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  • Un furieux désir de referendum

    Un furieux désir de referendum

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 25 juin 2016, dans Monde - La une - Politique - Histoire

    23 Juin 2016 ; c'est fait – et, à l'inverse des derniers sondages, Great Britain a posé son « out », son « leave » aux sonorités d'amour déçu, sur la table, la nôtre. Une histoire démarrée en 1973 – le Moyen Age – prend un tournant. Pour des Anglais non nantis de tous horizons, apeurés du fond de leur île, «  leur ennemi c'est la finance », et à la mer, la City. Pour l'UE, l'effet domino est probablement le danger le plus évident. Début en langue française dès cette nuit, par la voix d'une Marine Le Pen, exigeant un France(exit) dans l'instant.  Car, dans la foulée, fleurit de-ci, de-là, un goût prononcé pour entrer dans cet exercice, qui vient d'accoucher en Angleterre, vieux comme le monde contemporain mais à la couleur  furieusement rajeunie : « referendumer », comme naguère on partait herboriser à la saison des pollens. Et, comme souvent, quand on s’entiche de ce qu’on baptise novelleté, foin de tous les autres outils…
    Enfin, dire « soi-même » ce qu’on veut, ce qu’on pense de… ailleurs que  chez soi, ou à son bureau, autrement qu’au comptoir – petit blanc ou café noir. Être consulté, bref exister… sur une idée, un projet, pas une simple binette à poser sur un banc, sec et propice à la sieste – au fond de l’amphithéâtre mystérieux, comme hors du réel – d’une Assemblée législative quelconque. Brandir son moi dans son vote. « Referendumer » ; yes or no ? Il faut prendre en compte – en ce domaine, comme en plein d'autres, dans nos sociétés européennes bousculées, ces pulsions, ces emballements, ces désirs de, sans queue ni tête pour autant, qui ne s'arrêtent plus à la raison adulte et réfrénante leur disant – attention !  - On y va, on verra bien, on marche ! répondent des foules de révoltés, d'indignés aux sauces infinies, voulant tout et son contraire, tout de suite, et d'abord qu'on les entende ! D'où le formidable envol de l'envie de referendum ; comme au Mac Do, quelque chose d'une nourriture, quoi ? moins net. « Referendumer », être citoyen, à bas coût.
    Rêve au plus profond de chaque citoyen, considéré en son chacun comme suffisamment important pour qu’« On » le regarde de là-haut et qu’on lui demande – enfin – son avis. Referendum ; du mot « referre » en latin, rapport ; ce qui doit être rapporté. Votation populaire pleine qui n’aura d’effets que si le « oui » l’emporte. Décisionnel, et non simplement consultatif, ce procédé fréquemment présent dans la boîte à outils des démocraties contemporaines, mais pas toujours ; utilisé au « coup par coup » et non ritualisé dans le mécanisme institutionnel, le referendum semble gagner en valeur en ce début XXIe, en Europe, notamment. Est-ce parce que nos « vieilles » démocraties représentatives perdent, elles, en lustre, s’étiolent, rentrent dans une ombre terne, que la montée des violences politiques et de l’abstentionnisme corroborent un peu partout ? Incontestablement. Au diapason aussi de ces rêves à allure de vertiges, de pouvoir fort – à tout le moins d’autorité martelante – qu’on ne peut qu’entendre, partout.

  • Monarchie républicaine française : fin de partie

    Monarchie républicaine française : fin de partie

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 25 juin 2016, dans France - La une - Politique - Actualité

    Les Français sont un peuple à la fois régicide et légitimiste. La décapitation de Louis XVI avait une vertu symbolique : abattre, d’un coup, les deux corps du roi, le physique et, comme le décrit Kantorowicz, le surnaturel, celui qui, sur le modèle christologique, représente le royaume comme une personnalité corporative dont le souverain est la tête et les sujets les membres. « Louis doit mourir, parce qu’il faut que la patrie vive », s’exclamait, à regret, Robespierre, pourtant hostile à la peine de mort, dans un discours à la tribune de la Convention, le 3 décembre 1792.
    Régicides donc, les Français ; mais et non moins légitimistes. Le référendum du 28 octobre 1962, instituant l’élection du président de la république au suffrage universel, si juridiquement contestable (de Gaulle utilisa l’article 11 de la constitution de 1958, et non son article 89, pourtant prévu à cet effet) qu’il ait été, inaugura une formidable « success story » : celle des scrutins présidentiels, les seuls à résister à l’érosion de la participation. L’heureux élu put ainsi trôner, de présidence en présidence – en majesté, tel un basileus kosmocrator byzantin – hiératique, distribuant éloges ou petites phrases assassines, dans des conférences de presse, devant un parterre de ministres et de journalistes, ou bien de façon plus intimiste, dans un tête à tête avec un interviewer complice.
    Ces images, dignes du Livre des cérémonies de Constantin VII porphyrogénète, ont subi, petit à petit, les assauts d’un iconoclasme impie. Ce fut, tout d’abord Giscard. L’homme à l’accordéon, qui s’invitait à dîner chez le gens du peuple, enterra définitivement les photos officielles (autre legs monarchique) en costume de sacre – frac et grand collier de la légion d’honneur – au profit d’autres, plus modestes. Après la restauration mitterrandienne – celui qu’on appelait « le florentin » adorait la solennité et la distance – le côté « popu » d’un Chirac (tape sur le cul des vaches et demi pression) reprit le processus de désacralisation, prolongé par Sarkozy – tenue de jogging et Carla Bruni en guise de Jackie Kennedy à la clef.
    Mais François Hollande vient de donner à la sublimité présidentielle le coup de grâce. Celui qui se voulait « normal » pousse, en effet, la normalité jusqu’à concourir avec les candidats socialistes à la candidature, pour l’investiture du PS en vue du scrutin de l’année prochaine. « Si je ne suis pas en mesure de remporter la primaire, a-t-il confié à des proches, comment pourrais-je espérer remporter la présidentielle ? »
    Sacrilège. Aux États-Unis, un président sortant qui se représente pour un second mandat, est dispensé de primaire : sa candidature va de soi et n’est contesté par personne dans son camp. Hollande, en acceptant de passer sous ces fourches caudines, achève la banalisation complète de sa fonction : le président désormais se veut tellement ordinaire qu’il ne bénéficie pas de la plus petite rente de situation…
    Mais ne serait-ce pas, au fond, un calcul ? Au vu des sondages, il est, somme toute, moins humiliant de se faire battre dans le cadre d’une compétition interne plutôt qu’à l’issue du premier tour de la véritable élection (chose sans aucun précédent sous la Vème république : Giscard comme Sarkozy furent défaits au second tour et de peu). Qu’un autre socialiste se voit désigné pour cette mission de sacrifice ménagerait un amour propre déjà passablement flétri… et un possible avenir politique, que ne manquerait pas de sceller pareil Waterloo électoral.
    Hollande, après tout, un florentin lui aussi ?

