Ecrits

Billet fou Le Tao du voyage ou comment ne pas arriver au ciel en touriste

Ecrit par Luce Caggini le 18 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou Le Tao du voyage ou comment ne pas arriver au ciel en touriste

Le Tao ? Même en peinture c’est un impromptu.

Accompagner ses bagages c’est un mode de transport à la portée de tous, tous ceux qui m’agacent parce que je suis comme eux aussi.

Faire ses adieux à la routine me lancer à la tête des gens, je préfère, sans conditions, sans longue-vue, sans joint, sans certif de nationalité.

Le top ? Se laver au savon et à l’eau de mer.

J’ai aussi parcouru un max de km un 4 juillet, pour aller prendre un bain en partant de NYC et fini par atterrir à Virginia Beach sur un terrain militaire après Norfolk : il y avait trop de monde ailleurs et je ne supporte pas la promiscuité !

Sans parler d’un back and forth Nice-Santa Margherita Ligure pour une coupe de cheveux à l’italienne.

Je l’ai fait et j’en suis revenue riche et misérablement riche, mariage de mondanité et mariage de modestie.

Les amours d’une vie, les amants d’un jour ou d’une nuit m’ont conditionnée amoureusement, vivante, réanimée de notions réalisant parties et contreparties d’être tour à tour vorace et habitée de nausée d’un complet ras-le-bol pour devenir en partie et en solo une personne bien sous tous rapports.

Durant cette balade réconciliant mes retraits et mes avancées, ma solitude et ma convivialité mon attachement à la vie et mon cœur à la mort, amie de limitation des uns et des autres, rien ne me fait plus plaisir que le mot de maman dans ce mois d’Octobre, Tichri un mois où les Juifs et les arabes unis dans le rhodanien fleuve de la Méditerranée se jettent tous à plat ventre, imams et rabbins célébrant ce mémorable Octobre au moment même où mon père et ma mère à quarante ans d’intervalle se rejoignaient le même jour dans une ardente combinaison de chiffres et de données secrètes.

Je flânais à la librairie à la BN, ou plutôt je croyais flâner, alors que je cherchais. J’aurais voulu acheter tous les livres, les avoir tous, comme le plus grand nombre d’entre nous.

Je me cherchais, je finis par me trouver.

Mon choix se fixa sur Le Double de Dostoïevski, Le Zéro et l’infini de Koestler, et La Faim de Knut Hamsun. A bien y revenir, je croyais faire un choix alors que c’est eux qui m’avaient choisie. Moi j’y vis le doigt du moi me criant : ma rouée si tu croyais être la meilleure de la classe tu ne manques pas d’air.

Une p… par jour éloigne le médecin ? Chronique de Bekkevoort

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Une p… par jour éloigne le médecin ? Chronique de Bekkevoort

Les « … » sont pure coquetterie. On raconte que, dans les années cinquante, un brave employé de théâtre, ne sachant quel mot dissimuler dans le titre de la pièce de Sartre, La putain respectueuse, avait finalement – après moult hésitations – affiché « la putain r… ».

Oui, ici, à Bekkevoort, il y a deux industries principales : les pommes et les putes. Les champs de pommiers s’étendent à perte de vue, en fleurs au printemps, en fruits en été – (d’où l’intitulé de mon article : une pomme par jour éloigne le médecin, an apple a day keeps the doctor away !). Les bordels, quant à eux, s’étalent le long de la « staatsbaan », la route nationale qui relie Bruxelles à l’est de la Belgique. Là, à la belle époque, avant la construction de l’autoroute, les routiers arrêtaient leurs poids lourds pour aller se délester de leurs semences dans ces petites maisons accueillantes ; car, à Bekkevoort, point de district rouge, comme à Amsterdam ou à Bruxelles, avec ces vitrines aux femmes à moitié dénudées : on fait à l’ancienne, à la Proust. Les villas portent des noms aguicheurs : « can can », « Cupidon », « Boys’ club » (il en faut pour tous les goûts et toutes les orientations) ; la palme revenant sans doute à « Pussy cot » ; « een cot » en néerlandais signifie une piaule, une chambre d’étudiant. On pourrait donc traduire par « une piaule à chattes » (dans les deux sens du terme !).

