Littérature

Reflets des Arts - Littérature - : Charles Bukowski

Ecrit par Johann Lefebvre le 15 février 2014. dans La une, Littérature

Reflets des Arts - Littérature - : Charles Bukowski

Fils d’immigrés allemands, Charles Bukowski (Buk, Hank) est l’un des écrivains américains majeurs du XXe siècle. Arrivé aux USA alors qu’il n’a que trois ans, il grandit dans une ambiance familiale déplorable : fils unique, il est en conflit constant avec son père violent et en échec social, lequel le bat régulièrement, sans que jamais sa mère intervienne.

Cette enfance particulièrement rude, il la décrit dans « Souvenirs d’un pas grand-chose » (1), il y fait un portrait abominable à la fois de son père (et de sa mère, femme soumise et effacée) et de la misère dans laquelle évolue la famille. Il découvre le pouvoir des mots en rédigeant une simple rédaction qui consiste à évoquer la visite de Herbert Clark Hoover, 31ème président des Etats-Unis, à Los Angeles. Mais le père de Bukowski lui interdit d’assister à cette visite et le jeune élève est donc obligé de l’imaginer en y plaçant des détails et des événements parfaitement fictifs : la lecture de son texte devant toute la classe est un véritable succès et lui vaut les éloges de son institutrice, et si l’on en croit l’auteur lui-même, il y a dans cet anecdote probablement l’un des fondements de son goût pour la littérature.

Son père, simple livreur, est non seulement pour Bukowski le symbole du salarié sans ambition mais c’est surtout un homme hypocrite en équilibre sur les apparences sociales qui interdit à son fils de fréquenter les autres gamins du quartier : comme lui ils sont pauvres et par cette interdiction son père s’exonère d’une image spéculaire qu’il ne supporte pas. Plus tard, au plus fort de la dépression économique, celui-ci perd son emploi et durant de longs mois fait en sorte de ne rien changer à la cadence de sa vie, simulant ainsi la situation d’un travailleur qui aurait été épargné par les grandes vagues de licenciements. Ce comportement ridicule attise le mépris du garçon à l’endroit de son géniteur et lui fournit, déjà, un spectacle désastreux du monde du travail. Les conflits avec le père, très violents, sont de véritables épreuves pour Bukowski qui souffre par ailleurs d’un terrible mal, une acné gigantesque et furonculeuse qui lui dévaste le corps, en particulier le visage et le dos ; tous ces éléments malheureux contribuant à la construction d’une image dévalorisée de soi mais, comme c’est souvent le cas en de telles circonstances négatives, à la naissance d’un tempérament bien trempé et d’une lucidité redoutable. Le jeune homme découvre l’alcool, les filles, le base-ball, et la poésie. Il se bat beaucoup, au collège, dans la rue, il prend de l’assurance, physique et mentale. A seize ans, il renverse les rapports de force au sein de la cellule familiale : alors qu’il rentre ivre chez ses parents, il subit une énième fois les coups de son père, mais il répond, et gagne le combat. Après cette rouste renversée, son père ne portera plus jamais la main sur lui.

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 15 février 2014. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

D’un immense écrivain, l’un de nos plus grands auteurs européens du vingtième siècle, du monde entier et de tout l’univers littéraire… quelques notes de musique d’un tellement beau et si lumineux monologue vivant qui soit, extrait de son grand chef-d’œuvre…

 

Extraits :

… et je leur dirai de nous envoyer quelques fleurs pour mettre un peu partout ici si par hasard il l’amène demain je veux dire aujourd’hui non non le Vendredi est un mauvais jour il faut d’abord que j’arrange un peu la maison la poussière a l’air de pousser ici pendant que je dors et puis nous pourrons faire de la musique et fumer des cigarettes je peux l’accompagner d’abord il faut que je nettoie les touches du piano avec du lait qu’est-ce que je mettrai porterai-je une rose blanche ou ces madeleines chez Lipton j’aime ce que ça sent dans une grande belle boutique à 15 sous la livre ou les autres avec les cerises et le sucre rose à 22 sous le kilo bien entendu une jolie plante pour le milieu de la table…

