Littérature

Signes du spectre Pour une poétique de l’énigme autour de Sallinger de B.-M. Koltès

Ecrit par Didier Ayres le 11 juin 2016. dans La une, Littérature

Signes du spectre Pour une poétique de l’énigme autour de Sallinger de B.-M. Koltès

« On pourrait penser que ce refus de la nécessité sûre et solide, cette tendance à l’ambigu, à l’indéterminé, reflète un état de crise de notre temps », Umberto Eco, L’œuvre ouverte.

Pour répondre initialement à l’appel à communication du colloque Koltès 2016 à Metz, j’avais imaginé une étude très proche de l’œuvre de Koltès, en respectant à la lettre la problématique de ces journées d’études, à savoir la question du spectre, que j’ai prise au premier degré. Il faut donc lire ces lignes comme une esquisse de ce qui aurait pu être une dissertation de plus grande ampleur.

Quoi qu’il en soit, il y a au moins un spectre dans l’œuvre écrite depuis 1977 de l’auteur messin. Et c’est Le Rouquin, personnage principal de Sallinger qui relate la trajectoire d’un fantôme. Et comme c’est à une sorte de voyage psychopompe à l’envers auquel nous assistons dans la pièce, j’avais à l’esprit un rapprochement avec L’Odyssée,pour voir comment cette écriture dramatique de B.-M. Koltès pourrait se définir en relation avec une poétique de l’énigme, du caché, de l’étrange, de l’étrangeté.

Je voulais ainsi explorer la qualité du spectre de Sallinger, à savoir : déterminer ce que sont les signes et à quels autres signes il fait écho. Tenter de mettre en évidence comment le fantôme du Rouquin rend tout fantomatique autour de lui, et donc voir comment balance le lecteur de la pièce que je fus, de l’herméneutique du spectre à l’herméneutique des spectres. Pour appuyer ma réflexion, je pensais au chant XI de L’Odyssée, pour voir s’il était possible d’agrandir la poétique de Koltès aux grands textes de notre Occident.

Il me faudrait pour cela, éclaircir le pivotement du spectre, sa schize, et décider avec précision comment Le Rouquin, mort de la veille, pousse ce qui l’entoure et les personnes vivantes autour de lui durant sa résurrection, vers l’Enfer et un New-York dantesque. Explorer avec lui les ombres d’un voyage post-mortem, peut-être tout aussi intelligible que le dessine Le Livre des morts des Anciens Egyptiens, mais avec la particularité chrétienne de revivre après la mort dans une rédemption ou une damnation.

Oui, ce voyage du « revenu à la vie » dans la vie des mortels, ou plutôt d’un immortel au pays des mortels, permet et autorise une réparation identitaire. Et cela grâce à la proximité de ce disparu et de ceux qu’il a aimés ou qui ont croisé son chemin de vivant. Il y a donc un peu de proxémique dans l’étude de ce cas post mortem. Et comme Ulysse rencontre un frais disparu de quelques heures et qui n’a pas encore pris les habitudes d’un séjour dans les Enfers, Le Rouquin traverse cette deuxième vie comme si elle était semblable à la première – ce qui pourrait nous aider à comprendre la scène de suicide à la fin de la pièce. Nous sommes donc conviés à partager avec le héros une « dimension cachée », pour reprendre le beau titre du livre de E. T. Hall, et à s’interroger sur les limites du territoire, concept que développe encore G. Deleuze.

Femmes d'ailleurs en littérature : Assia Djebar

Ecrit par Stéphanie Michineau le 11 juin 2016. dans La une, Littérature

Femmes d'ailleurs en littérature : Assia Djebar

Assia Djebar (pseudonyme) naît en Algérie en 1936. Son père, instituteur, l’encourage dans ses études. Ainsi, en 1955, la jeune femme intègre l’ENS de Sèvres, mais la guerre d’Algérie bouleverse ses projets… elle est soumise à l’obligation d’arrêter ses études (en 1956). Néanmoins l’année suivante, elle est à l’initiative d’un premier roman intitulé La Soif.

