Littérature

Salammbô

Ecrit par Stéphanie Michineau le 04 juin 2016. dans La une, Littérature

Salammbô

Epuisé par son « pensum », Gustave Flaubert veut s’accorder une détente en vivant dans un sujet splendide et loin du monde moderne. Il se propose de ressusciter, à travers la voluptueuse Carthage et son grouillement de foules hétéroclites, l’âme d’une civilisation disparue. Il dépouille des dossiers et entreprend en 1858 un voyage documentaire à Tunis et à Carthage. Salammbô est publié en 1862 : Sainte-Beuve reproche à l’auteur son imagination sanguinaire et réclame ironiquement « un lexique » ; mais dans l’ensemble, la presse est élogieuse.

Les Mercenaires barbares enrôlés par Carthage, n’ayant pas reçu leur solde, se révoltent et assiègent la cité qu’ils étaient chargés de défendre ; leur chef, le libyen Mathô, y pénètre et dérobe le zaïmph, voile sacré de la déesse Tanit, dont Salammbô, fille d’Hannicar, avait la garde. Carthage est menacée de périr car le zaïmph était son talisman. Sur ordre du grand prêtre, Salammbô traverse le camp des rebelles, va trouver Mathô dans sa tente et réussit à reprendre le voile. Hannicar attire alors le gros de l’armée mercenaire dans le défilé montagneux de la Hache, dont les issues ont été mystérieusement fermées. Les Mercenaires y périssent tous de faim et de soif. L’armée de Tunis, commandée par Mathô, est vaincue à son tour. La révolte est écrasée ; Mathô, pris vivant, est livré aux fureurs de la populace et vient expirer aux pieds de Salammbô dont on célèbre les noces avec Narr’Havas, chef numide qui a fait défection. Salammbô meurt, à son tour, de désespoir révélant ainsi son secret amour pour le Libyen.

« Sur la tige de l’amour »

Ecrit par Jean-François Joubert le 28 mai 2016. dans La une, Littérature

« Sur la tige de l’amour »

Haïti, Port-au-Prince là où vit Selmy Accilien sur sa tige, une fleur butine, palpite, cherchant, cherchant l’Amour, né et rare, vivant ou survivant, sur une île volcanique, tyrannique, qui ne nourrit pas tous ses hommes rescapés de la furie de cendre de leur racine carrée de ce volcan de la Vigie qui rallume trop souvent sa joie de tout détruire, et derrière cela ces mots, extraits de l’ouverture du livre :

« Je vis là

Auprès de ce lac jaloux

Et de ses vagues prostituées.

Là, dans l’épiderme de laurier rose,

Dans la nudité de liège en furie,

Dans le floréal de sortilèges d’été.

Je vis là,

Cette vie d’abeilles en voyage.

Pas trop loin d’ici

Je construis mon île bleue

Avec le souffle de la tourbe,

Le flux de mon âme,

Et la chlorophylle d’esprits mortels.

C’est une île videuse,

Île de cendre et de volcan,

Île de rêve en éruption,

Île de tige de fornication totémique.

Elle n’est pas trop loin d’ici ».

La France a-t-elle une âme ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 mai 2016. dans La une, France, Politique, Littérature

La France a-t-elle une âme ?

Cocorico ! La France éternelle, la France-personne est de retour. Deux livres l’attestent, celui, tout récent, de Denis Tillinac, L’âme française, et celui, plus ancien, de Max Gallo, L’âme de la France.

Pour Tillinac, cette âme se confond avec la droite : « la droite des partis – les républicains – pêche par ignorance de soi. Elle ne comprend pas avec quoi le mot “droite” a envie de rimer, dans les profondeurs de la France ». Et d’ajouter : « la France, dans ses profondeurs, est plutôt de droite, et plutôt de gauche dans ses humeurs ». Bref, France s’identifie avec des figures héroïques – fictives, réelles, ou mythifiées – d’Artagnan, Napoléon, Tocqueville, Leclerc, de Gaulle, voire même Mitterrand, « homme secrètement de droite ».

