Education

« Elles votent ! Madame… »

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 avril 2014. dans La une, Education, Histoire

« Elles votent ! Madame… »

Petit encore, l’élève – bonne bouille marquée de l’enfance si proche, sourire éveillé et doigt constamment levé, quand – livre d’Histoire de 6ème ouvert, il s’émerveillait de cette agora arrosée de tout le soleil athénien, où – Madame ! Ils votent déjà ! Et, juste derrière, en rabattait, parce que sa voisine, une petite taiseuse très attentive, avait murmuré : – ni métèques, ni esclaves, ni… femmes ! La démocratie arrivait, pétaradante dans la grande Histoire – tiens donc ! sans femmes…

Le gamin n’était pas au bout de ses peines. Le Moyen Age des cathédrales, assez curieusement – s’il s’interrogeait en boucle sur l’éventualité d’une âme chez les femelles, leur cerveau forcément sous-équipé, et la diablerie qui, en elles, remplaçait l’intelligence – confia ça et là des capacités de décision aux femmes – veuves ou pas, en gérance de fiefs. Pas partout, pas tout le temps : flou et dilution juridiques du morcellement médiéval.

Après, on aurait pu attendre franchement mieux. Déçu l’élève, et nous tous, avec lui. Qu’est-ce qui a donc coincé dans ce XVIIIème siècle des Lumières – ce Grand Siècle plutôt que l’autre, ses salons politiques souvent animés par des femmes puissantes – pour que la Révolution Française, malgré les appels d’un Condorcet, refusât d’entrée de jeu d’élargir la citoyenneté aux femmes ? Dès la Déclaration des droits, la Constitution de 91, malgré ces femmes du 6 Octobre sous la pluie de Versailles, et ces voix claires un peu partout portant la Révolution, elles furent déjà « déclassées », remisées avec enfants, et étrangers, au rang de ces « citoyens passifs », dont le nom seul… et le gamin de dire – un garçon batailleur en récré – c’est mieux qu’avant ! C’est déjà ça ! sa copine, la même, de murmurer encore – non ! Et le train des leçons d’Histoire continuait, sans elles, guillotinant Olympe ou Manon, mais lisant quand même Germaine (De Staël).

En 1848 – année du premier « vrai » vote au suffrage universel – un « club-voix de la femme » poussa Georges Sand – celle qui s’habillait en homme quand elle parlait politique – à se présenter aux législatives. Le 1er groupe suffragiste à la mode anglaise s’activa dès (seulement ?) 1876 avec Hubertine Auclert, dont le nom est connu de combien d’entre nous ? On attendra 1906 pour qu’une proposition de loi envisageât de confier – prudent ballon d’essai – aux femmes le droit de voter aux élections municipales et départementales (tiens, comme le projet mitonné en cuisine – peut-être même, congelé, par notre gouvernement, pour les émigrés intégrés depuis des lunes)... Le gamin de ma classe est en début de 3ème ; les feuilles tombent des platanes de la cour, et sa copine s’impatiente…

De heili heilo à Jobi Joba…

Ecrit par Sabine Aussenac le 05 avril 2014. dans La une, Education, Société

De heili heilo à Jobi Joba…

Tiens, c’est amusant, ce départ d’un ex-prof d’allemand et l’arrivée d’un natif de Barcelona à Matignon, vous ne trouvez pas ? J’y vois, moi, une excellente métaphore de la situation de l’enseignement de l’allemand dans notre belle France…

Oui, l’Espagne et l’enseignement de l’espagnol ont bien toujours le vent en poupe comme l’anglais – what else ? – et les langues dites émergentes (car des parents d’élèves s’imaginent encore que leurs têtes blondes vont réussir à maîtriser le mandarin en quelques années, quand certains peinent à écrire leur propre nom – du vécu ! – et ne maîtrisent déjà plus l’écriture cursive – alors les idéogrammes, je vous laisse imaginer…).