Ô bien sûr, homme marié, qui consacre ses loisirs à des lectures austères, je n’y ai jamais mis les pieds (ni le reste !). Mais les chauffeurs de taxis qui me conduisent régulièrement à la gare du Midi (l’équivalent bruxellois de la gare de Lyon, à Paris) m’ont raconté. Wim, d’abord, solide garçon, en pleine poussée hormonale, impatient d’alléger ses lourdeurs testiculaires. Il y rentra un jour. Le rituel est le même qu’au XIXème siècle. On choisit la pute, puis on lui offre à boire. Wim proposa un coca, que nenni ! Coupe de champagne à 60 euros ! Sombre augure préfigurant le coût des prestations à venir…

Et puis il y a Freddy, chauffeur très « burgonde », comme on dit en Flamand, amateur de bière d’abbaye et de bonne chère (pour la chair, il se contente de sa femme, de grand talent culinaire et pas seulement). Freddy amène ses clients en goguette à son bordel préféré. Une tournée des grands ducs en quelque sorte (par référence aux débauches des grands ducs de la Russie impériale qui écumaient les lieux de plaisir de Paris). On ne croit pas d’ailleurs si bien dire : récemment il a transporté un Russe – ancien de la nomenclature soviétique reconverti dans le business (autrement dit la mafia) – vers le « can can ». Pendant que son client se faisait bichonner par quatre de ces dames dans un jacuzzi, lui, sirotait un café avec la mère maquerelle tout en regardant la télévision… Le Russe laissa 4000 euros, et Freddy toucha son pourcentage, 20%, soit 800 euros !

« Belli gerant allii, tu felix Austria nube ! » Les autres font la guerre, toi, heureuse Autriche, marie-toi ! disait-on du mariage de Maximilien de Habsbourg avec Marie de Bourgogne (ce qui lui rapporta la Bourgogne et les Pays-Bas). Sur un mode pareillement lotharingien, on pourrait reformuler le dicton ainsi : « tu felix Belgica, concubes ! » Toi, heureuse Belgique, tu couches !

Eclats d’humeur (16) Dans le train (2)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 18 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (16) Dans le train (2)

Pliée entre deux fauteuils

telle une valise imparfaite

j’explore les autres bouches

qui me parlent du monde

 

Le rythme est saccadé

et les mots bousculés

des mots qui se mélangent

comme des peaux mal aimées

 

Je n’ai ni froid ni faim

Je ne sens que les autres

mon livre entre les doigts

pour me donner un poids

 

Je n’ai ni chaud ni soif

juste un peu saoule

est l’âme

comme une corde lâche

au saut gracile de l’ange.

Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

Ecrit par Gontrand-Hubert Mogador le 18 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

L’auteur nous prie de faire savoir que Gontrand-Hubert Mogador n’est pas un pseudonyme sous lequel se cacherait Patrick Modiano, comme l’ont supputé des lecteurs ayant abusivement tenté un rapprochement entre les deux patronymes : Mogador et Modiano. Il est vrai que le nom de Mogador est régulièrement cité dans la liste des nobélisables mais le jury norvégien a préféré couronner un excellent romancier français peu connu du grand public international, ce qui est tout à son honneur, plutôt que l’illustre chroniqueur cévenol.

 

***

 

6) La Madone des bijoux

 

Gilda Flor n’avait pas beaucoup de religion mais elle entretenait des relations affectueuses avec la Mère du Seigneur. Il ne s’agissait pas d’une dévotion comme on l’entend d’ordinaire mais plutôt d’une sorte d’arrangement amiable. En quelque sorte et si l’on peut dire, les deux dames se rendaient de menus services. L’artiste ne manquait jamais de donner généreusement de son argent et de son talent quand on la sollicitait pour une œuvre d’inspiration mariale. Combien d’églises consacrées à la Vierge furent-elles restaurées, dotées de cloches neuves ou même bâties en partie grâce aux charmes et à l’art de mademoiselle Flor ? En échange, la Madone était censée lui assurer sa sauvegarde lorsqu’elle voyageait en avion ou en bateau, deux modes de transport que Gilda Flor craignait autant qu’elle les pratiquait, et d’une manière plus personnelle, veillait sur ses bijoux. Cette protection divine se manifestait de façon prosaïque : Gilda rangeait depuis des années les plus précieux de ses joyaux dans une statue creuse en plâtre peint représentant la Vierge à l’Enfant, objet de piété traditionnelle d’une facture naïvement sulpicienne qui l’avait suivie de loge en loge et de palace en palace durant une grande partie de sa longue carrière. La statue était désormais posée dans sa chambre sur une sellette portant également un vase de cristal de Bohème dont les fleurs étaient renouvelées tous les jours impairs. Ce dispositif devait permettre au plus impie des cambrioleurs de passer à côté d’un butin qu’il n’aurait jamais soupçonné être si simplement à sa portée, étant admis que la valeur marchande de la statue elle-même était d’autant plus faible qu’il manquait un pied à l’Enfant Dieu suite à des manipulations fréquentes et à des déménagements successifs. Au pire, on volerait le vase.