… et pourquoi parce qu’ils ont peur de l’enfer à cause de leur mauvaise conscience ah oui je les connais bien qui a été la première personne dans l’univers avant qu’il y ait personne d’autre celui qui a tout créé qui ah ça ils n’en savent rien ni moi non plus et voilà tout ils pourraient aussi bien essayer d’empêcher que le soleil se lève demain matin c’est pour vous que le soleil brille comme il me disait le jour où nous étions couchés dans les rhododendrons à la pointe de Howth avec son complet de tweed gris et son chapeau de paille le jour que je l’ai amené à me parler mariage oui d’abord je lui ai passé le morceau de gâteau au cumin que j’avais dans la bouche et c’était une année bissextile comme cette fois-ci oui il y a 16 ans de ça mon Dieu après ce long baiser j’en avais presque perdu le souffle oui il a dit que j’étais une fleur de la montagne oui c’est bien ça que nous sommes des fleurs tout le corps d’une femme oui pour une seule fois il a dit quelque chose de vrai et c’est pour vous que le soleil brille aujourd’hui oui c’est pour ça qu’il m’a plu parce que je voyais qu’il comprenait et qu’il sentait ce que c’est qu’une femme et je savais que je pourrais toujours en faire ce que je voudrais et je lui ai donné tout le plaisir que j’ai pour l’amener à me demander de dire oui et d’abord je ne voulais pas répondre je ne faisais que regarder la mer et le ciel je pensais à tant de choses qu’il ne savait pas…

La poésie duo du haut du pont entre la France et l’Italie

Ecrit par Stéphanie Michineau le 01 février 2014. dans La une, Littérature

La poésie duo du haut du pont entre la France et l’Italie

Biographie de la traductrice et poétesse italienne, Berta Corvi :

Au fil de la plume :

Berta est née à Atri (un petit village situé dans le centre de l’Italie) bien que ses parents habitent à l’époque en Belgique après y avoir émigré en 1963. Suite au décès de son père en 1980, elle retourne dans son pays d’origine, l’Italie. C’est en 1983, après l’obtention de son diplôme, qu’elle quitte Liège (Belgique) avec sa mère et sa sœur pour aller poursuivre ses études en Italie. Elle s’inscrit à la faculté de Langues et littératures étrangères de l’Université Gabriele d’Annunzio, à Pescara. Elle y suit les cours du professeur émérite des Universités et président honoraire de l’Université de Savoie, spécialiste de poésie et de l’imaginaire, Jean Burgos. C’est par ses yeux qu’elle découvre des auteurs qui lui étaient jusque-là inconnus : Henri Michaux, Yves Bonnefoy et Saint-John Perse.

 

S. Michineau : Berta, la suite de votre parcours, si vous le permettez, je vais en retracer le chemin en quelques fragments pour nos lecteurs. Vous avez clos par une thèse qui portait sur Jean Giono. Vous savez que personnellement, je suis titulaire d’une thèse de DOUBLE référence, sur l’autofiction ET sur Colette, ainsi qu’il en a été stipulé sur le site de référence de « recherche en littérature » : Fabula ; cette thèse étant intitulée précisément L’Autofiction dans l’œuvre de Colette, publiée aux éditions Publibook comme filiale du Petit Futé (il est d’ailleurs regrettable que la vôtre ne la soit pas), et force est de constater que les accointances entre les deux écrivains français de toute éternité ainsi que de la même période, située à la première moitié du 20ème siècle, sont nombreuses. On pourrait y voir comme thématiques communes : l’enfance, la nature et la sauvagerie. Voici donc quelques axes pointés à prendre bien évidemment comme clins d’œil en direction d’organisateurs de colloques ou/et programmateurs d’événements littéraires. Ecrivant cela, je songe rétrospectivement à mon duo-duel (? mais je rassure bien vite les lecteurs car il ne s’agit là, premièrement, que d’Art et littératures, et deuxièmement c’est inhérent à l’esprit même de la recherche éclairée par des débats qui construisent la réflexion vers un mieux et un plus abouti) datant de mars 2012 (presque deux ans déjà !) avec Isabelle Grell, spécialiste de Jean-Paul Sartre ; événement littéraire programmé à Bastia suivant la double sollicitation vive de Madame la présidente de l’association corse Musanostra, Marie-France Bereni-Canazzi, afin de nous entretenir sur « La biographie, récits de vie et autofiction » puisque nous y étions conviées, ainsi que le mentionne la présidente, comme dignes représentantes et « spécialistes mondiales de l’autofiction » (source revue Art : Musanostra, rubrique presse :

