Ecrits

VACANCES... et le foudroiement du 14 Juillet de Nice...

Ecrit par La Rédaction le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

VACANCES... et le foudroiement du 14 Juillet de Nice...

On y était donc ! Après cette fin de printemps plus que pourri un peu partout ; après cette année 15/16 de terreur et d'angoisse,  un «  vive les vacances » de fin de classes de gamins, cette année s'imposait vraiment. Quand, ce 14 Juillet, sur le front de mer  de Nice, le camion fou trancha 84 vies et mit entre parenthèse, 18 autres. Quand Daesh et les siens décidèrent  qu'en Europe et notamment en France, le mot vacances, v comme vie, serait rappelé à leur ordre... Le temps n'est évidemment pas venu d'oublier que nous vivons en état d'urgence. Notre quotidien – chacun à sa place - doit avancer en vigilance, et  le mot « vacances » n'a plus, n'aura plus jamais le même sens...

… Vacances, c'était partir, en partance, loin ou au bout de la rue, en villégiature ou dans sa tête. C'était, rester, pour se reposer – le chez soi des vacances, c'est encore autre chose, pour repenser sa vie, seul ou en ouvrant sa porte à des copains qui passent, des familiers perdus de vue, des inconnus eux aussi en stand bye. Vaquer, enfin ( c'est ce que vous expliquera Maître Vincent), c'est bien autant un état d'esprit que le prix d'un billet de transport...

Reflets a cette année, choisi ce beau mot de vacances, pour sa « une » d'été. Comme toujours, le décliné a privilégié l'ordre alphabétique des titres : 13 textes différents, inspirés, aux parfums de l'imaginaire, des souvenirs, de la réflexion, des voyages. 13, pour vous porter bonheur, et vous faire patienter jusqu'au mitan d'Août ( le 20 ) où la joie de vous retrouver sera de retour.

 

Bonne parenthèse des vacances pour chacun d'entre vous. Quand même. une façon de rester debout par ces heures d'horreur !

Allégories

Ecrit par Yasmina Mahdi le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Allégories

à propos de Sally Mann (née en 1951 à Lexington en Virginie), qui a étudié la photographie à la Praestegaard Film School, et a reçu de nombreux prix et distinctions dont le Photographe de l’année en 1995, l’Honorary Fellowschip of the Royal photographic Society en 2012. Œuvres au MOMA, au Musée d’Art Moderne de San Francisco, au Musée de l’Université de Harvard à Cambridge, au Tokyo Metropolitan Art Museum, etc. [Sources in Katalog, déc. 1995, Danemark ; Sally Mann, Luc Sante]

 

« L’endroit était d’un charme féerique. Dans l’ombre mystérieuse des pins se dressait une tente de toile rayée de bandes vertes, haute et large, on y circulait à l’aise autour d’une table nappée de blanc. (…) La gaieté monta, la vie se fit plus belle ; (…) Le ciel se couvrait. Ourlées de blanc, des vagues roulaient, mauvaises, et les plages étaient désertées des enfants. (…) Dans les mornes, les bouquets de palmiers verdoyants cachaient toujours des cases solitaires. De grands rapaces tournaient dans le ciel vide ».

Les étoiles du Sud, Julien Green

 

L’allégorie est bien autre chose que cette figure paraît dire. La photographie, comme art de fixer l’image grâce à la lumière, à l’œil et à un dispositif mécanique, en serait d’emblée le parangon. De ce fait, me semble-t-il, l’allégorie traverse en grande partie l’œuvre photographique de Sally Mann, discours métaphorique présenté au sens propre sous la forme de tableaux illustrant des paraboles de la famille, au sens biblique du terme, incluant une certaine mystique accompagnée d’une trajectoire de vie – ici, la fable de la famille Mann et de ceux qui gravitent autour de ce foyer. Ce qui se passe là, devant elle, l’artiste le cadre dans l’instant qui suit. Et je vois en particulier derrière son objectif le récit emblématique de la saison estivale, les fragments d’instants de vacances en famille, petites cérémonies du quotidien échelonnées entre 1985 et 1994. Emmet, Jessie et Virginia deviennent les sujets/modèles de ses prises de vues. En effet, ses propres enfants, tantôt complices, tantôt surpris, forment le corps idéal d’un spectacle conçu et saisi par leur mère. Voici ce que quelques-uns de ces clichés m’ont inspirée :

