Le christianisme est une idée de droite

Chers amis, la vie n’est pas réglée par le hasard, elle n’est pas accidentelle. Votre existence personnelle a été voulue par Dieu, bénie par Lui et il lui a été donné un but ! La vie n’est pas une simple succession de faits et d’expériences, même si de tels événements peuvent être utiles. Elle est une recherche de ce qui est vrai, bien et beau. C’est précisément en vue de tels objectifs que nous accomplissons nos choix, que nous exerçons notre liberté et en cela, c’est-à-dire en ce qui est vrai, bien et beau, nous trouvons le bonheur et la joie. Ne vous laissez pas tromper par ceux qui voient en vous de simples consommateurs sur un marché offrant de multiples possibilités, où le choix en lui-même devient le bien, la nouveauté se fait passer pour beauté, l’expérience subjective remplace la vérité.
Beaucoup prétendent aujourd’hui que Dieu doit être laissé de côté et que la religion et la foi, acceptables sur le plan individuel, doivent être, ou exclues de la vie publique, ou utilisées uniquement pour poursuivre des objectifs pragmatiques limités. Cette vision sécularisée tente d’expliquer la vie humaine et de modeler la société en se référant peu ou sans se référer du tout au Créateur.
Il est présenté comme une force neutre, impartiale et respectueuse de chacun. En réalité, comme toute idéologie, le sécularisme impose une vision globale. Si la présence de Dieu est insignifiante dans la vie publique, alors la société pourra être modelée d’après une image dépourvue de Dieu, et le débat et la politique concernant le bien commun seront menés davantage à la lumière des conséquences que des principes enracinés dans la vérité.
(Benoît XVI, discours lors de la fête de l’accueil des jeunes aux Journées Mondiales de la Jeunesse, le 17 juillet 2008 à Sidney)
Toujours, la droite qui veut penser, pense contre l’intelligence. Toujours cette droite prend de haut l’humain qui pense avant elle, à côté d’elle et contre elle, car l’intelligence des hommes pense nécessairement sans la droite, autrement dit contre elle. Un mythe circule, que cette droite honteuse d’elle-même, aime à diffuser : ce serait le roman qui serait de droite, le grand roman, la littérature avec lui, les héros et les saints compris dedans. C’est précisément cela le jeu de droite : déplacer le regard, détourner le réel pour fictionner tranquille ; il y a bien du roman dans l’air de droite, mais le roman est cela-même que joue cette droite malade d’elle-même ; c’est le roman de sa représentation, de sa mise en images, de sa folie télécratique et de son populisme morbide. La droite en France pue de l’âme, elle se fonde et se vit, agit et légifère, nihiliste, au pouvoir et rancunière : la droite française, celle qui gagne et qui sourit sur les écrans, est contre-révolutionnaire. La contre-révolution (contre 1789, contre 1871, contre 1968) prend date en 2007 et a eu lieu.
Cette droite prend, vole et viole les mots et les images qu’il faut pour poursuivre et pour consister encore dans l’intelligence et la pensée dite. Cette droite, mine de rien, exposée et exprimée (par les médias, par le vote, par les livres, par les choses et par les films), nous mange l’humanisme réel sur le dos : il s’agit au plus vite de nous retourner sur nous-mêmes, voir cela, puis reconnaître que l’homme dont cette droite nous parle n’est pas l’humanité que nous sommes, mais son image inversée, sa forme niée et son droit bafoué. Cette droite nous panse, nous devons sans attendre la penser, pour ne plus être malades : ce sera maladie contre guérison. Le médecin est ici le tueur. Le malade est ici le dit « bien-pensant », le docte et le savant, il se dit lui-même « notre ami » et il nous nomme : « ceux qui ont besoin de lui », « ceux qui veulent être protégés », « ceux qui ne veulent plus avoir peur ».
Et c’est alors l’âme elle-même qui sur la ligne des corps s’attaque au mensonge politique d’une droite magicienne et mystificatrice, par définition et par histoire, une droite qui dit « l’âme », « la nation », « la tradition » alors qu’elle agit « la force », « la haine » et « le mépris » : cette droite, la seule droite, égale à elle-même, est celle qui a le monopole du pouvoir et puise son anti-humanisme foncier dans un christianisme bien compris, intégré et spectaculaire : le catholicisme de l’imposture et de l’imbécillité universalistes.
