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  • Le sens d’un don à Reflets du Temps

    Le sens d’un don à Reflets du Temps

    Ecrit par La Rédaction, le 18 février 2017, dans La une

    Mais qu’est-ce que « Reflets du Temps » ?

    Un mag en ligne comme il en naît probablement chaque jour, arrivé sur la Toile il y aura 6 ans à la saison des vendanges… En ce temps-là, ni Hollande bashing, ni Crise du financement des PME, ni Bourses chancelantes au fond du grand Monde inquiétant ; quoique ! ni… attentats, ni Daesh, ni… ces centaines de chroniques sur l’actu, l’économie, la géopolitique, ces pauses rafraîchissantes autour de poèmes bienvenus, ces ballades dans les expos d’Art contemporain, ou moins, ces éclats sonores de musique, de temps à autre. Depuis, et à son niveau – juste celui-là, mais tout celui-là – Reflets du Temps ce sont ces chroniques signées Martine LP, ou Jean-François V, ou des deux Sabine ; ces Ki-c-ki mystérieux de Gilberte B . Ces livres dont on vous parle ; ceux des « nôtres », Christelle, Emmanuelle, et bien sûr, Bernard P, et ceux, d’ailleurs, nombreux, qui nous arrivent du vaste monde, culturel, historique, littéraire…

    Depuis, il y a eu les Reflets des Arts – érudits – de Johann, les Racines d’Actu qui ramènent à nos mémoires le vent de l’Histoire, les magnifiques coups de gueule de notre Toulousain préféré – Rugby, ou Grande Guerre. Souvent, du vin, des recettes et des resto : ah, les Tout Bon !! On allait oublier les « Si vous le dites », quoi-qu’est-ce ? Justement,  allez y voir !

    On a aimé Hollande, on l’a aussi fustigé… la « Disputatio » a été notre règle, mais, toujours, oui, toujours, à l’abri des hautes valeurs de la République ! Et nous ne sommes pas prêts de changer, là !

    Depuis ce temps si long, qui nous paraît si court, tous les samedis – 13h, en principe – claquent sur votre écran 6, ou 8 nouvelles chroniques de Reflets. Toujours inédites, artisanales, fait maison, en quelque sorte !

    Alors, la question reste entière : comment ça avance un mag comme RDT ? Vous en doutez-vous, chers lecteurs, difficilement. De plus en plus. Car ça coûte ! Les corrections, la mise en ligne, des abonnements divers sur le Net. Le bénévolat mâtiné de mécénat, de quelques membres de la Rédaction, quelques contributions précieuses mais trop rares de certains de nos amis rédacteurs… Voilà ! Le compte n’est pas bon, en douteriez-vous ?

    Si ce billet vous touche et vous semble légitimé, l’adhésion à notre association Les amis de Reflets du temps pourrait être votre façon à vous d’épauler ce Reflets du Temps, que vous semblez nombreux, par vos lectures, retours divers, à apprécier.

    Simple comme un chèque de 25 euros, valable pour l’année, à poster à cette adresse :

     

    Lamouché

    260 Avenue du Pont Trinquat

    Résidence Le La Fayette – bât B

    MONTPELLIER – 34070

     

    Vous recevrez la reconnaissance du magazine, et… une pincée de ciel bleu de France du grand Sud.

  • De la vertu en politique

    De la vertu en politique

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 18 février 2017, dans Philosophie - La une - Politique

    En des temps marqués par un moralisme renaissant et le soupçon généralisé porté sur la probité du personnel politique, un terme semble absent, un terme dont la ringardise même prohibe un emploi qui apparaîtrait par trop ridicule : la vertu !

    La vertu pourtant a été le leitmotiv de la philosophie politique du XVIIIème siècle.

    Déjà Montesquieu, dans la préface de L’esprit des lois, invite le lecteur à « se vouer, par vertu politique, à l’égalité devant les lois de la République » (au sens de la chose publique, de l’état). Rousseau, quant à lui, dans un ouvrage assez méconnu, Lettre à la vertu, définit cette dernière comme le souci du bien commun (notion thomiste, s’il en est !) : « mon bonheur, écrit-il, dépend du concours de mes semblables ; il est manifeste que je ne dois plus me regarder comme un être individuel et isolé, mais comme une partie d’un grand tout ». Et, évidemment, le modèle indépassable demeure la virtus romaine. Diderot, dans son Essai sur les règnes de Claude et de Néron, assimile le vertueux au philosophe et le vicieux au tyran. Il interpelle, comme suit, Sénèque, condamné à mort par Néron : « dis-nous, grand philosophe, quelle fut alors ta consolation et ta force : la vertu ! La vertu qui te restait et dont le tyran ne pouvait te dépouiller ». L’historien anglais, Edward Gibbon, auteur d’une monumentale History of the decline and fall of the Roman empire, en fait d’ailleurs LE moteur principal de l’histoire : « the vast extent of the Roman empire was governed by absolute power, under the guidance of virtue and wisdom ». La chute de Rome coïncidant ainsi précisément avec l’amollissement des mœurs et la prévalence de la corruption…

    Cette idéologie de la vertu n’en resta pas à un niveau purement théorique ; elle fut mise en pratique – et de quelle manière ! – par la Révolution française.

    Robespierre inaugura, en effet, ce que Louis Madelin nomme « le règne de la vertu ». Il le dit très clairement lui-même le 25 décembre 1793 dans un discours devant la Convention : « le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu ; en révolution, il est à la fois la paix et la terreur ». Il convient donc d’éliminer les vicieux – il vise, entre autres, Danton et Hébert : « la vertu est en minorité, la vertu a toujours été en minorité (…) que le tribunal révolutionnaire soit actif contre le crime et finisse tout procès en 24 heures ».

    Saint-Just de son côté surnommé « l’ange de la pureté révolutionnaire » ne cessa de dénoncer les turpitudes de la noblesse et du clergé, dans un poème au titre évocateur : « L’Organt de 1792, poème lubrique en XX chants, par un député de la Convention nationale ».

    La pureté – religieuse ou révolutionnaire, peu importe – si justement décriée par BHL (cf. La pureté dangereuse, 1994) risque, en permanence, de dégénérer en un puritanisme. Cette vertu, dont jadis le divin marquis conta les malheurs, servit de mobile à tant de crimes qu’il est permis de lui préférer une – plus cynique mais plus réaliste – tolérance aux humaines imperfections. Ce que ne peut, en définitive, supporter le peuple dans les fautes des élites, c’est qu’elles lui renvoient, comme dans un miroir, son propre délabrement moral.

    Pour ma part, j’incline plus vers un Talleyrand plus que vers un Saint-Just…

  • Méditerranée, mer de toutes les crises ?

    Méditerranée, mer de toutes les crises ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 18 février 2017, dans Monde - La une - Politique

    « Méditerranée, une idée d’empire. Du Mare Nostrum romain à l’empire européen sans frontière, qui s’imagine aujourd’hui rongé par les vagues de migrants ».