De la moiteur torride de la Virginie émanent des scènes de repos quand les adultes s’assoupissent sous l’auvent de la véranda de bois, s’abritant de la lumière aveuglante pour se réfugier à l’ombre. Le noir profond et le blanc éclatant accentuent cette sensation de chaleur excessive, comme si un soleil noir était descendu sur terre. L’astre voilé d’une éclipse. Les luisances se distinguent par le velouté brillant des gris, les gouttelettes de sueur sur la peau. Un châle à franges, des dentelles, une moustiquaire, un drap et des maillots de bain se balancent dans la lumière en contre-jour. Les enfants se drapent, se dévoilent, entourés d’étoffes légères ou se déshabillent, au seuil de cet enchantement mystérieux de l’adolescence. L’été autorise tout : la nudité, les parures florales, l’alanguissement durant de longues heures. Oui, ce sont les vacances, l’espace vide et serein du repos, de la jouissance. Et jouissance il y a, à travers ces jeunes personnes sveltes posant de manière un peu suggestive, provocante. Derrière un rideau de feuillage, Jessie, à 12 ans, arbore, telle Vénus, une magnifique chevelure blonde – grise argentée sur l’image –, et tout de suite après s’en dépouille, apparaissant brune, androgyne, les cheveux coupés court. Plus jeune, elle apparaît tantôt comme un lutin aux oreilles légèrement décollées, ensuite maquillée comme Madonna ; érotisée par le noir aux yeux, aux lèvres, le faux grain de beauté et de fines bretelles aux épaules. Les jeunes filles dansent, tournent, acrobates, rêvent aussi, souvent près de coupes de fruits – rappel des natures mortes du Caravage, des memento mori.

Les reflets multiples contrastent avec les ombres portées violentes, fondant les personnages d’arrière-plan dans le flou des ténèbres. Tout est signe de vacances : les tables disposées dehors, le mobilier de jardin, les nombreux lits et sofas à l’intérieur et à l’extérieur, tonnelle et pergola, balancelle, rideaux de mousseline et draps aériens de cette vaste ferme. Le cliché le plus emblématique, à mon sens, de ce temps vide, vacant, se lit dans Picnic, daté de 1992. Trois fillettes installées sur l’herbe, l’une en premier plan, de dos, un verre de dînette en main, berçant sa poupée, les pieds dans des socquettes blanches et des sandales ouvertes, assistent, surprises et captives, à l’éclosion d’un feu ; l’une d’elles en a un mouvement de recul. Je pense aux embrasements soudains chez Tarkovski, quand les éléments – incendie ou foudre – menacent l’homme, puis l’apaisent avec l’arrivée de la pluie. Une ambiance identique de mélange de peur et de grande tranquillité émane de cette scène champêtre, ce déjeuner sur l’herbe. Tout n’est donc que fugacité ; la puissance d’un instant, d’un événement peut tout faire basculer dans l’horreur, l’irrémédiable, l’accident, la mort. Ainsi, quelques chutes de feuilles sur le parquet de la véranda présagent de l’orage et de l’éphémère de toute condition. Les vacances, propices à l’évasion avec les premiers émois, la première cigarette, le maquillage et les déguisements, la découverte de la sexualité, bref, la grande permissivité, cachent aussi des dangers ; les risques de noyade, de chutes. Ce trouble agite l’univers de Sally Mann, comme l’ambiguïté de l’amour maternel à l’affût des émotions de ses enfants, devant la beauté de leur perfection corporelle, devant le (chaste) baiser et la caresse paternelle à la jeune fille aux seins naissants.

Apesanteur

Ecrit par Didier Ayres le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Apesanteur

J’ai dormi avec l’après-midi au milieu de nos poitrines

et j’ai regardé les cavaliers qui se jettent sur juillet

parmi des églantiers de cristal et les torrents noirs

pour oublier la durée et son épée argentique

– une personne couronnée de rameaux de vitre –

là encore vers des ponts de craie le ciel cobalt

dans la nuit vivace et calme et morbide

il ne reste que la rose des heures

brûlant comme une fête nuitamment

les douze épîtres de la nuit

– ruisseaux ensanglantés et turbides –

les pommiers sauvages

juillet maison de feu chambre miroir

cherchant la ténèbre et le théâtre des feuilles

centaures du temps buvant à la mort

– je marche dans les fougères hautes et électriques –

où dorment des noctuelles livides

– le chemin vitreux des halliers –

Batik pour toujours

Ecrit par Lilou le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Batik pour toujours