Une fois mariée, elle suit son mari en Tunisie. Après l’indépendance de l’Algérie, elle mène carrière à l’Université ; Rabat, suivi de près par Alger : elle y enseigne le cinéma, la littérature française ainsi que l’histoire. Elle collabore à la télévision puis à la radio ; elle finit par s’installer à Paris. Elle y développe une œuvre abondante, variée et riche de thématiques.

Dans Vaste est la prison, par exemple, elle raconte l’histoire de femmes algériennes tiraillées entre traditions et volonté d’émancipation.

La Soif donc, en 1957, Les Impatients (1958), Femmes d’Alger dans leur appartement (1980), L’Amour, La Fantasia (1985), Vaste est la prison également, Les Nuits de Strasbourg (1997), sont les titres retenus qui étreignent l’imagination du lecteur.

Assia Djebar intègre à son histoire personnelle de vastes fresques romanesques dédiées à la mémoire de la femme algérienne, femme anonyme de toutes conditions confondues. Bouleversements, souffrances inhérentes aux conditions et à l’état de guerre (deuils…), constituent les leitmotiv de son œuvre.

Elle finira promue à l’Académie Française en 2005.  Morte le 6 février 2015 à Paris

 

* 2 beaux textes de La Cause Littéraire lui ont rendu hommage ; nous les joignons ici

 

http://www.lacauselitteraire.fr/assia-djebar-couronne-sa-vie-par-un-livre-sur-saint-augustin

 

http://www.lacauselitteraire.fr/assia-djebar-la-manouvriere-de-la-langue-liberee

La logique de l’extrémisme

Ecrit par Jean-François Vincent le 04 juin 2016. dans La une, Politique, Société, Littérature

La logique de l’extrémisme

Recension du livre de Gérald Bronner, La pensée extrême, Puf, 2016

Passionnant petit livre que celui de Gérald Bronner, professeur de sociologie à l’université Paris-Diderot, passionnant en ce qu’il n’analyse pas tel ou tel extrémisme – de droite, de gauche ou d’ailleurs – mais tente de modéliser l’extrême en lui-même : qu’est-il ? Quelles sont ses caractéristiques ? Comment y vient-on ?

Tout d’abord, Bronner élimine quelques fausses pistes. Par exemple, la thèse du « monstre » : le terroriste est un barbare. Vrai, si l’on en juge par certains hashtags jubilatoires exaltant la tuerie de Charlie Hebdo – #cheh, en arabe cheh fik, bien fait – mais ce serait faire bon marché de la rationalité – paradoxale mais bien réelle – du terroriste. « Ce sentiment d’incompréhension face à la pensée extrême, écrit Bronner, est donc fondamental à mon propos. C’est pourquoi il me faut l’examiner plus attentivement ». Les fanatiques, en effet, « ne sont, le plus souvent, ni fous, ni désocialisés, ni même idiots ». Leurs exactions ne sauraient pas davantage s’expliquer par une souffrance familiale ou sociale : « constater que les frères Kouachi ont eu une enfance malheureuse et en inférer que c’est là l’explication de leurs actes manifeste une grande ignorance des processus qui conduisent à la pensée extrême ».

