Ecrits

L’anniversaire d’un scorpion

Ecrit par Martine L. Petauton le 25 octobre 2014. dans La une, Ecrits

L’anniversaire d’un scorpion

Et bon anniversaire à Jean-François Vincent, notre inlassable directeur des publications…

Qui d’entre nous, n’a pas – même « comme ça » – jeté un œil bien ouvert ou à demi-fermé sur la page « horoscope » du canard du troquet, du « Elle » de chez le Figaro du coin… Qui n’a pas parcouru la liste de ces signes vieux comme le monde, qui vous racontent argent, affaires, amouuuuur ! Et vous voilà calé d’un : « vos projets vont éclater vers le 17 du mois », « la lune protège vos amours ce début de semaine, mais… gare au 30 qui pourrait vous être fatal ». On sourit ; moins, d’ailleurs, quand ça croise quelque chose en vous, tapi. Flash venu de loin : une de mes deux grands-mères ; ma Marie Louise-deux, assise devant le journal, étalé à plat sur la table de sa cuisine, entre deux effilages de haricots verts, se collait l’ulcère d’estomac, dont elle ne mourra pas, en saluant la moderne machine à auspices de sonores « ouh là ! Ouh là !! » dont la musique m’est restée dans l’oreille...

On peut aussi observer – mon cas – en relevant, sociologiquement, des évolutions sensibles dans ces tartines de baratin. Pas tant d’amour, que d’affaires, à présent – trouver ou non du boulot, c’est là. On y sent les angoisses de la Crise – mais oui ! On y tente de panser les plaies de l’époque, à la bonne franquette. On s’adapte !

Vieille, l’astrologie (ah ! entrevoir l’avenir, et avoir deux ou trois recettes pour marcher dans le chemin) depuis la haute Antiquité, ayant – bravo, la bête – tenu tête aux grands monopoles religieux d’explication du monde et de l’homme, au Moyen Age ; particulièrement fortiche, aux XIV-XVème siècles, là-bas dans les Andes des Précolombiens. Par moments, là, le fil est mince entre elle et les balbutiements d’une Astronomie naissante.

Vieille et toujours jeunette, même à l’âge des voyages dans l’Espace, des ordinateurs, qui – je n’ai pas essayé – doivent vous pondre tout ce qu’il faut savoir sur vous en vitesse-Google.

Attentes, au fond, toujours les mêmes : goût pour les croyances, appétences pour le mystère, pulsions profondes pour des réponses – fatras, fouillis ; peu m’importe ! car – enfin !! – je refuse de ne pas savoir la suite de mon petit moi… lâcher prise, accepter de ne pas tout maîtriser… vous voulez rire !

Le mot astrologie vient du Grec (« si je le dis ! » – bon anniversaire ! Jean-François ) – étoile et langage étant ses deux mamelles. Chaque signe est divisé en 3 décans, où alternent et se baladent dans des équations illisibles pour vous et moi les planètes et leur influence. Ainsi, notre directeur des publications appartient au 1er décan du Scorpion, alors que la rédactrice en chef que je suis relève du 3ème décan. Raisonnable, croyez-vous, de confier Reflets du temps à ces deux terribles bêbêtes ? Lui, c’est Mars qui mène sa danse d’influence ; moi, Venus ! Aïe !

Les oiseaux se cachent Place Pinel pour mourir…

Ecrit par Sabine Aussenac le 25 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Les oiseaux se cachent Place Pinel pour mourir…

Décidément, ces temps-ci, je vous parle beaucoup de la Place Pinel. Peut-être parce qu’elle est importante, cette place-cœur d’un monde, cette place qui m’accueillit dans mon nouveau quartier avant même que je ne m’y installasse, charmée par son kiosque unique au monde, à la coupole retentissante et aux piliers aux murmures… – un écho extraordinaire résonne lorsque vous vous trouvez au centre du kiosque, non perçu par l’extérieur, et donc antithèse de l’idée-même du « kiosque à musique », tandis que lorsque vous chuchotez devant un pilier, votre voix sera perçue devant le pilier d’en face, claire et aussi radieuse que les petits matins sur l’herbe aux platanes…