Max Gallo, quant à lui, dans une grande tradition cocardière, relie la nation à la terre : « au commencement de l’âme française, il y a la terre. C’est ainsi  d’événement en événement, de périodes sombres en moments éclatants, que s’est constituée l’âme de la France ». On croirait entendre du Barrès, entre autres dans un écrit datant de 1909, La terre et les morts : « il faut nous nourrir de notre terre et de nos morts. Le terroir nous parle et collabore à notre conscience aussi bien que nos morts ».

L’histoire de cette curieuse entité anthropo-tellurique commence avec Montesquieu (L’esprit des lois livre 19, chap.4) : « plusieurs choses gouvernent les hommes : le climat, la religion, les lois, les maximes du gouvernement, les exemples des choses passées, les mœurs, les manières ; d’où il se forme un esprit général qui en résulte. Il faut être attentif à ne point changer l’esprit général d’une nation ».

Bien sûr, la philosophie allemande donnera à ce concept un tour organiciste. Pour Herder, le Geist des Volkes, l’esprit du peuple, est « inexplicable et indélébile ». Dans la grandiose phénoménologie de Hegel, cet esprit devient une émanation de l’Esprit qui gouverne l’histoire (Naturrechtsaufsatz 1802/03) : « l’Esprit du monde trouve dans chaque forme le sentiment de lui-même, de manière tantôt plus obscure, tantôt plus manifeste, et ce dans chaque peuple ». L’on voit ici se dessiner l’anthropomorphisme consistant à personnifier une nation ou un pays, à les doter d’un esprit ou d’une âme. Cette notion est à la base de toute l’historiographie du XIXème siècle, laquelle servit de matrice idéologique aux nationalismes. Ainsi Michelet parle d’une Histoire de France, et non de la France. Dans sa préface, il explique, évoquant la révolution de 1830 : « une grande lumière se fit et je vis la France. Le premier, je la vis comme une âme et une personne ».

Etudiants à Montpellier au XVIème siècle (3) La geste de Thomas Platter

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 mai 2016. dans La une, Histoire, Littérature

Etudiants à Montpellier au XVIème siècle (3) La geste de Thomas Platter

C’est « Le siècle des Platter 1595-1599 » ; introduit, commenté et traduit par Emmanuel Le Roy Ladurie, qui nous permet de retrouver Montpellier du temps des Rabelais et Saporta, et ses étudiants en médecine. Leur vie de tous les jours ; leurs distractions et conflits, croisant le cycle des études, bouclées, rappelons-le, en à peu près quatre ans et une quinzaine d’examens.

Les Platter étaient une famille protestante de Bâle, qui vinrent sur deux générations faire leur médecine à Montpellier. Felix, le père, avait découvert Montpellier au mitan du siècle tandis que son « petit » Thomas le fit à l’extrême fin du XVIème. Entre les deux venues, les Guerres de Religion avaient écumé le Royaume et le Languedoc, et Montpellier était passée sous gouvernance huguenote, l’essentiel du patrimoine ecclésial et couventin étant détruit. En marge des deux religions chrétiennes, la religion juive « présente à titre homéopathique » à travers les Marranes en principe convertis mais « judéisant en secret » eut un rôle de première importance pour les futurs médecins et apothicaires.

Mais, malgré ce siècle de guerres, la ville bruissante de ses étudiants (Droit, Théologie, et bien entendu Médecine) demeurait intacte dans sa réputation intellectuelle ; un des pôles de savoirs modernes de l’Europe de la Renaissance se trouvait bien là. « Il y a à Montpellier plus de cent étudiants étrangers en médecine, à cause des bonnes opportunités qu’on a d’y progresser dans cet art », dit Thomas.

