Musique

Passerelles

Ecrit par Sabine Vaillant le 02 mars 2013. dans La une, Education, Musique

Passerelles

L’atelier passerelles crû 2012-2013 rassemble presque 60 élèves du conservatoire de Vincennes, de 11 à 19 ans, tous musiciens de second ou troisième cycle. Leur but ? Découvrir des répertoires non abordés en orchestre ou formation de chambre et ouvrir des pistes de travail différent… Vaste programme ! Le retour sur expérience se conclut par un concert public en fin de semestre.

L’orchestre est particulier, annonce Pierre Bluteau, l’initiateur de cet atelier. Ce ne sont pas tant ses musiciens mais l’inventaire… En ce soir glacial et lumineux de février, éclairé par un quartier de Lune généreux : trois violons, un alto, un violoncelle, deux contrebasses, six flûtes traversières, un hautbois, un saxophone, une trompette, six guitares, quatre harpes, pas moins de cinq pianistes et deux percussionnistes, invitent à embarquer sur les passerelles.

Pierre Bluteau, légèrement en retrait, la guitare sous le bras, en guise de baguette, donne simplement le rythme à l’orchestre qui démarre en toute confiance. Magique ! Souriant, il accompagne, porte ses musiciens, soutient de sa guitare un groupe puis un autre. Les notes de Ins’t she lovely de Stevie Wonder envahissent l’espace, les instruments se répondent. La musique ouvre des connexions dans le cerveau des auditeurs tandis que concentrés les musiciens tiennent les rythmes.

(Best of 2012) MUSIQUE: Jules Massenet : le centenaire

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 22 décembre 2012. dans La une, Musique

(Best of 2012) MUSIQUE: Jules Massenet : le centenaire

 

Le compositeur postromantique français Jules Massenet, né près de Saint-Etienne le 12 mai 1842, mourut à Paris le 13 août 1912. En cette année 2012, nous commémorons donc le centenaire de sa disparition. Or, il se trouve qu’il y a encore un certain « problème Massenet »… En effet, celui qui fut un des plus grands créateurs d’opéras français de la dernière partie du XIXe siècle et des tout débuts du XXe (avec Charles Gounod, Georges Bizet et quelques autres), reste encore souvent décrié, voire méprisé, dans notre pays, par un certain public de mélomanes. Ceci, alors que ce n’est le cas nulle part ailleurs chez les autres publics européens (en Allemagne, en Italie, ou en Grande-Bretagne), ni aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique Latine, ou bien encore en Australie ou en Nouvelle-Zélande, voire au Japon et en Corée du Sud…

Quels sont donc les fondements de ces jugements négatifs, en France, pour le public en question ? En fait, deux points sont reprochés à Massenet : d’abord, de n’avoir su composer que des airs (on aurait dit des « arias » à l’époque baroque). Donc, à en croire ses contempteurs, il aurait été incapable de créer des ensembles et des chœurs intégrés à l’action de ses œuvres lyriques.

Debussy, "Claude de France"

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 06 octobre 2012. dans La une, Culture, Musique

Debussy,

En août dernier (plus précisément le 22 août), nous avons commémoré le 150ème anniversaire de la naissance de Claude Debussy (à Saint-Germain-en-Laye, non loin de Paris), grand compositeur français, parfois surnommé « Claude de France ». Bien sûr, il est très respecté et apprécié comme musicien, par exemple dans notre pays. Mais, il n’en reste pas moins qu’une partie du grand public, s’intéressant d’assez loin à la musique dite « classique », le considère presque comme un compositeur « difficile ». Et, il est vrai qu’il essaya de se démarquer un peu du postromantisme, et tout particulièrement de l’influence wagnérienne.

On trouve même, dans sa musique, des annonces de la future « modernité » du XXe siècle. Pensons ainsi à certains passages de La Mer, ou à son opéra Pelléas et Mélisande, dont la prosodie (inflexion, ton, accent, etc.) en langue française a fait fuir plus d’un amateur de musique lyrique (je veux parler ici à nouveau du grand public). La tendance globale de « Claude de France » resta pourtant assez largement liée au postromantisme wagnérien, par exemple, notamment au niveau de l’orchestration. On peut même dire qu’il voulut aller au-delà de Wagner, tout en s’appuyant immanquablement sur ce dernier (pour Pelléas et Mélisande avant tout).

