Ecrits

L’escarpolette…

Ecrit par Sabine Aussenac le 10 juillet 2015. dans Souvenirs, La une, Ecrits

L’escarpolette…

Quand existaient encore des jardins…

Il y avait cette rose chavirant dans le soir

Vaisseau pourpre et lumière pavillon des espoirs

Embaumant crépuscule et glissant veloutée

Barcarolle fragile en esquif des étés

Au creux des mille allées s’ébattaient des enfants

Landaus bleus et cerceaux comme en siècle d’antan

Au cristal de ces rires un guignol surgissait

La calèche promenait et les pleurs s’apaisaient

 

Et puis sous la cascade les amours enfantines

Tous ces cœurs enlacés et les bouches mutines

Chaloupant sous les buis frissonnants d’interdits

Et les mains caressant ces nouveaux paradis

 

Il y avait ce lilas implorant ma tristesse

Tant de beauté ne peut qu’attirer allégresse

Et mon âme hésitante qui respire la vie

Aux corolles bleutées tel un souffle épanoui

 

Je parcours ma mémoire comme un jardin secret

Le soir tombe acéré sur ma vie couperet

Mes jardins en poèmes d’Anna de Noailles

Tous mes parcs ces moissons après mille semailles

Mer du Nord

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 10 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Mer du Nord

C’est un petit archipel de la Mer du Nord, plus proche de la limite des eaux territoriales de la Norvège que du Danemark, composé sans goût ni méthode de quatre îlots sauvages et de deux grandes îles qui se touchent presque. Ces deux dernières, agrafées l’une à l’autre par un pont, forment un croissant de près de cinquante kilomètres sur vingt dans sa plus grande largeur. Déployées à la sortie du Skagerrak, elles auraient pu avoir une position stratégique si au moins une de leurs côtes avait été accessible pour des navires de haut bord. Trop éloignées du continent pour être intégrées à l’économie du littoral elles constituent tout au plus une mauvaise escale sur la route maritime du Danemark aux îles Féroé puis vers l’Islande et le Groenland. Un terrain d’aviation y offre aujourd’hui une piste trop courte pour les avions moyen-porteurs, et de toute façon, le trafic ne justifierait pas une ligne régulière. Un petit paquebot leur rend une visite de courtoisie, pour ne pas dire de charité, une fois par semaine en été, une fois par mois à la mauvaise saison, au départ de Frederikshavn, en contournant la pointe de Skagen. Le tourisme insulaire étant à la mode, une ligne de ferry partant de Hirtshals assure quelques rotations aux beaux jours depuis trois ans.

Le nom de cet archipel a changé selon son appartenance à la couronne de Suède ou du Danemark pour se fixer officiellement au seizième siècle comme « Iles du Roi Christian », dénomination diplomatique puisque le roi Christian 1er auquel il est fait référence était à la fois roi du Danemark et de Suède, mais qui sanctionne un rattachement politique au Danemark jadis si mal vécu qu’on désigne le plus souvent l’ensemble de l’archipel sous le nom de Grande Ile. Cette tradition doit en partie sa pérennité, alors que de nos jours, les îliens n’ont plus aucune réticence à se sentir danois, au fait qu’à la fin du dix-neuvième siècle, de riches filons d’argent ont été découverts dans l’île principale et furent aussitôt exploités par la Compagnie dite de la Grande Ile qui avait acquis la concession des gisements. Vingt-cinq ans à peine de prospérité ont suffi à modifier le destin de ces rochers battus par les tempêtes. Le pont entre les deux îles principales est le legs, avec un cratère en amphithéâtre parfait, d’une mine à ciel ouvert épuisée en moins de cinq ans sur la plus petite des îles que l’on appelle généralement l’île au Vent. Le port de Svenshavn est devenu une petite métropole qui a compté jusqu’à vingt mille habitants à la veille de la première guerre mondiale (il en reste à peine le cinquième). Une ligne de chemin de fer à une seule voie a été installée. Elle relie encore Svenshavn à Christiansborg (la bourgade la plus au nord) en desservant les trois petits ports de pêche de la côte est mais le tronçon final qui menait au principal site de l’exploitation est abandonné.

