La une

Écrire libre

Ecrit par Bénédicte Fichten le 19 avril 2014. dans La une, Ecrits, Littérature

Écrire libre

Comme je suis déçue, au final, ou surprise, ou dans l’incompréhension totale ! Hier était d’abord une très belle journée : j’avais appris l’annonce du nouveau gouvernement, et je dois dire que, malgré tout sceptique ces dernières années et dans l’attente, j’étais encore dans l’expectative d’une belle annonce. Bruno Masure m’écrivait en 2012 : ce sera un bon président… Aurait-il raison ? Que François Hollande ait remanié les choses, choisi Manuel Valls, accepté Ségolène Royal, donné Bercy à Arnaud Montebourg, et conservé la très attaquée Christiane Taubira est pour moi un véritable coup de maître et une preuve de haute intelligence. C’est, en tout cas, bien qu’ayant au départ assez mal géré les priorités des Français, un homme qui a tenu l’une des principales promesses permettant de s’aligner – enfin ! – à la majeure partie des pays européens, le mariage pour tous. Seule Martine Aubry me semble pour le moment encore perdante (Peut-être sera-t-elle Premier Ministre, comme elle le souhaitait, dans trois ans ?). Mais ne parlons pas politique, c’est un sujet tabou dans notre pays… Oui, hier était d’abord une très belle journée.

Dans ma boîte aux lettres, je venais de recevoir non pas un courrier (genre de chose quasi disparue aujourd’hui), mais deux grandes enveloppes contenant le dernier roman écrit par un ami, et Naturisme Magazine n°29 (erratum, d’ailleurs, à ce sujet, à la page me concernant, « L’Orange bleue » n’étant ni le club de fitness ni le restaurant lillois du même nom, mais bien le titre de mon ultime fiction, dont les couleurs ne s’accordent pas…). La similitude des couv me fait sourire : jolies et lointaines silhouettes de filles à moitié nues au bord de l’eau, dans des tons que j’aime. Je pose tout cela sur la table basse de mon salon et voilà que j’apprends une autre nouvelle : Régine Deforges est morte. Tout avait si bien commencé ! Au moment même où l’on fête le centenaire de la naissance de Marguerite Duras, s’éteint cette si belle rousse. Je suis triste : j’ai encore son beau sourire dans la tête. Je parlais d’elle avec mon ami (photographe) Louis Monier la semaine dernière. Son dernier livre en forme de mémoires parisiennes à ses amours m’avait donné envie. J’avais assez récemment lu « Lola », ayant moi-même encore ma bicyclette bleue et rêvé dans les bras de Laëtitia Casta. Bref, allez, la vie est ainsi faite !

« Pour le titre on verra plus tard », je trouvais ça merveilleux comme accroche, comme approche. Une façon de ne pas nommer les choses, de les débaptiser : Wilfried Salomé, qui m’envoyait son roman, suscitait le désir de l’ouvrir (le livre). De même la gentille dédicace. J’ai aimé la première citation (la seconde m’évoquait déjà mon premier roman « Lettre sans mots », mais ce n’était rien…). Idem : ce voyage du sud au nord prenait le même chemin que celui de ma « Lettre », à quelques kilomètres près. Et puis, très vite, j’ai reconnu le style : ce pessimisme critique, souvent exacerbé, que je n’aime pas du tout ; qui m’ennuie. Je n’ai pas de doutes là-dessus : Wilfried Salomé me lit, y compris en articles. Je reconnais – aussi – dans ce livre quelques passages de choses écrites par moi. Allez, ce n’est pas grave ; juste un sentiment. Et puis, je commence à me dire : y-a-il une force télépathique, quelque part, qui permet à l’un et à l’autre d’écrire sur les mêmes thèmes, en disant parfois les mêmes choses ? Je suis assez sidérée de voir à quel point le fond – non point la forme – de « Pour le titre on verra plus tard » se confond avec celui de « L’Orange-Bleu »… Étonnant. Et normal, sans doute, car je suppose que tous les artistes s’échangent idées et s’influencent, jusqu’à se copier, même, parfois. Cette impression m’a déjà été donnée. L’homme torturé de son livre est aussi le mien. En tout cas, muse ou inspiratrice, on s’intéresse à mes écrits !

