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  • L’anniversaire d’un scorpion

    L’anniversaire d’un scorpion

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 25 octobre 2014, dans La une - Ecrits

    Et bon anniversaire à Jean-François Vincent, notre inlassable directeur des publications…

    Qui d’entre nous, n’a pas – même « comme ça » – jeté un œil bien ouvert ou à demi-fermé sur la page « horoscope » du canard du troquet, du « Elle » de chez le Figaro du coin… Qui n’a pas parcouru la liste de ces signes vieux comme le monde, qui vous racontent argent, affaires, amouuuuur ! Et vous voilà calé d’un : « vos projets vont éclater vers le 17 du mois », « la lune protège vos amours ce début de semaine, mais… gare au 30 qui pourrait vous être fatal ». On sourit ; moins, d’ailleurs, quand ça croise quelque chose en vous, tapi. Flash venu de loin : une de mes deux grands-mères ; ma Marie Louise-deux, assise devant le journal, étalé à plat sur la table de sa cuisine, entre deux effilages de haricots verts, se collait l’ulcère d’estomac, dont elle ne mourra pas, en saluant la moderne machine à auspices de sonores « ouh là ! Ouh là !! » dont la musique m’est restée dans l’oreille...

    On peut aussi observer – mon cas – en relevant, sociologiquement, des évolutions sensibles dans ces tartines de baratin. Pas tant d’amour, que d’affaires, à présent – trouver ou non du boulot, c’est là. On y sent les angoisses de la Crise – mais oui ! On y tente de panser les plaies de l’époque, à la bonne franquette. On s’adapte !

    Vieille, l’astrologie (ah ! entrevoir l’avenir, et avoir deux ou trois recettes pour marcher dans le chemin) depuis la haute Antiquité, ayant – bravo, la bête – tenu tête aux grands monopoles religieux d’explication du monde et de l’homme, au Moyen Age ; particulièrement fortiche, aux XIV-XVème siècles, là-bas dans les Andes des Précolombiens. Par moments, là, le fil est mince entre elle et les balbutiements d’une Astronomie naissante.

    Vieille et toujours jeunette, même à l’âge des voyages dans l’Espace, des ordinateurs, qui – je n’ai pas essayé – doivent vous pondre tout ce qu’il faut savoir sur vous en vitesse-Google.

    Attentes, au fond, toujours les mêmes : goût pour les croyances, appétences pour le mystère, pulsions profondes pour des réponses – fatras, fouillis ; peu m’importe ! car – enfin !! – je refuse de ne pas savoir la suite de mon petit moi… lâcher prise, accepter de ne pas tout maîtriser… vous voulez rire !

    Le mot astrologie vient du Grec (« si je le dis ! » – bon anniversaire ! Jean-François ) – étoile et langage étant ses deux mamelles. Chaque signe est divisé en 3 décans, où alternent et se baladent dans des équations illisibles pour vous et moi les planètes et leur influence. Ainsi, notre directeur des publications appartient au 1er décan du Scorpion, alors que la rédactrice en chef que je suis relève du 3ème décan. Raisonnable, croyez-vous, de confier Reflets du temps à ces deux terribles bêbêtes ? Lui, c’est Mars qui mène sa danse d’influence ; moi, Venus ! Aïe !

  • Vers une VIème République ?

    Vers une VIème République ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 25 octobre 2014, dans France - La une - Politique

    Les dernières parutions bruissent d’appels à changer de constitution. Dans une livre intitulé Les derniers jours de la Vème République, Christian Salmon, intellectuel non juriste, énumère les avanies et les couleuvres que Hollande a dû avaler (démission de Duflot, suivie d’un pamphlet incendiaire, chantage de Montebourg qui obtint la tête de Jean-Marc Ayrault, lequel prit lui-même l’initiative d’annoncer son départ etc.), et Salmon de conclure : « Mais sommes-nous encore sous la Vème République ? »

    L’incompétence de cet auteur en matière de droit constitutionnel excuse sans doute la pauvreté de l’argumentation : on ne saurait confondre la faiblesse de l’homme avec celle de l’institution qu’il incarne ; même si l’une porte moralement préjudice à l’autre, elle ne la remet pas en question. Plus sérieux et mieux informé, l’ouvrage de Jean-Luc Mélenchon (qui a lancé une pétition pour une VIème République), L’ère du peuple : il y propose davantage de démocratie directe (participative) avec notamment l’instauration d’un « référendum révocatoire » permettant aux électeurs de démettre de ses fonctions un élu (y compris le président !) qui ne leur aurait pas donné satisfaction, par exemple en ne respectant pas ses promesses de campagne. Formidable régression juridique ! On passerait de la sorte du mandat représentatif au mandat impératif, c’est-à-dire à une relation strictement contractuelle entre le mandant (le peuple) et le mandataire (son représentant). La négligence par ce dernier de ses obligations entraînant ipso facto la nullité du contrat.

    En réalité, la difficulté politique que constitue la divergence de fond entre l’exécutif et une partie de sa majorité parlementaire sur les affaires économiques (et qui ne peut se résoudre que par la dissolution, la censure ou la résipiscence des rebelles) ne fait que souligner LA faille principale du régime : le « semi ». La Vème république est un régime semi-présidentiel. Le « semi » étant en fait un « ni ni » : ni vraiment présidentiel ni vraiment parlementaire. Cette hybridité bâtarde résulte d’un choix conscient : de Gaulle et le principal rédacteur du texte de 1958, Michel Debré, voulaient, pour le président, les avantages des deux systèmes, sans avoir les inconvénients d’aucun : irresponsable politiquement (il ne peut être renversé par les chambres), le chef de l’état dispose malgré tout du droit de dissoudre l’assemblée nationale.

