Média/Web

Réquisitions radiophoniques / Onfray

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 16 août 2014. dans Philosophie, La une, Média/Web

Réquisitions radiophoniques / Onfray

Il m’est difficile de prendre définitivement parti dans les querelles qui opposent une éminente fraction du monde intellectuel à Michel Onfray.  Cela tient sans doute à une certaine pusillanimité de ma part, à mon manque d’enthousiasme pour les positions partisanes tranchées mais surtout, je l’espère, à des scrupules nés du fait que j’ai renoncé à écouter les cours du philosophe de Caen. On ne peut légitimement critiquer que ce que l’on connaît bien, or je n’ai jamais pu entrer dans l’intimité intellectuelle de ce brillant théoricien faute de pouvoir suivre son débit de parole, écho d’une pensée au cours trop impétueux pour ne pouvoir s’imprimer sur mes neurones qu’à la façon de ces images stroboscopiques qui vous laissent un aperçu fragmentaire de ce qu’elles sont censées révéler.

Pourtant, les retransmissions estivales sur France Culture de ces causeries caennaises, à l’heure du pastis, me rappellent avec émotion un épisode récurrent de mes vacances en Cévennes. Ma voisine dans la ruelle de mon village, excellente amie de surcroît, avait pour habitude d’écouter Onfray tous les soirs et comme elle jugeait que l’enseignement roboratif du penseur nietzschéen ne pouvait pas faire de mal à nos concitoyens autochtones ou vacanciers, elle tournait le potentiomètre de son poste de radio de façon à ce que tout le village ou presque reçoive la bonne parole.  Elle-même l’écoutait religieusement en passant, à la fraîche, la serpillère sur son carrelage. Eût-elle passé l’aspirateur qu’elle l’eût néanmoins entendu. Bref, Onfray est pour moi assimilé à un rite estival dont je ne suis pas certain qu’il soit totalement exempt d’une connotation despotique que j’entends, peut-être à tort, dans l’autorité du conférencier et au détour de son élocution aussi rapide que son ton est péremptoire.

Mais tant qu’il s’agissait de confronter les mérites de Spinoza à ceux de Descartes ou de réhabiliter la mémoire de philosophes injustement oubliés au bénéfice des grands noms de la pensée spéculative (dont je n’avais néanmoins pas lu une ligne depuis mon année de philo), la véhémence de notre mentor pouvait se justifier, nous rappelant à l’humilité intellectuelle et justifiant les applaudissement nourris de son auditoire direct.

J’ai eu quelques échos de ses attaques contre Freud et les psychanalystes. J’aurais volontiers applaudi à ses sarcasmes à l’endroit de Lacan dont je me suis toujours abstenu de penser que ses formules absconses et ses développements alambiqués pouvaient masquer une légère dose de charlatanisme, évidemment assumée avec l’assurance d’une intelligence infiniment supérieure à celle du commun des mortels dont je fais partie. Mais il me semblait que le procès instruit par le philosophe contre Freud le Père, accusé d’avoir dans sa vie privée démontré l’inanité de ses écrits publics, sentait un peu trop le fagot. Si ma teinture juridique ne m’obligeait à n’admettre une opinion que dans le respect du contradictoire, j’ai de toute façon, envers la théorie freudienne, une dette d’honneur qui m’interdit à vie toute critique, fût-elle fondée sur des preuves irréfutables. J’ai dû en effet à la sommaire lecture d’un ou deux livres de Freud et à l’indulgence d’une examinatrice experte en maïeutique d’obtenir un 18 inespéré à l’oral de philosophie du baccalauréat. C’est dire que le fondateur de la psychanalyse a des titres imprescriptibles à ma reconnaissance, quoi que puisse dire M. Onfray de ses errements conjugaux.

Journal/Blog

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 03 mai 2014. dans La une, Ecrits, Média/Web

Journal/Blog

À propos du journal de Thomas Mann (Gallimard 1985 et 2000), je m’interroge sur l’intérêt de tenir un journal. Dans le cas de T.M. de multiples justifications peuvent être invoquées. La plus légitime est celle d’une prise de notes en vue de garder du matériel qui lui servira dans des écrits futurs. Il s’agit ainsi de palier les défauts de la mémoire et les distorsions, sous forme d’anachronismes voire de contresens, que les années finissent par imposer à une pensée toujours en ébullition.