  • François Hollande et les primaires

    François Hollande et les primaires

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 25 juin 2016, dans France - La une - Politique - Actualité

    Après avoir, il y a quelques semaines, annoncé qu’il n’y aurait pas de primaires pour la gauche, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, vient de changer complètement sa position, et l’on peut douter que cette décision n’ait été prise sans une consultation préalable auprès du chef de l’État François Hollande. Dans ce papier, je vais tenter de cerner les éléments de cette affaire qui fait les choux gras des grands médias, ce « Léviathan » toujours avide de nouvelles nourritures, quitte à se comporter comme le Saturne de notre démocratie ! Quelles sont donc les bases de réflexion que l’on pourrait envisager pour ce nouveau « grain à moudre » médiatique ?
    D’abord, il convient de relever le côté exceptionnel de ce qui est, en l’occurrence, décidé. En effet, ce sera la première fois qu’un président sortant – se présentant donc pour un second mandat – ne sera pas automatiquement le candidat naturel de son parti. Même aux États-Unis, où les primaires sont une très ancienne tradition, l’intronisation du président Démocrate ou Républicain est automatique ; on ne fait que respecter certaines formes, mais il n’y a pas d’exemple de candidat à la candidature et à sa propre succession qui se soit produit dans le cadre des traditions de la grande nation américaine.
    Ensuite, n’oublions pas de signaler que ces primaires ne vont concerner que la « gauche de gouvernement », c’est-à-dire le PS, le PRG (Parti Radical De Gauche) et les Écologistes favorables à la participation à l’action du gouvernement dirigé par Manuel Valls. En effet, « la gauche de la gauche » a refusé il y a déjà longtemps d’envisager des primaires de toutes les gauches : Jean-Luc Mélenchon, bien sûr, qui s’est déjà déclaré candidat, prenant à contre-pied ses amis du FDG (Front De Gauche), et le PC – qui tente actuellement la mise en place d’une « candidature citoyenne » pour les présidentielles à venir.
    Puis, mais alors pourquoi, ce revirement de Jean-Christophe Cambadélis ? L’explication la plus probable réside dans deux points. En premier lieu, faire sortir un vainqueur des primaires de « la gauche de gouvernement » qui serait, une fois élu, un candidat globalement incontestable, religitimé. Soit une façon de remettre de l’ordre « dans la maison », tout en calmant les ardeurs critiques des « frondeurs » du PS, plutôt satisfaits de cette annonce des primaires. Remarquons au passage que ce procédé, qui apparaît à certains comme « politicien », me semble au contraire indéniablement démocratique. En second lieu, l’espoir, pour François Hollande, qui est donné actuellement dans les sondages au coude à coude avec Jean-Luc Mélenchon (même si nous sommes à un an environ des futures présidentielles et que la situation économique semble s’améliorer assez nettement), de ne pas être humilié. Je rappelle en effet que ces derniers jours 4 à 5% seulement des Français souhaitaient qu’il se représente… Il y aurait donc là comme une sorte de pari, voire de politique – comme on dit – du va tout, si c’est bien François Hollande qui s’est mis d’accord avec l’actuel premier secrétaire du PS pour organiser ces primaires de « la gauche de gouvernement » – qui auraient lieu en janvier 2017, un moment où l’on connaîtra le candidat de la droite classique (dont les primaires se dérouleront en novembre) ; soit un atout important pour l’actuel président de la République, surtout si Nicolas Sarkozy gagne les primaires en question (on sait qu’en effet celui-ci est un excellent catalyseur des gauches par détestation à la fois de sa personne et de sa reprise des thèmes d’extrême droite).

