L'enfer des chiens abandonnés de Lecce

Ecrit par Cikuru Batumike le 06 avril 2012. dans Ecrits, La une, Voyages

L'enfer des chiens abandonnés de Lecce

Avant cette fin de mois de mars, je ne pouvais pas résister à l’envie de visiter une bonne partie de l’Italie. En dehors de la saison propice aux touristes, l’été. En effet, en pleine période de printemps, il est possible de faire du tourisme individuel. Loin du flot ou du brouhaha fatiguant ; loin d’une motivation collective, le tourisme de ou en masse. L’exercice était non seulement nouveau, mais également plein de bonnes surprises. Le choix des lieux ne m’indifférait pas. Ma préférence allait vers la mer. Avant de voir Rome, je m’étais rendu dans le Sud, plus précisément, la région de Pouilles, ce talon de la botte de l’Italie péninsulaire, pour ses beautés et ses mythes. Ici, le tourisme reste un secteur florissant. Grâce aux infrastructures aménagées par les officiels. Grâce aux initiatives individuelles. Extraits.

Il fait un beau et doux temps printanier sur la côte de Lecce. Côte baignée par une mer splendide, l’Adriatique. Des roches à pic. Une succession de baies aussi précieuses qu’extraordinaires. Des kilomètres d’un sable blanc entaché par quelques détritus rejetés par la mer. Et que dire de cet air frais que renvoient les vagues de la mer ! Il ajoute de la douceur à ce paysage de rêve. Les seuls à en profiter : ces chers hérons ; ces beaux oiseaux qui vivent en happant des couleuvres, des grenouilles, des insectes, des mollusques, mais aussi meilleurs consommateurs des poissons. Ajouter au décor une présence timide de quelques pêcheurs.

Aucun touriste en vue. On apprécie mieux le paysage et le bleu de la mer. Loin des périodes mouvementées, à l’occasion des fortes chaleurs. Toutes les maisons qui jalonnent le littoral sont inhabitées. Une cité fantôme. De prime abord, ce sont des lieux de vacances inoccupés toute l’année. Ils ne trouvent de véritable activité qu’avec la présence des touristes, l’été venu. A qui appartiennent ces résidences, ces villas, ces appartements, ces propriétés vides, mais équipées, avec superbe vue sur la mer ? Aux Italiens et aux étrangers qui ont choisi d’investir dans la pierre. Et venir s’y reposer, les jours ensoleillés. Aux spéculateurs immobiliers qui trouvent en la pierre un marché aux juteux bénéfices. Il faut dire que dans ce lieu, le prix des terrains reste abordable pour les communs des mortels.

J’allais oublier. Au milieu de cette cité fantôme, des chiens abandonnés se promènent. Ils s’y croisent. A longueur de la journée. Des chiens épuisés. Des chiens à la recherche de la nourriture. Des charognes et des proies sauvages qu’ils attrapent de jour comme de nuit. A défaut, des miettes jetées par les rares passants. Des déchets versés dans les poubelles ou dans des décharges isolées. Une aubaine, seulement en été, quand les touristes daignent doubler, tripler leur maigre repas quotidien. Des chiens malportants, malades sans la chance d’être vaccinés, affamés et mutilés. Leur regard nous renvoie leur douleur. Les coups et l’intimidation qu’ils subissent de la part des humains. Quand ils meurent, ils pourrissent sur les bords des routes. Quand ils survivent, ils subissent la loi impitoyable de la nature. Ils doivent braver le rude climat d’hiver où il leur est difficile de trouver de quoi manger. Ils se reproduisent, sans difficulté, laissant craindre une certaine fragilité de vie de leurs chiots. Personne n’a le droit de les stériliser moins encore de les accueillir dans un chenil. Ces chiens ne diffèrent en rien d’autres chiens bergers, de garde ou de chasse qu’on croise, libres, de temps à autre, dans les petites ruelles escarpées des quartiers d’Italie. Ou d’autres chiens domestiqués par l’homme. Qui veut expulser son ennui. Qui cherche de la compagnie, voire de l’amour dans une société individualiste. Non. Ces chiens errants sont à leur place, selon ce quidam qui m’affirmait « Sono cani e basta ». Ce sont des chiens, rien de plus. Condamnés à rôder, à aboyer, à mordre, à mettre leurs crocs partout. Aux yeux de la société. Et de la religion ? Il y a beaucoup à dire s’agissant du rapport existant entre le chien et la religion catholique romaine. Du chien dans l’enseignement de l’histoire européenne. Un animal dégoutant, répugnant, impur, ennemi dangereux de l’homme, banni de l’alimentation chrétienne. Pas plus dangereux que le loup qui serait possédé par le diable. Chiens abandonnés de Lecce. Leur vie compte pour du beurre. Autrement dit, ils doivent être traités comme tel. Marginalisés. Chacun à sa place. Les animaux devraient vivre en toute liberté. Un droit, dit-on. Cela n’empêche pas un droit de regard sur leur santé.