Le journal peut aussi trouver sa justification dans la perspective de la rédaction de mémoires, soit qu’il s’agisse d’autobiographie et il joue alors le rôle de grenier à souvenirs, soit qu’il offre un matériau authentique, que complète la correspondance, au travail d’un historiographe. Le journal, dans cette fonction, est donc clairement subordonné à l’intérêt que peut revêtir un projet biographique quand il concerne un homme public (artiste, politicien). Thomas Mann n’exclut jamais cette possibilité, même quand il décide de brûler des années entières de son journal. Contrairement à des journaux « composés » pour être publiés (Gide, Green), ceux de T.M. sont sans valeur littéraire à ses yeux.

Mais s’il en conserve une partie, c’est pour laisser des traces en principe irréfutables de la véritable pensée de son auteur à l’usage des générations à venir. Thomas Mann revient à plusieurs reprises sur cette question. En particulier quant à ses désirs « homo-érotiques ». Il est visiblement soucieux de rectifier l’image sévère du moraliste, du père de six enfants, époux irréprochable, en précisant et en limitant les soupçons que la moindre exégèse de son œuvre fait naître au sujet de son homosexualité latente. La lecture du journal nous apprend que s’il a désiré ardemment et douloureusement des jeunes hommes toute sa vie (jusqu’à ses derniers jours), l’idée de rapports sexuels entre hommes lui était odieuse. Il ne s’agit pas que d’amours platoniques en ce sens que l’érotisation est précisément en cause (d’où son néologisme homo-érotisme), mais rien ne semble pouvoir être partagé au-delà de baisers et d’étreintes. En revanche, il ne conteste nullement la qualité d’amour à ces passions et il reproche clairement à Gide sa sexualité sans amour. Pour un lecteur du 21ème siècle, ces précisions sont de première importance pour la compréhension de son œuvre.

Mais ses aveux ne se limitent pas à une mise au point sur ses désirs érotiques et sur ses élans affectifs. L’aspect social et politique est même prépondérant. Thomas Mann sait que ses prises de position et ses sympathies politiques sont observées et commentées avec autant de passion par le bloc capitaliste et par le bloc communiste. Il est souvent obligé de composer, de transiger, de dissimuler, dans des stratégies à long terme dont on lui reproche les contradictions. Le journal rétablira certaines vérités qui n’étaient pas bonnes à dire en leur temps. Et de fait, l’impression d’une admirable cohérence idéologique finit par s’imposer au lecteur du journal, en dépit des revirements et des doutes qui prouvent une conscience dont l’exigence reste, elle, inflexible.

On a le Versailles qu’on peut…

Ecrit par Martine L. Petauton le 22 mars 2014. dans La une, Média/Web, Société

On a le Versailles qu’on peut…

Lycéenne passionnée d’Histoire, j’ai nourri en ce temps-là, une sorte de tourbillonnant intérêt, un peu obsessionnel, pour la Cour de Versailles de notre regretté Ancien Régime. A cette époque, la fille de Gauche qui murissait en moi, devait cohabiter – mais, c’est peut-être comme ça qu’on se construit brique après brique – avec l’admiratrice de ces parfums versaillais, disant après l’autre, ce diable de Talleyrand : « celui qui n’a pas connu la France d’avant 1789, n’a pas connu la douceur de vivre »… Je lisais tout – le bon, le moins bon, le vrai, l’à peu près ; je raffolais de ces chroniques coiffées par le talent ignoble de Saint Simon ; rien ne m’échappait des rites – ceux de l’hiver qui finissaient aux chandelles fumantes, ceux de l’été qui glissaient sur le Grand Canal ou « zyeutaient » sous les ombrages de l’Orangerie odorante… Ce n’est pas, alors, une, mais des myriades de chroniques pour Reflets du Temps que j’aurais pu aligner, tant ma science était réelle et surtout abondante, comme les fontaines de vins qui régalaient les courtisans… La Cour de France, c’était mon truc, à l’heure où mes copines oscillaient, perplexes, entre Antoine et Johnny, leurs idées, leurs cheveux…

