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  • Conservatismes et corporatismes français ?

    Conservatismes et corporatismes français ?

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 17 septembre 2016, dans France - La une - Politique - Société

    Pour autant que cette formule ait vraiment un sens, pour un pays qui s’est construit au pluriel depuis la proto-histoire, la France a toujours eu la réputation d’être irréformable et ingouvernable, et ceci sous tous les gouvernements. Or, avec la montée de l’hyper-individualisme depuis environ une trentaine d’années (l’équivalent de la « me generation » américaine mais sans les aspects positifs du comportement d’une partie des citoyens étasuniens), ce phénomène s’est considérablement aggravé. Cela aboutit à de véritables blocages de notre société, qui lui donnent – à certains égards – des caractères relativement sclérosés rappelant ce qu’était notre pays en 1788, avec la multiplication des « privilèges », qui correspondaient alors à des statuts particuliers (de « privus-lex » en latin), et qui enclenchèrent le processus de la Révolution de 1789-1795 (avec sa phase libérale, puis radicale). Aujourd’hui, ceux qui font une comparaison avec cette France d’avant 1789 sont – à mon avis – dans l’erreur sur le plan des comparaisons d’analyse historique, et je vais tenter d’expliquer en quoi.

    D’abord, la France est devenu le pays des conservatismes, grands, moyens et petits. Prenons quelques exemples. Au niveau des « élites », si l’on se penche sur le cas du cumul des mandats, les « politiques » – de droite comme de gauche – restent très majoritairement hostiles à une mesure démocratique de ce type. De même, des élus (dans les collectivités territoriales) sont souvent très réticents à l’égard de la « démocratie participative » – même si son harmonisation avec la « démocratie représentative » n’est pas simple, en raison des problèmes de légitimité conférés ou non par le suffrage universel. J’ajoute aussi que le fait d’être un élu est progressivement devenu un véritable métier (et il est vrai que la gestion, cela ne s’invente pas, et doit donc s’apprendre) ; d’où l’accusation envers les « politiques », de la part de nos compatriotes – largement fondée –, d’être devenus des politiciens professionnels. N’oublions pas également les conservatismes des élites technocratiques sorties de sciences-po et qui croient tout savoir tout le temps et pour toujours ! Quant aux élites « économiques », que dire de leurs stock-options, des scandaleuses retraites-chapeaux, ou des pratiques d’optimisation fiscale et de fraude fiscale (qui atteignent, pour ces dernières, au moins le chiffre de 100 milliards d’euros par an…) ? Pour autant, au niveau du « peuple », tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Certainement pas lorsqu’on voit par exemple la montée de la dénonciation (parfois justifiée) de « l’assistance », sauf lorsqu’une personne est directement concernée par la défense de ses privilèges appelés le plus souvent par elle acquis sociaux ! Le privilège devient ainsi le droit qu’a l’Autre, et le droit, le privilège dont on dispose… Qu’on aille ainsi se renseigner un peu par exemple en ce qui concerne les avantages inadmissibles des familles de ceux qui travaillent à EDF-GDF, ou (à certains égards) à la SNCF, etc.

  • L’irrépressible besoin d’alternative

    L’irrépressible besoin d’alternative

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 17 septembre 2016, dans France - La une - Politique

    Aller vers autre chose, tâter d’autres solutions, marcher dans des chemins neufs, ou même – foin ! – abandonnés depuis des lustres, ayant du coup gagné au milieu de leurs friches, un petit quelque chose du tout neuf des origines. Mais changer ! Comme on retapisse la salle à manger au coin d’un été (certains, surtout certaines, le savez-vous, bousculeraient meubles et déco tous les 2 ou 3 ans, même pas un quinquennat, en un besoin quasi maladif). Opter pour un autre horizon ; le sien, on ne peut plus le voir « en peinture ». Combien vont, on le sait, jusqu’à pousser la manœuvre dans le champ dangereux des équilibres familiaux, affectifs... Changer, donc – pense-t-on, respirer mieux, survivre. Et vous voudriez que cela ne résonne pas, à l’identique ou presque, sur les discours politiques du péquin-citoyen (paraît-il) de base, celui qui gueule qu’on « en a marre », que tous « dégagent », qu’on voit enfin du nouveau, à n’importe quel prix…

    Si l’on met à part le volet profondément déçu, amoureusement dépité, de ceux pour qui le Hollande-bashing 1, 2, en attendant les autres possibles d’ici la fin du match, a été la façon de pleurer devant tout ce qu’on attendait dans nos rêves, ce qu’on s’était imaginé pouvoir avoir (que je ne confonds pas avec ce qu’on nous avait promis et qu’on n’a pu tenir), tout le reste – peu s’en faut – de ces rejets de l’Exécutif, des partis de gouvernement, notamment le PS, adulé pourtant dans un passé pas si lointain, de la politique en général ; tout – semble-t-il – relève de ce haut mal : un besoin qui saute les digues de ces alternatives (le singulier étant plus adapté) qu’on n’a cessé de demander, de contestation contradictoire technique en manifs mono maniaques, de cris médiatisés en fureur à la une des journaux : – enfin, ça ne peut plus durer ; arrêtons tout, là, tout de suite, et partons pour autre chose… car dans l’affaire, la cohérence, l’étalage des conséquences, le futur convoqué à la table des réflexions, ne sont pas du bal ; seul compte le besoin, cri primal politique à sa manière, qui n’accueille nullement ce mot honni de possible ; voyons un peu comment le satisfaire, et vite, s’il vous plaît.

