Ecrits

Je me souviens souvent du granit du Sidobre

Ecrit par Sabine Aussenac le 25 avril 2015. dans La une, Ecrits

Je me souviens souvent du granit du Sidobre

Je me souviens souvent du granit du Sidobre,

Des sentes oubliées comme un soleil d’octobre.

Comme au matin du monde les rochers s’élevaient,

Beaux géants tutélaires, immobiles guerriers.

 

Nous ouvrons les fougères comme on peigne une femme,

En marchant sur des mousses aux murmures secrets.

La source, serpentine, un grelot à nos âmes,

Toute ourlée de cresson, en attente de fées.

 

Tous ces noms aux symboles, Roc de l’Oie qui étonne,

Trois Fromages empilés par les siècles amusés,

Et puis le Lac du Merle aux fraîcheurs empesées :

 

Nous foulons en silence le Chaos qui résonne…

Je reviendrai bientôt, Autanette rêveuse,

Vers la Quille du Roy qui me rendait heureuse.

Naufrage

Ecrit par Christelle Angano le 25 avril 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

Naufrage

La mer

Je sombre

L’amer

J’étouffe

Ta main

Et La Mort

Mes larmes

Un cri

Le sel

Me brûle

J’étouffe

Tu coules

Nos corps

Dérivent

Une côte

Des rives

Je meurs

« Mots sur image : l'éléphant »

Ecrit par Jean-François Joubert le 25 avril 2015. dans La une, Ecrits

« Mots sur image : l'éléphant »

Mais qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Triste à en sourire, un brin de lumière dans l’iris, une patte sur de l’herbe, ils se consument pour nos yeux, alors que dans la savane de côte d’Ivoire, lui et ses congénères promènent, proprement, leurs délicates carcasses autour des fleurs, et leurs défenses en chassant les mouches et le chikungunya. Hier comme demain devient un leurre à touriste, assurance tout risque, lumière tamisée le regard vers l’occident, optique deux mille cinquante, omettant l’accident de tuer la faune, la flore, et pas qu’intestinale… Silence obturation, saturation de l’image, perte de l’imagination, l’Humanité, sans humilité, se croit maline, insubmersible or ils ne connaissent que l’argent, ça brille, comme cet éléphant qui ne trouvera pas le cimetière de ses ancêtres, il a la peau rude, l’air d’éteint, son feu de joie est ailleurs, il rêve !

On l’appelle Christ… « Carré blanc sur fond blanc »

Ecrit par Luce Caggini le 25 avril 2015. dans La une, Ecrits

On l’appelle Christ… « Carré blanc sur fond blanc »

Il y eut, il y a, il y aura jusqu’à la fin des temps le montreur d’images mondialement connu ; il mène le petit monde de la peinture en musique et en croix. C’est un agitateur sans chair et sans os, son corps n’est jamais essoufflé, il est munificent, manipulateur, empreint de la grâce des Adonis du genre humain, vascularisé, oxygénéisé, engendrant la foi et la mort, musicien et peintre initiateur de générosité et d’amour.

C’est Christ traversant la mort et la vie du réel au virtuel.

Il régit le monde artistique dans un afflux de jeux vitaux où le temps s’est barré. Il éclot de partout à coups d’hommes, à coups d’archet, à petits coups de reins dans un bruissement plein de luisances encore et encore… Par secousses légères, timonier à la manœuvre, galérien et magicien, danseur et musicien cloué à son destin de chair pulvérisée.

Amené vif, pris dans les filets d’un ensemble de signes, né quelque part dans la dureté entre gels et suffocations, Kasimir Malevitch naît le regard en dedans de lui, déminant les objets de manière à pulvériser les matières en nombres parfaits retombant dans un ordre divin. Kasimir Malevitch est un montreur d’ondes christiques dont les peintres ne se sont jamais remis.

Tenir un tableau de Malevitch en main, coller son nez sur la toile c’est faire une plongée dans l’univers d’un soi qui se mettrait à grimper le long du fil alors que le cerf-volant agité de vents violents est perdu dans les nuages.

L’art ne se repose pas : un pas de coté, un déplacement plus rapide et c’est une anarchie armée de marques araméennes qui donnent à la toile du Russe un départ vers un monde en partance pour arpenter les marches du crucifié démystifié, inaudible, invisible ondoyant entre Kief et l’amitié du chaman, dans la partie musicale des empreintes numériques de « l’étranger » des objets en dépôt marqués des magiques mots : Ici terre magnétique menant au paradis de la couleur.

Eclats d’humeur Les mal logis

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 18 avril 2015. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  Les mal logis

Les mal logis…

 

Avec eux se vautrer dans ses noirceurs

comme dans un vieux canapé noir

rongé par le bonheur passé et le doute à venir

 

Oui

j’aime les losers

les désespérés de l’existence

les princes et les princesses ténébreux

qui jettent cet éclat sombre de passion

 

Oui

j’aime les bons à rien faire

et qui rêvent de tout faire

comme ils rêvent à un monde

déclinant toutes ses forces

dans la flamme des prières

« mots sur image... ». Je suis ce capitaine

Ecrit par Jean-François Joubert le 18 avril 2015. dans La une, Ecrits

« Mots sur images », voilà ce que notre ami Jean François Joubert, qui sait à la fois écrire et regarder, viendra vous proposer de temps à autre. Une pause, un dessert...