Et puis, j’ai fait de longues et belles études d’Histoire. Est-ce parce que, juste avant mon arrivée, Albert Soboul (en personne ! une sorte d’icône) dirigeait le département contemporain de ma fac, et y faisait entrer, en symbiose avec 68, la grande Révolution Française, que mes choix se sont portés sur cette Histoire contemporaine, inépuisable, qui allait, de surcroît, façonner mes masses de granit en politique. Exit, du coup, la Cour et ses falbalas, pour un bon bout de temps…

Mais, vous n’êtes pas, je suppose, de ceux, naïfs, qui croient que les choses se passent et rentrent à la niche, pour ne plus jamais en sortir. La Cour m’a rattrapée, la Cour me rattrape, lorsque ma souris clique de temps à autre sur ce «  Bienvenue sur Facebook » dont vous êtes évidemment accro.

Foule il y a dans FB, probablement en proportion de celle de Versailles au temps de sa splendeur, lorsque s’y pressaient de 3000 à 10.000 de tout un peu. Donc, FB – un réseau, tout bêtement – a sa cour ; une flopée de cours, plutôt, à la façon de ces principautés allemandes des Temps modernes, qui se ressemblaient sans être identiques. Car, remarquez-le en tendant l’oreille, le ton, la musique, les sujets d’excitation sont tellement différents sur la page de cette princesse-là – très « air de la reine de la nuit » – ou sur celle de ce sombre Prince du soir – ah ! Celui-là… Et, comme il se veut à la Cour, s'entrechoquent céans, les visibles, les dans l'ombre, ceux qui regardent et s'apprêtent à ragoter dare-dare ; ceux, qui – plus bavards et bravaches, prennent de sacrés risques. Les cris et rires de quelques uns ; derrière, tapis, les yeux brillants d'une convoitise glauque de tous les autres. Passe le train royal. Respiration de la Cour...

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure...

Ecrit par Sabine Aussenac le 08 février 2014. dans La une, Média/Web, Société

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure...

C’était quelque part en 2008. Mes premiers pas sur le net, ou presque. Péniblement, mon ex-mari m’avait initiée au maniement d’une souris et de word, et je me revois encore cliquer lettre après lettre pour effacer, ou vanter les mérites d’un annuaire papier face aux Pages Jaunes en lignes, en 2003… Bon, j’avais quand même appris assez vite, navigant bientôt entre mes mails, Meetic et, depuis ce fameux soir du 30 avril 2008, mon premier « site d’écriture », mon cher « Oasisdesartistes »…

Sur ce forum, où bientôt mes mots s’évadèrent, les internautes et poètes vivaient cachés… Alors si ma plume s’en contenta, et si j’ai, en ce lieu béni où mes mots sont revenus à la vie, noué de solides amitiés, en particulier avec des poètes du Maghreb, et même vécu la quintessence de l’amour – Jim, si tu me lis… – je me suis assez vite lassée des « pseudos » et des jeux de cache-cache avec les « Étoile 75 » et autres surnoms poétiques…

Me manquaient, en ce forum poétique, l’incarnation du réel, la transparence, l’échange en peer to peer de pairs osant se dévoiler, malgré les écrans… Certes, nous nous livrions jusque dans l’intime, puisque la poésie, justement, creuse et brûle les âmes, mais nous restions enfermés dans ces bulles virtuelles qu’offre l’anonymat.

C’est Tony d’Oasisdesartistes qui a été mon « premier ami Facebook ». Ma passerelle, mon pont entre ces deux virtuels, lui, le bel artiste peintre et écrivain, et je me souviens de ma joie en découvrant sa page, son visage, ses toiles, qui, sur Facebook, explosaient en autant de couleurs que la vie.

Puis j’ai cherché Bertrand, dont j’étais amoureuse à 15 ans, que je revoyais encore en fragile jeune homme à lunettes, auquel j’offrais maladroitement, en notre datcha familiale, du cake fait de mes blanches mains adolescentes. Certes, je l’ai retrouvé, mais ce n’est pas avec lui que j’ai le plus de contacts, non, c’est avec sa maman, une délicieuse vieille dame digne et malicieuse, alerte et épanouie, un modèle de dynamisme…

Et une prostate ! Une !

