Obama et l'ombre d'Hadrien

Ecrit par Léon-Marc Levy le 01 août 2011. dans Monde, La une, Histoire, Littérature

Obama et l'ombre d'Hadrien

Barack Obama a entrepris depuis son accession à la Maison Blanche, avec une certaine constance malgré les déboires répétés, il faut lui en savoir gré, de convaincre Israël de son propre intérêt à une série d’objectifs : geler (enfin !) la colonisation, viser une paix globale dans la région, aider à la construction d’une Palestine souveraine et alliée. Vaste et noble entreprise, et M. Obama ne peut que susciter le soutien des gens de progrès, voire l’enthousiasme de ceux qui pensent, et j’en suis personnellement,  que Juifs et musulmans ont su, et sauront de nouveau un jour, vivre ensemble sur cette terre qui leur appartient à égale légitimité.

Ma réserve vient de l’Histoire et de ce qu’elle nous apprend du peuple Juif et de ses rapports particuliers à ceux qui veulent exercer une autorité sur lui.

Marguerite YOURCENAR, dans ses « Mémoires d’Hadrien », prête à l’empereur ces mots, prononcés après avoir rencontré le chef des Juifs révoltés en Judée, Rabbi Akiba, pour le convaincre de signer la paix : « Il y a dans le regard de cet homme, et au-delà de cet homme de son peuple, une lueur indomptable et fanatique. Nous ne soumettrons jamais ces gens. »

Ca s’annonce bien pour Obama ! D’autant que, l’Histoire s’amuse souvent à de surprenants clins d’œil, le même Hadrien avait dû, dès son accession au pouvoir, retirer ses troupes de Mésopotamie (actuelle Irak) dans laquelle elles étaient empêtrées !

Plus encore : tous les textes fondateurs du Judaïsme nous apprennent que la longue relation des Juifs avec Dieu lui-même a été une interminable suite de confrontations. A un journaliste qui lui demandait où il en était de ses rapports avec Dieu, Elie Wiesel a répondu : « On se dispute tous les jours » ! Moïse, Héros s’il en est du peuple Juif, passe le plus clair de son temps à douter de Dieu, à contester ses ordres, à lui reprocher ses décisions, à lui jeter à la face le résultat contestable de certaines de ses entreprises. A tel point que Yahvé, épuisé de ses « disputes » avec Moïse, finit par s’appuyer sur l’intermédiaire doux et sage du frère de Moïse, Aaron !

Au XVIIIème siècle, des Juifs polonais, épouvantés par les pogroms, ont même convoqué, un tribunal pour juger… Dieu ! Chef d’accusation : « non-assistance à peuple en danger » ! Et Dieu fut condamné, à l’unanimité ! (*)

Et M. Obama pense que M. Nétanyahou va l’écouter, lui obéir, se ranger à ses raisons, si fondées soient-elles ? Nous le souhaitons ardemment. Mais, vous savez maintenant pourquoi, j’ai un doute … Et le dernier discours de Nétanyahou devant le Congrès américain ne va pas forcer ma conviction !

(*) Source : « Moïse » Charles Szlakmann (Folio)


Léon-Marc Levy


A propos de l'auteur

Léon-Marc Levy

Léon-Marc Levy

 

Modérateur

Professeur agrégé de Lettres Modernes

Maîtrise de philosophie

Directeur du magazine "La Cause Littéraire"

Rédacteur en Chef du "920-Revue.fr"

Animateur de "Thème et Texte"

 

Commentaires (13)

  • Virginie Holtzer

    Virginie Holtzer

    11 août 2011 à 11:40 |
    Amusante cette dispute que je ne connaissais pas car c'est ce que j'ai souvent pensé moi-même : D. devrait être condamné pour non-assistance à personne en danger ! Ou bien, s'il existe, c'est sans l'ombre d'un doute le plus grand serial killer du monde.
    Mais ce sont là des réflexions amusées (uniquement) car D. me paraît surtout, très au-delà de tout cela, et nous ne sommes qu'une espèce parmi d'autres.
    Comme le dit si bien Woody Allen : "Non seulement Dieu n'existe pas, mais essayez de trouver un plombier le dimanche".
  • yossi Malka

    yossi Malka

    05 août 2011 à 11:13 |
    Le seul qui n'a pas négocié avec Dieu , ou s'est disputé avec c'est Noé . Alors pourquoi dit-on Dieu d'Abraham d'Isaac de Jacob , de Moïse et non de Noé, Car Abraham et donc ses descendants directs , ainsi que Moïse , ont défendu l'être humain devant la colère de Dieu .
    Ainsi Dieu apprécie et encourage ceux qui peuvent contester une décision qui met en jeu le devenir de l'Homme
    • eva talineau

      eva talineau

      05 août 2011 à 19:50 |
      très pertinente, cette remarque ! le Dieu d'Israel apprécie ceux qui discutent avec lui, et sont capables de lui tenir tête. De Noé, il n'est dit dans la Genèse que le fait "qu'il a trouvé grâce aux yeux de Dieu", alors que les hommes de son temps ne pensaient qu'au mal, faisaient mal, n'aimaient que le mal (d'où la colère de Dieu et sa décision de les détruire). Puis, le texte le représente dans son obéissance à exécuter ce qui lui est demandé (construire l'Arche etc..). A aucun moment il ne discute, ne conteste, n'intercède pour les autres humains, ne marchande. Il faudrait vérifier, je n'ai pas le texte sous la main, mais je crois bien que Noé ne dit..aucune parole. Il se soumet à la volonté divine, sans y ajouter ni y retrancher quoi que ce soit.
      Et le Dieu d'Israel n'est pas un Dieu qui aime qu'on lui soit soumis, qu'on lui obéisse, même s'il passe son temps à réclamer plus d'observance pour ses commandements et à réprimander son peuple, via les prophètes, d'être "infidèle". Ceux qu'il aime, ceux avec qui il "traite", ne sont pas des "bénis-oui-oui". Israël comme peuple s'est donné un Dieu qu'on ne peut pas satisfaire en étant conforme, bien comme il faut, un petit chien obéissant à la voix de son Maître, il s'est donné un Dieu ..plutôt complexe et contradictoire, qui aime ceux qui osent le contredire, sur lequel les hommes peuvent exercer une influence par ce qu'ils disent et font.
      • Yossi Malka