Hier, donc, essayant mes bâtons de Nordic Walking à l’heure où blanchit à nouveau la campagne (en fait, des faux bâtons, juste des bâtons de randonnée, mon escarcelle étant frileuse et Décathlon peu achalandé…), je marchais le long de nos allées, écoutant le vacarme gracieux des merles et des enfants perchés qui dans le faîte des tilleuls, qui en haut du toboggan, lorsqu’il vint vers moi, sautillant et blessé, vilainement amoché par quelque Raminagrobis ou Médor affamé… Il tremblait, mais pas de peur, juste de mal, de détresse, et j’ai eu envie de lui dire ce que le Maître dit à Jane Eyre : « – Venez, Jane, petit oiseau blessé, dans ma main… »

(« – Jane, be still ; don’t struggle so, like a wild frantic bird that is rending its own plumage in its desperation.

– I am no bird ; and no net ensnares me ; I am a free human being with an independent will, which I now exert to leave you »).

Je m’arrêtai, le regardai, incapable de l’aider. Lorsque je suis repassée par la place, plus tard, je vis un homme en vélo, distrait, lui rouler sur le bec, avant de stopper, et de courir, lui aussi, vers l’oiseau qui ne s’était pas écarté… Le crépuscule enveloppait les platanes de sa pénombre apaisante, mais nous pouvions encore lire cette étrange demande dans les yeux noirs de l’oiseau, qui venait vers nous, les hommes, vers ces grands prédateurs, en quémandant notre aide.

J’ai alors tenté en vain de joindre la LPO, tandis qu’une dame, accompagnée de trois chiens qui auraient pris un petit apéro, m’a dit que c’était inutile, que ce petit allait mourir.

Et ce matin, alors que j’allais vider mon verre, puisque je suis nantie d’un ado altermondialiste qui pratique la police du tri avec une main de fer, je le vis, dans le fourré, les pattes en l’air et l’âme disparue par-dessus nos millions de toits roses…

Absence

Ecrit par Marc Safran le 25 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Absence

Géant noir, lové dans ton orbe de fossiles et de nimbus

seul parmi les seuls, tu te fais passeur des visions bleues

ainsi rentré en toi comme un éclat morcelé de rébus

tu voudrais unir le Nord au Sud et le ciel à tes fonds sablonneux

 

Puisse avec le froid qui s’y aventure

l’étang, mêlé de nuits et d’illusions

retrouver sa clarté qui perdure,

seule, loin de l’impossible cohésion

 

dans le renouveau qui ne connaît pas de mots

dans le courage qui manque soudain

dans le mensonge d’une voix trop blanche

dans l’instant qui s’éternise

 

la tiédeur descend et s’estompe en dissipant la lueur

aussi trouble qu’un ectoplasme qui tournoie

le cœur s’imprègne du mouvement de ses leurres

et rien ne retient le déclin du jour qui chavire et se noie

 

du fond de tes profondeurs la léthargie s’endort

l’obscurité large fomente des nuages d’or

au fond de toi, il n’y a plus ni félicité ni douleur :

tu sais que la vie n’a pour rivage que l’horizon qui recule

 

pourtant, même si l’on s’aveugle de n’aimer que l’erreur

l’inertie regarde encore vers le ciel quand l’hypothermie repose

car dans le tumulte des nuées comme dans le silence de ta noirceur

tout en toi s’abandonne, s’éteint et se recompose.

Billet fou Vie et passion d’une reine des tarots avec le chantre de la chrétienté

Ecrit par Luce Caggini le 25 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou Vie et passion d’une reine des tarots avec le chantre de la chrétienté

L’Algérie ne devait pas être française.

Mon père ne devait pas être nommé en Kabylie en catastrophe.

Mon point de chute avec le ciel aurait eu les quatre fers en l’air.

Mais voilà je suis née dans cette Algérie-là et n’ai connu qu’elle dans ma jeunesse. Elle me possédait.