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 décembre 2013. dans La une, France, Média/Web, Politique

Et une prostate ! Une !

Quand j’étais écolière – en Primaire, même, ça date !! – je passais devant un petit marchand de journaux de mon coin. Un de ces commerces d’après-guerre – porte chiche, peinte en un vieux rouge innommable, et volet en bois posé. Étalage réduit à quelques titres dont « l’Huma », chère à ma ville communiste, sans doute un canard pour les fous de rugby, le « Mode et travaux » des tricotages de ma mère, et, affiché devant, « Ici Paris », à moins que ce soit « France Dimanche », sur lequel je louchais, chaque jeudi, s’il m’en souvient. Ça racontait – photos à l’appui – les « ailleurs », mais existaient-ils vraiment, tellement ils nous apparaissaient baroques, ces Brigitte (Bardot) qui quittait Jacques (Charrier), ces – exotique, là ! Farah Diba et son Shah (j’avais pour eux, un goût étrange), et je ne vous dis rien « des Monaco », comme disait ma grand-mère… Bref, potins en bandoulière, nous étions renseignés sur le bruit de ce monde-là (on ne disait pas encore people). On savait – mais oui – que ce n’était pas vérifié, encore moins vérifiable ; on n’était du reste qu’à moitié étonnés, quand « ça » ne mourait pas, « ça » ne divorçait pas… on ne confondait pas avec le livre d’Histoire. On avait là, des récits merveilleux, horrifiques, selon l’heure, qui nous baladaient au pays des princesses et des actrices. Point barre.

Quoi de changé aujourd’hui, ma pov’dame, si ce n’est la vitesse à laquelle arrivent ces infos qui buzzent avec un bourdonnement d’abeille attaquée par le Gaucho, de page d’Orange en Tweet volant, et en murmures FB (là, j’ai un petit faible, parce qu’il y a souvent des images, et que je connais les buses qui les commentent). Chez le coiffeur, les héritiers des Ici Paris s’appellent Gala, ou Voici. Je n’y connais plus grand monde, ce qui rend ennuyeux les après-shampoings…

Alors – Madeleine à sa façon – la joie, quand s’est encadrée « la prostate » du Président, carillonnant en ce début d’hiver, mieux que saint-Nicolas et les premiers marchés de Noël réunis. « Simple » prostate, certes, pas couilles c’eût été plus mordant ; pas cœur (un Infarctus ! ma commère !! tiens, comme mon beau-frère), et – que les opposants rongent encore un peu leur frein – pas cancer ; las !!

Pas fraîche, non plus cette prostate, datant de deux années, mais, baste, sortons-là quand même du congélo… pas vraiment méchante, non plus, ce ne serait, osent dire certains médecins, qu’un curetage, banal pour les hommes de plus de cinquante ans. Pas de quoi fouetter un président, me direz-vous. Enfin !! (en Corrèze, il est d’usage de ponctuer d’un « enfin ! » traînant, quand on veut semer le doute).

Parce que – et nos médias s’en sont souvenu – derrière une « petite » prostate, plane le cancer Mitterrandien, et la terrible, tragique à l’antique, litanie du chemin de croix de celui-là, socialiste, aussi, du reste.

Le micro trottoir en gloire…

Ecrit par Martine L. Petauton le 30 novembre 2013. dans La une, France, Média/Web, Politique

Le micro trottoir en gloire…

Facile – tellement – et plaisant, par sa rapidité. Trois mots, une mimique, et l’affaire est dans la boîte ; la TV nous en fait manger à longueur d’émissions : « – que pensez-vous du réchauffement climatique ? – et les Mac Do, pour les moins de 10 ans, dangereux ? – et la neige qui tombe en hiver ?? ». On comprend le procédé ; « faire parler le citoyen », vite – format TV ou radio ; surtout pas d’analyse, manquerait plus que ça ! C’est réservé / journaliste ou au moins expert. Du ressenti, du penser-tout prêt. Consulter quand même, et sur à peu près tout (– la mort, pour vous, c’est quoi ?), mais à peine ; un effleurement de parole citoyenne ; un simulacre de démocratie moderne…

