Une

  • Gauche à la veille des Primaires, l’ombre de Tours

    Gauche à la veille des Primaires, l’ombre de Tours

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 14 janvier 2017, dans France - La une - Politique

    « Les coups que nous devons porter, les uns et les autres, à l’ennemi commun, seront réservés, avec un soin jaloux, aux frères d’armes de la veille… »

    Marx Dormoy, 30 janvier 1921

     

    Loin dans les brumes de ce début de XXème siècle, à deux pas de la sortie de la boucherie de la Grande Guerre, à quelques courtes encablures de la Révolution Bolchévique d’Octobre, il y a eu – déjà, me direz-vous – ou bien alors – encore – la guerre des Gauches. Le Congrès de Tours, sans doute le seul congrès socialiste qu’on conserve tous en mémoire, battait les estrades à la Noël 1920. La SFIO éclatait et au bout de débats, qui « se tenaient haut » et ne bavardaient pas, 3208 mandats rejoignaient l’Internationale communiste, tandis que seulement 1022 demeuraient dans la « vieille maison » de Blum, Dormoy et quelques autres. La clarification, les choix étaient à l’œuvre ; il le fallait. Mais la famille éclatée et déchirée, les ennemis fabriqués avec une rare haine, quand même autre chose ! Dans l’Allier de Dormoy, qui m’est chère, une quarantaine de sections sur cinquante rejoignent alors le nouveau Parti Communiste… pour le coup, là, on peut vraiment parler de Gauches irréconciliables, qui, pourtant – preuve que l’espérance doit toujours grésiller au fond de nos cœurs citoyens – sauront marcher ensemble ou presque au temps fleuri du Front Populaire à venir, soit pas mal d’années après, quand même…

    On n’en est pas là – direz-vous – quoique… comme des effluves qui passent.

     Qu’est-ce que La Gauche, hic et nunc, au moment de ses Primaires ; comment se présente l’espèce ? Drapeau déjà, selon certains, bavant un berne de cauchemar, avant que les évènements, en soi, aient eu lieu.

    En ce temps d’aujourd’hui, camarades, les Gauches, les génitrices, les petits des unes ou des autres, vagabondent aux quatre coins. Modernité, Quinquennat, illusions, déceptions et pertes de boussole, obligent. Et puis, sans doute, cette époque de repli sur le soi, ses égoïsmes, ses bulles d’un peu tout, sais-je !

    Gauche de l’intérieur de la compétition, au nom du parti Socialiste et alliés ; 7 candidats, et non 3 comme on voudrait en simplifier d’entrée l’équation. Gaffe, car l’électeur, enjoué, ou bien pervers, aime, on devrait s’en souvenir, « sortir les prétendants ». Gauche de l’extérieur, à moins que de l’ailleurs, offrant – grand écart – une de Gauche bien rouge et l’autre, à peine colorée, si peu, je vous assure ; une aube de premier communiant. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’offre existe ; visible, c’est moins sûr ; les Media qui savent ce que nous devons penser et faire, n’ayant que deux grands fers au feu : Fillon et Macron. Et lisible ? direz-vous. Finalement oui, même si les différences subtiles et je veux croire tangibles entre le sourire bonimenteur de Montebourg et les yeux clairs de Hamon, vous me permettrez de laisser la chose aux chercheurs de demain.

    Notre Gauche s’effrite – truisme – mais pas en autant de morceaux qu’on veut nous le faire croire.

  • Psychanalyse du djihadisme

    Psychanalyse du djihadisme

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 14 janvier 2017, dans La une - Société

    Je ne sais si une telle tentative a déjà été faite. Olivier Roy n’est pas allé jusque-là, il parle de vide de valeurs, de rupture avec la famille…

    Les catégories lacaniennes, dans un pareil domaine, peuvent servir. Lacan, en effet, distingue trois types de paternité : le père réel (le géniteur), le père imaginaire (celui qui incarne la Loi, rompt la relation fusionnelle avec la mère et prohibe l’inceste) et le père « symbolique ». Ce dernier (qui ne coïncide pas forcément avec le père réel) a une importance capitale : il fonde l’appartenance et construit l’identité de l’enfant ; il introduit celui-ci dans son genre sexué (masculinité ou féminité) ainsi que dans le monde extérieur à la famille (pays, religion, classe sociale, opinions politiques, sport, etc.). Grâce à cette symbolique héritée, l’on « appartient » à quelque chose, un quelque chose auquel l’on s’identifie : « je » suis ceci ou cela.

    Or de toute évidence, le point de commun entre les djihadistes d’origine musulmane et ceux qui se sont convertis à l’Islam se situe dans ce manque, cette absence. Les descendants d’immigrés, à cheval sur deux cultures – celle du pays d’origine des parents ou des grands-parents et celle de celui où ils sont nés – n’« appartiennent » véritablement ni l’une à ni à l’autre : perçus comme étrangers ici, ils sont discriminés comme « français » là-bas. Personne n’a joué, à leur égard, le rôle de père symbolique, personne ne les a enracinés quelque part.

