Présidents algériens : après la mort, l'aéroport

Chronique censurée en Algérie
L’aérogare d’Oran s’appelle désormais « Ahmed Benbella ». Après celui de Tlemcen qui s’appelle Messali Hadj et celui d’Alger qui s’appelle Houari Boumediene. Question de la partie assise de l’Algérie : il reste combien d’aéroports sans nom et de Présidents sans aéroport ? Il y a, du coup, comme un étrange rapport qui se dessine entre l’avion qui a amené Bouteflika, l’amour qu’il a pour les voyages par les airs, les aéroports et les Présidents. Benbella a été arrêté, d’ailleurs, dans un avion. Et dans la mythologie sceptique et soupçonneuse des algériens, il y a déjà division de l’héritage national : les aéroports sont pour les Présidents, les ports sont pour les Généraux, les puissants et les lourds. En clair : le pouvoir formel met son nom sur les aéroports, le Pouvoir informel tient les ports. Le premier gère la symbolique et la légitimité, le second l’argent et la semoule. La terre est pour les morts et les anciens Moudjahiddines. Reste le feu. C’est pour les immolés et l’eau pour ceux qui s’en vont ailleurs en marchant sur la mer. Une bonne division des quatre éléments des alchimistes.
Il y a donc une enquête à faire sur ce symbolisme des aéroports. Selon un ami, il s’agit d’un message national subliminal : on n’a pas réussi le décollage du pays, on semble se diriger vers une autre réussite inverse : réussir les atterrissages. Un aéroport pour tous, un avion pour chaque président importé puis voté. D’ailleurs, dans les régimes fragiles, les Présidents sont beaucoup plus proches de l’avion que du peuple.
Sauf qu’au-delà de l’humour pensif, il y a cette mode nouvelle de la guerre des noms en Algérie : l’espace est donc le dernier bien vacant. Comment nommer une rue et lui donner quel nom ? Celui des gens qui ont bien fini après l’indépendance ? Ou celui des gens qui sont encore en disgrâce ? Par exemple, l’université d’Alger vient de perdre le nom de Benkhada et de gagner un découpage par numéro. Genre « cité 2345 » logements. La guerre des noms fait d’ailleurs rage en coulisse car il ne reste encore que cela à « privatiser » par la famille révolutionnaire et les gardiens du temple. « Placer » les siens au bout de la rue, de la plaque, de l’indication et du fronton. C’est comme le recrutement à l’époque du socialisme : par cousinage, lien de sang et affinités familiales. Certains proscrits de l’histoire officielle n’ont encore rien eu après la mort et peu d’algériens savent qui compose, décide et commande leurs commissions de « baptisation » des espaces du pays. Cela se fait entre le régime et son histoire à lui. A nous, restent les bancs publics.
Kamel Daoud
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Commentaires (3)
Lévy Maurice
Il nous a fait l'honneur, de présider la distribution des prix !!!
C'était déjà, depuis fort longtemps, un excellent footballer de l'équipe locale.
Souvenirs, souvenirs ... M.L.
Martine L
Jean-François Vincent