Les classes de mes collègues hispanisants sont toujours remplies ; et c’est vrai que c’est sympa, cool, fun, d’apprendre cette langue latine dont les sonorités nous semblent si familières, et puis le soleil, la salsa, etc… Je vous épargne les clichés !

Nous, par contre, en allemand, c’est le désert des Tartares. Les profs d’allemand sont devenus des has been, véritables boloss de l’Éducation Nationale. Tiens, c’est simple, dans notre immense académie de Toulouse, à la rentrée 2014, AUCUN poste au « mouvement » ; dans certains départements, et pas seulement dans le Sud-Ouest, aucune école primaire ne propose l’enseignement de l’allemand ; j’ai personnellement un statut de remplaçante depuis des années, malgré ma réussite au CAPES en 1984…

Nos classes ressemblent à des rassemblements de clandestins sous quelque dictature… Nous sommes les disciples de la dernière chance, les résistants, nous sommes la mémoire d’un grand peuple qui, autrefois, existait : les élèves qui faisaient de l’allemand, les germanistes. Souvenez-vous : de cette époque où l’allemand était enseigné dès la sixième, et où les germanistes rayonnaient de leur réputation de « bons élèves »… De ces trente glorieuses des jumelages, de ces images d’archives d’Adenauer et du Général applaudis à Reims ou à Berlin, de votre petite « corres » si blonde et si délurée…

Oui, hier, en voyant la valse de nos dirigeants, je n’ai pu m’empêcher d’y lire un symbole…

Pourtant, non, nos cours ne sont pas soporifiques comme un discours de notre ex-Premier Ministre ! Je vous assure, les méthodes ont évolué depuis Rolf et Gisela, nous aussi, nous utilisons autre chose que des magnétos à bande, et nous savons même naviguer sur l’ENT ! Non, non et non, nous ne parlons pas des heures sur un ton monocorde, au contraire, nous faisons faire des activités aussi variées que celles de nos collègues d’espagnol, même si, c’est vrai, nos manuels – les livres, hein, pas Valls (elle était fastoche) – parlent de façon un peu répétitive de la chute du Mur, des immigrés de Berlin et des discours du Moustachu…

Refondation de l’école ou éducation des élèves ?

Ecrit par Jean Gabard le 04 janvier 2014. dans La une, Education, Société

Refondation de l’école ou éducation des élèves ?

Depuis quarante ans l’Ecole a connu des bouleversements et s’est considérablement améliorée. La question de la rentabilité de l’école occupe pourtant le devant de la scène. Ses résultats semblent en effet en baisse et l’échec scolaire, loin de diminuer, s’accroît. Après les multiples réformes à l’école, il est toujours possible d’en proposer d’autres et même de procéder à « une refondation de l’Ecole », mais ne faudrait-il pas plutôt changer l’angle d’attaque ? Ne serait-il pas primordial, pour pouvoir les instruire, de s’intéresser à l’éducation de ceux qui deviennent des élèves à l’Ecole ?

Il est peu probable que l’élève, de milieu aisé ou défavorisé, soit moins intelligent que ses prédécesseurs. Devenu le centre du système scolaire, il se peut, par contre, qu’il soit de moins en moins motivé. De multiples réformes ont pourtant été adoptées pour rendre plus intéressants et plus efficaces les apprentissages. Et quels en sont les résultats ? Non seulement ceux-ci ne sont pas positifs mais la motivation des élèves paraît inversement proportionnelle à l’amélioration de leur condition de travail ! Les nouvelles méthodes, seraient-elles en cause ? Celles-ci sont certainement perfectibles mais sont sûrement bien meilleures que celles utilisées autrefois. Elles devraient donc apporter, au moins, un petit progrès, mais ce n’est pas le cas ! Ne serait-il pas alors nécessaire d’oser franchir le pas et de se demander s’il n’y aurait pas d’autres causes au malaise scolaire.