Il y a une pincée d’heures, une chaîne TV en boucle, formatée Mac-Do de l’info, glissait au milieu de la ronde ininterrompue du bruit du monde déversé par une bouche tout droit sortie de chez Marionnaud, un sujet – que dis-je –, un reportage, pesant ses 10 minutes, ce qui en ces lieux équivaut à un trimestre chez d’autres. Thème alléchant : « 1 Français sur 5 soutient encore Hollande », soit, 2/10, s’empressent-ils d’écrire en incrustation, pour ceux qui ont raté la leçon en début de cours élémentaire I. On s’intéresse légitimement : à quoi ça peut bien ressembler, cette peuplade-là ? Au village d’Astérix ? À un hôpital hésitant entre pré-Alzheimer, dérivant doucement depuis le 6 Mai de l’an 12, et psychotiques – légers – ayant pas mal largué les amarres avec la réalité ? Un Hollandien, à c’ t’heure ! ma pov’dame, ça se visite !

Las ! L’émission opta – quasi dans son entier – pour le genre tant aimé du dit micro-trottoir ; varié du reste : celui de la capitale, du « petit bourg endormi » – Tulle au demeurant –, et même, quel toupet !, micro-absence de trottoir d’un très petit village ariégeois où, ce 19 novembre, il pleuvait des cordes tristes.

10 minutes – un espace immense à la TV ; cela était pourtant suffisant pour cerner l’espèce du Hollandien encore vivant. Analyser un brin : vous avez voté pour lui, pourquoi le soutenez-vous encore aujourd’hui ? Pensez-vous son projet encore viable, suffisamment visible, est-il adapté au monde dans lequel se déploie sa politique ? En quoi ? Son équipe ? Prend-elle l’eau, ou se suffira-t-on de quelques rustines, où, combien ? Et ce Hollande bashing, un effet de glaces ou une vraie pétaudière en cuisson… en deux ou trois clics, et sans nous vanter, à Reflets, nos chroniques et leurs commentaires dressent le menu, chaque samedi, ou presque… Être à la fois maire de Tulle, et vice présider aux destinées du Conseil Général de la Corrèze, tout en habitant un mini bureau à l’Élysée pour conseiller le président ; que voilà un spécimen de ces 1/5 ! qui aurait pu dire, et l’honneur et les souffrances, mais aussi montrer le sens de sa confiance, ses interrogations, ce qu’il sait ou croit savoir ; un ressenti qu’un bon scalpel aurait pu étendre, là, sur la table, devant nous, et rendre passionnant, presque structural. Un modèle, quasi scientifique. Eh bien, ce pauvre gars fut filmé – bâclé – au fond d’un véhicule (micro-voiture), confiant dans un temps imparti qui devait osciller entre 50 secondes et une minute, que ma foi ! si le chômage baissait, ça irait mieux ! Scoop.

Questions pour les Reflets…

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 novembre 2013. dans La une, Média/Web

Le typhon, Francesca, la châtaigne…

Questions pour les Reflets…

Fin de semaine dernière, il y a eu le typhon d’Asie du sud-est. On annonce, 5000, peut-être même  10.000 morts au bas mot – sans compter les blessés, les sans abris, les… Le Vietnam en est à évacuer toutes ses côtes. Catastrophe sans précédent dans ces terres peuplées des multitudes d’hommes de là-bas, à droite, en bas du planisphère, comme disaient mes petits élèves. Le souffle des rafales arrive jusqu’à nous ; on sent la gifle des paquets d’eau ; on entend les cris, enfin, on devrait…

Et, moi, j’ai publié, samedi,  dans « Reflets »,  un assez joli – je crois – texte sur la nostalgie de chansons de ma jeunesse engagée (qui plus est !) et… une recette de châtaignes… Seigneur ! mes « Reflets du temps » auraient-ils perdu la boussole, ne tiendraient-ils plus une miette, le  cap ? Serions-nous devenus, de «  simples » Reflets de restos, certes bons, musicalisés, parfaitement bien, reflets de ( bonne) poésie... peut-être au fond, une –petite- succursale de la multinationale «  La Cause littéraire »...

