Littérature

A la recherche du juif non juif

Ecrit par Jean-François Vincent le 07 juin 2014. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Recension/commentaire du livre d’Amos Oz et Fania Oz-Salzberger, Juifs par les mots, Paris, Gallimard, 2014

A la recherche du juif non juif

Imaginer un « chrétien non chrétien » ou un « musulman non musulman » est une absurdité qui confine au non-sens ; pourtant certains parlent de « juifs non juifs », c’est même le titre d’un livre d’Isaac Deutscher, The non jewish jew. Eternel découplage entre judéité et Judaïsme, qui permet cette contradiction dans les termes. L’ouvrage des Oz se situe dans la même veine que Deutscher et pose LA question qui embarrasse tant : qu’est-ce qui fait du juif un juif ?

La réponse se trouve dans le titre même, « par les mots », dont la traduction française explicite encore davantage la version originale (Jews and words) : ce sont donc les mots qui font du juif un juif. « Notre lignée ne se définit pas par le sang mais par le texte » disent les auteurs, et d’ajouter « ce qui préserva les juifs, ce furent les livres ». Les livres ou plutôt Le livre, le Pentateuque, c’est-à-dire la Torah. Ainsi se pose le problème de sa transmission. « Moïse reçut la Torah du Sinaï. Ensuite il l’a transmise à Josué et Josué aux anciens ; les anciens aux Prophètes, et les Prophètes l’ont transmise aux hommes de la Grande Assemblée ». D’où l’importance de l’éducation et de la tradition, même pour les non-religieux : « pour rester une famille juive, la famille juive fut obligée de tabler sur les mots ». De fait, au Seder de Pessah (la veille de Pâques), un jeu de questions-réponses met en scène la famille toute entière : « le benjamin chante les “Quatre Questions”, et toute la famille renvoie les réponses. On remarquera que, malgré sa nature convenue, la Haggadah (c’est-à-dire littéralement le « dire », et plus précisément le « dire au fils ») reconnaît la dynamique de l’interrogation intellectuelle ardue et table sur elle. Les questions simples sont qualifiées de kouchiot, au même titre que les authentiques énigmes talmudiques ».

A la transmission du texte fait écho la libre discussion sur le texte. Toujours les mots, à l’oral comme à l’écrit. Dans le Judaïsme – à la différence du Christianisme – il n’existe pas d’autre dogme que : « Shema Yisra’el YHWH elouhénou YHWH ehad », Ecoute Israël, l’Eternel est notre Dieu, l’Eternel est un. A part cela, écrivent les Oz « vous pouvez vous moquer du rabbin, de Moïse, des anges, et aussi du Tout Puissant ». C’est la chutzpah, l’insolence, le persiflage. Elle peut aller de la prise à partie de Dieu (cf. Job) jusqu’au simple trait d’esprit, ce célèbre Witz dont Freud a tant parlé : « la chutzpah des Juifs comme une stratégie de survie au service d’un peuple manquant de confiance en lui-même, ne voyait qu’une partie de leur tour d’esprit (…) le sujet qui ergote n’est jamais une simple plate-forme de sentiments, d’expérience et de traumatismes. Il ou elle agit aussi en tant que passeur actif de la vérité ». D’ailleurs, les mots eux-mêmes, si importants et nécessaires soient-ils, ne sont pas à l’abri de la Chutzpah : « hot er gesogt ! Ce ne sont que des mots ! »

Reflets du temps a lu pour vous :

Ecrit par Gilberte Benayoun le 07 juin 2014. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Reflets du temps a lu pour vous :

« La Méditation du pamplemousse, Tel-Aviv Roman » de Stéphane Belaïsch, Editions Denoël, 2010, 270 pages

 

J’ai lu « La Méditation du pamplemousse, Tel-Aviv roman » de Stéphane Belaïsch, et j’ai beaucoup ri, c’est un livre qui fait rire et qui fait même éclater de rire et de joie de lecture. Ce livre est une bouffée d’air frais et de rires. C’est aussi un livre plein de tendresse, et surtout de très honorables sentiments. On y apprend beaucoup de choses sur la vie à Tel-Aviv et son précieux mélange de populations de toutes les couleurs… Et on rit beaucoup avec le narrateur lorsqu’il tente « une petite parenthèse spirituelle » en allant étudier « les valeurs, l’histoire, la philosophie juive et un peu de pratique aussi » dans une école talmudique (« une bonne façon de découvrir une autre facette du pays »), à Jérusalem, dans le quartier des ultraorthodoxes à Mea Sharim, mais on rit jaune aussi parce que ceux-là, très religieux, sont très pauvres et coupés du monde… et on ne sait pas s’ils sont coupés du monde parce que très religieux ou très pauvres…

C’est un livre très ludique, édifiant à certains égards, agréable à lire, et où on ne s’ennuie jamais.

