Littérature

Reflets des Arts Notes sur le surréalisme

Ecrit par Johann Lefebvre le 22 mars 2014. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Reflets des Arts Notes sur le surréalisme

Topologie extérieure / Analysis extra situs

Le surréalisme, par ses acteurs et par les lieux où il surgit, est une internationale, à peu près au même titre qu’a pu l’être celle des situationnistes quarante ans après dans un projet où l’on retrouve des intentions et des pratiques comparables, avec néanmoins un groupe bien plus limité en nombre et une expérience plus courte.

Exemples à l’est et au Pays du Soleil Levant. I. « Alternative orange » en Pologne est un groupe fondé par le « Commander of the Festung Breslau », Waldemar Fydrych, qui dans les années 80 fait de l’opposition anti-communiste une activité sérieusement burlesque, dessinant des lutins sur les murs des villes, organisant des happenings joyeux, faisant des actions spontanées. La dimension contestataire s’imbrique ici dans une esthétique débridée, elle permet aux différentes mouvances de l’opposition politique polonaise de se reconnaître dans une série d’opérations critiques à l’égard de l’autorité du pouvoir qui est ridiculisé. Ce mouvement est probablement le dernier qui entre dans la définition du surréalisme, lequel est mort « officiellement » le 4 octobre 1969 sous la plume de Jean Schuster dans Le Monde avec son article qui signe la fin de la récréation, « Le Quatrième Chant ». II. Très proche de Breton et Éluard, l’artiste et critique tchèque Karel Teige est à l’origine d’un poétisme et d’un constructivisme très virulents : dès 1920, avec Jaroslav Seifert, qui sera lauréat du prix Nobel de littérature en 1984 (à 83 ans) et Vladislav Vančura, auteur du très étonnant roman « L’Été capricieux » (1926), Teige fonde le groupement d’avant-garde Devětsil qui s’articule autour de l’art prolétarien et du réalisme magique (1). Le manifeste de ce surréalisme tchèque est « Le constructivisme ou la liquidation de l’art » (1924), rédigé par Teige. III. J’ai un faible pour Andreï Platonov, écrivain russe qui s’apparente en bien des points au surréalisme, et dont l’essentiel de l’œuvre a été confisqué par le régime soviétique et n’a été découvert qu’à l’ouverture des archives littéraires du KGB dans les années 80. On y trouve une invention stylistique d’une richesse étonnante. IV. Au Japon, le surréalisme est présent dans de nombreuses activités artistiques. Le poète et aquarelliste Junzaburō Nishiwaki parcourt l’Europe dans les années 20, s’initie au modernisme littéraire (Joyce, Pound), et découvre le surréalisme, alors en plein essor. Après être revenu au pays en 1926, il édite la première revue de poésie surréaliste japonaise « Fukuiku Taru Kafu Yo » (Chauffeur exquis) en 1927, puis un autre périodique « Shi ti Shiron » (Poésie et poétique), l’année suivante. Son compatriote Shūzō Takiguchi est probablement le plus connu des surréalistes japonais, adepte de l’écriture automatique. C’est un grand promoteur du surréalisme, traduisant Breton, organisant en 1937 l’exposition internationale du surréalisme dans les plus grandes villes de son pays avec le concours d’Éluard, Penrose et Hugnet, et c’est encore lui qui rédige la première monographie consacrée à Joan Miró (1940). Si vous êtes plus sensible à la peinture, jetez un œil aux œuvres de Harue Koga, bien que la parenté soit discutée entre le surréalisme occidental pictural et celui que pratique Koga, le chōgenjitsushugi, mais cette distinction me semble artificielle et être le fruit de têtes de zigotos qui ne parlent que par l’athée au riz. Quant à Noboru Kitawaki, on y retrouve dès ses débuts dans les années 30 la touche de Ernst et Dalí, et nous plonge dans un univers tout particulièrement onirique. A ce propos, une véritable démarche surréaliste est présente chez Yoshiharu Tsuge puisque certains de ses mangas sont des transcriptions de rêves, technique narrative qu’il entame en 1968 (mais cet auteur est malheureusement peu traduit en France).

