Littérature

Colette écrivaine : Par-delà la mort d’une mère

Ecrit par Stéphanie Michineau le 09 mars 2013. dans La une, Littérature

Colette écrivaine : Par-delà la mort d’une mère

Conférence de Stéphanie Michineau, donnée à Auxerre le 10 octobre 2009, comme spécialiste de Colette, contributrice aux « Cahiers Colette » et membre de la« Société des Amis de Colette ». De la conférence a été tiré un article publié dans le recueil collectif « Femmes de Bourgogne », sorti à la date symbolique du 8 mars 2010.

Article référencé sur le site : Autofiction.org

 

Parmi les écrivaines qui ont marqué de leur sceau et de leur talent la région de Bourgogne, il en est une sur laquelle nous aimerions revenir, qui naquit un 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye et qui se nomme (vous l’aurez reconnue) Sidonie Gabrielle Colette appelée tel un bien indivis à la fin de sa vie par le tendre possessif : notre Colette (1).

Notre conférence reviendra sur une thématique qui nous est chère puisqu’elle a fait l’objet de notre part d’un livre Construction de l’image maternelle chez Colette de 1922 à 1936 (2) (dont la page de couverture apparaît ci-dessus). Nous nous contenterons de revenir brièvement sur certains aspects du livre tels que la culpabilité filiale puisqu’il n’est que de se reporter au livre pour y trouver de plus amples développements si cet aspect intéresse le public ; et par contre, prolongerons un thème (même s’il a fait l’objet de notre part de pistes de réflexions), celui de Colette dans son rapport à la mort de sa mère et ce dans une volonté de nuance, de saisir la vérité d’une écrivaine qui, il faut bien l’avouer, est parfois (volontairement d’ailleurs) difficile à saisir. Enfin, « l’identité retrouvée grâce à la mère » (3) fera l’objet d’un questionnement entre autres autour de l’illustration qui orne la page de couverture de CIMC pour s’acheminer tout naturellement vers la notion de doubles, figure essentielle à la compréhension de l’œuvre de Colette.

Visions de Burroughs

Ecrit par Johann Lefebvre le 09 mars 2013. dans La une, Ecrits, Littérature

Visions de Burroughs

Le printemps.

Oui, je vois les arbres qui apparaissent comme pour dire le sort de la saison et son haleine de nuit revenant dans la vallée, mais aussi le sperme des autres que des femmes éprouvent, un manque d’intrigue trouvé ipso facto. Il est merveilleux de le voir se reconstituer, autant que d’essayer de passer pour un puzzle à distance ; j’aime cette organisation, je ne nie pas qu’il y ait cette aveuglante clarté brillante pure plus ouverte à nouveau, mais le Soleil ne sait jamais.

Ils m’ont envoyé à la ligne, et m’ont prit la plume. Mordu : un petit poisson pêché, pris en charge. J’ai été laissé dans le deuil. Juste une grande perche au bout du bouchon. J’étais sur mon poste abdominal avec pour nouvelles, dans le Evening Hours, des brèves sèches grillées, super.

Cependant, j’en suis à éviter l’erreur, du fait que le Docteur William S. Burroughs ne semble pas lutter contre la confusion temporaire qui quand même a quelque chose de spécial, ça se passe au dernier point de comparaison, je lui ai fait un portrait terrible, tel un colossal colonel écossais de Saint-Toutain, avec trois motions adoptées à l’été.

Pour l’été : plusieurs commanditaires, mais peu, ont leur entreprise mensuelle, le petit moi et d’autres, mais elle n’est pas visible dans le test, et maintenant à cause d’elle l’Elite rétorquera, devant toute réfutation ultra critique. Si vous en doutez, reportez-vous à ma demande, après l’attaque, il y a un moment pour tout, pour dessiner les têtes au mur, pour sentir l’odeur de mort, car l’été, des bruits de vent lourd me noient d’irrationnelles sensibilités mutuelles. Après avoir traversé la rivière sous un cagnard collant, il nous a semblé qu’on pouvait voir beaucoup plus loin, sans quelques restrictions humiliantes il est vrai, puisque j’ai été transporté à l’hôpital, vous voyez, dans un de ses secteurs spécialisés en psychiatrie. Me laisser tomber moi-même, essai nocturne.