 

Extraits :

 

Face à moi cinq cartons. Toutes mes affaires. Deux, trois meubles et tableaux à part, ma vie tenait dans cinq cartons. Grande déception. C’était peu. Très peu. On préconise souvent de voyager léger, moi je vivais léger.

Tout avait pourtant bien commencé…

L’appartement se trouvait sur Ben Yehuda à quelques mètres de la rue Ben Gourion. Deux chambres, un salon, une cuisine, une salle de bains et un balcon. C’était du vieux, pas rénové, mais c’est ce que je préférais.

3500 shekels par mois, c’était une aubaine, vu les prix des appartements aujourd’hui à Tel-Aviv. J’avais dit oui tout de suite. Je ne pouvais pas me permettre plus, je venais de me faire licencier de mon travail. Assistant dans une boîte de production de documentaires.

Si son prix était aussi bas, c’était parce que de nos jours les gens préfèrent le moderne, contrairement à moi.

Elles et leurs mères...

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 mai 2014. dans La une, Actualité, Littérature

« Duras, Beauvoir, Colette – Trois filles et leurs mères », Sophie Carquain, Editions Charleston, illustrée, mars 2014, 294 pages, 18,50 €

Elles et leurs mères...

Et « bonne fête maman ! », enfin, si l’on veut…

Ainsi donc, elles avaient des mères, ces femmes puissantes, chacune à leur façon, et dans leur temps ; ces icônes de la littérature – mais, tellement plus encore – qui hantent nos tables de chevet depuis le fond de nos adolescences. Des mères, comme chacune d’entre nous. Pas moins, plutôt plus. De drôles de fantômes qui coiffent, protègent, s’insinuent, fascinent, et – bien entendu – castrent, limitent, interdisent… tout en nageant dans cette ambivalence, propre à la mère, en étant crainte, redoutée, mais tant adorée. Bref, un lien unique en son genre.

Sophie Carquain pratique ici la « biographie romancée », le biopic littéraire qui se lit d’un coup, glissant au fond de nos mémoires, à la manière du soda de l’été : sensuel, essentiel, très agréable !

Ce sont des enfances et des adolescences, surtout, dont il s’agit ; là où l’ombre de la mère porte en gloire. La Cochinchine coloniale de Duras – réussite d’évocation ; on en sent presque la touffeur et on cille devant sa lumière ; le Paris bordure du jardin du Luxembourg de Beauvoir ; les cris des petits des bourgeois et de leur nounou emplissent nos oreilles ; la Bourgogne et ses insectes, ses chats, toutes ses fleurs ! crissant longtemps après dans notre mémoire, comme un halo familier autour de la coiffure unique de Gabri-Colette. Jeunesse, mais aussi – ce n’est pas le moindre intérêt du livre – traces quasi indélébiles des mots et gestes de la mère, dans l’adulte et l’écrivain qu’elles sont toutes les trois devenues. Et puis, la mort ; ce curieux arrachement qui se coupe (enfin, semble-t-il) un jour…

« J’ai eu ce paradis d’une mère qui était tout à la fois, le malheur, l’amour, l’injustice, l’horreur ». Signé, Duras. Autour de Barrage contre le Pacifique, puis de L’amant, Carquain pioche avec maestria ce drôle de couple Marguerite et Marie Donadieu. Remarquable moment du triptyque, moins connu, moins écrit, que la vie des deux autres. Éclairé, par un rendu historique de grande qualité, depuis les rizières et les grands bateaux qui ramènent de France : « Ici, à Saigon, les blanches font des frais de toilette. Toutes de blanc vêtues, le blanc des coloniaux ». Deux personnages de roman à égalité que ces femmes, à part, tragiques, ou picaresques. Des trajectoires.

