Littérature

Pensées en désuétude, Fanny Cosi

Ecrit par Stéphanie Michineau le 07 septembre 2013. dans La une, Littérature

Paris : Edilivre, 2010

Pensées en désuétude, Fanny Cosi

Pensées en désuétude a d’ores et déjà bénéficié d’un certain nombre de comptes rendus que ce soit dans des journaux ou des revues en France aussi bien qu’à l’étranger : Journal du Pays Yonnais, La Cause littéraire où il a été recommandé parmi les « lectures d’été » l’année suivant sa sortie en 2011, Exigence : littérature, Encres Vagabondes, Ecrits-vains pour la France.

A l’étranger, il s’agit de la Roumanie ; dans le numéro 12 portant sur le Destin in revue de littérature-philosophie ; Alkémie, on trouve l’article suivant intitulé : « L’Ecriture (auto)fictionnelle comme mode de vie » rédigé par Mihaela-Gentiana Stanisor qui n’est autre que la directrice de la revue, correspondante à l’étranger de la revue Recto-Verso. Comme traductrice aguerrie, cet article sera traduit par ses bons soins en roumain afin d’être publié dans une revue francophone servant l’interculturalité et Culture(s) et Diversité (octobre 2013).

Aux presses universitaires de la faculté de Fès/Maroc, a été édité tout récemment (septembre 2013) cet article du chercheur tunisien confirmé, spécialiste du mouvement réaliste, Arselène Ben Fahrat : « Pensées en désuétude de Fanny Cosi ou les tentations autofictionnelles de Stéphanie Michineau ». Sachant que cet article de haute portée scientifique dû à sa rigueur et à sa richesse d’analyse a bénéficié d’une traduction en arabe classique par un traducteur mandaté par l’Institut français de Jordanie.

Vingt ans

Ecrit par Johann Lefebvre le 31 août 2013. dans La une, Littérature

Vingt ans

Il ne faut pas grand-chose pour écrire, matériellement parlant, et le reste, qui ne se saisit pas entre les mains aussi aisément qu’une feuille morte portée par l’air, ne fait que passer par les membranes de l’être comme une pluie quantique. Je me retrouve avec des morceaux épars qu’il s’agirait d’assembler un tant soit peu afin de ne pas passer pour un singulier schizophrène. La corbeille à papier, c’est la limite de la turpitude. Les tiroirs qui renferment les papiers conservés, les dossiers numériques à l’écran sont sur la frontière opposée. Gravées dans le passé, certaines de mes alliances écrites me gênent car je ne veux plus les connaître, je désire fort les renier, les jeter dans le fossé de l’indignité. Mais par inadvertance, j’ai laissé des copies s’envoler et quelque part, dans un autre tiroir, ou dans un carton, une cave, un grenier ou une bibliothèque, le texte endormi n’attend plus le retour de son heure, bien qu’il puisse, en des circonstances particulières, se retrouver sous les yeux d’un lecteur nouveau : le lecteur tourne les pages rapidement, sur la dernière il s’arrête et relève la date qui figure en bas. Il n’était pas encore né quand ce texte a été écrit. Faudra que je demande à mon père, il se dit, en roulant les feuillets comme pour faire un bâton de mots. A contrario, je regrette la perte de feuilles admirables et qui avaient, en leurs temps, provoqué d’agréables satisfactions. Il en existe des copies, mais je ne sais pas où, et pour d’autres, plus rares, uniques, non reproduites : zéro, rien, plus une seule trace de leur existence.

Les décennies sont attelées comme des wagons qui s’ajoutent à un train fantôme. Trois, puis quatre et cinq. Le vernis des objets a subi les brûlures du temps et les morsures des gestes répétés. Des histoires, maintes fois racontées et entendues, ont vu naître leurs propres variations, des versions diluées ou concentrées. Les livres ont les coins émoussés, les mors bien marqués, voire fendus. Les souvenirs sont drôlement habillés, certains en loques, d’autres en tenue d’apparat. Des visages et des voix ont pris des couleurs saisies dans la masse de l’existence. Les persiennes du salon sont antiques mais les rayons de soleil qu’elles filtrent sont toujours jeunes.