    Entendons-nous bien ; ce besoin furieux n’a quasi rien à voir avec les préparations diverses des alternances politiques, passant par des programmes, qu’on va préférer choisir par un vote majoritaire, mettre en œuvre, des hommes aussi, d’autres que les binettes que nous servent les images ; non, tout ça correspond trop au mécanisme classique (ronronnant diront certains) d’une démocratie à la manœuvre, telle qu’elle avance ces temps-ci, en vue des Présidentielles, avec en bandoulière la petite novelleté des Primaires. L’alternance à laquelle s’accroche ingénument la droite ne comblera en rien la soif d’alternative, car, en quelque sorte, celle-ci porte en elle l’impossibilité de sa satisfaction. L’alternative, comme elle est souhaitée, rêvée, de fait, c’est autre chose ; ça ressemblerait plus à la Geste anglaise de Juin : saut dans l’inconnu (évaluation des conséquences absentes du film ; usage immodéré du processus référendaire donnant une impression énorme de pouvoir aux votants, reculs inouïs des politiciens traditionnels une fois le Brexit acté). La furieuse envie d’alternative, telle qu’elle est jouée sur notre théâtre, va avec la folie brouillonne, débordante d’énergie peu maîtrisée de l’adolescence. Sympathique, à retravailler pourtant, à confronter puis affronter au réel, auquel on n’échappera pas dans sa vie d’adulte. Ce sont les Podemos (« nous pouvons ») en reculade espagnole, ce fut le Syriza et sa dure traversée des réalités. Ici, à cette heure, je ne vois pas grand monde qui leur ressemble vraiment, mais beaucoup d’essais infructueux de pâles copié-collés… Pour autant, ce besoin intéresse au plus haut point nos populismes, partout en Europe, outre Atlantique, aussi chez nous – déferlante FN oblige – encore plus. Ceux-là, dont on ne sait pas grand-chose, dont on ne lit pas des programmes précis, qu’on n’entend pour ainsi dire pas – regardez la Marine – protègent cette imprécision, ce vague « j’en pense que » de comptoir, ces colères fumeuses de réseaux sociaux crachées en deux lignes et trois émoticônes, qui composent si bien avec la faim d un autre chose qu’on veut avant tout fantasmer.

  • Rentrée des claques

    Rentrée des claques

    Ecrit par Lilou, le 17 septembre 2016, dans La une - France - Ecrits - Politique

    Ce matin, le président a pété en se levant à 6h42. Pas d’inquiétude donc, la France est en très grande forme et vous présente ses vœux les plus sincères pour cette journée radieuse dominée par les coutumières entrées maritimes d’Ouest.

    J’espère qu’une fois la bise de mai 2017 venue, ce ne sera pas en ces termes que le bulletin matinal des radios me réveillera. Mais bon, plus on va et plus il me semble qu’on se dirige davantage vers une gouvernance quinquennale du verbe fustigeant au pilori du roman national celle de l’action quotidienne. On a coupé la tête en 1793 du souper du roi et de ses effets de selle en public, on y glisse de nouveau doucement… Ça meuble le fil des jours au moins !

    Les hommes (une femme seulement et encore s’est-elle qualifiée dans les arrêts de jeu ! Mesdames quand prendrez-vous notre pouvoir ?) sont entrés en campagne électorale. Ça s’annonce passionnant, ne changez rien ! Sarko entre en saison 2. On se demande malgré tout si son public ne finira pas par le laisser tomber espérant en vain depuis toujours que la belle Carlita n’intervienne pas plus souvent dans son barnum.

    Le making-of est pourtant prometteur, mais les dialogues de 2012 sont usés. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche je t’embrasse sur les 4 joues) qu’une séance photo instrumentalisera le bonheur des tourtereaux entre les deux tours des primaires. A défaut de programme ça fournira du papier glacé aux coiffeurs comme aux électeurs et ce sera du temps qu’on ne tuera plus sans rien penser. Juppé, le meilleur d’entre nous (Monsieur Jacques, même votre immobilisme nous manque, c’est dire !), s’apprête à tourner comme une star des années folles. Pourquoi n’a-t-il pas suivi Fafa au conseil constitutionnel. Retraite assurée, l’éternité devant lui et un bon fauteuil pour les lombaires !!! Bruno le long, si on y fait pas gaffe y rétablira les octrois à l’entrée des villes et privatisera les toilettes des écoles primaires, fait des débuts prometteurs pour sa première saison. Tenue irréprochable, même le pli de la chemise est calculé au plus photoshopisé. Pas de cravate aussi pour trancher avec les autres apparaissant trop rigoristes (il n’est pas loin du procès en jeunisme d’ailleurs). Ce Nono le long est un bon, ça se voit du premier coup d’œil. Bon on oublie ses lacunes, sur l’école c’est quand même à mourir de rire (PTDR pour faire djeun). Que voulez-vous, on entend mais on n’écoute plus rien ma po’ve dame… Les autres de la primaire de droite, ce serait du reste assez court d’en parler longuement, sont anecdotiques. Je sais juste qu’à les entendre égrener les milliards de solutions, je pense qu’en les élisant chacun leur tour pendant une semaine, ils finiraient par vaincre la fatigue – des ouvriers – les lendemains de jours de repos ! Je ne suis quand même pas certain qu’ils sachent monter un meuble IKEA. Mais bon, c’est anecdotique vous disais-je… Ah si, y a quand même le délicieux Claude, divorcé de frais avec l’ex et qui, après avoir consommé son inutilité dans la modernité, finira par proposer sa candidature au Saint Siège pour succéder à François. Bref, à droite des claques de septembre !

