Ecrits

Je me souviens

Ecrit par Sabine Aussenac le 24 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Texte écrit pour le concours « 48 heures pour écrire »… avant les attentats…

Je me souviens

Je me souviens.

Des sourires moqueurs de mes camarades quand j’arrivais en classe, vêtue de tenues démodées, parfois un peu reprisées, mais toujours propres.

Des repas à la cantine, quand tous les élèves, en ces années où l’on ne parlait pas encore de laïcité et d’autres cultures, se moquaient de moi parce que je ne mangeais pas le jambon ou les rôtis de porc.

Je me souviens.

Des sombres coursives de notre HLM avec vue sur « la plage ». C’est ainsi que maman, toujours si drôle, avait surnommé le parking dont des voitures elle faisait des navires et où les trois arbres jaunis devenaient des parasols. Au loin, le lac de la Reynerie miroitait comme la mer brillante de notre Alger natale. Maman chantait toujours, et papa souriait.

Je me souviens.

De ces années où il rentrait fourbu des chantiers à l’autre bout de la France, après des mois d’absence, le dos cassé et les mains calleuses. J’entendais les mots « foyer », et les mots « solitude », et parfois il revenait avec quelques surprises de ces villes lointaines où les contremaîtres aboyaient et où la grue dominait des rangées d’immeubles hideux que papa devait construire. Un soir, alors que son sac bleu, celui que nous rapportions depuis le bateau qui nous ramenait au pays, débordait de linge sale et de nuits tristes, il en tira, triomphant, un bon morceau de Saint-Nectaire et une petite cloche que les Auvergnats mettent au cou des belles Laitières : il venait de passer plusieurs semaines au foyer Sonacotra de Clermont-Ferrand la noire, pour construire la « Muraille de Chine », une grande barre d’immeubles qui dominerait les Volcans. Nous dégustâmes le fromage en rêvant à ces paysages devinés depuis la Micheline qui l’avait ramené vers la ville rose, et le lendemain, quand j’osais apporter la petite cloche à l’école, toute fière de mon cadeau, les autres me l’arrachèrent en me traitant de « grosse vache ».

Je me souviens.

De maman qui rentrait le soir avec le 148, bien avant que le métro ne traverse Garonne. Elle ployait sous le joug des toilettes qu’elle avait récurées au Florida, le beau café sous les arcades, et puis chaque matin elle se levait aux aurores pour aller faire d’autres ménages dans des bureaux, loin du centre-ville, avant de revenir, alors que son corps entier quémandait du repos, pour nettoyer de fond en comble notre modeste appartement et nous préparer des tajines aux parfums de soleil. Jamais elle n’a manqué une réunion de parents d’élèves. Elle arrivait, élégante dans ses tailleurs sombres, le visage poudré, rayonnante et douce comme les autres mamans, qui rarement la saluaient. Pourtant, seul son teint un peu bronzé et sa chevelure d’ébène racontaient aux autres que ses ancêtres n’étaient pas des Gaulois, mais de fiers berbères dont elle avait hérité l’azur de ses yeux tendres. En ces années, le voile n’était que rarement porté par les femmes des futurs « quartiers », elles arboraient fièrement le henné flamboyant de leurs ancêtres et de beaux visages fardés.

Les Fleurs du Bien

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 24 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Les Fleurs du Bien

Dans les rayons de tes champs

Dans tes dunes sans aventuriers

Dans ton bateau sans matelots

Dans tes feuilles allongées

Dans tes montagnes sans rivières

Dans les couloirs de tes poèmes

Dans ta ruche sorcière

Dans la canicule de tes larmes

Dans la banquise de tes soupirs

Dans ta langue indicible

Dans tes nuits ivres

Dans tes bras d’exil

Dans les nuages de tes ailes

Dans l’ombrage de tes rhizomes

Dans ton ancre natale

Dans la solitude de ton royaume

Dans ton île solidaire

Dans tes troncs douloureux

Dans tes silences de miroir

Je cherche Dieu.