Un atlas et trois dames

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 18 janvier 2014. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Un atlas et trois dames

Il paraît que les cadeaux de Noël le plus souvent revendus sur les sites spécialisés sont des cravates. Je n’en ai pas reçu et je le regrette un peu car j’aime les cravates bien que je n’en porte plus guère. L’édition revue et corrigée de l’excellent Atlas des crises et des conflits de Pascal Boniface et Hubert Védrine (Armand Colin éditeur) n’est certes pas un cadeau qui s’inscrit dans le registre d’une élégante frivolité. Le livre de l’éminent géopolitologue et du brillant ancien ministre n’est pas de nature à vous faire aborder l’année nouvelle avec un franc optimisme mais c’est un outil de tout premier ordre pour comprendre le monde, ou du moins pour comprendre de quoi on parle dans les bulletins d’informations radiophoniques dignes de ce nom. Car il ne suffit pas d’écouter pour comprendre.

MM. Boniface et Védrine savent expliquer en quelques paragraphes clairs et en autant de cartes multicolores pourquoi et comment tous les continents de cette planète sont en butte à des conflits généralement aussi absurdes qu’insolubles en l’état de la bêtise humaine ambiante (dont on ignore par la faute de Descartes que c’est la chose du monde la mieux partagée). Les auteurs assortissent leurs analyses de scénarios possibles de sortie de crise mais reconnaissent le plus souvent que les plus favorables sont les moins probables. Aussi, retire-t-on de la lecture de cet ouvrage la conviction qu’il n’est plus très prudent de voyager dans nombre de pays naguère mythiques d’Asie, d’Afrique ou des Amériques où j’ai pu rêver, jeune homme, d’aller user mes pataugas, traveller’s chèques en poche et Guide du Routard dans mon sac à dos. Il fallait que je me décide plus tôt.

N’attendez pourtant pas de moi des imprécations désabusées contre ces temps de violence mondialisée et de terrorisme rampant sans compter la disette intellectuelle, la famine morale et l’abstinence culturelle que nous sommes censés subir dans les pays qui échappent encore aux conflits qu’éclaire l’Atlas de Pascal Boniface et Hubert Védrine. En ce début d’année, je ne joindrai pas ma faible voix au concert de jérémiades et autres pleurnicheries dont il est d’usage de se draper à la façon d’une toge antique qui symboliserait je ne sais quelle sagesse ancestrale. Pris par des questions plus immédiatement préoccupantes, on peut préférer fermer pudiquement les yeux et les oreilles sur les quelque soixante conflits recensés par cet atlas et dont nos journalistes de la presse écrite et audiovisuelle nous entretiennent chaque jour, certains au risque de leur liberté et de leur vie. Mais que ce ne soit pas pour se réfugier dans un passéisme nostalgicodépressif qui prétendrait que tout va mal et que « c’était bien mieux avant ».

