La symbolique du 8 mai

Bien des signaux se cachent derrière la belle image de réconciliation entre les deux Présidents, lors de la cérémonie du 8 Mai à l’Arc de Triomphe. Leur parade amicale, après de durs combats, avait de quoi susciter le désarroi d’un grand nombre de militants, au delà des délices des cameramen dans un déluge de cadrages et de gros plans, parade presque main dans la main de deux adversaires déterminés et implacables 48 heures avant, décidés à se rendre coup pour coup durant la campagne présidentielle, et notamment dans l’enclos du duel télévisé.
Les journaux et les télévisions, persuadés de vivre un temps fort de la République, ont applaudi avec enthousiasme. Ils n’ont de cesse de souligner la continuité de l’Etat, et n’ont soufflé mot sur l’effet de remake d’une autre scène historique, celle jouée par François Mitterrand et Helmut Kohl, scellant à Verdun la réconciliation franco-allemande. Ceux-là ont posé, main dans la main, pour l’Histoire.
La même intention est perceptible chez Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui se sont recueillis ensemble, côte à côte, devant le tombeau du Soldat Inconnu, en ce jour de commémoration de la victoire sur le nazisme, archétype caricatural du totalitarisme. Ce faisant, ils auront calmé les esprits dans leur camp respectif, et désigné l’adversaire redoutable qu’ils auront tous deux à combattre lors des Législatives, avec les centaines triangulaires promises par le Front National, boosté par son score obtenu à la Présidentielle.
Certes l’UMP, exposée à l’implosion, est plus menacée que le PS, mais l’arrivée d’un fort contingent du Front National à l’Assemblée Nationale ne convient à personne. Le jeu entre les deux partis de gouvernement risque d’être gravement perturbé, et dès lors l’alternance mise en difficulté.
Le PS préfère manifestement avoir affaire à une opposition composée de la Droite parlementaire, plutôt qu’à une Droite dominée et contrôlée par le Front National.
Par le passé, il est déjà arrivé au PS, devant le même danger, de mener une même campagne que l’UMP. On se souvient que Chirac a été élu, malgré les critiques de l’extrême-gauche en 2002, avec un score de triomphe grâce à une campagne commune.
Il est évident que nos deux présidents ne peuvent le proclamer sur le front des troupes, mais leur façon de célébrer la cérémonie du 8 Mai a envoyé un message chargé de sens au Pays.
On observera avec intérêt la préparation des Législatives, et surtout l’attitude du PS et de l’UMP entre les deux tours à l’égard des candidats dits républicains. On peut parier dès à présent sur un grand nombre de désistements réciproques entre les deux partis.
Jean Le Mosellan
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Commentaires (4)
Jean Le Mosellan
Jean-François Vincent
Jean Le Mosellan
Jean-François Vincent
Or – et sur ce point, Patrick Buisson a raison – le vote FN a changé de nature : on est passé d’un vote de protestation à un vote d’adhésion. La xénophobie s’est trouvée légitimée par une islamophobie qui se pare des attributs – pervertis – du discours républicain (laïcité, égalité entre les sexes, etc…). C’est donc en toute bonne conscience que plus 6,5 millions d’électeurs ont adhéré au « trop », trop de musulmans, trop d’étrangers : ce fut un choix conscient et assumé.
À partir de là, ce salmigondis fade, inodore et sans saveur que constitue l’UMP est condamné à exploser entre un pôle droitier, disposé et destiné à s’allier avec le FN et un pôle centriste, destiné à s’allier avec le P.S.
Sans doute après les législatives, verrons-nous cette recomposition du paysage politique ; avec, in fine, la victoire du pôle droitier…Les « troisièmes forces » centro-socialistes s’usent, en effet, très, très vite.