    Alors, une VIème République, oui, mais laquelle ? Un retour au parlementarisme – surtout s’il était aggravé par un scrutin à la proportionnelle – aboutirait, comme précédemment sous la IIIème et la IVème, à une instabilité génératrice de pulsions antidémocratiques. Reste le véritable présidentialisme à l’américaine (pas de moyens de pression entre les deux pouvoirs : ni censure, ni dissolution). Cette solution aurait l’avantage de préserver la centralité de l’élection du président au suffrage universel (à laquelle l’opinion est très attachée) tout en ôtant à ce dernier la possibilité d’exercer son pouvoir à la manière d’un monarque. Il lui faudrait transiger et finalement s’entendre avec le parlement, à l’instar de ce qui se passe quotidiennement Outre-Atlantique.

    La principale objection à ce type de constitution résidait dans le clivage, le gouffre opposant en France la droite à la gauche. Républicains et démocrates peuvent, à la rigueur, se mettre d’accord ; mais la chose eut été impossible entre le PS marxisant de feu le programme commun et le libéralisme « avancé » d’un Giscard. Autre temps, autres mœurs. L’écart qui sépare le réformisme d’un Hollande et le centrisme de l’UDI se réduit à la minceur d’un papier à cigarette. Le « checks and balances system », caractéristique des institutions américaines pourrait ainsi s’acclimater dans une France de la troisième force où lepénistes et mélenchoniens seraient relégués aux marges.

    Une VIème République donc, mais présidentialiste… et pour de bon !

  • L’école et les Enfants de L’immigration

    L’école et les Enfants de L’immigration

    Ecrit par Zoe Tisset, le 25 octobre 2014, dans La une - France - Education - Politique - Société

    Il faut lire ce livre en le replaçant dans un contexte historique, celui de la question de la scolarisation des enfants issus de l’immigration dans les années 1980. Nous sommes à un moment charnière où, d’une immigration pensée comme provisoire, on passe à une immigration familiale définitive. Si Sayad s’interroge en tant que sociologue, il est aussi partie prenante de ce débat en tant qu’instituteur ayant bénéficié de l’Ecole normale de la Bouzaréa (en terre coloniale algérienne) et aussi en tant qu’immigré algérien en France. Son « intégration » a été réussie, semble-t-il, tout au moins socialement et professionnellement puisqu’il fut chercheur au CNRS et coauteur avec Pierre Bourdieu du Déracinement.

    Le livre est fait de plusieurs articles, notamment de textes autour de la contribution d’Abdelmalek Sayad au rapport de Jacques Berque (professeur au Collège de France et arabisant reconnu), commandé par Jean-Pierre Chevènement. La France s’interroge alors sur l’avenir des enfants des immigrés restés en France ou repartis dans leur pays d’origine. Tout l’intérêt de ce livre repose sur la position très critique et très lucide de l’auteur, à la fois sur les causes politiques et économiques de ce soudain intérêt pour cette population et sur des propositions qu’il considère souvent comme aberrantes et parcourues « de bons sentiments ». Son point de vue était extrêmement marginal à l’époque, mais s’inscrit aujourd’hui dans une problématique résolument moderne autour de ce qu’on appelle l’interculturalité. Il était question notamment de faire bénéficier ces enfants d’un enseignement des langues et cultures d’origine afin de palier à leur échec scolaire. Sayad qualifie ceci de « caricature pédagogique » ou « d’alibi », sachant que cet enseignement ne serait, de plus, pas assuré par des enseignants français mais par les « locaux de la langue d’origine ».

    Pas à pas, il démonte les illusions d’un relativisme culturel qui ne profite qu’à la population parlant la langue « légitime ». Il nous accule à un décentrement par le regard que portent les familles d’immigrés sur l’école française et sur ce qu’elle en attend. Propos invisibles et silencieux (à cette époque en tout cas) qu’il est parvenu à recueillir : « L’école française ne fait rien pour les enfants des Arabes », « L’école française ne veut pas que les enfants arabes apprennent quelque chose… ».Position très ambigüe de ces familles, celles-ci étant à la fois très méfiantes mais aussi excessivement confiantes par rapport à l’école française.

  • Le Point-phare de l’Ecriture-femme

    Le Point-phare de l’Ecriture-femme

    Ecrit par Stéphanie Michineau, le 25 octobre 2014, dans La une - Littérature

    Franç0is Le Guennec est c0nférencier à l’Université du Temps Libre en France. Le livre intitulé L’0euf sur le jet d’eau, éd du Paradis (Dép0t légal : mars 2008) s’inscrit dans un cycle p0rtant sur l’Ecriture-femme ; l’Ecriture-femme c0mme P0int-phare au c0eur de ses prér0gatives. Il est auteur mpe/Paris, Internati0nal.

    C’est dans ces greniers que je me suis mis à C0lette, en me disant T0ut de même, tu devrais l’av0ir lue depuis l0ngtemps. J’ai t0ut pris, d’ab0rd les Claudine, chr0n0l0giques. Les Vrilles de la vigne, la Mais0n, Mes Apprentissages… J’y suis enc0re, Tr0is, six, neuf, et je n’en veux pas s0rtir.