L’arrière-saison, Adalbert Stifter

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 02 mars 2013. dans La une, Littérature

L’arrière-saison, Adalbert Stifter

Etrange objet littéraire que ce gros roman d’Adalbert Stifter traduit de l’allemand par Martine Keyser sous le titre L’arrière-saison et publié chez Gallimard. S’il n’était cautionné par Nietzsche, Hofmannsthal, Thomas Mann, Milan Kundera et Peter Handke qui y voient une œuvre majeure de la littérature allemande, on aurait parfois du mal à venir à bout de ses six cent cinquante pages. Et il ne me faut rien moins que ces parrainages et celui plus récent de Mathieu Lindon dans son dernier livre (Ce qu’aimer veut dire) pour risquer d’en conseiller la lecture.

Parlons d’abord de la traduction puisqu’il s’agît pour les lecteurs allemands d’un monument dans leur langue. Stifter (1805-1868) serait une sorte de Chateaubriand germanique, ce qui implique, semble-t-il, qu’il jouisse d’un immense prestige quoique d’un lectorat confidentiel. Martine Keyser a réussi à inventer une langue qui est supposée être l’équivalent de l’allemand le plus pur, du moins tel qu’on l’écrivait en 1850 – je n’ai pas qualité pour juger de cette équivalence – mais qui n’est certes pas du Chateaubriand. Ainsi, il ne nous est fait grâce d’aucune répétition et il n’est pas rare de trouver dans la même phrase trois fois le même substantif qu’un auteur français aurait aisément remplacé par des synonymes ou des périphrases. Le résultat contribue certainement à l’effet d’envoûtement que procure cette œuvre dont on serait tenté d’affirmer que l’exotisme même garantit l’universalité. Mais l’étrangeté réside aussi dans des partis-pris narratifs que l’on s’explique difficilement. Ainsi, le héros et narrateur ne désigne jamais l’autre personnage principal du roman que comme « mon hôte et ami », formule que l’on retrouve à longueur de phrases, de pages et donc plusieurs milliers de fois dans l’ouvrage. Ainsi, encore, on ne connaîtra le prénom du narrateur que dans les toutes dernières pages. Sachant que le récit est entrecoupé de dialogues aussi longs qu’improbables dans leur rhétorique, on imagine les contorsions oratoires auxquelles les protagonistes sont tenus de recourir pour s’adresser la parole sans se nommer. Bien entendu, le récit ne connaît que le passé simple et l’accord des subjonctifs est strictement respecté. A priori, ce n’est donc pas dans la forme que ce roman pourra prétendre à la modernité. Mais qui sait ?

Colette : autobiographie ou autofiction ?

Ecrit par Stéphanie Michineau le 23 février 2013. dans La une, Littérature

Colette : autobiographie ou autofiction ?

Chronique publiée dans « La Faute à Rousseau », revue de l’association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique dirigée par Philippe Lejeune, n° 53, février 2010, p. 54-55 (en ligne sur le site de référence : autofiction.org)

 

Une vision panoramique de l’œuvre de Colette peut laisser supposer, au premier abord, que son œuvre progresse par étapes vers l’autobiographie. Les romans autobiographiques du début (le cycle des Claudine est certainement le plus connu du grand public) chemineraient vers une émergence de l’autobiographie, avec l’apparition de l’auteure, pour la première fois, en 1922, dans La Maison de Claudine, qui s’insérerait dans une sorte de trilogie composée de La Naissance du Jour (1928) et Sido (1930) que d’aucuns considèrent comme « le pic autobiographique ».

C’est contre une lecture de cet ordre que je m’inscris ici. En vérité, Colette ne se contente pas d’aménager un arrière-plan autobiographique dans ses romans considérés comme tels, elle fait accéder les personnages féminins de premier plan au rang d’alter ego : c’est le cas de Claudine bien sûr, mais aussi de bien d’autres figures féminines, comme nous allons le voir. Et, a contrario, les pseudo-autobiographies dans lesquelles Colette apparaît, sont plus romancées qu’elles ne semblent. Je pense à La Naissance du Jour, mais aussi à des recueils moins connus (qui gagnent à l’être !) tels que Bella-Vista (1937) et Chambre d’hôtel (1940) où elle s’appuie sur des anecdotes fictives bien qu’elle y affirme le contraire.

