Littérature

Reflets du temps a lu pour vous

Ecrit par Gilberte Benayoun le 20 septembre 2014. dans La une, Littérature

Reflets du temps a lu pour vous

Je ne connaissais pas et n’avais jamais entendu parler de ce triple champion du monde, quintuple champion d’Europe de boxe, Fabrice Bénichou, de renommée internationale, fils d’un fakir et d’une enfant de la balle. Je suis tombée par hasard sur son livre, « Mon dernier combat », une autobiographie dans laquelle il raconte sa gloire, sa descente aux enfers puis sa renaissance.

J’ai été happée par l’histoire de sa vie, passionnante, bouillonnante, incroyable. Ces 304 pages de récit de sa vie, d’introspection, de réflexion, de retour sur le passé, de message d’espoir et de renaissance après mille désespoirs et mille souffrances, sont poignantes de sincérité, d’humanité, et surtout foisonnantes de tendresse et d’humour (« l’humour c’est la politesse du désespoir »… disait Boris Vian).

Voilà une autobiographie bien singulière, étonnante, d’une écriture légère et agréable (bravo à Guillaume Lemiale, écrivain public, qui a collaboré à l’écriture de ce livre), et intéressante par bien des côtés, pas seulement pour les amateurs de boxe, mais aussi pour les amateurs de récits biographiques aux personnages extraordinaires, romanesques, pleins de tendresse et pleins de vie.

 

Extraits :

Paris, lundi 11 juin 2012

Une fois n’est pas coutume, il fait chaud sur la capitale. J’ai froid à la vie. Le cul collé à ce radiateur, je grelotte de tout mon corps. Mes dents claquent à un rythme fou. Dehors, il doit faire plus de 30 degrés. Je gèle de l’intérieur. Mon existence s’est figée dans sa nullité, comme congelée à jamais. Je peux la voir intacte, assister à chacun de mes désastres. Il m’est aisé de contempler ce gouffre, cette crevasse, et de vouloir m’y jeter. Le vide éternel comme alternative à la souffrance ; mon présent comme infinie douleur. Chaque image de ma vie, de mon passé, me donne envie de vomir, me crie de m’en aller. Il est temps d’en finir, de glisser ces simples mots : « Au revoir, Fabrice !… »

Ah oui, j’ai zappé l’essentiel : cette bouteille est à moi ! Je l’ai achetée à l’Arabe du coin, et elle déverse ses dernières gouttes. Sa sœur aînée gît là, sur la vieille moquette bleue, le goulot tourné vers la porte, vide, sans le moindre mot glissé à l’intérieur. La petite cadette vit ses derniers instants. Je ne vais pas tarder à me retrouver en rade et à m’échouer lamentablement sur mes côtes. Il ne me reste plus beaucoup de temps. Ce n’est pas comme si j’avais la force de retourner chez ce foutu épicier (un mec adorable, cela dit), de compter mes billets, de sourire une dernière fois et de faire semblant d’être encore là :

Les Falachas, Nègres errants du peuple juif, Tidiane N’Diaye

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2014. dans Monde, La une, Politique, Histoire, Littérature

Ed. Gallimard, Continents noirs (enquête historique), novembre 2008, 213 pages, 22,90 €

Les Falachas, Nègres errants du peuple juif, Tidiane N’Diaye

Tidiane N’Diaye nous a habitués à « un style », une approche d’enquête historique qui lui est propre. Impeccablement nourrie de sources référencées, habillée de précisions et d’explications sans lacunes, évitant toutes formes d’approximations ; l’Histoire – savante – est bien au rendez-vous de ses livres. Mais, c’est un N’Diaye qui nous la propose ! Peut-on dire, sans mépris aucun, qu’il nous la raconte, comme là-bas en Afrique, au bord des arbres à palabres… précisions, ici, pour mieux se faire entendre, là, synthèse – remarquable – sur ce point d’Histoire ; et surtout, argumentations de prise de position (de thèse, peut-être) parfois osée, cognante. De toutes façons, semble-t-il dire, l’Histoire est une matière vivante, dont il faut débattre et, là, dans ce livre « je pose ce que je sais et ce que je crois »… et de s’impliquer fortement dans l’affaire ; de chercher à démontrer, posture souvent étrangère au monde des historiens européens, laissant au lecteur le soin de déduire.

