Déjà midi. Le soleil filtre à travers le fin treillis du rideau, les bruits de la rue à travers les interstices des persiennes et le temps à travers les secondes de l’éternité (c’est beau, non ?).
Ne rien faire, quel art ! S’occuper à ne rien faire, chacun en rêve toute sa vie et pourtant, mis au pied du mur, on ne sait plus arrêter la machine que nous sommes sans le savoir. Les mains s’activent, les pieds fourmillent d’impatience et la tête… la tête, elle, n’arrête pas de cogiter : l’argent, les petites-filles, le meuble à poncer, oh oui, la salière à acheter. Tout cela peut attendre… Il faut également concevoir un meuble pour l’entrée, fonctionnel, mais à qui s’adresser ?
Le téléphone interrompt tout. Sauvé ! Une erreur, j’espère que ça ne va pas recommencer, car l’homme persiste souvent dans son erreur, non pas qu’il soit maso, mais bien plutôt idiot, il pense ne pas s’être trompé, alors il recommence… C’est la faute au téléphone. Il suffit de ne pas en avoir.
Tiens, si on faisait nos comptes. Où donc ai-je mis mon crayon… mes lunettes, voilà l’étui, mais de lunettes, bernique, allez donc les trouver… Voyons, j’ai pris du gazole avec la carte bleue, 138,05 F, j’ai également acheté le nouveau poste téléphonique – le 3ème – avec la carte aussi. La machine à calculer, c’est plus sûr, mais pour être encore plus sûr, je vérifie de tête, une vieille habitude ou une habitude de vieux, choisissez… La vieille génération, dirait mon gendre… C’est bon. Faute de cassette à admirer, de billets à enliasser ou d’écus à tripoter, on vérifie son compte chèques postal, sa carte bancaire, on solde le tout et on recommence.