Ici interviennent deux concepts incontournables : la rationalité cognitive et la rationalité instrumentale. La première désigne l’adéquation au réel : ceci existe, ceci correspond à la réalité telle que je me la représente. Peu importe qu’il y ait ou non une faille dans mon raisonnement, peu importe qu’il s’agisse d’une croyance ou d’une opinion, le vrai, en l’occurrence, se confond avec le vrai-semblable. « Cosi è se vi pare » aurait dit Pirandello : cela est si cela vous paraît ainsi. La rationalité cognitive détermine, de la sorte, une vision du monde absolument véridique, que rien ni personne ne peut remettre en cause, une sorte de dogme qui verrouille la pensée. La rationalité instrumentale, quant à elle, fournit la clef du passage à l’acte : « la résolution de suivre désormais jusqu’à leur terme les conséquences d’un postulat, d’un axiome premier, considéré comme l’engagement d’une vie meilleure et souvent d’une rédemption ». Aucune objection d’ordre éthique dès lors n’entrave la détermination du fanatique, « c’est pourquoi la maxime commune à tous les extrémismes, nous dit Bronner, leur plus petit dénominateur commun, tient au fameux la fin justifie les moyens ». Et de citer Bakounine : « aux yeux du révolutionnaire, il n’y a de morale que ce qui contribue au triomphe de la Révolution ; tout ce qui l’empêche est immoral ». Seul compte l’idéal, identifié au réel en puissance, « si l’on adhère réellement à l’idéal de l’extrémiste, on ne peut souffrir le compromis, qui, pour lui, est nécessairement une compromission ».

Mais soyons plus précis encore, « si tous les moyens peuvent être impliqués, c’est que la fin est d’une utilité infinie ». Nous en arrivons alors à une notion essentielle chez Bronner, la notion d’incommensurabilité. Est incommensurable ce qui n’a pas de mesure, ce qui ne peut se comparer à rien, bref ce qui est ab-solu, sans lien d’aucune sorte avec quoi que ce soit, ce qui transcende tout. Foin de ce qui pourrait se mettre en travers de l’Absolu : celui-ci interdit, par principe, tout débat. « Le fait qu’il puisse y avoir débat montre que les valeurs et les intérêts sont assez souvent commensurables, qu’il y a, dans l’esprit de celui qui délibère, une évaluation comparative ». L’idéal, à nul autre pareil, s’impose avec une telle évidence qu’il clôt toute délibération.

D’où la conclusion pessimiste de Bronner : « les croyances qu’on nommera “extrêmes” ne disparaîtront pas de l’horizon de notre contemporanéité ». Il faudrait pour « dé-radicaliser », comme on dit, l’extrémiste, réintroduire chez lui une « concurrence cognitive », quelque que chose qu’il tiendrait pour réel et qui puisse se mesurer avec son idéal transcendant.

En un mot, la quadrature du cercle.

Salammbô

Ecrit par Stéphanie Michineau le 04 juin 2016. dans La une, Littérature

Salammbô

Epuisé par son « pensum », Gustave Flaubert veut s’accorder une détente en vivant dans un sujet splendide et loin du monde moderne. Il se propose de ressusciter, à travers la voluptueuse Carthage et son grouillement de foules hétéroclites, l’âme d’une civilisation disparue. Il dépouille des dossiers et entreprend en 1858 un voyage documentaire à Tunis et à Carthage. Salammbô est publié en 1862 : Sainte-Beuve reproche à l’auteur son imagination sanguinaire et réclame ironiquement « un lexique » ; mais dans l’ensemble, la presse est élogieuse.

Les Mercenaires barbares enrôlés par Carthage, n’ayant pas reçu leur solde, se révoltent et assiègent la cité qu’ils étaient chargés de défendre ; leur chef, le libyen Mathô, y pénètre et dérobe le zaïmph, voile sacré de la déesse Tanit, dont Salammbô, fille d’Hannicar, avait la garde. Carthage est menacée de périr car le zaïmph était son talisman. Sur ordre du grand prêtre, Salammbô traverse le camp des rebelles, va trouver Mathô dans sa tente et réussit à reprendre le voile. Hannicar attire alors le gros de l’armée mercenaire dans le défilé montagneux de la Hache, dont les issues ont été mystérieusement fermées. Les Mercenaires y périssent tous de faim et de soif. L’armée de Tunis, commandée par Mathô, est vaincue à son tour. La révolte est écrasée ; Mathô, pris vivant, est livré aux fureurs de la populace et vient expirer aux pieds de Salammbô dont on célèbre les noces avec Narr’Havas, chef numide qui a fait défection. Salammbô meurt, à son tour, de désespoir révélant ainsi son secret amour pour le Libyen.