Ainsi, dans ses différents et toujours passionnants ouvrages, la présence des Chinois en Afrique, ou le « génocide » noir par les Arabes, puis les Européens… L’Afrique noire est son objet d’étude, sa passion, à la moulinette d’un regard acéré et particulier.

Ici, les Falachas – Juifs éthiopiens, dont la culture, l’image altière et digne, nous sont restés dans l’œil depuis le film – magnifique – Va, Vis et Deviens de Radu Mikaileanu, en 2005. Ici, Israël, la Terre Promise des Juifs, dans le rôle de ceux qui vont accueillir, mais, intéressés, calculateurs, pas vraiment nets ou fraternels… Le « film » de N’Diaye désigne avec fracas les « bons et les méchants », diront peut-être ses contradicteurs !

« Après les avoir ignorés pendant des décennies, Israël décidait d’arracher à la famine et à la guerre civile qui ravageaient l’Ethiopie, plusieurs milliers de Falachas, pour les rapatrier au nom de la loi du retour ».

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 13 septembre 2014. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

L’auteur sur lequel j’ai jeté mon dévolu cette semaine, pour Reflets du temps, choix ô combien subjectif, est encore un auteur du vingtième siècle, européen, de langue française, de ce siècle riche en génies, talents, littérature, poésie, théâtre, et autres délices culturels.

Donc, un auteur de mes grands préférés, dont l’œuvre entière, lue, dévorée, relue, revisitée et encore parcourue souvent, n’a jamais manqué de me nourrir, m’enchanter et me ravir, de son vivant, et encore bien après, hier, aujourd’hui, demain, comme, je l’espère, ces passages d’un de ses célèbres chefs-d’œuvre enchanteront et réjouiront.

 

Extraits :

Et on se mettait à manger poliment, à regarder artificiellement la mer, si dépendants l’un de l’autre. C’était le plus beau moment de la semaine, la chimère de ma mère, sa passion : dîner avec son fils au bord de la mer. (…) elle me disait de bien respirer l’air de la mer, de faire une provision d’air pur pour toute la semaine. J’obéissais, tout aussi nigaud qu’elle. Les consommateurs regardaient ce petit imbécile qui ouvrait consciencieusement la bouche tout grande pour bien avaler l’air de la Méditerranée. Nigauds, oui, mais on s’aimait. Et on parlait, on parlait, on faisait des commentaires sur les autres consommateurs, on parlait à voix basse, très sages et bien élevés, on parlait, heureux, quoique moins que lors des préparatifs à la maison, heureux, mais avec quelque tristesse secrète, qui venait peut-être du sentiment confus que chacun était l’unique société de l’autre. Pourquoi ainsi isolés ? Parce qu’on était pauvres, fiers et étrangers et surtout parce qu’on était des naïfs qui ne comprenaient rien aux trucs du social et n’avaient pas ce minimum de ruse nécessaire pour se faire des relations. Je crois même que notre maladroite tendresse trop vite offerte, notre faiblesse trop visible et notre timidité avaient éloigné de possibles amitiés.

… Elle ne savait pas rire avec ces dames de commerce, s’intéresser à ce qui les intéressait, parler comme elles. Ne fréquentant personne, elle fréquentait son appartement. L’après-midi, après avoir terminé ses tâches ménagères, elle se rendait visite à elle-même. Bien habillée, elle se promenait dans son cher appartement, inspectait chaque chambre, tapotait une couverture, arrangeait un coussin, aimait la tapisserie neuve, savourait sa salle à manger, regardait si tout était bien en ordre, chérissait cet ordre et l’odeur d’encaustique et le nouveau canapé en affreux velours frappé. Elle s’asseyait sur le canapé, se recevait chez elle. Cette boule à café qu’elle venait d’acheter était une relation nouvelle. Elle lui souriait, l’éloignait un peu pour mieux la voir. Ou encore elle considérait le beau sac à main que je lui avais offert, qu’elle conservait enveloppé dans du papier de soie et dont elle ne se servait jamais car il aurait été dommage de l’abîmer.

