Littérature

Échanges sur le court

Ecrit par Jean-Jacques Nuel le 26 avril 2014. dans La une, Littérature

Échanges sur le court

À l’occasion de la sortie du recueil Le mouton noir, Christian Cottet-Emard s’entretient avec Jean-Jacques Nuel sur ce projet en cours.

 

Christian Cottet-Emard : Depuis 2 ans, on voit tes textes courts paraître dans de nombreuses revues littéraires et en recueils. Ils semblent faire partie d’un même projet. Peux-tu nous en préciser la nature et l’importance ? Est-ce une nouvelle forme de ton écriture ?

 

Jean-Jacques Nuel : Ce n’est pas une forme nouvelle. J’ai écrit mes premiers textes courts sur ce modèle au milieu des années 1980 et on en trouve les premiers publiés dans mon recueil Noria paru chez Pleine Plume en 1988. Cela fait près de 30 ans ! Ces premiers textes étaient très courts et plus proches de la poésie. Ce n’est vraiment qu’à la fin de l’année 2011 que j’ai repris cette veine qui s’est développée dans un sens plus narratif, avec davantage d’humour et d’absurde.

J’en suis actuellement entre 300 et 400 textes écrits, je donne cette « fourchette » car beaucoup sont encore en chantier, ils n’ont pas encore gagné ce que j’appelle leur « bon de sortie ». J’aimerais en écrire un millier, ce qui représente un bel objectif.

 

CCE : Le court, est-ce un choix ou une malédiction pour un auteur du XXIème siècle ? Te considères-tu comme le « mouton noir » de la littérature ?

 

JJN : Un choix, oui, mais choisit-on ? L’écriture s’impose. J’écris depuis plus de 40 ans et me suis essayé à toutes les formes, avec des bonheurs (ou malheurs) divers : poésie, nouvelle, théâtre, roman… Je crois me connaître suffisamment pour en conclure que je suis vraiment à l’aise et dans mon élément sur deux longueurs de textes : le récit d’une centaine de pages (comme « Le nom » publié en 2005 chez A contrario) et les textes très courts de Contresens. Si mon dernier recueil porte pour titre « Le mouton noir », ce n’est pas par hasard ! Le problème ou, pour être positif, l’originalité de ces textes, c’est qu’ils ne relèvent d’aucun genre particulier, tout en se tenant à la frontière de beaucoup. Ce ne sont pas des poèmes en prose, ni des contes brefs, ni des histoires drôles, ni des mini-nouvelles, mais un mélange d’étrange, d’humour, d’absurde et de poésie qui peut déconcerter les animateurs de revues littéraires et les éditeurs habitués à des genres bien établis et reconnaissables. Me situant en dehors des genres reconnus, j’ai du mal à m’intégrer dans des cadres existants. Ainsi, bien que certains de mes textes contiennent à mon sens plus de poésie que bien des « poèmes », je suis très rarement invité à les lire dans des programmes de lecture publique. Mais je ne peux, ni ne veux écrire autrement. Chaque fois que je me plie à un genre, comme chaque fois que j’écris « sur commande », je me limite et régresse, mes textes deviennent artificiels et perdent en qualité. Tant pis si c’est plus dur et plus long pour m’imposer. Je dois aller au bout de ma démarche et de mon originalité. Je ne compte pas sur l’écriture pour gagner ma vie, et c’est une chance : je n’ai pas besoin d’animer des ateliers d’écriture ni de produire des ouvrages convenus pour subsister.

Quatrième partie, entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Ecrit par Luce Caggini le 26 avril 2014. dans La une, Littérature

Quatrième partie, entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Delphine de Malherbe, Interview in live-IV

Café de Flore samedi 29 Mars 2014

 

Un doux rêve qui finit dans une magique baguette de pain... (Luce Caggini)

 

« Vous qui prenez le monde comme il vient, jusqu’à paraître sans cœur, vous portez en vous, innocent, le pacte avec la vie » (Pier Paolo Pasolini)

 

LC : Pourquoi Pasolini… Cette phrase-là de Pasolini ?