Entre ciel et terre, La tristesse des anges et Le cœur de l’homme, de Jón Kalman Stefánsson

le 08 mars 2014. dans La une, Littérature

chez Gallimard Folio, trilogie en 3 volumes traduite de l’islandais par Eric Boutry

Entre ciel et terre, La tristesse des anges et Le cœur de l’homme, de Jón Kalman Stefánsson

L’Islande ne compte pas quatre cent mille habitants mais ce sont les plus grands lecteurs du monde. La littérature y est une sorte d’institution nationale. Elle y est respectée sous toutes ses formes, la poésie, le roman policier, les sagas héritières d’une tradition millénaire, le théâtre… Le rapport entre le nombre des auteurs, des éditeurs et des livres publiés et celui des lecteurs potentiels y est inconcevable sous nos latitudes ; les traducteurs sont à l’affût de tout ce qui se publie en anglais, en allemand, en français et dans toutes les langues du monde. Le moindre bourg a sa bibliothèque et ses clubs de lecteurs. Les écoliers apprennent les poèmes et les aphorismes qu’ils seront capables de citer leur vie durant. Et ça ne date pas d’hier si l’on en croit la saga de Stefánsson ! Bref, c’est une île étonnante à ce titre et à bien d’autres et s’il n’y faisait pas si froid…

La vie en Islande est particulièrement dure et l’était encore davantage il y a un peu plus d’un siècle quand commence cette histoire, dans un village de pêcheurs à la morue, au fond d’un fjord encaissé entre des falaises abruptes et baigné par une eau glacée. Elle s’achève trois saisons plus tard au fond d’un autre fjord, encore plus au nord, entre des rochers aussi inhospitaliers surplombant une mer toujours aussi glacée. Entre temps, nous aurons affronté, outre les flots déchaînés, des tempêtes de neige dans des montagnes désolées, la misère des fermiers et des marins, le dégel boueux de l’été, l’odeur obsédante de la morue salée, quelques scènes de beuverie au tord-boyau local et surtout, nous aurons suivi la longue et douloureuse initiation d’un « gamin » orphelin qui essaye de comprendre la vie et les mots qui la disent. Je ne vous en raconterai pas davantage parce que ce beau récit, qui nous entraîne loin dans le temps et, pour nous, dans l’espace, n’est qu’un prétexte à une méditation sur nos vies et sur le monde contre lequel nous sommes en lutte.

Je me bornerai donc à proposer quelques conseils. D’abord, procurez-vous Entre ciel et terre. C’est publié en Folio, comme les deux volumes suivants (le troisième depuis ce mois-ci) mais vous devriez le trouver dans la bibliothèque municipale de votre fjord. Vous allez être un peu déroutés par des noms imprononçables avec même des lettres inconnues. Vous ne saurez pas toujours s’il s’agit d’un homme ou d’une femme (on les distingue vite à ce que les premiers jurent, bandent et boivent). Ne vous inquiétez pas, ça fait partie du dépaysement. Vous allez également être interpellés par des formules, des assertions dont vous ne comprendrez pas toujours le sens. Surtout si comme moi, vous avez la tête un peu trop près du bonnet. Ne vous laissez pas influencer par votre besoin de rationalité, il vous ferait passer à côté de certaines remarques lapidaires qui décoiffent durablement ! Il faudra encore vous habituer à lire dans une seule phrase une question posée par un personnage, la réponse que lui renvoie un autre et éventuellement ce qu’en pense un troisième, le tout séparé par deux virgules tout au plus. C’est impressionnant d’efficacité. Et puis encore des scènes que vous croirez n’avoir pas bien suivies ; c’est simplement parce que le héros a besoin de les revivre dans sa tête, et donc dans la vôtre, pour les comprendre. On finit par s’y retrouver. La vie là-bas, c’est comme ça ! Ici, bien sûr, on est censé comprendre tout et tout de suite ! Ça ne vous empêchera pas de dévorer le premier tome entre angoisse et jubilation, les yeux mouillés tour à tour de larmes de compassion et de bonheur et vous vous direz en refermant le livre : « Voyons la suite : ça ne peut pas se maintenir longtemps à ce niveau d’intensité ! ». C’est vrai, ça se saurait ! Remarquez que ça se sait et dans le monde entier encore.

Ainsi donc, Luce Caggini, vous lisez le « Naissance » de notre Yann Moix, Renaudotisé à l’automne, en plusieurs fois ?

