Imbattable. Je suis imbattable en déménagements, depuis ce jour où l’Éducation Nationale m’a, pour mon premier poste, envoyée civiliser l’Auvergnat… Au gré des mutations au hasard de notre douce France, puis, plus tard, de mes deux mariages et de mes deux divorces, sans oublier mes premiers déménagements dans l’intra-muros de ma chère Ville Rose, j’ai développé de véritables stratégies de combat, élaborant au fil de ces 23 exodes toute une méthode consistant par exemple à envelopper le « fragile » dans du linge, à caler le haut des cartons avec un album ou une BD, recouvrant l’ensemble d’une peluche, déballant ensuite d’étranges miscellanées où une théière voisine avec le Musée d’Orsay et un marsupilami.
Je vous passe la savante numérotation au marqueur de tous les cartons, à chaque pièce du futur lieu de vie étant attribué un numéro dédié, ainsi que le marquage patient des gros sacs poubelles emplis de vêtements finement roulés tels du kloug sous les aisselles avec des étiquettes elles-mêmes couvertes de gros scotch transparent. C’est bien simple : je me suis demandé si je ne devrais pas louer mes services pour aider de pauvres fonctionnaires mutés à économiser une partie du déménagement en « catégorie C », la moins luxueuse, qui revient quand même, dans le meilleur des cas, à plus de 2000 euros hors taxes…
Bon, et en fait, là, je fais la maline alors que je ne sais même pas encore COMMENT je vais, cette fois, passer du point A au point B, n’ayant ni envie de perdre quatre jours dans un fourgon ADA, ni les moyens de dépenser un mois de salaire en entreprise de déménagement lambda…
Mais ce n’est pas de cela dont j’avais véritablement envie de vous parler, entre la grisaille épouvantable de ce mois de mai qui se prend pour octobre et mon appartement qui, en ces temps de grand chambardement, ressemble de plus en plus furieusement à une coloc d’étudiants en médecine débordés par leurs soirées, et de moins en moins à celui de cette prof vieillissante que je suis censée être, réellement.