Littérature

Reflets du temps a lu :

Ecrit par Gilberte Benayoun le 19 mars 2016. dans La une, Littérature

« Lire Lolita à Téhéran », Azar Nafisi, Plon, 2004

Reflets du temps a lu :

Azar Nafisi, née en 1955 à Téhéran, est écrivain et professeur de littérature anglaise. Après ses études universitaires aux Etats-Unis, elle revient en Iran en 1979, au cœur de la révolution iranienne, et enseigne à l’Université de Téhéran. En 1997 elle quitte l’Iran pour les Etats-Unis où elle devient citoyenne américaine en 2008. Elle est la nièce de l’écrivain et poète iranien Saeed Nafisi.

C’est aux Etats-Unis qu’elle écrit Lire Lolita à Téhéran, publié en 2003, et traduit en 32 langues.

Lire Lolita à Téhéran est un très beau livre sur sa vie de femme enseignante en République Islamique d’Iran, qui refuse de porter le voile, se fait expulser de l’Université de Téhéran, et décide d’organiser, chez elle, dans son salon, un cours clandestin de littérature, une fois par semaine, pendant près de deux ans, pour étudier de grandes œuvres de littérature occidentale :

« A l’automne 1995, après avoir démissionné de l’université, j’ai décidé de me faire plaisir et de réaliser un rêve. J’ai choisi sept de mes étudiantes, parmi les meilleures et les plus impliquées, et je les ai invitées à venir chez moi tous les jeudis matin pour parler littérature ».

Ses cours sont consacrés aux œuvres de quatre grands auteurs : Lolita de Nabokov, Gatsby le Magnifique de Scott Fitzgerald, Daisy Miller de Henry James et Orgueil et Préjugés de Jane Austen :

« Je leur avais expliqué le but de ce séminaire : lire, discuter des œuvres de fiction et y réagir. […] J’ai précisé que l’un des critères selon lesquels j’avais sélectionné les livres que nous étudierons était la foi de l’auteur dans le pouvoir critique et presque magique de la littérature. Je leur ai rappelé que Nabokov, alors à peine âgé de dix-neuf ans, refusait pendant la révolution russe de se laisser distraire par le bruit des balles. […] Il s’agira de découvrir, leur ai-je dit, si, soixante-dix ans plus tard, la foi désintéressée que nous avons en la littérature nous permettra de transformer la sombre réalité de cette nouvelle révolution d’une façon qui nous aidera à vivre ».

Ce roman, émouvant, et poignant, est un très beau témoignage sur l’importance et le pouvoir de la littérature dans un pays en pleine révolution, soumis aux privations de liberté, sous un régime totalitaire :

« Lorsque j’avais choisi mes étudiantes, je n’avais tenu aucun compte de leur environnement familial, religieux ou idéologique. Une des grandes réussites de ce séminaire, je l’ai compris plus tard, résidait dans le fait que ce groupe si disparate, composé d’éléments venant de milieux différents et parfois conflictuels d’un point de vue personnel autant que religieux et social, était malgré tout resté loyal aux buts et aux idéaux qu’il s’était fixés ».

Ce « pavé » de presque 400 pages, est aussi un brillant et puissant hommage aux amoureux des livres et de la littérature.

Grand coup de cœur !