  • Le coût du statu quo et les attaques contre la démocratie

    Le coût du statu quo et les attaques contre la démocratie

    Ecrit par JCall, le 25 juin 2016, dans Monde - La une - Politique

    Un « statu quo » plus dangereux que jamais
    La Guerre des six jours, en juin 1967, fut d’abord pour Israël une guerre d’autodéfense, face à une coalition arabe qui menaçait l’existence du pays et ses habitants. Mais ce fut aussi, par la force des choses, une guerre de conquête au terme de laquelle l’armée israélienne dirigée par le général Itzhak Rabin acquit le contrôle de territoires situés au-delà de la « ligne verte » définie par les accords d’armistice de 1949.
    Certains de ces territoires furent ensuite évacués par Israël : le Sinaï, restitué à l’Égypte suite à l’accord de paix signé en 1978 par le premier ministre israélien Menahem Begin et le président égyptien Anouar El Sadate, et la bande de Gaza, évacuée unilatéralement en 2005 à l’initiative du gouvernement que dirigeait Ariel Sharon. On attend toujours l’homme d’État israélien qui sera capable d’effectuer le retrait de Cisjordanie et le partage de Jérusalem, parachevant le processus de paix israélo-palestinien lancé en 1993 sous la direction du vainqueur de 1967, Itzhak Rabin.
    À ceux qui croyaient que Benyamin Netanyahou pourrait être cet homme-là, en vertu de l’adage selon lequel seul un dirigeant issu de la droite peut effectuer les concessions que la droite avait précédemment dénoncées, l’épreuve des faits a jusqu’ici apporté démenti sur démenti. Non seulement l’actuel premier ministre n’a jamais su prendre les décisions qui s’imposaient, mais il s’est lancé – et a lancé le pays – dans une course en avant folle et, à certains égards, suicidaire. Le maintien de l’occupation fait que bientôt Israël sera confronté à une alternative désastreuse : soit devenir un État où les Juifs seraient minoritaires dans leur propre pays, soit mettre en place un régime discriminatoire qui déshonorerait Israël et le transformerait en une arène de guerre civile.
    La récente initiative française appelant à l’organisation d’une conférence internationale avant la fin de l’année avec la participation des Israéliens et des Palestiniens – initiative que nous avons soutenue dès son annonce et qui est devenue, après avoir reçu le 20 juin le soutien du conseil européen des affaires étrangères, une initiative européenne –, et simultanément des essais de réactivation du « Plan de paix arabe », auraient pu donner au gouvernement israélien une occasion ou un prétexte pour changer sa ligne de conduite. Hormis une tentative rhétorique de « jouer » l’une des initiatives contre l’autre, M. Netanyahou n’a pas saisi la perche qui lui était tendue. Il a exprimé quelques vagues assurances à destination des médias internationaux, tout en envoyant des messages de fermeté à l’usage du public israélien.
    M. Netanyahou apparaît ainsi comme un adepte du procédé que l’on a longtemps reproché – à juste titre – aux dirigeants palestiniens : tenir des discours différents à des publics différents. Naftali Bennett qui « marque » Netanyahou à droite en espérant prendre un jour sa place, a cruellement insisté sur ce point quand il a déclaré : « On ne peut pas être pour Eretz Israël [dans le langage de Bennet, cela signifie « pour l’intégrité d’Eretz Israël », c’est-à-dire pour la pérennisation de l’occupation] en hébreu, et mettre en place l’État de Palestine en anglais ». Commentant cet échange, le quotidien israélien Haaretz publiait le 7 juin un éditorial intitulé « Netanyahou parle en hébreu », qui s’achevait sur ces mots : « Si Netanyahou veut que nous le croyions, il doit dire à la population ce qu’il a l’intention de faire ». On ne saurait mieux souligner l’ambiguïté qui est aujourd’hui le signe distinctif de la politique israélienne. Une ambiguïté dont les Palestiniens – et, dans le long terme, les Israéliens – paieront le prix.

  • Tout a une fin, Drieu, Gérard Guégan

    Tout a une fin, Drieu, Gérard Guégan

    Ecrit par Stéphane Bret, le 25 juin 2016, dans La une - Histoire - Littérature

    avec autorisation de la Cause littéraire

    Ce n’est pas une biographie de Drieu la Rochelle que nous livre Gérard Guégan. Non, dans ce livre où apparaît sur la couverture le mot « fable » en-dessous du titre, c’est une apostrophe adressée à l’écrivain, dont les passages en italique peuvent refléter les différents états de conscience de Drieu, ou ceux du rédacteur de la fable, lui-même. L’ouvrage se focalise plus spécialement sur la période 1944-1945. Il débute au moment qui suit la première tentative de suicide de l’écrivain, survenue en août 1944, au luminal. L’ouvrage de Gérard Guégan tente d’éclairer l’attitude de Drieu, face au fascisme, au communisme, à la littérature, et il y parvient en confrontant l’écrivain avec des personnages issus de la Résistance, qui procèdent à son interrogatoire, avant sa mise à mort, que Drieu croit inévitable en raison des circonstances.
    C’est le choix, entre fascisme et communisme, qui suscite les propos les plus significatifs, on sait que Drieu a longtemps hésité entre ces idéologies avant de basculer au mitan des années Trente, vers le fascisme : « C’est bien là la faiblesse des fascistes. Il leur faut constamment dialoguer avec d’imaginaires forces invisibles. (…) Tout autres sont les communistes de chez Staline qui dédaignent l’abstraction, qui honnissent le mysticisme. Avec eux, un innocent doit se déclarer coupable dans le seul but d’innocenter le tribunal qui va le rayer de l’histoire ».
    Un autre aspect sur les prises de position de Drieu est soulevé ; il n’est pas moins significatif et concerne l’attitude de Drieu vis-à-vis de l’antisémitisme. On sait que Drieu a, dans sa jeunesse, publié un essai intitulé Mesure de la France, dans lequel il apparaît très philosémite : « Je te vois tirant et mourant derrière le tas de briques ; jeune Juif, comme tu donnes bien ton sang à notre patrie ». L’un des interrogateurs, Maréchal, tacle Drieu sur ce point, en évoquant un personnage de l’un des romans, Gilles : « Quoi qu’il en soit, avec Carentan, on tient peut-être la clé de votre antisémitisme. (…) C’est Carentan qui s’adresse à Gilles : Je ne peux pas supporter les Juifs parce qu’ils sont par excellence le monde moderne que j’abhorre. Mais le monde moderne, s’exclame Drieu, c’est moi, et le Juif, c’est encore moi ».
    Le récit de Gérard Guégan nous fait découvrir, ou redécouvrir, la vie et l’œuvre de Pierre Drieu La Rochelle ; il s’insinue avec grande efficacité dans les méandres de sa conscience et le juge avec recul et lucidité, même si ce tribunal est imaginaire.



    Gérard Guégan est l’auteur de très nombreux romans et essais, parmi lesquels : Dictionnaire du cinéma, Éditions universitaires, 1966, Debord est mort, Le Che aussi. Et alors ? Embrasse ton amour sans lâcher ton fusil, Cahier des saisons, 1995, La Demi-sœur, Grasset, 1997, Les Irrégulières, Flammarion, 2001, Ascendant Sagittaire, Parenthèses, 2001, Qui dira la souffrance d’Aragon ? Stock, 2015, Tout a une fin, Drieu, Gallimard, 2016.

