Les échos de l'Evangile dans le Coran

Lorsque le Prophète commençait à réciter le Coran, l’Arabie a connu trois prophètes arabes avant lui. Ils professaient déjà un monothéisme similaire, voire identifié, à celui des juifs. Leurs noms, Houd, Salih, et Chou’aïb, sont consignés dans la sourate XI, versets 50, 61, 84 (1). Mohamet sera le dernier. Il se dit annoncé par Jésus. « O fils d’Israël ! Je suis envoyé pour vous annoncer l’avènement d’un prophète qui viendra après moi. Son nom est Ahmed » (LXI-6) (2).
Le prophète avait de toute évidence connaissance de l’Evangile selon Saint Jean où on peut lire ces paroles de Jésus : « C’est votre intérêt que je parte, car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous. Mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16-7).
Pour l’Église, le Paraclet est le Saint Esprit, et il se manifestera à la Pentecôte. Mais les musulmans donnent au mot Parakletos de l’Evangile, écrit en grec, un sens différent, sans doute par altération, qui signifie non pas intercesseur, mais le plus loué. En arabe, Mahomet.
En ce temps-là, l’extension de l’Empire romain d’Orient couvrait la Palestine, et l’influence chrétienne se faisait sentir, avec les Nestoriens, en Arabie du nord. En fait, des vestiges d’églises ont été découverts jusque dans les Émirats du Golfe. La Mecque et Yathrib (la future Médine) étaient, en partant de Jérusalem, sur le chemin du Yémen, où était située la mythique Saba. Il y a eu un Yémen juif, et un Yémen chrétien. Rien d’extraordinaire donc à ce qu’il y ait eu tout le long des tribus christianisées.
Quoiqu’il en soit, le contact avec les chrétiens a laissé des traces dans le Coran, à travers Jean Baptiste, Jésus et Marie. Quelques lignes ont été consacrées à Jean Baptiste, Yahya en arabe, (XIX 7,12). Il lui échoit de parler de Marie (Meryam). Celle-ci était assez vénérée pour donner son nom à la sourate XIX, appelée Sourate Meryam, longue de 98 versets.
L’histoire de la Vierge Marie commence avec une véritable Annonciation (III 42) « O Marie, Allah t’a choisie parmi toutes les femmes de l’univers », mais les anges sont bien plus précis que celui de l’Evangile (Al-Injil) « Dieu t’annonce un Verbe procédant de Lui. Il a pour nom le Messie, Jésus ».Il « est à l’image d’Adam : Il l’a conçu de terre et lui a dit : Sois ! et il fut » (III, 45, 59).
On voit, à ce propos, non seulement l’influence des Nestoriens, qui ne parlent pas de Marie en tant queThéotokos (Mère de Dieu) lui préférant le titre de Christotokos (Mère du Christ), mais l’influence surtout des Ariens, dont la doctrine nie l’égalité en divinité entre le Père et le Fils. En effet dans le Coran, « le Messie, fils de Marie, n’est autre qu’un prophète, lequel a été précédé par d’autres prophètes » (V-75).
Ce nouvel Adam fait penser au dernier Adam de Paul de Tarse, dont les Epîtres aux Corinthiens (1Co) et aux Romains (Rm) datent du 1er siècle. « Adam est la figure de celui qui devait venir » (Rm5-14). Ainsi « le premier homme Adam, a été fait âme vivante, le dernier Adam, esprit vivifiant » (1Co 15-45). Le Prophète a-t-il eu aussi connaissance des Epîtres ?
On note une série de versets coraniques révélés au futur concernant le nouvel Adam affirmé en III-59. « Il fera entendre sa parole aux hommes depuis le berceau jusqu’à la vieillesse (III-46). Il sera l’Envoyé aux fils d’Israël et leur dira : Je guérirai les aveugles et les lépreux. Je ressusciterai les morts avec la permission de Dieu » (III-49).
C’est le fils annoncé à Marie. Le Prophète revient sur cette révélation dans la sourate XIX intitulée Meryam. Nous y apprenons avec surprise qu’elle est sœur d’Aaron (XIX-28), et le traducteur du Coran, Malek Chebel, se pose la question de savoir si l’expression « Toi, sœur d’Aaron » est une interjection ou une identification. Se perdrait-on en conjectures à ce sujet ? Le fait est qu’Aaron avait une sœur du nom de Marie, et Emilio Platti avance que le Coran met en relation Marie, la mère de Jésus, avec la famille de Moïse (Le Coran et la Bible, Bayard 2002). Cette interprétation n’est pas très convaincante, puisqu’en III-35 et 36, la mère de Marie est désignée comme femme d’Imran. Moïse, Aaron, Marie sont dans la Bible des enfants d’Amran, de la Tribu Lévi.