    A gauche pas mieux ! Pas trop la peine de s’appesantir sur ses extrêmes, notre gauche ainsi devenue en a plusieurs, et elle est devenue un carré polymorphe qui se déplace en rond avec en son dedans des ersatz de pensée et de cris. Les communistes ont oublié la commune et n’espèrent plus qu’en un exploit des calculettes, les révolutionnaires ne révolutionnent plus du tout (nuit debout est au lit et les anarchistes ont amené leurs oreillers), et les écolos ont oublié l’écologie avalés entièrement par les huuuurlements stridents de Cécile qui démagogise plus qu’elle ne crée.

  • Les origines romaines de la révolution française

    Les origines romaines de la révolution française

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 17 septembre 2016, dans La une - Histoire

    Tout le monde connaît le bonnet phrygien des sans-culotte, symbole de la condition d’affranchi à Rome, on y reviendra ; mais sait-on que le slogan révolutionnaire « rois, tyrans vaincrons ! » n’est que le décalque de l’équation – si banale dans l’occident antique – rex-tyrannus ? Et que dire du serment que le Directoire imposa à tous les fonctionnaires civils et militaires, le 10 mars 1796 : « Je jure haine à la royauté, attachement à la République et à la constitution de l’an III » ? Cette détestation fait écho à l’odium regni de la ville éternelle. C’est ce que je me propose d’étudier ici.

    Le 24 février de chaque année, en effet, l’on fêtait le regifugium, la fuite du roi. Oh, il ne s’agissait pas d’un Varennes à la romaine, mais de l’expulsion des Tarquins. Sextius Tarquinius, le fils de Tarquin le Superbe (mort en 495 avant notre ère), avait violenté puis tué la patricienne Lucrèce. Le ressentissent déjà accumulé sous le règne de son père se donna alors libre cours. Les Romains, sous la houlette de Lucius Brutus, chassèrent leurs oppresseurs, et le héros du jour auquel on érigea, vers 300 av JC, une statue sur le Capitole, fit le serment suivant : « Je vous jure que ni Tarquin le Superbe, ni quelque autre ne régnera jamais sur Rome » (Tite-Live Ab Urbe condita I,59,1). La double opposition – royauté/liberté (regnum/libertas) et monarchie/république – était née. Le lointain descendant de Lucius, Marcus Iunus Brutus, qui poignarda César, aux Ides de mars de l’an 44 av JC, en raison des velléités monarchiques supposées de ce dernier, exalta son « régicide » sur les monnaies qu’il fit frapper pour l’occasion : sur l’une d’elles, figure l’allégorie de libertas, et sur l’autre, l’on peut voir, à l’avers, l’effigie de Brutus et, au revers, deux poignards – celui qui assassina Lucrèce et celui avec lequel il tua César – avec entre les deux, le pileus libertatis, le bonnet de la liberté, la marque, pour les ex-esclaves, de leur liberté fraîchement acquise.

    Comment, dès lors, est-on passé de la république à l’empire ?

    Il faut se souvenir que déjà, dans la Rome républicaine, existaient des imperatores, des généraux au mandat renouvelé tous les ans. César fut l’un d’eux. Sur une terre cuite, exposée au Museo nazionale romano, Rome, agenouillée devant un imperator victorieux, dépose aux pieds de celui-ci un globe, symbolisant l’oikumene, l’ensemble du monde connu et habité. Cicéron, quant à lui, appela de ses vœux, au moment de la guerre civile, un rector rei publicae, « recteur de la République » (De republica, I,54), qu’il nomma le « super arbitre », superarbitrium.

    Octave/Auguste, le premier empereur, d’ailleurs, se définit lui-même comme un princeps, un simple consul, mais un primus inter pares, le premier de tous, dépassant ses collègues, non en pouvoir (potestas), mais en autorité (auctoritas).

  • KI-C-KI

    KI-C-KI

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 17 septembre 2016, dans La une - KI-C-KI - Histoire

    Qui n’a pas eu dans sa bibliothèque d’adolescent(e) – Bibliothèque Verte ?… – ce beau et mémorable roman historique ? Ces morceaux choisis, ici, sont extraits d’un des plus beaux romans historiques, chef-d’œuvre d’un immense auteur européen du tout début du 20ème siècle, qui nous enchanta, dès nos premières grandes lectures, de son œuvre gigantesque ; il fut, et reste, un monument de la littérature, mondialement connu, incontournable pour les amoureux de la littérature, et si facile à deviner…

     

    Extraits :

    « Natacha, avec ses yeux noirs et sa bouche trop grande, semblait plutôt laide que jolie, mais, en revanche, elle était d’une vivacité sans pareille ; le mouvement de ses épaules, qui s’agitaient encore dans son corsage décolleté, attestait qu’elle venait de courir ; ses cheveux noirs, bouclés, et tout ébouriffés, retombaient en arrière ; ses bras nus étaient minces et grêles ; elle portait encore un pantalon garni de dentelle. En un mot, elle était dans cet âge plein d’espérances où la petite fille n’est plus une enfant, mais où l’enfant n’est pas encore une jeune fille. Echappant à son père, elle se jeta sur sa mère, sans prêter la moindre attention à sa réprimande, et, cachant sa figure en feu dans le fouillis de dentelle qui couvrait le mantelet de la comtesse, elle éclata de rire et se mis à conter à bâtons rompus une histoire sur sa poupée, qu’elle tira aussitôt de son jupon.

