Ciel ! Les Koblenz !!

Coblence ou Koblenz, selon l’accent et les saisons, est une petite ville allemande qui en a vu passer du Français, botté, et pomponné, pâle aussi, disons-le, en ces temps d’orage de la Grande Révolution… C’étaient de « pauvres » nobles, ecclésiastiques à l’occasion, planquant, sous de lourdes jupes, pièces d’or et bijoux pas en toc, qui fuyaient, à grand renfort de berlines cahotantes, l’ombre portée d’une Bastille perdant ses dernières pierres… d’horizons différents, pas toujours en ordre de marche côté valeurs, mais se réchauffant à la trouille des « pas encore rouges, mais bleu de France » ; le film – magnifique huit clos en diligence – La nuit de Varennes, d’Ettore Scola, a définitivement posé les regards, les odeurs, les petitesses de ces émigrés, s’échappant à la fraîche du territoire honni.
Pas plus d’un petit mois, après La Bastille des Hollandais, l’image traînant au coin de n’importe quel Mallet Isaac – vert, cher à nos cours d’Histoire –, nous avait forcément traversé l’esprit : montrant ces hordes emplumées cravachant honteusement vers les gras pâturages de l’ennemi prussien. Déjà, les comptes en banque pleuraient à l’unisson ; notamment le beau Bruel que j’avais connu meilleur ; ça sentait le départ et Varennes… et, plus d’un, d’entre nous, pas obligatoirement prof d’Histoire, renifla ce fumet dès avant l’été.
La rentrée fut brûlante en la matière ; chacun l’a vu, et le feuilleton Depardieu nous valut de bien belles heures, quand – excellente harmonisation des programmes – s’éteignit pour la première saison, du moins, le grand film UMP.
Il y avait dessous quelque chose de l’été 89, justement : La Grande Peur ; formidable psychodrame à grands coups de rumeurs ; du rare : « on dit qu’Ils vont taxer chaque portable au-dessus d’un certain seuil ; plafond de ressources évidemment ! » ; « 75% ! y pensez-vous ! Ça fait que si j’ai… ». La frousse courait la poste ; les « riches » ne sortaient plus qu’en cheveux, dressés, évidemment, malgré quelques experts chenus, au cheveu, vrai, penchant plutôt à gauche, s’échinant à dire, presque timidement, que tout ça, ça supposait quand même, d’abord une sacrée fortune…
Entre 1789 et 1800, il y eut probablement 150.000 personnes à se jeter sur le chemin de l’étranger, surtout après le 14 Juillet. Ici, le détonateur fut le jour maudit où ce mollasson de Hollande eût l’outrecuidance de maintenir le coup du 75. A leur tête, en 89, du beau linge : D’Artois et Provence, les 2 frères du roi dans l’œil du cyclone… Pas mal, non plus, notre casting : Arnaud, le capitaine d’industrie ; l’Afflelou des lunettes, un tennisman par ci, tout un pan de footeux en défense, là-bas, jusqu’au minois de feu BB, la grand-mère du FN ! Gégé – honneur à son rang, tenant fermement la corde, en nous baladant de Belgique en grande Russie. De 75 à 13, le bougre savait compter ! Tout ce bestiaire, relevant carrément d’une bonne discussion Facebook, avec pouces, yep, yep, icônes réjouies, et vertes déclarations : – non, monsieur, là, je quitte la discussion et vous supprime de mes aaamis !!
Les départs s’additionnent, à n’en pas douter, d’après ce Figaro qui en fait ses gros titres sonores : départs multipliés par 5 en 1 an, et consultations par 10, se pourlèche cette avocate d’affaires ; « les familles sont parties à la Toussaint, en pleine année scolaire » ; frissons ! Les camions, dit ce chef d’entreprise de déménagement, prennent, à potron-minet, le chemin de la Suisse et de la Belgique. Dedans, détaillait l’autre jour un sain sujet au 20 h, 15 tableaux de Maîtres, dont chacun pèse ses 300.000 Euros… silences ! Et Ayraud, pédagogue pour une fois, de poser sur la table ce 1 Million d’Euros l’an qui équivaut à 75 années de smic… double silence !!
J’ai un peu de mal, quand même, à camper François et Jean-Marc façon figures de la Révolution Française ; La Fayette, c’est pas ça, Danton, hélas, pris par l’adversaire, et avec disons – le, du panache. Robespierre, je ne vois pas… pas encore, susurreront quelques grognons ; peut-être un Bailly bien élevé, et quelque Vergniaud bel orateur ? Je voudrais, en cas de besoin, et d’oublis de la geste émigrée des Koblenz, rappeler – conseiller ! osons ! – quelques mesurettes prises, jadis, à l’ombre des assemblées, législative, et conventionnelle… au cas où, dans la besace républicaine…
Ainsi, dès octobre 1791, les lois pour restreindre l’émigration se sont multipliées : ceux d’entre ces « mauvais français » qui ne seraient pas rentrés avant le 1er janvier de l’an suivant, seraient déclarés rebelles et déchus de leurs droits… et de 1 ; triple contribution, s’ils ne rentrent pas, et de 2 (loi de février 92) ; les gardes nationaux pouvaient arrêter tout individu sortant du territoire, et mettre la main – confiscatoire efficace – sur espèces, armes, voitures et chevaux !!! yes, et de 3 ! Je ne sais, pour autant, si la liste nominative affichée dans chaque mairie, et, du coup, dès la Terreur, équivalant à la peine de mort, est à remettre au goût du jour, et je ne cite que pour aimable mémoire la loi du 30 Mars 92, confisquant automatiquement les biens des émigrés, et, en cas d’arrestation des suspects eux-mêmes et de leur parentèle restée au pays, traçant vivement vers dame Guillotine… faut-il quand même préciser – nous n’en sommes certes pas là – enfin pas encore ! pour Gégé et ses frères, que ce petit monde de Koblenz vint prêter main forte aux Prussiens, et l’armée des Princes était une drôle de rigolade (4000 hommes quand même), vue des pieds nus de nos soldats de l’An II…
Mais pourquoi ne pas loucher une miette, vers ce bout de loi d’octobre 92 : accepter la citoyenneté et, donc, les contributions qui vont avec, ou se trouver bannis à perpétuité du territoire de la République. Deal alléchant : l’impôt ou la non-citoyenneté.
Il me semble avoir écrit, un jour, dans Reflets du Temps, une chronique : « l’impôt, un droit de l’homme ? »…
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Commentaires (1)
Jean-François Vincent
Peut-être, cet homme, fils de sdf, autodidacte brillant, fin lecteur de saint Augustin, dont il lut des textes, à la demande du cardinal Lustiger, à Notre Dame, voulait-il imiter un aristocrate, dont un descendant servit de modèle au film, les Intouchables : le comte Pozzo di Borgo. Paoliste convaincu, hostile au rattachement de la Corse à la France, le tzar Alexandre 1er fit de lui un russe, et quel russe ! Promu colonel, il fut nommé conseiller d’état de l’empire russe et fut chargé de plusieurs missions diplomatiques…Jusqu’à ce que Alexandre fit la paix avec Napoléon, à Tilsit, en 1807.
Après les Cent Jours, il fut accueilli à bras ouverts par Louis XVIII qui le chargea de négocier avec Wellington après Waterloo. Depardieu ministre, si, d’aventure, Sarkozy (qu’il a soutenu lors de la campagne présidentielle) était réélu en 2017 ?