 

DM : De toute façon j’aime les artistes italiens surtout les cinéastes… je trouvais qu’il racontait souvent… au long de ses films… je ne parle pas de ceux qui étaient très sexuels et provocateurs sur le sujet… ce qu’il raconte plus comme Visconti… plus souvent ces hommes en perte de vitesse… on voit très souvent dans ses films ces regards complètement perdus dans le lointain… ces regards chargés de questions et… finalement cette phrase répond très bien sur l’instant présent… sur la manière de le choper… répondre sans y répondre mais la piste me plaît bien… elle est tellement joliment dite surtout.

 

LC : C’est la dernière image de votre livre.

 

DM : C’est important la dernière image.

 

LC : Vous avez commencé avec Bachelard et vous finissez avec Pasolini…

 

DM : Ce qui est intéressant dans un livre… moi dans ma vie mes amis sont tous opposés… les écrivains que j’aime sont tous opposés… j’aime la cohérence dans le sujet… c’est pour ça qu’on écrit un livre… qu’on fait un tableau… ; mais les nourritures de l’œuvre n’ont pas à venir des mêmes sources ou être d’accord sinon ça s’assèche immédiatement… je crois… comme si on fréquente que des gens d’un même milieu.

Mahu

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 19 avril 2014. dans La une, Littérature

roman de Bruno Edmond, Editions Diabase, 2014, 105 pages

Mahu

Il est d’usage de s’abstenir de critiquer le livre d’un ami, ou du moins de prétendre que l’amitié ne rend pas aveugle aux défauts de son œuvre. Je dois confesser que je ne me soucie plus beaucoup des usages et que l’amitié est heureusement tout à fait capable d’influencer mon jugement. Qu’on se rassure toutefois, je ne prétends nullement faire œuvre de critique littéraire et j’attribue à mes éventuels lecteurs assez de discernement pour former leur propre opinion sur le dernier livre de Bruno Edmond paru chez un excellent éditeur, Diabase, qui en a déjà publié deux mais qui ne dispose pas du budget publicitaire lui permettant de promouvoir le troisième avec la force de frappe des grandes maisons d’édition.

J’ai connu Bruno Edmond lorsqu’il a envoyé aux « Vanneaux » son manuscrit du Voyage du Dité. Je faisais alors bénévolement office de correcteur/éditeur pour la petite maison de Madame Odartchenko, plus spécialisée dans la poésie mais qui s’ouvrait à la prose romanesque. En même temps que ce volumineux et inclassable roman, j’ai découvert les deux premiers petits livres d’Edmond : L’homme changé en barque (Diabase 2004) et Dix-sept têtes (Diabase 2007). Ils ont confirmé ma conviction d’être en présence d’une voix littéraire à la fois totalement personnelle et profondément généreuse. L’amitié pour l’auteur qui est née du travail de mise au point définitive du Voyage du Dité n’a fait que renforcer mon admiration pour l’œuvre. Bruno Edmond est l’être radicalement sincère et empreint d’un humanisme véritable qui seul, à mes yeux, a droit d’écrire ces textes qui se situent toujours précisément là où le langage se dérobe. Il n’est pas seulement fondé à le faire, il en a le rare talent. Son dernier livre Mahu (Diabase 2014) est un nouveau regard porté aux racines les plus souterraines de l’humain. L’originalité et la force de ce regard tiennent à ce qu’il n’est ni celui d’un clinicien, ni celui d’un anthropologue, que le discours n’est pas celui d’un philosophe et se démarque d’une expression purement poétique que Bruno Edmond peut cultiver ailleurs ; ce regard, cette langue cherchent chez le lecteur l’écho d’une humanité primale, à l’aube de toute parole, en-deçà du bien et du mal. Il n’est certainement pas indifférent que la profession de Bruno Edmond l’ait toujours mis en face d’enfants de moins de cinq ans, ceux de l’école maternelle auxquels il enseigne et desquels il apprend sans doute beaucoup de cette humanité radicale.