REFLETS DES ARTS - Littérature - : François Rabelais

Ecrit par Johann Lefebvre le 11 janvier 2014. dans La une, Littérature

REFLETS DES ARTS - Littérature - : François Rabelais

Francois Rabelais est né à Seuilly, près de Chinon, probablement en 1483, et mort à Paris en 1553. Après une éducation typique réservée aux enfants issus d’un milieu favorisé, il est d’abord moine franciscain, puis secrétaire de Geoffroy d’Estissac, évêque de Maillezais, qui le place sous sa protection, Rabelais ayant fui le couvent de Fontenay-le-Comte où il étudiait le grec, langue profane jugée hérétique par la Sorbonne (il entretient d’ailleurs une correspondance avec l’helléniste Guillaume Budé). Par ce fait, il change d’ordre religieux et prend l’habit noir bénédictin, ordre qui correspond davantage à ses attentes et espoirs, puisque lettré et actif, humaniste donc, contrairement aux franciscains qui sont au début du XVIe siècle les représentants d’une culture monacale désuète, faite de vagabondage et de mendicité, et d’un esprit médiéval qui se meurt. Ce changement d’ordre n’est possible, pour un moine, qu’avec l’autorisation papale – indult – obtenue grâce à d’Estissac, doté de bénéfices ecclésiastiques. Sa fonction de secrétaire lui permet d’accéder à la bibliothèque de l’évêque et de compléter ses connaissances, déjà considérables. Il est chargé par l’évêque, qui ne lit pas le grec, de lui traduire de nombreux ouvrages en provenance d’Italie (1). Fort probablement, il fréquente aussi l’Université de Poitiers.

Mais Rabelais est un passionné, et au contact du médecin et de l’apothicaire au service de Geoffroy d’Estissac, il décide d’approfondir l’art de la médecine : il monte à Paris en 1528, puis fait certainement une espèce de tour de France, abandonne l’habit de moine, mais sans en faire la requête, ce qui lui vaut une condamnation pour apostasie. Deux ans plus tard, il est à la faculté de médecine de Montpellier où, rapidement il est fait bachelier, ce qui constitue la preuve de ses grandes connaissances et compétences. Dans ce cadre, le cours qu’il prodigue est consacré à Hippocrate (Les Aphorismes) et Galien (Petit Art Médical), ce dernier étant commenté par Rabelais directement depuis le grec, occultant délibérément la version latine qu’il considère comme incorrecte. Parti de Montpellier, nous savons qu’il réside à Lyon puisqu’il fait publier chez Sébastien Gryphe les lettres de Giovanni Manardi, médecin italien, ouvrage qu’il dédie à Tiraqueau (2). Suivent d’autres publications, celles de son cours sur les Aphorismes d’Hippocrate, d’après le manuscrit grec, dédiée cette fois à Geoffroy d’Estissac, et du Testament de Cuspidius. Bien que non pourvu du titre de docteur (il n’a pas même la licence), mais bénéficiant d’une solide réputation avec ses écrits, il est nommé médecin à l’Hôtel-Dieu de Lyon en 1532 qu’il quittera subitement au début de l’année 1535, probablement pour se protéger des effets collatéraux de l’affaire des placards.

C’est à Lyon que naît aussi son œuvre la plus connue. Il est important de signaler que Rabelais s’inspire d’un ouvrage anonyme, intitulé « Les Grandes Chroniques du grand et énorme géant Gargantua », œuvre qui connaît un succès certain dans les foires commerciales. Comme il n’est guère riche, Rabelais, voyant dans cette histoire qui se vend si bien un moyen de s’enrichir, il imagine le destin du fils de Gargantua, Pantagruel, et compose « Pantagruel. Les horribles & espouventables faictz & prouesses du tresrenomme Pantagruel Roy des Dipsodes / filz du grand geant Gargantua / Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier » (3), qui est mis en vente en novembre 1532, à la foire de Lyon. Le livre, qui semble parodier les poèmes médiévaux, offre de multiples digressions, mêlant plaisanterie, scatologie, érudition et réflexions du temps sur le pouvoir des gouvernements, sur la guerre, l’éducation et la science, faisant en particulier une satire hilarante de l’Université et de la Sorbonne, et mêlant à ses connaissances des éléments édifiants de paradoxographie… L’utilisation d’un pseudonyme, qui est l’anagramme de François Rabelais, s’explique bien sûr par la nature peu sérieuse de l’ouvrage qu’un médecin aussi renommé ne pouvait signer de son véritable patronyme.