Par l’union, il brisera toutes les attaques… Adieu à Dominique Baudis

Ecrit par Sabine Aussenac le 19 avril 2014. dans La une, France, Actualité, Politique

Par l’union, il brisera toutes les attaques… Adieu à Dominique Baudis

Quand j’ai lu les avis dans le Carnet du Monde, j’ai compris que je ne pourrais vous dire au-revoir. Car aujourd’hui, je suis dans votre Ville Rose, quand un hommage vous sera rendu aux Invalides, tandis que demain, lorsque votre ville vous pleurera, je serai, exceptionnellement, à Paris…

Ces quelques mots pour vous assurer, Dominique, de mon profond respect et de ma gratitude. La France perd un Juste, et Toulouse l’un de ses pères bienfaiteurs.

Savez-vous que nous avons été en opposition politique, lorsque, jeune étudiante, on m’avait demandé d’occuper la fin de la toute première liste verte, il y a mille ans, quand notre score a été si ridicule que nous, modestes militants de la première heure, avons été obligés de rembourser la campagne ? La petite étudiante rêveuse, qui ne connaissait de la politique que les cartes de vœux du RPR que son Conseiller Général de père l’obligeait à mettre sous enveloppe en famille, s’était émancipée, portant des Birkenstocks bien avant l’heure et achetant des graines de sésame au Marché du Capitole à la sortie de Fermat… Mon hypokhâgne ratée, pleine de lectures de Kerouac et de rêves américains, ressembla bien peu à votre brillant parcours étudiant, mais quelque part, déjà, nous avions les mêmes ambitions : changer la vie, ou peut-être même transformer le monde…

C’est que votre regard, toujours, a su voir au-delà de Garonne les méandres de l’Histoire. Vous aimiez les hommes, leur passé, leur avenir, vous aimiez aussi nous dire le monde. Vos activités de grand reporter ont, tout naturellement, convergé vers la fenêtre du petit écran lorsque, au gré des JT, vous donniez aux Français des nouvelles de notre terre. C’est qu’elle vous était précieuse, notre planète, et vous l’aimiez, de ces terres méditerranéennes que vous avez su magnifier lors de votre présence à l’Institut du Monde Arabe jusqu’à vos engagements européens… Oui, le Cèdre du Liban a été comme un emblème de tous vos chiasmes et métissages, car comme lui vous avez, toujours, défendu la paix et la conscience.

C’est Toulouse qui a, avant vos futurs engagements,  profité la première de vos clairvoyances. Quelle différence entre la modeste bourgade presque ensommeillée que j’ai découverte en arrivant de ma campagne tarnaise et la métropole européenne qui rutile de mille feux, quand non seulement le soleil berce le clocher de St Sernin en rougeoyant sur la brique, mais fait miroiter les ailes de nos avions et fusées… Vous avez su, Dominique, participer à cette naissance, et faire de Toulouse l’Occitane une capitale européenne. Vous avez fait, pour notre ville, l’habile transition entre tradition et modernité, et la Croix du Capitole se souvient de la liesse des soirs d’élection… Les petits quartiers sont aujourd’hui toujours là, Toulouse reste un grand village, avec ses marchés de plein vent, ses tilleuls qui embaument autour de St Sernin et la faconde de ses habitants ; mais on y parle à présent aussi, au-delà des annonces en occitan dans le métro, la langue du futur.

Mahu

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 19 avril 2014. dans La une, Littérature

roman de Bruno Edmond, Editions Diabase, 2014, 105 pages

Mahu

Il est d’usage de s’abstenir de critiquer le livre d’un ami, ou du moins de prétendre que l’amitié ne rend pas aveugle aux défauts de son œuvre. Je dois confesser que je ne me soucie plus beaucoup des usages et que l’amitié est heureusement tout à fait capable d’influencer mon jugement. Qu’on se rassure toutefois, je ne prétends nullement faire œuvre de critique littéraire et j’attribue à mes éventuels lecteurs assez de discernement pour former leur propre opinion sur le dernier livre de Bruno Edmond paru chez un excellent éditeur, Diabase, qui en a déjà publié deux mais qui ne dispose pas du budget publicitaire lui permettant de promouvoir le troisième avec la force de frappe des grandes maisons d’édition.