Entretiens de Noureddine Mhakkak

Ecrit par Stéphanie Michineau le 24 août 2013. dans La une, Littérature

chroniqueur pour le journal Libération, avec Stéphanie Michineau, écrivaine-chercheuse française et spécialiste de l’autofiction francophone à ouverture sur le Monde Arabe et l’international

Entretiens de Noureddine Mhakkak

Dans le cadre des échanges culturels et artistiques (Arts et littérature) entre la France et le Maroc, pour commémorer le fait que Stéphanie Michineau comme écrivaine-chercheuse française (connue aussi sous le nom de Fanny Cosi à l’étranger) vient tout juste d’intégrer, depuis le 27 avril 2013, l’Union des Ecrivains du Maroc comme membre d’honneur, le chroniqueur bien connu de journaux marocains (Libération, Albayane, …), Noureddine Mhakkak de l’Association Marocaine des Critiques de Cinéma, s’est chargé tout récemment de mener des entretiens avec elle.

Sachant que le livre de Stéphanie Michineau, Colette : par-delà le bien et le mal ? avait donné lieu de la part du chroniqueur marocain à « des regards », compte rendu publié initialement dans le journal Albayane (le 11/06/2013) relayé par Maghress et surtout Midi-press, très populaire au Maroc et en Algérie, l’article est désormais consultable directement par le biais suivant :

http://www.albayane.press.ma/index.php?option=com_content&view=article&id=17406:regards-sur-le-livre-de-stephanie-michineau-&catid=48:culture&Itemid=123

Côté francophone, Exigence : littérature a pris le relais depuis juillet dernier et l’a rangée dans le tiroir des travaux de l’auteure, Stéphanie Michineau (écrivain) dans sa rubrique : « culture et diversité ».

La banalité du mal sous le IIIème Reich : Suivisme ou Schadenfreude ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 17 août 2013. dans La une, Histoire, Littérature

La banalité du mal sous le IIIème Reich : Suivisme ou Schadenfreude ?

Recension/commentaire de :

Soldats, combattre, tuer, mourir : Procès-verbaux de récits de soldats allemands (Soldaten, Protokolle vom Kämpfen, Töten und Sterben, Fischer Verlag, Frankfurt am Main, 2011), Sönke Neitzel et Harald Welzer, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Gallimard, mai 2013, 640 pages, 28,90 €

 

Ce livre est tout à fait extraordinaire en ceci qu’il livre des conversations entre prisonniers de guerre, enregistrées à leur insu, pendant leur détention en Angleterre : pas de justification, pas de travestissement – en guise de plaidoyer pro domo – de ce qui fut leur guerre et des sentiments qu’ils ressentirent à l’époque ; juste la vérité, leur vérité.

Le problème de toute guerre et, en particulier de cette guerre-là, est, en effet, celui du mal, du mal infligé en toute tranquillité, en toute bonne conscience, sans trouble, sans remords apparents. Les meurtriers se sont-ils contentés de suivre, d’obéir aux ordres, ou bien ont-ils pris du plaisir à tuer ? Ont-ils éprouvé cette joie maligne, cette Schadenfreude, habituellement traduite par sadisme, terme, qui, dans son abstraction, rend difficilement l’horreur du mot allemand : la joie (Freude) causée par le dommage (Schaden) à autrui.

Le goût des hommes d’honneur…

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 août 2013. dans La une, Education, Littérature