« Sur la tige de l’amour »

Ecrit par Jean-François Joubert le 28 mai 2016. dans La une, Littérature

« Sur la tige de l’amour »

Haïti, Port-au-Prince là où vit Selmy Accilien sur sa tige, une fleur butine, palpite, cherchant, cherchant l’Amour, né et rare, vivant ou survivant, sur une île volcanique, tyrannique, qui ne nourrit pas tous ses hommes rescapés de la furie de cendre de leur racine carrée de ce volcan de la Vigie qui rallume trop souvent sa joie de tout détruire, et derrière cela ces mots, extraits de l’ouverture du livre :

« Je vis là

Auprès de ce lac jaloux

Et de ses vagues prostituées.

Là, dans l’épiderme de laurier rose,

Dans la nudité de liège en furie,

Dans le floréal de sortilèges d’été.

Je vis là,

Cette vie d’abeilles en voyage.

Pas trop loin d’ici

Je construis mon île bleue

Avec le souffle de la tourbe,

Le flux de mon âme,

Et la chlorophylle d’esprits mortels.

C’est une île videuse,

Île de cendre et de volcan,

Île de rêve en éruption,

Île de tige de fornication totémique.

Elle n’est pas trop loin d’ici ».

La France a-t-elle une âme ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 mai 2016. dans La une, France, Politique, Littérature

La France a-t-elle une âme ?

Cocorico ! La France éternelle, la France-personne est de retour. Deux livres l’attestent, celui, tout récent, de Denis Tillinac, L’âme française, et celui, plus ancien, de Max Gallo, L’âme de la France.

Pour Tillinac, cette âme se confond avec la droite : « la droite des partis – les républicains – pêche par ignorance de soi. Elle ne comprend pas avec quoi le mot “droite” a envie de rimer, dans les profondeurs de la France ». Et d’ajouter : « la France, dans ses profondeurs, est plutôt de droite, et plutôt de gauche dans ses humeurs ». Bref, France s’identifie avec des figures héroïques – fictives, réelles, ou mythifiées – d’Artagnan, Napoléon, Tocqueville, Leclerc, de Gaulle, voire même Mitterrand, « homme secrètement de droite ».

Max Gallo, quant à lui, dans une grande tradition cocardière, relie la nation à la terre : « au commencement de l’âme française, il y a la terre. C’est ainsi  d’événement en événement, de périodes sombres en moments éclatants, que s’est constituée l’âme de la France ». On croirait entendre du Barrès, entre autres dans un écrit datant de 1909, La terre et les morts : « il faut nous nourrir de notre terre et de nos morts. Le terroir nous parle et collabore à notre conscience aussi bien que nos morts ».

L’histoire de cette curieuse entité anthropo-tellurique commence avec Montesquieu (L’esprit des lois livre 19, chap.4) : « plusieurs choses gouvernent les hommes : le climat, la religion, les lois, les maximes du gouvernement, les exemples des choses passées, les mœurs, les manières ; d’où il se forme un esprit général qui en résulte. Il faut être attentif à ne point changer l’esprit général d’une nation ».

Bien sûr, la philosophie allemande donnera à ce concept un tour organiciste. Pour Herder, le Geist des Volkes, l’esprit du peuple, est « inexplicable et indélébile ». Dans la grandiose phénoménologie de Hegel, cet esprit devient une émanation de l’Esprit qui gouverne l’histoire (Naturrechtsaufsatz 1802/03) : « l’Esprit du monde trouve dans chaque forme le sentiment de lui-même, de manière tantôt plus obscure, tantôt plus manifeste, et ce dans chaque peuple ». L’on voit ici se dessiner l’anthropomorphisme consistant à personnifier une nation ou un pays, à les doter d’un esprit ou d’une âme. Cette notion est à la base de toute l’historiographie du XIXème siècle, laquelle servit de matrice idéologique aux nationalismes. Ainsi Michelet parle d’une Histoire de France, et non de la France. Dans sa préface, il explique, évoquant la révolution de 1830 : « une grande lumière se fit et je vis la France. Le premier, je la vis comme une âme et une personne ».