Beauvoir, ses crises de colère, défendant déjà, haute comme trois pommes, son « je » contre une mère altière et intervenante – Françoise – dont la présence émaille les Mémoires d’une jeune fille rangée ou La force de l’âge, dont la vie fut probablement moins « douce » que la mort dont parlera sa fille…

Les ingénieurs du bout du monde, Jan Guillou

Ecrit par Léon-Marc Levy le 17 mai 2014. dans La une, Littérature

trad. du suédois par Philippe Bouquet, Actes Sud, 2013, 622 pages, 26,80 €

Les ingénieurs du bout du monde, Jan Guillou

AVEC L'AUTORISATION DE LA CAUSE LITTÉRAIRE

 

Vaste fresque à l’ancienne, récit picaresque de grandes aventures, peinture d’un XXème siècle de technologie galopante et de rêves si souvent brisés, Les Ingénieurs du bout du monde est tout cela à la fois. Une sorte de roman à la Jules Verne mais là où Verne regardait devant, Guillou regarde dans le rétroviseur. Il revisite après coup la « religion » scientifique et technologique du XXème siècle.

Trois frères, nés dans une famille rurale très pauvre du nord de la Suède, se révèlent de remarquables élèves – en particulier en sciences – et ces talents, alliés à une immense habileté manuelle, les amène à réaliser, pour jouer, une réplique parfaite d’un drakkar viking très ancien. Leur exploit retentit jusqu’en Allemagne – alors à la pointe du progrès technologique – et les trois fils de pêcheur vont se voir offrir une bourse pour aller faire leurs études d’ingénieurs à Dresde.

Trois destins aventureux et brillants semblent s’ouvrir. Et curieusement ce sera deux destins. L’un des trois frères se révèle homosexuel et va vivre à Londres son amour pour un homme. Disparition définitive du personnage, dont nous n’aurons plus aucune nouvelle de tout le livre, effacé en quelque sorte par son « crime » d’homosexualité ! Quel est le choix de l’auteur ? Mystère ! On peut – vaguement – espérer (s’agissant d’un premier volume à une vaste fresque), que le frère homosexuel et maudit réapparaîtra un jour !

Alors l’épopée va se partager entre Lauritz au nord (Hardangervidda – Norvège à partir de mai 1901) et Oskar, au sud (Afrique de l’est allemande – à partir de mai 1902).

Ils sont ingénieurs, entreprenants, novateurs, ils n’ont peur de rien et se ressemblent beaucoup, à des dizaines de milliers de kilomètres l’un de l’autre. Porteurs de progrès, de trains, de ponts, d’avenir, ils deviennent de grands ingénieurs, très demandés et très prospères.

Guillou nous conte cela avec élan, enthousiasme, traversant les aventures de la vie amoureuse de ses deux héros.

Oskar est celui qui a la vie la plus picaresque, lui qui est « chargé de donner à l’Afrique  les bienfaits de la civilisation ». Rites étranges des tribus, lutte contre des sauvages cannibales, fascination des femmes noires indolentes et sensuelles : on est en pleine idéologie colonialiste et ni Oskar, ni jean Guillou (!!) ne semblent s’en émouvoir !

Lauritz lui, hors les ponts et les rails du nord, va s’illustrer par ses talents fabuleux de constructeur de bateaux de régates (héritage culturel du père).

« La petite … pardon, comment s’appelait-elle ? fut-il obligé de demander sous le coup de l’émotion.

– Roselinde Zeltmann.

Reflets du temps a lu pour vous

Ecrit par Gilberte Benayoun le 17 mai 2014. dans La une, Santé, Littérature

Reflets du temps a lu pour vous

« Le rire est le propre de l’homme » dit-on. Selon cette célèbre devise et autres nombreux dictons (« Il vaut mieux en rire qu’en pleurer »… « Plus on est de fous, plus on rit »… etc…), voici pour nos reflets du temps, cette semaine, une petite séance de « rigologie », aux couleurs du rire et de l’humour, essentielles et indispensables à notre bonne santé.

Michel Guilbert est médecin généraliste, écrivain et artiste. Mais pour le bonheur de ses patients, de ses lecteurs et de ses fans, sa spécialité c’est : « rigologue »… Il écrit des livres sur des sujets sérieux (la santé c’est sérieux), dans lesquels sont diffusés à haute dose son humour, sa bonne humeur et son rire.