J’ai connu Bruno Edmond lorsqu’il a envoyé aux « Vanneaux » son manuscrit du Voyage du Dité. Je faisais alors bénévolement office de correcteur/éditeur pour la petite maison de Madame Odartchenko, plus spécialisée dans la poésie mais qui s’ouvrait à la prose romanesque. En même temps que ce volumineux et inclassable roman, j’ai découvert les deux premiers petits livres d’Edmond : L’homme changé en barque (Diabase 2004) et Dix-sept têtes (Diabase 2007). Ils ont confirmé ma conviction d’être en présence d’une voix littéraire à la fois totalement personnelle et profondément généreuse. L’amitié pour l’auteur qui est née du travail de mise au point définitive du Voyage du Dité n’a fait que renforcer mon admiration pour l’œuvre. Bruno Edmond est l’être radicalement sincère et empreint d’un humanisme véritable qui seul, à mes yeux, a droit d’écrire ces textes qui se situent toujours précisément là où le langage se dérobe. Il n’est pas seulement fondé à le faire, il en a le rare talent. Son dernier livre Mahu (Diabase 2014) est un nouveau regard porté aux racines les plus souterraines de l’humain. L’originalité et la force de ce regard tiennent à ce qu’il n’est ni celui d’un clinicien, ni celui d’un anthropologue, que le discours n’est pas celui d’un philosophe et se démarque d’une expression purement poétique que Bruno Edmond peut cultiver ailleurs ; ce regard, cette langue cherchent chez le lecteur l’écho d’une humanité primale, à l’aube de toute parole, en-deçà du bien et du mal. Il n’est certainement pas indifférent que la profession de Bruno Edmond l’ait toujours mis en face d’enfants de moins de cinq ans, ceux de l’école maternelle auxquels il enseigne et desquels il apprend sans doute beaucoup de cette humanité radicale.

La révolution patriarcale dans l’antiquité : de la cyclicité chtonienne à l’ordre des dieux célestes

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 avril 2014. dans La une, Religions, Histoire

La révolution patriarcale dans l’antiquité : de la cyclicité chtonienne à l’ordre des dieux célestes

La rupture entre les civilisations préhelléniques (minoenne, crétoise etc…) et celle des cités-états de la Grèce classique a été magistralement illustrée par le livre célèbre de Johann Jacob Bachofen, professeur de droit romain à l’université de Bâle, qui élabora toute une théorie sur le matriarcat (« das Mutterrecht ») qui aurait régné des origines jusqu’à l’émergence du culte solaire (ou apollinien), du culte de la lumière céleste (cf. Zeus/Jupiter = Dies Piter, père du jour/lumière), et la prédominance des dieux mâles.

Bachofen brosse un tableau idyllique de ce temps matriarcal : « le système de la paternité suppose une vision du monde où le “droit plus ancien” apparaît comme une énigme (…) l’âge gynécocratique du monde (« die gynaikokratische Weltperiode ») est, en réalité, la poésie de l’histoire ».

En fait, la spiritualité des « Grandes Déesses » repose sur un cycle sacré – ieros kuklos – de naissance, mort et re-naissance. La « Grande Mère » donne la vie et la reprend : elle est maîtresse de la genèse, genesis, et de la corruption, de la dégénérescence, phtora. Ce cycle se déroule sous terre. Celle-ci s’ouvre pour produire les créatures vivantes, puis se referme pour les ravaler. Tous les fragments écrits qui subsistent de cette religion datent de l’ère postérieure, patriarcale ; mais son imprégnation dans les consciences était telle qu’elle ne pouvait disparaître purement et simplement.

Dans l’hymne homérique à Gè, la terre, l’on peut lire : « c’est à toi qu’il appartient de donner la vie aux mortels, comme de la reprendre ». Des prairies s’ouvrent brusquement pour happer les vivants, telle celle qui absorbe Coré, tombant dans l’Hadès. Ces trous qui se forment inopinément sont des bouches infernales. Les pythagoriciens, amateurs de jeux de mots, assimilent ces « aidou pulai », ces portes de l’enfer/Hadès aux « aidoîou pulai », les portes du sexe, du vagin, qui alternativement délivre et emprisonne. Le théâtre classique s’en souviendra ; ainsi Eschyle dans les Choéphores : « et la Terre elle-même qui engendre tous les êtres, les nourrit et en reprend à nouveau le germe fécond ».