Ecrit par Luce Caggini le 08 mars 2014. dans La une, Ecrits, Littérature

Ainsi donc, Luce Caggini, vous lisez le « Naissance » de notre Yann Moix, Renaudotisé à l’automne, en plusieurs fois ?

Même Proust aurait peut-être été mené entre deux théories manichéennes :  imaginer le jeu des éléments du mariage de deux consanguins juifs ;  non seulement un juif aurait été mort de rire mais il aurait été immunisé à jamais du musical jeu de mots : naître, vagir et nager dans le ventre de sa mère, c’est adoniser et le malheur et le malheureux dans le même temps !

Mener une enquête par mail c’est comme mettre un avis de passage dans la boite aux lettres de Yann Moix, alors je me demande si ma visite à Reflets du Temps en sera récompensée par Madame Renaudot.

 

Expliquez, s’il vous plaît, et le besoin, et la procédure, et les objectifs :

1 – Lire en plusieurs fois, comment vous est venue l’idée ?

J’ouvre plusieurs livres à la fois ainsi je nourris mes besoins différents d’un moment à l’autre. En ce qui concerne Naissance je me suis dit que ma curiosité serait vite rassasiée si naître prenait mille trois cents pages

 

2 – Quand avez-vous senti ce besoin ?

Ma croix a été vite dotée de trois milles autres raisons, je n’en donnerai que deux : la première est que je suis comme Moix réduite à me demander si je suis juive ou arabe ou les deux à la fois, la deuxième est que je serai bientôt Renaudotisée et pendant ce temps je serai obligée d’être moins tendre avec moi-même et mes habitudes de miraculée de la vie.

 

3 – Quand le lisez-vous ? Quand ça vous chante, ou avec une ritualité d’horloge ? Si c’est le cas, Naissance est-il un livre du matin ? Du soir, de pluie ou de soleil ?

Dans le métro j’aime regarder les gens, tous ont une histoire sur leur visage que je prends la liberté de lire.

 

REFLETS DES ARTS Littérature : Charles Baudelaire

Ecrit par Johann Lefebvre le 01 mars 2014. dans La une, Littérature

REFLETS DES ARTS Littérature : Charles Baudelaire

Charles Baudelaire naît en 1821 à Paris. Son père meurt quand il a six ans en 1827 ; sa mère se remarie avec Jacques Aupick, lequel est haï par Charles, puisque ce militaire austère va l’écarter de sa mère et, plus tard, tentera de brider sa vocation littéraire. Après son bac, obtenu de justesse, et comme il affiche de plus en plus un désir de littérature, son beau-père décide de lui changer les idées en l’envoyant aux Indes pour qu’il s’essaye au commerce, mais ce voyage échoue aux îles Mascareignes, et Charles n’en retiendra que la beauté des paysages, les odeurs inédites, la végétation extraordinaire, les couleurs inconnues, la lumière exotique, toutes ces sensations et émotions qu’il convoquera plus tard dans bon nombre de ses textes.

Revenant à Paris, majeur et sorti du carcan de son beau-père, il connaît une vie de bohème, fait la connaissance de Jeanne Duval, la Vénus Noire, avec laquelle il va vivre une relation tumultueuse, décousue, jusqu’à sa mort. Cette femme a été sa muse, lui inspirant ses plus beaux vers, bien qu’elle ait laissé derrière elle une réputation d’amante persécutrice, lui soutirant de l’argent, l’accaparant sexuellement, et même, selon certains biographes, entravant la pleine expression de son génie.

Baudelaire compose dès le début de cette relation les premiers poèmes des « Fleurs du mal ». En parallèle à ces premières ébauches qui seront son recueil le plus connu, il fait quelques piges en tant que critique d’art pour trouver un peu d’argent. Il fréquente le Club des Haschischins dès sa création (1844) : bien que sa première expérience lui provoque des désordres intestinaux, il va la répéter à plusieurs reprises, sous le contrôle du docteur Moreau (créateur du Club). C’est à cette occasion qu’il fait la connaissance de Théophile Gautier. Il est important de souligner que, contrairement à l’image souvent colportée de Baudelaire toxicomane invétéré, les expériences en la matière ont été peu nombreuses, comme pour Gautier d’ailleurs, lequel indique : « Il ne vint que rarement et en simple observateur aux séances de l’hôtel Pimodant, où notre cercle se réunissait pour prendre le dawamesc, séances que nous avons décrites autrefois dans la Revue des deux Mondes, sous ce titre : le Club des Haschischins, en y mêlant le récit de nos propres hallucinations. – Après une dizaine d’expériences, nous renonçâmes pour toujours à cette drogue enivrante, non qu’elle nous eût fait mal physiquement, mais le vrai littérateur n’a besoin que de ses rêves naturels, et il n’aime pas que sa pensée subisse l’influence d’un agent quelconque (1) ». Gautier est l’ami, le modèle, à qui Baudelaire dédicacera Les Fleurs du mal :

