dans FB, probablement en proportion de celle de Versailles au temps de sa splendeur, lorsque s’y pressaient de 3000 à 10.000 de tout un peu. Donc, FB – un réseau, tout bêtement – a sa cour ; une flopée de cours, plutôt, à la façon de ces principautés allemandes des Temps modernes, qui se ressemblaient sans être identiques. Car, remarquez-le en tendant l’oreille, le ton, la musique, les sujets d’excitation sont tellement différents sur la page de cette princesse-là – très « air de la reine de la nuit » – ou sur celle de ce sombre Prince du soir – ah ! Celui-là… Et, comme il se veut à la Cour, s'entrechoquent céans, les visibles, les dans l'ombre, ceux qui regardent et s'apprêtent à ragoter dare-dare ; ceux, qui – plus bavards et bravaches, prennent de sacrés risques. Les cris et rires de quelques uns ; derrière, tapis, les yeux brillants d'une convoitise glauque de tous les autres. Passe le train royal. Respiration de la Cour...

Femmes… quelques-unes des miennes…

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 mars 2014. dans La une, Actualité, Société

Femmes… quelques-unes des miennes…

Non, ce n’est pas pour cette journée – des animaux, du miel-bio... des femmes. Journée des hommes, quand ? Je prépare ma gerbe ?

Horripilant « posé » sur le calendrier, comme pour s’en débarrasser, une fois l’an, pour repartir, armés – mieux peut-être – vers le mépris, l’utilisation, l’instrumentalisation, le rire gras, les coups bas, ou les coups tout court… On sait… Étrange son de commémoration, comme si le peuple des femmes était mort ! Non, ce n’est pas pour le 8 Mars, mais c’est quand même cette date qui s’affiche ce jour sur notre Reflets… Donc !

 Quelques-unes… les mêmes que toi ? Et, toi, qui dis : pourquoi a-t-elle oublié celle-ci ? Je n’oublie rien, je laisse venir… des prénoms en vrac, comme autant de pétales – rouges souvent – divaguant, surnageant, survivant, toujours.

Antoinette, particulièrement cette année… la constance de son combat presque institutionnel, vieillissant avec nous, mais d’abord, chez moi, Simone : un «Deuxième sexe  », dans ma bibliothèque, livre corné, souligné, presque abimé depuis ce 68, où il m’accompagna – viatique de chaque souffle… Simone, l’autre, et pour la contraception, et, surtout, pour la femme/conscience revenue d’Auschwitz… et j’en vois encore une autre, là-bas, celle d’Yves – yeux clairs de Casque d’or malgré la vie et les ravages.

Danielle, celle des camps, qui aurait pu entrer avec Germaine et Geneviève, au Panthéon dont je vous parlais la semaine dernière… l'autre Danielle, la militante,  celle de François, image vivante et claire des valeurs portées.

Quelque part, cette Olympe, qui voulut en ces temps de libération de l’homme, une Déclaration des Droits de la Femme, qu’on salue, pour le courage, mais en devinant que ce chemin de sexes séparés, comme espèces ennemies, ne mènerait pas loin…

Plutôt la vie

Ecrit par Johann Lefebvre le 22 février 2014. dans La une, France, Politique, Société

Plutôt la vie

La demande d’autorité qui sourd au sein d’une fraction croissante de la population française, accompagne une défiance à l’égard des institutions et de ceux qui occupent les fonctions exécutives et législatives, une méfiance à l’encontre de l’étranger, une comparaison envieuse forcenée – dont j’ai amorcé la description dans « Grave pollution à la Bastille » - et enfin, dans certains cas, une projection de la cause des crises sur des forces occultes classiques (sionisme international, franc-maçonnerie, complots divers et variés) ou plus simplement sur les gouvernements.