« Semarang, le 10 juillet 1937, mon très cher père,

Ne restez pas dans l’inquiétude de vous demander pourquoi mon écriture hésite à ce point-là. Blessée dans un avion tombé du ciel, je ne puis pour le moment me servir de mes mains. Aussi, sœur Florence, une des Ursulines du couvent de Batavia et présente dans la région depuis 3 ans avec de l’école et des soins, me prête les siennes pour que je vous écrive de mon Semarang de si douce souffrance. Figurez-vous que Rimbaud y traîna aussi ses guêtres d’aventurier et de déserteur caché dans ses larges avenues ponctuées de Girofliers en fleurs avant de reprendre la mer dans les derniers jours de juillet 1876. J’aime ce Rimbaud de Java même si ses traces voyagent davantage en mon esprit que sur la mémoire de cette ville portuaire, coupée en deux par tout ce qu’elle aurait pu vivre si la mer n’y avait pas élu domicile.

Vous l’avez compris, je vis en ce moment la moitié de moi dans ce qui est et l’autre moitié dans ce qui n’est pas. Il y a encore quelques semaines, nous devisions joyeusement dans une géographie triangulaire et picaresque et étions heureux de tous ces horizons colorés bruissant de vie. L’avion, un Breguet XIV de 1928, biplan robuste comme un chêne vert et acheté de récent à un Anglais de Singapour, nous promenait gaiement pour ces semaines de relâche durement acquises. À m’en ouvrir à vous, je ris encore à songer de nouveau au vent chaud plaquant vers l’arrière ma chevelure bienheureuse et me faisant ressembler à ces fruits serpent que l’on ne trouve qu’en ces terres fertiles des Indes Orientales. Nous réalisions le périple sacré et triangulaire le long de cette géométrie des plaisirs tracée par les segments reliant Semarang, Pekalongan et Borobudur. Ce sont là des lieux merveilleux pour des promenades uniques. Semarang, la ville qui touche de son port la mer de Java où paraît-il l’homme y marche depuis homo erectus et ses 300.000 ans. Pekalongan et ses tissus qui parlent comme seul le Batik peut le faire. Et enfin Borobudur et son sanctuaire bouddhiste millénaire oublié 9 siècles, et respirant de nouveau la dynastie Sailendra depuis qu’en 1814, le gouverneur général de l’île mit le feu à la forêt pour en retrouver le fil de l’histoire encore accroché à ses moignons de murailles. Ne croyez-vous pas mon très cher père que Semarang, Pekalongan et Borobudur glissent sur l’esprit comme le vent sur les ailes du paradis ?

Dans le détour d’un nuage clair et au-dessus de rizières gorgées de paysans apeurés, quelque chose s’est emballé dans la machine. Je ne puis vous dire quoi, mais je puis vous affirmer ici que cette chose m’a entamée jusqu’au cœur. L’avion de toile s’est écrasé, presque doucement, dans un champ de roseaux sauvages. Mon si bel ami est mort peu après dans mes bras me murmurant calmement que voyant des gens agiter les bras sur la colline, il avait préféré tenter le diable au creux de l’autre flanc. Et le diable l’a cueilli comme un fruit trop mûr. Ces braves gens m’ont ensuite amenée à dos de buffle au premier dispensaire de la région. C’est ainsi que je suis arrivée à la mission jusque dans les bras accueillants d’une aussi tendre qu’improbable Ursuline belge venue jusqu’ici porter la parole de Sainte Angèle.

Balade au fil de l'eau

Ecrit par Christelle Angano le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Balade au fil de l'eau

Mais qui sont tous ces gens qui marchent dans l’eau

Visages rayonnants, éprouvant la nature,

Se laissant envelopper par ses vagues caressantes

Se laissant caresser par une onde enveloppante

Grandeur des paysages, mousse de l’écume

Le sel sur leur peau, ils désertent le bitume

Embrasser l’infini  fait de gris azuré

Regarder, avancer, s’éblouir, respirer.

Retrouver dans la mer qui l’on était, enfant

Jouer dans l’azur, plonger, s’étourdir

Sauter, s’ébrouer, retrouver ce sourire

Qui réside en chacun, petit Peter Pan.

