Racisme, xénophobie

Funambule

Ecrit par Michel Tagne Foko le 03 octobre 2017. dans Racisme, xénophobie, La une, Société

Funambule

Le goût de l’évasion.

C’était enfin l’été. Il faisait beau. Il faisait chaud. C’était aussi le temps des barbecues, des vacances, pour certains, des rêveries de voyages, pour d’autres. Les appétences étaient multiples. Ça papotait plus. Ça riait plus. Ça se rencontrait plus. Ça draguait plus…

Il y a quelqu’un qui a dit : « J’irai me faire bronzer en Indonésie ». Les gens ont ricané. Il y a une personne qui lui a répondu. Elle a dit : « tous ces kilomètres… que pour ça ? » Une autre personne a dit : « Tu vas au spa et le tour est joué, et si tu veux toucher l’eau ou nager, tu vas aux bords de la Seine ou à la piscine municipale… ». Il y a aussi eu ces dires : « si j’étais toi, je filerais plutôt à Deauville ». « Tu es fou ou quoi ? La Manche ? Tu rigoles ? » « Tais-toi, tu connais quoi à La Manche ? En été, c’est blindé de monde, et en plus, c’est cher Deauville ». « Si tu veux, je peux te donner de bonnes adresses si tu vas à Copacabana au Brésil ou à Cancún au Mexique ». « Tu veux un conseil, ne les écoute pas. Évite la mer du Nord ou l’océan Atlantique, c’est toujours mieux la Mer méditerranéenne, et en plus, au sud, il y a des prix pour tout le monde : briqué et peu friqué. Bien sûr, il faut quand même avoir du pognon ». « Si j’étais toi, j’irais plutôt savourer un bon moment de baignade avec les éléphants à Jaipur, au Rajasthan (Inde) ». « Qu’est-ce que vous avez tous avec la flotte ? Si moi je vais en Asie, c’est pour faire la fête avec les machins boys-là de Bangkok (Thaïlande) ». « Tu veux parler des ladyboys ? » « Tu as grave raison ». « Tu es fou ». « Il paraît qu’aller là-bas est moins cher ? » « Là-bas où ? En Thaïlande ou en Indonésie ? » « Ce n’est pas la même chose ? Les Chinois se ressemblent tous ». « Ce ne sont pas des Chinois ». « Ce sont des quoi alors ? ». « Ce sont des Thaïlandais ou Indonésiens ». « Et la différence, c’est quoi alors ? ». « La différence, c’est que tu es con ! ». « Moi aussi je pars bientôt, dans quelques jours, je mets le cap vers l’Afrique. Je vais m’amuser avec des prestigieuses dames galantes du Bénin ». « Tu as raison, tu es tellement laid que tu es obligé de payer pour ça ». « Et toi, tellement beau que tu dois supplier madame tous les soirs ». « Tu parles du Bénin ou de Benin City ? » « Quelle est la différence ? ». « Il y a un des deux qui est un pays et l’autre une ville ». « Alors, c’est l’un des deux ». « Tu es fou ». « Et toi donc ? ». « Si c’est de Benin City que tu veux parler, ça se trouve plutôt au Nigeria. Il paraît que là-bas, il y a en circulation le sida congelé des terroristes de Boko Haram… »

Soudain, le monsieur dont le sujet est d’aller se bronzer en Indonésie se lève. D’un pas pressé, le visage froissé, il se racle la gorge et puis émet un bruit assez désagréable de déglutition. Il dit : « J’ai de la famille à Bali, femme et enfants. Alors quoi de plus simple et de plus beau que d’être en famille au bord de la plage à Pandawa Beach ? ».

 

Elle s’appelait Sarah Halimi

Ecrit par Brigitte Stora le 15 avril 2017. dans Racisme, xénophobie, La une, Actualité

Article publié le 11 avril 2017 sur le site du Huffington Post

Elle s’appelait Sarah Halimi

ACTUALITE

 

Est-ce le résumé de tout ce que je veux écrire ?

Est-ce un titre ? Un chapô, une prémonition, une conclusion, une chute ?

