Ecrits

Nomade de ma vie, Dieu est un homme comme les autres

Ecrit par Luce Caggini le 16 mai 2015. dans La une, Ecrits, Religions, Actualité

Nomade de ma vie, Dieu est un homme comme les autres

« La fondation Al-Kawakibi, dont l’objectif est d’organiser un Forum mondial pour une réforme islamique en 2016, a été officiellement lancée mardi 21 avril. Pour marquer le coup médiatique, un débat a réuni sur une même scène le philosophe Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, et Alain Finkielkraut, “dont les positions critiques sur l’islam et les musulmans ne nous laissent pas indifférents” ».

Manifestement même la brillante conférence de deux brillantissimes érudits tels deux aigles empanachés, musclés, puissants et merveilleusement empruntés de courtoisie n’a pu venir à bout d’un rituel sans aucune autre armure miraculeuse que la médaille de Lourdes.

Rimant tous deux avec médina et yashiva ils n’auront pas été intimement chagrinés par le même Dieu dans ce passionnant marathon duo des frères ondoyés par la même intention : montrer leur magistral amour de la vérité et leur partage entre marginalité et analogie de redimensionner la planète entre deux mondes animés par des artistes de génie, deux méthodiques manières de parler de l’islam et la vanité des religions révélées. En effet agneaux et loups ne peuvent co-générer deux amants et deux amantes sans perdre leur identité.

Agneau divin, Agneau araméen, Agneau adrénaline, Agneau cépage contrôlé, Agneau nombril, Agneau Adonaï, Agneau andalousé, Agneau muselé, Agneau répudié, Agneau endormi, Agneau purgatoire, Agneau panthéonisé, Agneau naphtalisé, Agneau purifié, Agneau peinturluré, Agneau muet comme une montagne de moines en pénitence, Agneaux armés de munitions angéliques montrant leur dorure parcimonieusement, Agneaux mendiants errant parmi des milliards de morts, minaudeurs rageurs et courtois, Agneaux murés et mugissant de douleur miraculeusement purifiés au milieu d’un monde immonde ruminant le même mot répété des millions de fois par des milliards de moribonds minés par leur marabout, leurs idolâtres argentiers nomadisant d’un puits de pétrodollars à un mur de purifications avec un maître-mot, Dieu.

 

http://www.saphirnews.com/Al-Kawakibi-Ghaleb-Bencheikh-Alain-Finkielkraut-le-debat-en-video_a20726.html

Clic Clac

Ecrit par Colette Bonnet-Seigue le 16 mai 2015. dans La une, Ecrits

Clic Clac

Faire sa valise, y enfermer le toit perdu que l’on quitte par soir d’orage. Y mettre un peu, beaucoup, rien, presque rien, un petit bout de lui, le meilleur, un bout de rien du tout, juste pour le cœur en panne. Son regard sur ma robe à fleurs, le cachemire de sa peau à mailles douces.

De moi, à l’intérieur, une mise à nu, pas de superflu, seulement un trou de souris, un vide, la place d’un nouveau départ. Mais, plus de ces encombrants entassés là sur piles rangées, trop bien rangées pour embroussailler les mélis mélos d’un bonheur voilé.

Et puis, les indispensables mouchoirs aux roulis des yeux les jours de haute mer. Les talons sans aiguilles pour la sobriété du pas à l’envolée des invisibles monts à parcourir.

Valise à cases vierges libératrices, coffret ambulant vers des bémols sans arpège, pelisse de soi, sans artifices !

Faire sa valise comme on largue sa vie, sans amarres. Ne pas oublier le spi pour le vertige des vagues engrossées de regrets, de larges enivrants.

Pas de poids superflu qui leste les matins peureux. Seulement le musc de sa peau accroché au bastingage d’un pyjama. Y mettre tout en vrac, tout le léger des sourires, des espoirs, des souvenirs pas trop perdus. Dans le profond de son abîme, y déposer avec respect les premiers baisers, les premiers bras ouverts, les premiers regards.