Amoureux des embruns, d’une étoile et du vent

L’appel de l’océan et l’âme de fond

Ils sont la nature

En pleine communion

Caresse d’arc en ciel,

Départ vers la mer du nord

Ecrit par Pierrette Epsztein le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Départ vers la mer du nord

Un peignoir vert d’eau dégouline sur un séchoir

Comme une vieille peau vidée de son propriétaire

Une femme coquillage jaune accrochée sur un mur

Cligne de l’œil dans le noir

Un ciel incendie

Un panorama

Un Sacré-Cœur

Une gare de l’Est

La chaleur d’un repas

Un paquet cadeau vert.

Un matin de juin

Une femme aux genoux d’un homme

Qui lui caresse ses cheveux bouclés

Un bol rempli de thé qui fume

Du sucre édulcoré

Une théière chat en faïence blanc cassé

Des assiettes larges et plates

Un air de guitare électrique

Des verres à pied gris torsadés

Rangés très haut dans un placard blanc

Dans une cuisine

Des lettres soigneusement classées dans un dossier

Deux dates, une photo couleur

Un vase blanc posé au sol

Il a quitté le centre de la table d’un salon

Il est caché près d’une cravate verte

Une plante imposante étale ses feuilles à la place

Des bols fleuris venus d’ailleurs

Une cassette de chants orthodoxes

Et ce fut la fin des vacances…

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Et ce fut la fin des vacances…

Que seraient les vacances, sans leur prometteuse arrivée à l’orée de l’été, et – pour moi, davantage – sans leur fin, annoncée avec des frissons d’opéra dramatique... une chronique en soi, la preuve.

On pourrait dire aussi la fin de la journée, du travail, et de l’année scolaire, de même la fin de l’amour à 15 ans et que dire du bonheur, donc de la vie, et – oui – de nous, pauvres créatures destinées à finir. Tout a une fin dans les bonnes choses, dit-on. Et les goûter tient forcément de cette ligne qui, un jour barre l’horizon. Fugacité du bonheur tremblé dans la fin des vacances ; cœur de la philosophie ; sujet : la finitude ?

En France, pendant longtemps, souvenez-vous, le temps des grandes vacances se posait – impeccable comme un hélicoptère – sur l’été, début juillet (14, je crois) mi-septembre. Les travaux des champs et leur noria de main d’œuvre obligatoire, scandaient, depuis le grand Jules, ce retour bourdonnant chez eux, des petits, des Foins aux Vendanges. J’ai connu ce glissement des tilleuls agacés d’abeilles de la fin des classes, aux grands ormeaux ployant sous les orages d’août, jusqu’aux mûres des haies bourbonnaises qui, mieux qu’un agenda, marquaient comme vague consolation la fin de la récré. En ces temps lointains des années 50, les vacances – les miennes – étalaient leur bonheur éclatant, insolent même, dans le village de mes grands-parents, à deux pas de Montluçon. On ne partait pas, on restait, et personne n’oserait nous dire que bouger est inhérent au mot vacances ; au menu, vaches, batteuse, fruits encore verts à picorer, vélo – on disait bicloun – avec les copines, plein de livres à manger au fond du jardin dans une délicieuse solitude… et, ce pincement – petit, au début, montant en puissance – dès après le 15 août, quand le temps vire, que les feuilles s’amollissent, comme si elles avaient sommeil. Comme un mal de dents qui couverait, annonciateur de douleurs plus sérieuses, ce « vers la fin » ; du psychosomatique de belle qualité ; on disait alors : elle est un peu chougne, ce qui valait tristesse. Tout en moi, était sans doute aux aguets, du haut des jours fastes – et probablement en même temps – cherchant dans un minuscule tomber de la lumière le soir, dans ce gilet à enfiler s’il y avait un peu de vent, dans l’aura du soleil couchant autour du grand chêne, l’annonce inéluctable comme la mort, du retour en ville, en classe, et le toutim. On palpait intuitivement, cet avant-du bonheur, à l' après-du chagrin, qui signe nos existences. J’avais alors en-dessous de dix ans, et n’étais pas convaincue ni par la ville et ses lumières, ni par l’école et ses mystères ; tout ça viendrait plus tard. Je n’aimais que la campagne, qui plus est, bourbonnaise frisant le Berry, et voulais être fermière. Je lisais déjà Georges Sand ? Vous avez tout compris.