Le formidable journal de Thomas Platter – dont la teneur n’est en rien fantaisiste, le récit rapporté, fort pédagogique, éclairé par la tolérance et la curiosité de son auteur – multiplie les compte-rendu de savoir-faire et pratiques, tant dans l’agriculture, la viticulture, le vert-de-gris, que dans la sociologie des rapports inter-sociétaux de la ville, sa gouvernance, l’architecture et l’approvisionnement en eau. En plus, et ce naturellement, du raconté de la vie d’étudiant, de jeune garnement à l’occasion amoureux, qui était la sienne. Tout ce qui était mémorable dans ses déplacements et son quotidien était recueilli en écrits et résumés mais aussi croquis et dessins. Il envoyait à Bâle des quintaux de plantes et d’animaux séchés, en guise de provision scientifique. Quel texte ! Fenêtre ouverte sur son époque ; voyage dans le temps vraiment rare.

Tout est dit, ainsi, du cursus, des usages qui formeront les Jean Hucher, chancelier, Jean Blazin, doyen, Jean Saporta, vice-chancelier, ou ce Richer, enseignant l’anatomie et l’herboristerie, en « promenades », n’ayant rien à envier à nos méthodes actives. Où l’on apprend – et tous les enseignants avec moi, de rugir ! – « que les professeurs doivent interrompre leurs cours dès que cela déplaît aux étudiants… en tapant des pieds, des plumes et des mains », et que pour recevoir leur solde, ils se devaient d’être accompagnés de quelques élèves « certifiant que le professeur a fait son cours avec application et diligence »… des façons que Thomas trouvait agréablement démocratiques, comme en ses terres d’origine, protestantes.

S’il te plaît Catherine, raconte-nous l’Histoire…

Ecrit par Christelle Angano le 14 mai 2016. dans La une, Littérature

S’il te plaît Catherine, raconte-nous l’Histoire…

Ce que j’ai aimé à la lecture de l’ouvrage de Catherine Laboubée, Le Prisonnier de la tour, c’est cette sensation diffuse que l’auteure était là, pas très loin, et qu’elle me racontait, non pas une histoire, mais l’Histoire ; celle d’une famille qui ne peut que me toucher, moi, la Normande, à savoir la famille de Guillaume Le Conquérant. Alors oui, quelle bonne idée que la parution de cette biographie écrite comme un roman, alors que nous célébrons cette année les 950 ans de la bataille d’Hastings.

Le prisonnier de la tour, c’est Robert Courte Heuse, le fils aîné de Guillaume et Mathilde. Pas simple d’être fils de Guillaume ; en effet ce dernier n’aimait pas déléguer. Ne pas perdre le contrôle, et encore moins le pouvoir semblait être l’idée fixe du Conquérant. Et pourtant… Ce n’est pas Guillaume qui fera emprisonner son fils mais un de ses frères, Henri Ier, Roi d’Angleterre, et ce, trente années durant. Politique et vie de famille ne font décidément pas bon ménage !

Ce que j’aime donc dans cet ouvrage, c’est qu’il se lit comme un roman. Point besoin d’être une historienne avertie pour s’emparer de ce texte. Non, bien au contraire. Et j’ai aimé cela. D’autant plus que Catherine Laboubée, l’historienne médiéviste, n’est jamais très loin et elle distille çà et là des informations, des commentaires qui éclairent son texte. Elle sait donner vie à ces personnages hauts en couleurs, et pour notre bonheur, mêle savamment ouvrage romanesque et Histoire.

Enfin, j’ai aimé la place laissée à la Reine Mathilde, à laquelle l’auteure donne une vraie dimension, de femme, de reine, de mère aussi.

Enfin, en tant que Douvraise, je suis heureuse de vous annoncer la venue de Catherine Laboubée à Douvres-la-Délivrande pour présenter ses ouvrages et ce, à La Baronnie (cela n’est pas anodin) le samedi 17 septembre 2016.

Auteure-éditrice, Catherine Laboubée publie aux Éditions de La Belle Saison.

L’expression de désespoir dans Maupassant

Ecrit par Stéphanie Michineau le 07 mai 2016. dans La une, Littérature

L’expression de désespoir dans Maupassant

Cette philosophie désolée a donné naissance, dans l’œuvre de Guy de Maupassant, à des réactions en apparence contradictoires, mais qui sont, en fait, souvent liées à son état physique et mental.