L’autre monde de Sabine : « Free d’hommes », Sabine Aussenac

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 janvier 2014. dans La une, Littérature

L’autre monde de Sabine : « Free d’hommes », Sabine Aussenac

Fascinants, pour qui imagine et invente (l’écrivain, du coup), que ces mondes, qui seraient bâtis autrement, fonctionneraient dans d’autres dimensions, seraient – pourquoi pas – cul par dessus-tête. C’est à ce registre que se rattachent les pages du roman ? nouvelle ? que vient de publier notre amie et rédactrice, Sabine Aussenac.

On a connu – pépite fantastique de notre adolescence – le « Demain les chiens » où Médor et les siens tenaient l’ordonnancement du monde, sans parler des singes de la planète ! Là, l’histoire (« il était un monde, une fois, où… ») est tout bonnement renversée : homme/femme, pas comme on connaît ; le contraire. « Comme ailleurs dans le monde, les hommes étaient lésés ; gagnaient moins que les femmes, se comptaient sur les doigts de la main dans les conseils d’administration… les femmes avaient le monopole de l’emploi, de la sécurité financière, des pouvoirs décisionnels… Paul – “le-la” héros – soupira : oui, le chemin serait long ! »

Le parti pris – de féminiser chaque nom masculin (de Jacquotte Lacan, à Davida Pujade, en passant par Danielle La Rouge) – est un brin trop appuyé ; on finit par en attendre l’effet qui, in fine, fait parfois flop, même si, les citations, maximes, proverbes qui s’inscrivent en entête de chaque chapitre, et suivent un chemin identique, sont souvent plus heureux et surprennent toujours : « mieux vaut habiter l’angle d’un toit, que de partager la demeure d’un homme querelleur – Salomonne »…

Sympathique – et peut-être bien connue d’Aussenac – cette tribu débordant d’affects bruyants, recomposée, comme le veut la mode actuelle, qui forme la joyeuse cohorte des personnages du récit. Qui préférer ? De Papa Paul, qui est aussi un peu poule, l’enseignant heureux traînant juste une pointe de regrets ; il aurait voulu être journaliste, mais il y eut les enfants !! (« Monoprix étant encore ouvert, il se posta dans la file derrière tous ces hommes épuisés par leur double journée… ») des grands-parents, côté masculin, qui arrosent les fleurs « à petits pas » à l’ombre de leurs femelles bardées de responsabilités et de vécu décisionnel (une aïeule ne fit-elle pas Verdun ??). Les gosses – tous âges – pétant la forme et jouant du FB et de l’I Phone à merveille… là, vous aurez l’embarras du choix – j’ai un faible pour Max, le surdoué pétri d’humanité et de citoyenneté – mais certains s’enticheront des jumelles effrontées, comme de petits mâles dominateurs qui hantent aujourd’hui certaines classes. Presque trop lisses, pourtant, ces jeunes, dans leur cocon où souffle le masculinisme… Dans un futur ouvrage, Sabine pourrait sans doute, avec bonheur, complexifier un peu les portraits psychologiques (car, chacun reste figé dans le rôle inversé) ; on y gagnerait…

[ La gastronomie dans Reflets ] Resto : L'ombre de Colette dans un coin d'assiette...

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 décembre 2013. dans La une, Culture, Gastronomie, Notre monde, Littérature

[ La gastronomie dans Reflets ] Resto : L'ombre de Colette dans un coin d'assiette...

Castel Novel… « au printemps, – écrivait-elle, avec cette coiffure ébouriffée, ces curieux chapeaux, ce visage que n’importe qui reconnaît sur la couverture du livre de poche ; irremplaçable Colette ! – les murs pétillent de lézards et sont blonds d’abeilles »… Nous en revenons, par un de ces derniers dimanches d’été. Début septembre ; calme après la vague touristique. Encore caniculaire, au mitan du jour, mais, par moments, le vent dans les grands arbres centenaires, qui ont vu la dame jouer à la fermière, agite la promesse de cet automne corrézien, habituellement « indien », et, pour tout dire, somptueux.