Car la Terre ne détruit que pour reproduire à nouveau. La mort est une palingenèse, un éternel retour à la vie. La matrice tellurique ne cesse d’être fécondée, comme le symbolisent des fêtes, telles que les Thesmophories. Celles-ci comportaient une descente, kathodos, suivies d’une remontée, anodos. Entretemps le miracle de la fertilisation s’accomplit.

Qui était Richard Strauss ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 19 avril 2014. dans La une, Musique

Qui était Richard Strauss ?

En cette année 2014, nous fêtons le 150ème anniversaire de la naissance du compositeur postromantique allemand Richard Strauss, après avoir – dans le même ordre d’idée – commémoré notamment le bicentenaire de celles de Richard Wagner et de Giuseppe Verdi en 2013. Né en effet (à Munich) en 1864, celui qui fut un des plus grands chefs d’orchestre et créateurs de tous les temps mourut à Garmisch-Partenkirchen (en Bavière, près de la frontière autrichienne) en septembre 1949. « Strauss », un patronyme très répandu dans le monde germanique (pensons à la tradition autrichienne liée à Johann Strauss père et fils), et qui signifie tout simplement « bouquet » – ce qui fait effectivement très fête viennoise… !

Sans oublier l’influence d’Hector Berlioz (avec son célèbre Traité d’orchestration), Richard Strauss fut incontestablement, sur le plan musical, le continuateur de Richard Wagner et de toute la dynamique symphonique allant de Ludwig van Beethoven jusqu’à Gustav Mahler. Et pourtant ! En effet, son père était un anti-wagnérien et un pro-brahmsien notoire, qui avait pris le parti du fameux critique viennois Édouard Hanslick, contempteur de la « musique de l’avenir » (ou « à programme ») de Wagner et de Liszt au profit de la « musique pure » de Brahms, Schumann et Mendelssohn. Ce ne fut donc qu’à partir du début des années 1880 que Richard Strauss, devenu chef d’orchestre, prit ses premiers contacts avec des cercles favorables à la musique de Liszt et de Wagner. D’où ses deux premiers opéras : Guntram (1892) et Feuersnot (1901) – marqués du sceau wagnérien.

Mais, il ne fut certes pas qu’un simple continuateur, puisqu’il arriva à s’émanciper assez largement de l’ombre du « mage de Bayreuth », ceci – sur le plan de l’expression lyrique – dès la composition de son troisième opéra, Salome (1905). Dans la foulée, citons ses principales compositions opératiques, qui ont constitué une des bases essentielles de son œuvre : Elektra (1909) – dont il déclara que c’était « le maximum de ce que les oreilles des auditeurs peuvent entendre aujourd’hui ! » –, Der Rosenkavalier (Le Chevalier à la rose) (1911), Ariadne auf Naxos (Ariane à Naxos) (1912, revu en 1916), Die Frau ohne schatten (La Femme sans ombre) (1919), Intermezzo (1924), Arabella (1933), Capriccio (1942), etc. Une des raisons les plus incontestables du goût de Richard Strauss envers la composition d’opéras est liée à son mariage (et son amour) envers la soprano allemande Pauline de Ahna (une union matrimoniale qui eut lieu en 1894) ; c’est d’ailleurs pour elle qu’il écrivit – par exemple – le rôle de Freihild dans son premier opéra Guntram, déjà cité. J’ajoute que le compositeur eut la chance de pouvoir travailler avec un librettiste de génie, pour nombre de ses opéras : Hugo von Hofmannsthal, un écrivain et dramaturge d’exception !