Valise des quais perdus, pour d’impossibles voyages au bout de l’autre, au fond de soi. Bagages express à fil de rail sans retour confié à nos racines.

Clic clac du dernier tracé à clé de ciel ouvragé d’opale, de désinvoltes arabesques, de pieds de nez rauques et sourds.

Valise encore trop lourde d’enfance hirsute, aux jeunes poupées ridées de brume, de rêves salvateurs.

Valise, mon sédentaire toit aux errantes mouvances des étés voyageurs. Dans ton creux, un petit bout de lui, le meilleur, un petit bout de rien du tout, juste à entrebâiller, à caresser pour le vertige de ses murs…

« Mots sur image » : Brest ma ville

Ecrit par Jean-François Joubert le 16 mai 2015. dans La une, Ecrits

«  Mots sur image » : Brest ma ville

Un vaisseau d’antan, une pierre, quatre murs, quatrain, et des catins au château. Brest ma ville. Ton sourire chavire, recouvrance délire, Saint-Martin s’essouffle et Éole déconne quand la tempête refuse de revenir, bière sans soif, bière maline, colline sous le soleil au port de commerce, les képis s’arrêtent et le lieu jaune se pêche. Appelle-moi si tu veux ? Donne-moi ton adresse que je dresse le couvercle de l’arc-en-ciel que je cherche. Un homme passe rue Jean-Jaurès, un bouc nain et une chèvre en laisse… cette ombre porte les vielles portes de la Ville.

 

Querelle de couleur

soupe de douleur

quelle heure est-elle

ainsi soit le jeudi ! Ruelle…

 

Brest, vil Brest centre Brest restent ses goélands marrants qui divisent la population ceux qui croient aux démiurges, ceux qui peinent et s’insurgent, ceux qui dansent sous la prison devenue rue des clowns, des cracheurs de feu, ceux qui dansent en remuant l’alcool qui comme la pluie roule dans nos veines.

 

Cruelle odeur de la chair cramée

désespoir de s’asseoir place de la liberté

Brest en rade, Brest crade ru d’ailes

et le tramway nommé : Elles

 

Que reste-t-il de tes plaies, ta cicatrice, ta cicatriste, et tes pensées, sauvageonne aux pieds nus, Brest ma ville Terre d’accueil, des exilés de toute nature, travestit et multi’déiste, artiste et marins qui s’abandonnent au refrain.

 

Tonnerre de Brest

son du canon

Tonnerre Reste

ma seule prison

Rebord d’une pensée glauque !

Ecrit par Ahmed Khettaoui le 16 mai 2015. dans La une, Ecrits

Rebord d’une pensée glauque !

Une songerie errante l’envahissait, chuchota son for intérieur, relevant d’une postulation certaine à un acquis probable, soulevant une avidité ardente, comme si un soulèvement similaire de sable dans un désert déserté, provoquant une saison vernale en pleine quiétude, quelques chutes d’un mirage, semblaient ensommeillées aux yeux de Dahmane qui se baignait dans une canicule saisonnière, mais douce et tendre sous une voûte céleste abritant djebel Antar ; un univers printanier, verdoyant, qui dorlotait en souplesse, en douceur, quelques légères brises de passage comme si c’était une déesse de cette contrée fascinante en visite de courtoisie. Enveloppé dans sa djellaba en laine, Dahmane, le jeune berger, se sent galant avec sa petite flûte et ses brebis qui broutent une touffe fraîche d’herbe malgré cette chaleur passagère en un mois d’avril.

Il s’assit à proximité d’une armoise et se mit à méditer le plein temps de la quiétude pastorale dans ce bled, ce territoire rayonnant, tenant en sa main sa blême ombrelle que son cousin émigré lui a laissée avant de faire son retour à Dreux, commune en France. Une morsure légère d’un moustique lui faisait un peu mal, une plaie sanglante, saignante, d’une séquelle de lèpre qu’il ne cessait de la frotter contre une pierre figée.