Il se pourrait effectivement que les réformes aient des effets pernicieux et que ceux-ci ne se trouvent pas dans les méthodes elles-mêmes mais dans les motivations et l’attitude de ceux qui tiennent à les mettre en pratique !

A force de vouloir changer, en invoquant le fait que les conditions de travail sont toujours mauvaises, que les méthodes d’enseignement sont toujours inadaptées, que les enseignants sont mal formés, les élèves (alors très attentifs) trouvent en effet dans ces réquisitoires de bonnes raisons de ne pas être motivés et ainsi d’attendre pour faire l’effort de travailler. Comment, d’ailleurs, pourraient-ils en avoir envie  quand ce qu’ils entendent à la maison, dans les médias et même parfois dans la bouche de responsables de l’Education Nationale, est soit une critique des enseignants qui ne seraient pas assez compétents, intéressants, modernes, attentifs, aimants, soit une dénonciation de l’école elle-même qui serait trop ennuyeuse, trop ou pas assez exigeante, trop inefficace, trop injuste, trop inégalitaire et même sexiste… L’échec de certains élèves à l’école n’est d’ailleurs plus leur échec mais devient l’échec de l’école, comme si le fait de s’inscrire à l’école, qui rappelons-le n’est pas une obligation mais un service, donnait le droit aux diplômes.

Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre…

Ecrit par Sabine Aussenac le 31 août 2013. dans La une, Education

Longtemps, je me suis levée de bonne heure. Enfin, surtout le deux septembre, en cette veille de date fatidique qui noue l’estomac de millions d’enfants et d’adolescents.

Car pour nous aussi, leurs mentors, nounous, accompagnants, enseignants, c’est la rentrée. Enfin bon, pour nous, on utilise ce doux euphémisme de « prérentrée », comme un pare-feu censé nous protéger de cette terrible ligne de front, comme un avant-poste…

Quelque part entre le chant des cigales et le bruit de la pluie, à mi-chemin entre mirabelles juteuses et marrons tout polis de l’automne, nous voilà, en un petit matin où cette imperceptible fraîcheur nous fait hésiter entre espadrilles et escarpins, à reprendre le chemin des écoliers.

Terminée, cette interminable semaine des quatre jeudis de notre pause estivale : finies, les grasse-mats et l’heure espagnole de nos journées, quand toute la France se lève tôt ; notre éternité de nonchalance et de paresse est soudain guillotinée par le bruit sec des petits coups frappés sur le bureau du chef d’établissement, dans une immense salle où règne un incroyable brouhaha.

Ils sont tous là, les tâcherons de l’Éducation Nationale, les « équipes administratives » et les teams pédagogiques, les surveillants, les personnels au sol, enfin, du sol, ces ilotes qui veillent au bien-être de toute cette ruche, et que pourtant bien peu d’entre nous prennent la peine de saluer, et puis les stagiaires, rougissants, qui se tortillent sur leurs sièges, nerveux et inquiets en cette veille d’arène…

Le goût des hommes d’honneur…

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 août 2013. dans La une, Education, Littérature

Je suis… Léon Blum, Didier Bazy, Jacques André Editeur, 2013, 10 €

Le goût des hommes d’honneur…

Riche idée que celle de cette collection – les « Je suis », à destination de ces collégiens (et de leurs parents !) que j’ai, comme on dit, « pratiqués » en ma vie récente de professeur. A cet âge, ils aiment – énormément – l’Histoire, comme s’ils savaient intuitivement, à quel point elle, et elle, surtout, les aide à monter les marches, à savoir d’où ils viennent, bref, à se construire. Au mur de ma classe, il y avait écrit : « l’Histoire étudie le Passé, pour comprendre le Présent et aménager l’Avenir ». Tous aimaient, tout au long de l’année où nous voyagions ensemble, s’y reporter, l’interroger – la « maxime », comme ils disaient. Ils aimaient, avant tout, je crois, que cette science humaine ait une utilité palpable. La liste infinie des grands Croisés ne les intéressait pas, pas plus que les usages, un rien exotiques, des façons de tenir sa fourchette récente au temps de Versailles ; ce dépaysement-là était peanuts à côté de l’outil-histoire, qu’on ouvrait, tel le parapluie automatique, interrogeant l’actu ; quelque chose d’interactif qui allait bien avec leur âge impatient.