    Formidable sujet que celui de la revue d’hiver. Un espace maritime et ses rives, brassant toute l’Histoire au carrefour de civilisations de première importance, comportant les zones sensibles où bat le plus dangereusement le pouls de la Géopolitique actuelle, charriant les flux de populations, migrants fuyant les guerres ou émigrés clandestins, par voies de terres et bien plus de mer, qui donnent à la Méditerranée cette représentation de tombeau – 10000 morts depuis 2014 – qui pour la plupart d’entre nous signe indéfectiblement cet espace géographique. Méditerranée, zone de tous les dangers, malheurs, et, pour certains, menaces ? Réalité, qui, comme tout ce qui porte un tel niveau de crises, véhicule son lot de fantasmes et de représentations approximatives ou fallacieuses.

    Aussi pouvons-nous être particulièrement reconnaissants à la revue PE, qui, tout en mettant sur la table l’état le plus pointu des savoirs géographiques, historiques, géopolitiques, aborde également ce sujet, vaste et mouvant, par des faces moins connues, pour autant parfaitement pertinentes, et garantes de mieux armer nos connaissances. Méditerranée ; a priori, du « connu » ? A voir.

    6 solides et copieux articles se partagent ces regards croisés sur La Méditerranée, mer de toutes les crises ? Le point d’interrogation n’étant pas rien dans la problématique. Jean-François Daguzan place d’utiles jalons d’entrée :« Les politiques méditerranéennes de l’Europe : trente ans d’occasions manquées ».

    « Jamais le fossé n’a été  plus profond entre les rives de la Méditerranée alors que se dresse un mur physique et mental qui a pour nom : terrorisme, réfugiés, conflits ». L’auteur place le sommet de Barcelone 1995 comme l’ambition type et le ratage classique d’unir le destin de l’UE en plein élargissement et de certains pays riverains, s’étendant jusqu’à Israël, la Palestine, la Mauritanie, la Jordanie, excluant la Lybie. Objectifs de paix, dans cette après-guerre froide, et de coopération économique, se donnant à l’horizon 2020 la possibilité d’une zone méditerranéenne de libre échange (Shimon Pérès en était l’un des inspirateurs, au nom du « New Middle East »). L’échec à venir à bout du conflit Israélo-Palestinien fut une des grandes raisons de sa paralysie. L’UE se rabattit sur « une politique de voisinage » en 2003, ensemble de partenariats bilatéraux entre l’Europe et les pays de la zone méditerranéenne. Dès son arrivée au pouvoir en 2007, N. Sarkozy mena « L’Union pour la Méditerranée », dont l’échec vint d’une volonté affichée de contourner la domination allemande, et de repousser aux calendes l’adhésion de la Turquie. Comme on descendrait des marches, ces stratégies passent, voit-on, d’ambitions de haute voilure, à de « simples » et habituels contrats de coopération entre l’UE et les Etats. Les Révolutions arabes de 2011 changent totalement la donne – les interlocuteurs ont changé, le terrorisme islamiste, et son volet sécurité, colorent tout. En 2016, une nouvelle politique méditerranéenne est amorcée ; on baigne encore dans cette séquence. Plus large, elle s’ouvre vers le Golfe et le Sahel, plus attentive aux nouvelles donnes, le défi démographique, les migrations, le climatique. L’article souligne les défauts réitérés d’une UE menant le bal, dans un modèle de toute puissance, n’ayant pas suffisamment saisi les changements structuraux de ses partenaires méditerranéens (ainsi, d’Israël bunkerisé, de l’Egypte paralysée, de la Tunisie aux prises à ses équilibres, de la Turquie renvoyée dans un rôle de frontière). La puissance supposée de l’UE s’effrite du coup en méditerranée, et montent les voix des pays du Golfe, notamment, sans compter la Chine.

  • JCALL : Une loi de régulation immorale, contraire aux valeurs du judaïsme et antidémocratique

    JCALL : Une loi de régulation immorale, contraire aux valeurs du judaïsme et antidémocratique

    Ecrit par JCall, le 18 février 2017, dans Monde - La une - Politique

    La loi dite de régulation qui vient d’être votée par la Knesset légalise rétroactivement des constructions jusqu’alors illégales implantées sur des terres privées palestiniennes, et trace le cadre juridique de futures expropriations. Elle marque une rupture fondamentale en ce que – pour la première fois depuis l’annexion de Jérusalem – la majorité parlementaire israélienne légifère sur des territoires palestiniens, hors de ses frontières internationalement reconnues. En poursuivant dans cette voie, c’est vers la dissolution d’un État d’Israël juif et démocratique que s’acheminent les dirigeants israéliens.

    La condamnation internationale a été unanime, y compris du côté des amis traditionnels, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, France, Suisse, Pays-Bas, etc., et plus largement de l’Union européenne par la voix de Federica  Morgherini. Benjamin Netanyahou n’en a sans doute pas été surpris, lui qui était initialement opposé au vote de la Knesset, comme par ailleurs de nombreux experts juridiques et sécuritaires.

    Vouloir pérenniser et légaliser l’occupation, c’est détruire la base même du projet sioniste originel : construire un État pour le peuple juif sur des fondements démocratiques et humanistes. Comme l’a indiqué le procureur général Avichai Mandelblit, le texte ne résistera probablement pas à l’examen constitutionnel de la Cour suprême, auprès de laquelle un recours a déjà été déposé par 2 ONG israéliennes et 17 municipalités palestiniennes.

    JCall condamne l’adoption de ce texte et appelle les institutions et organisations juives européennes à se faire entendre, à l’instar des nombreuses associations juives américaines, lesquelles n’ont pas hésité à exprimer publiquement leurs plus extrêmes réserves face à une loi qui, si elle était définitivement adoptée, serait immorale, contraire aux valeurs du judaïsme et antidémocratique.

    2) A noter, le lundi 27 février à 20h30, notre rencontre avec Mahmoud Hussein (Bahgat El Nadi et Adel Rifaat) à l’occasion de la parution de leur livre Les musulmans au risque de Daech, chez Gallimard.

    Les musulmans au risque de Daech

    Bahgat El Nadi et Adel Rifaat, qui signent du pseudonyme commun de Mahmoud Hussein, ont consacré plusieurs ouvrages-clés à réfuter le dogme de l’imprescriptibilité coranique. Selon ce dogme, puisque le Coran est la Parole de Dieu et que Dieu est infaillible, chacune de Ses paroles est vraie partout et toujours. Or, nous disent nos auteurs, la Parole de Dieu se présente comme un dialogue entre Ciel et Terre, elle s’implique dans le temps et certains de ses versets ont une portée strictement circonstancielle…

    Ils viendront débattre avec nous de cette question, cruciale pour la compréhension de l’islam d’aujourd’hui.