Amours, funérailles et orgues

Ecrit par Luce Caggini le 24 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Amours, funérailles et orgues

Le Magnifique écrivait à longueur de journée, de nuit peut-être pour ce qu’elle en savait. Il lui arrivait de lancer des appels d’amour en plein milieu de la nuit et ces mots qu’elle savait dérobés à son terroir en faisaient l’unique de sa vie. Elle avait bien compris que recevoir ses lettres c’était déjà faire partie de son existence, résonner entre ses murs. Donner un avenir à leurs billets, elle aimait ces petits mots nocturnes, ça donnait de la chair à leurs écrits.

La Séductrice s’abandonnait, remodelée, révélée comme une jeune argile, dissoute dans une mosaïque de sons et d’images, harmonieuse onde parfumée mystérieusement argentée que trois notes de musique céleste portaient au comble d’un bonheur à peine esquissé déjà estompé. Elle s’émerveillait et persistait à découvrir des voies de lumières dans les écrits de l’amant que la maturation d’un beau lâché de paroles exacerbées par un savant de la midrash avait le pouvoir d’enivrer.

Il y avait cependant une question essentielle esquivée comme ces vibrations soufflées dès l’aube qu’un jour naissant dévoile à la conscience mise hors de combat après une nuit de chair, de partages innocents et de galaxies en folie.

Grain de sable enfoui dans les sous-sols de la mémoire d’une vieille femme, La Séductrice ne pouvait se détourner de cette montagne de petites caresses, réalisant à peine la magnitude des petits riens dont le jour prenait congé. Une vie marchait à coté d’elle s’enroulait se déroulait à l’envers dans un sens rare, régulier, géométrique, avide d’un bon et juste sens mettant une mariée du Maghreb dans tous ses états à faire voler son voile sur les rives de la Tamise. Dans un envers, au sein d’un ouragan manipulant la vague du surf nageant entre trois murs de béton, se menait vent arrière la plus belle partie de rigolade d’une vie de vent fou.

Une autre aurait mené ce combat de plumes et âmes en danse de Saint-Guy mais la pauvre oie confite en adamessie caressante ensorcelante rêvait d’une confiserie musclée indolore, accouplement du mariage d’une madone avec la magie du pénis d’un roi d’Israël.

Un chaman juif les unirait, c’était sûr.

Un vent de Mars soulevé de terre, un clignotant amnésique, une révolutionnée à plat ventre sur un sommier vide, vidée, emprisonnée dans la saveur de ses rêves écrasée d’espoirs, un oracle maladroit, un contresens, un combiné à haut risque de mort littéraire enfantaient confusion de valeurs réelles et de douceurs inventées dans l’anonymat révélateur d’un amant virtuel.

Eclats d’humeur (19) Etat d’amour

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 24 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (19) Etat d’amour

J’aime

 

le ciel

qui vinasse gris

 

la prison des amours

dans la liberté infinie

 

le timbre doux mortel

des sirènes au feu bleu

 

l’argentique rosée de sang

quand le soleil a trop donné

 

la pluie ivre d’aimer

le grain sourd de la peau

 

la femme assise par terre

comme un objet de trop

Ceux qui ont la gorge trop serrée

Ecrit par Myriam Hamouda le 17 janvier 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

Ceux qui ont la gorge trop serrée

Que ceux qui défendent soudain la liberté d’expression laissent à ceux qui ont la gorge trop serrée la liberté de ne pas s’exprimer. La douleur n’est pas une matière enseignée sur les bancs de l’école, et personne ne nous a jamais appris à la dompter pour en faire un petit chaton trop mignon qu’il suffirait de caresser pour le calmer quand il est en colère ; chacun s’arrange toujours avec sa douleur du mieux qu’il le peut. Il y en a qui ont besoin de parler, beaucoup, à toute vitesse, pour faire sortir ce mal qui les ronge de l’intérieur, pour fuir ce silence dont le gouffre s’ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ont peur de tomber. Il y en a qui ont besoin de prendre l’air, comme depuis que la douleur les en a privés ils n’arrivent plus à respirer ; ils marchent d’un pas aussi lourd que leur cœur dans le bois d’à côté, ils galopent autour d’un stade la nuit tombée en espérant qu’à force de tourner en rond ils arriveront à fabriquer une tornade qui aspirera leur mal-être. Il y en a qui ont besoin de laisser leur douleur sur le paillasson de l’entrée et de troquer leurs idées avec celles de leur voisin de palier ou celles de n’importe qui tant qu’elles sont sages et les laissent tranquilles, ils essayent d’en rire comme les lames de leur plancher sont déjà imbibées de leurs larmes trop salées, ils jouent à candy crush comme ils savent pourtant que les vies ne se cumulent pas, que le monde n’est pas un gros bonbon rose, mais ils aimeraient pouvoir y croire encore un peu comme avant. Il y en a qui ont besoin de se taire et de tendre l’oreille pour écouter le silence derrière le brouhaha.