    – Vous voyez bien, c’est ma poupée, c’est Mimi, vous voyez !… »

    […]

    « Natacha se calma lorsqu’on lui eut annoncé une glace à l’ananas. Un instant après, on versa le champagne ; la musique se remit à jouer ; le comte et sa femme s’embrassèrent, les convives se levèrent pour féliciter la comtesse et trinquer avec leurs hôtes, leurs vis-à-vis, leurs voisins et les enfants. Enfin les laquais retirèrent vivement les chaises et tous les convives, dont le vin et le dîner avaient légèrement coloré le visage, se remirent en file comme en entrant, et passèrent dans le même ordre de la salle à manger dans la salle de bal ».

    […]

  • Le tout bon des Reflets

    Le tout bon des Reflets

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 17 septembre 2016, dans La une

    J’ai passé deux semaines à Fuerteventura, l’une des îles Canaries. La découverte de cet archipel à quelques encablures de l’ex-Sahara espagnol, devenu marocain, procure un choc : partout un désert, des roches volcaniques noirâtres, de curieuses collines, hautes de quelques centaines de mètres, au sommet desquelles s’accrochent curieusement des couronnes de nuages venus de l’océan… sur fond d’un ciel toujours bleu !

    Bien entendu, dans ce contexte aride où survivent péniblement quelques chèvres, les complexes touristiques, unique ressource de l’île, constituent des oasis artificielles, alimentées par une irrigation continue. L’une d’entre elles est occupée par un hôtel de la chaîne Ibérostar, une sorte de Club Med ibérique en mieux : un peu comme dans les croisières, les occasions de se restaurer se succèdent toute la journée, entrecoupées d’animations diverses et variées.

    Buffets, buffets et encore des buffets ! Avec, évidemment, de quoi satisfaire tous les goûts : légumes, crudités, hors-d’œuvre froids et chauds – parmi lesquels un choix impressionnant de charcuteries espagnoles, carpaccios et poissons marinés – plats du jour (en général une pièce de viande rôtie et un grand plat de poisson – ah ! le saumon entier en croute de pâte feuilletée, accompagné d’une sauce au citron !), sans oublier une ribambelle de desserts et de fruits.

    Boissons également à volonté : eaux plates et gazeuses, sodas, vins de table (plus ceux à la carte, mais avec supplément). Bref du surpoids et des indigestions en perspective, pour qui n’y prend pas garde…

    Un dernier mot : la gentillesse et la serviabilité des habitants de cette île sont, à elles seules, une raison de s’y rendre.

  • Crépusculaire, la rentrée politique…

    Crépusculaire, la rentrée politique…

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 10 septembre 2016, dans France - La une - Politique - Actualité

    On hésite : ce tableau deCaspar David Friedrich, où deux hommes vêtus de noir regardent – ils sont de dos – un « paysage du soir » ? Et puis, non, car l’horizon y est ouvert sur le rougeoiement de lointains portant leurs lendemains, donc des possibles. Ou bien, plutôt, ce Gérard Garouste, « les violents contre eux-mêmes », un homme abîmé, torturé ? faisant face à un arbre-pieuvre aux têtes menaçantes, bref une image de cauchemar, fin d’époque, lugubre banquet où chacun mange le voisin...

    Sombre et inquiétante à souhait, la rentrée politique 2016, basculant ses néants, d’Université d’été en causerie de place de village. Rien qui ressemble en fait à ce que nous connaissions ; nos rituels, où Majorité portait beau et bronzé au sortir de vacances reconstituantes, où Opposition glapissait, pleine d’appétit, toutes dents dehors blanchies par l’été. Chacune bien calée dans son rôle, un brin de guignol, mais encore du vrai politique. Rien, il faut dire, dans cette annus horribilis – une de plus – ne sonnant plus comme naguère.

