Boris Vian fait vendre, on le sait. L’écume des jours dit toujours quelque chose aux jeunes, quoique la jeunesse contemporaine de sa parution, largement contaminée par l’existentialisme, ne l’ait pas apprécié. Mais Boris Vian finit par s’imposer et triompher d’édition en édition, la dernière avec notes préparatoires et croquis, à l’occasion du tournage du film éponyme par Michel Gondry, affichant un prix ahurissant, en cuvée spéciale c’est vrai, à 139 € l’exemplaire !
Prix en harmonie avec le budget colossal du film : 20.000.000 € ! Parfaitement justifié du reste avec un carré de stars dans la distribution : Romain Duris dans le rôle principal (Colin, assez riche pour vivre sans travailler), Audrey Tautou, (Chloé, sa dulcinée, dont le destin tragique est d’aimer puis de mourir rapidement à cause de l’éclosion dans ses poumons d’un nénuphar, métaphore poétique d’une tuberculose, fréquente dans l’après-guerre), Gad Elmaleh (Chick, l’ami intime de Colin qui ne jure que par Jean Sol Partre, célèbre maître à penser de l’époque, mais polluant gravement sa vie sentimentale), Omar Sy (le cuisinier à tout faire, de Colin). A côté de cette constellation, on remarque la présence d’Alain Chabat, en gourou culinaire, dont l’aura populaire était censée autoriser un ratissage large en matière d’audience. Néanmoins, pour être tout à fait sûr du retour sur investissement, c’est le producteur, Luc Bossi, qui s’est chargé lui-même du scénario, au nom du principe qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Mais cette intention hasardeuse débouche dans le Do it yourself des magasins de bricolage.
L’intérêt dramatique, supposé né de la croissance du nénuphar, est rapidement enterré dans l’accumulation des effets spéciaux, présentés sous forme de clips ininterrompus, rompant, à tout va, le fil de la narration, en guise d’actes superbement gratuits (réminiscence de l’enseignement de Jean Sol Partre, mêlée à des prouesses à la Tex Avery, voire à la Richard Fleischer du film Soleil vert, dont les camions-poubelles ramassent les manifestants comme des détritus, une fois morts).