Ecrits

Soleil pluie, intempéries ou estivalies

Ecrit par Gérard Leyzieux le 30 avril 2016. dans La une, Ecrits

Soleil pluie, intempéries ou estivalies

Ton regard ne va pas au-delà de ce qu’il voit

En toutes directions des images te noient

Dans le spectacle quotidien de ta vision

Tu traverses des espaces acclimatés à ton œil

Chaleur du jour où tu fus nu sous ta solitude

Et pluie tu t’abritas du vent océanique

Avant de partager ce sentiment de ta réalité

Plaine bordée de haies de peupliers

La scène est encadrée de ses limites

Qui te projettera dans la main du jardinier ?

Quand ne borneras-tu plus ta conjugaison au présent ?

Où donneras-tu tout son volume à tes univers ?

Éteins la lumière du monde

Et écarte cette géographie de cantiques

Chantés à la croisée des voies

Pour voyager dans ta conscience quantique

Soleil, pluie, intempéries ou estivalies

Tu n’es plus seul en toi

Tu ne te noies plus en toi

Tu vois désormais les vides que tu emplis de tes vies

… S’il neige à La Chapelle…

Ecrit par Martine L. Petauton le 30 avril 2016. dans Ecrits, La une, Littérature

… S’il neige à La Chapelle…

« j’ai le sentiment qu’à l’avenir, où que je puisse être au monde, je me demanderai toujours s’il pleut à Ngong… » Lettre de Karen Blixen à sa mère, 26 Février 1919.

 

Elle vivait dans cette « ferme en Afrique, au pied des collines du Ngong » depuis quelques années ; elle n’y restera, bon an, et souvent mal an, que peu de temps – 14 ans en tout – dans sa longue existence. Mais c’était un temps d’Afrique, autant dire, bien autre chose…

On sait qu’elle n’y fit aucune fortune, mais franche faillite, qu’elle fut contrainte de quitter ce ciel et ce sol, ainsi que les « natives » qui vécurent avec elle, et que les images, et leur musique – parfaite adéquation avec les pages écrites ; c’est si rare – de la pelouse jonchée de sa curieuse brocante à vendre à l’encan, filmées par Sydney Pollack, le génie de Out of Africa, ne quitteront jamais nos mémoires…

C’est au Danemark, gris-blanc, humide et brumeux à souhait – un anti Kenya – qu’elle écrira La ferme africaine, et récoltera de fait la seule vraie moisson de sa vie : son œuvre littéraire.

Rien ne me touche plus que la Blixen d'Afrique, car rien ne me parle autant que cette nostalgie des choses passées, qui ne veulent pas mourir en nous. Elle a – et sait l’écrire – cet épiderme qui vibre si longtemps après, comme corde de violoncelle, ressent par chaque pore l’exactitude de l’instant qui n’existe plus. Une curieuse mémoire, qui engrange et restitue cette image, ce son, cette odeur ; les voix et chaque bruit infime du bush. Un don, qui coulerait en souffrance, la blessure qui n’en finirait pas de suinter. Et, pourtant, dans le même élan, ce bonheur unique de palper nos vies – au-delà des départs, des tournants de l'existence, comme on dit – de les garder avec soi ; intactes. Du moins, aime-t-on à le penser, car les neurosciences que Blixen n’a pas connues, nous diraient, à elle comme à nous, que le souvenir et la mémoire, ce sont pour toujours deux mondes différents…

Nostalgie, frôlant parfois la mélancolie, d’un temps qu’on a perdu, mais d’abord des lieux. Blixen, c’est le lieu, cette Afrique de l’Est, ses hauts plateaux, qui, pour la plupart des Européens, ne correspondent que peu à l’image banalisée d’une Afrique Noire constamment brûlée : « en milieu de journée, on avait la sensation d’être tout près du soleil, cependant, les après-midi et les soirées étaient claires et fraîches, et les nuits froides ». Partir là-bas, sans étole de laine, est juste impensable. Après, viennent, pour elle, les bêtes, dont ces grands fauves-seigneurs et les gens, mélangés ; les colons, dont Denys Finch Hatton bien sûr, et surtout les indigènes, « ses » Kikuyus, et l’ombre portée sur la plaine, des sauts, tremblant dans la fournaise de midi, des Masaï.