Parce que, «  Reflets du temps », quand  on affiche un tel titre, qu’on publie chaque semaine que Dieu ne fait probablement plus depuis des lunes, on se doit…

Mais, au juste, à quoi ? Et que font les autres, même les très grands ? Suivre et relater l’actu, fil à fil (s’accordant évidemment la passoire du choix), c’est pas nous ; c’est le quotidien, genre que nous n’avons pas été assez fous de revendiquer, lors de la naissance de notre mag. D’ailleurs, le regard critique, ou au moins interrogatif peut s’exercer d’entrée sur notre journal local, chaque matin – moi, c’est « La Montagne », ici, Le « Midi Libre » sous mes pins de Montpellier. Combien de glapissements scandalisés : – tu as vu, dans le… « ils » n’en parlent même pas ! Variante : – t’as vu, à quelle page ! Re-variante : – ils s’embêtent pas, c’est torché en 1 colonne de 20 lignes !! et un ami de défendre l’engeance : – font dans l’urgence, ces types, tu comprends ! Bien sûr, affaire de choix et d’éclairage, ici, de laissé sur le bord de la page, là.  Choisir, mais dans l’urgence du train infernal des évènements qui passent ; donc, se gourer.

Presse écrite, même chanson – le grand titre du Monde dit, pour nous, fort justement le monde, et nous avons pourtant tous en mémoire d’étonnants décalés chez ces messieurs ! Radio, TV, encore autre chose, car, là, s’immisce le poids du son et surtout de l’image, qu’on garde en caisse plus encore que les mots.

Alain Finkielkraut – Vous me la chantez ? Où est-il mon moulin de la Place Blanche ?

Ecrit par Luce Caggini le 02 novembre 2013. dans La une, Média/Web, Actualité, Société

Alain Finkielkraut – Vous me la chantez ? Où est-il mon moulin de la Place Blanche ?

Je n’aurais jamais été capable d’écrire cette analyse savante, habile et séduisante d’Eric Aeschimann dans le NouvelObs que j’ai lu attentivement, même deux fois tant est restreinte ma capacité à aborder le doigté d’un texte.

Hier soir, tard, après les insipides Drucker et Bruel, j’ai été suspendue aux lèvres d’Alain Finkielkraut, cet homme qui « ne veut blesser personne », au sourire charmeur sensible à l’humour :

« – Avez-vous mal vieilli, lui demande Laurent Ruquier qui pour une fois ne s’est pas trop mal débrouillé.

– Un vieux con, ça s’est entendu très fort !! »

Ce mec-là est séduisant quoi qu’on en dise.

D’autre part :

« – Si le monde n’avait pas de frontières, on ne pourrait fuir nulle part »…

Pour la nomade que je suis, c’est un langage qui n’a pas de sens, mais je suis à des années lumières du discours de Finkielkraut, même les frontières invisibles je les marginalise.

Puis il cite Montesquieu, Fustel de Coulanges, Péguy, Barrès, moi qui ai brillamment fini mes chères études à 16 ans, je suis épatée sachant que le khâgneux pourrait en citer mille autres et toujours aussi facilement, mais ce n’est pas un cuistre, lui !

Ses mains parlent, je suis émue de voir ce bel homme si nerveux : « je n’ai jamais cessé d’être le juif que je suis, je paye ma dette », c’est le « cri ». Douloureux ? Peut-être.

Le jour où je me suis abonnée au Monde

Ecrit par Sabine Aussenac le 21 septembre 2013. dans La une, Ecrits, Média/Web

Le jour où je me suis abonnée au Monde

Bien sûr, parfois, je le lisais. Au hasard d’un CDI, ou pour quelque article spécifique, quelque événement : élections américaines, tsunami, rentrée littéraire… J’avais lu un jour que la Française type, sulfureuse et intello, se devait de le déployer sur une plage, ou à la terrasse d’un café. De moins en moins sulfureuse, je me prêtais donc assez rarement à cette dernière pratique.