L’Esprit du Judaïsme, BHL, Grasset

Ecrit par Léon-Marc Levy le 12 mars 2016. dans La une, Littérature

avec l’autorisation de la Cause Littéraire

L’Esprit du Judaïsme, BHL, Grasset

Bernard-Henri Lévy est tout, sauf un philosophe. Ce qui n’enlève rien à la valeur de l’homme, ni à ses œuvres, ni même à… son agrégation de philosophie. Ses modes de pensée, ses interventions médiatiques, son implication sur le théâtre de quelques tragédies mondiales, font de lui – et encore une fois cela est un grand mérite – un témoin, un journaliste, un écrivain, un militant. Jamais un philosophe. En fait le débat philosophique visiblement l’ennuie. Le dernier exemple en date est la manière dont il exclut de ce livre le grand Spinoza – qui pourtant est central dans la construction de la figure du Juif d’Europe. Nous y reviendrons mais, Spinoza sort de son champ de pensée parce qu’il est « trop » philosophe : il néglige la synagogue (la « communauté ») pour ne s’intéresser qu’à la quête de la vérité de Dieu – sa liberté. Or BHL, comme l’homme de conviction qu’il est, mène combat contre ce qu’il appelle « le nouvel antisémitisme », et doit, par conséquent, plonger son propos dans la réalité culturelle et cultuelle de la communauté juive de France. Dans la synagogue, quand Spinoza est (par lui-même et contre lui-même) hors la synagogue. Spinoza se situe « sub species aeternitatis ». BHL regarde « Hic et Nunc ». Spinoza est un philosophe. BHL un homme de pensée tendu vers l’action immédiate. Il est donc tout (et souvent de façon valeureuse) sauf un philosophe.

Pour autant, son livre est riche en éléments importants pour penser la judéité moderne et son pendant « naturel », le nouvel antisémitisme. Ainsi, BHL a le courage de s’atteler à une question souvent délaissée par les penseurs juifs de nos jours, parce que fort embarrassante : la place d’Israël dans l’identité de tout Juif d’aujourd’hui.

C’est d’ailleurs, il faut le dire, la partie la plus forte de ce livre. Au Juif honteux a succédé, c’est incontestable depuis le début des années cinquante, ce que BHL appelle « le Juif d’affirmation », thèse déjà exposée une première fois dans un livre récent (1). Et, dans cette affirmation de soi, dans cet orgueil retrouvé après l’effroyable affront symbolique que représentait aussi – s’ajoutant à l’horreur du crime – la tentative d’extermination de la Shoah, la naissance et l’existence de l’état d’Israël joue évidemment un rôle déterminant. Il est indéniable que si le Juif d’aujourd’hui a relevé enfin la tête face à la haine millénaire et parée d’atours nouveaux, c’est par le miracle d’Israël – quoi que l’on pense de cet état et de ses choix politiques. BHL, et votre chroniqueur du jour, sont nés à 30 kilomètres de distance l’un de l’autre, en même temps que naissait l’état d’Israël. Et cette émergence d’une nation avec la génération post-Shoah a marqué l’avènement de Juifs nouveaux, l’avènement de ces Juifs qui ne craignent plus de l’être. Cette partie du livre donne par ailleurs des passages d’une vraie beauté littéraire (2).

Qu’est-ce qu’un bon livre ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 mars 2016. dans La une, Littérature

Le cabanon jaune, Christelle Angano, éd. Remanence, février 2016, 204 pages, 16 €

Qu’est-ce qu’un bon livre ?

Jamais dit-on, autant de livres (et d’éditeurs) n’ont peuplé l’univers littéraire. Tant de gens – et des plus inattendus – y vont de leur poignée de pages, plus ou moins inventives, distractives, intéressantes, ou ennuyeuses à n’en finir ! Une foule – qui ne l’a remarqué ? – se livre à de pseudo autobiographies, regorgeant de parfums d’enfance, de grand-mère adorée, de père honni, saupoudrés surtout de doses massives d’ego ; le « et moi, et moi » prétend à faire vendre. Réussi, tout ça ? Par hasard, quelquefois, à l’ombre de trois pages…

Pourtant lire avec bonheur, existe encore, et de bons livres, on en croise.

Mais qu’est-ce qu’on attend d’un bon livre ? Sa cuisine ? sa facture ? on pourrait dire : son contrat ? avec cet autre incontournable, le lecteur.

L’architecture d’une vraie histoire, d’abord ; fil rouge auquel on se tiendra durant la traversée. Ça doit tenir la route (enfin, la mer !). Vraisemblable, apte à tous les transferts, passionnante au point que comme les gosses, on veut savoir la suite. L’envie – la faim – de ce derrière la page, qui donne les bottes de sept lieues au lecteur ; ça compte. Ici, un récit de mers, d’Iles – bords de mers, pleine mer, gens de mer – ; l’univers de l’auteure, qu’elle connaît sur le bout. Un vieux marin disparaît dans l’océan ; sa fille est suspendue à sa recherche – par monts et par vaux, dirait-on ailleurs ; là, par vagues et mers de par le monde. Disparu, mais comment ? Vraiment disparu ? Croyez-vous.