Le sarcasme. Le jeune conteur de La Maison Tellier et de Mademoiselle Fifi exprime son pessimisme sous une forme généralement sarcastique et brutale. Encore tout imprégné des leçons de son maître Gustave Flaubert, Guy de Maupassant sonde les bassesses du cœur avec une délectation vengeresse, grossit le trait jusqu’à la caricature et se plaît à scandaliser.

La pitié. Lorsque sa santé s’altère, Guy de Maupassant tend à quitter le ton sarcastique pour se pencher avec sympathie sur la misère humaine. Il peint des bourgeois crédules et niais, mais sans s’égayer à leurs dépens (Monsieur Parent) ; et il évoque avec une émotion contenue la vie misérable des vieilles filles (Miss Hariett), des malades des vieillards et des gueux.

L’angoisse. Cependant, le progrès de son mal et l’abus des drogues provoquent en lui de fréquents états d’angoisse dont il cultive les affres et les effets délirants. Plusieurs contes témoignent de son goût morbide pour la peur : il analyse ce sentiment irraisonné qui s’empare parfois de l’âme anxieuse et la fait frissonner comme si une menace pesait sur elle (La Peur) ; il peint des névrosés qui redoutent les bruits la solitude et la nuit (Apparition, Lui) ; un obsédé qui se convainc qu’un être invisible hante sa maison et s’acharne contre lui (Le Horla). Tous ces récits traduisent sous une forme dramatique ou mythique l’horreur anxieuse de Guy de Maupassant devant le mystère insondable de la mort.

Il est mort à 43 ans

 

Sœurs Michineau (1er mai 2016) fête du travail

La Rochelle

Si vous le dîtes : Petits dictionnaires insolites

Ecrit par Valérie Debieux le 07 mai 2016. dans La une, Littérature, Linguistique

Pascale Perrier – Nicolas Lisimachio – Larousse ( Janvier 2016 )

Si vous le dîtes : Petits dictionnaires insolites

Poursuivant son œuvre d’encyclopédiste née vers la seconde moitié du XIXè siècle, la Maison d’édition Larousse vient de publier deux petits ouvrages, accompagnés d’illustrations provenant du fonds Larousse, intitulés pour l’un Petit Dictionnaire Insolite des Expressions gourmandes, pour l’autre Petit Dictionnaire Insolite des Mots et Expressions hérités de l’Antiquité. Le premier porte la signature de Pascale Perrier, le second celle de Nicolas Lisimachio. Ils s’inscrivent dans le même esprit de diffusion du savoir que celui qui avait inspiré le dessin de la Semeuse soufflant une fleur de pissenlit, le célèbre logotype créé en 1890 par Eugène Grasset et figurant, aujourd’hui encore, au bas du quatrième de couverture de ces deux dictionnaires.

Le premier ouvrage cité présente par ordre alphabétique une succession de soixante-huit expressions en lien avec la nourriture et le monde de la cuisine, entrecoupée de devinettes intitulées Trouvez le bon sens et de Quiz dont la solution trouve place parmi les dernières pages. À titre d’exemple, histoire de désaltérer sa curiosité, en voici un exemple :« Quand le vin est tiré, il faut le boire. “Tirer le vin”, c’est le sortir du tonneau ou du contenant dans lequel il était entreposé. Au milieu du XVIe siècle, on disait simplement “le vin est tiré, il faut le boire”, non pas parce qu’on avait une irrésistible envie de se soûler, mais pour signaler qu’il était nécessaire de mener à bien une action déjà commencée. La conjonction “quand” a été introduite vers le XIXe siècle, sans changer le sens de l’expression ».