     

    Cadavre

    J’entre dans ma chambre. C’est dans ma chambre et quand je n’y suis pas, elle devrait être vide. Mais je devine une présence et cela suffit à me faire dresser le p0il sur la peau. Quelqu’un est c0uché dans le lit, rec0uvert jusqu’aux cheveux par la c0uette. Au prix d’un eff0rt, car j’épr0uve une intense sensati0n de fr0id, je m’avance et avance la main. Je tire la c0uette à m0i.

    Dans la mais0n vide, sur m0n pr0pre lit, c’est le c0rps d’une femme qui gît là, enc0re tiède des dernières minutes de s0n existence. Enc0re humide de s0n ultime t0ilette.

    P0urqu0i est-il revenu ici ? L’a-t-0n aband0nné ? 0u c0mme dans les légendes de Bretagne est-il venu se plaindre aux vivants ? Et de qu0i ? c0mment le c0mprendre puisqu’il parle d’un m0nde 0ù je n’ai pas accès ? C0mment l’entendre puisqu’il ne parlera plus ? (Frenz)

     

    Sciences humaines Littérature : C0nstructi0n de l’image maternelle chez

    « Si je p0uvais me faire fant0me après ma vie, je n’y manquerais pas, p0ur t0n plaisir et p0ur le mien. Tu as lu aussi cette stupide hist0ire d’une m0rte qui se venge ? »

    Si n0us relev0ns cet extrait de la Mais0n c’est parce qu’il rés0nne à n0s 0reilles c0mme une mise en abyme de la p0sture de C0lette face à l’image maternelle, les par0les de Sid0 révélant t0ute l’ambiguïté des liens qui les attachent l’une à l’autre et que dissimulent des sentiments filiaux qui v0nt culminants de 1922 à 136 (s0it plus de dix ans après la m0rt de sa mère).

    Ainsi différentes questi0ns se p0sent à n0us : de quelle manière C0lette c0ntribue-t-elle à faç0nner le pers0nnage de Sid0 ? En qu0i peut-0n parler de c0nstructi0n v0ire de recréati0n de l’image maternelle ? Et surt0ut quels enjeux, intimes et symb0liques, ce travail d’élab0rati0n littéraire s0us-tend-t-il ?…

  • OPINION : Les boueurs de la créativité !

    OPINION : Les boueurs de la créativité !

    Ecrit par Ahmed Khettaoui, le 25 octobre 2014, dans Monde - La une - Politique

    On entend ces jours-ci des bruits qui circulent, parlant des assises, pour ne pas prononcer « congrès », réservant une charnelle admiration à la cause palestinienne, plus précisément à la reconstruction de Gaza après le génocide barbare intentionnel, ethnique, effectué aux yeux des instances et institutions mondiales, tel que l’ONU et ses dérives organisations.

    Le Caire qui abritera ce « monde » d’ironie ne cesse de bannir une histoire de son âme, de son attachement identique, en toute « forcerie », dans un climat géostratégique inapproprié.

    Traiter cette bande de Gaza, surnommée ainsi de cette façon comme une fleur épineuse, la déraciner de son sol antique coutumier à contre-gré de ses substances géographiques, culturelles, licites, c’est tout simplement forcer une plante aborigène, ancestrale, de se familiariser avec une autre contrée, voire une vision qui n’est pas la sienne.

    Ces scrupuleux acharnés, opiniâtres qui veulent, coûte que coûte, abrutir ce monde rêveur, Saint, voire réaliste, conscient, par ce qu’on PEUT appeler ironiquement « Donateurs » par leurs « donations », leurs « aumônes », et leurs « mies de pain » pour être bien clair. Leurs « offrandes ».

    Rendre Gaza dans sa « Joliveté », son ornement, sa loyauté, sa dignité chevaleresque, c’est tout simplement avoir la ferveur de stipuler la différence entre termes « donneurs » et « donateurs », dans un jeu de cache-cache, entre temps et temps, voire entre évasion pénitentielle et son homologue : rival dans sa propre longanimité.

    Tout ça doit se faire dans un esprit de moralité, de mœurs SAINTS, sinon on ne fait qu’alimenter le tison et jouer aux châteaux de sable aux berges d’une plage agitée, accablée d’écumes et de pénitences.

    Mais, c’est bien dommage, c’est toujours la « rebelote » et la « belote » en chevauchant constamment après chaque invasion, chaque raid, chaque brouille, excusez-moi, une brouette qui reconstruit ce qu’elle a démoli !

    Voilà une autre créativité de boueurs, qui œuvre à folioter toute une mémoire, tout un peuple.

    Quel jeu enfantin dans un monde plein de boueurs et de créativité diabolique, monétique.

    Qui a hâte à partager cette galette bénéfique, si ce n’est pas les monétaires et les architectes ?

    Ce questionnement tant soulevé par les ONG et les ACTIVISTES des deux côtés, des deux rives et tendances en querelle, pour ne pas dire autre chose, reflète le souci de tout être humain, sans tenir compte de sa religion, sa race, sa tendance politique.