Reflets du temps a lu pour vous

Ecrit par Gilberte Benayoun le 06 septembre 2014. dans La une, Littérature

Reflets du temps a lu pour vous

Sept années de bonheur, c’est quelque 200 pages de plaisir de lecture, de plaisir et d’émotion de partager avec son auteur, Etgar Keret, sept années de joies, de bonheurs, de peines, de larmes, de rires, de rencontres, de voyages, d’anecdotes tristes ou joyeuses, le tout finement teinté d’humour et d’amour comme pour conjurer le destin, la peur et l’impitoyable « main » rageuse qui n’en finit pas de faire gronder les bombes et l’horreur de la guerre, de cette guerre qui n’en finit pas, où pourtant, des deux côtés, en Palestine et en Israël, il existe tant d’êtres humains qui ne demandent qu’à vivre en paix et en harmonie avec leurs semblables humains qui n’auraient jamais dû devenir des frères-ennemis.

C’est ainsi, à la lecture de ces Sept années de bonheur, que l’auteur, Etgar Keret, nous donne à espérer, à rire et à chanter, et à souhaiter que « ça s’arrête » et que « plus jamais ça » !

 

Extraits :

Ce que ça peut être flippant, les attentats terroristes, dit l’infirmière fluette à sa collègue plus âgée. Tu veux un chewing ?

La collègue prend une dragée et hoche la tête. « Qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse ? répond-elle. Les urgences aussi c’est flippant si tu vas par là.

– Je te parle pas des urgences », l’infirmière fluette tient à son idée. « Avec les accidents et ces trucs-là y a pas de souci. Moi je te parle des attentats. Ça rend moche tout le reste ».

Six heures plus tard, un nabot avec un tuyau qui lui sort du nombril émerge du vagin de ma femme et se met immédiatement à pleurer. J’essaie de le calmer, de le convaincre qu’il n’a aucune raison de s’inquiéter. Quand il sera grand, tout sera arrangé ici, au Proche-Orient : ce sera la paix, il n’y aura plus d’attentats terroristes. Et si par extraordinaire il s’en produisait encore un tous les trente-six du mois, il y aurait toujours quelqu’un d’original, avec un minimum de vision, pour le décrire à la perfection. Ça le fait taire une minute, le temps d’envisager ce qu’il va faire ensuite. Il est censé être naïf – ne serait-ce qu’étymologiquement puisque c’est un nouveau-né – mais même avec lui ça prend pas, et après une seconde d’hésitation et un petit hoquet, il se remet à pleurer.

Hier j’ai appelé mon opérateur de téléphonie mobile pour pousser un coup de gueule. La veille, un copain m’avait dit qu’il les avait appelés pour « pousser un petit coup de gueule » et menacer de changer d’opérateur. On lui avait aussitôt réduit son forfait de cinquante shekels par mois. « T’imagines ? » Il était aux anges. « Cinq minutes d’invectives téléphoniques et t’économises six cents shekels par an ».

A propos de Souvenirs tenus

Ecrit par Jean-François Joubert le 06 septembre 2014. dans La une, Littérature

Recueil d’A, de Cédric Robert, aux Editions du Pont de l’Europe – 10 Euros

A propos de Souvenirs tenus

Aux vents hurlants, qui tourbillonnent et nous perdent dans les couloirs de la vie, l’enfant coule, encore bercé par sa mémoire, prend plumes et plumeaux et dépoussière l’écrit. L’auteur, Cédric Robert, naquit puis adopta cette curieuse folie, celle de raconter sa vie adulte, ses humeurs et petits plaisirs « responsables » en une multitude d’histoires. L’auteur nous livre son Recueil D’A, ce livre jubilatoire, car sensible et fin, en mode suggestion et écrit l’affirmation Souvenirs Tenus.