  • La volonté de dieu

    La volonté de dieu

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 18 février 2017, dans La une - Ecrits

    Je dédie cette modeste nouvelle à notre nouveau rédacteur, le chat Boubou. Il y lira ce que dans sa grande sagesse il suppute certainement, à savoir qu’il ne faut jamais faire une confiance absolue aux humains, individus versatiles dont la duplicité se cache trop souvent sous des caresses et des promesses à l’exemple des rapports hypocrites que les propres maîtres de cette espèce entretiennent avec leurs crédules affidés.

     

    Léonie posa la soucoupe sur le bord de la fenêtre et y versa le fond de la bouteille de lait. Il n’en restait que quelques gouttes qui mouillèrent à peine le premier cercle de l’assiette. On voyait encore, à travers la mince pellicule blanche, les fleurettes d’un bleu délavé qui en avaient constitué la décoration dont les filets de dorure avaient disparu depuis longtemps. C’était bien assez pour le Minet gris qui, dans le cas le plus favorable, reniflerait la soucoupe d’un air soupçonneux et daignerait laper trois gouttes avant de laisser la poussière de la rue, soulevée par le va-et-vient incessant des camions de la fabrique, salir la blancheur bleutée que le soleil finirait de jaunir.

    Léonie n’aimait pas son chat et elle avait ses raisons. Mais elle avait aussi des obligations envers lui et elle n’aurait jamais manqué de lui assurer, à divers moments du jour et en divers endroits immémorialement consacrés de la cuisine, une alimentation parcimonieuse et peu variée dont l’essentiel lui était gracieusement fourni par le boucher du quartier, bien que Léonie fût depuis des lustres une de ses plus modestes pratiques.

    Mais le Minet gris, animal prévoyant et d’une duplicité indigne, n’honorait ces abats que de quelques coups de ses vieilles dents, afin d’en perpétuer, à toutes fins utiles, l’attribution quotidienne mais superflue. Il avait pris pension à l’année au café tabac établi de l’autre coté de la rue, juste en face de la maison dont Léonie occupait deux pièces au rez-de-chaussée. Il venait assez souvent, quoique sans y mettre la politesse élémentaire de la régularité, prélever sa dîme et en commenter la qualité de quelques miaulements aigres et sonores, n’hésitant pas à récriminer si le mou était desséché ou si le lait avait tourné. Pourtant, la responsabilité en incombait évidemment à sa nonchalance puisqu’il savait exactement à quelle heure ses repas lui étaient servis. Seulement, s’il était occupé au bistrot à surveiller de son œil jaune et triste, depuis la banquette qu’il s’était attribuée, une belote dont il comptait les points ou si la livraison des fûts de bière nécessitait l’enregistrement par son greffe, il pouvait différer indéfiniment de traverser la rue, au mépris des horaires qu’il avait lui-même imposés.

    – C’est son droit, expliquait Léonie à Tite la perruche, mais qu’il ne râle pas si c’est gâté, il n’a qu’à rentrer manger à l’heure.

  • Reflets a (re)lu : Le bureau de poste de la rue Dupin, Marguerite Duras, François Mitterrand

    Reflets a (re)lu : Le bureau de poste de la rue Dupin, Marguerite Duras, François Mitterrand

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 18 février 2017, dans La une - Littérature

    Récréation littéraire, cette semaine, avec des extraits choisis d’un recueil d’entretiens entre François Mitterrand et Marguerite Duras, réunis dans ce très beau livre, Le bureau de poste de la rue Dupin, superbement préfacé par Mazarine Pingeot.

    Intéressantes et riches conversations à deux voix, entre cette immense romancière (une de mes préférées…) et celui qui fut notre Président de la République de 1981 à 1995, que l’Histoire a fait se rencontrer en 1943, et dont les entretiens hautement passionnants contenus dans ce livre ont été réalisés entre 1985 et 1986.

     

    Extraits :

    « Le dernier pays avant la mer (le 23 janvier 1986, palais de l’Elysée)

    Marguerite Duras – En ce moment, il y a 40% de Français qui ne se rendent pas compte qu’il n’y a qu’un tour ; par ailleurs, 30% des Français pensent que c’est le président de la République qu’on va élire. Et 25% de Français pensent que ce sont les maires de France qu’on va élire.

    François Mitterrand – Il faut compléter leurs informations, dans ce cas. Lorsque j’étais un jeune député, on me rappelait un sondage qui avait eu lieu dans une petite ville de la Nièvre, où on avait demandé : « Sous quel régime sommes-nous ? République ou monarchie ? » Les résultats avaient été partagés. C’est très difficile de faire traverser des choses aussi simples que celles-là, très difficile. Et une information, auprès de 35 millions d’électeurs – et même un peu plus –, ça offre une résistance, comme l’air – on a appris que ça résistait, l’air. C’est compact.

    M.D. – Après la guerre, dans une enquête sur l’instruction, on avait demandé à une vieille Suissesse si elle savait où se trouvait la Chine. Elle a dit que oui, que la Chine était là, derrière cette montagne-là, devant elle.

    F.M. – Oui… Eh bien, moi, dans la rue, au cœur de la Chine, j’ai demandé : « Est-ce que vous avez jamais entendu parler de la France ? » Ils ne savaient pas ce que c’était. Ça donne des envies européennes, ça.

    M.D. – En 1920, en Bretagne, on a trouvé des gens qui ne savaient pas que la guerre de 14-18 avait eu lieu.

    F.M. – Alors on comprendra combien il est compliqué de faire passer un message politique.

    M.D. – Je n’ai jamais lu de sondages sur la fréquentation des journaux télévisés. Pas mal de gens doivent les subir comme des publicités… »

    (…)

    « La Nouvelle Angoulême (le 16 avril 1986, palais de l’Elysée)

    Marguerite Duras – On va parler de l’Amérique ?

    François Mitterrand – Si vous voulez.

    M.D. – C’est bien étrange, ce qui se passe en Amérique.

    F.M. – Où ? En Alaska ?

    M.D. – En Alaska aussi (rires). A New York, à New Orléans, à Chicago. Les Américains sont d’accord avec Reagan.

    F.M. – Oui, il est très populaire.

    M.D. – Et c’est en accord avec son peuple qu’il a bombardé Kadhafi.

    F.M. – Il sent et il exprime, en effet, ce que son peuple sent ou voudrait exprimer.

    M.D. – Qu’on ne respecte pas la parole donnée, les Américains ne le supportent pas. L’attitude de Kadhafi, qui est constamment un mensonge, les Américains ne la supportaient plus.

    […]

    F.M. – Kadhafi s’est mis en tête qu’il devait unir la nation arabe. Pour lui, quiconque nuit à l’unité du monde arabe, aujourd’hui séparé par de multiples frontières politiques, étatiques, est un traître. Ce fanatisme politique, doublé d’un fanatisme religieux qui touche aux racines de l’être, ne s’exprime que par la violence. Mais c’est un fanatisme souvent malin, souvent retors pour lequel vérité et mensonge sont les deux faces d’une même arme. Ce faisant, il a défié son propre destin et celui de son peuple. La violence lui a répondu. Peut-il s’en étonner ?