La situation des chiens abandonnés interpelle peu les sociétés de protection des animaux, pourtant existants. La presse fait paraître régulièrement une annonce de l’ENPA (Ente Nazionale Protezione Animali : Institut national de protection des animaux, qui a son siège à BRA). L’Institut essaie de sensibiliser l’opinion à la souffrance de ces animaux. Il doit s’agir d’une organisation animée de bonne volonté. Certes, elle essaie de se porter à leur secours. Mais, ses moyens sont limités. Quelques chiens sont récupérés dans les quelques hangars conçus pour leur chercher une famille d’accueil. Ou une adoption à distance. On a beau chercher les chiffres. Il n’y a aucune estimation du nombre de ces chiens qui vivent à l’état sauvage. Leur errance n’est rien face à la beauté, surtout, à la richesse des côtes dominées par des forteresses ou des rochers usés par les vagues de la mer et qui remontent au Moyen Âge.

 

 

Cikuru Batumike

 

A propos de l'auteur

Cikuru Batumike

Cikuru Batumike

Rédacteur

Journaliste de nationalité suisse, je suis né à Bukavu (RDCongo) de parents congolais. Mes débuts à Radio Bukavu et à l’hebdo JUA du Kivu ont été suivis de diplômes en relations publiques et journalisme. Je collabore à diverses publications, suisses et françaises, aux tonalités différentes. Membre de l’Union internationale de la presse francophone, j'ai à mon actif des poèmes et essais dont le dernier en date s’intitule “Lueurs enrhumées”, poèmes aux éd. Société des Poètes français, Paris.


Commentaires (2)

  • Jean-Loïc

    Jean-Loïc

    03 mai 2013 à 13:45 |
    Incroyable. Comment peut-on maltraiter des animaux aussi adorables, infliger de la souffrance... Il y a des choses que je ne comprendrai probablement jamais.
  • myriam

    myriam

    10 avril 2012 à 08:56 |
    Cikuru Batumike : « Il y a beaucoup à dire s’agissant du rapport existant entre le chien et la religion catholique romaine. Du chien dans l’enseignement de l’histoire européenne. Un animal dégoutant, répugnant, impur, ennemi dangereux de l’homme, banni de l’alimentation chrétienne. Pas plus dangereux que le loup qui serait possédé par le diable. »

    Ah bon ? Je suis très étonnée par ces affirmations … Pourtant plusieurs Papes continuent de faire des messes pendant lesquelles ils ont béni les animaux (inclusivement les chiens) sans parler des messes spécial-animaux qu’on célèbre chaque année partout... d'ailleurs, dans des villes comme Paris, Nice, Madrid, etc les fidèles vient accompagnés plutôt par leurs chiens et chats que des moutons, vaches et chevaux…

    Je connais bien la région de Pouilles et il est vrai qu’on voit de chiens errants qui rodent en meute – mais je pense que ce phénomène on le constate malheureusement un peu partout dans certains pays.... surtout dans les pays en cours de développement.

    La mentalité au sud d’Italie nous désole. Mais c’est plutôt une question de culture que de religion… d’ailleurs l’histoire nous apprend que le chien est la première espèce animale à être domestiquée par l'homme et dans les textes bibliques (tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau) on lit à propos du chien qu'il vit avec l'homme et non pas comme un animal « ennemi dangereux (…) possédé par le diable »… D'ailleurs Job et le pauvre Lazare se trouvant en pitieux état sont les deux léchés par des chiens. Et la femme Cananéenne dit à Jésus « Oui Seigneur, mais les chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants » (Mc VII, 28).

    Sans parler de tous les présidents d’état qui, à l’exemple de la reine Victoria au milieu du XIX°s, ne se laissent pas au moins une fois représenter accompagnés par leurs chiens !

    Par contre, en Islam les chiens ne sont pas admis dans les maisons – considérés comme animaux impures. Et j’imagine que vous cher Cikuru Batumike vous pouvez nous dire long sur le sort de chiens dans les pays Africains…

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