Reflets du temps a lu pour vous

Ecrit par Gilberte Benayoun le 19 avril 2014. dans La une, Littérature

Reflets du temps a lu pour vous

Coup de cœur littéraire !

Je connaissais un peu, mais de loin, Manuel Candré, jeune écrivain, auteur de déjà 2 romans. Je savais que le premier, « Autour de moi », que je n’avais pas encore lu, avait déjà été publié (août 2012), et que le deuxième, « Le portique du front de mer », venait de paraître en librairie (janvier 2014). Je savais aussi que ces deux livres-là, aux titres originaux et alléchants, je les lirai un jour. Mais quand ?

Fidèle à ma librairie « L’Arbre à lettres » où je flânais récemment, et où je flâne chaque semaine pour faire mes « provisions » de lectures, que vois-je étalé sous mes yeux… sur la première grande étagère en entrant dans la librairie ? : « Le portique du front de mer » de Manuel Candré !

Je saute sur l’occasion ! Je l’achète ! Et me jette dessus à peine rentrée chez moi ! Quel choc ! quel bonheur ! quel éblouissement ! Je vais mettre du temps à m’en remettre ! 157 pages avalées, dévorées, dégustées en une soirée ! On entre dans ce livre comme on plonge avec des ailes dans un rêve. Du rêve de la poésie de l’intrigue de la magie des couleurs des sensations des sentiments des mirages et bien d’autres plaisirs inattendus ! Le tout en apesanteur pendant 157 pages, avec sous des yeux étonnés et émerveillés une écriture belle comme un dieu ! Les pieds ne touchent plus le sol et on part avec Manuel Candré pour une incroyable et onirique aventure. Depuis Julien Gracq, Romain Gary, et bien d’autres « grandes » joies littéraires, je n’avais ressenti un tel choc !

Pour faire honneur à l’éclosion de ce bel écrivain, Manuel Candré, et pour éclairer nos reflets du temps d’une nouvelle lumière littéraire, extraits choisis (subjectifs) du « Portique du front de mer », avec ce premier paragraphe à l’entrée du roman, pour illustrer le talent de l’auteur :

« Je passe mon temps sur la plage. J’y viens chaque fois que je peux. A toute heure du jour le matin le soir je viens poser mon cul dans le sable plonger mes mains dans le sable épousseter le bas de mes pantalons allonger mes jambes respirer et scruter l’air qui bouge autour de moi, penser à elle. Je peux aussi rester sans frémir je m’absorbe et je m’oublie je me chosifie je suis presque au bord de me déréaliser si bien qu’il ne me faudrait qu’une minuscule secousse pour disparaître que je devienne le sable, monticule à la forme d’homme vite arasé par le vent. Il peut alors arriver que les mouettes approchent en paquets comme si j’étais une vieille planche de bois échouée. J’hésite à exister à reprendre pied si je suis tenté par »

Troisième partie de mon entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Ecrit par Luce Caggini le 19 avril 2014. dans La une, Littérature

Troisième partie de mon entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Delphine de Malherbe, Interview in live-III

Café de Flore samedi 29 Mars 2014

 

C’est comme ça que pensent aussi les femmes…

 

LC : Les femmes… parlons-en. J’ai cru comprendre que les femmes sont des dévoreuses d’hommes dans ce livre.

 

DM : Ah !… c’est vous qui le dites… de toutes façons moi je ne pense rien de tout ça… j’ai essayé de raconter une histoire et les motivations profondes m’échappent comme tous les auteurs… sur ces questions-là que vous me posez… qui est Franck… moi je ne sais pas… je sais ce que j’ai voulu dire en… que vous avez parfaitement saisi dans le long de l’histoire… dans le fil… dans le feu… sur les femmes… si elles le sont… ça m’aura échappé… ; c’est bien, ou mal mais ça m’aura échappé. Je vous mentirais si je vous disais le contraire… je n’ai pas voulu qu’elles soient comme ça… ou… comme ça… j’ai raconté à ce moment-là comment elles étaient réellement… parce que je pars de la réalité… moi… je ne suis pas dans les rêves.