Des personnages. Point trop n’en faut, comme en bonne cuisine, mais des goûteux ; de premier et d’arrière plan ; ici, à l’image de la vivacité de l’auteure, qu’on n’attende pas des fonds d’écran prétexte ou immobiles ; le personnage est « acteur », juste à sa place ; hauteur variable, simplement. Un panier de fruits – colorés, odorants, palpables, du Pays d’Auge à deux pas d’Honfleur, des Iles de la Société, ou des Marquises alanguies, peut-être, ou encore de ces bourgs d’Irlande ? Chacun d’entre nous trouvera personnage à son pied : Chloé, la fine, acide, ou acidulée héroïne : « menue, fluette, un peu garçon manqué… elle porte toujours les blue-jeans, la même marinière et les espadrilles ». Au menu, encore, le parrain taiseux, hargneux, qui nous intrigue d’entrée, et qui en séduira plus d’un, ou un drôle de prince charmant pas du tout style conte d’enfant sage, venu sur le voilier-type qu’on imagine dans le bassin d’Honfleur, quérir la belle, pour « escaler » dans la verte Irlande côté Cork, et au bout du monde en Polynésie… mais, au fait, que fait-il en Normandie, celui-ci ? Voyage initiatique, de la plus belle eau, mené tambour battant…

Le décor. Qu’est-ce qu’un livre d’extérieur sans autre chose que de vagues noms de lieux, trois mouettes et deux bars à marins. Aussi important et difficile qu’une toile de maître, le décor. Mais Christelle Angano doit être peintre, via ses mots, des cieux de Normandie (comme elle les connaît bien !) au vert-bleu piquant des côtes irlandaises, et semble à ses heures avoir été la vahiné des terres « au temps qui s’immobilise… ces Marquises, l’archipel rebelle »de Brel. Dépaysant – détails à la justesse de documentariste. Prenant.

Comprendre le Judaïsme

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 février 2016. dans La une, Littérature

Recension du livre L’esprit du Judaïsme, Bernard-Henri Lévy, Grasset, février 2016

Comprendre le Judaïsme

On ne présente plus BHL, au parcours intellectuel erratique, du maoïsme soixante-huitard à un retour – non inconditionnel – au Judaïsme, en passant par l’anticommunisme virulent qui l’a fait connaître, avec La barbarie à visage humain (1977).

Ici, un peu à la manière de Jacques Attali, auteur d’un Dictionnaire amoureux du Judaïsme (2009), dans lequel il écrivait, en parlant de ce dernier, « il me fait réfléchir », Bernard-Henri Lévy s’intéresse à la religion dont il est issu et à laquelle il est retourné – de manière raisonnée et critique, au sens kantien du terme – par souci de comprendre : « la volonté de comprendre est au cœur du Judaïsme », affirme-t-il.

Mais comprendre, c’est d’abord comprendre l’incompréhensible, l’incompréhension des autres – à la fois des goyim et même de certains Juifs – autrement dit, l’antisémitisme.

BHL liste au début de l’ouvrage tous les antisémitismes. Les classiques, l’antijudaïsme chrétien et le racisme à caractère ethnique de l’extrême-droite, mais aussi les plus inattendus : l’antisémitisme des Lumières, en particulier d’un d’Holbach « qui faisait grief aux Juifs d’être le peuple, non déicide, mais déifère, et qui a enfanté le monothéisme », voire l’antisémitisme socialiste, celui du journal La République sociale du 8 novembre 1897 qui pestait contre les « corbeaux rapaces » et les « youtres de la finance et de la politique ».

