Ecrits

Eclats d’humeur Notre amour

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 06 février 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  Notre amour

Notre amour

comme l’orée d’un bois

le rêve d’une pierre

l’écho des rois

la clef des murs

les yeux de l’aube

l’écart des songes

l’âme au soleil

la chair qui tremble

l’envers l’endroit

le tour d’un monde

une solitude

l’ordre défait

Pierre Boulez n’en finit pas de répondre à « Répons »

Ecrit par Luce Caggini le 06 février 2016. dans La une, Ecrits

Pierre Boulez n’en finit pas de répondre à « Répons »

Ballade d’un cor de chasse prenant un faux départ parce qu’il n’avait pas regardé le chef d’orchestre.

Même un compas est capable de perdre le nord pendant la minute où le monde des immensités passe au monde des infinités. Pris dans les chemins de la ramification, pris de malaise devant le paganisme et pris de peur du jugement dernier, ma mémoire, mes comas, ma magnitude prise en défaut mirent le feu dans la pire des marées montantes mordant mon petit univers élémentaire chaste d’homme de quatre-vingt dix ans, un seul détail avait pris le relais entre le ciel et la terre : le mouvement de ma main gauche muette émettant entre trois et quatre mesures de la dernière partition de Réponsprenant son envol pour la dernière fois.

Le grand pouvoir de la mémoire temporelle des mimes que sont les meneurs politiques gonflés de munitions d’énarques épris de leur savoir nomadisant entre rigueur et impossibilité d’introduire un contrepoint dans le cadre d’un modique cours de solfège, de la mutation entre mi et mi bémol, me fit penser à mon malheureux état de chef d’orchestre allongé sur le doigt du violoniste en face de moi dans un état fébrile pendant une attaque de Répons.

Maintenant que je monte en mi mineur, mes conditions de géniteur de notes rêvent de la énième lumineuse étape pour un musicien, j’analyse les hautes performances de la millionième chose la plus importante c’est-à-dire répondre à Répons. Dès mon premier souffle, je savais que mon centenaire serait trois fois plus important que ma naissance donc même dans le doute tu ne pourras pas dire que tu ne le savais pas.

Mets les morts et les musiques dans la même réalité comme tu mets tes rêves en marche. Répondre à Répons fut un double cheminement car rien ne peut interrompre les oreilles d’entendre et les muets de parler sinon Répons n’aurait jamais vu le jour.

Anonymement un petit ange vient de me dire mémoire et photo ont le même immense pouvoir d’unir deux mondes minutés pour pédaler à la même vitesse dans deux urgences additionnées malgré deux états indifférés par leur relativité ; dans ces conditions nuées et durées gèrent une main et un manuscrit à la même vitesse par magie naturelle unifiant répondre et me répondre.

Mille Neptune et mille Vénus mènent leurs amours dans deux ordres de grandeur : belle mer et beau ciel mettent les voiles vers le dernier temps du mutisme.

Grâce à un signe

Ecrit par Khalid EL Morabethi le 06 février 2016. dans La une, Ecrits

Grâce à un signe

Grâce à un signe, une lâche réalité est venue à l’existence,

À cause d’un singe, les éboueurs écrivent des lettres d’absence,

Grâce à un singe, la ligne passagère a trouvé un sens,

À cause d’un singe, les étoiles de l’autre côté de la mémoire, perdent leurs puissances,

À cause d’un singe, les battements du tableau vide perdent leur présence,

À cause d’un singe, il a eu lieu des nouvelles naissances,

La naissance des pères qui mangent leurs fils pour être des dieux forts

La naissance des menteurs qui ont des papiers qui prouvent que l’autre avait tort,

Que le chat ne marche pas à quatre pattes,

Que la terre est plate,

Que les étoiles n’existent pas, ce n’est que des envahisseurs qui se préparent à une attaque,

Que l’homme pigeon sera mangé par un titan en fuite, à cause d’un maudit singe insomniaque,

À cause d’un singe, l’homme à cens tète prend ce qu’il a offert,

La « Colognisation » du monde

Ecrit par Kamel Daoud le 30 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Avec l'autorisation de la Cause Littéraire