L’architecture a également des dettes évidentes envers la Compagnie de la Grande Ile qui ne s’est pas contentée de faire construire la digue et les quais de Svenshavn. Elle a fait bâtir aussi quelques beaux immeubles en bord de mer qui confèrent à ce petit port un caractère opulent tout à fait insolite sous ces latitudes.

Eleonora (Autofiction)

Ecrit par Yasmina Mahdi le 10 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Eleonora (Autofiction)

« Car il y a dans ce monde où tout s’use, où tout périt, une chose qui tombe en ruines, qui se détruit encore plus complètement, en laissant encore moins de vestiges que la Beauté : c’est le Chagrin ».

Proust, Albertine disparue

 

à ma grand-mère

 

Eleonora Parker naquit au sein d’un territoire sauvage. Dans cette espèce de désert végétal, on pouvait voir en contrebas le ruban ondoyant des jardinets, les crêtes des toits, le bois et le béton des cabanes. Des gens communs étaient installés dans ce village de banlieue appelé pompeusement « La Grande rivière ». Là où, jadis, les forêts s’avérèrent inexpugnables et où, à chaque printemps, les Hurons descendaient la rivière écumante. Et où, en quelques années, leur nation fut balayée. Depuis, il ne restait que quelques castors, des renards et des lynx, rescapés des pièges des milliers d’hommes des montagnes. Les loups, les ours, les rongeurs, les chiens des Indiens disparurent à l’arrivée des pionniers, des puritains blancs, maudits, buveurs de sang.

C’était un matin marqué d’une croix, une matinée que l’on sait échapper à l’ennui, mais qu’irrémédiablement nous ramènera au crépuscule et à l’après-souper, sur le chemin de l’école, alors installée dans l’ancienne église contigüe au gymnase municipal.

À l’instant même, Eleonora ne s’en souciait guère. Elle rampait sur les hauteurs du terrain vague, ses souliers vernis ferrant la boue, sans précaution pour sa robe de fête en taffetas fleuri, maintenue à la taille par un épais ruban. Vert, de la couleur de la prairie. Elle pouvait voir une brassée de feuilles tourner et retourner contre l’écluse du canal. La fillette coulait à terre, ce qui la blessait un peu, tentant de capter un bruit singulier, les paroles des gens d’en bas, un écho quelconque.

Mais point de résonnance du Grand Être, dans ce coin herbeux. Rien que sa peur, irrationnelle, idiote, de se faire piquer par le bec de la corneille, de se faire voler ses boutons d’argent, selon la légende qui courait sur les corvidés, avides de ce qui miroite. Le Grand Esprit survolait la forêt, un souffle en saccade s’élevait dans la brume. Il gémissait la mort de la forêt, de l’enfant mort-né, de la mort de la petite bête déchirée dans les serres du rapace, qui s’abat, grande faucheuse avaleuse. Mère indigne. Le Grand Esprit dont les pas claquent, claquent la terre ; l’Esprit, l’Élu, silencieux, leste comme un fauve.

Les mobil-home des sans-logis américains avaient remplacé les tipis et les tentes. C’est là que sa grand-mère habitait et qu’Eleonora lui rendait visite, chaque mercredi. L’adolescente allait vers ses treize ans, et quand elle pénétrait chez cette grand-mère qu’elle surnommait Mimi pour ne pas faire trop vieux, elle se sentait délivrée et calme. De son métissage, on ne parlait pas beaucoup ; seulement de Dieu, des miracles opérés par un sauveur blond, barbu, aux yeux bleus, les mains ouvertes pour serrer contre un cœur fléché, un innocent, un malheureux, un désespéré. Marguerite-Andréa, d’origine française, assurait qu’elle avait eu les yeux dorés, de l’or pur, mais qu’ils avaient foncé avec le temps, car ce dernier obscurcit tout. Et qu’elle avait été si belle qu’un noble, paradant à cheval, l’avait demandée en mariage. Dans le salon minuscule, en fait une chambre à coucher faisant office de salle à manger, dans la pièce d’eau avec juste un lavabo et un miroir, Eleonora se coiffait et se recoiffait sans cesse, essayant de cacher son nez qu’elle trouvait trop gros, à l’aide d’une longue mèche sur le devant.