    M.D. – Le défi avait sans doute assez duré pour les Américains. Et puis Reagan n’est pas arabe, il ne peut être un traître.

    F.M. – Il faut mettre un terme au terrorisme, le détruire. Mais d’instinct et de raison, je n’aime pas les représailles collectives qui frappent des gens qui n’y sont pour rien, victimes sans savoir pourquoi.

    […] »

     

    … … …

  • Décliner le populisme : populus, ethnos, demos

    Décliner le populisme : populus, ethnos, demos

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 11 février 2017, dans La une - Politique - Société

    Décliner dans les deux sens : refuser et faire la déclinaison de. Cette seconde acception décrit très exactement ce qu’entreprend Patrick Buisson, l’ex-père Joseph de Nicolas Sarkozy dans son ouvrage : il « décline » un populisme assumé et revendiqué qu’il entend ici théoriser.

    Populus

    « Il est vrai qu’il n’y a pas loin de la stigmatisation du populisme et l’expression plus ou moins camouflée d’une certaine populophobie » écrit Buisson. Le peuple, bien sûr. Mais quel peuple ? A l’instar de la plebs que défendaient les populares de la fin de la république romaine, il s’agit de ce que le démographe Christophe Guilluy, dans son Atlas des fractures françaises, nomme « la France périphérique », celle des ruraux déclassés, des suburbains fuyant les banlieues et exilés à la lisière des champs, bref la France qui vote FN. Symptôme, nous dit Buisson, d’un mal bien plus largement répandu : la « déliaison », le délitement du lien social, de cette affectio societatis, dont parlent à la fois Spinoza et Frédéric Lordon… signe d’ailleurs dudit délitement pour Buisson : la disparition des bistros ! « La spirale de la solitude extrême s’achève avec la disparition de ces derniers lieux de vie qu’étaient les bistros – 600.000 dans les années 60, moins de 35.000 aujourd’hui ».

    Mais au-delà de la socialisation bistrotière, qu’est-ce donc qui définissait le « vivre ensemble » et par conséquent soudait le « peuple » ? Réponse : l’identité ! « Un capital immatériel que l’économie ne sait ni créer, ni produire, mais auquel les Français tiennent comme à la prunelle de leurs yeux », plus précisément ajoute-il en citant Renan « le souvenir des grandes choses faites ensemble », autrement dit l’histoire, entendue comme un « roman national ». Problème, l’immigration aboutit « immanquablement » à la « destruction de l’identité nationale »… d’où la question de l’ethnos.

    Ethnos

    Oui, la France forme une « communauté », une ethnie (Buisson ne va pas jusqu’à dire une « race »), un « capital d’autochtonie ». Vieille thématique nationaliste : comme dans la Grèce antique, les hommes « sortent » du sol de leur terre natale pour y retourner à leur mort : la patrie – patria, Vaterland – s’enracine dans la terre des pères, celle où les ancêtres sont enterrés. On n’est pas loin d’un Barrès et de sa célèbre conférence de 1899, La terre et les morts, sur quelles réalités fonder la conscience française.

    Il existe ainsi une « France centrale », au sens historique du terme, par opposition à celle « des marges » : celle des « identités ethniques et culturelles minoritaires ». Il convient donc de rétablir les choses et de privilégier le proche par rapport au lointain. « Seul l’amour du prochain, du proximus, assume la totalité du réel (…), le crime de Caïn fut de se délier de l’exigence politique suprême qu’est l’amour du proche, en refusant d’être d’abord et avant tout le gardien de son frère ». Préférence nationale ? Buisson ne l’énonce pas, mais il la suggère… au total, il souscrirait indubitablement au propos de De Gaulle, tel que rapporté par Alain Peyrefitte, dans sa biographie, C’était De gaulle (tome I) : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ».

  • Boubou déménage, et c’est pas rien !

    Boubou déménage, et c’est pas rien !

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 11 février 2017, dans La une - Ecrits

    Quand j’étais petite, le Kiki la Doucette de la grande Colette fut mon chat d’entrée en littérature…

     

    Ils me les font toutes, et ça n’en finit pas…

    Elle m’avait nommé au coin d’une page FB, Sire Boubou Le Loup. Tu parles ! le côté régalien (qui, mine de rien, flattait en moi le chat de gouttière) est passé à la trappe. Mon stock d’opinions favorables fond comme celles de Fillon et Valls réunis (oui, je vis dans un milieu très politisé et j'ai mon avis là aussi)

    Ils sont pressés, ils caquètent – ça résonne dans les pièces vides, ils déversent tout ce qu’il y avait dans les placards et les fonds de cellier, sortent barbouillés de toiles d’araignées – pouah ! avec de drôles de petits cris de joie parce qu’elle a retrouvé (c’est surtout elle qui vide) un objet oublié, sans intérêt aucun. Ils disent qu’ils déménagent…

    3 jours, un week-end, à la rigueur, ça passerait, mais ce temps long, comme saison sans croquettes… impensable.

    On leur a apporté – il paraîtrait qu’ils payent ! – des plaques de cartons d’une affligeante banalité, qu’ils montent (c’est surtout elle, là aussi) avec un crissement insupportable du scotch, à la fin, qui agresse mes soyeuses et fragiles oreilles. Ils m’interdisent à grands cris énervés de sauter dedans – m’enfin ! ne savent-ils pas depuis tout ce temps de chats divers dans leur vie, que rien n’est plus agréable au minou… pire, me faire les griffes sur ces mochetés maronnasses semble relever à leurs yeux d’un sacrilège de religion antique ; allez donc comprendre…

    Au début – ces livres, CD (là, c’est lui qui officie et mes avis de chat mélomane sont peanuts), ces vaisselles, ces vêtements, finissant au fond des cartons, avec des signes cabalistiques de couleurs au-dessus – m’ont fait poser l’hypothèse complexe d’un vaste élagage, en partance pour d’obscurs coins de la maison ; genre opération archivage. C’est quand j’ai vu que les dits cartons envahissaient « notre » espace de vie sans bouger – et dans toutes les pièces – que ma perplexité a frisé l’inquiétude ; je n’ose dire l’angoisse. Que c’est inélégant, inesthétique, tout ça ! Y verraient-ils quelque design moderne et tendance ? Aurais-je loupé, un soir de fatigue, une émission de « La maison France 5 » qu’elle, ne rate jamais ? Si c’est le cas, c’est l’austérité des Cisterciens du début qui est visée, puisque les murs, eux aussi sont délestés de leurs objets et tableaux, posters, tentures, rien d’épargné ! Mazette. Ce que nos goûts en matière de déco, d’ameublement, diffèrent, quand même…