  • Eclats d’humeur  En prison

    Eclats d’humeur En prison

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 25 juin 2016, dans La une - Ecrits

    Les pieds enroulés au temps
    dans la force du mouvement

    Les pieds enchaînés qui parlent
    de la bouche de l’esclave

    Lèvres à demi sanguines
    par le maître qui fouette

    Les pieds enroulés au temps
    s’empêtrent dans le vent

    Suspension en avant
    les pieds ne touchent plus sol

    Sur les jours qui se brûlent
    un cri
    la vie recule

    Maintenant
    c’était hier

  • KI-C-KI

    KI-C-KI

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 25 juin 2016, dans La une - Littérature

    Encore un auteur, de nos préférés, déjà cité dans les ki-c-ki de Reflets du temps, on ne s’en lasse pas, on lit, on relit, on revit, et on est comblé de bonheur et de délices que seul l’art avec un grand A, notamment l’art littéraire, peut nous apporter en nous emportant. Comme ces extraits cités ici qui ouvrent en grand les fenêtres des plaisirs de la lecture pour les lecteurs familiers de cet auteur que nous chérissons.

    Extraits :
    « Il était trois heures de l’après-midi et au milieu de ces jours de janvier, c’était une journée de printemps hésitante et dorée qui s’était trouvée prise. Dans les maisons on laissait mourir les feux et on ouvrait les fenêtres à l’air doux. Il semblait que le confort, le loisir, la tiédeur paresseuse eussent abandonné les maisons pour s’asseoir en plein air devant les maisons et dans les jardins publics. On marchait vite dans la maison pour sortir, comme la veille on marchait vite dans la rue pour rentrer. […] ».
    (…)
    « Quand nous sommes enfants, chaque matin ressemble à chacun de ces cartons encore fermés qui, le matin du jour de l’an, nous attendent dans la salle où on les a réunis, sous la lampe qui, au mépris du triste petit jour qu’il fait dehors, semble éclairer d’une lumière spéciale et heureuse ces inconnus mystérieux qui encombrent la pièce, les uns sur la table où ils se coudoient, les plus grands par terre dans un coin où on ne les avait pas d’abord aperçus, ne laissant [voir], à travers les forts papiers d’emballage qui ne nous les dissimuleront plus longtemps, que leur forme singulière et leur dimension imposante. […] »
    (…)
    « Nous nous rendons bien compte, quand nous ne sommes pas aimés, que nos imaginations relativement à une personne et nos innombrables désirs n’ont aucun rapport avec la réalité. Mais à défaut de pouvoir donner une sorte de réalité objective à nos espérances en les trouvant favorisées par la personne, nous éprouvons un grand bonheur à les trouver dans les poètes, dans les musiciens. […] De même, les poètes d’amour, les musiciens d’amour, qui sont encore des personnes pouvant nous parler d’elle, font que nous disons : « Voilà pour moi les plus beaux vers de la langue française », ce qui veut dire que ce sont ceux qui nous font le plus de plaisir à nous répéter parce qu’ils alimentent notre espérance et consolident notre amour pour des raisons tirées non de la personne mais de l’amour et de l’espérance même, puisqu’ils ont été faits il y a deux cents ans. […] »
    (…)
    « Tous les hommes meurent, c’est par là que le plus grand est petit, dit la philosophie commune. Je dirai : c’est par là que le plus petit est grand, puisque c’est par là qu’il touche à l’infini et au néant. Par la pensée de la mort ou à la venue de la mort, dans l’âme la plus obscure ou la plus bornée s’ouvre un jour mystérieux sur l’infini ».
    … … …

    La réponse au ki-c-ki du Samedi 11 juin : « Le Chandelier enterré », Stefan Zweig (Les Cahiers Rouges, Grasset, 1991)

  • Écrire dans Reflets du Temps

    Écrire dans Reflets du Temps

    Ecrit par La Rédaction, le 25 juin 2016, dans La une

    En nous lisant, vous êtes probablement nombreux à vous murmurer, avant de dormir : « et pourquoi, moi, je n’écrirais pas dans RDT ? »

    Le faire, c’est simple comme 2 clics : écrire un texte sur : actualité, international, société, économique, histoire, philosophie, religion ; mais aussi création : mini nouvelle, critique de livre ou de film, musique, retour d’expo, ou de voyage ; recette exceptionnelle, choix unique de grands vins… J’en oublie, bien sûr, puisque dans RDT, on peut s’exprimer sur tout, sauf manquements à la charte ! – et, ça, c’est du rare !

    Votre texte sera au format de ceux que publie RDT : des chroniques ; des écritures courtes ; nous ne sommes pas dans le feuilleton (allez voir directement sur le site). Format Word, s’il vous plaît, en Verdana 12, si possible. Vous l’aurez signé.

     

    L’envoyer au comité de lecture à ces 3 adresses :

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    Facile ? On vous attend !

    RDT est un magazine interactif : non seulement on lit, mais on commente, et le débat s’enrichit par bonds, de lecteur en lecteur. Mais, notre charte a posé des bornes ; on est dans du collectif, avec des règles. 4 commentaires au plus pour chaque commentateur ; illimité pour l’auteur du texte. Le respect de l’espace d’écriture, pas moins, pas plus !

    Écrire son commentaire dans l’espace de saisie – 3 minutes, le temps d’un bon œuf à la coque, quand même ! – est (dit-on, ça et là) générateur de stress ! Pourquoi ne pas écrire tranquillement son petit « moi, je pense que… » sur son logiciel de traitement de texte, puis, par copié/collé, le parachuter sur l’espace de saisie du mag… Ça évite souvent de le perdre en cours d’enregistrement !