« Au lieu de parier sur l’éternelle impossibilité de la révolution et sur le retour fasciste d’une machine de guerre en général, pourquoi ne pas penser qu’un nouveau type de révolution est en train de devenir possible, et que toutes sortes de machines mutantes, vivantes, mènent des guerres, se conjuguent, et tracent un plan de consistance qui mine le plan d’organisation du Monde et des Etats ? Car, encore une fois, le monde et ses Etats ne sont pas plus maîtres de leur plan, que les révolutionnaires ne sont condamnés à la déformation du leur. Tout se joue en parties incertaines, à face à face, dos à dos, dos à face… La question de l’avenir de la révolution est une mauvaise question, parce que, tant qu’on la pose, il y a autant de gens qui ne deviennent pas révolutionnaires, et qu’elle est précisément faite pour cela, empêcher la question du devenir-révolutionnaire des gens, à tout niveau, à chaque endroit (1) »
Car la révolution, c’est déjà en cet instant l’homme : l’homme de l’homme devenant et combattant.
Et la contre-révolution, c’est encore et toujours la machine métaphysique contre l’homme : l’homme de dieu, créature et coupable.
Il y a ainsi Deleuze contre Bernanos, par exemple. Car il faut bien que, du côté de la droite qui pense, il y ait un auteur-symptôme, un écrivain de roman qui a pris sur lui la mort de l’homme et le massacre de l’innocence, pourvu que, selon lui, Dieu se maintienne et que l’origine s’impose comme fin. A ce titre, Céline, autre exemple, est un leurre pour la droite, une arme qui se retourne contre elle-même, il faut le laisser à la gauche et à l’humanisme réel : Céline, c’est l’anti-christ fait homme. Bernanos, lui, c’est le christ mis en mots et en (l)armes. Avec Bernanos et sa morgue, l’homme tout entier, l’homme total, n’a qu’à aller se coucher, n’a qu’à retourner dans le père, au cœur de la première guerre de toute les guerres, ravalé par sa naissance. L’homme de Bernanos ne doit pas être né, il doit mourir éternellement à partir de l’instant où il se sait et se veut tout homme, tout étant et tout devenant. La révolution, une fois pour toutes, est chez Bernanos, est celle, scandaleuse, du dieu tueur d’homme, du dieu sacrifiant le fils : cette révolution est l’autre nom de la mort elle-même.
« L’humanité a été victime jusqu’à ce jour de beaucoup d’expériences, mais ces expériences étaient jadis des expériences empiriques, elles étaient faites au petit bonheur, elles se contredisaient souvent les unes les autres. C’est pour la première fois qu’elle entre dans un laboratoire admirablement outillé, pourvu de toutes les ressources de la technique et dont elle peut sortir mutilée à jamais. En ce cas, les opérateurs s’essuieront les mains à leur blouse écarlate, et c’en sera fini pour toujours. J’ai bien le droit de regarder ce laboratoire en face. Les opérateurs se disent sûrs d’eux. Mais sont-ils sûrs de ce qu’ils ont là, étendu devant eux, sur leur table d’opération ? Si l’homme n’était pas ce qu’ils croient ? Si leur définition de l’homme se révélait un jour fausse et incomplète ? Et, par exemple, ils le tiennent pour un animal industrieux, soumis au déterminisme des choses, et néanmoins indéfiniment perfectible. Mais si l’homme était réellement créé à l’image de Dieu ? Qu’il y ait en lui une proportion quelconque, si petite qu’on la suppose, de liberté, à quoi donc aboutiraient leurs expériences, sinon à la mutilation d’un organe essentiel ? S’il existait dans l’homme ce principe d’autodestruction, cette mystérieuse haine de soi que nous appelons péché originel, et que les techniciens n’ont pas manqué d’observer, car il explique toutes les affreuses déceptions de l’histoire ? C’est vrai qu’ils le mettent non au compte de l’homme mais à celui d’une mauvaise organisation du monde. S’ils se trompaient pourtant ? Si l’injustice était dans l’homme et que toutes les contraintes ne fissent qu’en renforcer la malfaisance ? Si l’homme ne pouvait se réaliser qu’en Dieu ? Si l’opération délicate de l’amputer de sa part divine – ou du moins d’atrophier systématiquement cette part jusqu’à ce qu’elle tombe desséchée comme un organe où le sang ne circule plus – aboutissait à faire de lui une bête féroce ? Ou pis peut-être, une bête à jamais domestiquée, un animal domestique ? (2) »
La révolution doit toujours déjà avoir eu lieu pour Bernanos, comme pour toute la droite contre-révolutionnaire : la révolution est le fait de dieu par excellence. Le phénomène révolutionnaire donne un espace à dieu, lui donne un lieu et une humanité pour être créateur. La dite révolution conservatrice est une par essence contre-révolutionnaire : elle le revendique, elle pose l’idée de la révolution pour imposer dieu. Toute révolution humaine est contre dieu.