Un ailleurs au goût d’ici

Ecrit par Mélisande le 10 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Un ailleurs au goût d’ici

On change d’ailleurs comme on change d’état d’être : il représente l’inaccessible, et se transforme en statue morte si on le touche si on l’atteint si on le capture, et la proie ficelée comme un rôti qui en résulte, n’est au fond que ce qui reste de cette avancée en haute mer que l’on nomme le désir, même si nous nous hâtons vers les sorties de secours, à chaque moment de liberté…

Ne demeure alors qu’un petit être ramassé dans les filets de ce désir de maître pitoyable pour l’esclave, et qui étreint en secret le cœur de l’homme, faute de mieux, faute de « Zazen » diraient les Bouddhistes. Car l’Ailleurs n’est que pour un temps quelque part. Chez un être par la grâce de l’amour, dans un pays, par la grâce du désir de partir, de découvrir, de se mettre en route, sabots levés dans le galop poussiéreux et aigu de la vie.

L’ailleurs est d’or, il est sacré en l’homme, et nul ne peut refouler son représentant terrestre avec ses murs, cela est aussi ridicule que de vouloir faire rentrer le ciel dans une cuvette, où l’on aurait peut-être avant vomi cette bile qui a remplacé la fraternité dans nos pays riches…

L’ailleurs, c’est le grand Autre, qu’il soit l’espace, qu’il soit le temps, il prend un jour naissance dans le cœur de l’esclave, et c’est son âme divine qui l’exige. Elle veut faire voler en éclats les blessures aigues et l’indignité qui ont ruiné depuis des siècles les battements de son être, et cette âme au service de l’ailleurs, oriente doucement et fermement, la vision de son regard toujours au loin dans l’azur, puisant là-haut nourriture pour ses poumons, de l’air comme la preuve intangible du grand manque : la disparition programmée de l’Ailleurs dans le cœur de l’homme.

Car ne confondons pas : cet ailleurs au grand espoir que l’on veut faire rentrer dans son être, dans son espace individuel, et celui qui s’échappe toujours : Il n’est jamais éteint jamais atteint, car son existence est la respiration de l’être libre en nous, celui qui n’est plus astreint aux règles humaines du dominant/dominé, celui qui vole, dans les cieux illimités de son propre dépassement.

Et ça, coco, c’est pas une bonne nouvelle pour les voyagistes !

Il faut y aller camarade, il faut le vouloir pour s’en trouver changé, transfiguré, devenir « ailleurs » soi-même.

Beau voyage !

Ailleurs… Un monde à part

Ecrit par Sabine Vaillant le 10 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Ailleurs… Un monde à part

Quand les jours se font longs, que la brise devient légère, le corps s’alanguit. C’est le signal, l’appel. Il est temps de voguer vers un ailleurs.

Ce continent voyage imperceptiblement dans l’espace temps de la vie. Il jette ses filets sur les rives de l’inconscient. Iridescent, il envahit le cerveau. Hardi, il file le long des neurones, contourne les nœuds du système, prend un bain de sérotonine avant de devenir évidence. Une bulle attend. La mirer, laisser la pupille puiser dans ses promesses et grimper à bord destination… la césure, respiration de l’été.

Donner du temps au temps, se sentir vivre au creux d’un bonheur, visiter les plaisirs, surfer sur la profondeur de la nuit, se balancer sur un croissant de Lune, construire une cabane, allumer la tête d’étoiles, plonger au cœur de la matière, explorer les forêts, laisser couler l’eau entre les orteils, compter les grains de sable, écouter la mer dans un coquillage, fabriquer des connexions nouvelles, goûter au souffre de l’orage.

Mais encore ?

Gravir la face cachée du Mont Ventoux, en l’abordant comme une île inconnue, traverser son pierrier et s’imaginer sur une planète lointaine. Se faufiler dans les gorges du Toulourenc, dans un trou d’eau laisser les tourments de l’âme se perdre au fil de l’eau. Se muer en moulin à eau pour pénétrer le secret des molécules d’eau. Courir sur les Albères, suivre leur course au plus profond de la Méditerranée.