    Les commentaires à RDT bénéficient du regard acéré d’une modération ; les injures, mises en cause, et autres calomnies ne sont pas au menu ; charte du magazine oblige. Quand vous aurez saisi votre texte-commentaire qui sera de longueur raisonnable, vous verrez apparaître le délicat message en anglais qui le place en attente de la modération. Les commentaires sont validés, ou non, une fois par jour, le soir.

     

    Bienvenue donc, sur Reflets du temps ; bienvenue chez nous, bienvenue chez vous.

     

    Pour la rédaction de RDT, Martine L Petauton, rédactrice en chef.

  • Gauche / Police ; état des lieux

    Gauche / Police ; état des lieux

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 18 juin 2016, dans France - La une - Politique - Actualité - Société

    A l’autre bout de l’Histoire, de la nôtre, à nous, les anciens, il y a eu ces « CRS, SS » venus de 68. Raccourci difficile à justifier – historiquement, justement – même si l’on se souvient de la dureté des affrontements dans ces années gaulliennes de la fin, qui étaient, disons, une forme de démocratie pour le moins musclée. L’état était de droit, mais, souvent sur les bords. Depuis, de manif hard en défilé hargneux, de l’eau – plutôt pas trop salée – est passée sous les ponts. Mitterrand, en particulier a installé dans ce domaine comme dans d’autres des masses de granite aux angles peu coupants et fixé cet État de droit qui, si l’on réfléchit bien, est un de ses héritages les plus nobles…

    En vieillissant, la Gauche aux affaires ou devant la porte s’est approprié ce versant répressif-passage obligé, qui, dans la tête du Janus policier, voisine avec la protection avenante. On a fini, bon an, mal an par convenir que la police, au fond, sans elle pas d’État de droit, de démocratie pas davantage ; elle en protège les membres, et, pour ce, réprime et chasse le déviant. Les « forces de l’ordre » font partie du bagage, et il n’est pas question que seul le camp droitier revendique comme appartenance naturelle ses images et son fonctionnement. Les gens de gauche ont  longuement marché dans la « Cité », vous et moi en faisons partie, probablement. Nos enfants, au fait, aussi, qui ne se planquent pas direct sous la couette quand sonne un gars de la police. Autre temps, semble-t-il ; autres peurs. Il y a, du reste, des syndiqués policiers qui portent avec panache la République et ses valeurs, pas moins que l’enseignante que j’étais, tentait de les faire vivre à chaque heure de cours (et de récré). On se souvient aussi des jours de Charlie, des nuits de Novembre, de populations gratifiantes auprès d’une police largement humanisée, choquée, à hauteur du citoyen, risquant sa vie dans la guerre nouvelle qui s’annonçait.

    Alors ? Que dire ces jours-ci, dans les queues de manifs, de ces slogans haineux, ces pancartes brandies : « tout le monde déteste la police », « une balle, un policier »

    Et ce, face à des policiers, dont les protocoles actuels sont avant tout d’éviter évidemment tout dérapage ou bavure, mieux, de porter haut ce « tenir ses nerfs d’abord » qui les honore. J’en veux pour souvenir ce jeune policier de base, dans l’affaire de la voiture de police incendiée, il y a peu, qui – les images le prouvent – ne sortit pas son arme, ni même ses répliques verbales. Chapeau. C’est ce genre de police responsable, compétente et mesurant chaque conséquence de geste, de décision, qu’il faut à la société d’aujourd’hui malmenée, déchirée, confite dans les peurs.

  • Le puritanisme islamique

    Le puritanisme islamique

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 18 juin 2016, dans Monde - La une - Politique

    Le dimanche 11 juin, Omar Mir Sddique Mateen, Américain d’origine afghane, entrait, armé d’un fusil d’assaut et bardé d’explosifs, dans un bar gay d’Orlando, au nom de Daech, pour y assassiner 50 personnes, l’attentat le plus meurtrier commis sur le sol des États-Unis depuis le 11 septembre.

    Comme le 13 novembre à Paris, il ne s’agit pas seulement de politique au sens strict (la lutte contre les croisés mécréants et islamophobes) ; c’est tout autant une affaire de mœurs : hier dénonciation du « satanisme » du spectacle du Bataclan, aujourd’hui « punition » des sodomites. Précisément, le Coran fait dire à Loth, endossant par là-même sa condamnation de Sodome : « Allez-vous accomplir l’acte sexuel avec les mâles de ce monde ? Et délaisser les épouses que votre Seigneur a créées pour vous ? ». Kamel Daoud parlerait mieux que moi du tabou absolu que la « chose » constitue dans le monde arabo-musulman, de l’Égypte, où les gays rasent les murs, au Maroc, où l’orientation sexuelle du roi Mohammed VI reste le vrai-faux secret d’état le mieux gardé. A vrai dire, dans ce domaine, ni le Judaïsme ni le Christianisme ne sont en reste, se référant eux aussi à une anthropologie normative qui sépare de façon radicale ce qui se conforme à la « nature » et ce qui, étant « contre-nature », la viole. Bref, Deus sive natura

    Ainsi le puritanisme islamique rejoint-il le puritanisme américain. Les Pilgrim Fathers considéraient, en effet, l’homosexualité comme « the most abominable unnaturelle sinne », le péché le plus abominable et antinaturel. La littérature du XVIIème siècle, sur le sujet, abonde, depuis The cry of Sodom de Samuel Danworth jusqu’au Day of doom (le jour du Jugement) de Michael Wiggleworth. Le « crime » se voyait d’ailleurs puni de la peine de mort et le « gay bashing » s’observa encore en plein XXème siècle. En témoigne le film Le secret de Brokeback Mountain.

    Il y a donc comme un écho entre les deux radicalités et ce n’est sûrement pas un hasard si Omar Mateen était à l’intersection des deux cultures également homophobes. « Pureté dangereuse » dirait BHL, pureté homicide pourrait-on ajouter, tant elle vérifie et confirme le diagnostic de Gérald Bronner, dans le livre dont j’ai récemment fait la recension : l’idéal – en l’occurrence, le pur, l’absence de souillure – se veut incommensurable, il ne se mesure à rien d’autre ; aucune valeur – fut-ce celle de la vie humaine – ne saurait entrer en compétition avec lui. D’où l’abolition de tout jugement éthique : tous les moyens sont bons, y compris le meurtre, pour laver l’infamie et extirper le péché.