Elle s’appelait Sarah Halimi et ces deux noms cognent un peu trop fort à nos mémoires.

Certains réclament vengeance, d’autres sont en prière. Peut être nous faut-il des mots, ceux qui manquent. Dramatiquement, incompréhensiblement. A ce jour, pratiquement seule la presse « communautaire » en a parlé. Dans la colère, voire l’outrance, souvent, hélas*.

Nos grands médias pourtant si bavards, si prompts à décrire les frasques sexuelles d’un homme politique ou les confidences aigries d’une femme trompée… Cette presse si friande de petits riens et autres phrases débiles glanées au milieu de discours politiques, ces médias dont beaucoup auront apporté leur pierre à cette drôle de « décivilisation » qui nous défait tous lentement mais sûrement, ceux-là n’ont pas encore relaté ce terrible meurtre commis mardi dernier à Paris dans le 11e arrondissement.

Sarah Halimi, médecin et directrice de crèche, a été assassinée dans la nuit de lundi, battue puis défenestrée vivante de son balcon du 3e étage. Que ceux qui croient revoir une triste scène du Pianiste de Polanski quittent la salle et rangent leur paranoïa… à moins qu’avec de Niro, on puisse redire sa réplique : « n’oublie pas que même les paranos ont des vrais ennemis… »

Et ces ennemis tuent encore. Son assassin est un jeune homme de 27 ans, un voisin « déséquilibré ». Certains n’ont mentionné que sa religion, « musulman », car, à leurs yeux, cela devrait immédiatement signer le crime… D’autres ont écrit un peu vite qu’il parlait arabe, ce qui est peu probable chez cet homme d’origine africaine. D’autres ont parlé de coran brandi, de coups de couteau, ce qui n’est pas avéré. Mais des voisins auraient bel et bien entendu Alalou Akbar, le fils de Sarah aurait évoqué d’autres agressions, des insultes antisémites répétées. Aïcha, une voisine de Sarah, rencontrée dimanche à la marche tient pourtant à me dire : « vous savez, on vit tous ensemble finalement » et elle me murmure : « c’était un drogué, il insultait tout le monde »… Une enquête est en cours. Le procureur de Paris, François Molins a répondu aux inquiétudes en acceptant d’échanger sur l’enquête en cours. Il a expliqué qu’à ce jour, il était « impossible » de savoir s’il s’agissait « d’un acte antisémite ou pas ». Dans le « ou pas » se loge désormais la vigilance républicaine dont on doit se féliciter. Selon lui, rien ne permet de retenir le caractère antisémite et rien ne permet de l’exclure.

Les trains des Levy et le monde comme il va

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 mars 2016. dans Racisme, xénophobie, La une

Les trains des Levy et le monde comme il va

Il y a peu dans le cher Facebook, où bat un certain cœur du monde, passa un post venu d’un quidam, disant à peu près que : « comme les trains, un Levy peut en cacher un autre ». Vaste et profonde réflexion, qui n’échappa pas à l' un de ces Levy, ses contacts FB, d’autres dont le patronyme pouvait de même s’honorer du train, d’aucuns qui partagèrent, et grognèrent à l’envie, puisque, par je ne sais quelle émoticône menaçante, FB est à présent, grognable autant que likable. Le monde se durcit vraiment...

La richesse et le raccourci presque subliminal de la référence historique Levy-Train laissent pantois, me direz-vous. Pour autant, j’en fus secouée bien au-delà, voyant défiler sur mon écran mémorial, sociétal, politique, tous les signaux d’alerte que vous-mêmes y voyez. Si quelques chaleureux commentaires se jetèrent en la bataille, en brandissant leur patronyme Juif, peu – à ma souvenance – vinrent commenter au titre du leur, Amzaoui, Ibrahim et autres Abdallah. Quant aux Durand-Dupont du panier, s’ils se scandalisèrent à bon droit, ce ne fut pas en agitant leur nom avec un « et, moi ? et moi, émoi ? » On se solidarisa donc, et à bon droit, avec tous les Levy, et largement moins avec l’homme en général, face aux autres hommes. Le nom, l’identité affichée par  quelques lettres… Être désigné. Vivre en société.