A l’autre bout de moi, j’eus ce bonheur, que je souhaite à tout le monde, d’enseigner, et en Histoire-géographie – une discipline reine. Il y eut à nouveau des vacances (ce que mon brave père considérait comme l’avantage définitif pour entrer dans la profession), des débuts marqués par les examens et les conseils de classe-marathon, des voyages comme s’il en pleuvait à l’autre bout du monde, et le retour toujours en deuxième moitié d’août sur des terres corréziennes qui avaient remplacé le Bourbonnais dans mon enthousiasme intact pour les vaches, fruits, campagne ; vélo, moins. La fin des vacances eut alors un goût différent, à l’ombre cette fois de grands châtaigniers centenaires. Je ne « chougnais » plus du tout ; la rentrée des classes était un vrai bonheur, un autre, attendu, comme un rendez-vous galant, avec de nouveaux gamins, et – ce que j’ai aimé ça – ceux de juin, devenus pendant l’été d’autres élèves. Je regardais comme ils avaient changé, et, eux, aimaient bien que je me souvienne de leurs prénoms… Pour autant, il y avait bien un air de fin de vacances, dans une vacuité des journées où l’on traîne encore, des files de nuages blancs, qui, dès midi, bavardaient sur un ciel diapré ; quand on mangeait dehors, les guêpes attaquaient les poires et les raisins. Il fallait des lampes pour veiller un peu avec les copains invités à dîner ; on rentrait comme en quittant un tableau de Renoir… les bruits de la campagne résonnaient plus forts en fermant les volets… enfin, vous savez bien.

Et puis, maintenant, les fins de vacances à la retraite ? donc – direz-vous – de simples fins d’été, avec un août tombant raide sur la rentrée. Eh bien, c’est le cartable neuf qu’achètent au Géant Casino des gosses préoccupés des marques. C’est ici, en Languedoc, la persistance de la lumière, qui s’arrête, comme en courant sur la nuit qui tombe une miette plus tôt quand même, les stridences des cigales, qui ne plieront bagage que vers la fin septembre.

Il n’y a plus de vacances, seule la vie qui s’égrène… et, vite, figurez-vous.

Vaquez bien tous !

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Vaquez bien tous !

Oui, les vacances, c’est ça : on vaque ! Au sens de vacare : être vide, être dans un vide (vacuum) ; ainsi telle institution « vaque », au sens où sa direction est à pourvoir, on parle alors de « vacance » du pouvoir.

Vaquer donc donne une disponibilité qui permet de vaquer à autre chose. Le vide constitue, de fait, un espace protéiforme où tout devient possible :

La méditation d’abord. Zazen, cette « voie du vide », consiste, dans le bouddhisme japonais, à laisser passer toute pensée comme des oiseaux dans le ciel ; on expérimente, de la sorte, l’impermanence du moi, l’évanescence de l’ego.

L’empathie ensuite. Se faire réceptacle, réceptivité pour accueillir l’autre et s’en laisser remplir. Notion fondamentale dans l’art dramatique. Selon la formule célèbre de Diderot, le comédien « doit n’être rien pour être tout ».

Se faire vide, se faire rien… une humiliation ? Une blessure narcissique ? Dans le Christianisme, au contraire, cela symbolise le sacrifice que représente pour Dieu l’incarnation. Il s’agit d’une kénose (de κενόω, se vider, se dépouiller). Épitre aux Philippiens 2, 6 : « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais ils’anéantit (εκένωσεν) lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! ». A la limite du blasphème, l’on pourrait presque parler d’une « vacance » de la divinité…

La vacuité, certes, recèle aussi des dangers. Robert Musil évoque la « Nichtigkeit » de l’homme sans qualité, à l’identité « vacante », dans le monde finissant de la monarchie austro-hongroise, à l’intérieur d’un « vide de valeurs », « Wert vacuum ».

La vacuité peut s’identifier indifféremment à un manque ou à une plénitude. Les vacances permettent tout aussi bien de s’ennuyer que de s’occuper : c’est précisément parce que l’on « vaque » qu’il convient de vaquer à ce à quoi l’on peut pas vaquer en temps normal.

 

Alors, à toutes et à tous, bonnes vacances !

Laila tov

Ecrit par Sabine Aussenac le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Laila tov

Toulouse. Ma ville rose.

Onze heures au clocher illuminé de Saint-Sernin, nous déambulons au fil des briques roses, l’air embaume le jasmin.

Nous avons soupé, en ce deux août 1995, de foie gras et de Sauternes, et notre histoire, incongrue, extraordinaire, se poursuit en cette promenade magique autour de la basilique.

Voilà tout juste une semaine, le destin nous frappait comme la foudre au cœur de la « Reine des Pyrénées », devant l’échiquier géant où tu jouais, curiste esseulé, près des thermes luchonnais. Une amie m’avait prédit un parapentiste bronzé ou un phtisique aux camélias, et c’est toi qui m’as demandé si « j’emportais le gagnant », comme je passais par là, accompagnée de mes deux princesses.

