Ecrits

«  poèmes d'été » : L’été

Ecrit par Patrick Chavardès le 12 juillet 2014. dans La une, Ecrits

«  poèmes d'été » : L’été

Je vois dans ta voix les lignes de ta main.

Je vois un monde
à travers les mailles d’un filet de pêcheur.
Tu me parles avec un coquillage au bout d’une ficelle.
Je brandis contre la nuit un lucide couteau.

Le ciel est clair mais vide vide vide

Lumière Lumière tu as tué la lumière.
L’encre des mots l’a retenue. Ta voix dit tout.
Lumière tu m’as trompé.
Le rouge était caché sous la grisaille.
Toutes les couleurs m’ont abusé.

Je ne veux que ta voix de sable mon chevet.

Lumière Lumière laisse la nuit épaisse
à sa noirceur première.
Ne fais pas honte à ma colère.
Laisse le feu léger aux brindilles.

Lumière Lumière tu me suivais partout.
De l’hiver à l’automne
tu inondais les chemins fourbes
où l’amour aveugle criait son malheur.

Je marche les yeux clos
sur une grève où vient mourir ma guerre.
Sans toi je ne suis jamais que moi-même.

«  souvenirs d'été » : Un été sans frein

Ecrit par Luce Caggini le 12 juillet 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

«  souvenirs d'été » : Un été sans frein

« Eté roche d’air pur »…
Vendredi 20 Juin Paris :
Je suis encore à la maison, chez ma mère. Six heures du soir.
Devant moi, recevoir ses murs vibrants en pleine gueule.
Hier à cette même heure je n’avais pas encore réservé mes chambres d’hôtel à Ajaccio. J’étais dans une autre saison où les informations qui me parvenaient se mettaient en quatre pour me dire mes destins les plus fous et les plus secrets.
C’était Aout 1914
C’était l’été 42
C’était le 21 Juin 2014 le jour où l’été de ma vie s’est pris pour un jeune homme avec une tête de printemps.
La première ville où je me suis présentée était dominée par ce que tous ses habitants prenaient pour une grande montagne, l’Adour, que nous appelions le Murdjadjo ou la Montagne des Lions. Chaque été elle avait son heure de gloire avec ses processions de chrétiens, de juifs, de musulmans, croyants, demi-croyants, incroyants, avec leurs paniers de mounas, de figues, de tomates, de pastèques.
Je ne me souviens pas que l’on ait mentionné de bouddhistes, je ne sais même pas si ce mot avait une réalité dans le vocabulaire des oranais. Pieds-nus, en espadrilles, en bottines ou en babouches, c’était les mêmes senteurs, les mêmes pierrailles et par-dessus tout le même ciel.
Comme le petit papillon qui se serait partagé en deux ailes, comme le rabbin dont les prières iraient déraciner deux petites herbes entre deux pierres du mur des lamentations, nouerait pour ne pas les perdre les deux pans de sa chemise de rabbin, la Montagne des Lions pourvoyait chacun de ses grimpeurs d’une mondanité de bénédictions magnétiques d’égale chaleur humaine.
Comme certaine saison qui n’arrive pas à s’en sortir, je n’arrive pas à y entrer dans cet été dont ses trois lettres, é-t-é, sont comme une nouvelle marque de fabrique pour ma vie.

«  souvenirs d'été » : Bruits de saison…

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 juillet 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