Un doux petit rêveur, Jean-François Vernay

Ecrit par Catherine Le Contel-Legrand le 23 février 2013. dans La une, Littérature

roman à partir de 13 ans, Editions Les deux Encres, Collection Encres lointaines, Septembre 2012, 72 pages, 10,50 €

Un doux petit rêveur, Jean-François Vernay

Dès l’épigraphe, Jean-François Vernay place son Doux petit rêveur sous le signe d’une « mélancolie souriante et résignée ». Un conte ? Le début du récit pourrait nous tromper, convoquant l’arbre-miroir-ogre et le chat polyglotte, mais l’accumulation de jeux de mots dans la troisième rencontre, une souris danseuse, nous fait suspecter que ce Petit Prince est un leurre. D’ailleurs, père absent, mère frivole, peurs adultes, énigmes de la naissance, âge d’or de l’enfance et recherche des clés de la vie… le petit prince devient vite cannibale…

Deux personnages : Fil qui « ratisse sans relâche les feuilles mortes » – les souvenirs et les regrets aussi ? – dans son « champ des Possibles », et savoure les mots qui l’aident à édifier « le cloître invisible qui le tient en marge de la société ». Benjamin qui a ce don extraordinaire de « pouvoir ressentir l’immobilisation du temps ». Il sait s’y enliser. Il sait plonger dans l’ennui, le dégoût de vivre, l’attente vaine, jusqu’à la nausée. Pris entre désirs de nouveau et besoin de sécurité, entre rêves d’inconnu et frustrations ordinaires, « yeux vides et corps mou », « démuni jusqu’au pouvoir d’aimer », il tutoie le néant.

Fil et Benjamin : « deux morceaux faits l’un pour l’autre », rêvés par un narrateur qui nous renvoie à la fêlure que chacun porte en soi. En prêtant ses mots aux enfants atteints d’un TED (troubles envahissants du développement), Jean-François Vernay nous fait sentir combien ces êtres isolés dans des lieux qui les cachent autant qu’ils les protègent, partagent avec l’écrivain et ses lecteurs le besoin de « sortir coûte que coûte de cette vie qui ne leur suffit plus ». C’est là que la compassion pour l’autre, le différent, métaphores contemporaines qui permettent de les nommer en continuant de se pincer le nez, se transforment magnifiquement en tendresse et fraternité. Ces enfants qui ne peuvent se satisfaire de l’accumulation des biens et des plaisirs superficiels de la vanité, qui semblent ignorer les autres tant ils sont concentrés dans leur recherche pour « donner un sens à la vie », ces enfants qui ne veulent pas se résigner à ce qu’elle n’en ait pas, qui choisissent de s’abandonner à la vie imaginaire plutôt que de se soumettre au vide de la réalité, c’est nous… en plus courageux.

L’Accident de soi, Jeanne Orient

Ecrit par Henri-Louis Pallen le 19 février 2013. dans La une, Littérature

L’Harmattan, juin 2012, 116 pages, 12,50 €

L’Accident de soi, Jeanne Orient

Un problème technique regrettable n’a pas donné à ce texte publié antérieurement, le nom de son auteur. Nous republions donc avec plaisir cette belle recension, sur un sujet propre à débats.

 

La rédaction Reflets du Temps

 

Ce roman en apparence léger du fait de sa taille modeste est remarquable par la force de son écriture autant que par le choix courageux de son sujet ; il ne laissera aucun lecteur indifférent. Un prologue donne à lire six portraits saisissants de femmes que l’auteur appelle des « silencieuses ».