Etudiants à Montpellier au XVIème siècle (3) La geste de Thomas Platter

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 mai 2016. dans La une, Histoire, Littérature

Etudiants à Montpellier au XVIème siècle (3) La geste de Thomas Platter

C’est « Le siècle des Platter 1595-1599 » ; introduit, commenté et traduit par Emmanuel Le Roy Ladurie, qui nous permet de retrouver Montpellier du temps des Rabelais et Saporta, et ses étudiants en médecine. Leur vie de tous les jours ; leurs distractions et conflits, croisant le cycle des études, bouclées, rappelons-le, en à peu près quatre ans et une quinzaine d’examens.

Les Platter étaient une famille protestante de Bâle, qui vinrent sur deux générations faire leur médecine à Montpellier. Felix, le père, avait découvert Montpellier au mitan du siècle tandis que son « petit » Thomas le fit à l’extrême fin du XVIème. Entre les deux venues, les Guerres de Religion avaient écumé le Royaume et le Languedoc, et Montpellier était passée sous gouvernance huguenote, l’essentiel du patrimoine ecclésial et couventin étant détruit. En marge des deux religions chrétiennes, la religion juive « présente à titre homéopathique » à travers les Marranes en principe convertis mais « judéisant en secret » eut un rôle de première importance pour les futurs médecins et apothicaires.

Mais, malgré ce siècle de guerres, la ville bruissante de ses étudiants (Droit, Théologie, et bien entendu Médecine) demeurait intacte dans sa réputation intellectuelle ; un des pôles de savoirs modernes de l’Europe de la Renaissance se trouvait bien là. « Il y a à Montpellier plus de cent étudiants étrangers en médecine, à cause des bonnes opportunités qu’on a d’y progresser dans cet art », dit Thomas.

Le formidable journal de Thomas Platter – dont la teneur n’est en rien fantaisiste, le récit rapporté, fort pédagogique, éclairé par la tolérance et la curiosité de son auteur – multiplie les compte-rendu de savoir-faire et pratiques, tant dans l’agriculture, la viticulture, le vert-de-gris, que dans la sociologie des rapports inter-sociétaux de la ville, sa gouvernance, l’architecture et l’approvisionnement en eau. En plus, et ce naturellement, du raconté de la vie d’étudiant, de jeune garnement à l’occasion amoureux, qui était la sienne. Tout ce qui était mémorable dans ses déplacements et son quotidien était recueilli en écrits et résumés mais aussi croquis et dessins. Il envoyait à Bâle des quintaux de plantes et d’animaux séchés, en guise de provision scientifique. Quel texte ! Fenêtre ouverte sur son époque ; voyage dans le temps vraiment rare.

Tout est dit, ainsi, du cursus, des usages qui formeront les Jean Hucher, chancelier, Jean Blazin, doyen, Jean Saporta, vice-chancelier, ou ce Richer, enseignant l’anatomie et l’herboristerie, en « promenades », n’ayant rien à envier à nos méthodes actives. Où l’on apprend – et tous les enseignants avec moi, de rugir ! – « que les professeurs doivent interrompre leurs cours dès que cela déplaît aux étudiants… en tapant des pieds, des plumes et des mains », et que pour recevoir leur solde, ils se devaient d’être accompagnés de quelques élèves « certifiant que le professeur a fait son cours avec application et diligence »… des façons que Thomas trouvait agréablement démocratiques, comme en ses terres d’origine, protestantes.