Danser à perdre haleine jusqu’au bout de la nuit, se métamorphoser en ver luisant et éclairer la Naissance de Vénus au musée des Offices.

D’un battement de cils s’approprier la beauté, l’engrammer pour garnir son filet de sensations en prévision de l’hiver.

Silence !

Ecrit par Khalid EL Morabethi le 04 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Silence !

J’écris l’absence,

De ce point qui ne mettra jamais une fin,

Et le retour de quelqu’un, qui est loin,

Et la paix,

Et la lumière !

Sur la terre, sur mon ombre, sur l’océan noir,

Sur la terre, sur mes mains, sur l’arbre noir,

Sur la terre, sur mes doigts, sur la chaise noire,

L’absence,

De ce monsieur qui écrit le sens et part,

De ce monsieur qui rentre tard le soir,

Et dort tout simplement,

J’écris l’absence de ces rêves, malheureusement.

Silence !

Absence, absence,

De ce monsieur qui a des ailes, qui vole,

Et son sourire,

Et son regard qui peut tout dire,

Et son présent, et son futur,

J’écris le vide, j’écris sur ce mur dur,

J’écris le vide, j’écris sur…

Silence,

Un absent meurt,

D’autres résistent,

Certains existent,

Quelques-uns écrivent leur propre liste,

Et partent.

Phénoménologie de l’Épris

Ecrit par Johann Lefebvre le 04 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Phénoménologie de l’Épris

Voulez-vous une scène d’hiver ? Cela ne vous rafraîchira pas, en ces temps caniculaires, mais peut-être juste l’évocation d’un air frais, froid, glacial vous fera oublier, le temps des mots lus, les effluves étouffants du lourd été et l’air si sec qu’on le croirait devenu rare. C’était donc un soir d’hiver très fffffroid que je traversai la ville pour me rendre à un rendez-vous. Il s’agissait de rencontrer une femme, parfaite inconnue, dont j’avais capté le signal alors que j’étais en transit sur le réseau des réseaux. Nous étions tous les deux enfoncés dans nos manteaux. Dehors, il faisait moins que zéro. Comme j’étais (encore) soûl, j’effrayai un peu la dame mais la littérature nous offrit l’alliance des mots & nous initiâmes ce qui allait devenir rapidement une aventure poétique que tous les hommes et toutes les femmes se devraient de prendre pour la vie à vivre, dès que possible, se devraient de pétrir comme la pâte de leur existence, à la recherche de la beauté et du plaisir, loin des carcans néfastes et toxiques dans lesquels se plaisent, dirait-on, tant d’individus consacrés fantômes par les oraisons marchandes, les injonctions de l’étiquette, le maintien de l’ordre, les pointeuses et les bulletins de salaire. Nous nous accordâmes.

Les semaines suivantes je connus bien vite la trépidation et l’attente, déjà l’absence et le désir toujours : la rencontre avec une femme donnait matière à écrire et manière d’écrire ; un chemin peu à peu se dessinant, je prenais un vif plaisir à tracer des mots épiloguant sur la précédente entrevue, moulinant force prospectives sur la prochaine et perspectives sur les ultérieures, parfois même subrepticement je me voyais dans cette vie partagée à deux pour un moment de l’existence, plus ou moins long, c’est selon, c’est analysé de près plus loin dans La Phénoménologie de l’Epris et La Clinique de la Séparation, textes que j’ai écrits dans le cœur même de la situation, dans le giron des événements, au cul des bouteilles et des amantes du moment. J’imaginais souvent un avenir à voir venir avec elles car l’amour on se demande pourquoi c’est faire.