Il était midi passé de quelques minutes quand son troupeau se dirigeait machinalement et par intuition vers une petite descente d’eau, parvenant d’une source que les montagnards appelaient jadis « aîne Beni Amer », « source Beni Amer », pour s’abreuver. Méchria, sa ville de résidence, parut de loin comme une étoile dans un horizon spacieux. La pieuse Lalla Maghnia et son mausolée au sommet de la montagne parurent à sa portée sans déployer d’effort physique, ou jeter de grands pas. Au bout d’une demi-heure il peut l’atteindre, en marchant hâtivement, au rythme d’un montagnard ou d’un nomade. A la première lueur d’une aube opulente en pâturage, ce berger à la quarantaine quitta sa hutte, il regagna en un temps court son lieu de pâturage où il se contentait profondément de cette offrande et cette Grâce divine.

Epinglant une cigarette de marque entre ses lèvres sèches, Dahmane se livra à une idée survenue spontanément à son esprit : pourquoi ne pas déposer ma candidature aux prochaines élections communales (municipales), c’est parce que je suis qu’un simple paysan, berger, ou je ne suis pas à la hauteur d’assumer cette tache octroyée gré à gré à des zigotos plus bornés que moi, bah, je ne rate pas cette occasion ! bah ! tiens, dit-il, en toute assurance, mon dossier est complet, surtout mon casier judiciaire, il est entre de mains propres. Messaoud, mon confident et voisin que j’ai chargé hier de le déposer auprès des services compétents à la première heure à la mairie, ou à la préfecture sans doute, il a accroché son acquisition et en tête de liste encore, bah, et que les envieux crèvent comme des chiens sauvages. Messaoud, mon ami, sûrement il va m’annoncer, m’assommer ce soir par cette bonne nouvelle : « tu es en tête de liste mon cher voisin », et moi, murmurant de ma part, je n’hésiterai pas à le récompenser, en lui dédiant la meilleure brebis de mon troupeau.

Lorsque Sète scintille et regarde au Levant

Ecrit par Sabine Aussenac le 08 mai 2015. dans Ecrits, La une, Voyages

Lorsque Sète scintille et regarde au Levant

Lorsque Sète scintille et regarde au Levant,

La mer clame innocence et caresse soleil

De reflets azurés charmant l’astre vermeil,

Quand au loin s’éparpillent mille grands oiseaux blancs.

 

Les pêcheurs se reposent, la criée bat son plein,

Des enfants aux joues pâles font au sable une offrande :

Coquillages et palourdes danseront sarabande,

Et les vagues moutonnent comme un blé en levain.

 

Vers le Môle endormi un fantôme sourit,

C’est le bel Exodus qui découvre Arcadie.

En chemin de Saint-Clair on entend tourterelles.

 

Les genêts et les roses en fauvisme éclatant

Y conduisent nos pas vers un ciel d’hirondelles

Qui survolent d’onyx les tombeaux des plus grands.

Quattrocento Corse

Ecrit par Luce Caggini le 08 mai 2015. dans La une, Ecrits

Quattrocento Corse

Être agneau ou loup

Amante ou madone

Centenaire ou nubile

C’est un pari depuis que je suis mariée à Ajaccio.

C’est un magnifique pari de Dieu sur Terre :

Danser, chérir, unir, chanter, magnifier.

Musique et art mugissent dans mon corps.

Je suis un menuet surpris sous l’empreinte de Dieu.

Un petit Dieu qui m’aurait laissé à peine le temps de prendre quelques clichés, juste assez longtemps pour faire quelques pas ensemble.

« Pourvu que je danse » disait-il.

« Ça ne se refuse pas » répondit l’ombre.

A midi, les soleils de nos pays ne laissent aucune chance à ceux qui cheminent, à aucune ombre vivante. Les cimes et les plaines ne font aucune différence.

Souffle court, muscles endurcis, droit devant soi, oreille tendue, la main dans la main, il faut désapprendre. Les cœurs avaient saigné mais aucune de ces traces ignobles sur le pavé ; les vents, les chants, les sables avaient pris soin de nous faire croire que le Temps avait réparé.