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 22 février 2014. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

Lire, écouter, déguster, et se laisser emporter par-delà les flots et la magie des mots de ces morceaux choisis de pure poésie… extraits de l’œuvre immense de notre grand poète-écrivain français aux cheveux d’or et à la gueule d’ange…

 

Extraits :

 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,

Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :

Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles

Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

 

J’étais insoucieux de tous les équipages,

Porteur de blés flamands ou de coton anglais.

Quand avec les haleurs ont fini ces tapages

Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Reflets des Arts - Littérature - : Charles Bukowski

Ecrit par Johann Lefebvre le 15 février 2014. dans La une, Littérature

Reflets des Arts - Littérature - : Charles Bukowski

Fils d’immigrés allemands, Charles Bukowski (Buk, Hank) est l’un des écrivains américains majeurs du XXe siècle. Arrivé aux USA alors qu’il n’a que trois ans, il grandit dans une ambiance familiale déplorable : fils unique, il est en conflit constant avec son père violent et en échec social, lequel le bat régulièrement, sans que jamais sa mère intervienne.

Cette enfance particulièrement rude, il la décrit dans « Souvenirs d’un pas grand-chose » (1), il y fait un portrait abominable à la fois de son père (et de sa mère, femme soumise et effacée) et de la misère dans laquelle évolue la famille. Il découvre le pouvoir des mots en rédigeant une simple rédaction qui consiste à évoquer la visite de Herbert Clark Hoover, 31ème président des Etats-Unis, à Los Angeles. Mais le père de Bukowski lui interdit d’assister à cette visite et le jeune élève est donc obligé de l’imaginer en y plaçant des détails et des événements parfaitement fictifs : la lecture de son texte devant toute la classe est un véritable succès et lui vaut les éloges de son institutrice, et si l’on en croit l’auteur lui-même, il y a dans cet anecdote probablement l’un des fondements de son goût pour la littérature.

Son père, simple livreur, est non seulement pour Bukowski le symbole du salarié sans ambition mais c’est surtout un homme hypocrite en équilibre sur les apparences sociales qui interdit à son fils de fréquenter les autres gamins du quartier : comme lui ils sont pauvres et par cette interdiction son père s’exonère d’une image spéculaire qu’il ne supporte pas. Plus tard, au plus fort de la dépression économique, celui-ci perd son emploi et durant de longs mois fait en sorte de ne rien changer à la cadence de sa vie, simulant ainsi la situation d’un travailleur qui aurait été épargné par les grandes vagues de licenciements. Ce comportement ridicule attise le mépris du garçon à l’endroit de son géniteur et lui fournit, déjà, un spectacle désastreux du monde du travail. Les conflits avec le père, très violents, sont de véritables épreuves pour Bukowski qui souffre par ailleurs d’un terrible mal, une acné gigantesque et furonculeuse qui lui dévaste le corps, en particulier le visage et le dos ; tous ces éléments malheureux contribuant à la construction d’une image dévalorisée de soi mais, comme c’est souvent le cas en de telles circonstances négatives, à la naissance d’un tempérament bien trempé et d’une lucidité redoutable. Le jeune homme découvre l’alcool, les filles, le base-ball, et la poésie. Il se bat beaucoup, au collège, dans la rue, il prend de l’assurance, physique et mentale. A seize ans, il renverse les rapports de force au sein de la cellule familiale : alors qu’il rentre ivre chez ses parents, il subit une énième fois les coups de son père, mais il répond, et gagne le combat. Après cette rouste renversée, son père ne portera plus jamais la main sur lui.