Alors, le grand homme, celui qui a « fait » l’Histoire et résonne encore si fortement chaque matin du monde, ici, et maintenant, qui vous parle et dit « je », voilà un succès garanti, en classe de pré-ados. Que Didier Bazy, et son travail qui sonne si juste, en soit, et convaincu, et remercié.

Mais, pour entrer au Panthéon des 14/15, il faut, en classe, comme dans la vraie vie, une bonne dose d’honneur à présenter, en patte blanche – ces gamins, filles comme garçons, ayant par-dessus le tee-shirt à la mode, et le jean troué, la panoplie complète du chevalier médiéval, son sens aigu et chatouilleux de l’honneur, le cheval en moins… quoique…

Or, s’il y a bien une période dans le Contemporain, qui rime avec honneur – pour le Républicain et démocrate de base, s’entend – c’est le Front Populaire.

Si peu de temps pour tant de joies et de choses à engranger au chaud des cœurs de citoyen, au son de l’accordéon, et des poèmes d’Aragon. Je peux en témoigner ; quand arrive le moment du Front dans une classe de 3ème – fût-elle boutonneuse –, s’installe une écoute, une atmosphère, quelquefois une « grâce » même auprès du plus démotivé, du plus éloigné de nous, scolairement : les Congés payés, les grèves joyeuses, les « acquis » – ils apprennent là, le mot, le parfum unique de cette embellie, à coups de tandems au bord des auberges de jeunesse ; tous, ils tendent alors la main… Pour parler comme eux : « ça leur cause ; ça les branche ».

La vie en grand

Ecrit par Pierre Windecker le 29 juin 2013. dans La une, Education, Culture

A propos de l’exposition du Museum consacrée aux grands dinosaures

La vie en grand

Se livrer à une critique négative n’est pas seulement désagréable : cela crée aussi une dette. Ce petit billet est une manière de m’acquitter de celle que j’ai contractée en exerçant dans Reflets du temps une critique suspicieuse à propos de l’exposition du Museum Au fil des araignées.

Pour résumer d’un mot, je m’y inquiétais d’une débauche d’interactivité ludique qui faisait de l’ombre à des explications déjà par elles-mêmes trop dispersées et, par-là, trop fuyantes. Un processus anti-didactique me paraissait travailler dangereusement le dispositif et l’itinéraire de l’exposition et en subvertir en partie l’intention.

La visite de l’exposition La Vie en grand – à l’intention des mêmes petits-enfants, n’ayant grandi depuis que d’un an – me donne cette chance : pouvoir parler favorablement cette fois du travail du Muséum, tout en ayant le sentiment de lui rendre justice.

Je conserve intacts mes doutes à propos des écueils sur lesquels butait l’exposition précédente. Mais la nouvelle exposition permet de replacer l’autre dans la continuité d’un effort didactique et muséal qui, malgré des erreurs toujours possibles, peut mériter approbation et, pourquoi pas aussi, quelque admiration.

On doit d’abord reconnaître un mérite partagé en fait par les deux expositions (et par bien d’autres antérieures), mais qu’il m’avait paru hors de propos de signaler dès lors que c’était la pertinence didactique elle-même qui faisait problème : ces expositions sont en soi de pures réussites esthétiques, tant par leur art de « l’installation » que par celui dont elles font preuve dans l’utilisation des ressources techniques classiques (mécaniques) ou technologiques récentes (numériques).