    La Droite, pardon les multiples Droites, entament en fanfare le bal, tirées au milieu de la piste par le plus agité des siens – remuant, comme on le dit d’un enfant sous Ritaline. Sarkozy mène la danse avec un son de fin de vieille récré de 10 h, comme toujours. Tire la couverture à lui avec force grognements, est de toutes les photos, à peine plus grisonnant que dans nos mémoires de 2012. Avez-vous remarqué, dans ses serrages frénétiques de mains de ses fans (seigneur ! encore fort énamourés), il ne cesse de dire : merci ! étonné probablement qu’on lui propose encore un rôle. Tout, à droite – et tous – dérivent plus ou moins bruyamment dans le « plus à droite, toute ». Décomplexée ou plus gênée la manœuvre, mais unanime. Face aux échecs électoraux à venir, supposés, de plus en plus plausibles, de la gauche de gouvernement, il faut que le drapeau claque clairement autre, alternance oblige, qu’il soit visible en haut du mât, que les signaux dits, écrits – voix plus ou moins haute et sonore – l’affichent partout : – quand on changera, ce sera pour le dur. Le Pen nous fait de l’ombre sur nos salades de demain, foin ! On va la doubler sur son extrême droite. Dans la foire de bonimenteurs à l’œuvre ces jours-ci, il y a ce qui est donné à entendre au peuple de Droite, électorat énervé et affamé, shooté par ses frustrations et le désir de revanche, plus loin du raisonnable que les chefs, et ce qui est glapi en direction des autres, des innombrables prétendants à la Primaire de novembre, du moins, de ceux du premier rang. Il y a là, les mines, la communication non verbale – Sarko plus mâle et colérique que le maire de Bordeaux, Lemaire, dont le sourire affable se perd dans l’œil sombre d’un Fillon… NKM tout en miel de surface et en aiguillons de fond. Et puis – mais qui d’entre nous a franchement perdu 3 heures chaudes à ouvrir ces textes – il y a le fond de sauce des programmes, chantant un « plus libéral que moi, tu meurs » à faire frissonner la canicule ; et pan dans les droits sociaux, pan dans les restes de l’État providence… allez donc voir vos retraites futures, vos chômages à venir, l’école de vos gamins, les soins de vos aînés… c’est là, dans le secret de pages froides et dures qu’on trouve le dénominateur des Droites, plus décidées que jamais à quitter les rivages d’union nationale conjoncturelle (réécoutez le diapason des leaders droitiers, franchement ignobles au lendemain de Nice), prenant de l’altitude (mauvais vents !) par rapport aux décisions de gouvernance qu’ils auraient prises identiquement, se voilant la face : – la République ! Quelle République ?

  • Deux poids et deux mesures

    Deux poids et deux mesures

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 10 septembre 2016, dans La une - Education

    Quand tu es prof « normal », en « poste fixe », ta rentrée c’est :

    Une bonne demi-heure de plus sur l’horaire indiqué pour la pré-rentrée, quand tu arriveras tranquillement dans la grande salle du self qui bourdonne de voix connues qui t’interpellent. Un quart d’heure durant, ce ne sont que rires, sourires, embrassades, compliments sur ton bronzage, photos échangées, potins et commérages, cris de joie en revoyant tel collègue de retour après une longue absence ou en apercevant le ventre rebondi d’une jeune prof, clins d’œil en attendant le sempiternel discours hyper supra méga rasoir du chef d’et’ qui pourtant fera de son mieux pour captiver son auditoire…

    La salle des profs qui t’accueille comme une matrice bienveillante et chaleureuse, « ton » casier que tu avais vidé en juin qui déborde déjà de tracts syndicaux, de spécimens offerts par les éditeurs espérant toujours que tu changeras de manuel à la Toussaint, de consignes de rentrée – selon ton établissement invitation à la réunion de rentrée du Rotary, date du Ramadan, et j’en passe… Ton code ENT est déjà dans le casier, super, tu pourras dès demain faire l’appel et dès ce soir rédiger tes cours jusqu’à la Toussaint en les mettant sur l’Espace Numérique de Travail… (tu savais dès juin que tu aurais tel ou tel niveau, tu as pu préparer tout un tas de choses à l’avance…).

    « Ton » coin qui n’a pas changé, à droite de la photocopieuse et la machine à café à portée de main, tu sais aussi où tu accrocheras ton manteau par les petits matins blêmes, entre les premières gastros et les conseils de mi-trimestre, quand ton bronzage se sera dissipé depuis longtemps. Tu te souviens d’ailleurs avec émotion de ces salles des profs des débuts de ta carrière, quand il y avait encore la petite pièce réservée aux non-fumeurs, les casiers des agrégés séparés des casiers des certifiés, et puis les gros registres d’emploi du temps, aussi lourds que les cahiers de textes des classes et que ces bulletins que vous remplissiez à la main…

    Et puis tu claqueras des bises sonores à une centaine de personnes : au concierge qui te parlera de ses petits-enfants ; au chef cuistot qui te parlera de l’Euro ; aux dames de la cantine qui te taperont sur l’épaule pour t’encourager car elles sauront que tu as la 4°4 ou la seconde 8 ; aux petites stagiaires un peu rougissantes à qui tu expliqueras qu’elles doivent te tutoyer car dans l’EN, tout le monde se tutoie ; à la boulangère du coin de la rue toute contente de te revoir quand tu iras chercher ta baguette ; au patron du bistrot d’en face où tu te réfugieras quand tu auras d’énormes trous dans ton emploi du temps ; aux collègues du CDI, ravis de te monter les nouveaux abonnements…

  • Si vous le dites : Nation

    Si vous le dites : Nation

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 10 septembre 2016, dans La une - Linguistique

    Au cours de l’été, j’ai traduit en anglais – à titre gratuit – la conférence d’un ami, professeur des universités, dont le thème était « nation et Europe ». Durant des pages entières, l’ami en question traitait son sujet comme si le contenu du mot « nation » allait de soi, erreur fatale pour tout universitaire qui se respecte : tout commence par une définition des termes que l’on emploie.

    Mais peut-être ce défaut vient-il d’une formation par trop franco-française. La sociologie allemande, elle, distingue, à bon droit, les deux concepts très différents de la nation, la « Kulturnation » et la « Staatsnation ».