    Et, puis, un jour, comme on monterait en puissance dans un thriller, voilà qu’ils ont commencé à « sacrifier » (je ne trouve pas de mots plus adaptés) les meubles ; vous avez bien entendu ! Elle fait des photos, se cale sur son ordi – Le Bon Coin, ça s’appelle – et quelque temps après, sonnent à la porte d’absolus étrangers, qui ne me jettent pas un regard, et repartent, à peine vus, à peine connus, avec nos meubles ! Baste ! C’est ainsi que se sont volatilisés des tables sur lesquelles je perchais, des armoires et leurs si chères odeurs de mon enfance, jusqu’à – j’ai frisé l’infarctus – l’un de mes canapés préférés. L' armoirette bleue et le petit congélo, une chronique que j’aurais pu vous faire ! Mon interprétation de la chose est aussi délicate, incertaine, interrogeante que le « Penelopegate » : seraient-ils en faillite ? Auquel cas, mes croquettes et mon gîte à venir seront-ils encore assurés ? Où vais-je atterrir ? L’un de ces mystérieux cartons a-t-il une place pour moi ? Ou, demain, dès l’aube serai-je condamné à errer dans une maison vide, sans plus âme qui vive ? Frissons de fin d’un monde.

     Elle (il lui arrive d’être fine) a dû sentir quelques effluves de mon malaise, car hier, lors du câlin du soir (assorti de ces croquettes du soir qui rythment mes journées), elle a parlé de la terrasse aux tourterelles, et du grand soleil du sud. Qu’est-ce qu’elle croit ? J’ai là-dessus une mémoire qui vaut bien celle des éléphants. Ce serait donc là, qu’on irait poser les cartons ? Why not, c’est un endroit où j’ai déjà quelques heureuses habitudes, et qui, dans mon souvenir, est très convenablement meublé et équipé. Quand ?? ai-je miaulé, c’est alors qu’elle a parlé d’un gros camion… je sens qu’ils m’en réservent encore des surprises ; il vaut mieux avoir les nerfs solides, et ce rien d’orientalisme qui, nous les chats, nous permet de voler haut, tellement au-dessus des basses contingences.

  • Le photographe et l’écrivain (8)

    Le photographe et l’écrivain (8)

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 11 février 2017, dans La une - Ecrits

    Soyons plus précis : ce que nous dit Borges, c’est que le fait esthétique n’est pas une révélation mais l’impossibilité qu’elle se fasse. Et ainsi mon émotion esthétique devant la beauté grandiose d’un paysage ne serait pas la paix universelle qu’elle m’évoque mais l’absence de rapport entre ce panorama et la paix à laquelle j’aspire. Ou plus exactement, le rapport entre le panorama et la paix, c’est en moi qu’il réside, il constitue la matière même de mon émotion. La beauté de l’être aimé ne serait pas la révélation de l’amour qu’il nous inspire mais l’impossibilité que cet amour soit révélé. Et cette impossibilité est la matière même de l’émotion amoureuse.

    Faisons maintenant un détour par une autre caractéristique de la photographie pour laquelle elle est souvent utilisée y compris dans sa dimension artistique à laquelle ma pratique d’amateur n’a évidemment jamais prétendu. Le photographe, le vrai, est l’artiste de l’éphémère, de l’événement instantané. Il fixe ce qui tombe et dont il suspend la chute, ce qui explose et dont il enregistre la désagrégation, ce que le temps va effacer aussitôt, un regard, un sourire, l’ébauche d’un geste. Il est donc le plus apte à fixer l’imminence d’une révélation. Mais toute l’humilité de son art et tout le paradoxe de sa démarche tiennent au fait que cette révélation ne se fait pas. Son travail de créateur d’objets esthétiques ne consiste pas à fixer des révélations mais à en repérer l’imminence et à apporter la preuve de l’impossibilité qu’elles se fassent. En effet, si le fait esthétique est l’imminence d’une révélation qui ne se fait pas, l’objet esthétique doit bien être quelque chose qui produit la preuve de cette impossibilité, preuve d’autant plus accablante de cette absence qu’elle sera enregistrée au moment précis où on en croyait la révélation imminente.

    Ici, il faut interroger une fois de plus la définition de Borges. Borges n’emploie pas un verbe dynamique mais purement statique. Il ne dit pas « l’imminence d’une révélation qui ne se fait pas, génère, ou crée le fait esthétique », elle est le fait esthétique. Ce signe égal qu’il pose entre les deux termes est important parce qu’il va nous permettre de les inverser : « Le fait esthétique est l’imminence d’une révélation qui ne se fait pas ». Mais ce qui n’a pas encore retenu notre attention, c’est justement le concept de fait esthétique. Nous avons parlé de l’émotion esthétique, du sujet esthétique qui était supposé la susciter, de l’objet esthétique qui se proposait d’en rendre compte. Mais Borges ne rentre pas dans ces classifications, il parle du fait esthétique en général. Si on énonce sa proposition sans y mettre le doute élégant du peut-être qui bien sûr pour lui ne fait aucun doute, on peut dire plus prosaïquement : tout fait esthétique est l’imminence d’une révélation qui ne se fait pas. Autrement dit : il y a de l’esthétique quand il y a l’attente de quelque chose qui n’a pas encore été avéré, pas encore été dit, pas encore été vu et qui faillira à cette révélation au dernier moment. Il faut qu’il y ait l’attente et la déception dans l’instant même de l’imminence. La déception inscrite dans l’attente, l’attente malgré la déception programmée. Rien de plus humain que cet élan ambigu qui se nourrit de son échec inévitable !

    Mais si la définition est si générale, si elle s’applique à tout fait esthétique, elle englobe donc le sujet et l’objet, mon panorama et la photo que j’en ai prise. La beauté, l’émotion esthétique qu’elle nous procure, relèveraient bien à la fois d’une évidence, d’une réalité et d’un espoir fou et flou qui nous renvoie dans un lointain chimérique. Mais cela, nous l’éprouvons aussi devant les œuvres d’art. L’art a la faculté rare de créer des objets devant lesquels nous nous attendons également à une révélation tout en sachant qu’elle est impossible et cependant en la croyant imminente, en la voyant presque se produire. Et voilà pourquoi on ne fait pas de belles photos avec de beaux sujets. Tout simplement parce qu’on ne peut pas conjuguer deux absences. Il paraît en effet difficile de créer un objet qui promette une révélation imminente qui ne se fait pas à partir d’un sujet qui promet également une révélation imminente qui ne se fait pas. L’absence d’une absence : un trou dans le vide, impossible à concevoir et donc difficile à réaliser !