    Et si l’horreur indicible suscitée par la sodomie n’était que le reflet refoulé de la tentation qu’elle inspire ?…

  • Pour un autre 18 juin

    Pour un autre 18 juin

    Ecrit par Lilou, le 18 juin 2016, dans France - La une - Politique - Actualité - Société

    Nous ne récoltons dans nos rues que ce que nous avons semé en laissant les loups rentrer dans nos villes, nos idéologies et nos âmes. Le problème idéologique que connaît la gauche est ancien. En 1933 déjà, Léon Blum prévenait la SFIO de ce qu’il adviendrait en cas de fracture au sein de la SFIO par ces mots célèbres « je suis épouvanté » prolongés par un dernier murmure « c’est du fascisme ». On sait ce qu’il se passa ensuite dans ces dogmatiques des gauches devenus après 1936 nationaux et autoritaires (Déat, Doriot, Bergery sortez de vos tombes avec vos uniformes de la Wehrmacht et vos silences d’aout 1939). Manu, tu passeras dans l’histoire comme Blum, ton procès se déroulera comme les loups de 2016 le prévoient. Toi, moi et beaucoup d’autres ripaillerons toute une nuit attendant comme les Girondins que l’aube se lève, à la manière de celle du 30 octobre 1793. Comme en 1793 ou en 1933, ce qui est en question aujourd’hui n’est pas le cœur de la pensée mais plutôt la traduction de leurs quêtes du pouvoir avec tout son cortège habillé des fantasmes virils du parrain en fin de route.

    Il ne faut pas se tromper sur ce qui se déroule en ce moment même si le sentiment qui domine est qu’il est trop tard parce que le fruit est méchamment corrompu ! Je n’aurais pas dû voyager dans le monde entier et ainsi pouvoir comparer les systèmes sociaux des autres pays avec le nôtre. Je ne me serais ainsi pas insurgé avec autant de force aujourd’hui contre vos faux semblants et vos mensonges permanents dont vous nous abreuvez sur la grande misère sociale française. La grande misère de mon si beau pays, c’est vous et votre quête permanente du pouvoir, c’est ce personnel politique de plus en plus fascisant et nourrissant les haines et les peurs, c’est votre silence assourdissant quand justement il faudrait faire preuve de la parole fondée sur le respect d’autrui et la justice sociale mesurée non pas à l’aune de son minuscule avenir d’élu politique ou syndical mais à l’échelle d’un monde qui rigole de vos privilèges de riches et qui crève de la vraie faim des misères les plus noires.

    La CGT et Sud agitent en ce moment le bocal du grand soir. Comme toutes les officines de l’autre extrême du reste… Toutes les ficelles y passent à commencer par une propagande des plus nauséabondes comme aux meilleures heures d’un Thorez rentrant de Moscou et fonçant vers Boulogne Billancourt donner à ceux qui travaillent un peu du gros rouge qui tache pour leur apprendre à se révolter. Ce qui est en question pour les joyeux drilles aux drapeaux rouges (et noirs) n’est pas l’article 2 de la loi. Surtout pas ! Chacun convient en effet qu’il est préférable de taper à la porte de son entreprise pour agir et négocier, à la manière d’un syndicalisme allemand s’étant enfin débarrassé de sa paternité avec l’inénarrable Marx, plutôt que de taper aux portes dorées (n’est-ce pas Monsieur Lepaon) d’une centrale aux 14 mots de vocabulaire et qui semble ne pas comprendre les urgences humaines et humanistes du 21ème siècle. Non, ce qui est en question ce sont les élections syndicales de l’année prochaine et votre gestion prévisible des dégâts à la fois d’une abstention record (nous, gens de France, on vous emmerde à vouloir nous faire dire que vous êtes notre force de pensée et d’action, regardez vos taux de syndiqués), et d’une tannée historique car à nous, ceux qui travaillent pour de vrai et qui ne passons pas nos journées emmurés dans les cellules syndicales ou avachis sur les feuilles jaunies des pamphlets racistes de l’action française et du Manifeste de 1848, vous nous broutez menu. Vous rappelez-vous que toutes vos expériences de pouvoir se sont terminées dans le sang (toujours celui des autres du reste) ? Vous alimentez des bataillons exsangues chargés d’interdire aux autres de travailler avec des peurs et des haines et en utilisant des réflexes idéologiques que le grand soleil débile de Corée du Nord vous envie. Vous manipulez ces travailleurs qui ne comprennent pas que leur combat n’est pas le vôtre, vilement électoraliste. Vous utilisez les différences entre les uns et les autres pour construire des murs que d’autres nomment aussi des communautarismes. Agissant de la sorte, vous comptez et fixez vos troupes…

  • Brexit : good bye to all that ?

    Brexit : good bye to all that ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 18 juin 2016, dans Monde - La une - Politique - Actualité

    « Adieu à tout ça ! », « good bye to all that ! », tel est le titre d’un roman autobiographique de Robert Graves, narrant non seulement la guerre de 14-18, mais le basculement du monde du XIXème siècle – le monde d’hier de Stefan Zweig – dans celui du XXème. Par le brexit (contraction de Britain exit), une réponse négative au référendum du 23 juin, la Grande Bretagne dirait-elle adieu à 40 ans de présence dans la construction européenne ?