Célébrations estivales : deux duos

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 29 juillet 2012. dans La une, Musique

Célébrations estivales : deux duos

Tout a commencé avec le duo soprano-alto de la cantate BWV 78 de Jean-Sébastien Bach. La ritournelle qu’égrène inlassablement l’orgue n’est pas étrangère à la jubilation que l’enfant éprouve quand les deux dames entament leur adorable conversation, dialogue que l’on suppose d’une courtoisie extrême, faute de comprendre l’allemand. On sait qu’il s’agit de célébrer le Sauveur mais ce que l’on entend est d’une telle grâce, d’une telle élégance que l’on retient surtout cette complémentarité des voix. Mais l’art de Bach – les chorals transcrits par le Cantor en portent la marque – invite l’auditeur à se mêler aux chœurs, à glisser sa voix, sa prière, entre celles des officiants. L’enfant s’en souviendra même si, ici, La prière s’est faite si sensuelle qu’on se croirait plutôt dans le Cantique des Cantiques que dans un office luthérien. Le père Bach ne fronçait pas toujours les sourcils ! Teresa Stich-Randall et Dagmar Hermann, et bien d’autres depuis, vous en feront la démonstration éloquente. On voudrait que ça ne s’arrête jamais et comme, justement, les couplets s’enchaînent assez nombreux, l’enfant a tout loisir de graver à jamais ce pur moment de joie musicale dans sa mémoire. Peut-être y entend-il la voix d’une toute jeune maman dialoguant avec sa propre mère. Peut-être le commerce éthéré des anges du paradis, ce qui est d’autant plus probant si les interprètes sont des enfants, dans la tradition de l’époque. En tout cas, s’instaure en lui la prédilection pour les duos et en particulier ceux où deux chanteurs dont les voix sont complémentaires, dont les tessitures se recouvrent partiellement (1), chantent à l’unisson ou parfois en canon, à la tierce, à la quinte ou à l’octave (2).

Jules Massenet : le centenaire

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 28 juillet 2012. dans La une, Musique

Jules Massenet : le centenaire

 

Le compositeur postromantique français Jules Massenet, né près de Saint-Etienne le 12 mai 1842, mourut à Paris le 13 août 1912. En cette année 2012, nous commémorons donc le centenaire de sa disparition. Or, il se trouve qu’il y a encore un certain « problème Massenet »… En effet, celui qui fut un des plus grands créateurs d’opéras français de la dernière partie du XIXe siècle et des tout débuts du XXe (avec Charles Gounod, Georges Bizet et quelques autres), reste encore souvent décrié, voire méprisé, dans notre pays, par un certain public de mélomanes. Ceci, alors que ce n’est le cas nulle part ailleurs chez les autres publics européens (en Allemagne, en Italie, ou en Grande-Bretagne), ni aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique Latine, ou bien encore en Australie ou en Nouvelle-Zélande, voire au Japon et en Corée du Sud…

Quels sont donc les fondements de ces jugements négatifs, en France, pour le public en question ? En fait, deux points sont reprochés à Massenet : d’abord, de n’avoir su composer que des airs (on aurait dit des « arias » à l’époque baroque). Donc, à en croire ses contempteurs, il aurait été incapable de créer des ensembles et des chœurs intégrés à l’action de ses œuvres lyriques.

Célébrations estivales. 1 Contre-ut

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 14 juillet 2012. dans La une, Musique

Célébrations estivales. 1 Contre-ut

 

Kathleen Ferrier, dont on célèbre le centenaire de la naissance, était un contralto britannique dont les graves somptueusement moirés vous donnaient des frissons. Elle est morte d’un cancer à quarante et un ans. Mado Robin, dont on a oublié en 2010 de célébrer le cinquantenaire de la mort, était la soprano colorature dont la voix pouvait monter jusqu’à des hauteurs qu’aucun compositeur n’avait jamais osé inscrire sur une partition, des notes qu’aucune voix n’avait jamais chantées sur une scène d’opéra et n’a plus chantées depuis. Elle est morte d’un cancer à quarante et un ans. C’était en 1960 donc, sept ans après le décès de Kathleen Ferrier.

Je me suis souvent demandé d’où venait le plaisir que j’éprouve à entendre certaines voix, ce plaisir qui m’étreint d’une étrange émotion et me fait parfois venir les larmes aux yeux. J’espère bien ne jamais avoir la réponse qui ne peut être que prosaïquement décevante. De la chimie sans doute, des questions d’influx nerveux ou de réactions enzymatiques. Mais j’espère bien aussi ne jamais renoncer à m’interroger sur les mystères de l’art en général et de la musique en particulier.

Le mystère Kathleen Ferrier

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 30 juin 2012. dans La une, Culture, Musique

Le mystère Kathleen Ferrier

 

Il est d’usage, lorsqu’on cite l’article publié par un ami de le qualifier d’excellent (l’article ou l’ami ou les deux si on ne craint pas les répétitions). Celui que Jean-Luc Lamouché, non moins excellent chroniqueur dans ces colonnes, consacre à Kathleen Ferrier dans Tutti-Magazine, mérite bien ce qualificatif mais je dois en outre lui reconnaître de m’avoir éclairé sur un mystère qui taraudait ma conscience de mélomane.

