La crise américaine ou "La Ferme des Animaux" de George Orwell

Ecrit par Peter Gabor le 15 juillet 2011. dans Economie, Monde, La une, Politique

La crise américaine ou


Novembre 1989. C'est La fin de l'expérience communiste. Les Allemands détruisent le Mur qui était sensé symboliser la frontière entre la Démocratie et le Totalitarisme alors que ça n'était qu'un Mur érigé entre la Réalité et l'Utopie. Me souvenant alors d'avoir lu pendant mon adolescence la Ferme des Animaux, mon premier mot fut alors : « tiens, le Capitalisme dépose le bilan de sa filiale Communiste ».


Quelques mois plus tôt pour garder le statut de la Nation la plus favorisée, les Russes signent entre Stockholm et Helsinki des accords de paix, de désarmement et d'un retour progressif vers le respect des droits de l'homme. Peu d'économistes de l'époque avaient fait la relation avec les mauvaises récoltes des dernières années Gorbatchévienne. L'Union Soviétique crevait de faim. Et ils étaient sous perfusion d'aide pour importer du blé des États Unis à des tarifs privilégiés. L'Union soviétique était au bord de la faillite économique et ne tenait plus que par le miracle de l'aide du monde capitaliste.

C'est alors que je me souvins des passages de l'ouvrage de George Orwell qui mettaient en scène la révolte des animaux, l'instauration d'une utopie puis la dégradation et la perversion du système et enfin, le commerce nécessaire entre cette ferme et celle de l’Homme voisine afin de pourvoir à l'économie de la ferme utopiste.

La métaphore devenait limpide. Le jour où le Mur s'écroule, je me dis, ça y est le capitalisme dépose le bilan de sa  filiale, parce qu'ils sont eux-mêmes en difficulté. Keynes avait déjà analysé cette baisse tendancielle des taux de profits, il ne pouvait en être autrement. Les liquidités commençaient à se raréfier. Et le monde de la Finance n'aime pas placer à perte. Il aime quand ça rapporte et quand ça rapporte gros, et tout de suite.


L'Utopie Communiste avait survécu sous perfusion des prêts de l'Ouest, mais quand l'Argent est venu à manquer, c'est tout naturellement qu'on fit comprendre aux dirigeants communistes que l'heure des comptes avait sonné. La fin du Mur de Berlin était le signe annonciateur de la crise que vit aujourd'hui le système libéral. Un système basé sur le profit le plus immédiat, sur l'idée qu'on peut se passer du travail pour faire fructifier son capital alors que c'est tout à fait contraire à la création de la Valeur décrit par Marx, Ricardo, Keynes et bien sûr Max Weber. Débarrassé des dettes de l'Union Soviétique, les États Unis ont continué à vivre au-dessus de leurs moyens. Engageant des guerres coûteuses au lieu d'assainir leur dettes.


L'emploi n'a jamais été au cœur des préoccupations de « l’hydre » capitaliste. Pas plus que l'Humanisme et la place de l'Homme au cœur de la cité, de l'entreprise. La crise Américaine, c'est tout simplement une véritable crise des valeurs sociétales. Tant que le rendement de l'argent sera le seul moteur, la seule mesure de la performance d'une civilisation, nous tournerons en rond pour résoudre l'insoluble.

L'Argent ne crée rien. Ce sont les hommes qui créent. L'Argent doit tout aux Hommes et les Hommes doivent un petit peu à l'Argent. Il y a une de corrélation constante entre ces concepts «économiques».


On ne peut sans cesse mesurer la rentabilité des hommes à l'aune de la rentabilité de l'argent. Ce n'est pas juste et ce n'est pas raisonnable. Les révolutions technologiques des vingt dernières années vont mettre sur la touche la moitié du secteur tertiaire, la plus fragilisée par l'informatique mondialisée. Et jamais les mondes agricoles et industriels (en France particulièrement touchée) n'auront assez de place pour permettre aux chômeurs du «secteur des services», un retour aux fondamentaux économiques. Et jamais le Tourisme ne produira assez de liquidités pour contrebalancer les déficits industriels et agricoles. Pas plus que l'Industrie du Luxe.


La dégradation de la notation des États Unis par les Moody's ne doit pas se mesurer à l'aune de la dette, mais de la valeur. Jamais les hommes n'ont vécu en aussi bonne santé. Jamais les Hommes n'ont vécu aussi longtemps. Les hommes sont capables de créer des richesses incommensurables et pas forcément nuisibles à la planète. Il faut réorienter les politiques, restructurer les dettes en mettant en perspective la structure d'équilibres industriels, sociales, humaines.

Le monde ne peut être dirigé par la sphère de l'Argent parce qu'il nous conduit droit dans le mur de nos illusions. Devenir riche, reste une valeur universelle. Mais vous l'aurez compris, c'était déjà une utopie en 1989, lorsque le monde libre a explosé de joie.

Les jeunes d'alors ont été trompés. On leur a dit que c'est la victoire de la Liberté sur l'asservissement, alors que ce n'était que la victoire du monde financier qui ne trouvait plus son intérêt à soutenir l'Utopie communiste.


Oui George Orwell aurait pu prévoir la dégradation des Moody's. Il avait parfaitement compris que quelque soit le système, les hommes étaient «condamnés» à vivre ensemble.