Le second ouvrage propose la découverte, par ordre alphabétique, lui aussi, de soixante-quatorze mythes et légendes tirés des civilisations grecque et romaine. Pour illustrer ce propos, voici un exemple en relation avec les jeux de loterie : si l’expression « toucher le pactole » est connue, il y a toutefois fort à parier que son origine l’est moins : « Le Pactole était un petit affluent du fleuve Hermos dans le Royaume de Lydie (actuelle Turquie), qui charriait des sables aurifères. Selon la légende, le Roi Midas, souverain légendaire de Lydie, offrit l’hospitalité à un compagnon de Dionysos […] alors qu’il s’était égaré. Pour le remercier, on lui offrit de faire un vœu. Il souhaita que tout ce qu’il touche se transformât en or. Lorsqu’il comprit que même sa nourriture serait de l’or, il voulut renoncer à son vœu et, pour cela, dut se purifier dans le fleuve Pactole qui charria par la suite des sables aurifères ».

Tourner les pages de ces deux petits dictionnaires est une source de plaisir : par le contenu, la forme et la présentation, ils privilégient une transmission du savoir énoncé en termes clairs, compréhensibles et abordables par chacun et perpétuent la célèbre devise de la Maison « Je sème à tous vents ». À parcourir pour la joie de découvrir et d’apprendre.

 

 

Pascale Perrier est documentaliste des mots et auteur de nombreux ouvrages jeunesse.

Nicolas Lisimachio est avocat d’affaires et passionné de langue française.

Eclats d’humeur A la boucherie Barbès

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 07 mai 2016. dans La une, Littérature

Eclats d’humeur  A la boucherie Barbès

A la boucherie Barbès

Il y a

des feux rouges

où s’arrête l’amour

des coins d’humanité

dégoulinant d’odeur

un genre de pièce montée

qui sent bon les couleurs

du bric du brac du traverse tout

où tu touches ton âme

de fou

de fou sauvage

de sot écervelé

 

A la boucherie

Barbès

des pièces des plis des fesses

des trucs machins bidules

qu’on vend pour un sourire

l’étalage des visages

au nez comme un mot mal orthographié

l’étalage des secondes

du temps qui se dore au soleil

La Vérité sur Donald Trump ( de Dick Joekers)

Ecrit par Valérie Debieux le 30 avril 2016. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Aux éditions Helis helas – Mai 2016 -

La Vérité sur Donald Trump ( de Dick Joekers)