La « Colognisation » du monde

Colognisation. Le mot n’existe pas mais la ville, si : Cologne. Capitale de la rupture. Depuis des semaines, l’imaginaire de l’Occident est agité par une angoisse qui réactive les anciennes mémoires : sexe, femme, harcèlement, invasions barbares, liberté et menaces sur la Civilisation. C’est ce qui définira au mieux le mot « colognisation ». Envahir un pays pour prendre ses femmes, ses libertés et le noyer par le nombre et la foule. C’est le pendant de « Colonisation » : envahir un pays pour s’approprier ses terres. Cela s’est donc passé dans la gare de la ville allemande du nom de ce syndrome, pendant les fêtes du début de la nouvelle année. Une foule des « Autres », alias maghrébins, syriens, « arabes », refugiés, exilés, envahisseurs, a pris la rue et s’est mise à s’attaquer aux femmes qui passaient par là. D’abord fait divers, le fait est devenu tragédie nationale allemande puis traumatisme occidental. « Colognisation » désigne désormais un fait mais aussi un jeu de fantasmes. On y arrive à peine à faire la différence entre ce qui s’est passé dans la gare et ce qui se passe dans les têtes et les médias. Les témoignages affluent, mais les analyses biaisent par un discours sur le binôme Civilisation/barbarie qui masque le discours sur la solidarité et la compassion. Au centre, le corps, la femme, espace de tous, lieu du piétinement ou de la vie.

Pour l’agresseur, cela est clair : il vient de ces terres où c’est le sexe qui est un crime, parfois, pas le meurtre. La femme qui n’est pas « fille de », ou « épouse de », est un butin. Une possibilité de propriété. Un sexe à prendre. Un corps à emporter sur son dos vers la broussaille. Le spectacle de la femme libre en Occident n’est pas vu comme l’essence même de la liberté et de la force de l’Occident, mais comme un caprice, un vice ambulant, une provocation qui ne peut se conclure que par l’assouvissement. La misère sexuelle du monde « arabe » est si grande qu’elle a abouti à la caricature et au terrorisme. Le kamikaze est un orgasme par la mort. Et tout l’espace social est une prison du désir qui ne peut s’exprimer que dans la violence, la dégradation, la fuite vers d’autres terres ou la prédation et la clandestinité. On parle peu de la misère des sens dans les terres à turbans. Et paradoxe détestable, la sexualité, ce sont les islamistes qui se chargent de l’exprimer, la baliser, la coder ou la réduire à l’expression Hallal de la procréation. Tuant le désir par la posologie. Au point où c’en est devenu une véritable obsession dans le discours de prêche. Une sorte de libido-islamisme conquérant.

Mais la « Colognisation » a fait renaître le fantasme de l’autre menaçant dans un Occident qui ne sait pas quoi faire de nous et du reste du monde. Les faits tragiques et détestables survenus dans cette gare sont venus cristalliser une peur, un déni mais aussi un rejet de l’autre : on y prend prétexte pour fermer les portes, refuser l’accueil et donner de l’argument aux discours de haine. La « Colognisation » c’est cela aussi : une peur qui convoque l’irraisonnable et tue la solidarité et l’humain.

Eclats d’humeur La fête à Namur

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 30 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur La fête à Namur

Quelle folie nous fûmes

une nuit à Namur

où la foule giclait

comme le péké en fête !

 

Quelle folie

mes frères

au détour des espaces

où le temps se grignote

comme de la pipe d’Ardenne !

 

J’ai enfilé des perles

au pas de la musique

fait voyager mes yeux

jusque derrière les vitres

là où dansait la vieille

un drapeau sur la tête

 

les jambes molles et croisées

d’’avoir autant chanté.

Boulez est un homme vivant en dehors des muets et des sourds

Ecrit par Luce Caggini le 30 janvier 2016. dans Ecrits, La une, Arts graphiques, Musique

Introduction à la mémoire du « Monument à la limite du pays fertile », Paul Klee

Boulez est un homme vivant en dehors des muets et des sourds

Ma première aventure musicale s’engagea quand les notes ont pris un élan de compréhension pianistique aux pieds de ma mère dès que je commençais à entendre les pédales monter et descendre au-dessous de ma tête. Pas à pas, odes et musiques menèrent un rythme d’enfer au point qu’aujour­d’hui mémoire et temps ont donné à ma vie le recul momentané utile pour remettre le Monument à la limite du pays fertileen même temps et en même place que Pierre Boulez, c’est-à-dire en première page de son livre tant intelligent : Le pays fertile, Paul Klee.