Le bonapartisme de façade de Sarkozy a périclité assez vite, puisque même s’il a pu un temps incarner cet homme providentiel tant attendu, les électeurs se sont rapidement aperçus qu’il n’était pas cette homme-là. On aurait pu croire que cette expéditive leçon de politique pratique, un quinquennat, avait suffi à faire admettre, enfin, que quel que soit l’homme ou la femme mis à la tête du pays, dans les conditions institutionnelles et constitutionnelles de la république, il est impossible de contrecarrer les effets morbides de la globalisation, depuis les effets centraux du capitalisme jusqu’à ses conséquences sur le régime de la démocratie elle-même.

Aussi, l’illusion que l’Etat et l’Empire marchand sont deux entités clivées, le premier faisant en sorte de limiter, réguler donc contrôler les effets du second, est un rêve tenace. Nous vérifions depuis assez longtemps que le premier est plutôt l’agent du second et que, de plus en plus, les règlements et les lois sont façonnés au service d’une idéologie découlant du capitalisme, le (néo)libéralisme économique : la constitution européenne, par exemple, ou, en France, la mise à sac des acquis sociaux. A ce titre, la dette de l’Etat n’est pas nécessairement le produit d’une mauvaise gestion, c’est surtout la preuve que les Etats sont devenus des consommateurs comme les autres et qu’ils sont soumis au fonctionnement financier imposé par les propriétaires de l’argent. La conséquence directe en est donc que les économies à faire en matière de fonctionnement, pour l’Etat, afin de réduire peu à peu cette dette, doivent passer par un abandon plus ou moins rapide de ses prérogatives, les services publics et les avantages sociaux qui en découlent par exemple ; le but n’étant pas que ses services disparaissent mais qu’ils passent aux mains d’intérêts privés à des fins spéculatives bien plus que sociales et égalitaires.

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure...

Ecrit par Sabine Aussenac le 08 février 2014. dans La une, Média/Web, Société

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure...

C’était quelque part en 2008. Mes premiers pas sur le net, ou presque. Péniblement, mon ex-mari m’avait initiée au maniement d’une souris et de word, et je me revois encore cliquer lettre après lettre pour effacer, ou vanter les mérites d’un annuaire papier face aux Pages Jaunes en lignes, en 2003… Bon, j’avais quand même appris assez vite, navigant bientôt entre mes mails, Meetic et, depuis ce fameux soir du 30 avril 2008, mon premier « site d’écriture », mon cher « Oasisdesartistes »…

Sur ce forum, où bientôt mes mots s’évadèrent, les internautes et poètes vivaient cachés… Alors si ma plume s’en contenta, et si j’ai, en ce lieu béni où mes mots sont revenus à la vie, noué de solides amitiés, en particulier avec des poètes du Maghreb, et même vécu la quintessence de l’amour – Jim, si tu me lis… – je me suis assez vite lassée des « pseudos » et des jeux de cache-cache avec les « Étoile 75 » et autres surnoms poétiques…

Me manquaient, en ce forum poétique, l’incarnation du réel, la transparence, l’échange en peer to peer de pairs osant se dévoiler, malgré les écrans… Certes, nous nous livrions jusque dans l’intime, puisque la poésie, justement, creuse et brûle les âmes, mais nous restions enfermés dans ces bulles virtuelles qu’offre l’anonymat.

C’est Tony d’Oasisdesartistes qui a été mon « premier ami Facebook ». Ma passerelle, mon pont entre ces deux virtuels, lui, le bel artiste peintre et écrivain, et je me souviens de ma joie en découvrant sa page, son visage, ses toiles, qui, sur Facebook, explosaient en autant de couleurs que la vie.