Je me retrouvais dans ses ruelles, ses herbes sèches son henné, son écrasante beauté, les mains de ses femmes aux yeux cernés de khôl. Ventre en majesté qui fit de moi un corps lissé comme un galet. De ses eaux je fus déracinée, et je m’en fus les os calcinés, exilée, ivre, rebondissant de capitales en chemins de terre sans trop faire de différence entre leurs ombres et leurs lumières.

Renaître. Un mot terrible, aussi menaçant que celui de meurtre. Démolir un soi, des images de chair, couper dans le vif les Chefaa, les Aoula Meni, les Aïn-El-Turck, les Jijel pour se couler dans les artères enrobées de cholestérol d’un continent peuplé de fantômes. Ils l’appelèrent rapatriement et il fallut réintégrer un autre corps, mais les chaînes de la terre qui dort un peu plus loin reprirent de plus belle dans les chants berbères de Taos elle-même tirant ses accents des pierres chaudes de la Kabylie…

La Mère parlait au fils de son monde, croyant agripper quelques pans de vie aux sons entrelacés de guitares andalouses et de flûtes des cimes alors qu’elle quittait le centre des nudités ardentes sans en être consciente.

Alors le fils lui dit :

Sonnets de lune

Minotaure

Magnitude mille

Mur de soie

Mer de ciels en putréfaction

Et, Paumes ouvertes au soleil, les volutes de rien se perdirent dans les voûtes des vastes dômes du Passé.

Nourrir ma mémoire des gènes de ma mère me mit dans un tel état que je pus naître mille fois en une ; peu de gens eurent ces émotions car mon aptitude à prendre le Pont des Arts plutôt que les petites rues de la capitale m’amena à perdre le fil du monde des vivants et m’engager dans les petites rues dansantes d’une médina imaginaire chantée magnifiquement.

Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

Ecrit par Gontrand-Hubert Mogador le 25 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

7) Le gendarme de Saint-Tropez

 

Lieutenant Thibault Leminou de la BMGM  CV 83, mes hommages Madame !

Il claqua des talons et exécuta avec une grâce indiscutable le baisemain réglementaire de l’instruction 236 bis.

– Pouvez-vous préciser ? minauda Gilda Flor déjà sous le charme.

– Affirmatif ! Pardon, avec plaisir : Grade : Lieutenant, prénom : Thibault, nom : Leminou (difficile à porter, je vous le concède) de la Brigade Mondaine de Gendarmerie Mobile, section Cinéma et Variétés, base de Saint-Tropez (83), à votre service. Je dois préciser, Mademoiselle Flor qu’en l’état de vos talents lyriques, la base de Biarritz a fait valoir sa compétence, mais finalement c’est notre section qui a été désignée et vous m’en voyez profondément honoré.

Le lieutenant Leminou ne précisa pas que les querelles de compétence dans la BMGM étaient monnaie courante et que la brigade de Saint-Tropez, en perte de vitesse depuis quelques années, était soulagée de récupérer un vol de bijoux chez Gilda Flor, fût-ce le collier de son chien comme on le croyait alors, après s’être fait souffler par la BM de Saint-Nom-la-Bretèche une présomption de meurtre commis sur une sociétaire de la Comédie Française que l’on croyait morte depuis longtemps et, par la brigade de Deauville théoriquement spécialisée dans les affaires de jeu, un viol plus ou moins consenti sur la personne d’une starlette pratiquement quadragénaire.

Gilda Flor avait déjà subodoré que le lieutenant était de ces blonds dorés à poil court, bronzés du premier juillet au trente juin, avec un abdomen en tablette de chocolat, des pectoraux bodybuildés, des fesses de danseur étoile et d’autres avantages à l’avenant que la décence lui interdisait d’imaginer avec précision. Bref, elle était amoureuse. Toute son irritation contre l’intempestive initiative de Dolorès fondait comme crème glacée sous les tropiques au fur et à mesure qu’elle complétait l’inventaire des charmes de Thibault Leminou. Le regard d’un bleu de myosotis, un sourire à vendre du dentifrice, de furtives fossettes jouant à cache-cache au coin de ses lèvres charnues quand il parlait de sa voix de velours sombre, tout dans ce jeune militaire incitait d’emblée à une reddition sans condition. Gilda nota enfin qu’il émanait de cette merveille de lieutenant un mélange viril de parfum de tabac de Virginie et d’Habit Rouge de Guerlain avec la petite touche de transpiration qui signale l’homme actif et pressé. Il était arrivé dans son cabriolet décapotable bleu, discrètement estampillé au sigle de la Gendarmerie Nationale, qu’il avait abandonné derrière la Bentley dans l’allée menant au mas, de sorte qu’il avait parcouru à pied les derniers mètres le séparant du perron, vêtu de cet uniforme futuriste dessiné par Pierre Cardin qui mettait en valeur sa stature à la fois juvénile et athlétique. Il portait une mallette de cuir noir.