«  souvenirs d'été » : Bruits de saison…

Banal : les bogues de châtaignes qui tombent… ploc, l’automne ! Le bruit infini de la neige silencieuse qui a tout étouffé pendant la nuit – même volets fermés, on la « sait », la neige ; la pluie fine du printemps ; chaque goutte posée sur les premières feuilles… Mars, et ce n’est plus – du tout – le son des averses hivernales. Et puis, surtout, tous les bruits de l’été-roi… Chance qu’on a sous nos climats tempérés de marcher, comme ça, avec les  saisons. Un collègue, parti enseigner – la musique, qui plus est – sous les Alysées des Iles Marquises, m’avait confié la petite mort que c’était, ce climat uni, cette lumière toujours allumée, ce manque de sons des différences d’ici…
Les saisons, chez moi, sont passées – toujours – par les sons et aussi, bien sûr, les odeurs – tout ce qui vient, facile, rien qu’en fermant les yeux. L’été, c’est là que c’est plus fort, et qu’on redevient, mine de rien, cet animal aux aguets des bruits alentour, qu’on a sans doute été dans une autre vie…
Flashs dans un désordre non moins goûteux de clafoutis…
Petite enfance campagnarde… vrombissements d’abeilles sous le grand tilleul de la cour, le bruit fatigué des roues des charrettes de foin, sur la terre battue des chemins du bocage Bourbonnais – à égalité avec l’odeur – mi-herbe séchée, mi-bouse de vache fraîche… De mon adolescence boudeuse et déjà si littéraire – le bouquin dès le petit matin, partout et tout le temps, sur le porte-bagage de la bicyclette, le drap rayé de la chaise-longue ; jeu de piste facile pour me trouver… les insectes du jardin des grands-parents – une comptine, presque ; le bruit des pages tournées du livre – un drôle de son, pas le même qu’en intérieur, le piétinement lourd des animaux et quelques beuglements feutrés. On les rentrait alors chaque soir… une cloche, loin, qu’on entendait que par beau temps ; le sifflement à huit heures tapantes de la Micheline qui gagnait Montluçon – la ligne, n’existe plus depuis belle lurette…
Étés d’ailleurs… l’impression, en Inde, dans ces « petites » villes qu’on nommerait métropoles, que le silence, jamais ne vient ; à se demander s’il existe même. Petit matin – 4, 5 heures –, vrombissement de voitures, klaxons intempestifs, brouhahas de la foule, pour autant peu causante, affairée simplement ; un océan de visages ; le son pour ainsi dire coupé… Là-bas, dans l’Afrique des grands plateaux, quand – pile sous l’Équateur – le soleil reprend son service, à 6 heures ; safaris-photos du petit matin, les meilleurs ! on murmure en guettant – une chasse, comme l’autre – la fuite du Léopard ; toute la beauté du monde… bruits infinis, palette de tous les cris des animaux qui, jamais ne dérangent ni la montagne, ni la savane… harmonie, ou quelque chose comme ça, qui nous faisait nous taire… enfin !

«  vœux d'été » : Tu m’as demandé de parler de l’été

Ecrit par Sabine Aussenac le 12 juillet 2014. dans La une, Ecrits

«  vœux d'été » : Tu m’as demandé de parler de l’été

Tu m’as demandé de parler de l’été.
J’eusse aimé te parler de l’enfance, de ces cent cigales emportées par l’Autan, des cieux immenses de la mémoire.
Mais mon été a froid.
Il frissonne devant un monde où des maîtresses reçoivent des coups de poignard dans leur peau douce en guise de ronde de fin d’année.
Il titube en sachant que des enfants tendres sont enlevés et torturés par leurs frères ennemis, de part et d’autre d’un Mur qui depuis longtemps vacille.
Il s’effondre quand je lis que des hommes se cousent des bombes sous la chair pour faire exploser des avions plein de femmes enceintes et de cris d’enfants joyeux.
Il hurle en silence en voyant l’inertie des puissants devant les ventres affamés des foules de plus en plus indigentes, sans parler de la Terre que nous dépouillons de concert.
Tu m’as demandé de te parler de l’été.
Le mien sera de glace.
J’ai acheté une glacière au bazar à deux euros et voulais aller vendre des bouteilles le long de Garonne, comme le font tous ces gens à Paris. Mais j’ai lu que c’était interdit.
J’ai imprimé mes poèmes et voulais aller les déclamer sous des kiosques en tendant un chapeau et mes sourires. Mais j’ai lu que c’était interdit.
J’ai cherché mes livres d’histoires et voulais les conter aux enfants dans les squares pour récolter trois sous et des rires. Mais j’ai lu que c’était interdit.
J’ai demandé au docteur de prescrire une cure à mon enfant qui tousse et à moi qui ne peux plus marcher. Mais la sécu ne rembourse les trajets et donne une aide au logement qu’aux très pauvres et je ne le suis que peu, juste assez pour que mon découvert se creuse comme une rivière asséchée. Et je vois que la cure nous sera interdite, car avec deux loyers de retard on ne prend pas de location, ni en montagne, ni au camping, ni à la mer. Alors mon enfant toussera à la rentrée et je boiterai encore.
Tu m’as demandé de te parler de l’été.
Le mien sera de plomb, attaché à la ville dont je ne sortirai pas, et il faudra déployer tous les trésors de l’imaginaire pour en faire une fête. Oh, je sais déjà qu’en l’absence de fiston, qui, grâce à dieu et à son père qui, s’il ne paye pas de pension depuis quatre ans, le prend au moins en vacances, je mangerai froid, irai dans les bibliothèques, écrirai un peu, et ferai contre mauvaise fortune bon cœur.