  • Les oiseaux se cachent Place Pinel pour mourir…

    Les oiseaux se cachent Place Pinel pour mourir…

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 25 octobre 2014, dans La une - Ecrits

    Décidément, ces temps-ci, je vous parle beaucoup de la Place Pinel. Peut-être parce qu’elle est importante, cette place-cœur d’un monde, cette place qui m’accueillit dans mon nouveau quartier avant même que je ne m’y installasse, charmée par son kiosque unique au monde, à la coupole retentissante et aux piliers aux murmures… – un écho extraordinaire résonne lorsque vous vous trouvez au centre du kiosque, non perçu par l’extérieur, et donc antithèse de l’idée-même du « kiosque à musique », tandis que lorsque vous chuchotez devant un pilier, votre voix sera perçue devant le pilier d’en face, claire et aussi radieuse que les petits matins sur l’herbe aux platanes…

    Hier, donc, essayant mes bâtons de Nordic Walking à l’heure où blanchit à nouveau la campagne (en fait, des faux bâtons, juste des bâtons de randonnée, mon escarcelle étant frileuse et Décathlon peu achalandé…), je marchais le long de nos allées, écoutant le vacarme gracieux des merles et des enfants perchés qui dans le faîte des tilleuls, qui en haut du toboggan, lorsqu’il vint vers moi, sautillant et blessé, vilainement amoché par quelque Raminagrobis ou Médor affamé… Il tremblait, mais pas de peur, juste de mal, de détresse, et j’ai eu envie de lui dire ce que le Maître dit à Jane Eyre : « – Venez, Jane, petit oiseau blessé, dans ma main… »

    (« – Jane, be still ; don’t struggle so, like a wild frantic bird that is rending its own plumage in its desperation.

    – I am no bird ; and no net ensnares me ; I am a free human being with an independent will, which I now exert to leave you »).

    Je m’arrêtai, le regardai, incapable de l’aider. Lorsque je suis repassée par la place, plus tard, je vis un homme en vélo, distrait, lui rouler sur le bec, avant de stopper, et de courir, lui aussi, vers l’oiseau qui ne s’était pas écarté… Le crépuscule enveloppait les platanes de sa pénombre apaisante, mais nous pouvions encore lire cette étrange demande dans les yeux noirs de l’oiseau, qui venait vers nous, les hommes, vers ces grands prédateurs, en quémandant notre aide.

    J’ai alors tenté en vain de joindre la LPO, tandis qu’une dame, accompagnée de trois chiens qui auraient pris un petit apéro, m’a dit que c’était inutile, que ce petit allait mourir.

    Et ce matin, alors que j’allais vider mon verre, puisque je suis nantie d’un ado altermondialiste qui pratique la police du tri avec une main de fer, je le vis, dans le fourré, les pattes en l’air et l’âme disparue par-dessus nos millions de toits roses…

  • Absence

    Absence

    Ecrit par Marc Safran, le 25 octobre 2014, dans La une - Ecrits

    Géant noir, lové dans ton orbe de fossiles et de nimbus

    seul parmi les seuls, tu te fais passeur des visions bleues

    ainsi rentré en toi comme un éclat morcelé de rébus

    tu voudrais unir le Nord au Sud et le ciel à tes fonds sablonneux

     

    Puisse avec le froid qui s’y aventure

    l’étang, mêlé de nuits et d’illusions

    retrouver sa clarté qui perdure,

    seule, loin de l’impossible cohésion

     

    dans le renouveau qui ne connaît pas de mots

    dans le courage qui manque soudain

    dans le mensonge d’une voix trop blanche

    dans l’instant qui s’éternise

     

    la tiédeur descend et s’estompe en dissipant la lueur

    aussi trouble qu’un ectoplasme qui tournoie

    le cœur s’imprègne du mouvement de ses leurres

    et rien ne retient le déclin du jour qui chavire et se noie

     

    du fond de tes profondeurs la léthargie s’endort

    l’obscurité large fomente des nuages d’or

    au fond de toi, il n’y a plus ni félicité ni douleur :

    tu sais que la vie n’a pour rivage que l’horizon qui recule

     

    pourtant, même si l’on s’aveugle de n’aimer que l’erreur

    l’inertie regarde encore vers le ciel quand l’hypothermie repose

    car dans le tumulte des nuées comme dans le silence de ta noirceur

    tout en toi s’abandonne, s’éteint et se recompose.

  • Billet fou Vie et passion d’une reine des tarots avec le chantre de la chrétienté

    Billet fou Vie et passion d’une reine des tarots avec le chantre de la chrétienté

    Ecrit par Luce Caggini, le 25 octobre 2014, dans La une - Ecrits

    L’Algérie ne devait pas être française.

    Mon père ne devait pas être nommé en Kabylie en catastrophe.

    Mon point de chute avec le ciel aurait eu les quatre fers en l’air.

    Mais voilà je suis née dans cette Algérie-là et n’ai connu qu’elle dans ma jeunesse. Elle me possédait.

    Je me retrouvais dans ses ruelles, ses herbes sèches son henné, son écrasante beauté, les mains de ses femmes aux yeux cernés de khôl. Ventre en majesté qui fit de moi un corps lissé comme un galet. De ses eaux je fus déracinée, et je m’en fus les os calcinés, exilée, ivre, rebondissant de capitales en chemins de terre sans trop faire de différence entre leurs ombres et leurs lumières.