Billet fou Le Tao du voyage ou comment ne pas arriver au ciel en touriste

Ecrit par Luce Caggini le 18 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou Le Tao du voyage ou comment ne pas arriver au ciel en touriste

Le Tao ? Même en peinture c’est un impromptu.

Accompagner ses bagages c’est un mode de transport à la portée de tous, tous ceux qui m’agacent parce que je suis comme eux aussi.

Faire ses adieux à la routine me lancer à la tête des gens, je préfère, sans conditions, sans longue-vue, sans joint, sans certif de nationalité.

Le top ? Se laver au savon et à l’eau de mer.

J’ai aussi parcouru un max de km un 4 juillet, pour aller prendre un bain en partant de NYC et fini par atterrir à Virginia Beach sur un terrain militaire après Norfolk : il y avait trop de monde ailleurs et je ne supporte pas la promiscuité !

Sans parler d’un back and forth Nice-Santa Margherita Ligure pour une coupe de cheveux à l’italienne.

Je l’ai fait et j’en suis revenue riche et misérablement riche, mariage de mondanité et mariage de modestie.

Les amours d’une vie, les amants d’un jour ou d’une nuit m’ont conditionnée amoureusement, vivante, réanimée de notions réalisant parties et contreparties d’être tour à tour vorace et habitée de nausée d’un complet ras-le-bol pour devenir en partie et en solo une personne bien sous tous rapports.

Durant cette balade réconciliant mes retraits et mes avancées, ma solitude et ma convivialité mon attachement à la vie et mon cœur à la mort, amie de limitation des uns et des autres, rien ne me fait plus plaisir que le mot de maman dans ce mois d’Octobre, Tichri un mois où les Juifs et les arabes unis dans le rhodanien fleuve de la Méditerranée se jettent tous à plat ventre, imams et rabbins célébrant ce mémorable Octobre au moment même où mon père et ma mère à quarante ans d’intervalle se rejoignaient le même jour dans une ardente combinaison de chiffres et de données secrètes.

Je flânais à la librairie à la BN, ou plutôt je croyais flâner, alors que je cherchais. J’aurais voulu acheter tous les livres, les avoir tous, comme le plus grand nombre d’entre nous.

Je me cherchais, je finis par me trouver.

Mon choix se fixa sur Le Double de Dostoïevski, Le Zéro et l’infini de Koestler, et La Faim de Knut Hamsun. A bien y revenir, je croyais faire un choix alors que c’est eux qui m’avaient choisie. Moi j’y vis le doigt du moi me criant : ma rouée si tu croyais être la meilleure de la classe tu ne manques pas d’air.

Une p… par jour éloigne le médecin ? Chronique de Bekkevoort

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Une p… par jour éloigne le médecin ? Chronique de Bekkevoort

Les « … » sont pure coquetterie. On raconte que, dans les années cinquante, un brave employé de théâtre, ne sachant quel mot dissimuler dans le titre de la pièce de Sartre, La putain respectueuse, avait finalement – après moult hésitations – affiché « la putain r… ».