Pierre Boulez : « Il faut dire d’abord que ces concerts c’était, disons pour un anniversaire… organiser une sorte de parcours… le parcours du combattant… point d’interrogation… est-ce qu’on combat toute sa vie ou bien est-ce qu’on s’installe ».

Béla Bartók, musique pour cordes, percussions et célesta, 2ème mouvement.

La terre en gestation d’enfantement, un bourdonnement d’un milliard d’insectes montés sur les cordes d’un piano, un débordement de vermisseaux prêts à monter à l’assaut du grand arbre de la vie, le miracle d’un rayon de soleil qui découvre la fleur cachée sous un brin d’herbe, un papillon qui se balance, la chaleur suspendue au Temps, une veine sur la main du magicien, une goutte humanité dans l’espace dansant la gaî­té pas à pas, seconde par seconde métamorphose du bouton en fleur, de la chrysalide en papillon. Soudain un vent de sagesse arrête l’éclo­sion sautillante, un petit univers s’est mis en état en claquant des talons. L’éveil a surgi.

Mener naguère aux frontières du monde des nuées des murmures médiatiques permirent un petit saut de puce unissant les arts et les hommes un peu comme les cieux et les Dieux au plus petit dénomina­teur commun ; mais entre les deux nul contrepoint nulle magis­trale composition, seulement un grand mystère puissamment entretenu dans les rues de Darmstadt. Antérieurement même les Autrichiens met­taient un point d’honneur à ne jouer que les valses de Strauss. Après Darmstadt, artistes musiciens et poètes eurent un coup de printemps initiant des ramifications partant dans tous les sens.

Pierre Boulez : « Génération 1945, une génération terroriste ? Non. Darmstadt a été une rencontre, pas une école. Stockhausen un inventeur forcené : dans ce Klavierstücke V très concentré, il nous offre quelques secondes de son éternité ».

Libération

Ecrit par Audrey Chambon le 30 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Libération

L’orage gronde,

Des teintes métallisées apparaissent et se confondent,

Roses, vertes et violettes,

Signe de tempête.

 

Au fond des yeux les premiers éclairs,

Violemment dispersés dans l’air

Lourd et vicié…

Etouffante atmosphère d’un cauchemar éveillé.

 

Dans ma poitrine la colère s’accroît

Et dans mes mains l’énergie rougeoie

L’explosion est imminente,

Issue finale d’une guerre lente…

Eclats d’humeur Paris-Bruxelles

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 23 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  Paris-Bruxelles

Paris Bruxelles l’échappée belle

je cale mes rêves entre deux ailes

 

Ciel magritté d’étoiles du nord

la Janneken pis me jette un sort

 

Paris Bruxelles sans son rimmel

pavot pavé de décibels

 

Tu danses en habits d’arlequin

en chantant des accents ricains

 

Paris Bruxelles pas deux comme elles

où des fils humains s’entremêlent

 

T’as soif de mots qui tombent en tuile

de briques à broc qui font tâche d’huile

 

Paris Bruxelles un poil rebelle

le cheveu sale ou poivre et sel

 

Tu traînes tes humeurs au trottoir

entre deux blanches et quelques noires

Mishima « La Musique » en trois mots : mi… chimérique… digitale

Ecrit par Luce Caggini le 23 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Mishima « La Musique » en trois mots : mi… chimérique… digitale

Mentir.

Mentir.

Mentir.

Étendre sur un tatami deux odalisques dénuées de sens musical.

Mémori­ser un nocturne de Chopin.

Enivrer trois hommes en même temps uniquement avec un mensonge, ce fut le miracle d’un livre névrotique passé au fil de l’épée car ni les unes ni les autres n’étaient en état de mesurer le rêve médiéval de celui qui en était le géniteur.