Un grand étonnement, un étonnement à laisser un homme en état de marche, à avancer, seulement avancer et entre chaque pas un savoir-faire en forme de célébration.

Cet été-là fut comme une vie recommencée. Ce fut avec ivresse que cet été-là fut en même temps localisé à NYC, sur la côte algérienne en Espagne, à Paris, en Corse. En chacun de ces lieux le même mot prenait un sens différent, écrit dans l’intervalle des images qui se construisaient et se détruisaient avant de s’installer ailleurs.

Albert Camus, Cheb Banana et Chaba Ziza

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 08 mai 2015. dans La une, Ecrits

Albert Camus, Cheb Banana et Chaba Ziza

C’est l’été 2015. Albert Camus rentre en Algérie. Depuis des années, il essaie de mettre un nouveau visage sur le pays de sa jeunesse. Pour apprivoiser la mer qu’il aime autant que sa mère, il prend le bateau. Le voyage lui semble une éternité, vu qu’il est hâté de mettre les pieds sur la plage où son Meursault avait criblé l’Arabe, de voir ces femmes aux saveurs uniques, de déambuler, un journal à la main, sous le soleil qui donne envie de faire l’amour ou de tuer. Une miniature infinie traverse son esprit. Des nuages se bousculent dans sa direction, portant des noms d’amis et de souvenirs éternels. Il sort une feuille et grave un court texte sans nationalité. Une femme se dirige vers lui. Elle ressemble à l’amante de Meursault, dansant dans sa robe couleur d’évasion. Ses petits seins ressemblent à des pigeons figés. « Bonjour cher Camus. Je suis Algérienne. Puis-je discuter avec vous ? » Mordant toujours sa cigarette, il lui répond avec un regard coquin : « Cela n’a pas d’importance ». Camus ne change jamais ! se dit la femme. Il voit l’Algérie dans les yeux de cette colline en chair.

Port d’Oran. Début de la métamorphose. Les voyageurs qui se tenaient sages et cartésiens se bousculent en piétinant la loi, s’insultent l’un l’autre. Les douaniers provoquent les gens pour quémander un cadeau français ou des sous. On exige à Camus d’ouvrir sa petite valise. On jette partout ses objets. Il n’y a que des livres. Un douanier au visage basané, au derrière carré, l’interroge en un français arabo-créole-berbère : « c’est quoi ça ? » Avec indifférence Camus répond : « des préservatifs ». Le douanier, vexé et égaré par les mots de l’écrivain, lui fait signe de s’en aller.

Camus ne croit pas ses yeux. Une colère mêlée à l’humiliation traverse son corps. Il grille cigarette sur cigarette. Plus de haïks, plus de terrasses où ces charmantes femmes aux cheveux courts pouvaient autrefois fumer et papoter ; les rues et trottoirs sont salis par les crachats et les déchets. Les gens le dévisagent en répétant « c’est un roumi » (un français). Il devient étranger, trahi par le temps ou par sa plume. Un vieux vient à sa rencontre en souriant. C’est le fou de la ville. « Ravi de vous retrouver cher Camus. Vous semblez fatigué, vous êtes pâle. Je vous offre un verre ? » L’écrivain accepte. Ils entrent en cachette dans un bar cloué dans un quartier fréquenté par les S.D.F et les putes discrètes. Le vieux parle trop. L’écrivain est déçu par cette Algérie. Sisyphe arrête de pousser sa pierre et la lui jette sur le dos. Le vieux ronronne toujours, envahi par mille et un sentiments : « l’Algérie a changé cher Camus. N’essayez pas de comprendre, sinon vous sombrez dans la folie. Ce pays pour qui des gens ont sacrifié leur sang et leur âme est devenu un grand carton habité par des corps survivants. Il a perdu ses principes, son Nez est fissuré. Bref le pays baise celui qui l’aime et aime celui qui le baise. Putain j’ai gaspillé mon amour… » Le vieux s’énerve et commence à insulter les gens, les prophètes, l’Etat, Dieu. « Qui suis-je ? Mon bateau est noyé… ma femme m’a trahi… on m’a ensorcelé… mes enfants m’ont mordu… J’ai fini par avoir la bite dans la tête… il faut comprendre ces gens qui traversent la mer à bord de barques… » Dompté par la colère, ou la sagesse, il mélange tout en toussant et crachant sur sa chemise. Il saisit une grande affiche et la tend à Camus. Elle montre les photos d’un homme et d’une femme dans un cabaret, avec un grand titre « Soirée Rai. Cheb Banana et Chaba Ziza ».