« Absolument », ai-je rétorqué, tremblante, avant de te donner illico l’adresse de mon meublé sur un coup de folie, pour le bonheur de tes yeux verts ou pour ton sourire charmeur, sans savoir pourtant que tu étais major de l’agrégation de musique : un demi-dieu donc à mes yeux de certifiée prétendant en vain à ce trône… Et sans savoir encore que tu étais aussi cousin presque germain de mon chanteur préféré-les profs en mal d’agreg ont un cœur de midinette, et juif de surcroît-métisse germano-française, semi coupable et fascinée, je flirte depuis toujours avec cette foi et rêve de faire des recherches en poésie hébraïque…

Deux soirées d’« action ou vérité » plus tard, sous l’emprise certaine d’une blanquette de Limoux et de caresses impromptues, tu acceptas mon invitation à découvrir ma cité gasconne ; mes filles étant fortuitement en vacances, nous voilà à égrener des pincées de tuiles et à jongler avec des milliers de mots. Tu récites la Lorelei, je balbutie la Thora, nous sommes heureux.

Jamais encore je n’avais éprouvé un tel coup de foudre, une telle certitude immédiate et viscérale qu’il n’y a pas de hasard. Déjà des heures que nous échangeons des regards, des sourires, des tendresses, et mon corps brûle comme le soleil d’été sur Garonne… Mais j’ai si peur… Après des années-lumière de solitude, de QHS affectif, après ces longs mois de désespérance passés en stand-by, en attente de vraie vie…

La petite fille des rues en vacances

Ecrit par Gilberte Benayoun le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

La petite fille des rues en vacances

Il faisait très beau le 20 juin 1962.

C’était le début de l’été, ma saison préférée, l’année de mes dix-sept ans, je ne les avais pas encore…

Déracinée, arrachée, sans comprendre pourquoi, à ma terre natale, laissant loin derrière moi le soleil, les ciels bleus, les étés et les nuits étoilées algériennes, c’est au fil du temps et dans les plis de ma mémoire que se sont enracinées des particules de vie, des bribes de souvenirs en désordre et en vrac, infiniment d’un lieu à l’autre : de l’Algérie et Tlemcen, ma belle ville romaine où j’ai grandi et je suis née ; de Paris où j’habite et la France où je vis depuis l’âge de seize ans ; de Marseille et son Vieux-Port, où j’ai vécu quelques années. Puis aussi de Grenade l’andalouse, ses jardins de l’Alhambra et mes mémorables vacances espagnoles sous la canicule de l’été 76, objet d’un autre et lointain récit…

(…)

Sous l’immensité d’un ciel bleu intense, trottinant d’un pas régulier par des rues frappées de soleil, presque désertes ce jour du 20 juin 1962, on a traversé la ville de mon enfance, à pied, main dans la main. Et dans ma tête et à la bouche, je n’avais que ces mots, têtus et gravés : « je veux pas partir ». Non ma fille, tu ne pars pas, tu vas en vacances… disait, comme une évidence et à voix basse, mon père qui nous accompagnait à la gare, ma sœur et moi, ce jour-là…

Je ne suis jamais revenue sur les lieux de mon enfance… Je suis en vacances…

Sur ce chemin brûlant de soleil, de la maison à la gare, étrangement long et silencieux dans ma mémoire, j’étais agrippée au bras de mon père qui portait nos deux valises. Chemin faisant, le soleil dans les yeux, je martelais « je veux pas partir »… Ce jour-là et ce « faux départ en vacances » se sont inscrits dans ma tête de petite fille des rues pour revenir en écho, en résurgences et fragments de vie telles des chutes de diamants incrustées sur une bague, une rivière de perles précieuses autour de ma vie, un collier de souvenirs.

Arrivés très en avance à la gare, on a vu de loin, sur un quai noir de monde, nos grands cousins qui nous attendaient pour le grand départ… Avant l’entrée en gare du train, mon père nous confia aux cousins qui partaient ce jour-là, chargés de veiller sur nous de Tlemcen à Marseille, via Oran, tandis que je murmurais comme une litanie « je veux pas partir »… tenant bien fort la main de mon père. Mes parents, ma petite sœur de onze ans, les meubles et les souvenirs restaient à Tlemcen, et nous rejoignaient deux mois plus tard…

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