 

LC : Ce qui me fait dire ça c’est que ce Franck Steiner est tellement à l’aise dans le cocon de la maternité, dans le féminin… c’est un homme-enfant… il le dit.

 

DM : Mais est-ce que tous les hommes ne le sont pas un peu… et le développent plus ou moins ?

 

LC : Oui peut-être à ces moments certains de leur vie, ont-ils besoin…

Deuxième partie : mon entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Ecrit par Luce Caggini le 12 avril 2014. dans La une, Littérature

Deuxième partie : mon entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Delphine de Malherbe, Interview in live-II

Café de Flore samedi 29 Mars 2014

 

« Ma maison brûle, et dehors, je reste »

Un livre ramassé dans un projectile en sept mots, trois virgules… Top chronomètre… : trois secondes. Tout est dit.

 

Luce Caggini :Parlons de Franck Steiner, vous l’assassinez en quelque sorte ce Franck Steiner… non ?…

 

Delphine de Malherbe :Vous trouvez ?

 

LC :Vous le faites vivre mais lentement à petites doses.

 

DM :Il est à un moment de sa vie où il appuie sur pause aussi c’est important.

 

Une femme en politique, Germaine de Staël, Erik Egnell

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 avril 2014. dans La une, Histoire, Littérature

Editions De Fallois, novembre 2013, 400 pages, 22 €

Une femme en politique, Germaine de Staël, Erik Egnell

avec l'autorisation de «  La Cause Littéraire »

 

Sur la fin de sa vie, elle disait, avec l’enthousiasme qu’on imagine, à Wellington : « parler politique, pour moi, c’est vivre ! ». Des kyrielles, aujourd’hui, femmes et hommes mélangés, ne seraient pas capables d’en dire autant ! Et, on voudrait aussitôt le dédier à nos femmes de la parité, face à leurs élections, ce printemps, qui bataillent tant et l’auraient aimée des leurs, cette Germaine « génie mâle dans un corps de femme », au dire de Lamartine qui pleura la Dame du lac, à Coppet.

Car, De Staël – elle mérite ce nom d’homme, seul – quelle femme, quel toupet, quel talent ! on s’autorise à dire : quelle gueule ! Quelle trajectoire aussi – c’est un film à grand spectacle, un road-movie, également, qui défile à brides abattues, quand on accompagne sa vie, dans cette formidable saga-biographie, s’avalant comme un roman, d’Erik Egnell. Meryl Streep, sans doute, la porterait avec panache et roulement de sentiments…

On nait où et quand on peut, et chacun n’a pas eu – chance ou pas – une vie au croisement de la Révolution Française, de l’Empire et de la Restauration. Superbe baptême pour qui veut vivre en politique – un contexte porteur, dirait-on aujourd’hui ; mais aussi un « grand bain » dangereux, où il vaut mieux savoir nager, faire la planche de temps à autre, pour continuer et, s’arrimer au ponton d’arrivée – vivant… et la route de Staël est de ce tonneau-là.