« mots sur image : Le peuple des oiseaux »

Ecrit par Jean-François Joubert le 08 mai 2015. dans La une, Ecrits

« mots sur image : Le peuple des oiseaux »

Le peuple des oiseaux vit au gré des saisons, neige, pluie, grêle, phaéton au gré des humeurs des nuages et leurs obscurs déplacements dans l’éther. Certains d’un coup de vent quittent le nid d’humeur de leur amour, et se promènent vers des continents… Solitaire, guère incontinent, et peu soucieux de religions guerrières avant de quitter la pomme d’Adam. Le Nord, leur magnétisme, en pacotille sur le bagage de leurs ailes, retrouvent îles, villes et demoiselles observées par l’astre Lunaire qui meuble notre ciel et éteint parfois le soleil, une petite heure, tout au plus ! J’en ai croisé un derrière le sillon de ma vague, je heurtais l’eau de mer, sans hurler, l’iode sur mon ciré, au séant trempé, il a posé sa confiance et nous sommes devenus amis de Terre, sur ce territoire battant pavillon de France, le sourire franc, j’oubliais les dauphins qui s’inquiétaient de notre chemin, et je conte cela de mon murmure sauvage, ferme les yeux et ouvre mon cœur face à cette beauté égarée sur la mappemonde où je mange des œufs, sans stériliser mon biberon, je ronronne, né chat, pourtant ! Libres, ils m’enchantent en battant l’air, je bois la tasse et trouve fort de café d’en trouver de moins en moins sur ma ville de Brest, ils disparaissent, peu à peu, comme un navire cherche l’horizon, son gréement s’estompe, et devient un point noir ! Poing ! Orion est son étoile, sa chance… Rions !

Attendre

Ecrit par Khalid EL Morabethi le 08 mai 2015. dans La une, Ecrits

Attendre

Un rideau qui s’agite,

Un autre coucher de soleil,

Une horloge qui marche à l’envers

Un morceau de pain par terre,

Une terre pleine de poussière.

Qui attend,

Depuis si longtemps.

En fin, la nuit impose son silence,

Une silhouette se poste devant la fenêtre face à la lune éclatante,

Et chante la colère, la haine et la honte !

Chante l’attente,

La colère respire,

La haine pousse des soupirs,

La honte ne peut rien dire,

Elles attendent quelque chose,

Patiemment,

Silencieusement,

Éternellement.

Le rideau s’agite,

L’horloge marche toujours à l’envers,

Eclats d’humeur Impressions d'un monde en sous-sol

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 02 mai 2015. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  Impressions d'un monde en sous-sol

où les bateliers s’enfoncent dans la vase des rivières

où les rois sautent les reines

où les téléphones sonnent pour dire qu’ils n’ont rien à dire

où la dope pousse aux quatre vents

où les vieilles chansons se rouillent au fond des gorges

où l’air nauséabond s’est échappé d’un trou

où les corps se lient et se délient

où les vins sentent la vinasse

où l’encre se dessèche avant même de couler

où les feux ont pris froid

où le soleil a ses spasmes

où les jardins sont saturés

où les oiseaux font du bruit

où les idées sont de pauvres gâteuses

où les yeux ne rient plus

où la Chose gouverne

où l’homme a fait son temps.

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