     

    1) La Kulturnation : une communauté d’origine

    Cela découle de l’étymologie natio, en latin, dérive du participe passé de verbe nascere, natus, être né. L’université de Paris, au Moyen-Âge, distinguait la nation française (étudiants originaires du val de Loire et de la vallée du Rhône) des nations picarde, normande, anglaise et germanique.

    Ce fut Herder qui théorisa le concept : « les états et les théories politiques sont des créatures humaines, les peuples sont des créations divines ». Ici se dessine une dichotomie fondamentale : à l’état, artifice produit par l’homme, s’oppose le peuple, entité naturelle, créée par Dieu. La Kulturnation fait équivaloir peuple et nation. Immédiatement se pose alors le problème de la « nature », dont la « culture » constitue l’antonyme : si le peuple relève de la première – Deus sive natura dirait Spinoza – alors l’expression Kulturnation est impropre. Fichte, dans son Discours à la nation allemande, rétablit les choses : « aussi loin que domine la langue allemande, tout un chacun doit se considérer sous un double jour : en partie comme citoyen de son état de naissance, en partie comme citoyen de la patrie commune de la nation allemande. Celui qui parle la même langue est déjà, en vertu de la seule nature, lié par d’invisibles liens à un grand nombre. Tous ainsi s’appartiennent et forment un tout unique et indivisible ». Double allégeance donc, à l’état et au peuple, notion ambiguë relevant aussi bien de la nature (la naissance) que de la culture (la langue).

    Pour Ernst Moritz von Arndt, poète du début du XIXème siècle, la culture, malgré tout, domine : « qu’est-ce que la nation allemande ? écrit-il, enfin, nomme-moi cette terre ! Aussi loin que résonne la langue allemande et qu’elle chante au ciel son chant à Dieu, là se trouve ce qui donne son nom au valeureux Allemand ». Il reste que l’ambiguïté demeure. Herder, encore lui, n’hésitant pas à dire dans ses Œuvres complètes (vol 6, 367) : « le lien social s’opère sous la houlette de la nature ». L’on voit par conséquent le risque d’essentialisation/naturalisation de la culture, dont ne se priveront pas les historiens pangermanistes du XIXème siècle, ouvrant ainsi la voie aux théories raciales du XXème siècle.

  • Mots

    Mots

    Ecrit par Robert Martin, le 10 septembre 2016, dans La une - Ecrits

    Mes amis les mots

    Mots du quotidien

    Mots de rien

    Mots intemporels

    Mots éternels

    Mots ancrés dans le passé

    Ces mots sont mes amis

     

    Pensées

    Mes pensées sont ces rafiots

    Démâtés sur une mer furieuse

    Elles refusent d’être alignées au cordeau

    Pour se déverser en vrac dans mon cerveau

     

    Elles tournent comme un gyrophare

    Selon des vitesses variables

    Musardent ou trébuchent

    Errent ou se dérobent

  • Reflets du temps a lu : « Vera Kaplan », Laurent Sagalovitsch (Buchet-Chastel, août 2016)

    Reflets du temps a lu : « Vera Kaplan », Laurent Sagalovitsch (Buchet-Chastel, août 2016)

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 10 septembre 2016, dans La une - Littérature

    Je cherche encore les mots pour parler du livre « Vera Kaplan » de Laurent Sagalovitsch, qui m’a happée.

    Je viens de le lire, en à peine deux heures, 150 pages inlâchables du début à la fin ; bouleversée et abasourdie par ce récit fascinant, troublant, non seulement construit avec originalité, mais à l’écriture parfaite, ciselée et remplie de poésie. Récit inspiré d’une histoire vraie, qui se situe dans l’Allemagne nazie des années 40, d’une jeune berlinoise juive, belle, irrésistible, au destin à la fois tragique et plein de vie.

    Un livre très beau, très fort :

    « Toute cette période de mon adolescence que j’ai essayé de te raconter lettre après lettre. Où je me suis décrite sans rien t’épargner. Sans rien omettre. Déterminée dans toutes mes actions. Bien décidée à vivre debout. A continuer de profiter des plaisirs de l’existence. De l’amour, des hommes, de la découverte de mon corps. Du plaisir. Ne pas renoncer. Sortir. Danser. S’amuser.

    Vivre.

    Vivre.

    Vivre ».

    Un livre qui prend au cœur et aux tripes :

    « J’ai toujours considéré, et cela aussi va te paraître étrange, qu’être née juive a constitué ma plus grande chance dans la vie, même s’il m’en a coûté, même si cette condition a été la source de monstruosités répétées, de morts prématurées, de destins fracassés. Je ne saurais dire pourquoi mais je n’aurais pas voulu d’autre destin. Etre juive m’a permis de ressentir avec plus d’intensité la tragique beauté de ce monde, son enivrante cruauté, sa déroutante amertume. Tout au long de ces années, j’ai essayé d’être à la hauteur de cette distinction et de cet honneur. […] ».

    Un livre saisissant, dont je ne trouve pas les mots pour dire combien il m’a bouleversée, renversée.

     

    Gilberte Benayoun

     

    *** La réponse au ki-c-ki du samedi 27 août 2016 : « Ulysse », de James Joyce (Folio, 2004)

  • Tout feu tout flamme...

    Tout feu tout flamme...