    Renaître. Un mot terrible, aussi menaçant que celui de meurtre. Démolir un soi, des images de chair, couper dans le vif les Chefaa, les Aoula Meni, les Aïn-El-Turck, les Jijel pour se couler dans les artères enrobées de cholestérol d’un continent peuplé de fantômes. Ils l’appelèrent rapatriement et il fallut réintégrer un autre corps, mais les chaînes de la terre qui dort un peu plus loin reprirent de plus belle dans les chants berbères de Taos elle-même tirant ses accents des pierres chaudes de la Kabylie…

    La Mère parlait au fils de son monde, croyant agripper quelques pans de vie aux sons entrelacés de guitares andalouses et de flûtes des cimes alors qu’elle quittait le centre des nudités ardentes sans en être consciente.

    Alors le fils lui dit :

    Sonnets de lune

    Minotaure

    Magnitude mille

    Mur de soie

    Mer de ciels en putréfaction

    Et, Paumes ouvertes au soleil, les volutes de rien se perdirent dans les voûtes des vastes dômes du Passé.

    Nourrir ma mémoire des gènes de ma mère me mit dans un tel état que je pus naître mille fois en une ; peu de gens eurent ces émotions car mon aptitude à prendre le Pont des Arts plutôt que les petites rues de la capitale m’amena à perdre le fil du monde des vivants et m’engager dans les petites rues dansantes d’une médina imaginaire chantée magnifiquement.

  • KI-C-KI

    KI-C-KI

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 25 octobre 2014, dans La une - KI-C-KI - Littérature

    Le livre dont il est question cette semaine est le tout premier roman d’un auteur d’une belle et grande œuvre littéraire, abondante et variée ; un de nos grands classiques, inoublié, inoubliable par ses romans, ses contes, ses multiples nouvelles, d’où se dégagent surtout, de sa vision personnelle du monde, réalisme et pessimisme, mais aussi et surtout une maîtrise stylistique d’une très grande beauté.

    Donc, encore un de mes auteurs préférés, des plus marquants et des plus impressionnants de la littérature française, riche et abondante, du 19ème siècle.

     

    Extraits :

    Jeanne et le baron, bras dessus, bras dessous, visitèrent tout, sans omettre un coin ; puis ils se promenèrent lentement dans les longues avenues de peupliers, qui enfermaient ce qu’on appelait le parc. L’herbe avait poussé sous les arbres, étalant son tapis vert. Le bosquet, tout au bout, était charmant, mêlait ses petits chemins tortueux, séparés par des cloisons de feuilles. Un lièvre partit brusquement, qui fit peur à la jeune fille, puis sauta le talus et détala dans les joncs marins vers la falaise.

    (…)

    Jeanne regardait tout cela qui lui semblait curieux et nouveau comme un décor de théâtre.

    Mais, brusquement, en tournant un mur, elle aperçut la mer, d’un bleu opaque et lisse, s’étendant à perte de vue.

    Ils s’arrêtèrent, en face de la plage, à regarder. Des voiles, blanches comme des ailes d’oiseaux, passaient au large. A droite comme à gauche, la falaise énorme se dressait. Une sorte de cap arrêtait le regard d’un côté, tandis que de l’autre la ligne des côtes se prolongeait indéfiniment jusqu’à n’être plus qu’un trait insaisissable.

    (…)

    Une vie charmante et libre commença pour Jeanne. Elle lisait, rêvait, et vagabondait, toute seule, aux environs. Elle errait à pas lents le long des routes, l’esprit parti dans les rêves ; ou bien, elle descendait, en gambadant, les petites vallées tortueuses, dont les deux croupes portaient, comme une chape d’or, une toison de fleurs d’ajoncs. Leur odeur forte et douce, exaspérée par la chaleur, la grisait à la façon d’un vin parfumé ; et, au bruit lointain des vagues roulant sur la plage, une houle berçait son esprit.

    (…)

  • Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

    Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

    Ecrit par Gontrand-Hubert Mogador, le 25 octobre 2014, dans La une - Ecrits

    7) Le gendarme de Saint-Tropez

     

    Lieutenant Thibault Leminou de la BMGM  CV 83, mes hommages Madame !

    Il claqua des talons et exécuta avec une grâce indiscutable le baisemain réglementaire de l’instruction 236 bis.

    – Pouvez-vous préciser ? minauda Gilda Flor déjà sous le charme.

    – Affirmatif ! Pardon, avec plaisir : Grade : Lieutenant, prénom : Thibault, nom : Leminou (difficile à porter, je vous le concède) de la Brigade Mondaine de Gendarmerie Mobile, section Cinéma et Variétés, base de Saint-Tropez (83), à votre service. Je dois préciser, Mademoiselle Flor qu’en l’état de vos talents lyriques, la base de Biarritz a fait valoir sa compétence, mais finalement c’est notre section qui a été désignée et vous m’en voyez profondément honoré.

    Le lieutenant Leminou ne précisa pas que les querelles de compétence dans la BMGM étaient monnaie courante et que la brigade de Saint-Tropez, en perte de vitesse depuis quelques années, était soulagée de récupérer un vol de bijoux chez Gilda Flor, fût-ce le collier de son chien comme on le croyait alors, après s’être fait souffler par la BM de Saint-Nom-la-Bretèche une présomption de meurtre commis sur une sociétaire de la Comédie Française que l’on croyait morte depuis longtemps et, par la brigade de Deauville théoriquement spécialisée dans les affaires de jeu, un viol plus ou moins consenti sur la personne d’une starlette pratiquement quadragénaire.