Gondi revient

Ecrit par Johann Lefebvre le 05 juillet 2014. dans La une, Ecrits

Gondi revient

à la radio un loup aux yeux gris nous parlait

sur la fréquence quatre-vingt dix mégahertz

de quelques épîtres du Cardinal de Retz

retrouvées par madame au jardin du palais

 

cachées dans une boîte sous les fleurs du mal

les lettres dormaient dans le corps de la terre

et le temps passait comme un sombre mystère

pas même reniflées par un bel animal

 

c’est moi aujourd’hui qui caresse le blason

je me sens amant de l’Histoire fou furieux

pour d’humides restes de siècles sous les yeux

et leurs mille quatre cent soixante saisons

 

qu’avez-vous donc à me torturer la tête

vous messieurs vous mesdames votre époque

tous vos réseaux vos canaux dont je me moque

sortez de chez moi allez faire la fête

 

 

Johann Lefebvre est également lisible ici

Billet fou Ajaccio… « La Paillotte… Chez Gérard »

Ecrit par Luce Caggini le 05 juillet 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou Ajaccio… « La Paillotte… Chez Gérard »

Je le dis, le redis, La Paillotte chez Gérard non pas avec le trémolo de qui vous savez mais avec la parole de compétence de qui vous ne savez même plus donner un nom !

Mener un combat de paille à Ajaccio, en Corse du Sud, c’est comme être dans le feu de la guerre de 14-18 mais sans les Allemands et sans les casques des pompiers.

Ce matin-là du 21 Juin 2014 une petite musique paillottine avait le parfum des herbes du maquis et des poissons de la Méditerranée ; un radeau somptueux dominé par le magicien du bord, Gérard, mûri à la magnificence romantique et parfois cruelle de la plus belle île du monde.

Gérard est une alliance d’artiste et de bienfaiteur d’artistes andalous qui se prenaient pour des corses exaltant leur corps et leur cœur à préparer des pépites de trésor artistique, imitant avec la plus grande modestie une rare armature de douces et mémorables œuvres en dorures napoléoniennes…

On se sentit accueilli.

Ce jour-là fut sûrement un jour consacré aux artistes qui se lançaient avec un parachute d’envie incompressible de revenir au pays.

Gérard dit de lui « je suis un marchand de limonades »… façon à la Corse d’humilité et de confiance car nous avons tout de suite su que cet homme-là était le seigneur des lieux.

Variante corse : vie est marginale, mort est plus marginale encore mais l’amitié ne vendrait son âme à aucun donateur de destins en marche sans son sac à main en cuir rouge dont le créateur ne serait un peu magicien !

« Paillotte  chez Gérard » vous avais-je dit ?

Axel-John et moi avons été enthousiasmés comme « fuocu a ceppa » !

Eclats d’humeur (9) Enigme

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 28 juin 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (9) Enigme

Je suis la femme aux mille chansons

la tour d’ivresse qui fait sa gueule

en déclamant des vers de terre

 

Je suis la lune ensoleillée

le palais d’or au vieux dentier

un reflet traversé de mers

 

Je suis la note le la le ré

le bercement de tes paupières

quand vague l’ennui dans les salons

 

Je suis le feu feutré de l’œil

le corps du cœur à la pupille

qui parle droit comme un bâton

 

Je suis être et faire à la fois

l’âme qu’on repasse les longs dimanches

devant des soupes d’opéra-douche

 

Je suis le cri dans les coulisses

côté jardin le sang du Christ

dont la parole est vent qui souffle

Regard sur un fait Semghounien (*) Aïeul Sidi Zata au pied du rituel !

Ecrit par Ahmed Khettaoui le 28 juin 2014. dans La une, Ecrits

Regard sur un fait Semghounien (*) Aïeul Sidi Zata au pied du rituel !