Printemps 2016, Etats-Unis d’Amérique, la course à la Maison Blanche fait rage. Insultes, invectives, grossièretés, propos misogynes, sexistes ou racistes, tout est permis. Être prêt à tout dire et à tout entendre. L’essentiel, c’est de gagner, quel qu’en soit le prix. Il n’y a pas de règle, « the winner takes it all ». Mais, d’abord remporter les Primaires, puis obtenir l’investiture du Parti et, enfin, être le « winner » le jour de l’Election Day. Du côté démocrate, deux candidats : Hillary Clinton, ancienne secrétaire d’Etat, et Bernie Sanders, sénateur du Vermont. Du côté républicain, trois candidats : John Kasich, gouverneur de l’Ohio ; Ted Cruz, sénateur du Texas, et Donald Trump, magnat de l’immobilier. Or, celui dont les pontes du Parti républicain ne veulent pas est en train, semble-t-il, de gagner son pari, gagner l’investiture républicaine… Printemps 2016, Vevey (Suisse), un manuscrit est découvert dans la boîte aux lettres d’un éditeur. La note qu’il fait figurer à ce propos est exempte de toute ambiguïté : « Nous avons trouvé ce manuscrit dans notre boîte aux lettres au début du mois de mars 2016. Tel quel. Nous ne connaissons pas Dick Joekers. Nous n’avons jamais entendu parler de lui. Nous avons cherché dans les pages blanches, sur Google… rien. Dick Joekers a laissé un mot avec le manuscrit. Il nous autorisait à le publier. Vite. Il a écrit ces lignes : “Le temps presse et Donald Trump est toujours en vie”. Nous avons lu, nous avons aimé, nous avons publié ». L’ouvrage a pour titre La Vérité sur Donald Trump, et selon l’avertissement de l’auteur, il s’agit d’une fiction. Toutefois, la fiction semble s’être invitée à la table de la réalité. Le récit respire le reportage et fait découvrir un Trump de l’intérieur, celui que côtoient quotidiennement ses intimes et sa garde rapprochée. Un Trump au langage imagé, cru, voire outrancier. Un Trump dévoilant, pêle-mêle, ses ambitions, ses idées sur le monde et sa vision de la politique américaine, sans artifices ni retenue : « Moi, Donald Trump, l’un des hommes les plus riches de la terre, sur le point maintenant de devenir le gars le plus puissant… Obama n’a jamais eu le fric. […] Moi j’aurai les deux ! […] Mais l’Amérique, c’est pas mon but. Mon but, c’est le monde. Pourquoi s’arrêter aux frontières de l’Amérique ? Bien sûr que je dis que je vais construire un mur sur le long de cette putain de frontière mexicaine. Mais tout ça c’est des conneries. Pas abruti à ce point, moi. Je suis chrétien, bordel de Dieu, non ? Le pape avait foutrement raison quand il a dit que construire des murs, c’est pas chrétien… Au fond, il est exactement comme moi, il essaie juste d’engranger des votes. Je veux dire, ce gars-là a quand même bien un mur tout autour de son Vatican !… Sauf erreur. Bon, de toute façon, le pape et moi on est copains… Ben oui, c’est un type bien, je veux dire… Sa baraque est même plus grande que la mienne… […] Mais d’abord il me faut ces votes… Des paquets de votes. Qui dit votes dit pouvoir. Je veux dire, n’importe qui qui a lu Machiavel à la garderie sait très bien que le nom du jeu c’est le Pouvoir. […] Encore quelques Etats et c’est moi qu’ils vont nominer. Après on va se faire la peau de Barnyard Bernie ou de Halloween Hillary… On va les laminer en papier chiotte. Parfait pour m’essuyer le cul après avoir chié sur eux… Bon, à vrai dire, je les aime plutôt bien, ces deux-là. Je veux dire, prenons Hillary… Après tout ce qu’elle a morflé, celle-là… Car elle en a vu, du pays, comment ne pas l’aimer ? Bill qui enfilait n’importe quelle gonzesse… Le fiasco libyen… les e-mails. Et elle se tient toujours droite sur ses pattes ». La vérité sur Donald Trump, c’est aussi une présentation sans fard ni retenue de la vie politique américaine avec ses artifices, ses trahisons et sa cruauté. Un ouvrage au style peu conformiste, un récit où le politiquement correct a été botté en touche, un texte vivant, décapant, rythmé et empli d’humour, de cynisme et de causticité sur la vie d’un fils d’entrepreneur de New York qui n’avait et n’a qu’un seul rêve, devenir Président des Etats-Unis d’Amérique. Un regard drôle et inédit sur Donald Trump et les élections présidentielles américaines. Panem et circenses. Un vrai moment de bonheur, à découvrir absolument.

La transparence théologique d’une réalité implexe

Ecrit par Didier Ayres le 30 avril 2016. dans La une, Religions, Littérature

à propos des dits et maximes de Raymond Lulle Raymond Lulle, éd. Arfuyen, col. Ainsi parlait, 2016, 13 €

La transparence théologique d’une réalité implexe

1. Le sage aura soin de rechercher la sagesse de tous les anciens, et il fera son étude des prophètes.

2. Il conservera dans son cœur les instructions des hommes célèbres, et il entrera en même temps dans les mystères des paraboles.

3. Il tâchera de pénétrer dans le secret des proverbes et des sentences obscures, et se nourrira de ce qu’il y a de plus caché dans les paraboles.

Ecclésiastique de Jésus, fils de Sirach, XXXIX

 

Gagner l’intelligibilité d’une partie de l’œuvre de Raymond Lulle, est rendu possible par ce nouveau livre des éditions Arfuyen, dans une traduction de Jean-Claude Morera et Francesc Tous Prieto, en présentation bilingue catalan/français. Et pour moi qui connais mieux Eckhart ou les principes taoïstes, ce voyage latéral au milieu de l’œuvre de l’auteur que Francesc Tous Prieto présente comme un « converti enflammé par l’amour de Dieu », a été mouvementé, capiteux et presque violent. Car on y rencontre à la fois la dimension spirituelle d’un croyant et la présence presque systématique auprès de ce corps spirituel, du corps charnel. Donc, nous sommes sollicités, avec l’auteur catalan, à regarder avec force – oui, peut-être même avec une certaine violence apostolique – la coupure, ou plutôt la pliure, ce qui fait jonction de ces deux termes. Et cela dans la langue claire de celui qui fut troubadour avant de se livrer entier à la croyance en Jésus-Christ.

