Littérature

Entretien avec le poète algérien Djamel Benmerad

Ecrit par Mohammed Yefsah le 03 février 2012. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Entretien avec le poète algérien Djamel Benmerad

 

Entretien avec le poète algérien Djamel Benmerad au sujet d’un autre poète

 

 

« Être poète, c’est une attitude envers le monde »

 

 

Djamel Benmerad, journaliste et poète algérien, vivant en Belgique, « cueilleur de mots » qu’il transforme en pavés dans ses vers et exprimant souvent sa colère avec ironie, évoque, ici, son ami l’écrivain et frère de poésie Tahar Djaout, assassiné en 1993, en pleine tragédie algérienne. La poésie de Benmerad se veut le rêve, l’utopie de transformer le monde, lui qui, à l’époque du parti unique en Algérie – avant les années 1990 – ronéotypait et distribuait discrètement ses poèmes. Auteur des recueils Chants d’impatience, Perdre le Nord, Abrasion, Chants d’exil, Chants d’amour et de combat, Benmerad situe le contexte, non sans son égale provocation, de sa rencontre avec Djaout et se souvient de lui avec des mots doux, en racontant des anecdotes et en livrant sa lecture des œuvres de son complice des rimes.

Racine et le code civil

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 03 février 2012. dans La une, Littérature

Racine et le code civil


De mon temps, on n’étudiait pas Phèdre en classe de première. Je dois néanmoins à l’obligeance de Pierre Dreyfus, professeur agrégé de français au lycée climatique de Briançon, d’avoir appris dès l’âge de seize ans que le plus beau distique de la langue française est :

Ariane, ma sœur, de quel amour blessée

Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée !

Près de cinquante ans après, j’en suis définitivement convaincu. Au cours de mes lectures, j’ai souvent eu l’occasion de m’enthousiasmer pour tel bonheur d’écriture, pour telle formule heureuse – je ne tiens pas pour de la gnognote le peu profond ruisseau calomnié la mort de Mallarmé ni, dans un registre plus boulevardier, le Je n’aimais qu’un seul homme et je le perds deux fois d’Edmond Rostand, ni quelques autres vers sublimes – mais jamais, peut-être faute d’avoir assez cherché, je n’ai rien trouvé de plus épatant que ce drame antique et bourgeois à la fois, en vingt-quatre pieds. Une telle concision dépasse la dureté et la pureté du diamant. Tout y est ! Une quatrième de couverture qui vous dispenserait de lire le roman.

Conférence de Daniel Sibony : Le peuple juif comme métaphore de l'écrivain

Ecrit par Maurice Lévy le 20 janvier 2012. dans La une, Psychologie, Société, Littérature

Conférence de Daniel Sibony : Le peuple juif comme métaphore de l'écrivain

Notes transcrites par Maurice Lévy à partir d’un enregistrement de la conférence de Daniel Sibony du 14 décembre 2011

 

 

… Exister PARLECRIT (en un mot) – telle est la notion qu’il a inventée dans son livre L’autre incastrable : Psychanalyse éthique.

D’où vient ce titre ? C’était l’idée que l’écriture dont l’aventure a été quand même l’entrée singulière inventée à ce corpus d’écriture biblique –paquet d’écriture – partait de l’idée qu’il faut à tout prix se dégager de l’emprise de l’autre, en forme de féminité primordiale, archaïque, matérielle d’être … ça n’est pas l’actualité qui risque de les démentir. Tout être a d’abord affaire à une emprise de l’autre, maternelle, archaïque, c’est-à-dire qu’il va au-delà de la psychologie de sa mère, de sa femme ; ce sont des emprises complètes dans leur opacité, lorsque la mention symbolique ne passe pas.

Donc … on va quand même passer, faire passer de l’écriture à travers ce mur sur lequel se brisent homme et femme.

L'étincelle de Tahar Ben Jelloun

Ecrit par Jean Le Mosellan le 13 janvier 2012. dans La une, Politique, Littérature

L'étincelle de Tahar Ben Jelloun

 

Les soulèvements populaires dans les pays arabes contre les dictatures ont donné lieu à de nombreuses analyses, parmi lesquelles il nous a paru instructif de nous intéresser à celle de Tahar Ben Jelloun, qui nous en donne une belle perception d’écrivain.

Le sous-titre Révoltes dans les pays arabes nous ramène à une dimension assez objective de la réalité, alors que les excès abondent chez nos politologues avec l’inflation du mot Révolution puis celui de Renaissance, comme une manière de tempérer l’ardeur initiale. Révolution et Renaissance au singulier comme au pluriel.