J’ai choisi pour nos reflets du temps des extraits de son dernier ouvrage, « C’est grave docteur ? », et de son tout premier ouvrage : « Le Magasin des capotes zinzins ».

 

Quelques perles de « C’est grave docteur ? Les plus belles perles entendues par votre médecin » :

 

Pas question de participer à une étude, j’ai pas envie de servir de cow-boy !

J’ai fait un coma idyllique.

Je fais de la spasmofolie.

Dès qu’on me parle de maladie, je sodomise de partout !

Je suis mort de trouille, j’ai rendez-vous avec l’euthanasiste.

Je suis comme François Hollande, j’aime pas les sondages.

Il a failli mourir d’une embellie pulmonaire.

… … …

Cinquième partie, entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Ecrit par Luce Caggini le 10 mai 2014. dans La une, Ecrits, Littérature

Cinquième partie, entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Delphine de Malherbe, Interview in live-V

Café de Flore samedi 29 Mars 2014

 

Fin d’une heure de qualité avec Delphine.

Je demande par sms à Delphine si elle est d’accord pour une question supplémentaire :

Luce : J’ai apprécié le manque d’inflation dans votre livre. Peut-on le comparer à un tableau de Edward Hopper ?

Delphine : C’est même flatteur. Edward Hopper arrête le temps comme personne, il n’y a pas de « gras ». Merci encore pour votre regard.

 

LC : Comment est venu ce Franck Steiner… ce n’est pas une réalité livresque ? Non ? Comment est-il arrivé là ?

 

DM : C’est toujours lié à ma vie.

 

LC : Vous parlez d’un fait réel ?

 

DM : Oui il y a eu ça au départ… ça c’est très vrai mais… ce qui est le fait réel ce que j’ai décrit… c’est arrivé au père… à Yvan… quand on l’a accusé à la fois d’avoir sauvé quelqu’un et tué quelqu’un… c’est ça qui m’a inspirée… qui a nourri les choses… mais sinon les gens que j’ai traversés pendant plusieurs années… la manière dont je me suis « frottée à eux »… dans les ressentis… ce que j’en ai gardé… jeté… tout ça étant totalement inconscient et je ne les sais pas sinon ça ne m’amuserait pas du tout et je ne le ferais pas… je cherche surtout pas à le savoir… c’est là à un moment donné des choses à soi qui sont mûres à dire et c’est à ce moment-là que ça sort et Franck est né de ça… mais je ne sais pas plus que ça.

 

LC : Votre prochain roman ???

 

DM : Pour une fois c’est pas calculé… il n’est pas encore là.

 

LC : Vous y pensez ? Dans un univers ??

 

DM : J’y pense bien sûr mais pas tant que ça… je sais que ça sort tout seul à un moment et il ne faut pas que j’y pense justement sinon ce ne sera pas une note juste.

Les droits de l’homme, une religion civile ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 mai 2014. dans La une, Société, Littérature

Les droits de l’homme, une religion civile ?

Recension/commentaire :

Le culte des droits de l’homme, Valentine Zuber, Gallimard, Bibliothèque de sciences humaines, 2014

 

Valentine Zuber est Maître de conférences à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, en charge de la chaire de sociologie des religions et de la laïcité. Son livre, très inspiré de celui d’Albert Mathiez sur Les origines des cultes révolutionnaires, cherche à analyser la part de religiosité qui a présidé à l’instauration de la première République française. Pour contrer l’absolutisme, indissolublement lié au Catholicisme, il a, en effet, fallu inventer une autre religion, une religion civile.

Le terme est de Rousseau (Contrat social, livre IV, chap. 8) : « les dogmes de la religion civile doivent être simples, en petit nombre, énoncés avec précision sans explications ni commentaires. L’existence de la Divinité puissante, intelligente, bienfaisante, prévoyante et pourvoyante, la vie à venir, le bonheur des justes, le châtiment des méchants, la sainteté du contrat social et des lois : voilà les dogmes positifs. Quant aux dogmes négatifs, je les borne à un seul, c’est l’intolérance : elle rentre dans les cultes que nous avons exclus. Il y a donc une profession de foi purement civile dont il appartient au Souverain de fixer les articles, non pas précisément comme dogmes de religion, mais comme sentiments de sociabilité, sans lesquels il est impossible d’être bon Citoyen ni sujet fidèle. Sans pouvoir obliger personne à les croire, il peut bannir de l’Etat quiconque ne les croit pas ; il peut le bannir, non comme impie, mais comme insociable, comme incapable d’aimer sincèrement les lois, la justice, et d’immoler au besoin sa vie à son devoir. Que si quelqu’un, après avoir reconnu publiquement ces mêmes dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu’il soit puni de mort ; il a commis le plus grand des crimes, il a menti devant les lois ».