Eclats d’humeur La folie danse

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 30 avril 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  La folie danse

Sur le perron

la folie danse

comme un soleil tourneur

avec des pas d’enfance

 

Tu regardes les ombres

clouées autour de toi

le vague chemin de croix

que tu voudrais finir

 

Mais le rêve a tout pris

vidé tes longs vaisseaux

où la vie passagère

flottait comme un radeau

 

Tu fixes de ton doigt

quelques bouts du passé

où le miroir brisé

a fait saigner les yeux

Eclats d’humeur - La lanterne magique

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 23 avril 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur - La lanterne magique

Des chansons dans les bières

des bulles, des ronds, des ballons de lumière

 

des ciels hérissés par des vagues

aux larmes grosses comme Jupiter

 

des bancs de sable qui s’attardent

en attendant sel et semence

 

le vent un peu fou de l’enfance

ouvrant les fenêtres de l’âme

 

une rosée d’étoiles à minuit

pour cirer l’œil du macadam

 

la pulpe chaude d’un soleil

qu’on voudrait presser plus souvent

 

l’amour lâché haut dans le ciel

qu’on regarde avec des jumelles

Saisons…

Ecrit par Robert Martin le 23 avril 2016. dans La une, Ecrits

Saisons…

« Hiver

Je regarde ces flocons de neige

Qui relient le ciel à la terre

La nature se recroqueville

Comme l’escargot dans sa coquille

Ta présence se découpe

Sur fond de décembre

 

Aujourd’hui le temps pèse des tonnes

C’est l’hiver »

 

« Eté

L’été a largué les amarres

Les fenêtres sont grandes ouvertes

Pour libérer le temps

 

Les heures chaudes partent en voyage

Quittent leurs habitudes

Et mettent à distance leurs routines

Le temps

Ecrit par Robert Martin le 16 avril 2016. dans La une, Ecrits

Le temps

« Fuite du temps

La journée a déroulé ses heures

Le soir lentement s’est posé

La mer en surface est tourmentée

Mais calme dans ses profondeurs

 

Une lumière aux couleurs froides

Dessine des vagues sur le sable

Je regarde les étoiles

Points fixes dans le ciel

 

Le silence enveloppe la plage

Des paroles chuchotées par le vent

Sont aussitôt emportées par l’oubli

vers de lointains horizons marins

 

Je me plonge dans mes souvenirs

Pour retrouver le fil de l’existence

Je recherche l’essentiel

Pour savoir s’il existe vraiment

L’automne touche à sa fin

C’est déjà décembre »

Un centre commercial

Ecrit par Alexis Brunet le 16 avril 2016. dans Ecrits, La une, Voyages

Un centre commercial

Un centre-commercial, c’est un doux cocon, une bulle. Aseptisée certes, mais aussi parfumée d’évasion. On aime s’y promener, au centre-commercial. On y va en famille, seul ou même en couple : pour offrir un vêtement à sa petite amie, oui, mais également pour le simple goût de la ballade. On y flirte aussi, au centre-commercial. On s’y embrasse, on s’y prend la main et qui sait, peut-être qu’on y révèle des fois sa flamme.

Temple de la consommation où les délicieux fruits de la modernité s’exhibent ostentatoirement, à la vue mais pas à la portée de tous, le centre-commercial est l’espace public, peut-être par excellence, où s’entremêlent et se croisent toutes les catégories d’une ville sans distinction de classe, d’ethnie ou que sais-je, cette population réunie sous le sceau de la consommation. Héritier de ce qu’on nommait il n’y pas si longtemps les « galeries marchandes » (certaines sont toujours nommées ainsi), ou des « Halles », voire des « bazars » d’Orient, le centre-commercial n’est pas l’apanage des pays développés, loin s’en faut. A Santiago de Cali en Colombie, on en dénombre pas moins d’une quinzaine, dont certains aux noms évocateurs : « Cosmocentro », « El Futuro » ou « Jardin Plaza ».

Ce dernier est sans doute un de ceux aux ambitions les plus élevées, un de ceux qui a coûté le plus d’argent. Délicieusement entretenu, décoré de fontaines d’où jaillissent des flots ou des minces filets d’eau aux trajectoires savamment pensées, on s’y sent comme à l’écart de la ville, de son trafic et de sa pollution. A Jardin Plaza, on est fort bien accueilli par des gardes qui vont jusqu’à vous accompagner au magasin où se trouve la perle rare que vous cherchez. A Jardin Plaza, on se laisse distraire par les lignées d’étals de produits manufacturés, qui ne laissent à vos pupilles que peu de temps pour se reposer. A Jardin Plaza, il y a des zones ombragées et l’air est frais, pas comme dans la rue et ses 35 degrés humidifiant. Vous l’aurez compris, en fait à Jardin Plaza, on se sent plutôt bien.