Pour devenir une voix, celle du nom de « poésie », il faut l’interaction de plusieurs faits, un bain de jouvence, donc connaître le sens du bonheur et des turpitudes, un petit grain de folie, des souvenirs, et des questions. La case dite « poète » ne peut se faire, s’offrir sans questionnement. Ne cherchez pas de réponses toutes faites, posez-vous ces interrogations qui se lèvent dès que le regard va vers le ciel, je cite : « Ou sera-t-elle cet endroit de mort où l’on soigne les blessés en perfusion d’oublis ? ». C’est ce regard qui fait sa différence, sa souffrance, sa solitude, son exclusion et sa beauté d’âme. Ce n’est pas une science pure la poésie, mais une recherche esthétique, des questions qui arpentent l’Univers, en serpentins, telles des rivières qui éclairent celui qui est photosensible d’un sourire, le plaisir d’une rencontre et, si nous sommes malins, c’est pour se jouer de ce destin, pas pantin ; acteur pour exister, pas pour briller. Et pourtant, cet auteur est un diamant de richesse intérieure, car sa révolte est pour Aliénor. Est-ce un nuage ? Un bateau ? Une femme ? Cédric Robert a raison de poser un prénom. Par expérience d’auteur, vaincre la page blanche, c’est donner du sens. Son écrit est universel. Il me donne frissons et émotions en découvrant son Univers et lui, avant même d’atteindre mon regard d’oiseau blessé, il a un but : son texte est un cadeau, voire une offrande, un don d’Amour. Oubliez chez lui la prétention, n’y voyez que l’obligation d’exprimer ses « souvenirs ». Un livre Humain qui pose le grand A, la majuscule. Le texte « à la mer » est notre point de rencontre. L’éditeur, Éditions du Pont de l’Europe, un pont de rencontre, une suspension entre Terre et Ciel. Je cite : « Face à la vie, tout en toi est élégance ». Dandy des mots. Je ne sais pas s’il se rend compte qu’en sublimant cette rencontre, c’est sa richesse intérieure qui est sublimée tant il s’efface et fait face. Dualité non contradictoire ! Sa lutte que je partage : « Mais, je fais de l’ineffable une lutte, L’horloge est de ta perte arrêtée, Pourtant, elle sonne deux fois justes, Et me rappelle encore les jours passés ». Si vous êtes pressés, sachez ce que peut devenir le temps en mode solitude vraie. « Route vraie » disent les marins, celle qu’on trace sur la carte, tenir un cap pour ne pas s’échouer, ne pas faire naufrage, sans une métaphore vide de sens.

Quand je lis Souvenirs Tenus, je lis une rencontre, une immersion, un partage des sentiments, des émotions dit-on ? J’aime alors ce mot, l’invention Humaine d’intelligence. Un concept, comme un autre, pour parler oiseau comme j’aime le faire. La plume de l’auteur est juste finesse et élégance, semblable au modèle féminin de sa mémoire errante, qui me réjouit ! Le roman se dévore, la poésie se déguste. Choisissez de prendre le temps de savourer le menu de Souvenirs Tenus !

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 30 août 2014. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

En cette fin d’été parisien, souvent pluvieux et si peu lumineux, mon choix pour le ki-c-ki de cette fin août s’est porté sur un lumineux et éminent auteur, européen, de langue allemande, vingtième siècle, à deviner, ou à découvrir… à travers ces éblouissants passages que j’ai eu grand plaisir à extraire et retranscrire, studieusement penchée sur ce célèbre pavé de lecture, grandiose chef-d’œuvre de si belle esthétique littéraire, à lire et à goûter en fin gourmet de belle et éclatante littérature, au menu de cette semaine.

 

Extraits :

 

On reconnaît les villes à leur démarche, comme les humains. Ce même voyageur, en rouvrant les yeux, eût été confirmé dans son impression par la nature du mouvement des rues, bien avant d’en être assuré par quelque détail caractéristique. Et s’imaginerait-il seulement qu’il le pût, quelle importance ? C’est depuis le temps des nomades, où il fallait garder en mémoire les lieux de pâture, que l’on surestime ainsi la question de l’endroit où l’on est. Il serait important de démêler pourquoi, quand on parle d’un nez rouge, on se contente de l’affirmation fort imprécise qu’il est rouge, alors qu’il serait possible de le préciser au millième de millimètre près par le moyen des longueurs d’ondes ; et pourquoi, au contraire, à propos de cette entité autrement complexe qu’est la ville où l’on séjourne, on veut toujours savoir exactement de quelle ville particulière il s’agit. Ainsi est-on distrait de questions plus importantes.

Il ne faut donc donner au nom de la ville aucune signification spéciale. Comme toutes les grandes villes, elle était faite d’irrégularité et de changement, de choses et d’affaires glissant l’une devant l’autre, refusant de marcher au pas, s’entrechoquant ; intervalles de silence, voies de passages et ample pulsation rythmique, éternelle dissonance, éternel déséquilibre des rythmes ; en gros, une sorte de liquide en ébullition dans quelque récipient fait de la substance durable des maisons, des lois, des prescriptions et des traditions historiques.

