Le dernier Tarantino est une vraie et grande réussite du point de vue de la construction de la narration, comme du point de vue de la mise en scène.
Cet article n’a nullement pour visée d’élaborer une critique du film, encore moins une étude de celui-ci. L’on pourrait disserter longuement sur le rythme propre à Tarantino, cette symphonie du rythme qui tient autant au montage (foisonnent ainsi les ralentis) qu’au scénario, puisque des moments anodins sont étirés jusqu’à l’absurde, parfois au cœur même de l’action, et du drame, façon de désamorcer celui-ci. C’est là que l’on reconnaît Tarantino à son meilleur : il offre toujours une lecture distanciée de son propre film, au moment où celui-ci se déploie. Par distance, il faut entendre (principalement) humour, y compris ironie. A cet égard, l’utilisation de la bande-son est passionnante : il se crée toujours une tension entre la narration couplée aux images et la musique, tension qui peut aller jusqu’à l’étreinte mais qui bien souvent apporte un regard décalé sur les images et la narration (la musique demeurant toujours de facto secondaire), façon de faire que le film devienne, dans son discours, le fruit des tensions ainsi instaurées. Lesquelles tensions instaurent une autre forme de rythme, de rythmique intime au cœur même du film. C’est notamment dans ce déploiement de rythmes nourrissant, dans leur friction, une tension extraordinairement féconde en potentialités diverses que l’on reconnaît Tarantino (s’il s’agissait de définir ce metteur en scène). Et donne à Tarantino – pour l’« intelligentsia » – toutes ses lettres de noblesse cette manière qu’il a de ne jamais faire corps avec son film, de ne jamais épouser son surgissement, mais de toujours se tenir en retrait, ce pas de côté serait-il minime, par rapport à cela même qu’il a construit de toutes pièces et en quoi il se reconnaît suffisamment pour se revendiquer entièrement cinéaste (contrairement à Lynch par exemple). Pourquoi donc ? Tout simplement parce que l’esthétisation de la violence qui est la sienne, et ce avec une vigueur et une intensité incroyables, devient par ce procédé qui se trouve être au cœur de toute mise en scène de Tarantino une possible captation ironique des désordres de notre époque par quoi la violence est érigée en art, plus encore qu’en système (pour s’en convaincre, il n’est que de se reporter à certaines tendances épousées par l’art contemporain). Et, bien sûr, il faut ajouter à cela que par cette distanciation placée au cœur du processus scénaristique et filmique l’esthétisation de la violence devient également une lecture ironique et questionnante de la toute-puissance acquise par la violence, au cœur de nos sociétés, en se nichant au cœur de nos distractions (il n’est que de se reporter au cinéma, aux jeux vidéo etc., pour s’en rendre compte).