Oui, ici, à Bekkevoort, il y a deux industries principales : les pommes et les putes. Les champs de pommiers s’étendent à perte de vue, en fleurs au printemps, en fruits en été – (d’où l’intitulé de mon article : une pomme par jour éloigne le médecin, an apple a day keeps the doctor away !). Les bordels, quant à eux, s’étalent le long de la « staatsbaan », la route nationale qui relie Bruxelles à l’est de la Belgique. Là, à la belle époque, avant la construction de l’autoroute, les routiers arrêtaient leurs poids lourds pour aller se délester de leurs semences dans ces petites maisons accueillantes ; car, à Bekkevoort, point de district rouge, comme à Amsterdam ou à Bruxelles, avec ces vitrines aux femmes à moitié dénudées : on fait à l’ancienne, à la Proust. Les villas portent des noms aguicheurs : « can can », « Cupidon », « Boys’ club » (il en faut pour tous les goûts et toutes les orientations) ; la palme revenant sans doute à « Pussy cot » ; « een cot » en néerlandais signifie une piaule, une chambre d’étudiant. On pourrait donc traduire par « une piaule à chattes » (dans les deux sens du terme !).

Ô bien sûr, homme marié, qui consacre ses loisirs à des lectures austères, je n’y ai jamais mis les pieds (ni le reste !). Mais les chauffeurs de taxis qui me conduisent régulièrement à la gare du Midi (l’équivalent bruxellois de la gare de Lyon, à Paris) m’ont raconté. Wim, d’abord, solide garçon, en pleine poussée hormonale, impatient d’alléger ses lourdeurs testiculaires. Il y rentra un jour. Le rituel est le même qu’au XIXème siècle. On choisit la pute, puis on lui offre à boire. Wim proposa un coca, que nenni ! Coupe de champagne à 60 euros ! Sombre augure préfigurant le coût des prestations à venir…

Et puis il y a Freddy, chauffeur très « burgonde », comme on dit en Flamand, amateur de bière d’abbaye et de bonne chère (pour la chair, il se contente de sa femme, de grand talent culinaire et pas seulement). Freddy amène ses clients en goguette à son bordel préféré. Une tournée des grands ducs en quelque sorte (par référence aux débauches des grands ducs de la Russie impériale qui écumaient les lieux de plaisir de Paris). On ne croit pas d’ailleurs si bien dire : récemment il a transporté un Russe – ancien de la nomenclature soviétique reconverti dans le business (autrement dit la mafia) – vers le « can can ». Pendant que son client se faisait bichonner par quatre de ces dames dans un jacuzzi, lui, sirotait un café avec la mère maquerelle tout en regardant la télévision… Le Russe laissa 4000 euros, et Freddy toucha son pourcentage, 20%, soit 800 euros !

« Belli gerant allii, tu felix Austria nube ! » Les autres font la guerre, toi, heureuse Autriche, marie-toi ! disait-on du mariage de Maximilien de Habsbourg avec Marie de Bourgogne (ce qui lui rapporta la Bourgogne et les Pays-Bas). Sur un mode pareillement lotharingien, on pourrait reformuler le dicton ainsi : « tu felix Belgica, concubes ! » Toi, heureuse Belgique, tu couches !

Eclats d’humeur (16) Dans le train (2)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 18 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (16) Dans le train (2)

Pliée entre deux fauteuils

telle une valise imparfaite

j’explore les autres bouches

qui me parlent du monde

 

Le rythme est saccadé

et les mots bousculés

des mots qui se mélangent

comme des peaux mal aimées

 

Je n’ai ni froid ni faim

Je ne sens que les autres

mon livre entre les doigts

pour me donner un poids

 

Je n’ai ni chaud ni soif

juste un peu saoule

est l’âme

comme une corde lâche

au saut gracile de l’ange.

Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

Ecrit par Gontrand-Hubert Mogador le 18 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

L’auteur nous prie de faire savoir que Gontrand-Hubert Mogador n’est pas un pseudonyme sous lequel se cacherait Patrick Modiano, comme l’ont supputé des lecteurs ayant abusivement tenté un rapprochement entre les deux patronymes : Mogador et Modiano. Il est vrai que le nom de Mogador est régulièrement cité dans la liste des nobélisables mais le jury norvégien a préféré couronner un excellent romancier français peu connu du grand public international, ce qui est tout à son honneur, plutôt que l’illustre chroniqueur cévenol.