S’il te plaît Catherine, raconte-nous l’Histoire…

Ecrit par Christelle Angano le 14 mai 2016. dans La une, Littérature

S’il te plaît Catherine, raconte-nous l’Histoire…

Ce que j’ai aimé à la lecture de l’ouvrage de Catherine Laboubée, Le Prisonnier de la tour, c’est cette sensation diffuse que l’auteure était là, pas très loin, et qu’elle me racontait, non pas une histoire, mais l’Histoire ; celle d’une famille qui ne peut que me toucher, moi, la Normande, à savoir la famille de Guillaume Le Conquérant. Alors oui, quelle bonne idée que la parution de cette biographie écrite comme un roman, alors que nous célébrons cette année les 950 ans de la bataille d’Hastings.

Le prisonnier de la tour, c’est Robert Courte Heuse, le fils aîné de Guillaume et Mathilde. Pas simple d’être fils de Guillaume ; en effet ce dernier n’aimait pas déléguer. Ne pas perdre le contrôle, et encore moins le pouvoir semblait être l’idée fixe du Conquérant. Et pourtant… Ce n’est pas Guillaume qui fera emprisonner son fils mais un de ses frères, Henri Ier, Roi d’Angleterre, et ce, trente années durant. Politique et vie de famille ne font décidément pas bon ménage !

Ce que j’aime donc dans cet ouvrage, c’est qu’il se lit comme un roman. Point besoin d’être une historienne avertie pour s’emparer de ce texte. Non, bien au contraire. Et j’ai aimé cela. D’autant plus que Catherine Laboubée, l’historienne médiéviste, n’est jamais très loin et elle distille çà et là des informations, des commentaires qui éclairent son texte. Elle sait donner vie à ces personnages hauts en couleurs, et pour notre bonheur, mêle savamment ouvrage romanesque et Histoire.

Enfin, j’ai aimé la place laissée à la Reine Mathilde, à laquelle l’auteure donne une vraie dimension, de femme, de reine, de mère aussi.

Enfin, en tant que Douvraise, je suis heureuse de vous annoncer la venue de Catherine Laboubée à Douvres-la-Délivrande pour présenter ses ouvrages et ce, à La Baronnie (cela n’est pas anodin) le samedi 17 septembre 2016.

Auteure-éditrice, Catherine Laboubée publie aux Éditions de La Belle Saison.

L’expression de désespoir dans Maupassant

Ecrit par Stéphanie Michineau le 07 mai 2016. dans La une, Littérature

L’expression de désespoir dans Maupassant

Cette philosophie désolée a donné naissance, dans l’œuvre de Guy de Maupassant, à des réactions en apparence contradictoires, mais qui sont, en fait, souvent liées à son état physique et mental.

Le sarcasme. Le jeune conteur de La Maison Tellier et de Mademoiselle Fifi exprime son pessimisme sous une forme généralement sarcastique et brutale. Encore tout imprégné des leçons de son maître Gustave Flaubert, Guy de Maupassant sonde les bassesses du cœur avec une délectation vengeresse, grossit le trait jusqu’à la caricature et se plaît à scandaliser.

La pitié. Lorsque sa santé s’altère, Guy de Maupassant tend à quitter le ton sarcastique pour se pencher avec sympathie sur la misère humaine. Il peint des bourgeois crédules et niais, mais sans s’égayer à leurs dépens (Monsieur Parent) ; et il évoque avec une émotion contenue la vie misérable des vieilles filles (Miss Hariett), des malades des vieillards et des gueux.

L’angoisse. Cependant, le progrès de son mal et l’abus des drogues provoquent en lui de fréquents états d’angoisse dont il cultive les affres et les effets délirants. Plusieurs contes témoignent de son goût morbide pour la peur : il analyse ce sentiment irraisonné qui s’empare parfois de l’âme anxieuse et la fait frissonner comme si une menace pesait sur elle (La Peur) ; il peint des névrosés qui redoutent les bruits la solitude et la nuit (Apparition, Lui) ; un obsédé qui se convainc qu’un être invisible hante sa maison et s’acharne contre lui (Le Horla). Tous ces récits traduisent sous une forme dramatique ou mythique l’horreur anxieuse de Guy de Maupassant devant le mystère insondable de la mort.