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 15 février 2014. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

D’un immense écrivain, l’un de nos plus grands auteurs européens du vingtième siècle, du monde entier et de tout l’univers littéraire… quelques notes de musique d’un tellement beau et si lumineux monologue vivant qui soit, extrait de son grand chef-d’œuvre…

 

Extraits :

… et je leur dirai de nous envoyer quelques fleurs pour mettre un peu partout ici si par hasard il l’amène demain je veux dire aujourd’hui non non le Vendredi est un mauvais jour il faut d’abord que j’arrange un peu la maison la poussière a l’air de pousser ici pendant que je dors et puis nous pourrons faire de la musique et fumer des cigarettes je peux l’accompagner d’abord il faut que je nettoie les touches du piano avec du lait qu’est-ce que je mettrai porterai-je une rose blanche ou ces madeleines chez Lipton j’aime ce que ça sent dans une grande belle boutique à 15 sous la livre ou les autres avec les cerises et le sucre rose à 22 sous le kilo bien entendu une jolie plante pour le milieu de la table…

… et pourquoi parce qu’ils ont peur de l’enfer à cause de leur mauvaise conscience ah oui je les connais bien qui a été la première personne dans l’univers avant qu’il y ait personne d’autre celui qui a tout créé qui ah ça ils n’en savent rien ni moi non plus et voilà tout ils pourraient aussi bien essayer d’empêcher que le soleil se lève demain matin c’est pour vous que le soleil brille comme il me disait le jour où nous étions couchés dans les rhododendrons à la pointe de Howth avec son complet de tweed gris et son chapeau de paille le jour que je l’ai amené à me parler mariage oui d’abord je lui ai passé le morceau de gâteau au cumin que j’avais dans la bouche et c’était une année bissextile comme cette fois-ci oui il y a 16 ans de ça mon Dieu après ce long baiser j’en avais presque perdu le souffle oui il a dit que j’étais une fleur de la montagne oui c’est bien ça que nous sommes des fleurs tout le corps d’une femme oui pour une seule fois il a dit quelque chose de vrai et c’est pour vous que le soleil brille aujourd’hui oui c’est pour ça qu’il m’a plu parce que je voyais qu’il comprenait et qu’il sentait ce que c’est qu’une femme et je savais que je pourrais toujours en faire ce que je voudrais et je lui ai donné tout le plaisir que j’ai pour l’amener à me demander de dire oui et d’abord je ne voulais pas répondre je ne faisais que regarder la mer et le ciel je pensais à tant de choses qu’il ne savait pas…

La poésie duo du haut du pont entre la France et l’Italie

Ecrit par Stéphanie Michineau le 01 février 2014. dans La une, Littérature

La poésie duo du haut du pont entre la France et l’Italie

Biographie de la traductrice et poétesse italienne, Berta Corvi :

Au fil de la plume :

Berta est née à Atri (un petit village situé dans le centre de l’Italie) bien que ses parents habitent à l’époque en Belgique après y avoir émigré en 1963. Suite au décès de son père en 1980, elle retourne dans son pays d’origine, l’Italie. C’est en 1983, après l’obtention de son diplôme, qu’elle quitte Liège (Belgique) avec sa mère et sa sœur pour aller poursuivre ses études en Italie. Elle s’inscrit à la faculté de Langues et littératures étrangères de l’Université Gabriele d’Annunzio, à Pescara. Elle y suit les cours du professeur émérite des Universités et président honoraire de l’Université de Savoie, spécialiste de poésie et de l’imaginaire, Jean Burgos. C’est par ses yeux qu’elle découvre des auteurs qui lui étaient jusque-là inconnus : Henri Michaux, Yves Bonnefoy et Saint-John Perse.

 