C’était un mercredi après-midi et dans Finnegans Wake (aux pages 116-117, version française de manufacture éditée chez © NRF Gallimard Du Monde Entier, maison sérieuse, à Paris dès 1982, ISBN 2-07-020910-5, le dépôt légal de l’exemplaire dont on cause est en date du mois de juin 1995 et imprimé à Saint-Amand dans le Cher par un de ces veinards descendants de Gensfleisch, dont je suis mais vis-à-vis desquels et de quiconque je ne voudrais pas paraître par ailleurs jaloux), livre acheté ce mercredi de janvier à la Fédération Nationale d’Achat des Cadres, rue de Rennes à Paris dans le quinzième arrondissement, avant une entrevue galante avec Lady Coafé dans une brasserie de la place du colonel Denroche-Fertreau – dans le même temps j’avais aussi acheté de la musique sous forme de disque en verre luisant. J’étais arrivé le premier dans le café, sous la pluie et poussé par le vent, j’avais commandé de la bière brune belle et forte et cela étant, pour me désimpatienter de la venue de la dolce donna, je buvais donc moult malt et houblon au gaz, survolant le pavé de feuilles en cahiers encollés – et l’heureux postérieur digne d’être exposé à mon regard mais délicatement mal posé sur l’exemplaire numéro 71 de l’édition sur vélin d’Arches Arjomari-Prioux est prié de se présenter au bureau des admissions du C.H.S. afin de s’y faire mettre un bulletin de situation –, je lis : « Au fait, Baron du Losador, quel est l’enfant d’Hegel qui a écrit toute cette saloperie ? Dressé, obsédé, bossu, contre la cloison, au-dessous du zéro centigrade, usant de la plume ou du stylet, conçu, avec un esprit à la fois pellucide et perturbé, accompagné ou non de mastication, interrompu par la visite d’une vision traduite en scribe ou d’un scribe en situation, entre deux démonstrations, ou juché sur un tricycle, sous la pluie et poussé par le vent, enfanté sur le sol par un descendant surbaissé ou par un esprit diminué en mal de surcharge de tout ce qu’il a pillé çà et là de savoir ? » Je n’ai rien à en dire à proprement parler mais voilà ce que je lis en cette fin d’après-midi dont le ciel m’a quitté. Mais il devait faire froid, encore. Je l’avais connue dans le froid, Lady Coafé, moi tout bouillant de l’intérieur. Il devait faire fffroid et il y avait de la circulation, des automobiles qui tournaient tandis que je tournais pages et pouces entre deux gorgées pétillantes, et puis encore j’accrochais un morceau de la Veillée, je ne m’en détachais qu’avec difficultés et sous l’emprise tiraillante de la soif, ce qui me mettait, pour tout dire, dans la situation de Celui qui avait écrit, un choc au porteur. A reprendre au début.

Expatriation, Art, and Spirit

Ecrit par Ricker Winsor le 04 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Expatriation, Art, and Spirit

Standing on the edge of the highway I held a sign that said « London ». It was cold, early spring, and I was hitching from Newcastle. I was nineteen, and the year, nineteen sixty-four. At a pub that evening a Canadian guy told me : « You know, once it starts it never stops ». He was right and I knew it even then.

Expatriation is an inevitability for certain people. People with prolonged expatriate experiences due to work move through well-known stages of adaption : the honeymoon of excitement at a new place, the disappointment as the downside is revealed, and the final accommodation to it all. Eventually, surely, they go home. And what happens then ? Most just carry on where they left off in their communities but others have a hard time readjusting.

We all know about « roots » and what that means in a personal way to each of us. Back then, at age nineteen, I shook up those roots, and if they were not yet dislodged, they also never returned to their original condition.

Restlessness attends the expatriate personality. What else could make a person leave for a strange place without friends and without knowing the language or the culture ? That same drive sent Leif Erikson, Christopher Columbus and many others on their way into the unknown. It is in the human personality to want to know what is over the next hill but some people experience that tendency as a deep need.

I don’t even like traveling and I never had an interest in being a tourist. Yet here I am, having lived all over the world and now settling in Indonesia. I returned to my home in the northeast of the USA more times than I can count and every time I left again, not because I didn’t like it but because all my other foreign experience tugged at my heart and called me into action almost in spite of myself. It just seems so much more interesting « out there » wherever that may be.

Someone back home said : « Oh, I would never move somewhere I didn’t have friends ». But the expat knows that there are good people everywhere and new friends waiting for you. They may not be the old friends that are so precious but they are good friends and could be even better friends if you would only hang around, something that is always a question mark both for you and for them.