  • Au sujet du bonheur de Lady Chatterley

    Au sujet du bonheur de Lady Chatterley

    Ecrit par Mélisande, le 11 février 2017, dans France - La une - Politique - Société

    Comment ne pas songer au film de Sofia Coppola Marie-Antoinette lorsqu’on écoute certains hommes politiques, et que l’on mesure avec effroi leur coupure absolue d’avec la base : le quotidien des gens, la paupérisation qui gagne toutes les couches de la société ? L’humiliation et les accusations dont « le peuple » fait l’objet dans les discours de certains, comme s’il n’était qu’une grande putain naïve, manipulable, sollicitée et corvéable à merci, que l’on peut flatter, culpabiliser, humilier, au gré de ses stratégies ?

    Comment ne pas avoir en tête notre feue-reine, dégustant avec sa cour petits fours et champagnes, essayant chapeaux et toilettes, dans une bulle psychotique qui lui coûta la vie, alors qu’aux portes de Versailles arrivait en saccades le peuple affamé…

    Cette méconnaissance absolue du quotidien et de la réalité économique difficile de la majorité des gens, tout âge et classe sociale confondus, nous arrive en pleine face avec le « Pénélopegate », où de façon pathétique et dérisoire, devant les regards médusés et sidérés par un tel affront du mensonge, le peuple, comme on dit, se tait mais n’en pense pas moins…

    Un dieu facétieux est aux commandes aujourd’hui, il descend tout droit du principe de vérité ; vérité, étymologiquement « ce qui est », et provoque le retour en pleine face des accusations pour celui qui se sert de la Parole, instance sacrée, pour mentir… Aujourd’hui, il y a un retour de bâton, mais pour combien de jours et combien d’années d’impunité ???

    Voir François Fillon, qui a accepté en tant que premier Ministre l’humiliation que lui infligeait Sarkozy, défendre sa cantine, son petit moi, en le confondant derechef avec l’universel, tient de la pathologie schizophrénique.

    Le putsch dont il clame être la victime n’est en réalité que le rappel douloureux d’une forme de justice immanente qui finit par tomber, un jour ou un autre, quand le mensonge s’est construit son propre édifice bancal et qu’il monte toujours plus haut, sorte de monstre qui n’a d’assise que la folie narcissique de ses auteurs…

    Un jour cela s’effondre, un peu comme la tour de Babel. Mais le mensonge semble ici s’être construit un tel paysage, de tels quartiers, qu’il y a fort à faire pour revenir au principe de réalité. Fort à faire dans le ciel pour faire réfléchir ces petits ambitieux qui ne songent qu’à leur statut terrestre, sans autre programme que régler un compte au rival, se présenter au suffrage universel pour résoudre une problématique personnelle d’aliénation, c’est de l’infantilisme dangereux.

    Citer ceux des hommes politiques qui avaient un projet de transcendance et de service vis à vis de leur pays, alors qu’ils sont silencieux pour toujours, pour cause de disparition terrestre, c’est encore plus criminel !

    Accuser le Canard enchaîné qui ne perd jamais (ou rarement) les procès dont il est l’objet depuis un siècle, l’accuser de façon péremptoire, notamment de misogynie et le faire en guise de discours politique devant des milliers de personnes prises en otage, relève de la pathologie mentale !

    Il serait bon que François Fillon ne se serve pas du peuple et ne confonde pas la conduite sérieuse et grave d’un pays pour répandre sa névrose narcissique. Lui qui ne laisse pas parler sa femme… D’ailleurs que dit Pénélope ? Au service de son grand homme ? Ne devine-t-on pas dans son regard triste qu’elle a loupé un rendez-vous décisif ? A Sablé, loin des rillettes et des notaires, un rendez-vous avec un garde-chasse. Il l’aurait menée benoitement, tout droit au paradis… Loin de la clique des menteurs professionnels que sont devenus certains élus installés dans leurs pantoufles de l’Ancien Régime… Tout droit au paradis des femmes amoureuses, avec des étoiles dans les yeux et dans la voix…

    Ah ! La vie, ça tient à si peu de choses !

  • Qui défend le féminisme et la démocratie ?

    Qui défend le féminisme et la démocratie ?

    Ecrit par Jean Gabard, le 11 février 2017, dans La une - Société

    Alors qu’il y a encore tant à faire pour que l’égalité en droits soit respectée, critiquer à la fois l’idéologie de la société patriarcale et une idéologie féministe égalitariste est une position qui n’est pas facile à défendre. Dans Le féminisme et ses dérives, Rendre un père à l’enfant-roi (1) et Materner ou éduquer, Refonder l’école, elle est cependant expliquée avec des arguments qui présentent une certaine logique. Alors que les détracteurs ne peuvent apporter de preuves de ce qu’ils appellent le « masculinisme » de l’auteur, il existe des preuves que le postulat fondant leur égalitarisme, qu’ils prennent, eux, pour une théorie scientifique, est totalement faux.

    Si des personnes, cédant à la facilité et sans avoir lu les écrits, se contentent de répéter des impressions que peut laisser le titre du premier essai Le féminisme et ses dérives, d’autres, des militants et même des universitaires, passionnés par le sujet, persuadés de détenir « La Vérité », classent toute personne critiquant leur idéologie dans le camp des sexistes et des réactionnaires. Ceci leur donne bonne conscience de ne pas se poser de questions et d’interpréter des propos en leur faisant dire ce qui leur convient pour justifier leur condamnation.

    C’est ainsi que Éric Debarbieux (2) se permet de parler de « brûlot » à propos d’un livre qu’il n’a sans doute jamais lu. Mais si Éric Debarbieux imagine le livre, il cite au moins une présentation de conférence (qui n’a rien de polémique !) écrite par l’auteur (3).

    Ce n’est pas le cas de Jean-Raphaël Bourge (4), chercheur à l’Université Paris 8, qui écrit (5) : « Jean Gabard (professeur d’histoire-géographie), dans son ouvrage Le féminisme et ses dérives, Du mâle dominant au père contesté, au chapitre 7, titré “Quand la non-violence engendre la violence” (11), écrit que “les théories féministes non violentes (sic) engendrent des garçons violents, le féminisme produit de la violence masculine”… Gabard pense que “Les stéréotypes desservent d’abord l’homme : son image de force devient sa faiblesse et l’image de faiblesse de la femme devient sa force” (12) »

    (11) GABARD Jean, Le féminisme et ses dérives, Du mâle dominant au père contesté, Paris, Les Éditions de Paris, p.117-119

    (12) Ibid. p.67

     

    Ici Jean-Raphaël Bourge – un chercheur prétendant lutter contre les interprétations fantaisistes et « l’imposture intellectuelle » (6) –, qui n’a pas trouvé d’arguments pour justifier ses accusations, ne fait pas qu’interpréter des idées, mieux, il invente les phrases qu’il dit citer. Nulle part, en effet, ne se trouvent de telles phrases ni même des propos semblables dans Le féminisme et ses dérives, Du mâle dominant au père contesté, dans l’ensemble de mes écrits, dans mes conférences, dans mes interviews !