Je suis… Léon Blum, Didier Bazy, Jacques André Editeur, 2013, 10 €

Le goût des hommes d’honneur…

Riche idée que celle de cette collection – les « Je suis », à destination de ces collégiens (et de leurs parents !) que j’ai, comme on dit, « pratiqués » en ma vie récente de professeur. A cet âge, ils aiment – énormément – l’Histoire, comme s’ils savaient intuitivement, à quel point elle, et elle, surtout, les aide à monter les marches, à savoir d’où ils viennent, bref, à se construire. Au mur de ma classe, il y avait écrit : « l’Histoire étudie le Passé, pour comprendre le Présent et aménager l’Avenir ». Tous aimaient, tout au long de l’année où nous voyagions ensemble, s’y reporter, l’interroger – la « maxime », comme ils disaient. Ils aimaient, avant tout, je crois, que cette science humaine ait une utilité palpable. La liste infinie des grands Croisés ne les intéressait pas, pas plus que les usages, un rien exotiques, des façons de tenir sa fourchette récente au temps de Versailles ; ce dépaysement-là était peanuts à côté de l’outil-histoire, qu’on ouvrait, tel le parapluie automatique, interrogeant l’actu ; quelque chose d’interactif qui allait bien avec leur âge impatient.

Alors, le grand homme, celui qui a « fait » l’Histoire et résonne encore si fortement chaque matin du monde, ici, et maintenant, qui vous parle et dit « je », voilà un succès garanti, en classe de pré-ados. Que Didier Bazy, et son travail qui sonne si juste, en soit, et convaincu, et remercié.

Mais, pour entrer au Panthéon des 14/15, il faut, en classe, comme dans la vraie vie, une bonne dose d’honneur à présenter, en patte blanche – ces gamins, filles comme garçons, ayant par-dessus le tee-shirt à la mode, et le jean troué, la panoplie complète du chevalier médiéval, son sens aigu et chatouilleux de l’honneur, le cheval en moins… quoique…

Or, s’il y a bien une période dans le Contemporain, qui rime avec honneur – pour le Républicain et démocrate de base, s’entend – c’est le Front Populaire.

Si peu de temps pour tant de joies et de choses à engranger au chaud des cœurs de citoyen, au son de l’accordéon, et des poèmes d’Aragon. Je peux en témoigner ; quand arrive le moment du Front dans une classe de 3ème – fût-elle boutonneuse –, s’installe une écoute, une atmosphère, quelquefois une « grâce » même auprès du plus démotivé, du plus éloigné de nous, scolairement : les Congés payés, les grèves joyeuses, les « acquis » – ils apprennent là, le mot, le parfum unique de cette embellie, à coups de tandems au bord des auberges de jeunesse ; tous, ils tendent alors la main… Pour parler comme eux : « ça leur cause ; ça les branche ».

[BestOf] Ecrits - Analyses : Ceux qui m’entourent

Ecrit par Johann Lefebvre le 13 juillet 2013. dans La une, Ecrits, Littérature

[BestOf] Ecrits - Analyses : Ceux qui m’entourent

Ceux qui m’entourent sont morts pour la plupart, certains depuis bien longtemps ; ils m’entourent et m’accompagnent, où que j’aille, quoi que je fasse, parfois ils parlent, parfois rien ne disent, mais leur présence accompagne souvent mes absences ou témoigne de ma solitude. Ce sont de grands taiseux qui me parlent en dedans, car ils ont écrit, quelques-uns énormément, d’autres à peine mais bien suffisamment, et je les ai lus. Permettez-moi de glisser la main doucement le long du dos de leurs livres et de trouver pour chacun une poignée de mots qui serait un portrait vif en deux ou trois traits. Je ne vais pas classer, pas choisir, je file au fil de l’eau, j’ouvre l’écluse de la mémoire, des images. Excusez les absents, et puis ici il est impossible de tous les convoquer, pas la place, et d’autres ne viendront pas, si discrets.

Rimbaud : d’une saison l’autre jusqu’au détroit d’indigo. Vailland : horlogerie des mots. Fante : ta chambre pourrait être celle de Van Gogh. Pavese : il y a toujours une colline et sa crête, le soleil ne viendra plus, mourir avant l’aube. Kafka : l’angoisse des portes et des tiroirs qui s’ouvrent, nous enferment. Gautier : le mot microscope, la lentille sur les choses. Sade : bande bande bande, me débonde et abonde le foutre épais. Cioran : une ombre au Jardin du Luxembourg te ressemble, assise à mon côté sur ce banc froid. Izquierdo: ta sensualité crue, l’outrage d’un verbe humide. Dac : Rien n’est jamais perdu. Tant qu’il reste quelque chose à trouver. Merci. Brown : cette inquiétude à te lire avec le sourire. Vian : jazz dans les mots, note bleue ramassée dans l’herbe rouge. Duras : torpeur et tremblements, alcool, tes phrases à l’envers, ton silence. Artaud : un chamane à Rodez ; torture de la vie. Cohen : Leonard, le lion perdant magnifique, j’ai vu aussi la fleur dans tes jumelles. Cohen : Albert, comme le satellite fou autour de l’astre femme.