Pourtant, n’est-ce pas d’abord de tout cela dont il s’agit ? Du fin fond d’un Haut Moyen-Age creusé dans les forêts de ce qu’on appelait fraîchement Francia après la Gaule chère à tous les Césars, le maigre tas des gens de ces temps dits obscurs, se différencia vite par ceux qui conduisaient les troupeaux – les Bouvier, ceux qui logeaient en bordure des chênes – les Dubois, ceux qui… Mon patronyme – Petauton – signifiait « petit homme » et fleurait les durs pays de l’Est où je n’ai guère posé mes pénates. Nommer était né et, dans la foulée, la discrimination nageait dare-dare avec le discriminant. Ceux-là, qui… Ceux-ci, par contre… juste à la porte, guettait l’aristocratique usage des noms à particule liant le bonhomme à ce qu’il possède et domine. Les protocoles de mariage – nom du mâle dominant ; mort du nom de la dominée réduite à un prénom de gynécée, s’en donneraient bientôt à cœur joie.

Le nom – pouvant ailleurs donner la lignée mieux qu’un fichier moderne d’identité ; les fils de… la place de la mère dans le nom, la valeur du surnom et bien sûr du prénom. Quelle affaire !

Quand rugirent les temps les plus sombres, se nommer Klein, et avoir une petite Sarah trottant à ses côtés, fut une grenade dégoupillée bien autant que son histoire ou son prétendu faciès. Les Mohammed eurent, chez nous – on le sait, la vie plus que dure, au point (encore bien actif, à mon avis) que franciser son nom devint une consigne intégrée dans la réalisation des CV, ou la demande d’un logement. Le groupe toulousain de rap, Zebda, sut en faire en son temps, une chanson-étendard, plus efficace que tous les décrets  – « ça va pas être possible » je crois – quelques trente ans après l' « hexagone » du grand Renaud.

Pour autant, et même si dans les distractions favorites de l’Extrême Droite, déformer un nom, en rire à satiété – simple moquerie juvénile, sans doute, puis, le lire à la façon de l’indicateur des chemins de fer d’antan : Machin est Juif ; Truc a changé son nom, mais s’appelle en vrai Ben quelque chose… cet exercice, donc – qui vise à jouer férocement au ballon avec l’identité visible, dont on devine, juste derrière, que demain c’est le bonhomme tout entier qui rebondira de pied furieux en pied massacreur – était dévolu, jusqu’à une époque assez récente, à une certaine opinion – pas la nôtre, et aux c… de base – pas nous. Un pays en somme éloigné… hors, bien entendu, les épisodes autoritaires, vichystes, et autres  affichages–Le Pen.

Sauf que la géographie change. A s’en tenir simplement à ici et maintenant, depuis notre terrible hiver : comme les trains, un Mohammed peut cacher un terroriste. « Les » Levy ; « les » Mohammed. Danse de la généralisation : « les » Arabes-décharge, osait écrire un texte posé il y a peu dans RDT, et fustigé-coulé, du coup, là où il le fallait, et par tous ceux qu'il fallait. Ronde des « racismisés » d’office, leur nom en bandoulière, invités – ceux-là – à rejoindre vite fait leurs terres d’outre-méditerranée, ou leur « pays naturel » (disait en bordure de ma famille, un raciste grand teint). Les Dubois devant se replier au fond des bois, d’où ils « sortaient » - terrible formule au fond - ne l’oublions pas…

Rigodon sinistre et redoutable du dire à haute voix (et non pensé tout bas, tout au fond de la machine à refouler) sur un sujet réputé sensible et tabou. Afficher haut et fort son racisme ; le brandir, on est juste au bord (ceux-là font de l’ombre à « ma » culture, voire civilisation, en est à devenir un propos de comptoir de tout venant, siroté par des bac+5 en toute quiétude). La posture est passée dans la langue des débats médiatiques (à peine s’émeut-on des dérapages de la Nadine), hante les articles de journaux non estampillés fascisants, et déborde avec une rage jouissive dans les réseaux sociaux, sous pseudo, mais pas que… il n’en sera rien dit – autre billet nécessaire – de ces sites « marqués » qu’aurait aimé Adolf, que traquent dans l’ombre républicaine nos services de renseignements.