Fille Necker – le financier, ministre de Louis XVI – au bord du Lac Léman – culture, économie, politique, ouverture sur l’Europe, voyages… dès onze ans ! Germaine assiste aux salons de ses parents. Fin de l’Ancien régime ébranlé par le fleuve des Lumières, le « salon » sert « à côté des clubs, sa variante populaire, de creuset à la politique ». A peine finie une adolescence lettrée à l’ombre de son père adoré, « avoir son salon à Paris deviendra le sens de sa vie » pour Germaine, dont la science de l’éloquence atteignit un niveau exceptionnel, au moins égal à ses qualités littéraires. Simple art de la conversation, en aval des Précieuses ? Mieux que ça ! agencer ses invitations – qui, avec qui – concocter les mises en relation, écouter, valoriser, convaincre, militer. Manipuler, un brin, sans doute. Diplomatie de belle facture, qu’elle sut tricoter, de régime en régime, par delà les prisons, censures et autres guillotines. En même temps que sa formidable énergie, ou baraka, lui permettait de survoler ces temps si denses de l’Histoire, comme d’une montgolfière qui jamais ne tombe, et nous ramène, via ses lettres, essais et théories politiques, mélangés à quelques récits de voyages, le parfum de ce temps perdu, grâce à elle, retrouvé…

En l'honneur d'Arnaud...

Ecrit par Stéphanie Michineau le 12 avril 2014. dans La une, Ecrits, Littérature

En l'honneur d'Arnaud...

Alors que, comme le rappelle Berta Corvi, auteure d’une thèse inédite sur Jean Giono, la simple vue d’une photo suffisait à mettre en branle l’imaginaire de l’écrivain contemporain à Colette (auteure dont je suis spécialisée dans les œuvres), c’est toute une série de photos alliées à la beauté du geste consolateur qui ont su raviver en moi le feu salvateur alors que je désespérais de ma muse silencieuse.

Cette photo, c’est celle d’Arnaud à Agadir. Tandis que ceux qui (me) suivent sur Facebook (mur FB : Fanny Cosi, Page publique : Stéphanie Michineau) savent, pour ce que j’en ai écrit, à quel point le Maroc a opéré en moi un profond bouleversement ; et plus précisément Marrakech, avec cette entrée de ville dans une chaleur qui pourrait ressembler, si l’on pouvait se permettre une comparaison de cet ordre, à la pénétration à vif dans le cœur rouge de l’amant, l’amante (dans l’acception littéraire du /des termes). Peut-on aimer une ville d’emblée sans la connaître ? Oui, je pense que le coup de foudre existe pour une ville à l’instar d’une femme (ou d’un homme)… et cela s’appelle le désir.

Mais revenons à Arno Genon dont je ne déflorerai pas de suite le véritable nom afin d’en conserver l’embaumement de la poétique de l’image jusqu’à la fin de cet éloge.

Car, oui, alors que j’en ai glorifié les élogescomme genre, à renouveler et de toujours, au Maroc pour le journal marocain bien connu Albayane (« Chronique 1001 feuilles » & N. M.) ma plume SUJET, et c’était attendu, ne pouvait être que portée par la vague d’amitié-aimance envers un homme. Un ami puisque « la lecture est une amitié » (Marcel Proust). Mais il me fallait un homme un peu spécial dans le sens sortant du lot. Uno, un homme-créateur qui me ressemble comme une sorte d’ALTER ego mais aussi duo, qui s’approche de mes valeurs d’humanisme (qui ne soit ni raciste, ni homophobe et pour ceux qui suivent les travaux d’Arnaud Genon, c’est tout le contraire qu’il prône puisqu’il se fait ardent défenseur de la cause homosexuelle… et c’est superbe ! En cela, je l’ai rejoint dans Colette : par-delà le bien et le mal ?, MPE, filiale Petit Futé (connue et reconnue pour ses guides verts de voyage nationaux-internationaux) : Paris).