And up comes  the down side. After yanking on those roots hard and long, they wither and die. You find yourself  « out there » on your own. Back home the friends are huddled together around a fire of communal warmth and you are like the wolf circling from the bushes, wishing you could get closer. You are different and everyone knows it. And when you are with them they talk about their normal lives without much interest in hearing your foreign stories. And why ? Because your stories have no connection with their lives or their experience.

Expatriation, Art, et Esprit

Ecrit par Ricker Winsor le 04 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Avec la participation amicale de Simon Mendy qui a traduit de l’anglais Expatriation, Art, and Spirit, et de Julia Revuz pour sa contribution à cette traduction.

Expatriation, Art, et Esprit

Debout au bord de l’autoroute, je tenais un panneau indiquant « Londres ». Il faisait froid en ce début de printemps, et je faisais du stop depuis Newcastle. J’avais dix-neuf ans en cette année dix neuf cent soixante quatre. Dans un pub, ce soir-là, un canadien m’avait dit : « tu sais, quand c’est parti, ça s’arrête jamais ». Il avait raison et je le savais déjà à l’époque.

S’expatrier est inéluctable pour certaines personnes. Les gens qui s’expatrient longtemps du fait de leur profession passent par différents stades : il y a l’excitation d’être dans un endroit nouveau, puis de la déception quand on découvre ce qui y est moins bien, puis l’habitude qui s’installe à ce qui est bien et moins bien. Après, à un moment donné, ils rentrent à la maison. Et que se passe-t-il ? La plupart renouent avec leur communauté, d’autres ont beaucoup de mal à se réadapter

Nous avons tous entendu parler de « racines », et de la part d’intime qu’elles évoquent en chacun de nous. A l’époque, à dix-neuf ans, je tirais sur ces racines, et même si à cette époque, elles n’étaient pas arrachées, les liens ne sont jamais revenus à leur condition initiale.

La fièvre du changement est le propre de l’expatrié. Sinon, qu’est ce qui expliquerait qu’une personne parte pour un lieu étrange, sans connaissances là-bas, et sans même connaître la langue ou la culture locale ? Cette envie de changement a fait partir Leif Erikson, Christophe Colomb et plein d’autres vers l’inconnu. C’est un trait du caractère humain : chercher à savoir ce qu’il y a de l’autre côté de la montagne. Pour certains c’est un besoin vital.

Je n’aime pas particulièrement voyager, le tourisme ne m’a jamais intéressé. Pourtant j’ai vécu aux quatre coins du monde, et je m’installe en ce moment en Indonésie. Je suis rentré chez moi dans le nord-est des Etats Unis un nombre de fois incalculable, mais à chaque de fois je suis reparti. Pas parce que je n’aime pas chez moi, mais parce que toutes mes expériences à l’étranger résonnaient dans mon cœur. Ce désir d’action était plus fort que moi. C’est juste plus intéressant « autre part » peu importe où c’est.

Quelqu’un à la maison a dit une fois : « J’irai jamais m’installer dans un endroit où je ne connais personne ». L’expatrié sait qu’il y a des gens bien partout, et qui vous attendent pour devenir vos  amis. Il ne s’agit pas bien sûr d’amis intimes, qui nous sont si chers, mais d’amitiés intéressantes qui pourraient se développer, si seulement vous restiez plus longtemps. La question reste ouverte pour vous et pour eux.

Eclats d’humeur Hommage à…

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 04 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  Hommage à…

Derrière ces sales godasses

et ces cheveux filasses

qui tirent la langue

 

Derrière ces joues bouffies d’ennui

et ces grosses poches sous les yeux

qui collectionnent les nuits

 

Derrière ces airs de soupe populaire

qui se fractionnent en papier mâché

à la couleur du parchemin

 

Derrière ces doigts boudins

et ces pouces déformés

qui ne savent plus caresser

 

Derrière ce visage comme des banalités

que compte le quotidien

 

Derrière cet entrelacs de ficelles

qu’elle se met autour des reins

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