Il est mort à 43 ans

 

Sœurs Michineau (1er mai 2016) fête du travail

La Rochelle

Si vous le dîtes : Petits dictionnaires insolites

Ecrit par Valérie Debieux le 07 mai 2016. dans La une, Littérature, Linguistique

Pascale Perrier – Nicolas Lisimachio – Larousse ( Janvier 2016 )

Si vous le dîtes : Petits dictionnaires insolites

Poursuivant son œuvre d’encyclopédiste née vers la seconde moitié du XIXè siècle, la Maison d’édition Larousse vient de publier deux petits ouvrages, accompagnés d’illustrations provenant du fonds Larousse, intitulés pour l’un Petit Dictionnaire Insolite des Expressions gourmandes, pour l’autre Petit Dictionnaire Insolite des Mots et Expressions hérités de l’Antiquité. Le premier porte la signature de Pascale Perrier, le second celle de Nicolas Lisimachio. Ils s’inscrivent dans le même esprit de diffusion du savoir que celui qui avait inspiré le dessin de la Semeuse soufflant une fleur de pissenlit, le célèbre logotype créé en 1890 par Eugène Grasset et figurant, aujourd’hui encore, au bas du quatrième de couverture de ces deux dictionnaires.

Le premier ouvrage cité présente par ordre alphabétique une succession de soixante-huit expressions en lien avec la nourriture et le monde de la cuisine, entrecoupée de devinettes intitulées Trouvez le bon sens et de Quiz dont la solution trouve place parmi les dernières pages. À titre d’exemple, histoire de désaltérer sa curiosité, en voici un exemple :« Quand le vin est tiré, il faut le boire. “Tirer le vin”, c’est le sortir du tonneau ou du contenant dans lequel il était entreposé. Au milieu du XVIe siècle, on disait simplement “le vin est tiré, il faut le boire”, non pas parce qu’on avait une irrésistible envie de se soûler, mais pour signaler qu’il était nécessaire de mener à bien une action déjà commencée. La conjonction “quand” a été introduite vers le XIXe siècle, sans changer le sens de l’expression ».

Le second ouvrage propose la découverte, par ordre alphabétique, lui aussi, de soixante-quatorze mythes et légendes tirés des civilisations grecque et romaine. Pour illustrer ce propos, voici un exemple en relation avec les jeux de loterie : si l’expression « toucher le pactole » est connue, il y a toutefois fort à parier que son origine l’est moins : « Le Pactole était un petit affluent du fleuve Hermos dans le Royaume de Lydie (actuelle Turquie), qui charriait des sables aurifères. Selon la légende, le Roi Midas, souverain légendaire de Lydie, offrit l’hospitalité à un compagnon de Dionysos […] alors qu’il s’était égaré. Pour le remercier, on lui offrit de faire un vœu. Il souhaita que tout ce qu’il touche se transformât en or. Lorsqu’il comprit que même sa nourriture serait de l’or, il voulut renoncer à son vœu et, pour cela, dut se purifier dans le fleuve Pactole qui charria par la suite des sables aurifères ».

Tourner les pages de ces deux petits dictionnaires est une source de plaisir : par le contenu, la forme et la présentation, ils privilégient une transmission du savoir énoncé en termes clairs, compréhensibles et abordables par chacun et perpétuent la célèbre devise de la Maison « Je sème à tous vents ». À parcourir pour la joie de découvrir et d’apprendre.

 

 

Pascale Perrier est documentaliste des mots et auteur de nombreux ouvrages jeunesse.

Nicolas Lisimachio est avocat d’affaires et passionné de langue française.

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