En deux mots : pour Bernanos, la révolution qu’est l’homme, lorsqu’il se veut créateur de lui-même, est sa fin ; pour Deleuze, cette même révolution, qui le fait créateur de sa vie, le crée lui-même, l’invente en affects, en percepts et en concepts. Une totalité fait homme pour un monde humanisé d’un bout à l’autre, d’un nord à un sud, d’ouest en est. De la lune à la Champagne-Ardenne, d’un soleil à un autre. Bernanos, blotti dans le fond boueux de sa tranchée pilonnée de bombes de 1914, hait cette invention, nie cette technicité qui est la vie-même, ne veut plus rien savoir d’une domestication conséquente et innovante de l’homme par lui-même. Deleuze jouit, lui, pleinement de cette vision : d’un homme mis au centre de sa propre jeunesse et de sa propre genèse. D’un homme pour l’homme, par l’homme. L’hommisme de Gilles Deleuze refuse l’enfance humiliée de Bernanos : la droite française aime en effet se savoir honteuse, malade de son passé, torturée de culpabilité ; elle joue éternellement la partie d’une enfance perdue, proche d’une origine glorieuse ; mais l’histoire passée par là, la droite française veut stopper le temps de son dévoiement, l’époque de sa trahison. La droite par définition ne digérera jamais l’hitlérisme. Elle fabrique du mythe, elle relance de la commémoration, de la célébration : la cérémonie se fait fictionnement.
Pour Deleuze comme pour Nietzsche, l’enfant n’est une valeur que pour l’à venir de l’humanité ; car la révolution-vie le pousse devant, toujours.
Pour Bernanos, l’enfance reste et demeure la honte remâchée, la culpabilité bue à nouveau, la charge rechargée, le Mal ré-enfoncé dans l’âme.
(1) Gilles Deleuze et Claire Parnet, Dialogues, p.176, Champs Flammarion, 1996.
(2) Georges Bernanos, La liberté, pour quoi faire ?, p.131, Folio.
Alain Jugnon
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Commentaires (19)
Kaba
Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin de l'idée de dieu pour établir et faire respecter nos lois. Aussi, ce n'est pas le christianisme seul, mais toutes les religions qui sont des idéologies de droite.
Combien y a-t-il de galaxies ?
Combien d'étoiles dans une galaxie ?
Combien de planètes autour de ces étoiles ?
Et même si une seule planète sur un milliard offre un milieu propice au développement de la vie, combien de planètes sont-elles dans ce cas ?
"Crésus" ne peut pas compter les zéros !
(Si, il le peut, mais notons que Giono faisait une erreur : en billets de 5000 F, son héros traînait une petite lune derrière lui ; 30 zéros, disait-il...)
alain jugnon
Martine L
alain jugnon
Yossi Malka
Avi Barack
Sarah Bornstein
Yossi Malka
Avant de parler des hommes il faut en être un .Et pour en être un , un brin d’humilité suffit. De là à parler des « Dieux » , c’est le comble .
alain jugnon
Luce Caggini
Me suis bien gardée de lire les réponses des amis de Reflets du Temps, pour ne pas être dérangée par des plus savants que moi.