Puis j’ai cherché Bertrand, dont j’étais amoureuse à 15 ans, que je revoyais encore en fragile jeune homme à lunettes, auquel j’offrais maladroitement, en notre datcha familiale, du cake fait de mes blanches mains adolescentes. Certes, je l’ai retrouvé, mais ce n’est pas avec lui que j’ai le plus de contacts, non, c’est avec sa maman, une délicieuse vieille dame digne et malicieuse, alerte et épanouie, un modèle de dynamisme…

L’antisémitisme black

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 janvier 2014. dans Monde, La une, Politique, Actualité, Société

L’antisémitisme black

Dieudonné inaugure-t-il un antagonisme – nouveau en France – entre juifs et noirs ? On espère que non bien sûr ; mais il existe des signes inquiétants. Malgré une condamnation officielle des propos ouvertement antisémites de l’« humoriste », le CRAN (conseil représentatif des associations noires) critique vertement Manuel Valls, accusé de partialité envers la communauté juive, et préférant lutter contre l’antisémitisme plutôt que contre la « négrophobie » : « Manuel Valls, qui fait de cette campagne concernant Dieudonné une affaire personnelle, semble aujourd’hui organiser une véritable chasse à l’homme, qui ne fait que renforcer le climat de racisme, d’antisémitisme et de négrophobie dans notre pays », a indiqué Louis-Georges Tin, le président du CRAN. « Tant que Manuel Valls continuera dans sa politique du deux poids-deux mesures, il sera objectivement le pompier pyromane qui amplifie de fait la violence qu’il prétend combattre », a conclu Guy Samuel Nyoumsi, vice-président du CRAN. On n’est pas loin de la rhétorique « dieudonnesque » sur le fameux « lobby » et son influence irrésistible dans les médias et les milieux politiques… Ira-t-on jusqu’à une situation à l’américaine ?

La judéophobie spécifiquement noire (distincte donc de l’antisémitisme « ordinaire », qui a sévi là-bas comme en Europe, même si ce fut de manière moins virulente) a, outre-Atlantique, une histoire ancienne. Au départ, les uns et les autres étaient alliés dans une organisation intitulée (son nom même ferait frémir certaines âmes « républicaines » en France) : « National Association for the Advancement of Coloured People » (NAACP), « association nationale pour la promotion des gens de couleur », fondée en 1909 par des juifs allemands. Son idée était, en fait, d’unir les minorités ethniques, susceptibles d’être victimes de discrimination. Mais, dès les années 20, les juifs, n’étant pas considérés comme des « coloured people », mais comme se situant davantage du côté des WASP (white anglo-saxon protestants), une détestation alors se fit jour, emmenée par un pronazi, Marcus Gavey. Celui-ci fonda l’UNIA (United Negro Improvement Association), ouvertement anti-blanche, et exaltant la « supériorité » afro-américaine. Parmi les blancs « inférieurs », les juifs étaient les plus honnis : on les accusait de monopoliser les commerces au détriment des noirs, d’où un appel de Gavey à boycotter les magasins juifs. Gavey se reconnaissait par ailleurs dans l’hitlérisme montant en Allemagne. Dans un journal sympathisant, The Blackman, il écrivit : « Hitler’s ways could make the negro the man he ought to be », « agir à la manière d’Hitler pourrait faire du noir l’homme qu’il devrait être ». Cruelle ironie si l’on pense au mépris absolu dans lequel Hitler tenait les noirs, lesquels occupaient le tout dernier échelon de sa hiérarchie raciale, au point qu’il quitta, en fureur, le stade olympique de Berlin, en 1936, lorsque Jesse Owens, américain de couleur, gagna une épreuve d’athlétisme. Marcus Gavey fut ultimement traîné en justice et condamné pour ses excès. Il sombra dans l’oubli dans les années 40.

Cher Dieudonné,

Ecrit par Sabine Aussenac le 04 janvier 2014. dans Racisme, xénophobie, La une, Politique, Société

Cher Dieudonné,

Vous écrire ouvertement n’est peut-être pas une très bonne idée, car cela reviendra à nouveau à faire parler de vous… Mais votre présence, de toutes manières, envahit les scènes médiatiques comme des effluves pestilentielles qui s’échapperaient d’un charnier…

Car c’est bien de charniers qu’il est question, de tous ces charniers dont l’Histoire regorge, et qu’il vous plaît de nier et de conspuer. Alors voilà : nous sommes aujourd’hui des dizaines de milliers à vous demander de cesser vos délires.

Que vous soyez assez lâche pour ne pas payer les amendes infligées depuis des années par les tribunaux, soit.