Sous la Place Pinel, la plage…

Ecrit par Sabine Aussenac le 11 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Sous la Place Pinel, la plage…

C’est la nuit dernière que je l’ai entendue pour la première fois : la chouette de la Place Pinel.

Son cri déchirait tendrement la nuit. Une fois, deux fois, trois fois. Le doute ne m’était plus permis ; il y avait bien une chouette au cœur de notre Place Pinel. Effraie ou hulotte, je l’imaginai, perchée sur la canopée de nos platanes, ou peut-être sur une branche de tilleul, douce Pythie pinélienne, annonçant la lune à notre kiosque tout ému.

Me revinrent en mémoire mes chouettes, celle de ma bonne ville d’Auch, qui me parlait chaque soir, lorsque je fermais les volets donnant sur les collines, ou celles de ma campagne tarnaise, hululant au-dessus du ruisseau tout illuminé de lucioles.

Et là, une idée me vint : il conviendrait, au plus vite, d’ensauvager notre Place Pinel. Réintroduire le blaireau et l’hermine, le renard et l’écureuil. Et pourquoi pas le lynx, l’ours et le loup ? Il s’en donnerait à cœur joie, le loup, avec tous ces Chaperons perchés sur le toboggan… Il faudrait aller quérir Mère-Grand et son pot de miel sur un banc, et éloigner le chasseur-bouliste.

L’écureuil, ce serait simple. Pas la peine de courir à Hyde Park d’un coup de Channel, il suffirait de se servir au Jardin des Plantes… J’adore, déjà, ce mot d’écureuil. Il est magnifique dans toutes les langues, s’enroule en serpentin en anglais ou en occitan, « squirrel » ou « esquirol », se complique délicieusement en allemand, avec ce fameux « Eichhörnchen » qu’aucun élève n’arrive à prononcer, et l’un de mes ex-maris m’avait appris que l’on disait « viverukas » en lituanien, ce qui, vous en conviendrez, a un charme fou.

Je les imagine, nos écureuils, pinélisant les platanes de leurs queues rousses et touffues, sautillant tels feux-follets d’un bout à l’autre de la place, grimpant le long des piliers du kiosque au rythme des rayons du soleil…

Une hermine et son pelage de neige ferait de notre square un petit Trianon. Quant au blaireau, ne doutons pas qu’il ferait fuir tous ces contempteurs de calme que sont les chiens aux truffes folles et aux excréments délétères…

Eclats d’humeur (15) Dans le train (1)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 11 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (15) Dans le train (1)

Passer de train à train

arrêt

l’étoile d’un corps

 

Le doux feuillu des mots

assis sur un fauteuil

raconte à demi-souffle

la vie comme elle voyage

 

L’oreille en sentinelle

je prends entre les gens

des extraits abimés

de longues semaines cornées

 

Pieds, mains, bagues

tout ici se partage

comme un plat familial

pieds, mains, bouches

tout ici ralentit

à bouts rimés de rails

Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

Ecrit par Gontrand-Hubert Mogador le 11 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

5) Tomates, cerises et Tabasco

On aurait pu déceler des signes prémonitoires. Mais évidemment, on ne se souvint de ces détails qu’a posteriori. Ce jour-là M. Foung avait servi un émincé de crudités rouges : oignons doux, poivrons rouges et piments, choux rouge et betterave, le tout serti d’un chapelet de petites tomates-cerises coupées en deux et arrosé d’une sauce au Tabasco et au paprika accompagnant un tartare de thon rouge. Gilda aimait ces plats frais et pourtant roboratifs, dont elle ne dédaignait pas de rehausser les saveurs par un verre de Tequila glacée ou de punch à la cannelle. Au dessert, le maître queux avait concocté un gratin de fruits rouges qu’il avait présenté entouré d’un cercle parfait de demi-cerises confites. On l’avait dégusté avec un cocktail de tokay et de marasquin avant de prendre le café turc agrémenté de rahat loukoums servi au fumoir où Gilda Flor et Dolorès s’accordaient en général un petit havane dont les plus hautes autorités cubaines assuraient fidèlement à l’artiste l’approvisionnement gratuit et régulier en reconnaissance de services rendus. Gilda avait fait les beaux soirs de la première scène lyrique de La Havane dans une opérette à la gloire de la réforme agraire intitulée Amour tabac et canne à sucre. C’était l’époque où l’artiste polyvalente était également au mieux avec John Fitzgerald Kennedy et on sait que Kissinger, dans ses mémoires, lui attribue un rôle décisif dans l’évitement d’une troisième guerre mondiale après l’épisode de la Baie des Cochons.