Toutefois Tahar Ben Jelloun admet que : Si aujourd’hui ces révoltes peuvent être qualifiées de « révolutions » c’est parce qu’elles sont d’abord et avant tout portées par des revendications d’ordre éthique et moral.

Dans le monde arabe tout a été fait pour que l’émergence de l’individu en tant qu’entité singulière et unique soit empêchée. On n’y reconnaît que le clan, la tribu, la famille. Situation que nous rencontrons dans ses œuvres, notamment L’Enfant de sable.

Patron, encore un Girard ...

Ecrit par Christelle Mafille le 13 janvier 2012. dans La une, Littérature

Patron, encore un Girard ...

– Patron, encore un Girard…

– Ah non, tu as assez lu… !!

En cette période de fin d’année malheureusement un peu morose, alors que les maisons sont peut-être moins scintillantes qu’elles ne l’ont été, j’ai envie de vous raconter une jolie histoire, une histoire de rencontre.

C’est une histoire moderne ; la rencontre s’est faite grâce à un réseau social : Henri Girard, en trois clics, est devenu un ami « virtuel ».

Ecrivain bas-normand, originaire de Briouze, dans l’Orne, Henri a vécu quelques années à Caen et sa région. Là, il a exercé plusieurs métiers, agent d’assurances, recenseur de cimetière ; avant de rejoindre une grande entreprise.

Aujourd’hui à la retraite, il se consacre à sa passion : l’écriture. Et c’est tant mieux ! Il est aussi souvent sur les routes (ou dans les trains) à la rencontre de ses lecteurs. C’est ainsi que j’ai eu la chance de le présenter à mes amis Douvrais…

Ecriture de l'imaginaire

Ecrit par Ahmed Hafdi le 06 janvier 2012. dans La une, Ecrits, Education, Société, Littérature

Ecriture de l'imaginaire

Celui qui retourne les mots finira par avoir soif de l’écriture, sinon attraper son « virus » ! D’aucuns considèrent la pratique de l’écriture comme un acte complexe, exclusivement réservé aux écrivains, poseurs d’énigmes et manipulateurs de signes, retranchés dans leur « tour d’ivoire » et où les muses viennent nourrir leur imaginaire. Cette représentation erronée, le mythe de l’inspiration aidant, se voit malheureusement reproduite, pour une longue période, par certaines institutions, faisant de l’écriture un acte sacré, hermétique et solitaire, donc inaccessible au commun des mortels.

Par ailleurs, la prédominance de l’oral dans notre vie quotidienne relègue au second plan toute activité scripturale. Des pratiques inhérentes à la civilisation de l’écrit, à l’instar des petits billets, écrits utilitaires, journal intime, mémoires ou autres, n’ont pas encore trouvé leur place dans notre train de vie.

Avec l’apparition des « ateliers d’écriture », qui se sont multipliés et diversifiés durant la dernière décennie, l’écriture devient de plus en plus un simple acte, ordinaire, individuel ou collectif, accessible à « monsieur tout le monde » ; d’ailleurs, qui n’a éprouvé, dans certaines circonstances, l’irrésistible désir de se confesser sur une feuille blanche, de coucher sur papier ses impressions, ses rêves, ses frustrations… ? Et notre école n’a pas encore réalisé l’importance de cette nouvelle approche de l’écrit. Et c’est bien dommage !

Une idylle sur lîle, Catherine Pinaly

Ecrit par Cikuru Batumike le 06 janvier 2012. dans La une, Littérature

Une idylle sur lîle, Catherine Pinaly

Sur Feuille de Songe… est le premier roman de Catherine Pinaly. Il vient d’être publié aux éditions L’Harmattan, Paris. Le livre est servi par une plume fraîche et remarquable. Il est de la meilleure veine sentimentale, poétique, ethnographique et psychologique. L’auteur rend compte de toute une vie, qui conjugue l’amour et la mort.

Pour se mettre dans la peau d’Axel Brieuc, son personnage principal, Catherine Pinaly a recouru à l’analepse ; un retour sur des événements antérieurs. En effet, par le biais d’une histoire d’eau, de sel, de sangs mêlés, en vingt-huit jours, il conte à sa fille Violette un secret de famille, à travers ses péripéties dans une ancienne île Bourbon appelée la Réunion, au milieu des personnages en mouvement, s’exprimant en créole réunionnais.

 

 

Le roman se passe au 19ème siècle

 

Année 1878. Année à laquelle l’île de la Réunion est dévastée par un cyclone, faisant disparaître des familles entières, entraînées par les torrents.