REFLETS DES ARTS Sculpture : Camille Claudel

Ecrit par Johann Lefebvre le 19 avril 2014. dans La une, Arts graphiques

REFLETS DES ARTS Sculpture : Camille Claudel

Camille Claudel dès l’adolescence assure que la sculpture sera sa vie, tout comme elle soutient que son frère, Paul, sera poète. Elle ne sort pas les mains de la glaise et du plâtre, elle accapare son petit frère et sa petite sœur, qu’elle prend pour modèles pour des poses qui n’en finissent pas, et auxquels elle demande de l’aider pour le gâchage du plâtre ou pour la cuisson de ses œuvres. Son talent naissant est vivement soutenu par son père, alors que sa mère exècre cette occupation artistique. La famille Claudel habite à cette époque à Wassy-sur-Blaise : Alfred Boucher (1), qui demeure dans la région, est impressionné par le travail de la jeune fille qu’il montre à Paul Dubois, directeur de l’Ecole nationale des beaux-arts, en particulier un « David et Goliath » de toute beauté. Dubois, devant le travail impressionnant de Camille, se serait écrié : « Vous avez pris des leçons avec Monsieur Rodin ! » Mais non, Camille n’a même pas encore appris le dessin et le modelage, c’est une pure autodidacte dont les connaissances en anatomie sont limitées, et elle ne connaît rien de cet homme, Rodin.

A 17 ans, Camille parvient à convaincre son père d’installer la famille à Paris pour y suivre une formation qui lui permette de perfectionner son talent naissant : en effet, l’académie Colarossi dispose d’un atelier réservé aux jeunes filles, ce qui est une aubaine car il faut rappeler qu’à cette époque encore, les années 1880, les femmes ne peuvent pas intégrer l’Ecole des beaux-arts (2).

En 1883, Boucher, qui la soutient, la conseille et la corrige, doit partir pour l’Italie et demande à Rodin de le remplacer. Rodin se reconnaît, à la fois dans le style et dans l’exécution de la jeune femme et propose à Camille d’intégrer son atelier en 1885 en qualité de praticienne, fonction qui consiste à dégrossir la matière brute d’après une esquisse dessinée ou modelée et, après corrections du Maître, à polir l’ensemble. Les deux artistes se rapprochent, tant esthétiquement que sentimentalement, Rodin s’engage même à protéger Camille, exclusivement, choix confirmé dans une lettre d’octobre 1886 où il écrit : « Pour l’avenir à partir d’aujourd’hui 12 octobre 1886, je ne tiendrai pour mon élève que Melle Camille Claudel et je la protégerai seule par tous les moyens que j’aurai à ma disposition par mes amis qui seront les siens, surtout par mes amis influents. Je n’accepterai plus d’autres élèves pour qu’il ne se produise pas par hasard de talents rivaux, quoique je ne suppose pas que l’on rencontre souvent des artistes aussi naturellement doués ». Clairement, ils sont amants et leur fusion artistique fait que, sur certaines pièces, il est bien difficile de distinguer s’il s’agit de Rodin ou de Claudel, comme par exemple toute une série de couples enlacés qui sont des études préliminaires au fameux « Baiser » de Rodin mais qui présentent de fortes similitudes avec « Sakuntala » de Claudel (3) ou encore « La jeune fille à la gerbe » de celle-ci et « Galatée » de celui-là (4).

L’Elu (Nouvelle, 1ère partie)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 19 avril 2014. dans Ecrits, La une

L’Elu (Nouvelle, 1ère partie)

La chambre était petite, claire, avec des étoiles au plafond. Assise en tailleur, au beau milieu de ses jouets, Natacha scrutait les yeux de son nounours d’un air dubitatif.

Comme celui-ci gardait le regard vide et s’obstinait dans son mystère, elle commença à le secouer dans tous les sens, dans l’espoir de le faire réagir, en vain. L’ours en peluche ne répondait pas, ne donnait pas le moindre signe d’entendement. A quoi bon ? Il n’avait rien à dire, ou plutôt si, il avait trop à dire, mais qui l’écouterait, qui le comprendrait ?

Cela faisait déjà deux ans qu’il vivait aux côtés de cette petite fille et qu’il partageait l’intimité de son lit moelleux et chaud où le sommeil se laissait prendre au piège. Malgré ce silence pesant qui ouvrait un fossé entre deux mondes, le monde des hommes et le monde des peluches, ces années de vie commune avaient créé des attaches.

Il y avait le rituel du matin, qui soudait entre eux un lien de complicité. A huit heures sonnantes, juste avant le sauter du lit, Natacha secouait doucement son ours, lui adressait quelques petites tapes affectueuses pour le réveiller, l’asseyait en prenant soin de l’adosser contre l’oreiller puis posait sur son museau un long baiser mouillé exhalant encore la fraîcheur de l’âge et les rêves, à peine éteints, de la nuit.