    Une personne dont des écrits sont malhonnêtes et diffamatoires ne nuit-elle pas à l’ensemble des féministes même si elle prétend les défendre ? Peut-on, en effet, défendre les droits des femmes en ne respectant pas Les Droits de l’Homme ?

  • Si vous le dites : « Dynamique »

    Si vous le dites : « Dynamique »

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 11 février 2017, dans La une - Linguistique

    Mot extrêmement usité à la fois comme adjectif – une jeune cadre dynamique – et comme substantif – une dynamique de groupe – voire la dynamo d’une voiture…

    Le grec δύναμις (dynamis) désigne la capacité de faire ou de produire quelque chose et donc la force à l’origine de cette capacité. Qu’il s’agisse de la croissance (dynamis phytiké), de la nutrition (dynamis threptiké), de la reproduction (dynamis spermatiké), ou même de l’intelligence (dynamis noetiké), il y a toujours une « dynamique » à l’œuvre. Bien sûr, cette dynamique s’incarne parfois dans un individu : dunamai = je peux le faire, j’ai la puissance requise pour le faire.

    Transposé alors dans la sphère politique, le porteur de la dynamis devient un dynaste (dynastos), un souverain qui transmettra sa « force » à une longue lignée de descendants, sa dynastie…

    En théologie, dynamis sert à nommer Dieu. Dieu est dynamis. Exemple dans Matthieu 26, 64 : « Vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la Puissance » (dexion tés dynameos).

    Puissance infinie, toute puissance, qui inspirera Alfred Nobel, quand celui-ci inventera son explosif, la dynamite !

    A méditer lorsque le « dynamisme » d’un proche se fait par trop intempestif…

  • Fin de partie

    Fin de partie

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 04 février 2017, dans France - La une - Politique

    La déroute finale de Manuel Valls à la primaire de la gauche clôt un cycle commencé, en réalité, non en 1972, au congrès d’Epinay, mais en 1981 avec l’arrivée – pour la première fois depuis la IVème république – de la gauche au pouvoir. Jusque-là, la gauche non communiste pouvait se réfugier dans le confort du mollétisme : tels les radicaux de la IIIème république, elle adoptait la métaphore du radis – rouge à l’extérieur, blanc à l’intérieur – marxiste par le verbe et le programme, la pratique, elle, restant virtuelle, opposition oblige.

    L’exercice du pouvoir allait rendre impossible cette confortable ambiguïté. S’ensuivit un interminable Bad Godesberg idéologique, laborieux et honteux à la fois. Ce fut d’abord la « pause » dans les réformes, lors du tournant de la rigueur de 1983, puis les nécessités de la construction européenne – Acte unique, monnaie unique avec ce que cela supposait de désinflation compétitive – enfin, sous Hollande, l’urgence d’assainir une dette devenue monstrueuse et non conforme aux exigences de la « règle d’or » des 3% de déficit public… adieu marxisme, adieu même keynésianisme et économie de la demande.

    La frustration découla alors inévitablement de ce que la pratique ne correspondait pas à la promesse. La politique économique de François Hollande – discutable, comme toute politique, mais cohérente – tournait le dos au discours du Bourget de la campagne de 2012. Le problème vint ainsi moins de ce qui a été fait que de ce que ce qui n’avait jamais été dit : qu’il n’y avait pas d’alternative démocratique au capitalisme (la propriété privée des moyens de production), que le « socialisme » (historiquement l’abolition définitive de la propriété) devait céder la place à la social-démocratie et qu’enfin il fallait faire son deuil de la révolution, c’est-à-dire d’une transformation intégrale et ultime de la société.

    Ce non-dit ne fut pas seulement le fait de François Hollande, mais il fut aussi son fait. Si l’on ajoute à cela la pantalonnade de la déchéance de la nationalité et le psychodrame collectif que suscita la loi sur le travail, le naufrage actuel n’a plus de mystères.

    Le vote Hamon exprime de la sorte un refus, le refus d’abandonner un rêve de justice sociale et d’émancipation par rapport à la contrainte du travail. Le succès de sa mirobolante proposition d’un « revenu universel d’existence » ne s’explique pas autrement. Tant que le réel sera nié par la gauche, sa base continuera à pratiquer le déni de réalité, jusqu’au moment où les échéances électorales arrivant et la gauche et les rêves de gauche se fracassent…

    Conséquence : l’estampille PS est devenu LE handicap majeur. Tout vaut mieux qu’un candidat PS (Mélenchon ou Macron, peu importe). Benoit Hamon, désormais candidat officiel du parti, fût-il plébiscité par les votants à la primaire, aura du mal à dépasser les 16% que lui promettent les sondages. Et pour cause ! Même lui, le frondeur, le « révolutionnaire », se présente sous l’étendard PS.

    L’urgence pour la gauche réformiste est de parler vrai, de dire la vérité, toute la vérité, au risque de briser définitivement l’idéal. Vaste programme.

    Dans l’immédiat un cycle trentenaire se termine. Game over.

  • Après les primaires de la gauche

    Après les primaires de la gauche

    Ecrit par Pierre Windecker, le 04 février 2017, dans France - La une - Politique - Actualité

    Ainsi, Hamon prend dans l’enthousiasme et assume avec témérité le risque de trois éventualités.

    Ou bien il ne parvient pas à faire l’union avec Jadot et Mélenchon, et il ne réussit qu’à mettre en danger la candidature de Macron, c’est-à-dire à favoriser celle de Fillon. Ou bien il obtient d’eux cette alliance, et il peut bien arriver alors qu’il devance Fillon et se trouve en face de Le Pen au deuxième tour. Là, ce sont à nouveau deux possibilités. La première, qu’on n’a évidemment pas le droit d’exclure dans cette configuration, est qu’il perde, et que le FN parvienne au pouvoir, se renforçant au passage d’une partie de la droite. La deuxième est qu’il gagne et entreprenne d’appliquer un programme qui aura recueilli au mieux 30% des voix au premier tour. On a vu avec Chirac II, Sarkozy et Hollande (et on pourrait bien voir la même chose avec Fillon) à quelle déroute cela mène, sinon en tout temps, du moins dans le moment politique où nous sommes.

    Pour résumer les choses avec une brutale simplicité, Hamon envisage sérieusement d’œuvrer à la victoire de Fillon, à celle de Le Pen, ou encore à un désastre pour lui-même si d’aventure il parvenait à gouverner.

     Quant à Jadot et Mélenchon, ils ne semblent pas se précipiter pour chercher un accord avec Hamon. Pour l’heure, ils font donc comme s’ils avaient choisi Fillon.