Aux frontières de l’Europe, Paolo Rumiz

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 14 juin 2013. dans La une, Voyages, Littérature

Gallimard Folio, 2011, 335 pages

Aux frontières de l’Europe, Paolo Rumiz

L’extrême nord de l’Europe où commence ce livre est en Norvège, bien au-delà du cercle polaire arctique. C’est de ce bout du monde, en 2008, dans la lumière des jours d’été qui se suivent sans nuit mais pas toujours sans tempêtes de neige, que Paolo Rumiz prend la route, bientôt rejoint par Monika, une photographe d’origine polonaise qui parle le russe et toutes les langues spontanées de l’amitié.

Celui qui est considéré comme le plus grand écrivain-voyageur italien s’est muni d’un bâton de marche et d’un sac à dos lesté de quelques carnets, d’une brosse à dents et du minimum d’accessoires expérimentés comme indispensables. Né il y a un peu plus de soixante ans à Trieste, ville à la croisée des civilisations et des religions européennes et que l’histoire a asservie tour à tour à plusieurs empires, Rumiz s’interroge sur les frontières : celles qui séparent l’Europe de l’Asie, celles qui relient l’histoire aux légendes et celles qu’il est si malaisé de tracer entre nos doutes et nos certitudes. Mais pour lui, s’interroger signifie voyager, regarder, écouter, se laisser envahir par la splendeur du monde, éprouver la bonté des hommes, dût-il constater la sauvagerie de la civilisation.

De Mourmansk à Odessa, de la mer Blanche à la mer Noire, des lacs de Carélie aux montagnes des Carpates, sous couleur d’illustrer quelques révélations géographiques ou géopolitiques : que l’Europe est verticale, que ses limites fluctuent dans le temps et dans les consciences, que c’est une entité qui échappe à toute définition, Paolo Rumiz, Pavel Petrovitch selon qu’il se sent occidental ou oriental, nous convie à partager ses réflexions de citoyen d’un monde qu’il connaît sous toutes ses coutures. Celles qui assemblent ce patchwork de provinces, d’ethnies et de religions que l’on appelle Europe ne sont pas les dernières qu’il explore. Ses réflexions sont celles d’un homme profondément généreux, aussi soucieux de mettre son immense culture à la portée de ses lecteurs qu’il est avide d’établir des relations authentiques avec tous ceux qui veulent bien lui sourire, et ils sont nombreux à lui ouvrir leur porte et leur cœur, au cours de sa déambulation erratique du nord au sud.

L’homme de Marmara, Olivier Bass

Ecrit par Christelle Mafille le 14 juin 2013. dans La une, Littérature

éditions La Découvrance, septembre 2012

L’homme de Marmara, Olivier Bass

Je voudrais aujourd’hui vous parler d’un roman et de son auteur.

J’ai rencontré Olivier Bass au Salon du Livre d’Alençon. Nous étions l’un et l’autre conviés pour présenter nos romans (c’est lui qui a gagné !).

Outre le fait qu’Olivier est un auteur comme je les aime, à savoir humble et passionné, son roman est un vrai bijou.

Une histoire de bateaux, normal me direz-vous, Olivier est marin. Une intrigue vraiment bien menée, un mystère comme je les aime. Qui est cet homme, rescapé, repêché devrais-je dire ?

Et le dépaysement, toujours.

Enfin, l’univers des bateaux qui m’appelle depuis toujours. On entend les machines, les bruits des pas sur le pont, les rires des marins, leurs gueulantes aussi.

