Colloque. Par les fenêtres on voit du ciel bleu, des arbres nus et des sapins verts, et en se penchant, les montagnes environnantes. Surprise : cet orateur au visage juvénile et gonflé qui semble trimballer sur son dos une pleine besace de termes cuistres et de références terrifiantes/terrifiées à Lacan, Foucault, Bataille, Agamben ... voici qu'il énonce quelques phrases pudiques, nuancées, qui suggèrent que dans d'autres circonstances il pourrait parler autrement. Mais aussi, qui l'oblige à se charger et à nous charger ainsi ? C'est bien qu'il croit, qu'il veut y croire, à tout cet arsenal.
Situation de colloque : enfermés dans la salle, interdits de promenade, chacun doit se défendre comme il peut contre les seaux de paroles qu'on lui déverse dessus, paroles sans interstices entre elles, prononcées sur le même ton morne, uniformément autoritaire et chaste. Avec nos oreilles dépourvues de paupières ou d'opercules, nous voilà soumis, sauf si par accident un mot réoriente, donne, ouvre. Soumis à une sorte de torture douce, consentie. Pourtant ceux qui parlent sont des gens, avec des corps, du corps, du charme, ou de la raideur, de la fébrilité : et d'eux sortent ces choses caricaturales, ces rubans de paroles à la Steinberg, étouffantes, tyranniques : les paroles de colloque, bourrées de mots prévisibles, exhibant une confusion qu'elles travestissent en affirmation.