Ce discours de Benoit XVI me gène pour les catholiques et les religieux.
Il me fait penser à ces prêchi-prêchas que j’ai tellement entendus à NYC, pour améliorer mon anglais par ce qu ‘ ils parlent lentement pour être compris par tous les nouveaux arrivants , y compris les latinos .
Que celui qui se met en quête de soi , ne pense pas tout de suite :et Dieu ?,
ça m ‘étonnerait .
Il faut bien quelles que petites épreuves pour faire the first step .
Jésus lui même a du le faire,ne serait- ce que pour ne pas passer pour un barge .Sa mère a bien du lui dire qu ‘elle avait fait un beau rêve.
Quelles mères ne rêvent pas ?
On m’a dit qu ‘ un homme qui revient d’ un long séjour dans le désert n ‘est plus tout à fait le même, après avoir contemplé les étoiles .Je l ‘ai connu et j ‘ai su ses interrogations.
Je les ai prises à mon compte et here Im.
Il avait en quelque sorte inversé son image , à force de rester le nez en l ‘air , la nuit sous sa couverture de laine .
Il avait fini non pas par voir Dieu , mais une myriades d e petites lumières qui
s’ adressaient à lui seul .Pas plus de christianisme en vue, que de vérité révélée. Juste un micron d’ humanité en pleine vie ,sans douter de la jouissance d’ une belle réalité de chaud et de froid , d’ une belle émotion à voir le soleil se lever le lendemain.
Bien loin de la France , le réel n est pas dans la France qui pue de l ‘âme , ni dans les commentaires de prêtres et des papes qui cherchent à gagner les votes comme les politiques, mais dans le magique mot : Vie et Mort commencent le même jour .
Jean-François Vincent
Christine Mercandier
Matthieu Delorme
Et comme je suis sérieux, j’ai lu le reste. Dommage. « Deleuze contre Bernanos » !! Céline l’anti-christ !! On dirait les perles du baccalauréat des plus mauvais candidats. Indigent !
eva talineau
Jean-Luc Lamouché
Je vous rejoins, par exemple, sur ce véritable culte de la nouveauté, assimilée directement à la beauté, avec mise en fanfare médiatique ! Avec ce processus infernal de marchandisation des images et des emballements médiatiques (que Pierre Bourdieu, entre autre, avait montré). De la même façon, il est vrai qu'un Benoît XVI - sauf en ce qui concerne une relative critique des "excès" du capitalisme mondialisé - n'est certes pas un modernisateur du catholicisme, à la grande différence d'un Jean XXIII à l'époque du Concile Vatican II (1962-1965).
Par contre, j'ai quelques questions à vous poser sur votre façon d'asséner des "vérités" qui, pour un historien, ne peuvent pas être laissées en l'état.
1- Ne semblez-vous pas faire l'impasse sur le fait incontestable qu'il existe un humanisme chrétien, aussi important que l'humanisme républicain ?
2- Pourquoi avoir utilisé le mot "christianisme" dans votre texte, alors que celui de "catholicisme" aurait été mieux choisi (surtout avec une illustration du pape Benoît XVI en haut de votre chronique) ?
3- Croyez-vous vraiment qu'il faille mettre dans le même paquet toutes celles et tous ceux qui se réfèrent aux Evangiles, c'est-à-dire des traditionalistes et intégristes obscurantistes jusqu'aux chrétiens progressistes (laïcs et très attachés aux lois de 1905) ?
4- Ignoreriez-vous les évolutions politiques considérables du christianisme, au moins depuis les années 1930 (en France) ? N'auriez-vous jamais entendu parler, par exemple, du mouvement du "Sillon" (de Marc Sangnier), qui soutint le Front Populaire de 1936 à 1938, et déboucha, après la guerre, sur la démocratie chrétienne, puis sur le socialisme chrétien ? Et de ce qu'on appela, en Amérique latine, la "Théologie de la Libération" (même si ce mouvement révolutionnaire catholique est aujourd'hui en très net recul, pour de multiples raisons) ?
5- Seriez-vous toujours enfermé dans la vision exclusive de "l'opium du peuple" (chère à Karl Marx) ?
gilles josse
Jean-François Vincent