L’enfant, bien sûr, ne se doutait pas que Nounours n’avait pas cette chance de pouvoir dormir et qu’il ignorait donc tout du monde merveilleux du rêve et du cauchemar, cet univers de la démesure où les sens et les sentiments s’entremêlent dans un désordre savant et s’exacerbent pour faire entendre une voix qui sourd des profondeurs du moi, la véritable voix humaine.

Ah ! Combien de fois celui-ci aurait donné sa « vie » pour goûter, ne serait-ce que quelques secondes, à ces sensations inconnues. Mais le sort en avait décidé autrement et il enviait sa jeune maîtresse qui, quand elle ne se retournait pas dans son sommeil en gémissant parfois, ou en poussant des petits pouffements de rire, lui découvrait un visage apaisé, étrangement éclairé malgré l’ombre nocturne, et qui en disait long sur les paysages qu’elle devait être en train de traverser. Sans doute y avait-il, derrière ces paupières, des couleurs extraordinaires, jamais vues, avec des chemins de fleurs, des sourires dans les arbres, des collines aux courbes tendres, des lacs scintillants, des duvets d’herbe grasse, des oiseaux comme des arcs-en-ciel, des champs paisibles à perte de vue et partout, des formes arrondies et veloutées, des promesses de volupté et de bonheur. A tomber dans ce monde étrange, l’esprit devait sûrement faire le grand écart et se sentir bercé par de tendres vertiges !

Et lui, pauvre Nounours, durant ces nuits qui n’en finissaient pas, il devait se contenter d’attendre, attendre et attendre encore… jusqu’à ce que le réveil daignât bien sonner. Le temps ne s’arrêtait jamais, les nuits n’étaient rien d’autre que des jours, des jours peints en noir, et la vie continuait, persistait obstinément, allant toujours droit devant ou par des routes détournées vers on ne sait quel but, on ne sait quel mirage ! il n’y avait pas d’interruption, pas de vrai silence, juste le poids d’une existence qui n’en était pas une et qui ne s’essoufflait jamais. Nounours, alors, se réconfortait à l’idée que, plus qu’un jouet, il représentait pour Natacha un véritable compagnon et surtout un confident.

Reflets du temps a lu pour vous

Ecrit par Gilberte Benayoun le 19 avril 2014. dans La une, Littérature

Reflets du temps a lu pour vous

Coup de cœur littéraire !

Je connaissais un peu, mais de loin, Manuel Candré, jeune écrivain, auteur de déjà 2 romans. Je savais que le premier, « Autour de moi », que je n’avais pas encore lu, avait déjà été publié (août 2012), et que le deuxième, « Le portique du front de mer », venait de paraître en librairie (janvier 2014). Je savais aussi que ces deux livres-là, aux titres originaux et alléchants, je les lirai un jour. Mais quand ?

Fidèle à ma librairie « L’Arbre à lettres » où je flânais récemment, et où je flâne chaque semaine pour faire mes « provisions » de lectures, que vois-je étalé sous mes yeux… sur la première grande étagère en entrant dans la librairie ? : « Le portique du front de mer » de Manuel Candré !

Je saute sur l’occasion ! Je l’achète ! Et me jette dessus à peine rentrée chez moi ! Quel choc ! quel bonheur ! quel éblouissement ! Je vais mettre du temps à m’en remettre ! 157 pages avalées, dévorées, dégustées en une soirée ! On entre dans ce livre comme on plonge avec des ailes dans un rêve. Du rêve de la poésie de l’intrigue de la magie des couleurs des sensations des sentiments des mirages et bien d’autres plaisirs inattendus ! Le tout en apesanteur pendant 157 pages, avec sous des yeux étonnés et émerveillés une écriture belle comme un dieu ! Les pieds ne touchent plus le sol et on part avec Manuel Candré pour une incroyable et onirique aventure. Depuis Julien Gracq, Romain Gary, et bien d’autres « grandes » joies littéraires, je n’avais ressenti un tel choc !

