Une enquête philosophique, Philip Kerr

Ecrit par Léon-Marc Levy le 08 août 2011. dans La une, Littérature

Une enquête philosophique, Philip Kerr

Toute traque policière d’un serial killer a forcément quelque chose d’un dédale pour l’esprit : indices volontaires ou accidentels au long de la piste, déductions psychologiques, profilage, anticipation… Il faut avouer néanmoins que la traque de « Ludwig Wittgenstein », assassin de « Descartes », « Hegel » et quelques autres dans le cadre d’un programme d’ « encadrement » de tueurs en série dénommé « Cesare Lombroso », ça n’arrive pas tous les jours dans la carrière d’un flic. Même si ce flic est une grande flic, « Jake » Jacowicz, séduisante quadra et limier hors pair.

Philip Kerr, l’auteur de « La Trilogie Berlinoise », lue par des millions de lecteurs dans le monde entier, nous emmène cette fois sur un surprenant toboggan logique ou les énoncés du « tractatus logico-philosophicus » du vrai Wittgenstein orchestrent en permanence le rythme du roman. Jeu d’échanges et de défis entre un tueur particulièrement érudit et malin et une enquêtrice tenace, audacieuse et intelligente. Le duel est fascinant, de bout en bout, établissant, comme c’est souvent le cas dans ces chasses au serial, une relation étrange de haine/fascination entre le « gibier » (qui est-ce ?) et le « chasseur » (même question). Une sorte de respect mutuel qui s’instaure dans la violence des échanges, l’obstination à vaincre, comme dans une sorte de partie d’échecs entre deux grands maîtres.

Kerr a situé l’action en 2013. Au moment où il a écrit ce livre (première édition en 1992) c’était un polar SF. C’est une autre source de plaisir que de noter, tout au long du récit, ce que l’auteur, à la manière d’un Jules Verne, avait parfaitement anticipé du progrès technologique : SMS, mails, portables, face Time, Internet généralisé etc.

Vous vous laisserez porter par le jeu de pistes et d’esprit, jusqu’à un dénouement décalé et inattendu.

Ecoutez « Wittgenstein » :

« Descartes ? Jusqu’ici je l’avais gardé en réserve. Mais il y avait toutes ces sottises à propos de l’existence de Dieu comme preuve du monde perceptible. Et puis d’une certaine façon, c’était un peu sa faute si nous en étions là. Allons, c’était décidé ; ce serait Descartes. Le père de la philosophie moderne. Il s’agirait là d’un meurtre perpétré par pur scepticisme. Il ne vivra pas. Voyez : d’un trait, je le condamne.

Je tue , donc je suis. »


Léon-Marc Levy

Avec l'autorisation de "La Cause Littéraire"

A propos de l'auteur

Léon-Marc Levy

Léon-Marc Levy

 

Modérateur

Professeur agrégé de Lettres Modernes

Maîtrise de philosophie

Directeur du magazine "La Cause Littéraire"

Rédacteur en Chef du "920-Revue.fr"

Animateur de "Thème et Texte"

 

Commentaires (4)

  • Virginie Holtzer

    Virginie Holtzer

    12 août 2011 à 12:29 |
    Merci Jean-François !
  • Virginie Holtzer

    Virginie Holtzer

    11 août 2011 à 11:35 |
    Même avis : merci ! Je suis alléchée et je pense que je vais me précipiter sur ce tueur, euh pardon, cet auteur !
    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      11 août 2011 à 17:01 |
      Welcome back Virginie!
  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    08 août 2011 à 19:01 |
    « Occido ergo sum ! », quel beau programme ! Surtout quand les victimes sont affublées par l’assassin du nom de morts célèbres….Y aurait-il dans cette relation « ontologique » au crime quelque fatalisme génétique (cf. la référence à Lombroso) ? Plus vraisemblablement la séduisante Jacowicz est aussi un peu psychanalyste sur les bords, comme le dit Freud : « dans nos désirs inconscients, nous supprimons journellement, et à toute heure du jour, tous ceux qui se trouvent sur notre chemin, qui nous ont offensés ou lésés. « Que le diable l'emporte! » disons-nous couramment sur un ton de plaisanterie, destiné à dissimuler notre mauvaise humeur. Mais ce que nous voulons dire réellement, sans l'oser, c'est la que la mort l'emporte ! », et ce souhait de mort, notre inconscient le prend plus au sérieux que nous ne le pensons nous-mêmes et lui donne un accent que notre conscience est prête à désavouer. Notre inconscient tue même pour des détails ; comme l'ancienne législation athénienne de Dracon, il ne connaît pas d'autre châtiment pour les crimes que la mort, en quoi il est assez logique, puisque tout tort infligé à notre moi tout-puissant et autocratique est, au fond, un crimen laesae majestatis » (Considérations actuelles sur la guerre et la mort). Merci, en tout cas, de nous faire connaitre cet auteur alléchant.

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