(Best of 2012) LITTERATURE: Le Sermon sur la chute de Rome

Ecrit par Etienne ORSINI le 22 décembre 2012. dans La une, Culture, Littérature

Jérôme Ferrari, Actes Sud, Arles, août 2012, 202 pages

(Best of 2012) LITTERATURE: Le Sermon sur la chute de Rome

De cette Rome-là, ne subsiste pour tout vestige qu’une photo jaunie. L’image date de 1918 et représente les cinq frères et sœurs de Marcel posant avec leur mère dans la cour de l’école du village. Sa vie durant, Marcel méditera sur les mystères de l’existence devant ce cliché pris peu avant sa naissance, et dans lequel il ne percevra qu’un reflet de sa propre absence…

… Quelques décennies plus tard, Matthieu, son petit-fils, se met en tête de fuir Paris, où les caprices du destin l’ont fait naître, pour aller passer au village, chez les parents de son ami Libero, tous ses congés scolaires. Plus tard encore, quand le bar du village se retrouve sans gérant après plusieurs expériences désastreuses, c’est immédiatement que les deux camarades, devenus étudiants en philosophie, délaissent la Sorbonne, Leibniz et Augustin pour proposer avec succès leurs services à la propriétaire de l’établissement.

Sous la sublime dictature du livre

Ecrit par Etty Macaire le 08 décembre 2012. dans Ecrits, La une, Actualité, Culture, Littérature

Sous la sublime dictature du livre

C’était un rêve. Un cauchemar peut-être. Sans sueur froide. Sans tremblement.

Je rêvais d’un pays tombé sous la dictature du livre. Un pays coincé quelque part dans les profondeurs de mon esprit fantaisiste : La République Dictatoriale du Livre.

Dans ce pays curieux, à tous les niveaux, la lecture relève d’un devoir citoyen, d’une obligation béatifiée. Aucun concours ne se dénoue sans l’inévitable phase de compte-rendu de lecture.

Le président dictateur mit sur pieds « une brigade de contrôle de lecture » (Bcl), dont la noble tâche est de veiller à ce que l’obligation de la lecture soit exécutée et effective. Souventes fois, la Bcl se tient sur les routes, arrête les cars… Et malheur au passager qui ne lit pas sur son siège !

Némésis (Nemesis)

Ecrit par Léon-Marc Levy le 01 décembre 2012. dans La une, Culture, Littérature

Philip Roth, trad. USA Marie-Claire Pasquier, Editions Gallimard, septembre 2012, 226 pages, 19,90 €

Némésis (Nemesis)

 

Avec l’autorisation de La Cause Littéraire

 

« Il faut, avec les mots de tout le monde, écrire comme personne ». Colette

 

On ne pourrait mieux épingler l’art éblouissant de Philip Roth que par cette citation. Et en particulier pour donner à ceux qui n’ont pas encore lu Némésis une idée du miracle que produit ce livre : dérouler un récit captivant avec un naturel, une élégance, une authenticité qui sont la marque des seuls grands maîtres.

Tout y est parfait : l’économie et la richesse lexicales, l’organisation serrée et impeccable de la narration, les portraits inoubliables des personnages, le souffle de rage enfin qui emporte tout sur son passage. Presque tranquillement, Philip Roth construit le point d’orgue de son œuvre comme un véritable défi universel.

Le premier livre...

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 novembre 2012. dans La une, Souvenirs, Education, Culture, Notre monde, Littérature

Le premier livre...

Belle recension, la semaine passée, dans Reflets du Temps : Le dernier lapon d’Olivier Truc. Parfums de glace, lumière si particulière à la banquise ; silences bourdonnants des grandes solitudes de début, ou de fin du monde…

« Madeleine », pour moi, d’un coup ! Projetée quelques temps en arrière – enfin, si peu !

Cinq ans, à peine ; cheveux coupés de frais, au bol, grosse frange, à la garçonne (ma mère avait osé sacrifier les boucles longues de sa fille, au nom, inavoué, de quelque féminisme tempêtant en elle). La campagne bourbonnaise ; village perché surplombant les gorges du haut Cher ; brumes assurées dès la Toussaint passée. L’école, en haut du bourg ; deux « maisons d’école » ; celle des petits, et, accolée à la mairie, celle des grands. Je me souviens d’avoir vu passer un curieux équipage, parfois : les « bonnets d’âne » coiffés d’un simulacre de papier, allant lentement de l’une à l’autre école, comme dans l’Ancien Régime, les femmes adultères et autres voleurs, attachés sur les ânes…

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