Jésus, comme annoncé en III-46, proclame dès le berceau : « Je suis vraiment le serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre et m’a désigné comme prophète » (XIX-30). Il ajoute plus loin : « Et que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant » (XIX-33).
Cette résurrection ne fait pas suite à la crucifixion, qui est niée en IV-157. « Ils ne l’ont ni tué ni crucifié, mais ils ont seulement cru avoir affaire à lui alors que c’était son sosie ».
Selon Maurice Borrmans, dans Le Coran et la Bible, beaucoup de musulmans croient que le Messie est toujours vivant, et sera leur témoin le jour de la résurrection (IV-159). C’est-à-dire à l’Heure du Jugement Dernier. Croyance finalement assez proche de notre Saint Vivant.
Mais la mission du Messie n’est pas ce qu’en dit l’Evangile. « Notre prophète est venu à vous, pour vous montrer les nombreuses choses que vous masquiez du Livre révélé » (V-14).
Le Messie Jésus n’est que l’envoyé de son Dieu (IV-171). « Dieu ne peut avoir d’enfant, cela n’est pas conforme ! » (XIX-35). « Il n’engendre pas et n’a pas été engendré » (CXII-3). Dieu a demandé à Jésus : « Est-ce toi qui a dit aux hommes : considérez-moi, ainsi que ma mère, comme deux divinités en dehors de Dieu ? » Et Jésus a répondu : « il ne m’appartient pas de tenir des propos sans fondements » (V-116).
Ainsi le Prophète s’en prend aux chrétiens, coupables d’avoir commis le pire des péchés, celuid’associateurs. Car ils ont associé à Dieu d’autres dieux. « Sont considérés comme incrédules (d’autres ont traduit impies) ceux qui disent ceci : Dieu est la troisième personne d’une trinité, car il n’est d’autre Dieu que le Dieu unique » (V-73).
Comme l’a relevé Claude Geffré, la révélation du Coran « porte moins sur l’existence de Dieu que sur son unicité ». Le Prophète n’aura de cesse d’affirmer : « Votre Dieu est un seul Dieu » dans un grand nombre de sourates.
Ainsi les évènements rapportés par l’Evangile ne se retrouvent pas tels quels dans le Coran. Les ressemblances sont parfois très fortes, mais les dissemblances le sont encore plus.
La transcendance de Dieu se présente-t-elle finalement dans l’islam selon l’être, alors qu’elle est selon l’amour dans le christianisme ? Paradoxalement Allah paraît plus proche de Yahvé que de notre Père, alors que le christianisme apparaît, et cela semblait plus évident dans les premiers siècles avec de la prédication de Paul de Tarse, comme la continuation du judaïsme.
Jean Le Mosellan
(1) Les citations du Coran proviennent de la traduction qu’en a donnée Malek Chebel. Bayard 2009
(2) Malek Chebel dit en note que le nom d’Ahmed signifie « celui qui est susceptible de louer (Allah) ».
- Lu: 2231
- Tous les articles de: Jean Le Mosellan


Commentaires (31)
alain jugnon
Jean Le Mosellan
Kaba
"Anges" ou dieux... D'où mon interrogation.
Mais vous parlez de transmission orale et supputant qu'elle excluait, s'agissant d'un texte révélé par Dieu, toute déformation. Édouard DHORME, dans son introduction à « l'Ancien testament », Bibliothèque de la Pléiade, souligne que « d'aucun écrit de la Bible hébraïque nous ne possédons le texte primitif ». Cependant, si « les textes de la Bible ne se transmettaient pas sans contrôle et sans règles précises, surtout dans le traitement du nom sacré », il affirme que "le Pentateuque a été rédigé par un auteur qui a vécu bien des siècles après Moïse" et distingue trois sources dans ce texte. Il nomme les deux première, Héloïste et Iahviste ; ce sont, dit-il, « des conteurs orientaux, [...] uniquement appliqués à écrire l'histoire sainte, celle des rapports entre Dieu et l'humanité. » Le Iahviste utilise « l'anthropomorphisme le plus touchant [dans] ces descriptions où Iahvé est sans cesse en contact avec sa créature ». L'Hélohiste ne fait apparaître le verbe que dans les songes de l'homme. Il nomme la troisième source « Chroniqueur » pour désigner un auteur qui émaille son texte de dates, de nombres et de références généalogiques. Il est indiqué que les nombres ont souvent un sens symbolique ; 7 fois 7 égale 49 ou 50 ; ainsi la date du pardon (pentecôte) en jours mais aussi en années ; et encore les nombres 12, 60, 120, etc. Ces trois récits se juxtaposent ou se superposent dans le texte biblique.