    Ecrit par Jean-François Joubert, le 10 septembre 2016, dans La une - Ecrits

    Des cailloux dans le ciel qui scintillent, un feu de bois, du granite, des camarades draguent, boivent, fument, parlent, moi profitant de la mousse, de la texture de cette herbe de dune dont je ne connais pas le nom, je pense magie, la nuit le ciel s’éclaire, une lumière naît de roches qui volent, incroyable, et le plus incroyable, je vais dire un gros mot, la naissance d’une langue sans fin, les mathématiques délivrent un lot de poésie au ciel, les constellations.

    Nuit. Même pas peur, ce souvenir est celui d’un enfant rêveur, qui a la mer dans le sang, une rivière qui coule dans ses veines. Allô docteur, pourtant ce sang n’est pas bleu mais laisse cette marque sur ma main, je n’ai pas de veine…

    Le fruit de mon enfance, je l’ai là, dans ces souvenirs, feus souvenirs, le plan d’eau, je le connais, les courants d’airs en classe, ils utilisent un train pour expliquer le vent/vitesse, le paysage défile trop vite, des arbres, des platanes, de la bruyère, et un moteur, le grincement des rails, je connais que le rail de Ouessant, et son aspect dangereux, Kéréon, la jument, le Créac’h, le Stiff, ils sont quatre pour protéger les oiseaux migrateurs, d’ailleurs Dieu !

    Oui, toi Dieu, et tes messes basses, pourquoi tu as fait l’estran, et moi Humain, j’ôte le h, reprends forme et goût à la vie, un titre de livre dit que les oiseaux se cachent pour mourir, en ce moment je parle à un mur, sans lichen, sans fleur, un mur qui parle, la technologie que j’utilise pour meubler ma quête du sens de la vie, l’infini, je le cherche pas, j’aime ce chiffre huit, symbole du 8 dans l’injure mathématique, sur tous les continents, même celui de plastique. Ici sur cette page, je cause au monde, à l’univers, de mes vers, ceux de ma bière, mon trou, ces vers mangeront ma chaire, et deviendrait qui sait une fleur ? Je ne sais si les âmes vont à la vitesse V vers un ailleurs, je ne suis pas un corps, pas un corps mort, pour moi une bouée de sauvetage pour accrocher son étoile, un bateau !

    Beau tableau, le feu crépite, l’enfance me quitte, et le silence ne me fait pas peur, je bois une île noix de coco, du Malibu, je vomis, les autres le font, alors processus d’intégration, comme le langage, je bois, je ne bave pas mais saute, plonge d’un crapaud, je suis là, bien dans mon signe de feu, d’eau, d’air, la Terre, qui se finit, un soleil dans le ciel, notre révolution est de tourner autour comme un vinyle, digression, un panneau, pas de sens interdit, m’a marqué plus que les suites de zéro et de un qui forment cette bouteille amer que je jette à la mer, pas même un mercredi, mais un jour de Mars, la rouge, sang, mon sang, a moins de bleu que ma cervelle, balade qui chante au ciel éteint les jours de pluie, de brume ou de calvaire, où dans un studio j’observe les étourneaux étourdis, les moineaux ahuris, et le couple qui copule et roucoulant ce chant, cette ballade d’Amour pour un œuf. Je navigue plus avec cette voile lourde qui pliait mon dos qui usée se déchirait avant le crapaud, ce rocher qui surplombe l’entrée d’un aber, Ildut, son nom, il a fallu que je tombe au repêchage d’un examen que je ne nomme pas sur la partie géographie, l’Amazonie, je dis au monsieur ce que j’ai entendu, les arbres et leur synthèse de la photographie nous font respirer, alors que l’Océan nous aspire, bateau surchargé qui coule, une pierre, roule, c’est un galet…

  • Eclats d’humeur  Un samedi à Bruxelles

    Eclats d’humeur Un samedi à Bruxelles

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 10 septembre 2016, dans La une - Ecrits

    J’ai vu

    des vieux mariés

    s’évader en calèche

    l’amour sur un écran

    Tintin dans les churros

    le kit du rêve parfait

    pour parfait con blasé

    des pâtes agrémentées

    d’un rayon de soleil

    les souvenirs duty free

    pour le temps qui voyage

    l’univers au rabais

    petit comme un monarque

    l’humanité en transe

    devant bouteilles et bières

    le bio qui fait son fier

    et les vieilles mamas frites

    l’accent du pavé gris

    qui rebondit au ciel

    le wallon dans un sens

    croisé par le flamand

  • Tu quoque fili ?

    Tu quoque fili ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 03 septembre 2016, dans France - La une - Politique - Actualité

    Cette semaine, Emmanuel Macron a – gentiment – poignardé dans le dos celui à qui il devait sa – brève ? – carrière politique, tout en prenant prudemment ses marques pour les présidentielles de l’année prochaine, au cas où Hollande n’irait pas.

    Macron me fait penser à Jean-Jacques Servan-Schreiber : même sourire carnassier, même tropisme vers l’Outre-Atlantique (JJSS publia son Défi américain en 1967), même libéralisme assumé, même brièveté du passage aux affaires (deux mois pour JJSS, deux ans pour Macron), enfin même positionnement aux confins de la polarité droite/gauche.

    Mais il y a un « hic » qui les différencie radicalement : le parricide. L’opinion n’aime pas. En 95, Sarkozy trahit son « idole » de jeunesse, Chirac, en ralliant Balladur qu’il croyait gagnant. Résultat des courses : sept ans de traversée du désert. En 98, Bruno Mégret tenta d’assassiner Le Pen père en faisant une OPA sur le Front National. Echec, son schisme échoua et le parti croupion qu’il fut contraint de fonder Le MNR (Mouvement National Républicain) végéta lamentablement.