Un homme-créateur. Donc. Qui sait poindre sa plume en toute délicatesse, sans intrusion abusive et forcément (force aimant), tout en conservant une profondeur de vue touchant au sublime, c’est tout un art et ce n’est pas le commun des mortels qui peut le faire. Ainsi, c’est cet abandon qu’il m’a offert en PEnsant mes plaies afin de panser mes Pensées les plus noires dont la première section est délivrée dans mes Pensées en désuétude (Maison d’éditions pour Tous, Edilivre, Paris, 2010). Publication en ligne dans la Cause littéraire qui avait d’ailleurs recommandé l’ouvrage un an après sa sortie, en 2011. Et depuis, bénéficiant d’une 2ème publication papier : *dans le recueil collectif de référence en sémiologie CALS, éditions Presses Universitaires Toulouse Le Mirail : Les Ambiguïtés dans le discours et dans les Arts. A savoir que Pensées les plaies d’Arnaud Genon, devant la reconnaissance unanime saluée du comité scientifique CALS, est devenue une annexe qui colle désormais à la peau de mon propre article titré : « L’Ambiguïté dans Pensées en désuétude de Fanny Cosi par Stéphanie Michineau ». Son annexe à « lui » est illustrée d’une photographie de cœur puisque prise (belle prise) par sa femme, Madame Diane Genon ; la mienne par ma sœur, artiste-photographe professionnelle à La Rochelle : Flo Soltar. Une affaire de famille, à l’évidence.

Reflets des Arts Jean Giono, première manière, entre deux guerres

Ecrit par Johann Lefebvre le 05 avril 2014. dans La une, Littérature

Reflets des Arts Jean Giono, première manière, entre deux guerres

J’ai découvert Jean Giono en classe de première. « Deux cavaliers de l’orage » était dans la liste des livres que j’étais en mesure de présenter au baccalauréat. Depuis cette époque je n’ai cessé de lire Giono, de le relire. J’avais d’abord été marqué par les incroyables personnifications des éléments naturels, la solitude de l’homme dans les grands espaces, la vie brute et pure qui fait la sève de l’âme, les forces folles qui s’affrontent sur terre, la terre qui donne vie et tue, qui dévore et qui nourrit.

« Un fleuve est un personnage, avec ses rages et ses amours, sa force, son dieu hasard, ses maladies, sa faim d’aventures. Les rivières, les sources sont des personnages : elles aiment, elles trompent, elles mentent, elles trahissent, elles sont belles, elles s’habillent de joncs et de mousses. Les forêts respirent. Les champs, les landes, les collines, les plages, les océans, les vallées dans les montagnes, les cimes éperdues frappées d’éclairs et les orgueilleuses murailles de roches sur lesquelles le vent des hauteurs vient s’éventrer depuis les premiers âges du monde : tout ça n’est pas un simple spectacle pour nos yeux. C’est une société d’êtres vivants. Nous ne connaissons que l’anatomie de ces belles choses vivantes aussi humaines que nous, et si les mystères nous limitent de toutes parts c’est que nous n’avons jamais tenu compte des psychologies telluriques, végétales, fluviales et marines » (1).