    Gilda Flor avait déjà subodoré que le lieutenant était de ces blonds dorés à poil court, bronzés du premier juillet au trente juin, avec un abdomen en tablette de chocolat, des pectoraux bodybuildés, des fesses de danseur étoile et d’autres avantages à l’avenant que la décence lui interdisait d’imaginer avec précision. Bref, elle était amoureuse. Toute son irritation contre l’intempestive initiative de Dolorès fondait comme crème glacée sous les tropiques au fur et à mesure qu’elle complétait l’inventaire des charmes de Thibault Leminou. Le regard d’un bleu de myosotis, un sourire à vendre du dentifrice, de furtives fossettes jouant à cache-cache au coin de ses lèvres charnues quand il parlait de sa voix de velours sombre, tout dans ce jeune militaire incitait d’emblée à une reddition sans condition. Gilda nota enfin qu’il émanait de cette merveille de lieutenant un mélange viril de parfum de tabac de Virginie et d’Habit Rouge de Guerlain avec la petite touche de transpiration qui signale l’homme actif et pressé. Il était arrivé dans son cabriolet décapotable bleu, discrètement estampillé au sigle de la Gendarmerie Nationale, qu’il avait abandonné derrière la Bentley dans l’allée menant au mas, de sorte qu’il avait parcouru à pied les derniers mètres le séparant du perron, vêtu de cet uniforme futuriste dessiné par Pierre Cardin qui mettait en valeur sa stature à la fois juvénile et athlétique. Il portait une mallette de cuir noir.

  • Deleuze, les mouvements aberrants, David Lapoujade

    Deleuze, les mouvements aberrants, David Lapoujade

    Ecrit par Didier Bazy, le 18 octobre 2014, dans Philosophie - La une - Littérature

    Logiques de Deleuze

    Exprimer les logiques irrationnelles des mouvements aberrants dans une sorte d’encyclopédie est, selon David Lapoujade, l’entreprise philosophique de Gilles Deleuze. Excellente idée. Rare et difficile.

    Rare. On réduit trop souvent Deleuze à des types de philosophie : de l’événement, de la vie, de l’immanence, des machines abstraites, des rhizomes, des déterritorialisations, des multiplicités, etc. – pour les plus savantes. On fait pencher, sur un autre plan, Deleuze du côté du philosophique non-philosophique et inversement. C’est possible mais c’est insuffisant. « Evitons le savant comme le familier ».

    Difficile. Difficile encyclopédie car les multiplicités précisément prolifèrent. Difficile de donner une définition : un mouvement aberrant échappant à la raison et même, à l’ordre des raisons.

    L’important, du coup, est de coller au cœur et au corps d’un mouvement aberrant et d’en saisir les modalités internes de fonctionnement – en évitant délicatement et le jugement et l’explication extérieure (qui ne sont que des placages). Eviter le placage, privilégier le collage. Trouver la logique propre, la genèse de tel agencement plutôt que la logique dite interne (avatar encore trop dialectique de la raison).

    Tous les livres de Deleuze pourraient commencer par « Logique de… » du sens, du schizo, des multiplicités, de la sensation, de l’image-cinéma, de la conception, de l’affection, de la perception, du contrôle généralisé…

    Un mouvement aberrant est un mouvement « forcé » (rien à voir avec le mouvement violent d’Aristote). Un jet de pierre n’est pas forcément aberrant.

    Question spino-deleuzienne : quelles sont les caractéristiques du mouvement aberrant ? Il y en a deux, toujours liées. Inexplicable et nécessaire. Et Deleuze n’a de cesse de déplier, de plier et d’exprimer les logiques des agencements nécessaires/irrationnels et pourtant têtus et factuels.

    Quelques exemples de mouvements aberrants peuvent ici être évoqués.

    – Bartleby, I prefer not to. Inexplicable et indispensable.

    – Kafka, la logique ne résiste pas à un homme qui veut vivre.

    – Bacon, les portraits d’autant plus éloquents qu’ils (se) déforment.

  • Djibril.Bamako-Montpellier

    Djibril.Bamako-Montpellier

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 18 octobre 2014, dans Monde - La une - Société

    Ce Mali de lumière et d’extrême pauvreté – souvenez-vous ! ces images en boucle, dans l’hiver 2012, ouvertes sur l’infinie beauté des villages Dogons, du Niger majestueux, du Nord et des Ifoghas désertiques. On y voyait brûler l’âme de la civilisation la plus fine, dans les manuscrits de Tombouctou. Passaient sur nos écrans ces hommes noirs enturbannés aux allures féroces de Barbe Bleue, fondant – sinistres vautours – depuis la caravane meurtrière de leurs pick-up, glissant sur la latérite immuablement rouge des pistes. On avait peur ; on avait tous peur, pour ces enfants affolés, et leurs yeux devenus trop vite sérieux, pour ces femmes dont on se doutait du sort… pour nous, au bout de ces terribles ricochets, se sentant d’un coup, Maliens, parce que là, il y allait de l’homme simplement. On avait peur ; on avait raison, et notre drapeau flottant sur les tanks de l’armée française intervenant, cette année-là – justice bien plus que panache inutile – nous avait d’un coup rendus si fiers.