Plus inquiétant et surtout plus nouveau, figure, dans cette énumération, l’antisémitisme antisioniste. De la diabolisation d’Israël (et pas uniquement de Benjamin Netanyahou), l’on glisse insidieusement vers la diabolisation des soutiens d’Israël, à commencer évidemment par les communautés juives de par le monde. Le raisonnement est simple/simpliste : « Israël est un état : a) illégitime car bâti sur une terre où il n’avait pas sa place, b) colonialiste, raciste, fondamentalement criminel et même fasciste ». Conséquence inévitable : la plupart des Juifs sont des « collabos ». Cet antisémitisme-là résultant lui-même de l’antisémitisme palestinien : « le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, nous dit BHL, reprit le même refrain des Juifs souillant de leurs pieds sales les lieux saints chrétiens et musulmans et déclara pure chaque goutte de sang versée par les shahid et pour l’amour d’Allah ». Une vindicte judéophobe, relayée par les pro-palestiniens d’ici : « il n’est même pas besoin, écrit Lévy, dans tel défilé de soutien à Gaza, de souligner ou de minimiser les cris de haine antijuifs et les étoiles de David rectifiées en croix gammées » ; vindicte relayée, non moins, par le mouvement BDS, prônant le boycott de tout ce qui est israélien, « boycott marqué au sceau de la nouvelle infamie. De quoi est-il question sinon de s’isoler, de délégitimer, de mettre au ban l’État des Juifs et les Juifs ? ». Il convient donc de comprendre : « il n’y a pas trente-six solutions pour permettre à l’antisémitisme de sortir des cercles confidentiels où la défaite du nazisme l’avait confiné et de créer, à nouveau, quelque chose qui ressemble à un embryon de mouvement de masse ; et l’une des solutions, c’est d’imposer l’image d’un peuple sans scrupules, usant de sa propre histoire pour priver d’espace celle des autres ».

La médiocratie

Ecrit par Valérie Debieux le 27 février 2016. dans La une, Société, Littérature

Alain Deneault, Lux Editeur, décembre 2015, 224 pages, 15 €

La médiocratie

Avec l'autorisation de la Cause Littéraire

En sa dernière édition (2010), Le Dictionnaire historique de la langue française précise que l’adjectif médiocre est emprunté (1495) au latin mediocris « moyen du point de vue de la grandeur, de la qualité » et « ordinaire (de personnes et de choses) » (cf. op. cit. p.1299). Au fil du temps, cet adjectif a pris de plus en plus d’importance dans la société contemporaine au point qu’il a donné naissance à un nom, la médiocratie, soit le pouvoir exercé par les médiocres. Quoi de plus naturel dès lors qu’Alain Deneault, docteur en philosophie de l’université Paris-VIII et enseignant en science politique à l’Université de Montréal, s’intéresse à ce fait social en lui consacrant un ouvrage de plus de deux cents pages, ayant pour titre La Médiocratie.
En ses premières lignes introductives, le ton est donné :
Rangez ces ouvrages compliqués, les livres comptables feront l’affaire. Ne soyez ni fier, ni spirituel, ni même à l’aise, vous risqueriez de paraître arrogant. Atténuez vos passions, elles font peur. Surtout, aucune « bonne idée », la déchiqueteuse en est pleine. Ce regard perçant qui inquiète, dilatez-le, et décontractez vos lèvres – il faut penser mou et le montrer, parler de son moi en le réduisant à peu de chose : on doit pouvoir vous caser. Les temps ont changé. Il n’y a eu aucune prise de la Bastille, rien de comparable à l’incendie du Reichstag, et l’Aurore n’a encore tiré aucun coup de feu. Pourtant, l’assaut a bel et bien été lancé et couronné de succès : les médiocres ont pris le pouvoir.
La principale compétence d’un médiocre ? Reconnaître un autre médiocre. Ensemble, ils organiseront des grattages de dos et des renvois d’ascenseur pour rendre puissant un clan qui va s’agrandissant, puisqu’ils auront tôt fait d’y attirer leurs semblables.
En quatre chapitres au titre évocateur, i.e. « Le savoir et l’expertise, Le commerce et la finance, Culture et civilisation, La révolution : rendre révolu ce qui nuit à la chose commune », l’auteur explique, analyse, décortique, références et exemples à l’appui, comment « la division et l’industrialisation du travail – manuel comme intellectuel – ont largement contribué à l’avènement du pouvoir médiocre ». À travail standardisé, comportement standardisé avec, pour corrélat, une prestation et un résultat moyens, le tout noyé dans des expressions galvaudées comme « hauts standards de qualité » ou « dans le respect des valeurs d’excellence ». Le médiocre devient la norme du système, la référence, « l’analphabète secondaire […] nouveau sujet formé sur mesure […] fort d’une connaissance utile qui n’enseigne toutefois pas à remettre en cause ses fondements idéologiques ». L’essentiel pour l’individu consiste alors à « jouer le jeu », c’est-à-dire à respecter « l’état de domination exercé par les modalités médiocres elles-mêmes » et à passer sous les fourches caudines du réseau dont il fait partie intégrante.
La Médiocratie, un ouvrage qui expose et qui conduit inter alia au questionnement sur notre société, ses institutions qu’elles soient politiques ou universitaires ou encore sur l’impact exercé par le dispositif industriel et financier sur les institutions universitaires. Un outil de réflexion à découvrir pour qui s’intéresse au monde qui l’entoure.