Et depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne savent plus ce qui leur fait le plus mal. La barbarie de ces types remplis de haine qui ont confondu kalachnikov et crayon-mine, ou ces discours venimeux qui jaillissent de tous les côtés chaque minute. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; c’est des images choc des slogans qui claquent des gorges trop serrées qui craquent sous les draps et que le monde pointe du doigt parce qu’elles n’ont jamais appris à répandre leurs larmes sur le trottoir d’en bas. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; quand la minute de silence passée les langues se délient les cagoules valsent et que sous ce si bel élan de solidarité se faufile la haine d’une meute en pleine confusion. Et même si leur appartement reste propre à coup de troubles obsessionnels compulsifs et d’eau de javel, depuis mercredi ceux qui ont la gorge trop serrée passent pourtant toutes les minutes de leurs jours et de leurs nuits au-dessus de la cuvette des waters. Et si elles pouvaient parler les gorges trop serrées, elles hurleraient aussi fort que vous qu’elles ont mal, aussi mal que vous ; et elles tendraient leurs mains comme elles vous souhaiteraient pour cette nouvelle année de laisser votre haine désordonnée de côté, juste un instant celui d’apprendre à nous aimer avant de prononcer ces mots qu’on ne pense jamais vraiment quand c’est la colère qui les lâche en dérapant sur le verglas. Mais, depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne parlent plus, comme ils ont perdu le sommeil les mots et leur bienveillance.

Bye Charlie

Ecrit par Luce Caggini le 17 janvier 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

Bye Charlie

Epouser Dieu au plus haut des cieux une fois dans sa vie sur un coup de tête.

Immortaliser un amour avec le même flamboiement que Dieu a mis à naître.

Faire l’amour dans une BD avec Charlie.

Générer le pardon.

Nommer Allah gisant à terre ou à genoux et narguer une croix en même temps.

Porter en pendentif un croissant une croix ou une étoile pendant toute une vie et permuter.

Amasser une quantité de générosités dans un géant petit moment de vie terrestre.

Rire.

Trois versions d’un Dieu multiple et ravi de ne parler ni français ni arabe ni hébreu mais organisé pour nomadiser entre les rives de la Méditerranée comme marin, comme arpenteur des montagnes, comme miraculé après une chute de pierres sous ses pieds ou encore comme un mortel numérotant les grains de sable entre Oran et Jérusalem.

Sautant en plein branle-bas des murs du Kotel aux murs de Médine, esquissant un signe de croix dans le Jardin des Oliviers, magistral maître du rêve de l’humanité, ondulant entre rien et moins que rien, entre immensité et particule de noosphère, Lui, le Maître des nuls et des grands rêveurs des mers incolores, maître initial uni à l’onde à l’air aux mers et aux terres, amant des Trois Orange glorifie mort et vie, musulmans, juifs et chrétiens d’un mot : adoration en l’amour de l’autre.

Vendre une imitation de vérité c’est mettre un doute sur le mot divin. Vendre une demi-vérité c’est être malade de réalité sans le moindre symptôme de fièvre, marginaliser le cri des marginaux qui exaltent les rois du massacre des dessinateurs c’est aussi mettre quarante années de lutte du monde réactionnaire sous la même narcose que Madame Le Pen.

Attenter aux amoureux du rire avant de partir du paradis terrestre sur un tapis persan de la République, et faire un pas dans un cratère brulant de l’autre coté du monde des momies de la Mer Morte dans le génie du Mal.

Artistes amants, marins et capitaines n’arrivèrent pas à en croire leurs yeux de radieux marginaux et comme au théâtre, avec malice, ils tirèrent leur révérence.