«  mots sur image... ». Je suis ce capitaine

Je suis ce capitaine, sans bateau, qui regarde, large et oiseaux… Oiseaux ! Devant l’horizon ouvert, et les chemins, les routes se ferment. Seul ! Oui. Isolé le dos sur une dune de sable, ocre blanc, je sauve les meubles de la porte de mon âme, tout ce qui reste de l’enfance, sauf ma peau. Mon âme est une ballade, une promenade bleu océan, en pensant à cette dame qui survole la question, car elle est une femme, à l’origine du monde, son nombril s’ouvre parfois et projette ses secrets. De mon pays, le Léon, mes entrailles braillent et mes yeux se ferment, alors, le fou de Bassan arrive à plonger sa vitesse sur ma balise de détresse, si triste en mode vieux !

Ablution au crépuscule

Ecrit par Ahmed Khettaoui le 18 avril 2015. dans La une, Ecrits

Ablution au crépuscule

Sauf si le vent souffle aguichant

Sauf s’il octroie son désarroi à son chant

Aux pieds d’un crépuscule allaitant.

Annonçant un jour minuscule.

Qui implore un lendemain chuchotant

Sauf si le matin est majuscule

Ou un « aussitôt » affluent

Ou un « ailleurs » brillant.

Qui féconde la semence de mon sillon…

D’où surgit mon horizon

Je me soumets au présage adhérant…

Aux sommet des afférents

Dans un « ailleurs » Sacrement

Qui fait ses ablutions rituelles

Du matin au soir au Mikvé… (1)

Sous l’aile de la Haskala (2)

Ou sous l’aile d’une obédience pieuse…

Où compte, la femme, ses sept jours rituels (3).

Ou sous l’aile d’un couvent catholique

Ou sous une voûte islamique

Peu importe, d’où vint le baptême

Partir à la pêche et trouver Dieu

Ecrit par Luce Caggini le 18 avril 2015. dans La une, Ecrits

Partir à la pêche et trouver Dieu

Ma tête se vidait graduellement, sereinement, méthodiquement de souvenirs épars. Riches un temps, ils avaient perdu leur intensité, persuadés de leur légèreté, de leur caractère dépassionné, mais ils se tiraient sans culpabilité, fondus et confondus dans une matière marmoréenne, imputée à l’oubli, décolorée, désodorisée. Ils se vidaient de leur époque, se détachaient de leurs liens, pénétrant dans des lieux totalement inconnus incommunicables géographiquement ignorés du monde de ceux qui savent. Ils avaient décidé de se liquider sans souffrance, sans assistance, seuls de leur espèce, donc ils mirent les voiles.

Moi je les devinais se dissolvant de l’autre côté de la mer pendant que sur la rive où je me trouvais j’étais dans une province redécouverte. Ma tête me consentait un métronome à remonter car même mes joies et mes peines mouraient de douleur. Cet événement était survenu comme ça, sans qu’une seule de mes fibres n’ait eu le temps d’intervenir.

Aucun intervalle pour une hésitation.

J’avais épousé NYC.

Je m’étais reconnue dans ses avenues autant que dans son « Village », dans ses transports underground où je croisais les Noirs, les Blancs, les Asiatiques, les Latinos et tous les autres. On mangeait des donuts et des bagels. On était le centre du monde dans l’insécurité et le tourbillon de la vie.

J’avais épousé Chicago, la ville de tous les vents, parcouru des kilomètres dans son métro aérien the El. Les rives du lac Michigan avec leurs sables et leurs genets m’avaient fait perdre la tête surtout quand j’ai noté que l’Illinois avait la forme de l’amphore de l’Algérie, c’est-à-dire celle de ma tache de naissance. Mes œuvres avaient été honorées à North Western University à Evanston.

J’avais dansé avec mes amis african-american au « Green Mill », visité toutes les boutiques du « Magnificent Miles ».

J’avais lu Naissance dans sa presque totalité, un kilo et trois cents grammes sur l’estomac, j’en étais ressortie étourdie et trouvé que Yann Moix avait la tête d’un Maure.

De Singapour je suis encore sous le coup de l’enchantement.

Pourtant la Cité de tous les Dragons était inculte, conventionnelle, débarrassée de ses anglais dont elle avait conservé le côté club chic, avec ses esclaves philippins elle avait une indécence et une suffisance que la richesse régit avec les bonnes manières de l’arrogance et la même impudence que les lingeries intimes dévoilent sur la peau des jolies femmes. Rien de vulgaire dans les grandes artères soignées de cette ville assainie, avec ses piétons bien élevés, ses beautés raffinées sur leurs hauts talons. Pas de sentiers boueux. Un luxe nourri de subtilités acquises ou retenues. Une sécurité légendaire. Je m’attardais dans ses petits restaurants indiens. Entre jute et soie, flamboyante et sans chair avec un parc de rêve, telle fut la vision que je gardais de cette luxuriante cité tandis que j’arpentais la surface moquettée de son immense aéroport.

Cri

Ecrit par Christelle Angano le 11 avril 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

Pour la jeunesse du Kenya

Cri

Je suis La Terre et je vous pleure, mes enfants.

Je saigne de votre sang, vous êtes mes larmes.

Vous si démunis face à la haine et les armes

Et moi si seule face à tous vos corps… gisants.

 

Vous tombez, vous mourez, je ne sais comment faire

Comment vous protéger contre l’Ire de ceux

Qui vous sacrifient, Infanticides, haineux

Indifférents aux cris de terreur, aux prières.

 

La planète se meurt de chaque enfant qui tombe

Du sang de ses jeunes, du massacre incessant.

Dans leurs yeux de Silence, Elle s’éteint doucement.

De notre Berceau, l’Homme fera notre Tombe.

Eclats d’humeur Le chemin

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 11 avril 2015. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur Le chemin

S’évanouir

au bout du voyage

 

Retrouver la pupille

des souvenirs

 

Parcourir son âme

à la voile sombre des lumières

 

Fouiller

les combles de son cœur

 

Gravir

les marches du futur

 

S’embrumer

du mystère de l’autre

 

Marcher

toujours marcher…

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