"La Vieille au buisson de roses"

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 novembre 2010. dans La une, Littérature


Au début des beaux jours, alors qu'elle plumait sa poule, tuée dans les règles de l'art, sous le rosier « Scarlet » qui ombrageait sa porte, s'est trouvée, tout soudain, en capacité  de parler toutes les langues ! (du grec au chinois) ; ah ! J'oubliais : la regardait son chien qui, lui, chante la messe en latin d'église !

Lionel Edouard Martin signe là un de ces petits livres bien serrés - comme on dit d'un café, à la fois dense, amer, qui étonne et trouble, pour finir par nous enchanter -.

On nous offre ainsi quelques heures étranges avec guère (la vieille qui parle une langue poitevine patoisante dirait : « guière »), plus de trois personnages :

La vieille, bigote, comme « ceux qui vont à la messe et votent ténébreusement Tixier-Vignancourt » ; un chien errant, pouilleux, venu d'ailleurs, qu'elle nomme : «  Diurc » - en fait, Duc - qui aura d'étranges pouvoirs  ; un vieux marquis, dans un château enherbé, qui se saoule de théories sur le langage et, à l'occasion n'hésite pas à tutoyer dans leur langue, les corbeaux de son parc, et, très exceptionnellement, roule en « Juvaquatre » noire.

Tout ce bestiaire – puisque gens et animaux ne se distinguent guère (guière ?) , vit en Poitou du sud « sans échappée, sans horizon, que celui, borné de petits domaines bourrelés de haies vives, percés de mares, où règnent la chèvre, le chou, l'agneau ». La campagne ressemble à celle, voisine, de George Sand et sa « Mare au diable » ; on sent les mêmes odeurs froides, on palpe le même brouillard de tombée du jour ; pays de sorcelages, de mystères ... Le souvenir de l'Histoire Chouanne plane encore.

Les villages, bruissant de médisances, sont coiffés des églises en calcaire et de leurs chapiteaux romans hallucinés ; ils dominent la Gartempe, noire de ses origines limousines.

Ce livre à l'écriture très maitrisée, précise, « au scalpel », habillée de la poésie qu'il faut à cette histoire, recèle encore d'autres attraits - pas les moindres- ; livre mystère, à niveaux de lectures multiples, il permet de voyager dans plusieurs dimensions :

C'est ainsi que, parfois, on  a l'impression d'entrer  dans « Les lettres de mon moulin »   avec « le curé de  Cucugnan »  et « Maitre Cornille » ; tout soudain, on renifle plutôt l'écriture et l'atmosphère d'un Richard Millet, parlant de Millevaches ; à d'autres endroits, on ne peut que convoquer le Giono de la première époque («  Colline », par exemple) mais aussi Bosco !

Il faut donc lire, suivre le beau duo Diurc- la vieille ; vous verrez qu'ils ne seront pas longs à venir habiter votre imaginaire de lecteur ! Parce que, bien sûr, Diurc, nous aussi, nous l'adoptons !


Lionel-Edouard Martin

LA VIEILLE AU BUISSON DE ROSES …

Le Vampire actif

Les Séditions

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef


Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)


Commentaires (3)

  • PETIT

    PETIT

    05 novembre 2010 à 17:27 |
    Ca ressemble à une veillée à La Geneste,la grand mère qui racontait des histoires en patois (va la quere la vacha)devant la cheminée où on grillait les châtaignes,Chère Martine Merci pour ces petits bijoux,nous sommes plus riches !

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  • Irma Vep

    Irma Vep

    05 novembre 2010 à 15:49 |
    Merci chère Martine pour ce beau retour de lecture d'un texte que nous avons eu la grande chance de publier et auquel nous sommes très attachés. Pouvoir offrir un tel cadeau à des lecteurs est un réel privilège...

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  • Luce  Caggini

    Luce Caggini

    03 novembre 2010 à 18:56 |
    je découvre un univers

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