J’ai toujours eu des réserves quant à l’admiration universelle dont est entouré l’art de Kathleen Ferrier. Soyons plus précis : l’art de la grande contralto n’est pas en cause et, en tout cas, ce n’est pas à un simple mélomane d’en juger quand les plus grands musiciens, interprètes et compositeurs réunis, l’ont célébré comme exceptionnel. Reste la voix et là, mes préventions peuvent éventuellement avoir droit de cité. Je n’aime pas toujours, pas inconditionnellement, si vous préférez, la voix de Kathleen Ferrier. C’est scandaleux, je le sais, mais j’en revendique le droit. Je trouve cette voix somptueuse dans la Rhapsodie pour contralto de Brahms qui est, par ailleurs, un des joyaux de la musique. Je la tiens pour idéale dans le rôle d’Orphée tel que l’a conçu Gluck (quand on a la patience de savourer les très répétitives beautés de cet opéra) mais je n’aime pas Kathleen Ferrier dans Le Chant de la Terre, fût-ce là l’interprétation de référence absolue.

Le plus célèbre des barytons

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 26 mai 2012. dans La une, Musique

Le plus célèbre des barytons

La mort de Dietrich Fischer-Dieskau à l’âge de 86 ans est un de ces événements « normaux » qui vous laissent pendant quelques jours un petit pincement au cœur avant que l’on s’habitue à l’idée très banale d’un panthéon des artistes où le célèbre baryton aurait désormais sa place attitrée pour l’éternité. L’éternité ? Disons deux ou trois générations de mélomanes et puis, à terme, le privilège d’être cité par quelques spécialistes de la musique classique occidentale du vingtième siècle qui se feront mousser à bon compte avec ce nom si mélodieusement articulé. Et d’ailleurs « célèbre baryton » ? Certes, on peut même avancer qu’il est le plus célèbre des barytons mais il n’est célèbre que pour ceux qui ont une idée précise de ce qu’est un baryton. Quel pourcentage de la population ? Je n’ose avancer un nombre à deux chiffres de peur qu’il soit trop élevé. La mondialisation n’efface pas la fragmentation des cultures. On annonce aujourd’hui le décès de Robin Gibb, le célèbre chanteur des Bee Gees. Je découvre son nom sinon celui de son groupe dont j’ai probablement derrière l’oreille quelques bribes de souvenirs d’un des deux cents millions de disques qu’ils avaient vendus. Combien pour Fischer-Dieskau ? Peut-être cent fois moins ce qui est déjà énorme. En tout cas, « l’avantage » de cette disparition est que l’on va rééditer les disques épuisés, graver des bandes inédites, publier des biographies, compiler des intégrales… Voici donc une affaire classée.

Entretien avec Yves Jamait

Ecrit par Christelle Mafille le 26 mai 2012. dans La une, Musique

Entretien avec Yves Jamait

 

Nous sommes en 2001 quand pour la première fois, j’entends Yves Jamait à la radio. Il interprète Dimanche. Evidemment, je rate le nom de l’auteur, et le titre de la chanson ! Et puis quelques jours plus tard, je retrouve cette voix, chez Patrick Sébastien. Et toujours cette chanson. Comme la première fois, elle me prend aux tripes et me laisse sans voix, les larmes aux yeux et au ventre aussi. Toutes ces émotions qui font se sentir vivant. Découvrir l’univers d’Yves Jamait m’a fait du bien, parce que je me sentais « orpheline » de la chanson française. Je… m’encroûtais.

Oh, bien sûr, je continuais d’aimer ceux qui m’enchantent depuis longtemps et qui n’ont jamais cessé de le faire, Le Forestier, Aznavour, Mitchell, Brel, Ferré, et tant d’autres… mais j’attendais.

Et puis Yves Jamait est arrivé, comme ça, sans s’presser !

Un coup de cœur, un coup de foudre, une révélation.

Fifteen hours in the lobby, Chaek, sans pévisions ?

Ecrit par Patrick Agostini le 20 avril 2012. dans La une, Musique

Fifteen hours in the lobby, Chaek, sans pévisions ?

L’avait-il prévu, ce retournement, ce regard inside et lointain, cet abîme revisité, cette beauté aussi spectrale que proche à l’oreille, païenne, tendue entre clair-obscur, entre pères et fils ou tous les enfants du monde… La question brûle : s’est-il surpris de cela ?

"Fifteen Hours in the Lobby".

On peut se demander ce que l’homme tentaculaire doit à sa dame araignée… Où en est l’étrange filiation ? Qui finalement a dévoré l’autre ? Et s’ils allaient de pair, alliés dans le berceau de la toile tissée, s’ils venaient à nous, simplement avec la paix dans l’âme, la paix dans l’homme ? Qu’en est-il des affres excommunicatoires hurlées à la face du monde, blessures jetées, projetées, ne lui déplaise, du double tranchant de cordes saturées, à l’extérieur, sillet tumultiforme et riffs incendiaires, à l’intérieur, glotte tendue de barbelés, âpres sanguines bouleversées bouleversantes; béances, impérieuses et vertigineuses ? Aujourd’hui Cheikh Yussufa Sylla met comme toutes les sylla…bes à son nom et dans le spectre de sa voix !

"Fifteen Hours in the Lobby"

Cet opus intime, Cheak le sort, en entrant, en lui, comme un voyage au tréfonds qu’il nous livre avec délicaresse, comme un bouquet d'pleurs du désert, un road movie pas si peinard, de Jim Jarmusch à Martin Luther King.

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