    Depuis, la TV a suivi d’autres théâtres d’opération, du Centre Afrique à l’Irak actuel. Les mêmes acteurs, ou peu s’en faut. La même fierté, au bout – guerre juste, dirait-on. Mais, notre regard, notre préoccupation se sont déplacés, et le Mali est rentré dans l’ombre poisseuse et grise d’une saison des pluies qui prendrait ses quartiers. C’est peu de le dire : Le Mali – un des pays les plus pauvres des Sud – vivait d’agriculture, élevage, et d’un tourisme débutant plutôt bien ; solidaire, écolo, bon esprit, sans tapage. Depuis, la guerre, pffft… plus beaucoup de sacs à dos sur les chemins, de manne internationale, plus vraiment. Destructions, routes et ponts en triste état, villages abandonnés, villes retournées dans un silence d’antan. Peurs encore rampantes : ne dit-on pas que le Nord voit revenir des hordes islamistes en nombre inquiétant ?

    J’avais dans une chronique antérieure (« Mali !! ») présenté le Centre d’accueil et de placement familial de Bamako, et l’association française LEO, dédiée au sort des orphelins Maliens, handicapés. Terriblement difficile, la vie de ces enfants, fratries parfois, disséminées souvent, attendant au bord du fleuve, qu’arrive l’étranger – l’européen, le Français, souvent – qui les sortirait de la misère. Encore plus délicat, le sort de celui d’entre ces minots, que « dame nature » – aurait dit un conte pour gamin nanti – avait raté en le gratifiant d’un handicap. C’était dur avant 2012 ; depuis… moins d’argent, moins d’accueillants, moins de départs. On le sait néanmoins, qu’en serait-il de cet orphelinat, sans le halte-là de l’hiver 2012…

  • Billet fou Le Tao du voyage ou comment ne pas arriver au ciel en touriste

    Billet fou Le Tao du voyage ou comment ne pas arriver au ciel en touriste

    Ecrit par Luce Caggini, le 18 octobre 2014, dans La une - Ecrits

    Le Tao ? Même en peinture c’est un impromptu.

    Accompagner ses bagages c’est un mode de transport à la portée de tous, tous ceux qui m’agacent parce que je suis comme eux aussi.

    Faire ses adieux à la routine me lancer à la tête des gens, je préfère, sans conditions, sans longue-vue, sans joint, sans certif de nationalité.

    Le top ? Se laver au savon et à l’eau de mer.

    J’ai aussi parcouru un max de km un 4 juillet, pour aller prendre un bain en partant de NYC et fini par atterrir à Virginia Beach sur un terrain militaire après Norfolk : il y avait trop de monde ailleurs et je ne supporte pas la promiscuité !

    Sans parler d’un back and forth Nice-Santa Margherita Ligure pour une coupe de cheveux à l’italienne.

    Je l’ai fait et j’en suis revenue riche et misérablement riche, mariage de mondanité et mariage de modestie.

    Les amours d’une vie, les amants d’un jour ou d’une nuit m’ont conditionnée amoureusement, vivante, réanimée de notions réalisant parties et contreparties d’être tour à tour vorace et habitée de nausée d’un complet ras-le-bol pour devenir en partie et en solo une personne bien sous tous rapports.

    Durant cette balade réconciliant mes retraits et mes avancées, ma solitude et ma convivialité mon attachement à la vie et mon cœur à la mort, amie de limitation des uns et des autres, rien ne me fait plus plaisir que le mot de maman dans ce mois d’Octobre, Tichri un mois où les Juifs et les arabes unis dans le rhodanien fleuve de la Méditerranée se jettent tous à plat ventre, imams et rabbins célébrant ce mémorable Octobre au moment même où mon père et ma mère à quarante ans d’intervalle se rejoignaient le même jour dans une ardente combinaison de chiffres et de données secrètes.

    Je flânais à la librairie à la BN, ou plutôt je croyais flâner, alors que je cherchais. J’aurais voulu acheter tous les livres, les avoir tous, comme le plus grand nombre d’entre nous.

    Je me cherchais, je finis par me trouver.

    Mon choix se fixa sur Le Double de Dostoïevski, Le Zéro et l’infini de Koestler, et La Faim de Knut Hamsun. A bien y revenir, je croyais faire un choix alors que c’est eux qui m’avaient choisie. Moi j’y vis le doigt du moi me criant : ma rouée si tu croyais être la meilleure de la classe tu ne manques pas d’air.

  • Une p… par jour éloigne le médecin ? Chronique de Bekkevoort

    Une p… par jour éloigne le médecin ? Chronique de Bekkevoort

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 18 octobre 2014, dans La une - Ecrits

    Les « … » sont pure coquetterie. On raconte que, dans les années cinquante, un brave employé de théâtre, ne sachant quel mot dissimuler dans le titre de la pièce de Sartre, La putain respectueuse, avait finalement – après moult hésitations – affiché « la putain r… ».

    Oui, ici, à Bekkevoort, il y a deux industries principales : les pommes et les putes. Les champs de pommiers s’étendent à perte de vue, en fleurs au printemps, en fruits en été – (d’où l’intitulé de mon article : une pomme par jour éloigne le médecin, an apple a day keeps the doctor away !). Les bordels, quant à eux, s’étalent le long de la « staatsbaan », la route nationale qui relie Bruxelles à l’est de la Belgique. Là, à la belle époque, avant la construction de l’autoroute, les routiers arrêtaient leurs poids lourds pour aller se délester de leurs semences dans ces petites maisons accueillantes ; car, à Bekkevoort, point de district rouge, comme à Amsterdam ou à Bruxelles, avec ces vitrines aux femmes à moitié dénudées : on fait à l’ancienne, à la Proust. Les villas portent des noms aguicheurs : « can can », « Cupidon », « Boys’ club » (il en faut pour tous les goûts et toutes les orientations) ; la palme revenant sans doute à « Pussy cot » ; « een cot » en néerlandais signifie une piaule, une chambre d’étudiant. On pourrait donc traduire par « une piaule à chattes » (dans les deux sens du terme !).