Apaixonada…

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 juin 2013. dans La une, Education, Voyages

Apaixonada…

Amoureuse… de quelqu’un ; ce serait si banal, et puis, ça ne vous regarderait pas, alors je n’en parlerais pas ici ! Mais d’un pays ! tout un pays, les gens, l’histoire et la culture, et même, sa cuisine…

Tout petit. Un Finistère européen ; il habite l’océan, et Césaria a chanté sa « saudade » dans les brumes du Capo Verde. Il est tout cousu d’ailleurs… Quand il parle, c’est un vin – un très grand. Couleur pamprée des berges du Douro, saveur râpeuse et douce à la fois. En bouche… une langue faite pour les mots tendres et les histoires au bord des feux de sarments, préparant les sardines. L’hiver, il y fait froid ; la Méditerranée est trop loin. Est-ce parce que la mer est glaciale, parfois, même au cœur de l’été, que les couleurs pètent partout, de la plus simple façade, aux barques des estuaires et aux azulejos anciens décorant les plus beaux cloîtres du monde ?

Portugal ! Ce beau nom, couleur de départ. Tous. Ceux qui, jadis, ont montré le chemin des grandes caravelles ; ceux de l’exil des maçons et des peintres, il y a moins longtemps. Ceux, qui, chez moi, m’ont dit fièrement : « Da Cunha, je viens de Porto ; ma famille est de Guimaraes »…

Nous, en Limousin, on en avait des toits de lauze qui prenaient l’eau ! et tant de vieilles pierres à remonter, qu’ils se sont installés, de cousin arrivé en beau-frère arrivant… Dans nos classes, des chapelets d’enfants de là-bas, qui, peu à peu, ont pris l’accent d’ici (entre gens de départ, on se comprenait, eux, et nos anciens, paysans partis jadis à Paris…). Un principal de mon collège, eut l’idée (il y en a qui en ont !) de « monter » un horaire d’histoire et géographie du Portugal, pour ces petits – entre deux cultures. Richesse d’une double identité culturelle ; séduisant ! Emballée, je me jetai alors dans un tacot qui me rendit folle « amante » d’un pays qui m’était alors inconnu. Intellectuellement, j’en étais pourtant familière, via mes études, les livres, mais ça ne dévoile pas l’intimité du bonhomme, ça !

Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ?, Jean-Marie Schaeffer

Ecrit par Jean-François Vernay le 08 juin 2013. dans La une, Education, Littérature

Thierry Marchaisse éditeur, 2011, 130 pages, 15 €

Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ?, Jean-Marie Schaeffer

Scindé en sept chapitres teintés d’optimisme, Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ? s’inscrit dans une mobilisation générale de ces grands noms de la communauté littéraire française qui cherchent à faire débat et à analyser l’étrange désaffection qui frappe le fait littéraire depuis quelques décennies. Avant l’ouvrage de ce philosophe, les lecteurs auront, avec autant d’intérêt, pu prendre connaissance de ceux de Dominique Maingueneau, Contre Saint-Proust. La fin de la Littérature (Belin, 2006), de Tzvetan Todorov, La Littérature en péril (Flammarion, 2007), d’Antoine Compagnon, La littérature pour quoi faire ? (Fayard/Collège de France, 2007), d’Yves Citton, L’avenir des humanités. Economie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ? (La Découverte, 2010), et de Vincent Jouve, Pourquoi étudier la littérature ? (Armand Colin, 2010).

L’hypothèse de base de Jean-Marie Schaeffer tient à ce que « la supposée crise de la littérature cache une crise bien réelle, celle de notre représentation savante de “La Littérature” » (p.6). En clair, si crise il y a, « c’est d’abord celle des études et non celle des pratiques littéraires » (p.14) incarnées par leur tripolarisation : leur capacité (voire incapacité) à transmettre des valeurs littéraires, à étudier sur un plan cognitif les faits littéraires et à former les jeunes apprenants en littérature.