 

***

 

6) La Madone des bijoux

 

Gilda Flor n’avait pas beaucoup de religion mais elle entretenait des relations affectueuses avec la Mère du Seigneur. Il ne s’agissait pas d’une dévotion comme on l’entend d’ordinaire mais plutôt d’une sorte d’arrangement amiable. En quelque sorte et si l’on peut dire, les deux dames se rendaient de menus services. L’artiste ne manquait jamais de donner généreusement de son argent et de son talent quand on la sollicitait pour une œuvre d’inspiration mariale. Combien d’églises consacrées à la Vierge furent-elles restaurées, dotées de cloches neuves ou même bâties en partie grâce aux charmes et à l’art de mademoiselle Flor ? En échange, la Madone était censée lui assurer sa sauvegarde lorsqu’elle voyageait en avion ou en bateau, deux modes de transport que Gilda Flor craignait autant qu’elle les pratiquait, et d’une manière plus personnelle, veillait sur ses bijoux. Cette protection divine se manifestait de façon prosaïque : Gilda rangeait depuis des années les plus précieux de ses joyaux dans une statue creuse en plâtre peint représentant la Vierge à l’Enfant, objet de piété traditionnelle d’une facture naïvement sulpicienne qui l’avait suivie de loge en loge et de palace en palace durant une grande partie de sa longue carrière. La statue était désormais posée dans sa chambre sur une sellette portant également un vase de cristal de Bohème dont les fleurs étaient renouvelées tous les jours impairs. Ce dispositif devait permettre au plus impie des cambrioleurs de passer à côté d’un butin qu’il n’aurait jamais soupçonné être si simplement à sa portée, étant admis que la valeur marchande de la statue elle-même était d’autant plus faible qu’il manquait un pied à l’Enfant Dieu suite à des manipulations fréquentes et à des déménagements successifs. Au pire, on volerait le vase.

Sous la Place Pinel, la plage…

Ecrit par Sabine Aussenac le 11 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Sous la Place Pinel, la plage…

C’est la nuit dernière que je l’ai entendue pour la première fois : la chouette de la Place Pinel.

Son cri déchirait tendrement la nuit. Une fois, deux fois, trois fois. Le doute ne m’était plus permis ; il y avait bien une chouette au cœur de notre Place Pinel. Effraie ou hulotte, je l’imaginai, perchée sur la canopée de nos platanes, ou peut-être sur une branche de tilleul, douce Pythie pinélienne, annonçant la lune à notre kiosque tout ému.

Me revinrent en mémoire mes chouettes, celle de ma bonne ville d’Auch, qui me parlait chaque soir, lorsque je fermais les volets donnant sur les collines, ou celles de ma campagne tarnaise, hululant au-dessus du ruisseau tout illuminé de lucioles.

Et là, une idée me vint : il conviendrait, au plus vite, d’ensauvager notre Place Pinel. Réintroduire le blaireau et l’hermine, le renard et l’écureuil. Et pourquoi pas le lynx, l’ours et le loup ? Il s’en donnerait à cœur joie, le loup, avec tous ces Chaperons perchés sur le toboggan… Il faudrait aller quérir Mère-Grand et son pot de miel sur un banc, et éloigner le chasseur-bouliste.

L’écureuil, ce serait simple. Pas la peine de courir à Hyde Park d’un coup de Channel, il suffirait de se servir au Jardin des Plantes… J’adore, déjà, ce mot d’écureuil. Il est magnifique dans toutes les langues, s’enroule en serpentin en anglais ou en occitan, « squirrel » ou « esquirol », se complique délicieusement en allemand, avec ce fameux « Eichhörnchen » qu’aucun élève n’arrive à prononcer, et l’un de mes ex-maris m’avait appris que l’on disait « viverukas » en lituanien, ce qui, vous en conviendrez, a un charme fou.

Je les imagine, nos écureuils, pinélisant les platanes de leurs queues rousses et touffues, sautillant tels feux-follets d’un bout à l’autre de la place, grimpant le long des piliers du kiosque au rythme des rayons du soleil…

Une hermine et son pelage de neige ferait de notre square un petit Trianon. Quant au blaireau, ne doutons pas qu’il ferait fuir tous ces contempteurs de calme que sont les chiens aux truffes folles et aux excréments délétères…

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