C’est alors que, mettant de l’ordre dans sa maison, comme dit la Bible, il fit une expérience dont l’attente avait été, somme toute, sa véritable occupation. Il s’était mis dans l’agréable obligation de réinstaller entièrement à neuf, et à sa guise, la petite propriété laissée à l’abandon. De la restauration fidèle à l’irrespect total, il avait le choix entre toutes les méthodes, et tous les styles, des Assyriens au cubisme, se présentaient à son esprit. Quel choix fallait-il faire ? L’homme moderne naît en clinique et meurt en clinique : il faut que sa demeure ressemble à une clinique ! Cet impératif venait d’être formulé par un architecte d’avant-garde, tandis qu’un autre, réformateur de l’aménagement, exigeait des parois amovibles sous prétexte que l’homme doit apprendre à vivre en confiance avec son semblable et cesser de s’en isoler par goût du séparatisme. Des temps nouveaux venaient de commencer (il en commence à chaque minute) : à temps nouveaux, style nouveau !

Reflets du temps a lu pour vous

Ecrit par Gilberte Benayoun le 23 août 2014. dans La une, Littérature

Reflets du temps a lu pour vous

« Si tu voyais ça, papa… » : quel joli titre ! prometteur !

Promesse tenue par son auteur, Sabine Vaillant : de l’humour, du rire, des larmes… de très touchants personnages, livre très agréable à lire, une écriture au style fluide comme l’eau fraîche d’une rivière, une héroïne adolescente, très attachante, joliment prénommée Ombeline, et donc 160 pages pleines de vie, d’humour et de délices… (oui oui… malgré tout, malgré la mort de « papounet », malgré tout le reste…) pour tous les âges : ados, adultes, ou centenaires…

Pour donner envie, et mettre en appétit, voici quelques savoureux paragraphes du chapitre 1, pour dire voilà comment ça s’est passé au début, suivis de quelques lignes du chapitre 21 de ce charmant roman de 27 chapitres joliment ciselés et chouettement haletants !

 

Extraits :

Aujourd’hui lundi 11 avril, 18 heures, cela fait un an que mon père est mort.

Personne ! je suis seule dans l’appartement, pas un bruit. Même le chat dort sur le velours de ses pattes.

Tout a été très vite pour papounet. Il ne se sentait pas bien. Il s’est couché. Ma mère a appelé son médecin, qui lui a fait une visite de « courtoisie », comme a dit grand-mère.

– Rien de grave, fatigue et petite gastro, du repos et dans trois jours vous n’y penserez plus, a-t-il diagnostiqué dans un sourire, griffonnant une ordonnance sur le bureau de mon père.

Ça, c’est sûr, électroencéphalogramme plat, il ne risque pas de penser !

Crétin de toubib, pour ne pas dire plus…

Reflets des Arts Bibliographie subjective

Ecrit par Johann Lefebvre le 23 août 2014. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Reflets des Arts Bibliographie subjective

Les écrits sur l’art et les artistes sont fort nombreux et constituent une source précieuse pour la compréhension de cette activité spécifiquement humaine et de ceux qui la pratiquent, depuis les traités d’esthétique jusqu’aux biographies d’artistes, en passant par les critiques. Le choix d’ouvrages que je vous propose est un parcours de lectures, le mien, qui peut être pris comme une piste vers d’autres découvertes puisqu’il fait des carrefours avec les chemins esthétiques de chacun. Il n’y a donc pas d’oublis dans cette liste forcément non exhaustive, juste des évocations. J’invite nos lecteurs à porter en commentaires du présent article les ouvrages sur l’art qui à leurs yeux méritent d’être lus.