Que votre répertoire s’appauvrisse au point de revenir en boucle sur les mêmes sempiternels sujets, soit.

Mais de grâce, cessez de vous prendre pour Dieu et d’insulter publiquement la mémoire de millions de disparus.

En fait, j’ai l’impression que pour vous, la Shoah, c’est un jeu. Qui ressemblerait aujourd’hui au « Pas vu pas pris » – « Si personne ne porte plainte contre moi, je peux continuer, même à insulter le Service Public… », ou à « Colin-Maillard » – « On dirait qu’on ferait comme si les chambres à gaz n’avaient jamais existé… », ou au Monopoly : « Allez, j’achète Auschwitz pour une bouchée de pain ! »…

Car votre antisémitisme est si primaire qu’il ferait passer les fours crématoires pour un jeu de dînette des nazis ; et les pogroms, qui sévissent depuis des siècles, pour de vagues jeux du foulard dans quelque école désaffectée.

Refondation de l’école ou éducation des élèves ?

Ecrit par Jean Gabard le 04 janvier 2014. dans La une, Education, Société

Refondation de l’école ou éducation des élèves ?

Depuis quarante ans l’Ecole a connu des bouleversements et s’est considérablement améliorée. La question de la rentabilité de l’école occupe pourtant le devant de la scène. Ses résultats semblent en effet en baisse et l’échec scolaire, loin de diminuer, s’accroît. Après les multiples réformes à l’école, il est toujours possible d’en proposer d’autres et même de procéder à « une refondation de l’Ecole », mais ne faudrait-il pas plutôt changer l’angle d’attaque ? Ne serait-il pas primordial, pour pouvoir les instruire, de s’intéresser à l’éducation de ceux qui deviennent des élèves à l’Ecole ?

Il est peu probable que l’élève, de milieu aisé ou défavorisé, soit moins intelligent que ses prédécesseurs. Devenu le centre du système scolaire, il se peut, par contre, qu’il soit de moins en moins motivé. De multiples réformes ont pourtant été adoptées pour rendre plus intéressants et plus efficaces les apprentissages. Et quels en sont les résultats ? Non seulement ceux-ci ne sont pas positifs mais la motivation des élèves paraît inversement proportionnelle à l’amélioration de leur condition de travail ! Les nouvelles méthodes, seraient-elles en cause ? Celles-ci sont certainement perfectibles mais sont sûrement bien meilleures que celles utilisées autrefois. Elles devraient donc apporter, au moins, un petit progrès, mais ce n’est pas le cas ! Ne serait-il pas alors nécessaire d’oser franchir le pas et de se demander s’il n’y aurait pas d’autres causes au malaise scolaire.

Il se pourrait effectivement que les réformes aient des effets pernicieux et que ceux-ci ne se trouvent pas dans les méthodes elles-mêmes mais dans les motivations et l’attitude de ceux qui tiennent à les mettre en pratique !

A force de vouloir changer, en invoquant le fait que les conditions de travail sont toujours mauvaises, que les méthodes d’enseignement sont toujours inadaptées, que les enseignants sont mal formés, les élèves (alors très attentifs) trouvent en effet dans ces réquisitoires de bonnes raisons de ne pas être motivés et ainsi d’attendre pour faire l’effort de travailler. Comment, d’ailleurs, pourraient-ils en avoir envie  quand ce qu’ils entendent à la maison, dans les médias et même parfois dans la bouche de responsables de l’Education Nationale, est soit une critique des enseignants qui ne seraient pas assez compétents, intéressants, modernes, attentifs, aimants, soit une dénonciation de l’école elle-même qui serait trop ennuyeuse, trop ou pas assez exigeante, trop inefficace, trop injuste, trop inégalitaire et même sexiste… L’échec de certains élèves à l’école n’est d’ailleurs plus leur échec mais devient l’échec de l’école, comme si le fait de s’inscrire à l’école, qui rappelons-le n’est pas une obligation mais un service, donnait le droit aux diplômes.

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