Pour en revenir au Mas des Pins, ce jour-là, Aurèle Bornibus déjà passablement éprouvé par un régime diététique auquel sa complexion délicate avait du mal à s’accoutumer, eut l’imprudence de risquer une incursion dans l’inconnu des drogues inhalables en l’espèce d’un cigarillo qui lui parut moins toxique que les barreaux de chaise que tétaient impunément ses deux commensales. À la troisième bouffée, il dut prétexter l’urgence d’une carte de félicitations à envoyer à un sien oncle pour sa nomination à l’ordre du mérite afin d’aller sans délai soulager ses entrailles des effets conjugués du Tabasco et du tabac. Cette éclipse soudaine et le motif improbable qu’il en avait donné firent forcément peser par la suite de lourds soupçons sur une culpabilité que d’aucuns avaient déjà par trop tendance à juger acquise sans autre forme de procès.

Ensuite, les faits s’enchaînèrent avec une précision fatidique. De retour au fumoir, le teint livide et la mine défaite que ne justifie qu’exceptionnellement la rédaction d’une carte de vœux, Aurèle Bornibus voulut engager la conversation sur l’épisode de la liaison notoire de Gilda Flor avec l’actuel roi de … qui n’était alors que prince héritier. Comme mue par une soudaine inspiration ou rappelée à un devoir urgent qu’elle aurait été sur le point d’oublier, Gilda écrasant le mégot de son cigare dans un cendrier de cristal de Baccarat qui lui avait été offert par la section Alsace-Lorraine de son fan club, répondit avec cette affabilité exquise qui enrobait sa décision bien arrêtée d’un voile d’indétermination habilement feinte :

Sisyphe en Algérie

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 04 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Sisyphe en Algérie

Je suis face à la mer. Un carré de la Méditerranée. Médi-tyrannie. Elle est calme comme ce monde avant la naissance des montagnes. Il fait chaud. Trop.

Je suis brun, presque basané, et donc le produit dérivé de la peau noire. Je commence à enlever mes sandales de caoutchouc, puis mes vêtements et mes sous-vêtements salis par mes pensées nocturnes. Je suis nu. Je dépose par terre le fardeau de mes ancêtres que je porte sur mon dos depuis que je suis né et que j’ai rempli un vide dans l’existence. Pourquoi on naît, si on meurt après ? Je fais du tout un amas, une sorte de montagne en papier. Debout sur le rocher, nu, je suis prêt à sauter. Je ne porte rien sur moi, ni passeport, ni sac à dos, ni provisions, ni une langue.

Mes chaussures, mes vêtements, et mes ancêtres tendent la main tentant de me retenir par les pieds. En vain. Je lève le bras pour leur dire au-revoir, peut-être adieu, et je saute dans l’eau, tête la première.

L’eau est tiède comme la bière que je buvais en cachette à côté du mausolée de notre village, en récitant les poèmes d’Omar Khayyâm. Un jour j’y ai surpris le muezzin de notre village et notre voisine la couturière tout nus ; je croyais qu’on faisait cela par tradition, mais avec le temps, j’ai compris qu’on appelait cela « L’amour ». Ah les hypocrites ! Dans notre village on nous a toujours répété que l’amour était un grand tabou : tellement obsédés par le corps de l’autre, nous avons fini par réfléchir avec le sexe et l’instinct.

Nu, léger, j’avance en ramant avec les bras et les pieds. D’ici notre village paraît plus grand que lorsqu’on s’approche de la côte.