Peter Gabor | designer, enseignant et directeur de l’école supérieure de la création numérique (e-artsup


A propos de l'auteur

Peter Gabor

Peter Gabor

Rédacteur

Typographe et graphiste

Directeur d'E-Artsup Paris

Commentaires (6)

  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    16 juillet 2011 à 19:56 |
    Concision, clarté, quel bel exposé !
    Merci
  • Martine L

    Martine L

    16 juillet 2011 à 12:56 |
    Votre texte est très original - du coup, on s'y jette bien plus vite que dans un papier " savant" - très fin aussi : poule et œuf : quand est-on dans la primauté du politique et de l'idéologique fossilisé dans l'ambre, quand, est-on, sans vergogne, dans la toute puissance économique et financière ? Comment lire le monde, si ce n'est par d'éternelles recherches de" pseudo - équilibre "? On pense en vous lisant aux perfusions en direction de Cuba, ou de tel ou tel pays africain , contre balancées par les rituels, anathèmes et blocus, de l"autre côté"... La crise américaine actuelle, propice à donner des cauchemars à toute la planète, au vu du vocabulaire anxiogène employé, est aussi - semble-t-il - politique, visant à déstabiliser Obama. On retrouve donc, votre problématique !
  • peter gabor

    peter gabor

    15 juillet 2011 à 22:30 |
    Daniel bonsoir, je n'ai pas une opinion très affirmée sur ces questions. Le terrorisme qui «salit les mains» s'inscrit selon moi dans une perspective de «prise pouvoir» ou de «garder le pouvoir». En cela Naomi Klein a raison de dénoncer ce qu'elle appelle le Shock Terror, s'inspirant de la pensée de Naom Chomsky. Intellectuellement je préfère Buzatti dans le K qui montre que l'essentiel de l'affaire est justement Le Pouvoir. Mais entre la raison et la nécessité, il y a ce débat qui dure depuis Platon sur la question de savoir si la Nature justifie la Force (puisqu'elle est naturelle). Et la réponse bien entendu est non. Avec tous les dérives et les exactions que l'on connait, l'homme ne s'en tirera que par l'adhésion à une solidarité humaine sinon, fini l'homme sur la terre. Et la planète s'en passera. Je ne suis ni utopiste, on l'aura compris, ni un revanchard. Juste un citoyen-observateur qui ne supporte pas le mensonge que l'on fait aux peuples. Cela fait trente ans que je ne vote plus pour ces raisons là. Et si tout le monde faisait comme moi? Eh bien on élirait les représentants du peuple en les tirant au sort. Comme pour les Jury d'Assises. Ça calmerait vite les partis politiques et le carriérisme qu'ils entraînent dans leur sillage.
    • didier ayres

      didier ayres

      16 juillet 2011 à 10:30 |
      peter
      je suis bien plus court que vous sur l'instruction que vous avez de vos lectures américaines, et je me demandais simplement si le "terrorisme" n'était qu'une sorte de fantôme, dont les puissants, qui, en vérité sont protégés, ne servirait pas à justifier des guerres (où les industriels ont des affaires), maintenir des plans de surveillance (vigipirate rouge ou noir) et laisser les peuples dans la pénombre de leur peur
      mais, je ne suis qu'un citoyen, qui ne devrait pas voter (à cause de mes sympathies politiques) mais qui vote benoîtement comme tout un chacun, en espérant que les tyrans domestiques et autres caligula bruxellois ne nous dévorent pas complètement; mais qui puis-je?
      votre, da.
  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    15 juillet 2011 à 19:57 |
    La crise bancaire actuelle, qui est une crise du crédit, illustre les limites de l’économie de l’offre qui a constitué et constitue encore le cadre intellectuel de la plupart des politiques économiques. Rappelons brièvement ce qu’est une économie de l’offre : il s’agit de produire et de vendre à des prix de plus en plus bas. Pour acheter, les salaires étant plus ou moins bloqués, il faut donc des taux d’intérêts aussi bas que possible ; mais il y a une limite : celle où les ménages ne peuvent malgré tout pas consommer faute d’un pouvoir d’achat suffisant. D’où l’idée d’accorder des crédits à des débiteurs que l’on sait non solvables…
    Le sauvetage des banques a impliqué un endettement massif des états : situation inacceptable pour une économie de l’offre puisqu’elle implique immanquablement une hausse des taux d’intérêts ! La solution consisterait à passer d’une économie de l’offre à une économie de la demande (théorie keynésienne), c’est-à-dire à « réamorcer la pompe » en augmentant les investissements publics et les salaires, au prix – c’est vrai – d’une augmentation de la masse monétaire, donc de l’inflation. Seul Obama emprunte – très timidement ! – cette voie…Au grand dam des parlementaires républicains.
    La fin de l’Union soviétique et ses satellites, qui, en effet, vivaient aux crochets de l’occident, s’explique, en partie, par le passage à cette économie de l’offre, préconisée par l’école de Chicago et mis en œuvre d’abord par des politiques comme Thatcher ou Reagan, puis par tout le monde. Il est temps d’en revenir aux solutions de Keynes.
  • didier ayres

    didier ayres

    15 juillet 2011 à 18:32 |
    peter
    votre analyse est très forte, et je partage tout à fait cette vue
    que pensez-vous dans le cadre de cette réflexion de l'ennemi "terroriste" qui effraye les peuples, et de son rapport avec les puissants?
    est-ce cette vision terrible de fassbinder et sa "troisième génération" qui vous paraît la plus plausible?
    renseignez-moi en tout cas sur votre position
    votre
    da.

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