Cet amour de la vie est bien sûr cohérent avec le pacifisme absolu de Giono, né de l’horreur de la guerre dans laquelle il est précipité à vingt ans en 1915. Parallèlement à son activité professionnelle, Giono est employé de banque depuis l’âge de seize ans, il se lance dans la lecture et l’écriture, il publie quelques poèmes, avec l’aide financière de son ami Lucien Jacques, où d’admirables évocations de la symbolique grecque, méditerranéenne, prennent forme sous sa plume enjouée. Il y aura toujours chez Giono, même dans les tragédies et les drames qui viendront plus tard traverser ses romans et déchirer les destins de ses personnages, il y aura toujours et à tout prix, la joie simple de la vie, la recherche du bonheur. Tout naturellement cette poésie va rencontrer la prose et à trente ans, Giono invente « Naissance de l’Odyssée », premier roman – qui ne sera pas le premier publié –, refusé par Grasset. Revisitant le mythe homérique, et le renversant, Giono nous présente Ulysse comme un séducteur invétéré, relativement faible, craintif, menteur, qui vogue d’île en île, de femme en femme, conquêtes qu’il va dissimuler sous le récit d’exploits parfaitement imaginaires pour justifier sa si longue absence. En ce sens, la naissance de l’odyssée est aussi la naissance de la fiction, c’est-à-dire un mensonge organisé comme peut l’être le roman, une parole qui prend le pouvoir sur la réalité et la modèle pour fabriquer de la littérature : « Le vrai n’est pas toujours poli. Le mensonge, les poètes à leur gré le malaxent et l’étirent, l’adornent et ne le présentent que plaisant. J’aime mieux prendre du plaisir avec un mensonge que de bâiller devant de laides vérités. La vérité, nous la vivons, vous et moi » (2). Cette joyeuse apologie de la fabulation est donc refusée par l’éditeur Grasset. Giono, qui ne se décourage pas, continue sur sa lancée et s’attache maintenant à parler de la terre ; il écrit, entre l’été et l’hiver de l’année 1927, un autre roman, « Colline », qu’il fait publier dans la revue Commerce en 1928. Etrangement, cette œuvre, aux yeux de son auteur, est renversée dans l’intention : « En faisant Colline, j’ai voulu faire un roman, et je n’ai pas fait un roman : j’ai fait un poème ! » (3). Gide remarque le texte, il connaît cet auteur provençal pour avoir déjà lu « Naissance de l’Odyssée » qu’il n’a pas tout à fait apprécié, comme il l’indique dans une lettre à Giono (29 mars 1929), affirmant y avoir trouvé des qualités poétiques trop éparses et diffuses, lesquelles, selon lui, sont bien plus concentrées dans « Colline ». Grasset s’empresse de récupérer Giono et publie « Colline » en février 1929. Dans la foulée, il écrit « Un de Baumugnes », publié en octobre 1929, puis « Regain » qui paraît en Octobre 1930. Ces trois ouvrages constituent la Trilogie de Pan, selon l’expression de l’auteur lui-même. Si l’on devait inscrire Giono dans le modernisme littéraire, il est un bon exemple d’expression du flux de conscience, tel qu’on peut le voir apparaître à peu près à la même époque chez Woolf, Joyce, Larbaud ou Faulkner. La particularité de Giono, c’est que le flux de conscience est mêlé intimement avec l’influx nerveux qui travaille la chair, avec les essences et les fluides qui parcourent tous les chemins brûlés et les torrents asséchés, les flancs arides de la montagne qui attendent l’épaisseur noire de la nuit ou la pluie d’orage pour se refroidir, avec le vent qui frémit ou gronde.

Mon premier entretien avec l’auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Ecrit par Luce Caggini le 05 avril 2014. dans La une, Littérature

Mon premier entretien avec l’auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Delphine de Malherbe, Interview in live-I

Café de Flore samedi 29 Mars 2014

Première partie

 

11 heures, j’arrive très en avance à notre à rendez-vous.

Delphine de Malherbe est là avant moi !

 

Luce Caggini :« A l’heure où vivent les hommes », un livre que j’ai bien aimé, que j’ai fait lire autour de moi. Nous avons une heure pour en parler. Vous voyez, il est annoté, chiffonné, surligné, il y a même des cercles, je ne l’ai pas mal traité du tout, il est finalement un peu usé, il a vécu avec moi.

 

Delphine de Malherbe :Moi j’aime les livres abimés, pour les livres c’est une preuve d’amour, ce qui n’est pas le cas pour les êtres.

 

LC : D’abord le titre : « à l’heure … … … »… Cette heure n’a pas soixante minutes mais tout se passe comme si l’action n’avait pu se développer qu’en une heure de temps.

 

DM :Ce n’est pas faux ; c’est un peu ce que j’ai voulu donner comme impression, ça me plaît ce que vous dites, j’ai cherché à ce qu’on ressente ça.

 

LC :Votre livre, c’est un pavé en filigrane, ce n’est pas seulement un livre, je l’ai lu avec les yeux d’un peintre, évidemment. Vous attaquez fort, l’incendie, le rouge, vous êtes incandescente vous-même ! Est-ce que l’on peut le dire de vous ?

 

DM :Si vous le pensez vous pouvez le dire, c’est aux autres de dire ce que je suis. Si vous le pensez, vous dites ce que vous voulez.

 

LC : On peut se tromper.

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