Elle est là, devant moi, la mère d’élève, véhémente et déboussolée, assurant que « oui, la petite étrangère, depuis ce début de trimestre, freine sa Céline, car ne comprend pas un mot des cours, n’a pas les affaires qu’il faut, prend un temps fou aux professeurs, pose des problèmes à la cantine… après un silence : « je ne suis pas raciste »… Probable…
De grands yeux noirs pleins encore des brumes froides de ses montagnes d’Afghanistan ; le sourire qu’il faut ; le bonjour ; c’est vrai, c’est tout ce qu’elle sait dire ; un foulard discret ; une belle envie d’apprendre et surtout quand elle nous regarde, une confiance qu’on ne trouve plus toujours ici… on nous l’a posée, en 5D, au cœur de l’hiver enneigé : « elle a cet âge-là ! » a dit la principale. Dans la salle des profs, pas plus d’étonnement que ça ; le trimestre passé, un simple mot sur le tableau blanc : « Rithy Chhnam – Cambodge – ne connaît pas un mot de français – inscrit en 3B »… avait suffi pour cet autre enfant.
D’où viennent-ils ? Un nom sur la carte : pays, pas régions ; leur histoire ? Un geste vague, on ne sait pas grand-chose ; difficile, sans doute ! Alors, nous les enseignants, on se rabat vite fait sur le cognitif : leur niveau ?