Pour preuve de l’intérêt de cette possibilité qu’offre la langue de Lulle, et en faisant confiance dans les traducteurs de l’ouvrage, il faut pénétrer cette réalité implexe qui feuillette corps et âme, et voir avec quelle radicalité et force soudainement tout devient lumineux. Par exemple au sujet si complexe de la Trinité, un simple passage de Lulle en vient à bout en cinq lignes.

Aimable fils, Dieu le Père engendre Dieu le Fils, et de Dieu le Père et de Dieu le fils procède Dieu le Saint Esprit, et tous trois sont un seul Dieu, qui est immobile, sans lieu ni quantité ni temps, car dans l’essence éternelle et infinie et dans l’œuvre qui est par toute son essence éternellement infinie, ne peuvent être ni temps ni quantité ni lieu ni mouvement.

Ou encore, cette maxime morale qui pourrait être tirée du Livre de la Sagesse :

Sois ferme en ton courage afin de n’avoir pas à te repentir ; sois mesuré dans tes mains pour ne pas être pauvre ; réfrène ta langue pour ne pas être repris ; écoute pour comprendre ; questionne pour savoir ; donne pour recevoir ; rends ce qui t’est confié afin d’être loyal.

Et aussi – un peu dans le désordre – la qualité de la prière, véhicule parfois mystique de la foi en Dieu :

Si tu es en colère, mon fils, n’en conçois nulle tristesse en ton cœur, ni non plus si tu as quelque souffrance, si tu veux être joyeux, rassuré, reposer ton âme, incontinent donne-toi à la prière, car la prière a une si grande vertu que tout homme souffrant, en colère, abandonné, honteux, elle l’honore, le console, le repose, le réjouit. Et sais-tu pourquoi ? Parce que la prière est l’intermédiaire entre l’homme et Dieu.

Je parlais en supra de la coupure du corps spirituel, et son miroir intelligible dans l’âme, d’avec le corps charnel, qui reste notre seule habitation humaine ; eh bien cette coupure permet de voir s’exercer dans un langage très simple, parfois chantant ou parfois très mental, une terrible logique, implacable, qui suit l’enivrement de cette matière combustible qu’est l’amour de Dieu au milieu de questions primordiales de la religion catholique. Car cette œuvre mystique est écrite dans l’Espagne des reconquêtes chrétiennes et Lulle arme l’intelligence pour débusquer le vrai Dieu.

Il ne faudrait pas non plus oublier au milieu de ces simples lignes que je rédige au fil de ma lecture, la belle invention du rapports de deux termes : l’Aimé et l’ami. J’y ai reconnu la dialectique du Je et du Tu chez Martin Buber, philosophe de la question de l’identité ontologique, en résumant brutalement.

Dialectique de Job, peut-être une œuvre qui s’écrit au commencement de l’implantation du franciscanisme en Europe, ou encore textes qui accompagnent la lecture historique de Paul ou de Jean, ou qui pourrait être une littérature proche de l’Antoine de Padoue qui christianise l’Afrique ? Nous sommes dans cette réalité historique complexe. Mais cette connaissance théologique à laquelle il faut se référer, permet et autorise l’alliance du corps incarné et désincarné. Peut-être, cette œuvre peut-elle servir une mystique moderne, dans une modernité débarrassée de ses préjugés matérialistes, et propre à faire sienne la force éthérée de la foi ? Si tel est le but poursuivi par Lulle, les sept siècles qui nous séparent de lui n’ont rien ôté de la clarté de ses paroles.

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