Je ne vais pas vous mentir : la pressophage que je suis craquait bien plus régulièrement pour des magazines en papier glacé, pour la presse féminine, pour des revues de santé, de psychologie… Je piquais aussi Le Figaro chez mes parents, Match chez le dentiste, Elle chez des copines : bref, je n’étais pas une lectrice assidue du Monde.

Certains de mes proches étaient abonnés. Ils le plaçaient, parfois, d’un ton docte et assuré. Cette petite phrase légère, porte ouverte à tout un univers : « Tu sais, je suis abonné au Monde »… Et de m’envoyer des annonces de postes intéressants – merci tonton ! –, et/ou de me découper mes propres lettres, en ces jours de gloire où je fus « publiée », ou presque !

Cette année, soudain, une envie presque impérieuse s’est fait jour : il fallait que je m’abonne, moi aussi. Oh, non pas tant pour le prix, si intéressant, ou pour l’offre alléchante de lire en sus l’édition numérique, tout en recevant un appareil photo… Non, cette envie en devenait ontologique, primitive, c’était, à plus de cinquante ans, comme un besoin de rite initiatique. Un déménagement, un nouveau départ après des années d’enfer social, et ce besoin soudain de normaliser mon rapport à la vie, au quotidien, aux autres. D’aucuns auraient eu envie de vacances en club, de faire Compostelle ou d’acheter une grange : moi, je me suis abonnée au Monde.

Tu sais quoi !!!

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 septembre 2013. dans La une, Média/Web, Société

Tu sais quoi !!!

Ragot, potin, clampade, clabaudage, parfum de médisance, ce joli mot qui sent pas bon… Vieux comme le monde, sans doute aussi ancien que les premières cités antiques, ce – besoin ? – « dire sur l’autre », le voisin, le cousin, et la troupe bénie des collègues… Exercice maîtrisé au millimètre, sans aucune preuve en vue, mais raconté d’une telle façon, qu’il sent mieux que la vérité, qu’il enchante au bas mot. Un mien ami appelait ça, joliment, un « bonjour les copines ! » quand il nous voyait à quelques unes, rapprocher les têtes, avec ce discret rire de gorge, qui marquait l’entrée dans l’infinie jouissance.

Sans doute, la sociabilité des femmes restant à la caverne, puis ensuite au lavoir, sans compter la fontaine ou le puits, celui d’Afrique, celui d’ici – entre elles, a-t-elle définitivement accordé aux filles la prérogative en ces « récits » particuliers… l’agora des femmes ! dans les imaginaires, quoi qu’on dise, quoi qu’on redise, c’est la femme qui clampe, en un bavardage aigre doux ; l’homme, lui, parle, mais au pied de l’arbre à palabres africain, là où se décide l’avenir du village, à la barbe blanche des « msé ». C’est encore lui, et les siens qui s’exclament (de quoi ? de choses sérieuses et politiques, ou, d’histoires grivoises) au café où passe le Marius de Pagnol, ou les mécréants des villages de mon enfance, qui ne rentraient pas à l’église. Il y a un espace masculin, loin de celui des femmes… Tout ça cause, mais pas pareil. Bavardage, là, parole, ici ; rien à faire, le statut n’a pas la même valeur ! « heureux peuple que celui des cigales où les femelles restent muettes », raconte à satiété quelqu’un de chez moi, en jurant, la main sur le cœur, que « pour sûr, il n’est pas machiste ! »…

Il y a donc, le potin « dit », et le « lu » ; ça, c’est le domaine des « Paris Match », oublieux qu’à l’origine, ces gens-là furent l’honneur de la presse, des « Voici », et autres « Gala », peuplant les tables des coiffeurs ou dentistes… on y apprend tout et le reste des us et coutumes des Princes – de ce qu’il en demeure – des gens du Show biz – ah ! Johnny et sa longue kyrielle de femmes – en gros, des People, mot dont on sait que les Britanniques ont fait comme un drapeau pas toujours propre. Le problème – pensez-vous comme moi – c’est qu’il faut se risquer dans ces récits, avec la « culture » pré-requise. Je ne connais plus grand monde, quant à moi, dans les frimousses copié collé qui s’affichent sur le « Voici » du moment ; intérêt moindre, du coup.

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