« Le rosier blanc de la façade est si blanc de fleurs qu’il trace la nuit sur la maison une voie lactée »… A l’ombre de quel grand arbre de la terrasse, écrivait-elle ça, dans les années qui finissaient la Belle Epoque ? Entendait-on déjà les bruits sourds, partout en Europe, de la boucherie à venir ? Son « amour », Henri De Jouvenel – le journaliste du Matin, le futur ministre – se penchait-il sur les nouvelles, assis, lui, sous cet autre arbre, à moins, si le vent soufflait, qu’il ne se fût réfugié au coin de la grande cheminée, et son « cantou », comme on dit ici…

La maltraitance maternelle dans la trilogie de Jules Vallès : « L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé » (1876-1886)

Ecrit par Stéphanie Michineau le 14 décembre 2013. dans La une, Littérature

La maltraitance maternelle dans la trilogie de Jules Vallès : « L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé » (1876-1886)

Article tiré de la conférence du même titre donnée par Stéphanie Michineau lors des « Rencontres Jules Vallès à Nantes » (28-29 mai 2010), organisées par l’Association Pour l’Autobiographie (APA) en partenariat avec la Bibliothèque Municipale de Nantes (BMN), l’Association des Amis de la BMN et l’Association des Amis de Jules Vallès.Philippe Lejeune, président de l’APA, était présent pour l’occasion et a animé la table ronde portant sur l’autobiographie, le roman autobiographique et l’autofiction.

Article publié sur plusieurs sites académiques & internationaux ayant trait aux recherches sur « le biographique, récits de vie, écriture du Je », par Arnaud Genon sur son siteAutofiction.org

Le site « Le dire et l’écrire » & ASIVIF (Association internationale des histoires de vie en formation et de recherche biographique en éducation).

Article porté en exemple comme modèle de dissertation gratuite sur Internet.

Illustration Flo Soltar (sculptrice, peintre, photographe, illustratrice en France et ailleurs)

Site Art majeur :

http://flosoltar.blogspot.fr/search?updated-min=2012-01-01T00:00:00-08:00&updated-max=2013-01-01T00:00:00-08:00&max-results=8

 

Faut-il avoir peur de l’Islam ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 07 décembre 2013. dans La une, Société, Littérature

Faut-il avoir peur de l’Islam ?

Recension/commentaire du livre de Daniel Sibony, « Islam, Phobie, Culpabilité », Paris, Odile Jacob, 2013

Daniel Sibony prend le contre-pied exact de mon article, paru le 14 septembre 2013, dans Reflets du Temps. Dans cette chronique, j’expliquais que l’islamophobie n’était que le prétexte, le paravent honteux dont se servaient à la fois les racistes et les « laïcistes » pour dissimuler leur « arabophobie ».

Or, pour Sibony, il y a bien quelque chose à craindre dans l’Islam, quelque de chose de fondamental, puisqu’il s’agit de son fondement même : le Texte ! Ou plus exactement ce qu’il appelle la « violence du Texte fondateur ». Pour notre auteur, ce Texte est manichéen ; il n’y a pas de demi-mesure : le monde est divisé en deux parties, la maison de la paix (« Dar el Salam »), la maison de l’Islam ; et la maison de la guerre (« Dar el Harb »), « là où l’Islam n’a pas encore triomphé ». Exagération ? On fait dire au Coran plus qu’il ne dit en réalité ? Non, affirme Sibony : « ils (les auteurs qui cherchent à adoucir ou à métaphoriser l’Islam) soutiennent que la « Charia », c’est la loi et non ce que l’on croit ; que « muslim », c’est apaisé et non pas soumis, que « Djihad » veut dire effort et non pas guerre sainte ; mais dans chaque cas, cela signifie les deux. Leur propos exprime plus leur réel désarroi que leur souci d’exactitude ». Sibony donne ainsi raison au pape Benoit XVI, dont la référence à l’empereur byzantin Manuel II Paléologue fit scandale : celui-ci proclame, en effet, dans un discours, que « l’espace de l’Islam s’est construit sur le “Djihad”, qui n’est pas effort intérieur, mais guerre au nom d’Allah ».