Le « bannissement » de l’intolérance a une ironie qui a, sans nul doute, échappé au cher Jean-Jacques, lequel – sans rire ! – entend punir de mort les « hérétiques » à la croyance nouvelle… on voit donc le caractère transcendant de ce qui est proposé : « divinité », justice distributive, profession de foi. Les déclarations des droits de 1789 et 1793 parleront, elles, de l’« Etre Suprême », rédigées qu’elles furent « sous les auspices de l’Etre suprême » (1789), ou même « en présence de l’Etre Suprême » (1793). Robespierre, face au tollé des plus anticléricaux comme Pierre Manuel ou Charles Palissot, avouera que, tout en croyant sincèrement à la Providence Divine, il s’agissait d’abord, pour lui, « de ne pas heurter de front les préjugés religieux que le peuple adore ».

Il reste qu’une religion est bel et bien née. François-Henri de Virieu, membre de l’Assemblée Nationale de 1789, s’exclame, lyrique : « ce qui me touche davantage encore, c’est l’invocation à l’Etre Suprême ; l’on ne dit pas que nous tenons nos droits de la nature : c’est un pacte de la nation fait sous les auspices de la Divinité »… une « Alliance » républicaine en quelque sorte !

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 03 mai 2014. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

Honneur cette semaine à un auteur contemporain, couronné du prestigieux Prix Nobel de littérature, couronnement d’une œuvre littéraire puissante et hautement réjouissante, pour cet immense écrivain français qui procura à la littérature française une œuvre abondante, remarquablement colorée de souvenirs, de descriptions et d’images explorés par la mémoire d’une vie intense en événements et universelle.

 

Extraits :

 

Une quinzaine de kilomètres séparaient la plage de la ville à travers un paysage légèrement bosselé aux pentes recouvertes de vignes, le trajet jalonné (sur la droite en venant de la mer) d’opulentes résidences dont les bâtiments datant du siècle précédent, espacés de deux ou trois kilomètres et plus ou moins cachés par les arbres de leurs parcs, offraient comme un inventaire de ce que la vanité de fortunes récemment acquises ou consolidées avait pu inspirer à leurs propriétaires ainsi qu’aux architectes qui se pliaient à leurs désirs (ou même les devançaient) à une époque où les ambitions d’une classe provinciale aisée et d’un niveau culturel moyen (s’inspirant parfois de décors médiévaux ou orientalistes d’opéras vus à Paris au cours de quelque voyage de noces) proposaient aux regards un éventail d’architectures (tours couronnées de gracieux balustres de terre cuite ou, au contraire, massives, carrées et vaguement sarrasines), d’un goût parfois discutable mais, dans l’ensemble, plaisantes, sans ostentation trop gênante (sauf l’une d’entre elles, plus récente), aux noms désuets (comme leurs meubles Louis-Philippe ou Napoléon III) et d’une naïve fraîcheur, tels « Miraflores » ou, simplement, « Les Aloès ».

Échanges sur le court

Ecrit par Jean-Jacques Nuel le 26 avril 2014. dans La une, Littérature

Échanges sur le court

À l’occasion de la sortie du recueil Le mouton noir, Christian Cottet-Emard s’entretient avec Jean-Jacques Nuel sur ce projet en cours.

 

Christian Cottet-Emard : Depuis 2 ans, on voit tes textes courts paraître dans de nombreuses revues littéraires et en recueils. Ils semblent faire partie d’un même projet. Peux-tu nous en préciser la nature et l’importance ? Est-ce une nouvelle forme de ton écriture ?

 

Jean-Jacques Nuel : Ce n’est pas une forme nouvelle. J’ai écrit mes premiers textes courts sur ce modèle au milieu des années 1980 et on en trouve les premiers publiés dans mon recueil Noria paru chez Pleine Plume en 1988. Cela fait près de 30 ans ! Ces premiers textes étaient très courts et plus proches de la poésie. Ce n’est vraiment qu’à la fin de l’année 2011 que j’ai repris cette veine qui s’est développée dans un sens plus narratif, avec davantage d’humour et d’absurde.