S. Michineau : Berta, la suite de votre parcours, si vous le permettez, je vais en retracer le chemin en quelques fragments pour nos lecteurs. Vous avez clos par une thèse qui portait sur Jean Giono. Vous savez que personnellement, je suis titulaire d’une thèse de DOUBLE référence, sur l’autofiction ET sur Colette, ainsi qu’il en a été stipulé sur le site de référence de « recherche en littérature » : Fabula ; cette thèse étant intitulée précisément L’Autofiction dans l’œuvre de Colette, publiée aux éditions Publibook comme filiale du Petit Futé (il est d’ailleurs regrettable que la vôtre ne la soit pas), et force est de constater que les accointances entre les deux écrivains français de toute éternité ainsi que de la même période, située à la première moitié du 20ème siècle, sont nombreuses. On pourrait y voir comme thématiques communes : l’enfance, la nature et la sauvagerie. Voici donc quelques axes pointés à prendre bien évidemment comme clins d’œil en direction d’organisateurs de colloques ou/et programmateurs d’événements littéraires. Ecrivant cela, je songe rétrospectivement à mon duo-duel (? mais je rassure bien vite les lecteurs car il ne s’agit là, premièrement, que d’Art et littératures, et deuxièmement c’est inhérent à l’esprit même de la recherche éclairée par des débats qui construisent la réflexion vers un mieux et un plus abouti) datant de mars 2012 (presque deux ans déjà !) avec Isabelle Grell, spécialiste de Jean-Paul Sartre ; événement littéraire programmé à Bastia suivant la double sollicitation vive de Madame la présidente de l’association corse Musanostra, Marie-France Bereni-Canazzi, afin de nous entretenir sur « La biographie, récits de vie et autofiction » puisque nous y étions conviées, ainsi que le mentionne la présidente, comme dignes représentantes et « spécialistes mondiales de l’autofiction » (source revue Art : Musanostra, rubrique presse :

Un atlas et trois dames

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 18 janvier 2014. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Un atlas et trois dames

Il paraît que les cadeaux de Noël le plus souvent revendus sur les sites spécialisés sont des cravates. Je n’en ai pas reçu et je le regrette un peu car j’aime les cravates bien que je n’en porte plus guère. L’édition revue et corrigée de l’excellent Atlas des crises et des conflits de Pascal Boniface et Hubert Védrine (Armand Colin éditeur) n’est certes pas un cadeau qui s’inscrit dans le registre d’une élégante frivolité. Le livre de l’éminent géopolitologue et du brillant ancien ministre n’est pas de nature à vous faire aborder l’année nouvelle avec un franc optimisme mais c’est un outil de tout premier ordre pour comprendre le monde, ou du moins pour comprendre de quoi on parle dans les bulletins d’informations radiophoniques dignes de ce nom. Car il ne suffit pas d’écouter pour comprendre.

MM. Boniface et Védrine savent expliquer en quelques paragraphes clairs et en autant de cartes multicolores pourquoi et comment tous les continents de cette planète sont en butte à des conflits généralement aussi absurdes qu’insolubles en l’état de la bêtise humaine ambiante (dont on ignore par la faute de Descartes que c’est la chose du monde la mieux partagée). Les auteurs assortissent leurs analyses de scénarios possibles de sortie de crise mais reconnaissent le plus souvent que les plus favorables sont les moins probables. Aussi, retire-t-on de la lecture de cet ouvrage la conviction qu’il n’est plus très prudent de voyager dans nombre de pays naguère mythiques d’Asie, d’Afrique ou des Amériques où j’ai pu rêver, jeune homme, d’aller user mes pataugas, traveller’s chèques en poche et Guide du Routard dans mon sac à dos. Il fallait que je me décide plus tôt.

N’attendez pourtant pas de moi des imprécations désabusées contre ces temps de violence mondialisée et de terrorisme rampant sans compter la disette intellectuelle, la famine morale et l’abstinence culturelle que nous sommes censés subir dans les pays qui échappent encore aux conflits qu’éclaire l’Atlas de Pascal Boniface et Hubert Védrine. En ce début d’année, je ne joindrai pas ma faible voix au concert de jérémiades et autres pleurnicheries dont il est d’usage de se draper à la façon d’une toge antique qui symboliserait je ne sais quelle sagesse ancestrale. Pris par des questions plus immédiatement préoccupantes, on peut préférer fermer pudiquement les yeux et les oreilles sur les quelque soixante conflits recensés par cet atlas et dont nos journalistes de la presse écrite et audiovisuelle nous entretiennent chaque jour, certains au risque de leur liberté et de leur vie. Mais que ce ne soit pas pour se réfugier dans un passéisme nostalgicodépressif qui prétendrait que tout va mal et que « c’était bien mieux avant ».