 Sibony ne se veut pas uniquement orientaliste, islamologue patenté : il prétend connaître la religion de l’intérieur, ayant grandi au milieu d’elle. Ainsi, se souvient-il qu’au Maroc, ne pas exalter l’Islam équivaut à l’insulter : « Khta fddine », il a outragé la religion. « Toucher le Livre sacré, nous dit Sibony, le lire et le refermer tout en y restant étranger, donc sans être convaincu, est insultant ». Pire encore, Sibony, en bon arabisant, accuse les traductions courantes du Coran de minimiser délibérément les atrocités qui y sont contenues : « l’occidental lit par exemple (9,29) : “combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier ; qui n’interdisent pas ce que Dieu et son Messager ont interdit ; ceux qui, parmi les Gens du Livre, ne pratiquent pas la vraie religion…” Mais le lecteur arabe lit : “tuez-les” (quatilou, racine de quatala, tuer) »

Ici & maintenant

Ecrit par Jean-François Vernay le 07 décembre 2013. dans La une, Littérature

Paul Auster, John Maxwell Coetzee, traduit de l’anglais (USA) par Céline Curiol et Catherine Lauga du Plessis, Actes Sud, octobre 2013, 320 pages, 23 €

Ici & maintenant

« Le monde ne cesse de produire des surprises. Nous n’en finissons pas d’apprendre » (p.315). C’est sur cette déclaration un brin convenue du prix Nobel de littérature 2003 que s’achève la correspondance entre Paul Auster et J.M. Coetzee, publiée aux éditions Actes Sud sous le titre Ici & maintenant. En témoigne ma rencontre avec le personnage lui-même en septembre 2009, lorsque j’ai eu l’insigne privilège de faire la connaissance de J.M. Coetzee au Salon International du Livre Océanien – manifestation littéraire dont il était l’invité d’honneur à Poindimié (Nouvelle-Calédonie).

Sa réputation d’homme peu loquace le précédait. On pourrait même dire de lui en anglais : « He’s a man of very few words » – une caractéristique dont il ne se cache pas. Au retour du Festival littéraire de Jaipur, il fait part de son embarras : « J’étais bien décidé à ne pas me soumettre à ces bordées de questions du public qui sont devenues la norme dans les festivals d’aujourd’hui. L’interrogation n’est pas le mode où je suis le plus à mon aise. Mes réponses sont trop brèves, et la brièveté (la sécheresse de ton) est trop facilement perçue comme un signe d’irritation ou de colère » (p.272).

« Le monde ne cesse de produire des surprises », en effet. Lui qui n’a jamais été enclin à accorder des entretiens, ni à se livrer facilement en bonne société ou dans l’intimité, j’ai été profondément touché lorsque Coetzee et moi-même avions pu échanger de longues conversations à table et plus tard lors d’un long trajet de quatre heures en voiture pour rejoindre la capitale, Nouméa. A cette même époque (si l’on en juge au vu des dates de ces échanges épistolaires), ce projet de correspondance sur quatre ans était entamé d’un bon tiers dans le plus grand secret. Nul ne pouvait se douter à Poindimié que notre auguste hôte s’épanchait à intervalles réguliers auprès de son nouvel ami américain, Paul Auster. En effet, des liens d’amitié nourris de la plus haute estime l’un pour l’autre se sont tissés au fil des mois suite à leur rencontre au Festival d’Adélaïde en juillet 2008. « Nous perdons toujours l’amitié de ceux qui perdent notre estime » (p.16), dira Joubert dans ses Carnets (1809) que Paul Auster cite copieusement.

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