Contrairement à la rue, on n’y vient ni vous taxer votre salaire, ni vous voler. Marchons tranquillement, braves gens, travailleurs que nous sommes, soyons détendus. Marchons sans vérifier que tout est toujours bien dans notre sac. Marchons en sortant de sa poche son téléphone portable IPhone, sans avoir ni peur ni mauvaise conscience de l’exhiber, au royaume de la consommation le client est roi. Vous n’avez rien à acheter ? Pas grave. Vous pouvez vous engouffrer dans un de ces grands magasins et y profiter de l’air climatisé. Bien sûr, au bout d’un certain temps, si vous n’avez pas d’argent, vous vous sentirez sans doute frustré mais peu importe, vous avez déjà eu là votre échappée. En sortant de Jardin Plaza, très vite la vie normale reprend son cours. Un mendiant à la mine hagarde quémandant à tous ceux qui sortent du temple une pièce de monnaie ; les bus commençant à se bonder ; les bagnoles klaxonnant à tout va ; des stands de jus de fruits par-ci par-là etc. Le Tiers-monde reprend son cours. Au loin, les montagnes de la Cordillère des Andes. Derrière, des parcelles de forêt vierge. Puis la forêt humide du Choco. A mille kilomètres au sud-est, l’Amazonie. Un autre type de jardin, celui-là.

Eclats d’humeur - Carte d’identité

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 16 avril 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur - Carte d’identité

Je suis chasseur-cueilleur

exilé de l’ailleurs

le bronze révolté

qui a perdu sa pierre

 

Je suis la fleur dans l’âme

qui pourrit dans les murs

l’astre roulé à terre

aux éclats de poussière

 

Je suis la dent d’acier

entre l’ivoire et l’or

la chute éternisée

qui rêve à l’ascension

 

Je suis le pauvre en tout

à la peau flagellée

la nostalgie d’un temps

où l’homme savait aimer.

Root River Return, by David Kherdian

Ecrit par Ricker Winsor le 09 avril 2016. dans La une, Ecrits

Root River Return, by David Kherdian

In 1970, I was a refugee from Brooklyn living in a broken down old house in Lyme, New Hampshire. I came into the country for the same reason that many of my generation did, to heal the stresses of the lunatic sixties and to find a better way of life. Working as a low laborer with a local construction crew, I tried to fit in as best I could. I tried to decipher their deep New England way of talking. It seemed like another language that had developed without a thought to the world beyond.

My goal was to learn how to do a hard day’s work and I did, hoisting plank after plank onto the roof of the house the Kherdians had bought on the edge of the big forest at the foot of Bear Hill. We rebuilt their whole roof and in the process I understood that he was a poet. We got to know each other a bit beyond the landowner/worker relationship. It was probably obvious I was not a « local » and had my own story and reasons for being where I was, and it would be especially obvious to a perceptive and sensitive poet.

Many years passed, about forty five, and then somehow I saw an announcement of David’s book of poems, « Living in Quiet », Deerbrook Editions 2013 and it all came back and stayed back ; I can see all the scenes of long ago in perfect clarity. Or as the poet says :

10 Years Later

Standing on the leafy bank

on my first day back

overlooking hills & ravines

and the river I fished,

I knelt, reached back over

the years, and threw a stick

that tumbled a wild green apple

Retour à la rivière Root, de David Kherdian

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 avril 2016. dans La une, Ecrits

poèmes recensés par Ricker Winsor Traduit de l’anglais par Jean-François Vincent

Retour à la rivière Root, de David Kherdian

En 1970, j’étais un réfugié de Brooklyn, vivant dans une vieille maison décrépite, à Lyme, New Hampshire. Je suis venu à la campagne pour la même raison que beaucoup de gens de ma génération : pour porter remède au stress des folles années 60 et trouver un meilleur mode de vie. Travaillant comme manœuvre dans le bâtiment avec des gens du cru, j’essayais de m’insérer le mieux possible. J’essayais de déchiffrer leur manière de parler de la Nouvelle Angleterre profonde. On aurait dit une autre langue, apparue sans tenir compte du monde environnant.

Mon but était d’apprendre ce qu’est une dure journée de travail. Je l’ai appris, en hissant planche après planche sur le toit de la maison des Kherdian au bord d’une foret, au pied de Bear Hill. Nous reconstruisions tout le toit et ce faisant, j’ai su qu’il était poète. Nous avons fait connaissance au-delà du rapport propriétaire/ouvrier. Il était probablement évident que je venais d’ailleurs, que j’avais ma propre histoire et mes raisons d’être là où j’étais. Évidence susceptible de frapper tout particulièrement un poète à la sensibilité aiguisée.

Bien des années passèrent, presque 45, quand – je ne sais comment – je fus informé de la parution du recueil de poèmes de David, Vivre au calme, aux éditions Derbrook, en 2013. Tout me revint et resta gravé pour de bon. Je revois toutes les scènes d’il y a longtemps avec une netteté parfaite. Ou, comme dit le poète :

Dix ans après

Debout, sur la rive feuillue,

Au premier jour de mon retour,

Surplombant collines & ravins,

M’agenouillant, je rejoignais le passé,

Par delà les années. Je jetai un bout de bois

Qui fit tomber une pomme verte sauvage.

Une bouchée et tout revint.

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