Pas de pot les larrons

Ecrit par Christelle Mafille le 12 mai 2012. dans Ecrits, La une, Education

Pas de pot les larrons

 

Oyez oyez braves gens la malencontreuse histoire de Jacquemin, le paysan qui s’était fait rapiner tous ses biens ! Ce dernier décida donc de s’adresser aux paysans sur la Grand-Place du marché. C’est parmi les aboiements, les caquètements, les cancanements et les meuglements qu’il prit la parole : – Oyez amis paysans écoutez-moi. J’ai une inquiétante nouvelle à vous annoncer. Cette nuitée des larrons ont rapiné tous mes biens. C’est pour cette raison que je ne tournerai pas autour du pot. Prenez garde amis paysans ! Quant à moi, je vais devoir faire face à cette saison calamiteuse. C’est alors qu’intervint Livia, une jeune femme brune au teint de porcelaine et fille de son voisin comme lui paysan. – Ce n’est vraiment pas de chance ce pillage, j’en suis attristée pour vous… Mais dîtes-moi mon cher Jacquemin, autour de quel pot vouliez-vous tourner ? Je croyais que les larrons vous avaient tout rapiné ! Cependant je propose que nous leurs tendions un attrapoire. – Vous êtes bien sotte espèce de bécasse ! Mais, je suis d’accord. ils vont sûrement revenir. Soudain Josette, une vieille femme aux cheveux enneigés et au regard de turquoise se leva. Elle avait une idée : prendre des pots comme celui de Jacquemin et les emplir de bouse de vache et de lisier. Tous les paysans en installeraient chacun un en équilibre au-dessus de leurs portes laissées entrouvertes. Ainsi quand les larrons les ouvriraient, toute la merdaille leur tomberait dessus !

Les paysans approuvèrent vivement l’idée. Ils emplirent un nombre considérable de pots de bouse et de lisier qu’ils coincèrent sur les portes de leurs masures. La nuitée arriva. Des larrons s’approchèrent du petit village à pas de velours. Un d’entre eux voulut ouvrir une porte. Ce qui devait arriver arriva ! Il se retrouva couvert d’une matière chaude et noire (inutile de préciser que notre larron fut bien parfumé). Apeurés, embaumés ils s’enfuirent à toutes enjambées. Le lendemain matin la fête battait son plein. Les paysans s’esbaudissaient et se félicitaient que leur piège ait bien fonctionné. Josette aperçut un chat noir, se mit à hurler, alerta les paysans qui crurent immédiatement que le Bon Dieu les avait punis de leurs idées farfelues. Ils se précipitèrent tous à l’église du village pour prier le Bon Dieu de pardonner leurs péchés. Et c’est alors qu’ils surprirent le curé qui fleurait bon la campagne… la bouse et le lisier !

 

Jade et Baptistine

 

Ce très joli texte a été rédigé par deux de mes élèves de 5°, Jade et Baptistine. Je suis très fière de vous le présenter.

Elles ont passé plusieurs heures à travailler dessus, et leurs camarades de classe ont fait la même chose. Heures de recherches sur la littérature médiévale, lecture et étude de fabliaux, travail sur le vocabulaire, recherche d’expressions. Mes consignes étaient strictes. Une rencontre avec Henri Girard, lequel avait également un texte à rédiger (tout comme la prof, évidemment) et la lecture de toutes nos productions, sans oublier l’exposition de blasons que nous devions nous créer pour l’occasion.

Ce travail a été passionnant et très enrichissant. Il semblerait même que la rencontre avec un écrivain ait suscité quelques vocations…

Voilà, je voulais vous raconter cela et mettre ces deux jeunes filles de 14 ans sous les projecteurs.

Je voulais aussi vous dire mon inquiétude. Aurai-je les moyens l’année prochaine et dans les années à venir de consacrer tout ce temps à mes élèves, alors que mes classes sont de plus en plus surchargées ?

Oui, je suis inquiète.

Et un peu triste d’entendre les gens continuer de dénigrer les enseignants. Nous sommes une très grande majorité à aimer notre métier et à nous débattre pour que vos enfants, nos enfants puissent s’épanouir au maximum, intellectuellement et « culturellement ».

Que toujours tous les élèves et toutes les Baptistine et toutes les Jade puissent avoir cette possibilité de rencontrer, de créer, de grandir.

Quoi qu’il en soit, chers élèves, merci  pour tous ces échanges.

Et un clin d’œil à Henri Girard, mon élève d’un après-midi.

 

Christelle Mafille


A propos de l'auteur

Christelle Mafille

Christelle Mafille

Rédactrice

Christelle Mafille

Professeur de lettres modernes en collège.

Auteur : Mémoire de Babouchka (co-écrit avec Madame Nina Michel), Itinerrances.

Travaux de "plume".

Passionnée de littérature.


Commentaires (1)

  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    13 mai 2012 à 12:29 |
    C’est le propre d’un enseignant dans sa classe de distribuer des connaissances à ses élèves …
    Tout le monde en conviendra !
    Cependant il y aurait mieux à faire pour cet enseignant, ce serait d’encourager ses élèves, non seulement à répéter, imiter, apprendre par cœur, reproduire, mais aussi, dans une seconde étape, à développer en eux l’envie d’écrire, de dessiner, d’imaginer des petites pièces de théâtre, des poésies, des jeux de mots, des chansons …
    Merci pour cet article enrichissant, qui va bien avec le programme entrevu de notre nouveau président … Inch Allah.
    Maurice Lévy

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