L’ami de Magellan, Didier Bazy
Faire de l’Histoire, avec un livre d’Histoire, ses images, ses petits bouts de textes traduits pour nos petites têtes de 5ème. Mais, faire de l’Histoire avec, en plus, autre chose, un roman, par exemple, en compagnie de son écrivain et de sa formidable imagination, celle qui justement, plie le récit des faits aux odeurs, saveurs, couleurs et émotions de ce passé-là. Un ancien temps qui va dire « je », et qui, du coup, emportera tellement mieux, vers l’Histoire, les imaginaires si bouillants de ces débuts de Premier cycle de collège.
J’ai, pendant de longues années, pratiqué l’exercice, dans mes classes, souvent en interdisciplinarité, avec un rare bonheur… passant, selon l’heure et les caprices des programmes, de Germinal à La vie d’un simple, des Dieux ont soif, à Thibault, le petit chevalier limousin, quand – les temps étaient parfois si durs – mes minots, de cette classe-là, ne pouvaient pas – sûr – se caler dans la cervelle plus des 70 pages, écrites gros, du petit opus. Mais qu’importait ! La démarche était au bout la même, et, partout, elle aboutissait : le héros tenait son rôle de compagnon – on avait ses préférences et ses affects ; le récit touchait au plus près du quotidien, via la description, arme de poing du romancier. On partait avec ces personnages fictifs dans le creux d’un siècle, on croisait de « vrais personnages historiques », disaient fièrement mes petits ; on touchait une époque du doigt, avec émotion, vecteur essentiel de tout apprentissage. On sortait du livre d’Histoire, pour mieux y revenir…