    Les Français sont légitimistes. Le président de la république, qu’on le veuille ou non, campe le pater patriae romain. Le tuer ne pardonne pas.

    La psychanalyse n’a pas sa place en politique…

  • JE NE SUIS PAS ISLAMOPHOBE, JE SUIS LIBRE

    JE NE SUIS PAS ISLAMOPHOBE, JE SUIS LIBRE

    Ecrit par Kamel Daoud, le 03 septembre 2016, dans Monde - La une - Politique

    Trêve. Le sujet est aujourd’hui une explication et un remerciement. D’abord il me faut expliquer pourquoi je choisis de me reposer. Et ma raison première est ma fatigue. Ecrire c’est s’exposer, comme a dit un collègue, mais c’est aussi s’user. Il y a en Algérie une passion qui use, tue parfois, fatigue ou pousse à l’exil immobile (rester chez soi, dans sa peau), ou à l’exil qui rame (partir ailleurs).

    Nous sommes passionnés par le vide en nous, mais aussi par notre sort. Cela nous mène à des violences qui ont parfois l’apparence d’une folle affection ou d’une exécution sommaire par un peloton de désœuvrés. Ou à des procès permanents de « traîtrise » du bout des lèvres. Les verdicts des Algériens sur eux-mêmes ont la force des radicalités. Et, durant des années de métier, j’ai subi cette passion. J’ai fini par incarner, sans le vouloir, les contradictions de l’esprit algérien, ses affects, passions et aveuglements. Palestine, religion, femme, sexe, liberté, France, etc.

    J’ai parlé, parce que libre, de ces sujets parce qu’ils m’interrogeaient et pesaient sur ma vie. Cela a provoqué des enthousiasmes et des détestations. Je l’ai accepté jusqu’au point de rupture ou l’on vous traite de harki et de vendu ou de sioniste.

    Puis j’ai vécu le succès jusqu’au point où les récompenses dans le monde me faisaient peur chez moi à cause de notre méfiance et de nos haines trimbalées comme des chiens domestiques. J’ai écrit jusqu’au point où je me sentais tourner en rond ou être encerclé.Et j’ai donc décidé, depuis quelques mois, d’aller me reposer pour essayer de comprendre et retrouver des lectures et des oisivetés.

    Il se trouve que cette décision, prévue pour fin mars, a été précipitée par « l’affaire Cologne ». J’ai alors écrit que je quittais le journalisme sous peu. Et ce fut encore un malentendu : certains ont cru à une débandade, d’autres ont jubilé sur ma « faiblesse » devant la critique venue du Paris absolu et cela m’a fait sourire : si pendant des années j’ai soutenu ma liberté face à tous, ce n’est pas devant 19 universitaires que j’allais céder ! Le malentendu était amusant ou révélateur mais aussi tragique : il est dénonciateur de nos délires.

     

    Le droit du plaidoyer libre et insolent

    Dans l’affaire « Cologne », j’ai fini par comprendre que je n’étais que le déclencheur de quelque chose qui couvait et qui attendait. Le délire était si rapide et si disproportionné qu’il est devenu plus intéressant que mes propos. J’ai donc décidé d’arrêter et de ne pas répondre car c’était inutile pour la lucidité. Amusant donc, mais clinique, surtout. Ce que j’ai écrit sur nos liens malades avec le désir, le corps et la femme, je le maintiens et le défends cependant.

    Ce que je pense de nos monstruosités « culturelles » est ce que je vis, par le cœur et le corps, depuis toujours. Je suis algérien, je vis en Algérie, et je n’accepte pas que l’on pense à ma place, en mon nom. Ni au nom d’un Dieu, ni au nom d’une capitale, ni au nom d’un Ancêtre. Et c’est pourquoi les immenses soutiens et messages de solidarité que cela a provoqué m’ont ému, ils témoignaient d’un désir de partage, de compréhension.

    L’enjeu était plus grand que ma petite personne : pouvoir dire librement, sans tomber dans la compromission au nom d’une culture, d’une race ou d’une connivence ; pour me soutenir, certains ont mis de côté leurs convictions car il s’agissait de liberté. Et certains ont témoigné de leur honnêteté en refusant les inquisitions et les récupérations. Et certains ont saisi qu’il s’agissait d’un droit chez moi, chez les miens, que de m’élever contre ce qui nous abaisse au nom d’une croyance. Le postcolonial ne doit pas être cécité et la « différence » ne doit pas excuser la barbarie. Je ne suis pas islamophobe, je suis libre.

    Il se trouve aussi qu’avec le temps on s’use : on finit par comprendre que derrière la hargne de certains se cache quelque chose de presque irréparable. La maladie de notre âme. Une incapacité secrète à accepter le monde, à le conquérir, à admirer les réussites de ses propres enfants. Le doute lié à l’enfantement. Le soupçon face au succès. Les procès d’intention et de croyances. Nous, les Algériens, nous souffrons de l’étrange maladie de l’enfermement et quand l’un des nôtres saute le mur de la camisole, et nous revient avec d’autres mondes sous l’aisselle, on le lapide ou on l’isole ou on le soupçonne. L’indépendance précède encore la guérison dans notre histoire.