PHILOSOPHES. L’esthétique, branche bien ramifiée de la philosophie, dont l’objet est le beau, que celui-ci soit abordé par son essence ou par sa perception, a été le sujet de dissertation de penseurs de tous les temps. Bien que d’origine grecque (αίσθησιs), le mot « esthétique », en tant que philosophie de l’art ou science du beau, est un terme récent inventé par Alexander Gottlieb Baumgarten dans son « Meditationes philosophicae de nonnullis ad poema pertinentibus » (Méditations philosophiques sur quelques aspects de l’essence du poème, 1755), qu’il reprend et développe dans « Æsthetica », où il approfondit l’idée d’une science de la connaissance sensible, à tel point que théoriquement et historiquement cet essai est une réforme de la Poétique aristotélicienne. Voici quelques repères :

PLATON : « Le Banquet », « Hippias majeur », « Phèdre », « Ion »

ARISTOTE : « La Poétique »

VOLTAIRE : l’article « Beau » dans son « Dictionnaire Philosophique Portatif » (1764)

Emmanuel KANT : « Observations sur le sentiment du beau et du sublime » (1764)

Georg Wilhelm Friedrich HEGEL : « Esthétique (leçons) » (1818-1829)

Arthur SCHOPENHAUER : « Le monde comme volonté et comme représentation » (1819)

Friedrich NIETZSCHE : « La Naissance de la tragédie » (1872), « Le Cas Wagner » (1888)

« lire en été » : Douce promenade au pays de la grande Colette

Ecrit par Stéphanie Michineau le 12 juillet 2014. dans La une, Littérature

« lire en été » : Douce promenade au pays de la grande Colette

S’il y en a une qui a su parler de l’été, c’est bien elle !!

« Il n’y a de réel que la danse,
la lumière, la liberté, la musique…
Il n’y a de réel que rythmer sa pensée,
La traduire en beaux gestes »

COlette&Epigraphe COsi, « Pensées en désuétude » (Edilivre, maison d’éditions pour tous&Paris)
C’est bon, c’est tout. C’est tout bon mais pas du tout cuit.

Une piqûre de rappel qui opérera dans les cœurs comme tartines de miel butinées, çà et là, par les lectrices, les lecteurs de Reflets du Temps.
Pendant l’été, ON a bien le temps !
Juste… avant, quelques mots de présentation de mon cru sur ses maux tus :
A SAVOIR que cet extrait est tiré de La Pléiade et que les relents Proustiens de la mémoire involontaire du « temps re.couvré » par le souvenir et les saveurs, ne lui font pas défaut.
La grande COlette a rendu l’âme à Paris tandis qu’elle est percluse par l’arthrite et résorbe sa douleur afin de ne pas « ennuyer » les autres et être un fardeau à leurs yeux.
Le cadre du Palais-Royal sera sa dernière demeure.
Elle se souvient des temps trépassés et heureux avec sa mère…

« En remontant plus loin – beaucoup plus loin – je me souviens que ma mère préparait l’été et tenait en réserve, pour le cas où ses enfants auraient eu ces engelures ouvertes qu’on appelle chez nous “crevasses”, une bouteille de vinaigre de roses, pétales de roses rouges infusés un mois dans du vinaigre fort, le tout clarifié au papier-filtre. L’odeur mordante et fine d’un tel remède, je ne l’ai pas encore oubliée, quoique je n’aie jamais souffert d’engelures. Mais je savais mentir, tendre un index, offrir un orteil nu, mendier la compresse embaumée, et la sucer en cachette, pour son double goût de vinaigre et de rose…

«  poèmes d'été » : Reflets (rimbaldiens) d’été

Ecrit par Gilberte Benayoun le 12 juillet 2014. dans La une, Littérature

«  poèmes d'été » : Reflets (rimbaldiens) d’été

Pour nos Reflets d’Eté, je me suis replongée – avec bonheur – dans mon livre grand format « Les Manuscrits d’Arthur Rimbaud, L’Intégrale » (Claude Jeancolas, Editions Textuel, 2012), de presque 600 pages, pour dénicher dans cette « bible » rimbaldienne quelque lumineuse poésie pouvant illustrer notre « Une » de reflets d’été consacrée au thème de l’été.
Et de ce délectable plongeon, je suis remontée à la surface avec, dans la main, ce court et follement beau poème de « l’homme aux semelles de vent », que je propose à nos lecteurs, en guise d’apothéose poético-littéraire… en souhaitant, avant tout, de bonnes vacances, un bel été, un beau soleil et de belles lectures à nos lecteurs de Reflets du Temps !

Par les beaux soirs d’été
« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue…

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien…
Mais un amour immense entrera dans mon âme :
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme ! »

Arthur Rimbaud (le 20 avril 1870)

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