 Où l’on voit, in fine, que chercher à tout-va, quoi, dans les racismes, serait « devant », de l’Islamophobie ou de l’Antisémitisme, ou de cet autre là… est énergie bien vaine. Ce que nous dit, haut et fort, le Français raciste de base, ou de plus haut, et sa prospérité actuelle.

On se permet donc tout, en tous cas, davantage ; on se lâche partout ; la peur de l’autre campe sur une violence de moins en moins masquée…

 Et pour comble, au nom de ce « j’écris ton nom, liberté », qu' inventa un jour lointain,  quelqu’un ( que j'aime tant).

Violences et mouvements de foule raciste Et xénophobie

Ecrit par Luc Sénécal le 11 octobre 2014. dans Racisme, xénophobie, La une, Société

Violences et mouvements de foule raciste Et xénophobie

Le racisme n’est pas l’apanage d’une couleur de peau. Cela existe partout et touche toutes les couches d’humanité pour la plus grande honte de son ensemble. C’est la boue, la lie de ce que l’humain peut contenir en lui. Lorsqu’il se retrouve en nombre, il s’y complaît, s’y repaît, y trouve une jouissance lamentable aux dépends d’un ou plusieurs semblables qui sont devenus en tant qu’« étrangers » non seulement ceux qui restent « étranges » mais surtout ceux que l’on veut détruire, supprimer, sur qui on veut déverser sa haine, sans chercher à les approcher ou les comprendre.

Toutefois, il convient de ne pas faire d’amalgame et dissocier racisme et xénophobie. Dans mon commentaire on comprendra que cela se mélange pour la plus grande confusion mentale de ceux qui s’y retrouvent.

D’autre part, il y a dans le comportement du « visiteur » chez soi, qui veut s’y installer, parfois tant de provocation et de manque de respect de ce que l’on est soi-même, que cela conduit à des réflexes de xénophobie et de racisme primaires. Il est très difficile dans ces conditions de dissocier les deux et encore plus difficile de demander un tant soit peu d’intelligence et de bon sens à des gens excédés.

Pourtant on devrait comprendre que ce n’est pas par la violence et la haine qu’il convient de répondre à ces provocations et ces comportements bien au contraire puisque c’est leur objectif. Mais c’est bel et bien par de la patience, de la tolérance, tout en gardant bien en vue ce qui fait la force de sa propre culture, qu’on peut le faire. Ce qui est important voire essentiel.

Le respect de ce que l’on est n’est pas acquis par principe en prétendant avoir et savoir une vérité, alors qu’une autre vient à s’y confronter. Il doit le devenir car il convient alors chez soi, puisqu’on est chez soi, qu’il y a tout un historique, tout un tissu humain d’évolution, d’y imposer ses propres us et coutumes. Mais pas par la force et la violence. Par la conviction de ce que nous, nous sommes. Ce, en démontrant par la capacité d’en aborder d’autres, de les apprécier en tant que telles et de les comprendre, qu’elles sont toutes aussi susceptibles d’être respectées en tant que telles, tant qu’elles-mêmes le font quand elles viennent nous rendre visite ou ont l’intention de s’installer.

Alors on peut considérer que le fait que les échanges et les partages sont devenues monnaie courante, que par les voyages et les déplacements, par l’émigration et l’immigration, par la rencontre et l’union de gens d’origines diversifiées et parfois antagonistes, par le nombre sans cesse en augmentation d’enfants mélangés issus de ces unions, avec des cultures différentes (qui ont eux-mêmes souvent des difficultés à s’y retrouver), il y a là un foyer d’incompréhension, de litige, de remise en question. Il convient d’avoir beaucoup d’intelligence pour y mettre du sens et cela ne peut se faire en se référant au passé mais bel et bien en perspective d’avenir.