Les Berlines

Ecrit par Marc Safran le 17 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Les Berlines

La nuit mauve des avenues surexposées affleure

Sous tes pupilles dansantes, comme un miracle

D’amour sur moi déversé qui m’emporte et leurre,

Un temps, la mort, et ces voitures qui ne riment à rien

 

La foule se perd de vue dans le battement mouvant

De son cœur qui s’affaire, les tours crépitent au loin,

Polarisent la ville prise dans le vertige de son spectacle

Et l’ambulance emporte ailleurs une vie qui se meure.

 

Les vitrines ont des apparitions, les lourds rideaux

De la vie ondoient le long des podiums en pentacles,

Les velours noirs en nous lentement remuent. Et les heures

défilent et se figent comme des mannequins savants

Maudite soit ma mère

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 17 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Maudite soit ma mère

Je suis entré en Espagne le jour de la chute du mur de Berlin. C’était le jour où le mur existentiel s’était écroulé en moi aussi. J’avais toujours rêvé de mettre les pieds en Espagne : j’en avais fait un mythe. Chaque soir j’allais m’asseoir face à la Méditerranée. Je me posais cette question : comment quelques kilomètres d’eau douce et calme pouvaient séparer deux vies, deux états d’âme, contradictoires ? Face à l’étendue bleue pleine de richesses, je m’approchais de l’eau comme un néo-Narcisse. Elle reflétait mes tristesses enfouies, ma vanité, et l’hypocrisie des miens qui ont transformé la terre en caserne et l’islam en masque. Je fumais des joints de haschich l’un après l’autre. Et comme si je possédais la lampe d’Aladin, je me voyais léger, blond, heureux sur la terre espagnole ; un bavard dans un monde calme. Avec le temps, la mer avait marre d’intérioriser ma catharsis et commença à refléter sa mélancolie dans mes yeux couleur d’angoisse.

Chez moi, tout le monde me prenait pour un naïf, un fou, une fillette au sexe masculin. J’étais le Petit Poucet modèle d’Algérie. Je n’attirais ni les amis, ni les femmes, ni les anges. Ma vie était un champ d’études propice pour les anthropologues et les sociologues. On me prenait aussi pour un mécréant parce que je ne faisais pas les cinq prières, parce que je prenais la mer pour un Dieu. « La prière est l’essence du bonheur » me disait ma mère. Je lui répétais que même les athées connaissaient le bonheur, que Dieu n’était pas un distributeur de sentiments mais une paix récompensant les êtres selon la couleur du cœur. Notre terre était gouvernée par l’individualisme et le ciel par l’hypocrisie. Hormis moi-même, tous traçaient leurs vies selon un manifeste intitulé Code de la vie : naître pour mourir dans la vie, jouer dans la poussière tout en se séparant des filles, ne jamais regarder son sexe avant le mariage, avoir un diplôme, faire le service militaire, travailler, pleurer pour des chiffres et des dates non pour des visages ou des valeurs, se marier avec une Algérienne qui savait faire le couscous et recevoir les gifles du conjoint, acheter une parcelle, construire une maison plus grande que celle du voisin, sans oublier de se faire tamponner le front par amour d’Allah. Bref, le haschich m’inspirait et me donnait l’envie de faire ma vie en sens inverse des miens.

Après tant de visas refusés, je finis par pisser sur mon passeport. Je défiai la mer sur une barque de quatre mètres quatre vingt centimètres, en compagnie de quatre personnages du Manifeste algérien : le premier tenait un Coran entre les mains, l’autre dévisageait une image de sa cousine, sa future femme et cible des gifles, le troisième une photo de la Mecque, le quatrième, qui dirigeait la barque, traçait avec l’hélice le plan de son futur château qu’il construirait au bled ; je tenais un joint de haschisch, une bouteille de vin, et une couverture d’une pièce utopique : L’île des esclaves de Marivaux. La couverture montrait un roi accroupi devant un Arlequin au masque brillant, sur une île pénétrant le ciel. En renversant la couverture, l’île eut la forme de mon Algérie. La barque avançait, et la mer me semblait un désert vierge caressé par des doigts de pianiste. Bien que petit, ce morceau de bois était plus vaste que mon pays.