Ce vieillard, Sidi Zata, accroupi à longueur de journée… ne déchante jamais ses démêlés décelés ou dissimulés avec le quotidien Semghounien inerte… son contentement lui rend sa gaieté, voire sa sobriété journalière que lorsque le levant parvenant du Djebel « Tamadda »… lui tient la main… le guide vers la bienveillance… qui vient aussi lui articuler un « assemblage » de vie… et de comportement composite. Le pan d’une matinée sous une canicule intense ou « sous » le « polygraphe » villageois inégal, conjuratoire quotidien de ce dernier comportement indiscret, si j’ose dire.

Sidi Zata appréhende calmement, catégoriquement ce dit suspect diabolique, satanique, maléfique par sa mesure humanitaire, son attitude de bienfaisance, par son empathie inconditionnelle, décalquant tout acte envieux, toute impureté sociale ou médisance par son dialogue charitable.

Cet Aïeul aux mains Saintes ; qui répudie à la langueur de son quotidien tout regard de haine ou de ruse, ou de rancune, ne cesse de confronter la malveillance par une tendance particulière, ornée de charité, de clémence, en allaitant tout oiseau migrant ou grelottant, sous une gelée hivernale, tout être, même les fourmis et tout nourrissant sur terre servant à sa propre manifestation humaine ; graine de blé… mie… maïs… etc.

Malgré tout ça, ses concitoyens, ces coreligionnaires étranges ! lui font des reproches souvent pour sa défaillance religieuse, sa frigidité à l’égard de ce comportement spirituel rituel, malgré le bien qu’il ne cesse de manifester positivement, explicitement, en faveur de la société villageoise et autre, et à l’humanité entière…

Cet Aïeul hanté de bonté, de bienfaisance, mérite – à  mon sens – d’être gratifié, commémoré à tout moment, même en sa demeure éternelle où il repose en Paix, en quiétude… Les moineaux, les merles… en témoignent. Et voilà ce que murmurent un regard pleinement nostalgique et quelques échos déliés, suspensifs chronologiquement… oui… voilà !… hélas…

 

(*) Boussemghun, ville au sud-ouest de l’Algérie

Billet fou : Comment rattraper mes rêves avec des mots ?

Ecrit par Luce Caggini le 28 juin 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou : Comment rattraper mes rêves avec des mots ?

Au château de la Maison de Savoie, il y eut un jour deux doux compagnons épanouis dans la plus belle région de France sous l’ordre de la Croix d’Honneur de Marie de France, narquois et moqueurs, se mirent à distiller des oursins et des limaces dans le double pur et clair désir de faire rire dans l’adoration de Dieu des agneaux et agnelles…

En effet rien ne fut aussi marginal que centupler et double centupler une Monalisa de trente ans en trente croix de magiciennes dorées sur tranches pareilles aux boiseries des murs de Marie de Savoie.

 

Dans une ignorance due à ma grande imagination de petite agnelle sans musical mélange et sans douceur de joie, je marie aussi bien les contours de ma Rue des Trois Marie qu’un ardent commerce des soixante réunions de compagnons de :

Doreurs

Miniaturistes

Musiciens

Ornithologues

Mathématiciens

Plâtriers…

Miroitiers…

Givreurs de cuivre

Imitateurs de peintres anciens

Mouleurs de plâtre

 

Donc que ce soit en do dièse ou en ré bémol, je donne à mon centième tableau de Monalisa le joli nom de Gaggini.

An Old Man’s Winter Night, by Robert Frost

Ecrit par Ricker Winsor le 21 juin 2014. dans La une, Ecrits

An Old Man’s Winter Night, by Robert Frost

All out-of-doors looked darkly in at him

Through the thin frost, almost in separate stars,

That gathers on the pane in empty rooms.

What kept his eyes from giving back the gaze

Was the lamp tilted near them in his hand.

What kept him from remembering what it was

That brought him to that creaking room was age.

He stood with barrels round him – at a loss.

And having scared the cellar under him

In clomping there, he scared it once again

In clomping off ; – and scared the outer night,

Which has its sounds, familiar, like the roar

Of trees and crack of branches, common things,

But nothing so like beating on a box.

A light he was to no one but himself

Where now he sat, concerned with he knew what,

A quiet light, and then not even that.

He consigned to the moon – such as she was,

So late-arising – to the broken moon

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