Alain Deneault, docteur en philosophie de l’Université Paris-VIII, est notamment l’auteur de Noir Canada (Écosociété 2008), Offshore (Écosociété /La Fabrique 2010), Paradis sous terre (Écosociété /Rue de l’Échiquier 2012), Gouvernance (Lux 2013) et Paradis fiscaux. La filière canadienne (Écosociété 2014). Il est aussi chroniqueur à la Revue Liberté.

A propos de Voyage d’amour

Ecrit par Jean-François Joubert le 27 février 2016. dans La une, Littérature

de Alain Bonati (Edilivre, 2013, 80 pages)

A propos de Voyage d’amour

Alain Bonati, né le 16 mars 1961 à Caudebec-Les-Elbeuf (76), est un poète dans l’âme depuis son plus jeune âge, où il écrit déjà de nombreux textes poétiques. L’influence d’une jeunesse liée à un milieu modeste, depuis sa Normandie natale, et les aléas de sa vie professionnelle et sentimentale lui font découvrir le jeu des rimes avec les mots pour décrire les moments forts de son existence. Aujourd’hui, il réside dans la Drôme à Valence, depuis bientôt trente ans, la région où il a rencontré la femme de sa vie. L’amour lui donne des ailes, c’est avec l’encre de son cœur qu’il prend sa plume pour écrire des poèmes, qu’il veut partager avec vous.
La plume d’Alain Bonati se réveille un jour où un oiseau s’installe sur son épaule, un oiseau, ses plumes réveillent son âme de poète et la vie va lui sourire puisque, un Amour naît, il dédie à Annie ce livre, le tome cinq comme les doigts d’une main, de deux mains d’une union qui accouche d’une œuvre, une Rencontre éternelle, titre de l’ouverture du livre, et dans ce poème, ces vers qui me touchent : « Jamais je n’oublierai ce regard qui me frôle / Dans lequel je me suis noyé pour l’éternité / Cette tristesse dans tes yeux… ». Est-ce l’oiseau ? la femme ; un léger doute subsiste ; moi, lors d’une navigation, sur mon genou un non palmipède, peut-être un roitelet, s’était posé, essoufflé. Monsieur Bonati est là pour donner de l’espoir, il écrit comme il respire depuis son plus jeune âge, naturel. Éternel sujet de l’Humain que l’on sent, le grand A, et l’oiseau revient dans ce long poème d’introduction, ces yeux tristes des séparations, ces trois vers : « Assise à côté de moi /Le monde merveilleux sous tes ailes /M’offrait un festin de bonheur… ». On avance l’homme parle avec ce battement de cœur, ses pensées sont ailleurs, son bonheur est dans les nanosecondes puisque Alain Bonati ne cesse de penser à ce baiser volé, elle n’est pas là, envolée, je ne sais où. Tel un serin, il chantonne :
« Si serein,
Si près du rêve,
Si près du paradis,
Si près de toi » !
Peu à peu on s’installe dans ce confort, il partage son émotion, il n’invente rien, raconte à elle, celle qu’il aime et donc aux gens tels que ma personne qui, après la foudre, ont pris un coup, pas de soleil, mais de tristesse, un coup de folie, une maladie d’Amour ! Est-ce l’influence d’une jeunesse liée à un milieu modeste, depuis sa Normandie natale, et les aléas de sa vie professionnelle et sentimentale, qui lui feront découvrir le jeu des rimes avec les mots pour décrire les moments forts de son existence avant Annie, il écrit ces vers et je partage ce calvaire : « J’ai parcouru tant de chemins / Tant de sentiers / Qui me semblaient si tristes à emprunter / Dans le vide immense de l’horizon ! » Et l’Horizon, avec ce grand Humain qui englobe le globe terrestre et son fruit, l’Humanité, nous montre un auteur à la gâchette simple, qui ne va pas vers la complexité, cœur et âme nus, se livre dans ce livre, et l’écrit dans sa biographie chez l’éditeur alternatif Edilivre. Un message de marin : je lui dis merci d’avoir jeté une ancre d’espoir sur ma route, l’amour vrai, comme nous sur les cartes marines nous ne traçons que du vrai. Son titre au livre de Monsieur Bonati cause, cet Homme ne ment pas, Voyage d’amour donne de l’Espoir, et l’Amour est la langue universelle, l’Espéranto, le rêve de comprendre, de s’unir, de se maintenir et de vivre plus seul mais à deux, voilà l’invitation à découvrir ses mots, un à un et voler sans se noyer dans le chagrin, livre solaire, et salutaire pour ma pomme, et pour vous ? Vous, oui, voulez-vous entrer pas à pas dans la musique de son chant, rossignol, pas goéland, moi, je vous invite à commencer l’aventure de sa vie par le tome 1 !