Faire de l’histoire avec… un roman

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 avril 2013. dans La une, Education, Littérature

Editions Belin jeunesse, à partir de 12 ans

Faire de l’histoire avec… un roman

L’ami de Magellan, Didier Bazy

 

Faire de l’Histoire, avec un livre d’Histoire, ses images, ses petits bouts de textes traduits pour nos petites têtes de 5ème. Mais, faire de l’Histoire avec, en plus, autre chose, un roman, par exemple, en compagnie de son écrivain et de sa formidable imagination, celle qui justement, plie le récit des faits aux odeurs, saveurs, couleurs et émotions de ce passé-là. Un ancien temps qui va dire « je », et qui, du coup, emportera tellement mieux, vers l’Histoire, les imaginaires si bouillants de ces débuts de Premier cycle de collège.

J’ai, pendant de longues années, pratiqué l’exercice, dans mes classes, souvent en interdisciplinarité, avec un rare bonheur… passant, selon l’heure et les caprices des programmes, de Germinal à La vie d’un simple, des Dieux ont soif, à Thibault, le petit chevalier limousin, quand – les temps étaient parfois si durs – mes minots, de cette classe-là, ne pouvaient pas – sûr – se caler dans la cervelle plus des 70 pages, écrites gros, du petit opus. Mais qu’importait ! La démarche était au bout la même, et, partout, elle aboutissait : le héros tenait son rôle de compagnon – on avait ses préférences et ses affects ; le récit touchait au plus près du quotidien, via la description, arme de poing du romancier. On partait avec ces personnages fictifs dans le creux d’un siècle, on croisait de « vrais personnages historiques », disaient fièrement mes petits ; on touchait une époque du doigt, avec émotion, vecteur essentiel de tout apprentissage. On sortait du livre d’Histoire, pour mieux y revenir…

Enseigner la shoah…

le 13 avril 2013. dans La une, Education, Histoire

« Le bourreau tue toujours deux fois ; la seconde fois, par l’oubli » (Elie Wiesel).

Enseigner la shoah…

Propos à la fois désolés et alarmés, d’une jeune collègue, en poste en banlieue lyonnaise. Ancienne stagiaire dans mes classes d’histoire, fine et investie. « La semaine passée, un petit groupe, rigolard, de 3èmes – ni les meilleurs, ni les plus fins, seulement des élèves ordinaires ! – a volontairement fermé le livre pendant le cours sur la Shoah. J’en ai pleuré… ». Elle poursuivait : « qu’est-ce que je fais ? », car, le conseiller pédagogique, en « service après-vente », ne s’arrête pas à 2 ans, comme pour la première machine à laver venue… Évidemment, ne pas céder, jamais ! en un tel domaine. Trouver des parades et surtout, éviter la contagion de postures rebelles bien autant que culturelles ; mettre en place des stratégies, collectives (c’est l’affaire de tout le champ éducatif) ; en faire une affaire « d’école » ! passer, c’est in-négociable, mais intelligemment. La Shoah appartient aux obligations de programme… mais au fait, depuis quand ? Et l’enseignante d’Histoire que je fus si longtemps, de filer l’enquête…

Et, bien, même si on a l’impression qu’« elle » a toujours été là, ce n’est qu’un ressenti, comprenant comme tel, nos désirs, notre émotionnel. La Shoah, depuis la fin de la guerre, n’a pas toujours été enseignée, pas tout le temps de la même façon ; il y a eu – il y a encore – autour du sujet, de brûlants débats (un des derniers, souvenons-nous, celui du petit juif « adoptable » par chaque enfant de Primaire !).

Mon début de lycée, en tant qu’élève (partie collège) correspond aux années 62/63. 17 ans après la guerre ; on découvrait les camps dans le « Nuit et brouillard » chanté par Ferrat, chanson culte qui se doit d’être remise dans le contexte de 63, elle aussi. On écoutait, en même temps, Salut les copains…

[12 3 4  >>