REFLETS DES ARTS - Littérature - : François Rabelais

Ecrit par Johann Lefebvre le 11 janvier 2014. dans La une, Littérature

REFLETS DES ARTS - Littérature - : François Rabelais

Francois Rabelais est né à Seuilly, près de Chinon, probablement en 1483, et mort à Paris en 1553. Après une éducation typique réservée aux enfants issus d’un milieu favorisé, il est d’abord moine franciscain, puis secrétaire de Geoffroy d’Estissac, évêque de Maillezais, qui le place sous sa protection, Rabelais ayant fui le couvent de Fontenay-le-Comte où il étudiait le grec, langue profane jugée hérétique par la Sorbonne (il entretient d’ailleurs une correspondance avec l’helléniste Guillaume Budé). Par ce fait, il change d’ordre religieux et prend l’habit noir bénédictin, ordre qui correspond davantage à ses attentes et espoirs, puisque lettré et actif, humaniste donc, contrairement aux franciscains qui sont au début du XVIe siècle les représentants d’une culture monacale désuète, faite de vagabondage et de mendicité, et d’un esprit médiéval qui se meurt. Ce changement d’ordre n’est possible, pour un moine, qu’avec l’autorisation papale – indult – obtenue grâce à d’Estissac, doté de bénéfices ecclésiastiques. Sa fonction de secrétaire lui permet d’accéder à la bibliothèque de l’évêque et de compléter ses connaissances, déjà considérables. Il est chargé par l’évêque, qui ne lit pas le grec, de lui traduire de nombreux ouvrages en provenance d’Italie (1). Fort probablement, il fréquente aussi l’Université de Poitiers.

Mais Rabelais est un passionné, et au contact du médecin et de l’apothicaire au service de Geoffroy d’Estissac, il décide d’approfondir l’art de la médecine : il monte à Paris en 1528, puis fait certainement une espèce de tour de France, abandonne l’habit de moine, mais sans en faire la requête, ce qui lui vaut une condamnation pour apostasie. Deux ans plus tard, il est à la faculté de médecine de Montpellier où, rapidement il est fait bachelier, ce qui constitue la preuve de ses grandes connaissances et compétences. Dans ce cadre, le cours qu’il prodigue est consacré à Hippocrate (Les Aphorismes) et Galien (Petit Art Médical), ce dernier étant commenté par Rabelais directement depuis le grec, occultant délibérément la version latine qu’il considère comme incorrecte. Parti de Montpellier, nous savons qu’il réside à Lyon puisqu’il fait publier chez Sébastien Gryphe les lettres de Giovanni Manardi, médecin italien, ouvrage qu’il dédie à Tiraqueau (2). Suivent d’autres publications, celles de son cours sur les Aphorismes d’Hippocrate, d’après le manuscrit grec, dédiée cette fois à Geoffroy d’Estissac, et du Testament de Cuspidius. Bien que non pourvu du titre de docteur (il n’a pas même la licence), mais bénéficiant d’une solide réputation avec ses écrits, il est nommé médecin à l’Hôtel-Dieu de Lyon en 1532 qu’il quittera subitement au début de l’année 1535, probablement pour se protéger des effets collatéraux de l’affaire des placards.

C’est à Lyon que naît aussi son œuvre la plus connue. Il est important de signaler que Rabelais s’inspire d’un ouvrage anonyme, intitulé « Les Grandes Chroniques du grand et énorme géant Gargantua », œuvre qui connaît un succès certain dans les foires commerciales. Comme il n’est guère riche, Rabelais, voyant dans cette histoire qui se vend si bien un moyen de s’enrichir, il imagine le destin du fils de Gargantua, Pantagruel, et compose « Pantagruel. Les horribles & espouventables faictz & prouesses du tresrenomme Pantagruel Roy des Dipsodes / filz du grand geant Gargantua / Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier » (3), qui est mis en vente en novembre 1532, à la foire de Lyon. Le livre, qui semble parodier les poèmes médiévaux, offre de multiples digressions, mêlant plaisanterie, scatologie, érudition et réflexions du temps sur le pouvoir des gouvernements, sur la guerre, l’éducation et la science, faisant en particulier une satire hilarante de l’Université et de la Sorbonne, et mêlant à ses connaissances des éléments édifiants de paradoxographie… L’utilisation d’un pseudonyme, qui est l’anagramme de François Rabelais, s’explique bien sûr par la nature peu sérieuse de l’ouvrage qu’un médecin aussi renommé ne pouvait signer de son véritable patronyme.

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