La troisième voix (2)

Ecrit par Jean-François Joubert le 17 janvier 2015. dans La une, Ecrits

La troisième voix (2)

« Vivat le peuple des fleurs ! », les simples gens, ou son gaz de schiste qui dévaste et ruine nos terriers, pour un lapin, un renard, un canard où se poser. L’autre hémisphère, le cerveau « Adulte » lui est dans l’Exhibition ! Prohibition, scandale, tous vous avez peur de rester des petits, des minables, peur du sexe, du tabou, et le fléau de l’ignorance reste de donner de l’arrogance aux manipulateurs, faibles joueurs d’échecs, la parité fait que ceux qui naquirent, tuyau mâle, ou femelle, s’ils manipulent les simples gens, laissent la faim crever le berceau des terres sans eau, sans Culture pour ce simple désir égoïste qui scie le monde en deux hémisphères, Nord, Sud, violoniste de talent de la partition orale de la dette, de la crise économique, défendeurs de cet instinct de puissance, jettent les clefs du savoir, tant et tant leur temps est de savoir, ego miroir, boule à facettes, ils partagent ce « vouloir », cette volonté de dominer de la tête et des épaules le sujet appris pas sur un banc de bus du buisson qui court, court, et prend des bûches sans Noël, par ceux qui ne négligent ni l’école, ni le diplôme de vanité céleste, un échange concret contre des bouts de papier qui font rêver au sortir de la carte bleue et s’émerveillent même en âge vermeil afin d’être dans leurs têtes, pas un Hêtre, la conscience l’arbre à choix, oui, non, peut-être mais ce sentiment sans voix, d’être un géant afin d’entrer dans un livre d’Histoire, notre mémoire collective.

Un monarque ou président, conscience spirituelle, partagent la jouissance du pouvoir de voir quoi au juste, un cap sans compas ? Un marin ivre de liberté serait vigilant à la veille de l’écran des crocs des loups abandonnés au marché aux puces. Une foi sans raison cartésienne, n’ayez pas peur de ce cri que j’écris j’aime les faucons, la buse m’amuse, mais les super-héros médiatiques fantastiques qui ornent le tube cathodique, rêvent de passer leur sujet au stade animalier de la colonie de fourmis, je les dépose tous dans le même sac à main, ce sas aux visions nocturnes, marabouts, monothéiste, uni-déiste font la sieste quand les abeilles se meurent, ou navires de Flandre, de bourbon, sauvent des recalés de la terre de la noyade, Saint-Bernard des mers. La cécité commune en outre de nous rendre aveugle, offre le pouvoir des urnes aux grandes gueules, ses clébards qui eux festoient aux frais de la princesse, pendant que la majorité pauvre de la magnifique horloge cherche le soleil, d’autres esclaves du système « libéral » celui « capital » de la monnaie de la pièce, de théâtre, se tuent pour être conquistador, métropolitain la politesse de nos pères oubliés, un souvenir vague peu dodo sauvage, en ce XXIe siècle après la résurrection du fils divin que je devine ivre sur sa croix, sorcier brûlé ou magicien qui ne fait plus illusion, bouleau, arbre millénaire. Une pyramide pas de pierre et de sable, mais une construction pensée et calculée pour conserver le royaume des songes et ses serfs, au détriment même de la vie, de celle qui nous porte, nous transporte et tournoie dans l’univers, la Terre ! L’unique tunique qui masque nos maux poussière, le paradis, l’Eden, celui de l’oiseau lune d’Aristote…

A, accent grave

Ecrit par Khalid EL Morabethi le 17 janvier 2015. dans La une, Ecrits

A, accent grave

A, accent grave,

À côté, deux hommes de noir vêtus disent qu’ils savent,

Que ce n’est pas grave,

S’ils peuvent dire des mensonges,

Si leur nom de famille est Ange,

Si leur stylo bleu voulait écrire une nouvelle genèse,

Une nouvelle hypothèse,

Et oser écrire en rouge la vérité entre parenthèses.

A, accent grave,

À côté d’un arbre parlant, une personne qui joue de la lyre,

De l’autre côté, un poète d’une autre ville, ne fait qu’écrire,

Et près de lui, un crieur « Je ne voudrais pas partir ! »

Et sa femme enceinte lui dit qu’il faut absolument sortir,

De leur désert, leur terre, leur maison, leur jardin,

Vendre l’arbre et mettre fin.

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