Racism IS

Ecrit par Ricker Winsor le 06 septembre 2014. dans Racisme, xénophobie, La une, Ecrits

Racism IS

About a lifetime ago, in our loft in Brooklyn, my wife and I watched the light streaming in through the big old factory-building windows and saw, floating in the warm slanting beams, a million dust particles bouncing and floating.

« Am I wrong, or didn’t we just finish cleaning the whole loft ? » I said.

« Dust IS », she said, which I though was kind of brilliant.

« Yeah, dust IS », like an element, a part of creation you can’t edit out no matter what you do. It is just there. Racism is just like that.

Why bother saying anything more about it, and, especially, why should a white man say anything ? No matter what a white man says is bound to be wrong. That also « IS ». And yet, this topic keeps coming up and keeps needing to be addressed one way or the other, with essays and editorials and/or with looting, rubber bullets, and tear gas.

« Why can’t a woman be more like a man ? » declared Henry Higgins in My Fair Lady. And the white man says, « Why can’t a black man be more like a white man ? » Things would go a lot easier for everyone if that were the case. That’s what we think anyway, most of us, if I can stick my neck out a bit.

Affirmative action, scholarships, a helping hand ; they all were well intentioned ways of giving black people a way into the white world where we would all be more happy. But they, generally speaking, were not having any of that ; not much anyway. It reminds me of that naïve idea we had that if we would just give those Iraqis the ability to vote and maybe a few credit cards they would, lickety split, be transformed into happy, prosperous, law-abiding Republicans and Democrats.

I went to boarding school for the high school years. I went back to the 25th reunion, already a long time ago. When we were in school in the early sixties there were maybe three African American students. Twenty five years later I was standing next to a long-time professor watching the classes of years past parade across the athletic field and saw no color anywhere except for the American flag. And I asked him about that.

« How is that possible », I asked, « after all that has happened ? » And he said, « We can’t get them. They don’t want to come and when they do they don’t stay long. They drop out ». And now we are getting into the nitty gritty because many of them say, in one way or another, « Fuck you whitey ». Simple as that. Racism IS.

I have lived all over the world and everywhere it is the same ; the whiter you are the better it is for you. Nobody wants to be darker. Everybody wants to be lighter in skin color. That is a mysterious fact. And the African group is at the bottom of the barrel, maybe because they are the blackest. A well-traveled white person can appreciate that black is beautiful. I haven’t noticed that black people accept that easily.

Texte de Ricker Winsor, « Le racisme EST »

Ecrit par Jean-François Vincent le 06 septembre 2014. dans Racisme, xénophobie, La une, Ecrits

traduit de l’anglais (USA) par Jean-François Vincent

Texte de Ricker Winsor, « Le racisme EST »

Il y a des lustres, dans notre loft, à Brooklyn, nous regardions, ma femme et moi, le flot de lumière qui se déversait à travers les fenêtres de ce grand bâtiment, autrefois une usine. En suspension dans la chaleur des rayons obliques, nous voyions un million de particules de poussière rebondissant en apesanteur.

Je dis : « Est-ce que je me trompe, ou est-ce que nous ne venons pas de faire le ménage du loft tout entier ? »

« La poussière EST » répondit-elle, ce qui me paraissait formulé avec brio. « Eh oui ! La poussière EST », comme un élément faisant partie intégrante de la création. Impossible de l’effacer, quoi qu’on fasse. Même chose pour le racisme.

A quoi bon revenir là-dessus, et, en particulier, de la part d’un blanc ? Peu importe ce qu’il dit, un blanc a forcément tort. Cela également EST. Et pourtant le sujet ne cesse de s’inviter dans l’actualité ; il faut donc le traiter d’une manière ou d’une autre : par des essais, des éditoriaux et/ou des pillages, des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes.

« Pourquoi une femme ne peut-elle ressembler davantage à un homme ? » déclarait Henry Higgins, dans My fair lady. Ce à quoi fait écho le blanc : « pourquoi un noir ne peut-il ressembler davantage à un blanc ? », les choses seraient tellement plus simples pour tout le monde, si tel était le cas. C’est, à coup sûr, ce que pensent la plupart d’entre nous, si je puis me permettre.