    Ô bien sûr, homme marié, qui consacre ses loisirs à des lectures austères, je n’y ai jamais mis les pieds (ni le reste !). Mais les chauffeurs de taxis qui me conduisent régulièrement à la gare du Midi (l’équivalent bruxellois de la gare de Lyon, à Paris) m’ont raconté. Wim, d’abord, solide garçon, en pleine poussée hormonale, impatient d’alléger ses lourdeurs testiculaires. Il y rentra un jour. Le rituel est le même qu’au XIXème siècle. On choisit la pute, puis on lui offre à boire. Wim proposa un coca, que nenni ! Coupe de champagne à 60 euros ! Sombre augure préfigurant le coût des prestations à venir…

    Et puis il y a Freddy, chauffeur très « burgonde », comme on dit en Flamand, amateur de bière d’abbaye et de bonne chère (pour la chair, il se contente de sa femme, de grand talent culinaire et pas seulement). Freddy amène ses clients en goguette à son bordel préféré. Une tournée des grands ducs en quelque sorte (par référence aux débauches des grands ducs de la Russie impériale qui écumaient les lieux de plaisir de Paris). On ne croit pas d’ailleurs si bien dire : récemment il a transporté un Russe – ancien de la nomenclature soviétique reconverti dans le business (autrement dit la mafia) – vers le « can can ». Pendant que son client se faisait bichonner par quatre de ces dames dans un jacuzzi, lui, sirotait un café avec la mère maquerelle tout en regardant la télévision… Le Russe laissa 4000 euros, et Freddy toucha son pourcentage, 20%, soit 800 euros !

    « Belli gerant allii, tu felix Austria nube ! » Les autres font la guerre, toi, heureuse Autriche, marie-toi ! disait-on du mariage de Maximilien de Habsbourg avec Marie de Bourgogne (ce qui lui rapporta la Bourgogne et les Pays-Bas). Sur un mode pareillement lotharingien, on pourrait reformuler le dicton ainsi : « tu felix Belgica, concubes ! » Toi, heureuse Belgique, tu couches !

  • Reflets des Arts Titanic, l’exposition : de vrais objets, de vraies histoires

    Reflets des Arts Titanic, l’exposition : de vrais objets, de vraies histoires

    Ecrit par Valérie Debieux, le 18 octobre 2014, dans La une - Arts graphiques

    « C’est lors d’un dîner, un soir de juillet 1907, que J. Bruce Ismay, directeur général de la White Star Line et Lord James Pirrie, président de la vénérable société de construction navale de Belfast, Harland & Wolff, ont lancé l’idée de construire trois paquebots somptueux pour percer sur le marché lucratif des traversées transatlantiques. Ces trois paquebots, le Titanic, l’Olympic et plus tard le Britannic, seraient les plus grands objets mobiles jamais construits par l’homme ».

     

    Palexpo Genève, Halle 7, 10 octobre 2014

    Les visiteurs y sont attendus pour participer au voyage inaugural du « RMS Titanic » de Southampton à New York, comme en avril 1912. Grâce à la magie des décors, ils revivent les différentes étapes de cette légendaire traversée depuis la construction du paquebot jusqu’à la découverte de son épave au fond de l’océan.

    L’exposition commence par la présentation des vingt-sept Suisses qui, à l’instar de la majorité des autres passagers, avaient décidé de réaliser ce voyage pour accomplir leur rêve : vivre la grande aventure en Amérique !

    Cette exposition évoque le destin particulier de plusieurs personnes ayant embarqué, la peur au ventre : d’aucuns estimaient en effet que donner un nom comme le Titanic à un bateau était un défi lancé à Dieu ; d’autres encore regrettaient d’avoir dû monter à bord du Titanic, sous la contrainte d’événements extérieurs.

    Paroxysme de cette angoisse, l’exposition cite le cas de cette passagère qui dormait le jour et passait la nuit sur le pont, pour s’assurer qu’aucun événement fâcheux ne vienne entraver le voyage du paquebot ; son mari, accompagné de leur fillette, constatera avec horreur le bien-fondé de son appréhension.

    Contrepoids de ces frayeurs, les données techniques du bateau : sa conception dite « insubmersible » avec sa coque constituée d’immenses plaques fixées les unes aux autres par plus de trois millions de rivets en fer forgé, ses cales étanches, ses machines répondant aux derniers progrès réalisés dans le domaine de l’ingénierie maritime, ses moteurs alternatifs avec ses trois hélices et, last but not least, une technologie haut de gamme, enrobée d’une opulence et d’une richesse sans égal.

    Les visiteurs seront séduits par le souci d’authenticité de l’atmosphère à bord, par la qualité de la reproduction des chambres, des couloirs et du célèbre « Grand Escalier ». Il sera frappé également par ce détail original, portant sur la différence de température entre les salles, notamment dans celle consacrée à la collision du Titanic avec l’iceberg : une immense plaque de glace en forme d’iceberg a été installée pour que le visiteur puisse se rendre compte, au toucher, de la sensation vécue par les victimes au moment du drame.