– Romancer un rêve me fut donation entière de la tradition nippone dans le monde endoloré du troisième immense Dieu de ma vie, le Soleil des côtes des îles grecques dont je fus le miroir et le génome muet enfermé inique­ment dans un corps enduit de nudité mentale et de mentalité nue et crue. Amants et menteurs méprisant don et talent de mentir, nuisance et densité de nuisance, anéantis par leurs efforts de relier mensonge et danger d’être ingérés par leur propre jeu de romanciers nourris de leur mortifère myriade de nids d’oiseaux pris au piège de leur musique atonale, ils n’eurent aucun plaisir ; ils mirent à l’unanimité tous leurs petits égos en mille petits nuages de papier de riz, transposèrent un danger mentalement minime en un amour pitoyable entre un Dieu de moralité pénalisant rêves et musique de monastère, entraîné à éteindre et allumer un pénis de papier pendant deux cents pages, privé d’orgasme, monté en épingle, transmuté en note de musique.

– Cher Mishima, contre toute attente, ma modeste et petite mémoire de mu­sique me dit qu’entre le minable et le glorieux comportement d’un amné­sique de la jouissance, un musicien, même un chef d’orchestre de mon propre corps épouserait une partition numérique manipulant en amour comme en prétention d’amour certaines touches avec un doigté de même immensité que me le permettrait mon désir de symphonie. Boulez nous dit que rien n’est plus conditionnant que la mémoire visuelle car la mémoire auditive est liée à l’instant ; dans ces conditions, l’apparence d’un corps de jeune femme générerait au moins momentanément une pulsion orgas­tique mais clairement mémoire auditive et mémoire visuelle ont été deux artificielles modes de plaisir repu de contretemps.

– Madame Caggini ! Manager de partition, mondanité et munificence mènent dans des draps de soie dont le partage est en partie dû à votre beauté de femme immensément initiée à la méditerranéenne odalisque que vous avez été dans les temps antiques, mais au Japon, amants et amantes entrent en amour comme le Printemps, imitant les amours des cerisiers en devenant un beau jour le musical croisement d’un son et d’un grain de mensonge, donc je vous en montre le germe dans toute sa double mise en duplicité de ma vie, de mon seppuku et de mon éblouissement face au Dieu Soleil.

– Mon cher immense romancier de mensonges, ma crédulité m’accorde une au­dacieuse indécente jouissance initiée par votre indécision à ne jamais monter à l’assaut des personnages de vos rêves, mais en même temps, mon admiration pour votre cerisier en fleurs me rendrait la plus jalouse de votre musée de pétales en magnifiques costumes de soie, donc cher Yukio, le plus chéri de mes auteurs défie les deux mensonges de ma vie, vous, Boulez et moi ne serons jamais deux amants ni trois doigts d’un même gant car ni les cerisiers, ni les nomades ni les musiciens ne peuvent murmurer aux oreilles du Roi Soleil les mêmes mots d’amour.

D’accord ?

Ecrit par Léonore Fandol le 23 janvier 2016. dans La une, Ecrits

D’accord ?

On peut se moquer de la saloperie qui s’acharne ; à l’occasion se promener des origines à un passé récent et continuer dans l’impuissance, la lassitude collectives.

On peut toucher le mur, y apposer son cri de déception tardive, ou de respect enthousiaste, si tu préfères, je ne vais pas pinailler ni t’éclabousser du déluge assourdissant de mes pensées.

On peut déchirer toute idée de colère et rester là, assis, empêché et morose, sans plus rien d’extraordinaire ni de drôle en soi ;

être un crétin fini, out.

On peut réfléchir au besoin de gagner, de manigances en luttes, de procédures en compromissions,

s’en griffer le visage.

On peut contenir son agonie intime, se tenir à l’écart des rêves et préférer s’envoler sans la moindre peur, dans l’obscurité,

au bon endroit.

On peut entendre plusieurs choses, le bruit d’un torrent, le sang dans le corps, le flot de boue qui irrigue et étouffe le monde de sa vulgarité,

et se tromper d’urgence.

On peut prouver l’étrangeté d’une existence contraire engagée dans l’hors normes, la résistance, en découvrant son langage, sa couleur et son poids,

tenter de les comprendre.

Mais on ne peut pas s’endormir si au même instant on éprouve la juste sensation qu’un outrage glacé, une sentence armée condamnent nos libertés.

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