Pour faire honneur à l’éclosion de ce bel écrivain, Manuel Candré, et pour éclairer nos reflets du temps d’une nouvelle lumière littéraire, extraits choisis (subjectifs) du « Portique du front de mer », avec ce premier paragraphe à l’entrée du roman, pour illustrer le talent de l’auteur :

« Je passe mon temps sur la plage. J’y viens chaque fois que je peux. A toute heure du jour le matin le soir je viens poser mon cul dans le sable plonger mes mains dans le sable épousseter le bas de mes pantalons allonger mes jambes respirer et scruter l’air qui bouge autour de moi, penser à elle. Je peux aussi rester sans frémir je m’absorbe et je m’oublie je me chosifie je suis presque au bord de me déréaliser si bien qu’il ne me faudrait qu’une minuscule secousse pour disparaître que je devienne le sable, monticule à la forme d’homme vite arasé par le vent. Il peut alors arriver que les mouettes approchent en paquets comme si j’étais une vieille planche de bois échouée. J’hésite à exister à reprendre pied si je suis tenté par »

Troisième partie de mon entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Ecrit par Luce Caggini le 19 avril 2014. dans La une, Littérature

Troisième partie de mon entretien avec Delphine de Malherbe, auteure de « A l’heure où vivent les hommes »

Delphine de Malherbe, Interview in live-III

Café de Flore samedi 29 Mars 2014

 

C’est comme ça que pensent aussi les femmes…

 

LC : Les femmes… parlons-en. J’ai cru comprendre que les femmes sont des dévoreuses d’hommes dans ce livre.

 

DM : Ah !… c’est vous qui le dites… de toutes façons moi je ne pense rien de tout ça… j’ai essayé de raconter une histoire et les motivations profondes m’échappent comme tous les auteurs… sur ces questions-là que vous me posez… qui est Franck… moi je ne sais pas… je sais ce que j’ai voulu dire en… que vous avez parfaitement saisi dans le long de l’histoire… dans le fil… dans le feu… sur les femmes… si elles le sont… ça m’aura échappé… ; c’est bien, ou mal mais ça m’aura échappé. Je vous mentirais si je vous disais le contraire… je n’ai pas voulu qu’elles soient comme ça… ou… comme ça… j’ai raconté à ce moment-là comment elles étaient réellement… parce que je pars de la réalité… moi… je ne suis pas dans les rêves.

 

LC : Ce qui me fait dire ça c’est que ce Franck Steiner est tellement à l’aise dans le cocon de la maternité, dans le féminin… c’est un homme-enfant… il le dit.

 

DM : Mais est-ce que tous les hommes ne le sont pas un peu… et le développent plus ou moins ?

 

LC : Oui peut-être à ces moments certains de leur vie, ont-ils besoin…

Le Tout bon des Reflets ; le vin de Leon-Marc : Triple dégustation de Le Tertre Roteboeuf 1988. St Emilion Grand Cru Classé

Ecrit par Léon-Marc Levy le 19 avril 2014. dans La une, Gastronomie

Le Tout bon des Reflets ; le vin de Leon-Marc : Triple dégustation de Le Tertre Roteboeuf 1988. St Emilion Grand Cru Classé

Dernière dégustation : janvier 2012

Note : 17/20. Garde : 2020

 

Dégustation Leon-Marc Levy :

Robe carmin, scintillante, évoluée mais parfaitement limpide.

Nez tout en séduction sur des notes de cerise mûre, de praline avec de profondes notes de truffe.

En bouche, c'est un vin dont la syntaxe entière se fait en sensations ascendantes. Attaque tout en velours, en toucher de bouche délicat et soyeux, puis ça se relève et les tannins, vifs et élégants, s'en donnent à coeur-joie ! Même écriture des saveurs, en suavité douce, sur des notes profondes de fruits mûrs, de truffe encore, et puis ça se relève aussi, avec des évocations métalliques et une tonalité plus haute, qui font penser à un (grand) Pomerol. On a parlé à table de Lafleur, Le Pin !!!

C'est un vin très original, vivifiant et délicieux.

 

Dégustation Renaud Coiffe (même soir) :

Différent au nez, on sent encore le fruit derrière des notes de mousse, humus, de terre. Vin assez fondu. Très orienté sur la réglisse, ce qui lui apporte un rien de douceur au nez. Impression confirmée en bouche. Les tanins sont, je trouve, assez semblables à de nombreux 1995 : manquant de douceur. Ceci dit, de façon beaucoup moins envahissante que sur Barton 1995 par exemple. Belle bouteille qui peut sans souci attendre.
Déjà une belle gourmandise.

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