La symbolique du 8 mai

Ecrit par Jean Le Mosellan le 12 mai 2012. dans France, La une, Politique

La symbolique du 8 mai

Bien des signaux se cachent derrière la belle image de réconciliation entre les deux Présidents, lors de la cérémonie du 8 Mai à l’Arc de Triomphe. Leur parade amicale, après de durs combats, avait de quoi susciter le désarroi d’un grand nombre de militants, au delà des délices des cameramen dans un déluge de cadrages et de gros plans, parade presque main dans la main de deux adversaires déterminés et implacables 48 heures avant, décidés à se rendre coup pour coup durant la campagne présidentielle, et notamment dans l’enclos du duel télévisé.

Les journaux et les télévisions, persuadés de vivre un temps fort de la République, ont applaudi avec enthousiasme. Ils n’ont de cesse de souligner la continuité de l’Etat, et n’ont soufflé mot sur l’effet de remake d’une autre scène historique, celle jouée par François Mitterrand et Helmut Kohl, scellant à Verdun la réconciliation franco-allemande. Ceux-là ont posé, main dans la main, pour l’Histoire.

La même intention est perceptible chez Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui se sont recueillis ensemble, côte à côte, devant le tombeau du Soldat Inconnu, en ce jour de commémoration de la victoire sur le nazisme, archétype caricatural du totalitarisme. Ce faisant, ils auront calmé les esprits dans leur camp respectif, et désigné l’adversaire redoutable qu’ils auront tous deux à combattre lors des Législatives, avec les centaines triangulaires promises par le Front National, boosté par son score obtenu à la Présidentielle.


Certes l’UMP, exposée à l’implosion, est plus menacée que le PS, mais l’arrivée d’un fort contingent du Front National à l’Assemblée Nationale ne convient à personne. Le jeu entre les deux partis de gouvernement risque d’être gravement perturbé, et dès lors l’alternance mise en difficulté.

Le PS préfère manifestement avoir affaire à une opposition composée de la Droite parlementaire, plutôt qu’à une Droite dominée et contrôlée par le Front National.

Par le passé, il est déjà arrivé au PS, devant le même danger, de mener une même campagne que l’UMP. On se souvient que Chirac a été élu, malgré les critiques de l’extrême-gauche en 2002, avec un score de triomphe grâce à une campagne commune.

Il est évident que nos deux présidents ne peuvent le proclamer sur le front des troupes, mais leur façon de célébrer la cérémonie du 8 Mai a envoyé un message chargé de sens au Pays.

On observera avec intérêt la préparation des Législatives, et surtout l’attitude du PS et de l’UMP entre les deux tours à l’égard des candidats dits républicains. On peut parier dès à présent sur un grand nombre de désistements réciproques entre les deux partis.

 

Jean Le Mosellan


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Jean Le Mosellan

Jean Le Mosellan

Membre du Comité de rédaction et rédacteur

Médecin

Auteur de nombreuses chroniques au "Monde.fr"

Commentaires (4)

  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    12 mai 2012 à 16:54 |
    Patrick Buisson, militant d’extrême droite de père en fils,et néanmoins conseiller à l’Elysée,est responsable l’échec de la réélection de Sarkozy, pour l’avoir poussé à adopter à fond les thèses du Front National. Cette grossière manœuvre n’a eu malheureusement pour résultat que de les rendre « convenables » à une frange protestataire de l’opinion,en situation difficile,voire précaire, devant la chute du pouvoir d’achat promis par le président en 2007. C’est la banalisation de ces thèses qui a perdu Sarkozy,car il a perdu ses électeurs du Centre,ceux de Borloo et de Bayrou. L’expérience acquise comme directeur de Minute et de Crapouillot, organes de l’extrême droite,n’a donné qu’une autorité bidon à Patrick Buisson,car on doit se mettre dans la tête que dans une élection présidentielle,on est élu avec les voix centristes. Centre gauche pour Sarkozy,et Centre droit pour Hollande,tout comme Mitterrand.
    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      13 mai 2012 à 06:59 |
      "On doit se mettre dans la tête que dans une élection présidentielle,on est élu avec les voix centristes." Vous avez raison : c'est souvent le cas...Mais pas toujours! En 1981, Miterrand et ses 110 propositions étaient tout sauf centristes...
      • Jean Le Mosellan

        Jean Le Mosellan

        16 mai 2012 à 10:00 |
        Mitterrand comme les autres a eu besoin des voix centristes pour être élu. La preuve ? Dans le gouvernement Mauroy,il y avait des ministres non socialistes comme Maurice Faure, Michel Crépeau,François Abadie,et surtout Michel Jobert ancien ministre des Affaires Etrangère de Pompidou.
  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    12 mai 2012 à 15:49 |
    La lutte contre le Front National passe par cette digue, ce cordon sanitaire, maintenu à grand peine par le passé, entre la droite et l’extrême droite.
    Or – et sur ce point, Patrick Buisson a raison – le vote FN a changé de nature : on est passé d’un vote de protestation à un vote d’adhésion. La xénophobie s’est trouvée légitimée par une islamophobie qui se pare des attributs – pervertis – du discours républicain (laïcité, égalité entre les sexes, etc…). C’est donc en toute bonne conscience que plus 6,5 millions d’électeurs ont adhéré au « trop », trop de musulmans, trop d’étrangers : ce fut un choix conscient et assumé.
    À partir de là, ce salmigondis fade, inodore et sans saveur que constitue l’UMP est condamné à exploser entre un pôle droitier, disposé et destiné à s’allier avec le FN et un pôle centriste, destiné à s’allier avec le P.S.
    Sans doute après les législatives, verrons-nous cette recomposition du paysage politique ; avec, in fine, la victoire du pôle droitier…Les « troisièmes forces » centro-socialistes s’usent, en effet, très, très vite.

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