Madame Bovary, maniaco-dépressive ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 décembre 2011. dans La une, Psychologie, Amour, Littérature

Madame Bovary, maniaco-dépressive ?

 

On a tous nos humeurs ; la bonne – recherchée, se faisant rare de nos jours – la mauvaise, devenue si banale, facteur d’explication de tout un peu. Le bonheur, la tristesse ou la colère de nos « hauts et de nos bas » finit par se confondre avec notre quotidien : « je suis basse, aujourd’hui ; moral dans les chaussettes ! ». Rien à voir pourtant avec ces autres hauts, ces autres bas : ceux d’une personne atteinte – dûment repérée médicalement – d’une maladie bipolaire, ou manie dépression ; alternance pathologique de périodes d’accélération, d’intense exaltation, avec des dépressions abyssales. Causée par des modifications de la chimie du cerveau, avec, du coup, incriminée, une combinaison de gènes à caractère familial, c’est, de nos jours une maladie invalidante, sévère, mais rémissible et traitée.

Flaubert, en écrivant son « Madame Bovary », en a fait un prototype de dépressive – bien autre chose, déjà, qu’une simple déprimée. Quand on dit de quelqu’un : « c’est une Bovary », s’inscrit aussitôt en fond d’écran la mélancolie d’une province qui s’ennuie ; un automne trop mouillé, le soir qui tombe tôt, le silence qui entrecoupe de chiches conversations au coin d’une cheminée, dans laquelle le feu s’étiole aussi ; l’insupportabilité des lieux, des choses, des gens… bref, tout ce qui fait qu’on « bovaryse ».

Revue KITEJ N°2

Ecrit par Olivier Verdun le 02 décembre 2011. dans Philosophie, La une, Média/Web, Littérature

Revue KITEJ N°2

 

En cette rentrée littéraire logorrhéique, la fraîche émoulue Kitej, qui vient de publier son deuxième numéro, est une merveille d’intelligence et d’audace tant dans sa facture plastique que dans la richesse de son contenu. Dirigée de main de maître par Fabien Ollier, cette revue, qui n’a pas sa pareille dans le paysage intellectuel français, fait l’effet d’une petite bombe où se manigancent, avec sa frappe abrupte sur nos capitalismes intérieurs, maints sabotages amoureux, où fusent, éclateurs de vérité, d’incroyables missiles théoriques.

Que le lecteur chloroformé passe son chemin : l’air qu’on y respire est aussi grisant que les hauts plateaux de montagne. C’est que Kitej, dans sa quête rimbaldienne d’un ailleurs toujours lointain, a des yeux de voyant, puisqu’il s’agit de dire l’indicible, de voir l’invisible, de penser l’impensable, en croisant, sans concession au consumérisme ambiant, philosophie, poésie, peinture, dessin ou encore collages. Kitej, dont la première livraison (automne 2010) est consacrée aux « Éclipses de la vie », n’est du reste que la continuation, sous un autre nom et avec quelques perspectives nouvelles, de la revue Mortibus, née en juin 2005.

Le mage du Rumorvan, Jean-François Joubert

Ecrit par Martine L. Petauton le 02 décembre 2011. dans La une, Littérature

Le mage du Rumorvan, Jean-François Joubert

 

Il y a eu – lectures à tout va et battage force 9 – le (regretté ??) Da Vinci code de Dan Brown. Thriller – jeu de piste caracolant de l’église Saint-Sulpice à l’Angleterre, autour d’une quête, et d’un pseudo complot religieux, sectaire, que sais je encore… passions déchaînées dans ce grand bol dégoulinant d’irrationnel particulièrement déjanté. A tel point, souvenez-vous, qu’ont fleuri – parallèlement au livre et à son film – des manuels pour mieux « décoder » l’histoire (grammaire pour analphabètes, en sorte) et – tenez-vous bien – des circuits touristiques pour mémères américaines ! Ouf !

On croyait en être sorti, mais on y revient ! Le mage du Rumorvan a – c’est tout le mal qu’on lui souhaite – en sa besace écolo-policière, les ingrédients qu’il faut pour mitonner un « Da Vinci code français, provincial, bretonnant », mais un artisanal, à la « chez nous » ; pas l’autre machine tonitruante et aveuglante du bouquin hollywoodien…

On peut faire confiance au poète discret et soigneusement présent, qu’est Jean-François Joubert, pour, en plus – j’allais dire : surtout – ne pas se prendre au sérieux. Pas de thèse ronflante, pas de message venu de l’au-delà ; un simple bon moment passé avec ce polar des embruns, juste mélancolique ce qu’il faut.

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