Guide du petit djihadiste, Pierre Conesa

Ecrit par Pierre Perrin le 20 février 2016. dans La une, Actualité, Littérature

Avec l’autorisation de la Cause Littéraire

Guide du petit djihadiste, Pierre Conesa

Huitième ouvrage de cet ancien haut fonctionnaire au Ministère de la Défense, cet essai claque comme une détonation. Si l’auteur y « manie le second degré et la dérision » – ce qui conduit hélas à douter que sur cette voie des quasi-illettrés se remettent en cause –, ses démonstrations paraissent à ce point frappées au coin du bon sens que « des jeunes de classes moyennes » en marche vers la radicalisation devraient, eux, pouvoir se ressaisir. Interpellés tout du long, ceux-ci devraient être en mesure d’au moins comprendre ce qui les attend. Ce petit guide, au demeurant, est sous-titré : à l’usage des adolescents, des parents, des enseignants et des gouvernants, c’est dire combien son lectorat devrait être nombreux. Surtout si j’ajoute que la lecture peut en être bouclée en une heure.

D’abord cet essai délivre une définition limpide :

Le salafisme djihadiste est une idéologie réactionnaire, dans tous les sens du terme, qui a arrêté les horloges au VIIème siècle et qui légitime sa violence par l’ambition d’édifier une société pure et juste.

L’auteur établit un parallèle avec le totalitarisme des Khmers rouges et des Gardes rouges de Mao.

Pour qui n’aurait pas une préhension claire du problème, Pierre Conesa met en lumière quelques évidences. La société occidentale est « bouffie de bonne conscience […] et baigne dans la luxure, l’usure, l’inceste, la sodomie et le culte des idoles ». Tout au contraire, la société proposée par l’Arabie Saoudite, Al-Qaïda ou Daech, instaure le « paradis chariatique sur terre », pour peu qu’elle soit terre d’islam. Contre le désordre occidental, cette société islamique fixe en effet « des normes, des règles régissant tous les actes de la vie quotidienne, une limite claire et tranchée entre le Bien et le Mal, entre le licite et l’illicite, des interdits stricts. Quelques-unes de ces règles limpides, que Voltaire eût aimé brocarder, s’exposent ainsi : « il est recommandé de pisser “halal”, c’est-à-dire à l’opposé de la direction de La Mecque » ; le pantalon, pour l’homme « doit s’arrêter au-dessus de la cheville pour ne pas ramasser d’impuretés – en revanche, le voile de la femme doit traîner par terre ». L’adultère exige une lapidation de la femme. « Décapiter est important pour priver l’ennemi musulman de la possibilité d’aller au paradis, puisqu’il doit y entrer la tête la première ».

On aimerait rire ; restons sérieux. En occident, par le divorce, un père abandonne ses enfants. Voilà le pire reproche ressassé par les recruteurs. Mais la polygamie fait-elle des pères une panacée ? Combien laissent leur femme en terres d’allocations pour retourner, eux, au pays ? Tel était le cas, par exemple, du père de Mohamed Merah, le tueur de Toulouse. Il en est d’autres.