J’en suis actuellement entre 300 et 400 textes écrits, je donne cette « fourchette » car beaucoup sont encore en chantier, ils n’ont pas encore gagné ce que j’appelle leur « bon de sortie ». J’aimerais en écrire un millier, ce qui représente un bel objectif.

 

CCE : Le court, est-ce un choix ou une malédiction pour un auteur du XXIème siècle ? Te considères-tu comme le « mouton noir » de la littérature ?

 

JJN : Un choix, oui, mais choisit-on ? L’écriture s’impose. J’écris depuis plus de 40 ans et me suis essayé à toutes les formes, avec des bonheurs (ou malheurs) divers : poésie, nouvelle, théâtre, roman… Je crois me connaître suffisamment pour en conclure que je suis vraiment à l’aise et dans mon élément sur deux longueurs de textes : le récit d’une centaine de pages (comme « Le nom » publié en 2005 chez A contrario) et les textes très courts de Contresens. Si mon dernier recueil porte pour titre « Le mouton noir », ce n’est pas par hasard ! Le problème ou, pour être positif, l’originalité de ces textes, c’est qu’ils ne relèvent d’aucun genre particulier, tout en se tenant à la frontière de beaucoup. Ce ne sont pas des poèmes en prose, ni des contes brefs, ni des histoires drôles, ni des mini-nouvelles, mais un mélange d’étrange, d’humour, d’absurde et de poésie qui peut déconcerter les animateurs de revues littéraires et les éditeurs habitués à des genres bien établis et reconnaissables. Me situant en dehors des genres reconnus, j’ai du mal à m’intégrer dans des cadres existants. Ainsi, bien que certains de mes textes contiennent à mon sens plus de poésie que bien des « poèmes », je suis très rarement invité à les lire dans des programmes de lecture publique. Mais je ne peux, ni ne veux écrire autrement. Chaque fois que je me plie à un genre, comme chaque fois que j’écris « sur commande », je me limite et régresse, mes textes deviennent artificiels et perdent en qualité. Tant pis si c’est plus dur et plus long pour m’imposer. Je dois aller au bout de ma démarche et de mon originalité. Je ne compte pas sur l’écriture pour gagner ma vie, et c’est une chance : je n’ai pas besoin d’animer des ateliers d’écriture ni de produire des ouvrages convenus pour subsister.

Quatrième partie, entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Ecrit par Luce Caggini le 26 avril 2014. dans La une, Littérature

Quatrième partie, entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Delphine de Malherbe, Interview in live-IV

Café de Flore samedi 29 Mars 2014

 

Un doux rêve qui finit dans une magique baguette de pain... (Luce Caggini)

 

« Vous qui prenez le monde comme il vient, jusqu’à paraître sans cœur, vous portez en vous, innocent, le pacte avec la vie » (Pier Paolo Pasolini)

 

LC : Pourquoi Pasolini… Cette phrase-là de Pasolini ?

 

DM : De toute façon j’aime les artistes italiens surtout les cinéastes… je trouvais qu’il racontait souvent… au long de ses films… je ne parle pas de ceux qui étaient très sexuels et provocateurs sur le sujet… ce qu’il raconte plus comme Visconti… plus souvent ces hommes en perte de vitesse… on voit très souvent dans ses films ces regards complètement perdus dans le lointain… ces regards chargés de questions et… finalement cette phrase répond très bien sur l’instant présent… sur la manière de le choper… répondre sans y répondre mais la piste me plaît bien… elle est tellement joliment dite surtout.

 

LC : C’est la dernière image de votre livre.

 

DM : C’est important la dernière image.

 

LC : Vous avez commencé avec Bachelard et vous finissez avec Pasolini…

 

DM : Ce qui est intéressant dans un livre… moi dans ma vie mes amis sont tous opposés… les écrivains que j’aime sont tous opposés… j’aime la cohérence dans le sujet… c’est pour ça qu’on écrit un livre… qu’on fait un tableau… ; mais les nourritures de l’œuvre n’ont pas à venir des mêmes sources ou être d’accord sinon ça s’assèche immédiatement… je crois… comme si on fréquente que des gens d’un même milieu.

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