    (Parenthèse. Ce qu’il faut se demander, c’est pourquoi les « politiques » (et leurs sympathisants) se comportent ainsi comme des enfants capricieux. [Parenthèse dans la parenthèse. Les noms propres, ici, désignent en fait des élans collectifs, des mouvements de sympathie. « Hamon » c’est évidement Hamon, ses soutiens et tous ses électeurs de la primaire, etc. Dans ce qui suit, je continuerai de faire comme s’il n’y avait que les têtes d’affiche : ce sera plus simple, et il sera facile de transposer l’analyse à tous les noms qui pourraient figurer aussi en petits caractères sur l’affiche, c’est-à-dire à tous les sympathisants, à des gens comme nous tous.] Retour à la première parenthèse. Si les politiques (ne parlons plus de leurs sympathisants) se comportent comme des enfants capricieux, il n’est pas vraisemblable que cela ne tienne qu’à eux : ce sont les institutions qui ont opéré leur sélection naturelle et les ont poussés à se formater selon un certain schéma. On ne doit donc pas se cacher à quel point le système électoral pèse sur le fonctionnement et le « positionnement » des partis les uns par rapport aux autres, forçant certaines alliances, en excluant d’autres, et, pour cela, poussant tantôt à maximiser les « petites différences » (Hollande), tantôt à chercher au contraire à produire réellement les écarts les plus « clivants » (Sarkozy, Fillon, Montebourg, Hamon). Dans ce jeu, il ne s’agit au fond que secondairement de s’assurer ce qu’on pourrait appeler des rentes de circonscription, même si l’on ne doit pas occulter cette dimension. Il s’agit d’abord, tout simplement, de savoir comment gagner de l’audibilité (et de cette « visibilité » qui va avec), comment assurer à sa parole les espaces, les occasions, la force et l’autorité dont elle a besoin, en bref comment pouvoir occuper des tribunes, car il n’y a pas de politique sans cela. Mais, medium is message, ce sont ces tribunes, ou plutôt la manière dont elles doivent être conquises et conservées, qui imposent à ces paroles leur adresse et leur forme, et finalement, à travers elles, une part de leur contenu. Et, toujours medium is message, cela tend à faire de ces paroles, au lieu de vrais mots d’ordre qui pourraient décider d’un ordre du jour effectif, avant tout de simples messages chargés de porter le témoignage identitaire (pour ne pas dire narcissique) des appartenances et des filiations partisanes. Je ne développe pas : les institutions françaises ne paraissent pas très bonnes. Il faudrait regarder un peu à côté. D’autres pays en ont sans doute de meilleures. Fin de la parenthèse).

    Revenons aux primaires : et Valls ? Lui aussi se serait trouvé face aux mêmes dangers électoraux. Il lui aurait donc fallu, en choisissant le meilleur moment, se rallier à Macron s’il voulait éviter Fillon.

  • Le chemin de croix du candidat Fillon

    Le chemin de croix du candidat Fillon

    Ecrit par Gilles Legroux, le 04 février 2017, dans France - La une - Politique - Actualité

    Décidément, cette campagne présidentielle ne ressemble à aucune autre ! Depuis novembre, elle n’a cessé de nous réserver son lot de surprises, par la victoire aux primaires de la droite et de la gauche de deux candidats que l’on n’attendait pas, et auparavant, en décembre, par l’allocution du Président de la République annonçant qu’il renonçait à briguer un nouveau mandat. Et voici que le « penelopegate » déclenché par l’article du Canard enchaîné du 25 janvier 2017 rebat à nouveau les cartes ! Voici que le navire de la droite dont l’amiral Fillon tenait solidement la barre, convaincu de l’amener à bon port sur une mer tranquille, voici que, d’un simple coup de bec dans sa coque, le navire, pris dans la tempête politico-médiatique, prend l’eau, se met à tanguer et devient tout à coup incontrôlable. Je vais analyser ci-dessous pourquoi cette affaire choque des millions de français et quelles peuvent en être les conséquences sur la campagne du candidat Fillon, et donc le destin de la France pour les années à venir.

    Les faits étant connus de tous, il est inutile de les rappeler. Nous concédons à Madame Fillon le droit à la présomption d’innocence et écartons d’emblée l’hypothèse du délit d’emploi fictif, car c’est à la justice de le dire. Le fait d’employer un membre de sa famille comme assistant(e) parlementaire n’est pas illégal, mais heurte les millions de français à la recherche d’un emploi ou ceux, plus nombreux, qui ont un proche confronté à la réalité du chômage de masse. L’importance des rémunérations révulse quand on sait que beaucoup doivent se contenter de salaires payés au smic ou, pire encore, sont contraints d’accepter des contrats précaires et à temps partiel. La situation de Mme Fillon est perçue comme un privilège, une prébende. Dans un pays qui a fait la Révolution pour les abolir et qui a la passion de l’égalité, à défaut d’être égalitaire, l’effet est désastreux pour le candidat Fillon. Celui-ci crie à la calomnie (pourquoi alors, ne porte-t-il plainte contre le Canard enchaîné pour défendre son honneur ?). Peut-être est-il sincère et pense-t-il que les rémunérations perçues par sa tendre et chère épouse sont « normales ». Cette ligne de défense est dévastatrice – pour lui et pour la démocratie, ce qui est plus grave – car elle contribue à diffuser l’idée qu’à emploi et compétences équivalents, il y aurait des rémunérations « normales » pour « ceux d’en haut » et d’autres, beaucoup plus faibles, dont « ceux d’en bas » devraient juste pouvoir et devoir se contenter…

    Le penelopegate aura des conséquences inévitables, mais dont il est impossible de prévoir l’ampleur sur la campagne électorale et par conséquent sur le destin du pays. M. Fillon a construit son succès lors des primaires de novembre en se forgeant, par un travail opiniâtre, une image de candidat de l’ordre moral. J’entends par là, outre les valeurs familiales traditionnelles, la défense des vertus du travail, de l’effort, du sacrifice, de l’économie. C’est cette image qui lui a permis de fédérer les diverses familles qui composent la droite française et de l’emporter sur ses concurrents*. Un seul article de presse aura suffi à détruire cette image patiemment construite : l’homme des valeurs apparaît tout à coup comme ce qu’il est, un châtelain de la Sarthe… Les ténors de la « Fillonie » tentent tant bien que mal, et plutôt maladroitement, d’éteindre l’incendie. En rappelant que la pratique dénoncée est courante, aussi bien chez les parlementaires de droite que de gauche. Mais les fautes morales des uns n’absolvent pas celles des autres, surtout lorsqu’on s’est présenté comme une sorte de « Monsieur Propre »… ! Quel impact cette affaire aura-t-elle sur les électeurs qui soutenaient le candidat Fillon ? Il est trop tôt pour le dire. Celle-ci, pour de nombreux électeurs de droite, s’apparente à une « crise de foi »… Sans doute « ceux qui ont la foi du charbonnier » continueront à soutenir leur champion. D’autres, chez qui le doute s’est insinué, seront indulgents envers « ce pauvre pêcheur » ; d’autres encore – combien ? – cesseront de fréquenter la « chapelle » pour aller voir ailleurs…