La discrimination positive, les bourses, une main tendue ; tout cela partait d’une très bonne intention : donner aux noirs les moyens d’entrer dans le monde des blancs. Là on serait tous plus heureux. Mais, d’une manière générale, ils n’ont rien obtenu du tout, ou, de toute manière, pas grand-chose. Cela me rappelle cette idée naïve que nous avions, selon laquelle, en donnant  aux Irakiens la possibilité de voter – et, peut-être, quelques cartes de crédit – ils seraient, en deux temps trois mouvements, transformés en Républicains et Démocrates, heureux, prospères et respectueux des lois.

J’ai passé ma scolarité secondaire dans un pensionnat. Je suis retourné à la 25ème réunion des anciens, il y a déjà longtemps de ça. Quand nous étions à l’école, dans les années 60, il y avait peut-être trois élèves afro-américains. Vingt cinq ans plus tard, j’étais assis à côté d’un vieux professeur qui observait le défilé des classes des années passées à travers le terrain d’athlétisme. Les seules couleurs visibles étaient celles du drapeau américain.

Principe de précaution et jurisprudence

Ecrit par Jean-François Vincent le 11 janvier 2014. dans Racisme, xénophobie, La une, France, Politique, Actualité

Principe de précaution et jurisprudence

L’arrêt du Conseil d’Etat concernant Dieudonné constitue une avancée juridique « révolutionnaire ». En effet, les magistrats de la plus haute juridiction administrative disposent que « le risque sérieux que soient de nouveau portées de graves atteintes au respect des valeurs et principes, notamment de dignité de la personne humaine, consacrés par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et par la tradition républicaine » justifie l’interdiction des spectacles de Dieudonné.

Ils ajoutent ainsi à ce qu’on appelle le « bloc de constitutionnalité » – c’est-à-dire la déclaration de 1789 (qui ne parle que d’égalité « en dignité ») et le préambule de la constitution de 1946 – la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, qui définit ceux-ci comme « la reconnaissance inaliénable de la dignité humaine ». La notion même de « dignité de la personne » fait son entrée en droit français !!

Autre entrée spectaculaire : le principe de précaution. Les fameux « troubles à l’ordre public » visaient les troubles avérés à l’ordre public, et non le simple risque de trouble à l’ordre public. Or, dans l’arrêt, on voit apparaître le concept de « risque sérieux ». La sanction – une grande première – est donc préventive, en application du principe de précaution. Ce qui est acceptable en droit administratif ne le serait cependant pas en droit pénal : comment, en effet, punir « préventivement » ou par « précaution » un multirécidiviste, dont la probabilité de récidive est élevée ? Le droit pénal repose sur la matérialité des faits : ceux-ci doivent être réels et non simplement virtuels.

Par contre la « dignité de la personne humaine », comme élément de droit, pourrait être utile en droit de la famille, pour tout ce qui concerne la maltraitance, aussi bien des enfants que des conjoints.

Reste le célèbre principe de précaution ; jusqu’où peut-on aller pour éliminer le risque dans une société de liberté ? Le droit à prendre des risques fait aussi partie des libertés fondamentales, mais à la seule condition qu’il ne porte pas préjudice à autrui.

Cher Dieudonné,

Ecrit par Sabine Aussenac le 04 janvier 2014. dans Racisme, xénophobie, La une, Politique, Société

Cher Dieudonné,

Vous écrire ouvertement n’est peut-être pas une très bonne idée, car cela reviendra à nouveau à faire parler de vous… Mais votre présence, de toutes manières, envahit les scènes médiatiques comme des effluves pestilentielles qui s’échapperaient d’un charnier…

Car c’est bien de charniers qu’il est question, de tous ces charniers dont l’Histoire regorge, et qu’il vous plaît de nier et de conspuer. Alors voilà : nous sommes aujourd’hui des dizaines de milliers à vous demander de cesser vos délires.

Que vous soyez assez lâche pour ne pas payer les amendes infligées depuis des années par les tribunaux, soit.

