Penser à droite, Emmanuel Terray, Editions Galilée, Paris, 2012
Emmanuel Terray, agrégé de philosophie et directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, n’a pas écrit un livre de sociologie politique, mais bien de psychologie politique : il ne s’agit point ici de doctrines mais de mécanismes de pensée ; non pas « dis-moi ce que tu penses et je te dirai qui tu es », mais « dis-moi comment tu penses et je te dirai qui tu es ».
« La pensée de droite » affirme Terray « est d’abord un réalisme ». La droite s’arque-boute sur ce qui existe ici et maintenant, sur la réalité tangible. « Cet existant est identifié au réel (…) Le possible existe en “puissance”, dans le rêve, dans l’espérance, dans l’imaginaire ». La gauche incarne donc le possible, le potentiel ; la droite, elle, le véritable, l’actuel (au sens étymologique d’actus = ce qui existe vraiment). D’où une méfiance à l’égard des essais, des tentatives, de la recherche d’un mieux, dénoncé de prime abord comme utopique. « Keine Experimente ! » s’était déjà écrié le chancelier Adenauer, en bon démocrate-chrétien. « La pensée de droite », conclut Terray, « apparaît bien comme une pensée de l’acquiescement, une résignation mélancolique ».