Entretien avec Cyrille Audebert, romancier

Ecrit par Jean-François Joubert le 13 avril 2012. dans La une, Littérature

Entretien avec Cyrille Audebert, romancier


Jean-François Joubert : Bonjour monsieur Audebert, si vous deviez choisir un mot pour définir l’écriture, quel serait-il : une jouissance, un besoin quotidien, une nécessité, un moyen de s’exprimer ?


Cyrille Audebert : Un plaisir. Quand j’écris, je m’amuse. Je ne devrais pas le dire mais, quitte à passer pour un dingue, je me marre souvent tout seul devant mon écran lorsque j’écris. J’aime me surprendre aussi, ce qui explique que je travaille sans plan véritablement défini. Pour moi, l’écriture, c’est comme la vie : elle est faite de hasards. Je ne sais pas ce qu’elle me réserve. Par contre, je suis incapable de me forcer à écrire (oui, je sais, ça n’est pas bien…), et donc les lecteurs râlent parce que mes livres ne sortent pas assez vite.


J.F.J. : Vous êtes l’auteur de plusieurs romans. Des policiers, L’évangile selon Jacques Lucas et sa suite Un temps de chien. Du Rigolo Gore, 5è étage. D’un O.V.N.I d’humour et de fantaisie Fantôme d’amour. Et dernièrement de L’ébauche d’une réponse, un recueil succulent de nouvelles. Parlez-moi de vos influences littéraires.

C.A. : C’est d’abord le cinéma qui m’a influencé. Les comédies américaines des années 40-50-60. Les films de Billy Wilder, Frank Capra ou Howard Hawks. Certains l’aiment chaudLa garçonnièreArsenic et vieilles dentelles.

Ensuite les BD. Marcel Gotlib ou les magazines Fluide Glacial et L’écho des savanes.

En fait, j’ai lu mon premier livre pour le plaisir, bien après m’être intéressé au cinéma et la BD. Les bouquins étudiés à l’école m’ennuyaient souvent prodigieusement. Et puis j’ai découvert des auteurs différents : Frédéric Dard, le père de San Antonio, René Fallet, l’auteur de La soupe au chou (roman bien meilleur que le film), des Vieux de la vieille ou du Triporteur, et je me suis rendu compte qu’on avait le droit de s’amuser en écrivant et que le lecteur pouvait prendre du plaisir en lisant.

Maintenant, mes lectures sont très variées. De Dennis Lehane à Neil Gaiman, de John Irving à Cormac Mac Carthy, de Jean Teulé à Franck Thilliez… et beaucoup d’autres.


J.F.J. : Avez-vous une préférence entre décrire un monde aux personnages récurrents, vos policiers, ou créer pour un temps, un univers que je trouve pittoresque et teinté de votre humour singulier ?


C.A. : Non, j’aime autant l’un que l’autre. Retrouver David Huxley, Jacques Lucas ou Margot Baudor, c’est du bonheur. Ils évoluent et me surprennent à chaque fois. Quant à mes autres univers, c’est pour moi le but de l’écriture : rêver et donner à rêver.


J.F.J. : L’arrivée d’Internet vous a-t-elle permis d’éclore au grand public ?


C.A. : Éclore au grand public ? Houlàààà… Si Internet a permis d’accélérer le phénomène, grâce au bouche à oreille, je ne me satisfais pas de mes ventes. Je compte bien, sous peu, faire de l’ombre à Guillaume Musso et J.K. Rowling


J.F.J. : Êtes-vous blasé des commentaires élogieux sur vos livres, ou bien sont-ils galvanisants ?


C.A. : J’ai du mal à imaginer qu’on puisse être blasé des bons retours de lecteurs. On écrit tout de même pour eux. Alors bien sûr que les commentaires sont stimulants, même si à chaque nouveau livre on se retrouve avec une pression supplémentaire. Il paraît que la pression disparaît après le 10ème livre… Je n’ai pas fini de me faire du mouron.


J.F.J. : Quel est votre parcours, est-il singulier ?