Ed. DHORME relève aussi les emprunts aux « lois et coutumiers des anciennes civilisations orientales : code d'Hammourabi, Lois assyriennes et hittites, etc », (y compris aux légendes, cf Moïse sauvé des eaux, « réplique de la légende du roi Sargon d'Accad ») en soulignant que ce qui caractérise les lois du « Code de l'Alliance », « c'est leur base religieuse ». Comme je le disais dans une précédente réplique, la loi du talion figurait aussi dans le code d'Hammourahi, « avec cette différence, écrit Ed DHORME, que l’œil pour œil […] ne sont exigibles que lorsque la personne lésée appartient à une certaine catégorie sociale. » Mais les rédacteurs de la Bible ajoutent : « Maudit qui fait fléchir le jugement de l'hôte, de l'orphelin, de la veuve » (De XXVII-19), ce qui signifie que la loi vaut pour tous – je parlais de laïcisation du droit.
Je cite encore Édouard DHORME : « Cette longue analyse des textes historiques et législatifs juxtaposés, amalgamés, combinés dans les quatre premiers livres de la Torah nous fait toucher du doigt la façon dont a été composé cet ensemble, qui n'est pas sorti tout fait du cerveau d'un écrivain unique, mais qui a nécessité un long travail collectif. » Comme la rédaction de notre droit.
Jean Le Mosellan
alain jugnon
Diego De La Vega
yacotito
- on ne souhaite pas voir ailleurs car voir ailleurs signifie dévaluer le rapport privilégié avec cette femme
- on a le soucis de sa santé et craignons de lui porter préjudice par une vie dissolue
- on a peur de porter une ombre à son bonheur, on a peur de la perdre
Amour rime avec écoute, fidélité et respect
je suis quant à moi horrifié quand je lis les récits des exploits des hommes que vous citez. être un baiseur est une tare et non pas une qualité dont on peut se vanter !
Ficus Piquant
Vous pourrez constater pleinement ce que je vous signale en remontant un peu plus haut dans les commentaires.
Kaba
Ou bien Yacotito ne connaît-elle pas l'accord du participe ?
Pour ma part, je n'affirmerais pas "Chère madame" !!!
Mais redevenons sérieux : l'Eglise catholique, que maltraite fort injustement Alain Jugnon, a eu le courage d'interdire le mariage des prêtres. En voilà au moins qui ne peuvent pas se reproduire ! Cependant, un documentaire télévisuel qui abordait ce thème, montrait aussi le respect que l'on doit à ces hommes et à leurs proches, conjoint et enfants.
Jean-François Vincent
alain jugnon
Ficus Piquant
Jean Le Mosellan
alain jugnon
Ficus Piquant
Ce serait terrible pour la Liberté si des gens comme vous avaient un jour le moindre pouvoir.
Heureusement, sur le plan purement culturel, et sur le sujet de cette chronique, votre ignorance vous déconsidère complètement...
Ficus Piquant
Enfin ! En tout cas, dans le "Livre des Rois", on lui connaît plus de 300 femmes, si ma mémoire est bonne... ! Étonnant, non ? - comme aurait dit un certain...
Kaba
Ses descendants seraient aujourd'hui une multitude.
Jean Le Mosellan
Kaba
Et ceci (Génèse VI, 1, 2 et 4)
"Quand les fils des hommes commencèrent à se multiplier à la surface du sol et que des filles leur naquirent, il advint que les fils d'Élohim s'aperçurent que les filles des hommes étaient belles. Ils prirent donc pour eux des femmes parmi toutes celles qu'ils avaient élues. [...] Quand les fils d'Élohim venaient vers les filles des hommes et qu'elles enfantaient d'eux, c'étaient des héros qui furent jadis des homems de renom."
Emprunt à la mythologie grecque ?
Jean Le Mosellan
alain jugnon
Lévy Maurice
Un grand merc. Je vais me remettre à une lecture un peu plus affinée du Coran. Passionant ! M.L.
Jean Le Mosellan
PETIT
Amitiés
Jacques PETIT alias jacklittle
Jean Le Mosellan
PETIT Jacques
C'était vraiment de bons moments
Cordialement
jacques jacklittle
Jean-Luc Lamouché
Votre chronique, parfois très érudite, permet aussi de montrer à quel point l'islam s'est vite considéré comme le monothéisme qui allait - d'une certaine façon - reprendre et "résumer" les deux autres. Mais, à l'origine, pas du tout de manière agressive ! Ainsi, les historiens ont montré que Mahomet (Mohammed) fut très largement en contact avec des chrétiens (et des juifs), et que - pour lui - il n'était pas question de "Croisade(s)".
Jean Le Mosellan
Jean-François Vincent
Jean Le Mosellan
alain jugnon