Des marins loin des leurs. Loin de leur terre, loin de leur mère.

Merci Olivier pour ce voyage.

Je vous livre la quatrième de couverture :

Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ?, Jean-Marie Schaeffer

Ecrit par Jean-François Vernay le 08 juin 2013. dans La une, Education, Littérature

Thierry Marchaisse éditeur, 2011, 130 pages, 15 €

Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ?, Jean-Marie Schaeffer

Scindé en sept chapitres teintés d’optimisme, Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ? s’inscrit dans une mobilisation générale de ces grands noms de la communauté littéraire française qui cherchent à faire débat et à analyser l’étrange désaffection qui frappe le fait littéraire depuis quelques décennies. Avant l’ouvrage de ce philosophe, les lecteurs auront, avec autant d’intérêt, pu prendre connaissance de ceux de Dominique Maingueneau, Contre Saint-Proust. La fin de la Littérature (Belin, 2006), de Tzvetan Todorov, La Littérature en péril (Flammarion, 2007), d’Antoine Compagnon, La littérature pour quoi faire ? (Fayard/Collège de France, 2007), d’Yves Citton, L’avenir des humanités. Economie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ? (La Découverte, 2010), et de Vincent Jouve, Pourquoi étudier la littérature ? (Armand Colin, 2010).

L’hypothèse de base de Jean-Marie Schaeffer tient à ce que « la supposée crise de la littérature cache une crise bien réelle, celle de notre représentation savante de “La Littérature” » (p.6). En clair, si crise il y a, « c’est d’abord celle des études et non celle des pratiques littéraires » (p.14) incarnées par leur tripolarisation : leur capacité (voire incapacité) à transmettre des valeurs littéraires, à étudier sur un plan cognitif les faits littéraires et à former les jeunes apprenants en littérature.

La réparation, Colombe Schneck

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 01 juin 2013. dans La une, Littérature

Editions Grasset, 2012, 218 pages

La réparation, Colombe Schneck

Je doute d’être le lecteur le mieux placé pour tenter une recension du livre de Colombe Schneck La réparation. Il faudrait pouvoir le juger d’un point de vue strictement objectif, en louer la construction, l’écriture, l’intelligence et la sensibilité, toutes qualités qui suffiraient à le désigner comme un excellent livre de littérature ; j’entends par là cette catégorie relativement étroite d’écrits, qu’ils soient romanesques, biographiques, historiques ou autres, dont l’écriture répond à une nécessité  impérieuse et non au projet, au demeurant honorable, de fabriquer un produit éditorial commercialisable. Une telle nécessité d’écriture se reconnaît dès les premières pages et engage le lecteur, quelque intérêt qu’il éprouve pour le sujet, et celui-ci lui semblât-il avoir déjà été traité maintes fois, à poursuivre en vertu d’une nécessité de lecture que l’écrivain éveille en lui, en quelque sorte symétrique et complémentaire de celle qui le pousse à écrire, de même que dans une galerie ou un musée, l’amateur d’art ne peut que s’arrêter devant les œuvres que certains signes lui ont désignées comme radicalement différentes des tableaux académiques ou répondant simplement à des contraintes alimentaires devant lesquels il passe sans s’arrêter.

Ainsi, que l’on puisse dire de La réparation « encore un livre sur la Shoah ! » ne dispenserait pas de l’ouvrir et de se laisser captiver par la délicatesse, la rigueur et la force de ce récit d’une quête dont on sait d’avance qu’elle est à la fois impossible et indispensable. Il serait d’ailleurs assez inconvenant de prétendre que ce livre n’est qu’un témoignage de plus sur le martyre du peuple élu : inconvenant à l’égard de l’auteure, bien sûr, mais surtout envers ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants dont la mémoire a été soigneusement enfouie sous les décombres des camps et des ghettos dont on a voulu faire disparaître les vestiges gênants. On ne peut se complaire légitimement dans la délectation que procure un énième roman sur les mystères inépuisables de la passion amoureuse et prétendre que lorsqu’on a lu un livre sur l’extermination des Juifs, on les a tous lus.

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