En sortant de la maison, je n’ai rien dit à propos de mon projet que je préméditais depuis longtemps. J’ai décidé donc de quitter ma terre où je me sentais seul et étranger, étourdi par les interdits. Il est dit, dans certains livres que j’ai lus, qu’il y a une île sans habitants à quelques kilomètres du nord de mon village. J’en ai parlé à un de mes enseignants. « T’es fou, tu délires », me dit-il. J’ai répondu : « Les savants et les gens érudits ont tous un degré de folie ».

Je veux arriver coûte que coûte dans cette île. Je veux y renaître à nouveau, inventer une autre langue, une nouvelle religion ; la devise de mon île sera « amour et liberté ».

A quelques kilomètres, je vois un jeune pêcheur au visage ridé et misérable. On ne naît pas moche, on le devient. Il me pose une question sans interrogation parce qu’il a un dentier mal fixé : « Depuis quand tu nages ? ». Je réponds : « La notion du temps est approximative ». Le mec, je le connais : il tabasse chaque jour sa femme sans raison, alors que sa barque porte le prénom d’une femme. Contradiction. Vive les femmes ! Il se sent froissé, je continue mon chemin existentiel.

Je ne saurais être à l’heure

Ecrit par Maud Deves le 04 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Je ne saurais être à l’heure

Je peux être à temps mais je ne saurais être à l’heure. L’horloge tic-et-tac la succession de l’injonction funeste. À ces coups, l’Être se suspend ; sidéré, au lieu de l’impossible entendement ; acte-en là déchirure : « la parole pour dupe ! » ou « le corps pour tombeau ! ». Sûr que le temps s’écoule où j’EXIsTe. Mais je me refuse à être dite à l’heure, car comment ignorer que trop tôt viendra celle où je ne saurais être ; cette heure même où je serai dite avoir été. Heureux qui sait vouvoyer la mort en louvoyant l’heure… car à la tutoyer, on s’en-taire.

 

 

 

Site web : www.ipgp.fr/~deves

Billet fou : Enfin l’accord parfait de deux cloches sous un même clocher

Ecrit par Luce Caggini le 04 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou : Enfin l’accord parfait de deux cloches sous un même clocher

Le même jour où je découvris mon corps, je suis devenue murissoire, un amas de chair et de neurones chœurs et chapelets compris par souci de conservatisme de ma personne. Mais en même temps une disposition à nourrir espoirs en abondance maudissait les mots vénales de or et argent.

Enfance et Amour ne me permirent jamais de circonscrire mon inimitable imagination d’artiste suralimentée par la maladie du « voir ailleurs avec d’autres yeux ».

Être nomade sans en douter c’est le rêve dans l’âme de l’écrivain béni au plus haut des cieux mais partir avec ses pinceaux et ses couleurs au pays des rudes réalités de la monnaie couleur verte, c’est en même temps la vie et la mort du petit cheval.

Être nomade et ne pas le savoir c’est le rêve initiatique de la noble condition de la mère des arts sur terre sur mer et sur le dos d’un chameau.

Un nomade n’est jamais emboité dans un imaginaire de bourgeois, c’est un amoureux exclusif des mers romanesques, romanisées, romantiques et non magellanisées. On dit que ni les marins ni les géographes n’ont jamais eu vent de ces mers-là. Moi-même ai eu un rude boulot pour en découvrir les rivages. Dans le moment où je parvins à mettre le premier pas dans le pas de Antoni, mes romans et mes gamineries romaines eurent le même rythme que la mer des Sargasses avec le même monticule de vagues, la même ruée des oiseaux de mer dont les ailes ont été coupées dès leur plus jeune âge par des parents voraces et munis de montres sans aiguilles mais amoureux de la beauté de la musique des sphères.

Un jour, la nomade et l’artiste eurent cet engouement pour une vie de monastère et émirent un ordre à l’honneur avec trois mots : Moi, moi, et moi, car mon idéal étant chrétien, arabe et musical, même ma nomadisation entre Algérie, Amérique, Canada et Europe fut maraudage unissant ondes, rondes, ramifications de monticules et arsenal de manigances d’ensembles entre malentendus et art du moratoire pour enfin initier une intimité imaginée dans l’organe le plus puissant de ma mesure américaine : le regard des new-yorkais sur ma peinture figurative.

En effet mes personnages inspirés de l’imaginaire gagginiesque de la Renaissance ouvrirent aux collectionneurs innommables de ce pays de nouvelles vues mûries aux arts munificents de l’amour des monastères italiens de la Sicile et de la Corse du quinzième siècle au vingtième siècle.

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