Reflets du temps a lu : « Vivre pour la raconter »

Ecrit par Gilberte Benayoun le 20 février 2016. dans La une, Littérature

de Gabriel García Márquez (Grasset, 2003)

Gabriel García Márquez, dont nombre de ses livres m’ont fait voyager dans le temps et dans l’Amérique du sud, dont la peinture et l’écriture m’ont emportée et passionnée, fait aussi partie, et à la bonne place, de ma nourrissante « bibliothèque intérieure » de littérature étrangère.

Vivre pour la raconter (Vivir para contarla) est son tout dernier et tout foisonnant livre ; 600 pages autobiographiques qui m’ont ravie et attachée encore plus fortissimo à cet écrivain que j’aime, et qui a reçu en 1982 le Prix Nobel de littérature, grandement mérité.

Dans ce dernier livre, où l’on retrouve certains de ses personnages, inoubliables et hauts en couleurs, rencontrés dans quelques-unes de ses œuvres précédentes, on découvre avec bonheur et gourmandise comment et pourquoi Gabriel García Márquez a décidé de devenir écrivain. Un délice de lecture !

 

Quatrième de couverture

« La vie n’est pas celle qu’on a vécue, mais celle dont on se souvient et comment on s’en souvient pour la raconter » écrit Gabriel García Márquez en exergue à ce livre de mémoires d’enfance et de jeunesse. Roman d’une vie où, à chaque page, l’auteur fait revivre les personnages et les histoires qui ont peuplé son œuvre, du monde magique d’Aracataca à sa formation au métier de journaliste, des tribulations de sa famille à sa découverte de la littérature et aux ressorts de sa propre écriture. De ce fourmillement d’histoires où les figures hors du commun, les rencontres, les nuits blanches tiennent la plus grande place, surgit peut-être le plus romanesque des livres de Gabriel García Márquez. On y retrouve l’émerveillement de cette Colombie cruelle et fascinante où la nature, le pouvoir, l’alcool, les femmes et les rires ont un goût de folie : celui-là même de Cent ans de solitude et de L’amour au temps du choléra.

 

Extraits :

[…] Elle se faufila de son pas léger entre les tables couvertes de livres, se planta devant moi, me regarda droit dans les yeux avec le sourire malicieux de ses meilleurs jours et, avant que j’aie pu réagir, elle me dit :

« Je suis ta mère ».

Eclats d’humeur

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 février 2016. dans La une, Littérature

Emmanuelle Ménard, éditions Le Coudrier, octobre 2015, Poèmes et Illustrations Emmanuelle Ménard, 116 pages, 16 €

Eclats d’humeur

Un recueil de poèmes n’est – ne doit être – pas seulement pour la bibliothèque. Pour la poche en marchant, le sac de voyage, au rythme du train, le chevet, bien entendu. Le poème, on le sait, c’est « le » remède pour nos jours-chochotte, nos avant-hier qui clochent, nos chagrins de demain. Nos envies, nos élans, nos « en-avant » quand même. Qu’est-ce qu’on serait sans un poème ?

« Que dire sans vous

Qui sculptez la raison et peignez la folie

Et toutes ces émotions »…

Ce livre-là n’échappe pas à la règle, et pour cause. Emmanuelle Ménard, n’est-elle pas née dans un milieu artistiquement porteur, comme on dit. Côté grand-père – René Ménard, lauréat en son temps du prix « Louise Labé » –, on fréquentait René Char, Andrée Chédid, et Camus…

Son Éclats d’humeur, beau titre – pas mieux ! – nous balade selon l’heure et la page, dans un Faisons un rêve, croise les désarrois :

« Et bien c’est raté

Le cri de l’aube

Les draps lavés d’amour

S    Les dents du matin sont tombées

Dans un ciel qui fait la gueule »

Hante quelques lieux, aussi – La fête à Namur, Un samedi à Bruxelles. On visite les Tendres hivers et les Chansons du printemps. Nous met – important, et pas si fréquent dans le genre – face aux gens : le beatnik, le sans abri du coin ; Les mal logis. Bref, la vie ici et maintenant ; regard aigu, élan toujours foisonnant d’humanité :

« J’aime les loosers

Les désespérés de l’existence

J’aime les bons à rien faire

Qui rêvent de tout faire ».