Que votre répertoire s’appauvrisse au point de revenir en boucle sur les mêmes sempiternels sujets, soit.

Mais de grâce, cessez de vous prendre pour Dieu et d’insulter publiquement la mémoire de millions de disparus.

En fait, j’ai l’impression que pour vous, la Shoah, c’est un jeu. Qui ressemblerait aujourd’hui au « Pas vu pas pris » – « Si personne ne porte plainte contre moi, je peux continuer, même à insulter le Service Public… », ou à « Colin-Maillard » – « On dirait qu’on ferait comme si les chambres à gaz n’avaient jamais existé… », ou au Monopoly : « Allez, j’achète Auschwitz pour une bouchée de pain ! »…

Car votre antisémitisme est si primaire qu’il ferait passer les fours crématoires pour un jeu de dînette des nazis ; et les pogroms, qui sévissent depuis des siècles, pour de vagues jeux du foulard dans quelque école désaffectée.

J’avais des amis en Afrique…

Ecrit par Sabine Aussenac le 23 novembre 2013. dans Racisme, xénophobie, Souvenirs, La une

J’avais des amis en Afrique…

Ce texte, qui était paru dans l’ancien « Post », et dont je ne trouve plus trace, je souhaiterais aujourd’hui le dédier à Madame la Ministre, Christiane Taubira. Madame la Ministre dont je suis loin de partager toutes les opinions, mais que je soutiens, en ces jours où ma France brunit, de tout mon cœur républicain.

Mon Afrique, il me semble, ne va pas très bien en ce moment. Entre les sacrifiés de Lampedusa et nos deux journalistes assassinés, entre ce prêtre enlevé aujourd’hui et les terribles tensions du Proche-Orient…

Le monde, notre monde, bouillonne en tous sens, immense poudrière, pleine d’humains qui après les typhons ne trouvent même plus de quoi enterrer leurs morts, quand d’autres, honteusement, se gavent d’indécence.

Alors, nous, Français, nous, tous Présidents de la République, nous, héritiers des Lumières, levons-nous pour dire notre solidarité face aux serpents de toutes les dictatures. Nous, Français, nous, tous Présidents de la République, serrons-nous les coudes, retroussons nous les manches, osons la solidarité, plutôt que d’insulter les femmes et la démocratie.

J’avais, j’ai et j’aurai toujours des amis en Afrique, et dans le monde entier.

Et j’aurai une pensée toute spéciale pour ce prêtre enlevé au Cameroun, le Père Georges Vandenbeusch. Que Dieu  le garde. Et nos prières.

J’avais huit ans, guère plus. Bien sûr, nous avions un poste de télévision, et j’avais déjà vu des films se passant en Afrique, ou avec des Noirs américains.

Mais là, ma grand-mère, soudain, serra ma main plus fort. C’est que dans ma petite ville tarnaise, dans les années soixante, on était vraiment loin du Bronx. Et des Black, c’est simple : il n’y en avait pas. Ma mamie me dit alors, sur un ton docte, empli de son bon sens paysan :

La seule vérité nue

Ecrit par Kamel Daoud le 05 janvier 2013. dans Monde, Racisme, xénophobie, La une, Politique

La seule vérité nue

Aliaa Magda Elmahdy est une jeune (née en 1991) bloggeuse égyptienne, militante des Droits de l’Homme, et bien sûr, féministe. Réfugiée en Suède, elle vient de poser nue, le Coran à la main, devant l’ambassade d’Egypte de Stockholm, protestant à sa manière contre le régime de Morsi et son assimilation Charia/constitution.

Reflets du Temps a le plaisir de publier ce très beau texte de Kamel Daoud, qui lui est dédié, sur le corps face aux religions. Efficace et indispensable manifeste de liberté et de citoyenneté. Merci à vous, Kamel, dont l’écriture et la pertinence éclairent si souvent nos « reflets ».

Quoi de mieux que votre chronique pour présenter nos vœux à tous : que 2013 avance en termes de libertés et égalités diverses ; que le mot solidarité entre pour de bon dans le vocabulaire !

Heureuse année 2013 !

La rédaction de Reflets du Temps

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