    C’est plutôt l’inverse : l’entrée dans ce qui s’appelait encore la CEE, dans les années 70, tourna une page d’histoire britannique. 1945, l’Angleterre sort ruinée mais victorieuse du second conflit mondial ; elle a encore son Empire et peut se vanter d’être la seule puissance belligérante d’Europe à ne pas avoir été occupée par les nazis. La décolonisation – à l’inverse de la France – se fera en douceur (se souvient-on que le premier président de l’Inde indépendante ne fut autre que… le dernier vice-roi, lord Louis Mountbatten ?!) ; les anciennes colonies et dominions restant – symboliquement – réunis sous le sceptre d’Élisabeth II, dans le cadre du Commonwealth. Alors, les demandes pleurnichardes d’un Macmillan à de Gaulle – cf. le « ne pleurez pas Milord » de 1962 – ressemblaient fort à une humiliation, motivée uniquement par l’impasse que constituait l’AELE, Association Européenne de Libre Échange, cette contre-CEE ultra libérale, que la Grande Bretagne avait elle-même créée en 1960, pour faire pièce au traité de Rome de 1957.

    L’Angleterre hors de l’UE donc ? Ce serait, pour elle, une catastrophe économique. La prestigieuse London School of Economics prévoit déjà, dans cette hypothèse, une baisse du PIB comprise entre 3,8 et 7,8%. Dans la city, on s’inquiète, la plupart des grandes entreprises cotées au FTSE100 (l’équivalent du CAC40 parisien) s’affichent clairement « remainers », partisanes du statu quo ; et le ministre des finances, Georges Osborne, prédit 800.000 chômeurs de plus, dans l’éventualité d’un brexit.

    Mais l’essentiel est ailleurs. Il s’agit de la souveraineté. Le slogan des « leavers », de ceux qui prônent la sortie, se résume dans cette exhortation : « take control ! », prenez le contrôle ! Boris Johnson, le précédent maire de Londres, n’hésitant pas à comparer l’UE aux dictatures des années 30 : « l’UE veut un super état, dit-il, exactement comme Hitler le voulait ». La palme du lyrisme ampoulé, toutefois, revient, sans nul doute, à Nigel Farage, leader de l’UKIP – United Kingdom Independence Party, mouvement nationaliste flirtant avec l’extrémisme – qui, pas plus tard que le mercredi 8 juin, déclarait devant le parlement européen, où il est député : « la constitution européenne, rejetée par les Français et les Hollandais, sortie par la porte est rentrée en douce par la fenêtre. Ce n’est pas seulement mauvais pour le Royaume Uni ; c’est mauvais pour toute l’Europe. J’espère que le 23 juin ne sera pas uniquement le jour de l’indépendance pour nous, mais qu’il mettra un terme à l’ensemble du projet, de telle sorte que, dans quelques années, nous puissions être un état-nation souverain et démocratique ». A quoi David Cameron, le premier ministre, répond, perdant patience : « la souveraineté britannique à l’extérieur de l’UE est illusion ; y rester rendrait le Royaume Uni plus fort et plus sûr. Si vous aimez la Grande Bretagne, votez pour son maintien dans l’Europe ».

  • La Colombie a gagné deux à zéro

    La Colombie a gagné deux à zéro

    Ecrit par Alexis Brunet, le 18 juin 2016, dans Monde - La une - Politique

    Je suis allé à Salento, c’est un village près de la ville d’Armenia dans la région de Quindío, la région du café. J’ai vu les splendides montagnes s’enchevêtrant dans les nuages, l’image que j’avais de la Colombie et pourquoi je suis venu dans ce pays. Dans la vallée de Cocorá, j’ai vu des palmiers à cire, qui ne poussent que là au monde et que le gouvernement veut raser depuis qu’il a découvert de l’or dans le coin ; ce qui à juste titre provoque mécontentement et réaction des habitants. J’ai parlé avec des gens communicatifs et forts et aimables, qui m’ont demandé si j’étais en France au moment des attentats, et qui se sont empathiquement apitoyés sur le sort des Français qui avaient dû avoir « très peur ». Venant de la part d’habitants d’un pays où la guerre civile a fait au moins 220.000 morts et où l’insécurité n’est pas fondée que sur un sentiment, j’ai trouvé ça touchant.

    De retour à Cali, j’ai appris que des voitures de police avaient foncé sur des manifestants à Rennes pour les disperser, et qu’il y avait eu des blessés. Sans prétendre savoir si la CGT a raison ou a tort dans un conflit social qui s’enlise et qui permet au moins à chacun de se défouler semble-t-il, j’ai trouvé qu’il faut quand même en tenir une couche pour en arriver à foncer sur des manifestants braillards. Qu’a-t-il bien pu se passer dans la tête de ces flics ? Même en état d’exaspération et de stress maximal, comme le disent ceux qui les défendent, on n’en arrive pas là quand on est garant de l’ordre d’un pays si fier de ses principes républicains.

    Puis j’ai lu les nouvelles nationales. Le même jour en Colombie, les paysans manifestaient. Dans la région de Cauca, au sud du pays, il y a eu trois indigènes morts et quinze policiers blessés. Le lendemain vendredi, m’a appris le quotidien El Espectador, un étudiant de Bogota est décédé des suites de son passage à tabac lors d’une manifestation par les forces de l’ESMAD (Escuadrón móvil antidisturbios), superflics habillés en Robocop. Je n’ai vu personne s’indigner autour de moi, et encore moins dans la rue. Pourtant, les gens que je connais ne sont pas tous de droite, loin de là. Certains sont même bien à gauche, je vous rassure camarades. En revanche, j’ai vu de nombreux maillots jaune poussin de l’équipe de foot de Colombie ce vendredi. Les Colombiens ont le sens des priorités. Le soir en effet, le pays joue son premier match dans le cadre de la Copa America, qui plus est contre les Etats-Unis. La lutte sociale attendra. Après une semaine de confrontation pour le moins tendue, les agriculteurs et le gouvernement sont parvenus à un accord, signé à Cali. A partir du lundi, dans la région de Santander notamment, un peu au nord-est de Bogota, ils continueront leur grève mais cesseront de bloquer les routes. De forte composante indigène, ils demandent notamment « la fin des intimidations militaires » et que le gouvernement enquête sur les « assassinats et menaces de morts de la part des paramilitaires sur leurs communautés ». On saurait difficilement leur donner tort. A partir du lundi, ils seront rejoints par le secteur des transports, c’est-à-dire par les routiers. La Colombie a gagné deux à zéro.