Son univers, Emmanuelle « Je suis la femme aux mille chansons », le nôtre, évidemment ! Du simple, du vivant, du qu’on lit, qu’on murmure, en se disant : c’est ça, exactement ! Et – jaloux, juste un peu – de ne pouvoir, nous, claquer ça sur la page blanche, nous repartons – heureux, vraiment – de ces vers comme chanson qui aide. A vivre, bien sûr !

« J’prends des cuites au cœur

Tombe la lune

Et paf !

J’ai l’œil au beurre rance ».

 

Martine L Petauton

 

Emmanuelle Ménard, née en 1965, vit en Belgique. Enseignante en Lettres. Membre du réseau Arts et Lettres. Anime des sessions au cercle de poésie Grenier. Auteure de plusieurs romans et pièces de théâtre.

Reflets du temps a lu : « Contre Sainte-Beuve », Marcel Proust (Folio Essais, 1987)

Ecrit par Gilberte Benayoun le 13 février 2016. dans La une, Littérature

Reflets du temps a lu : « Contre Sainte-Beuve », Marcel Proust (Folio Essais, 1987)

A la lecture des quelques pages seulement – n’ayant pas encore terminé de lire les 300 pages – du Contre Sainte-Beuve de Marcel Proust, pages très belles et ô combien érudites, instructives, envoûtantes, dont la beauté rappelle inévitablement et naturellement celles de La Recherche du temps perdu, je me dis, je pense, je réfléchis, et me demande : est-ce que l’œuvre de Marcel Proust est – comme je l’imagine – le miroir intime dans lequel on le voit, on le lit, et on l’aime ? Ou est-ce son autre « moi » le créateur de son œuvre ? Qui est qui ? Lequel on aimerait ? Je les aime les deux…

 

Quatrième de couverture

A la fin de l’automne 1908, Proust rentre de Cabourg épuisé. Depuis longtemps il a renoncé à son œuvre. Profitant d’un répit que lui laisse sa maladie, il commence un article pour Le Figaro : « Contre Sainte-Beuve ». Six mois plus tard, l’article est devenu un essai de trois cents pages. Conversant librement avec sa mère, l’auteur entrelace, autour d’une réflexion sur Sainte-Beuve les souvenirs personnels, les portraits d’amis, les impressions de lecture. Voici le château de Guermantes : voici M. de Quercy et Mme de Cardaillac, grands lecteurs de Balzac, mais qui ressemblent à s’y méprendre à Charlus et à Gilberte. Sans le savoir, Proust venait de libérer son génie.

Proust ne voulait pas qu’on mît des idées dans un roman. Toutes les analyses qu’il a écartées d’A la recherche du temps perdu, on les trouvera ici. Elles confirment que Proust, le plus grand romancier de son siècle, pourrait bien en être aussi le plus grand critique.

 

Extraits :

Chaque jour j’attache moins de prix à l’intelligence. Chaque jour je me rends mieux compte que ce n’est qu’en dehors d’elle que l’écrivain peut ressaisir quelque chose de nos impressions, c’est-à-dire atteindre quelque chose de lui-même et la seule matière de l’art. Ce que l’intelligence nous rend sous le nom de passé n’est pas lui. En réalité, comme il arrive pour les âmes des trépassés dans certaines légendes populaires, chaque heure de notre vie, aussitôt morte, s’incarne et se cache en quelque objet matériel. Elle y reste captive, à jamais captive, à moins que nous ne rencontrions l’objet. A travers lui nous la reconnaissons, nous l’appelons, et elle est délivrée. L’objet où elle se cache – ou la sensation, puisque tout objet par rapport à nous est sensation –, nous pouvons très bien ne le rencontrer jamais. Et c’est ainsi qu’il y a des heures de notre vie qui ne ressusciteront jamais. C’est que cet objet est si petit, si perdu dans le monde, il y a si peu de chances qu’il se trouve sur notre chemin ! […]

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