C.A. : On peut dire ça comme ça, oui. Tour à tour, fort des Halles, vendeur ambulant, publicitaire, plombier, chauffeur de maître, artisan d’art, maçon, joueur professionnel, déménageur, commercial dans une entreprise de lingerie, et désormais dresseur de chèvres dans une ménagerie, j’ai découvert, grâce à deux fées québécoises, que ma véritable vocation était auteur à succès. Visiblement, il y a encore quelques millions de personnes à ignorer ce détail, mais je leur fais confiance pour rectifier cet oubli.


J.F.J. : La pratique de l’humour est naturelle, vous êtes aussi très avisé au niveau film et musique, que pensez-vous de la peinture ?


C.A. : Je ne suis pas expert en peinture, même si j’apprécie les ciels de Turner ou les clair-obscur de Rembrandt. J’aime sans être un spécialiste.


J.F.J. : Que répondriez-vous à un éditeur qui tenterait de rafler la mise, aujourd’hui, en sachant que vous maîtrisez la chaîne du livre de A à Z ?


C.A. : Si c’est un très gros éditeur, prêt à mettre le paquet sur mes livres, je réponds évidemment oui. Un vrai budget pub et une distribution nationale, c’est ce qui manque à mes bouquins pour qu’ils soient vraiment (re)connus.


J.F.J. : Où trouver vos livres ?


C.A. : Partout, j’espère, mais cela reste du ressort des libraires de commander ou non mes livres. Heureusement, il y en a encore quelques-uns qui ont à cœur de servir leurs clients au mieux. Sinon, on peut les commander sur le site des Éditions Sindbadboy, dont je suis le patron.

http://editions-sindbadboy.wifeo.com/


J.F.J. : Préparez-vous une surprise littéraire pour vos lecteurs en 2012 ?


C.A. : Je manque trop de temps pour écrire, donc je ne sais pas. J’espère publier prochainement un projet qui me tient à cœur, Rue de l’échelle, les mémoires de mon père sur lesquelles je travaille depuis plusieurs années. Mais je dois encore trouver le ton juste. Et il y a aussi le troisième volet des aventures de Jacques Lucas, David Huxley, Margot Baudor et Cie. Mais je n’avance aucune date.


J.F.J. : Merci pour vos réponses et cet entretien, qu’avez-vous d’autre à ajouter ?


C.A. : Euh… J’ai une rue à mon nom, mes bouquins sont étudiés au lycée, on retrouve mon cousin dans le dernier Thilliez, mon chat Nénette est une star sur Facebook, j’ai serré la pogne de Jean-Bernard Pouy, je suis lu jusqu’en Indonésie… Il ne me reste plus qu’à être riche pour la fin du monde en décembre 2012 ! Je serais vous, je me dépêcherais d’acheter mes bouquins, avec une dédicace, pour frimer auprès des quelques survivants de l’apocalypse.


Entretien mené par Jean-François Joubert


A propos de l'auteur

Jean-François Joubert

Jean-François Joubert

Rédacteur

Ecrivain

Jean-François Joubert est né à Brest, une ville où l’on parle souvent des îles qui l’entourent, Ouessant, Molène, Sein… La mer le berce depuis l’enfance et elle s’invite souvent dans ses rêveries. Elle est Source d’inspiration, mais aussi de revenus, pendant longtemps il a enseigné la voile au sein de différents clubs nautiques. Désirs de voyages, de rencontres, d’océans, et ce besoin d’écrire qui s’installe, comme une évidence.

 

Commentaires (4)

  • jeffjoubert

    jeffjoubert

    28 mai 2012 à 16:42 |
    Francine, cyrille est un écrivain, et surtout un homme formidable, et merci pour votre commentaire
  • Francine

    Francine

    18 avril 2012 à 12:01 |
    Cette interview est à la hauteur de son invité, gaie, rythmée, rigolote et sans prise de tête. J'attend comme beaucoup la sortie du nouvel opus d'Audebert. Si tous les articles étaient de cette lignée on lirait plus souvent la presse écrite.
  • jeffjoubert

    jeffjoubert

    14 avril 2012 à 02:40 |
    bien mené je ne sais pas mais cyrille est une histoire en plus de son talent d'écrire moi j'adore, et merci cécile pour le petit mot
  • Cécile Delalandre

    Cécile Delalandre

    13 avril 2012 à 20:20 |
    Une ITW bien menée qui donne envie de connaître plus encore les écrits de cet auteur plein de malice, d'humour et de talent! *_*!

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