     

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  • De la rage de changer le monde

    De la rage de changer le monde

    Ecrit par Charlotte Meyer, le 18 juin 2016, dans Ecrits - La une - Actualité

    Reprendre sa plume après deux mois de course avec le temps est une ambition difficile. Non seulement parce qu’elle impose l’angoisse d’avoir peut-être perdu les mots, de ne plus avoir la faculté de penser, de crier, de prier sur le papier ; mais aussi parce que cela implique de ne pas se tromper dans son choix. Il se passe tellement de choses en deux mois, et ces derniers n’ont pas été sans agitations, qu’on aurait peur de passer à côté d’un sujet nécessaire et que celui qui vous tienne actuellement à cœur ne soit déjà plus au centre des attentions du monde. Le cœur aussi, paraît-il, se laisse parfois dépasser.

    Au moment où j’écris, de retour dans ma province natale où les clameurs de la capitale ne sont plus que des bribes encore mystifiées, les voitures brûlent toujours place de la République. Ici, rares sont ceux qui s’intéressent à la fabrique des lois. Elles sont loin, les manifestations, les nuits blanches à habiter des places entières, les revendications qui se veulent révolutionnaires. Notre époque est peut-être à la mondialisation, mais entre Paris et ici, c’est un monde entier qui a creusé son lit. La campagne est encore un refuge solitaire qui endort les ambitions les plus folles et calme les ardeurs passionnées. On n’y va pas pour préparer un peuple à la révolution, mais pour l’oublier. Et si elle est exclue du cœur des batailles, on aurait tort de croire qu’elle s’en plaint.

    Pendant deux mois, je me suis familiarisée avec les rythmes des manifestations. Il y a quelque chose de séduisant dans ces grandes mêlées hétérogènes qui avancent toutes d’un même pas, vers le même but, chaque semaine, et qui scandent leur opinion jusqu’à briser la voix. J’ai toujours eu un faible pour la persévérance ; leur ténacité était trop forte pour ne pas me laisser succomber. « Une société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil » écrivait Zola. Nous sommes peut-être tous trop jeunes pour décider si La Vérité existe ou non ; mais il me semble que celles qui agitent tout un peuple sont sûrement les plus fiables – pas à cause du nombre qu’elles agitent, mais à cause de la puissance avec laquelle elles sont exprimées. Alors que je m’écriais contre la décision du nouveau 49.3 prise par Manuel Valls il y a quelques semaines, un ami m’a répondu en tentant de m’expliquer sa nécessité sous prétexte que la démocratie serait peut-être plus écoutée « si elle arrêtait de regarder Secret Story ». Pourtant, je mettrais ma main à couper que ceux qui revendiquent leurs droits jusque sous l’averse ne sont pas les mêmes qui passent leurs journées au fond de leur canapé. Il n’y a peut-être pas de manifestations sans moutons de Panurge, mais si on a tort d’héroïser le peuple, refuser de croire en son discernement est une aberration.

  • 2007 : La fin de la dynastie Bhutto au Pakistan

    2007 : La fin de la dynastie Bhutto au Pakistan

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 18 juin 2016, dans La une - Histoire - Littérature

    Le magnifique livre de Bina Shah, dont on trouvera ici la recension, appartient à cette forte littérature actuelle, Indo-Pakistanaise, au croisement Histoire/roman, qui passionne, tant pour le dépaysement que pour l’information. L’assassinat de Benazir Bhutto, dont il s’agit, résonne en 2016, encore d’une autre façon, en échos sinistres aux menaces terroristes de l’Islam intégriste qui fond en ces temps-ci, sur nous, en Europe.

    Je me souviens de son beau visage éclairant la couverture du Nouvel Observateur, cette semaine de décembre 2007. Seul titre « Benazir ! »…

    Femme puissante, leader de son parti PPP (Parti Populaire Pakistanais), deux fois 1er ministre et seule femme au monde à avoir dirigé un grand pays musulman, Benazir était d’abord la femme d’un clan, d’une dynastie qui se succéda au pouvoir (et sans doute aux affaires). Comment ne pas voir, dans le même défilé d’images, une autre femme, puissante, géographiquement proche, sa « compagne » indienne, Indira Gandhi ? – assassinée en 1984. Dynastie, là-aussi, clan, pouvoir, et assassinat – religieux, également, mais par les Sikhs. Les deux femmes, filles de… ayant en commun – et cela a compté dans leur liquidation – une formation intellectuelle acquise en Occident, les deux apparaissant comme l’instrument de l’ouverture de leurs sociétés, mais aussi, notamment, comme « l’alliée des États-Unis ».

    Benazir a eu un vécu de pouvoir chaotique, entrecoupé d’exils, et finalement d’une grande violence puisque « destituée » à plusieurs reprises du pouvoir lui-même ou du leadership politique dans son camp (de 84 à 2007). Accusée de corruptions – elle ou les siens, et notamment l’époux, l’homme d’affaires Ali Zardari. C’est dans le cadre d’un « accord-marchandage » de plus, avec le président Musharraf, qu’elle put rentrer au Pakistan en Octobre 2007, agencer une énième campagne électorale, qui finit le 27 Décembre 2007 par son assassinat dans la banlieue d’Islamabad. Terrible scène agie par un kamikaze aux ordres d’Al-Qaïda-Afghanistan. Camouflées pour éviter une montée en puissance du martyr par le gouvernement de l’époque, les causes de sa mort, après multiples enquêtes internationales, ne font plus aucun doute, Benazir fut assassinée par Al-Qaïda et peu protégée par le gouvernement pakistanais…

     

    La Huitième Reine, Bina Shah, Actes Sud, février 2016, trad. anglais (Pakistan) Christine Le Bœuf, 347 pages, 23 € (avec l’autorisation de la Cause Littéraire)