        Yossi Malka

        07 août 2011 à 13:47 |
        Vous avez parfaitement résumé le principe de la relation du Juif avec Dieu .Même la Crainte Divine , n’est pas entre les mains de Dieu , c’est la seule faculté qui est entièrement laissée à l’Homme : « tout est entre les mains du Ciel sauf la crainte du Ciel » .Concernant Noé effectivement il n’a pas marchandé ou dit un mot lorsque Dieu a décidé d’anéantir le Monde, contrairement à Abraham qui a marchandé avec Dieu lorsque Celui-ci lui a annoncé la destruction de Sodom et Ghomore. Le texte le qualifie de « Ich Tamim » , un homme naïf, simplet .L’autre facette qu’a engendré cette faculté d’user entièrement de son libre arbitre-principe fondamental- pour « faire face à Dieu » , c’est la recherche d’accomplir Sa Volonté ; d’où les nombreux commentaires et monuments litérraires tels que le Talmud ,le Midrach, voire même le Zohar ou Kabbale .
        • Kaba

          Kaba

          12 août 2011 à 22:07 |
          Très amicalement, Yossi, je vous recommande la lecture du poème de Victor Hugo : "Les filles de Loth".
          Mais tous les commentaires que l'on lit ici confirment que le dieu d'Abraham, etc, a bien été créé par l'homme, par les prêtres, je veux dire. Géniale invention mais il faut maintenant la dépasser.
          • Kaba

            Kaba

            12 août 2011 à 22:37 |
            Il s'agit(rait) de Musset et non de Hugo, Kaba.
            "Pan sur le bec" !
  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    02 août 2011 à 16:15 |
    Pleine d'humour, cette dispute avec D. !!!

    Moïse s'est souvent disputé avec D. et quand il se trouvait en difficulté devant des tribus révoltées, il se prosternait, le visage dans la poussière, se donnant le temps de préparer sa réponse ...
    M. Lévy
  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    02 août 2011 à 07:54 |
    Je commande ce jour le "Moïse" de Szlakmann. Merci du tuyau!
  • Karim Tahout

    Karim Tahout

    01 août 2011 à 20:56 |
    Merci d'évoquer ici l'admirable livre de Marguerite Yourcenar "Mémoires d'Hadrien". Un de mes "chemins de lectures" comme vous le dites si bien ailleurs ! :-)
  • didier ayres

    didier ayres

    01 août 2011 à 16:18 |
    quelle belle formule que celle de la rébellion, qui se lit dans les yeux du peuple juif! rapprochais-tu cela de ce que je crois être de la colère chez jésus (doublée d'une forme de doute et d'abandon)? en tout cas, l'espoir d'une fraternité des réligions du livre, comme l'opulente et calme période des almohades, laisse songeur devant ce que nos puissants espèrent de la division de chacun et des bornages sécuritaires (qui finnissent par être une demande venant de chacun, comme si c'était naturel -et non pas politique!!); bien à toi
    • Yossi Malka

      Yossi Malka

      01 août 2011 à 20:17 |
      Je pense humblement, de mes souvenirs d’Histoire du Maroc qu’il y aurait confusion avec l’Epoque des Almoravides . Sous les Almohades , ce fut l’époque du « SHMAD » ( conversion forcée), on a forcé principalement les juifs de Fès de se convertir. Ces conversions ont un témoignage de nos jours, où nombreux les musulmans de Fès qui portent des noms juifs et non des moindres comme : Kohen , El Kouihen , Ben Moussa(fils de Moïse)… . Ce ne fut pas une période calme pour tout le monde .
      • didier ayres

        didier ayres

        06 août 2011 à 13:36 |
        oui, yossi, j'ai dû être trop hâtif, mais je pensais à des paroles d'espoir et à la fameuse citation de jean genet que j'emploie souvent et qui fait la différence entre la brutalité et la violence en disant : "j'appelle violence une audace au repos amoureuse des périls"
        merci pour votre commentaire
        da.
  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    01 août 2011 à 15:41 |
    La relation nuptiale qui unit Israël à Dieu a toujours été tumultueuse : depuis Jacob qui se bat comme un chiffonnier avec Lui (Gen 32, 23-32) jusqu’à Job, à qui Dieu, harassé par ses reproches, finit par dire (Job 38, 4) : « où étais-tu quand je fondais la terre ? ». Si Israël a du mal à s’entendre avec Dieu, à plus forte raison avec les nations, ces goyim qui lui font la guerre depuis les origines et qui périodiquement cherchent à le détruire…La naïveté d’Obama à l’égard du Proche-Orient en général et d’Israël en particulier fait qu’il aura - là comme ailleurs - d’amères désillusions : Netanyahou a sûrement la nuque raide, et, qui plus est, il n’a rien de science exégétique ni de la sagesse de Rav Akiba !

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