    Symétriquement les djihadistes convertis sont le plus souvent issus de la génération de 68, ou post 68, génération qui – globalement, car il y a, bien sûr, des exceptions – a renoncé à « transmettre », donc à construire la personnalité de leur progéniture.

    Condamnés donc à s’auto-construire, les apprentis djihadistes prennent alors des pères symboliques de substitution : « émirs », « grands frères », voire tout bonnement… internet ! Grâce à eux, ils « sont » – enfin ! – quelque chose, ils se « sentent » partie d’un tout plus grand qu’eux, voire même transcendant.

    Point d’aboutissement d’un long processus occidental : de renaissances en révolutions (politiques ou autres), de la monade leibnizienne à la déconstruction post-moderne du sujet, la montée en puissance de l’individualisme, du « je », impérial et impérieux, a créé autant d’« hommes nouveaux », faisant table rase de ce qui les précédait. 68 a juste poussé la chose à un point paroxystique.

    Si je prends ma propre famille, le processus apparaît clairement. Ma grand-mère paternelle, née à la fin du XIXème siècle, eut deux enfants, mon père et ma tante. Elle était catholique, patriote et profondément gaulliste, à partir de la seconde guerre mondiale. Elle joua – ou tenta de jouer – le rôle de « père » symbolique, en « transmettant » ses appartenances. Réussite dans le cas de ma tante : elle faillit se faire religieuse et vibrait pour l’équipe de France, lors de la coupe du monde de football de 1998 ! Mais échec dans le cas de mon père : individualiste forcené, il ne se « sentait » pas grand-chose…

    Il fut un très bon père imaginaire, m’instruisant et me cultivant intellectuellement, mais il ne m’a pas éduqué ou transmis ou fait pénétrer dans un monde auquel j’appartiendrais. Je me sens autant anglais, autrichien ou belge que français, je me suis converti à l’Eglise orthodoxe russe et je ne vibre à aucune compétition sportive. Oui, abstraction faite de mon milieu (la bourgeoisie aisée) et de mes longues études, j’avais tout le profil d’un possible djihadiste !

    « Appartenance » constitue, en l’occurrence, le mot-clé. C’est par identification à ce à quoi l’on appartient que se forge la fameuse « identité » : elle n’est pas forcément nationale mais elle est indispensable à la construction d’une personne. Le malheur du temps s’enracine dans ce déracinement : la disparition ou la raréfaction des pères symboliques.

    Terrible déshérence laissant des hommes sans qualités, cherchant désespérément – et parfois à n’importe quel prix – à en acquérir une…

  • De Gaulle et Fillon : l’original et la pâle copie

    De Gaulle et Fillon : l’original et la pâle copie

    Ecrit par Gilles Legroux, le 14 janvier 2017, dans France - La une - Politique

    Pendant les vacances de la Toussaint 2015, moment de l’année propice au recueillement et au devoir de mémoire, j’ai visité le musée de Péronne, puis Douaumont, pour enfin redescendre sur Colombey-les-Deux-Eglises. C’est dans ce petit village de la Haute-Marne que le général de Gaulle, en 1934, a élu domicile pour y vivre, y écrire et y mourir. Et c’est dans le minuscule cimetière jouxtant l’église qu’il repose avec son épouse et sa fille. Sa demeure, La Boisserie, est une maison cossue, mais sans luxe ostentatoire. Il semble que le Général de Gaulle n’avait pas encore été gagné par la passion immodérée de nombre de nos hommes politiques contemporains pour la « vie de château » et la restauration des vieilles pierres. Le parc arboré est vaste et paisible. Ici, la petite Anne pourrait y vivre à son aise sa différence…

    Nous eûmes de la chance avec ma compagne. Le temps était idéal. Un ciel gris de nuages filant lentement vers l’est, une pluie fine et têtue nimbait de brume ce morceau de France recru d’invasions et de guerres. Un paysage gaullien en somme. Oui. Un temps idéal ! Car il y a deux catégories de français qui ne comprendront jamais rien au gaullisme, ceux qui refusent de vibrer à l’écoute de l’Appel du 18 juin ; ceux qui regardent sans émotion la croix de Lorraine en plein été ! (Pardon Marc Bloch, pour ce détournement…).

    Garé sur la place « Radio-Londres », la visite commença par le cimetière tout proche. Devant la tombe, il y avait un couple de retraités qui se recueillait. La femme, qui avait adopté une tête de circonstance – une tête d’enterrement –, soupira, le désespoir dans la voix : « Mon dieu, si le Général voyait ce que la France est devenue… Pauvre France… ! ». Où est cette brave dame aujourd’hui ? A-t-elle voté aux primaires de novembre dernier ? A-t-elle placé son dernier espoir de française en François Fillon que la Providence nous envoie pour sauver notre « pauvre France » ? Serait-il possible que… M. Fillon qui se rattache au gaullisme social, certes mâtiné de séguinisme dans les années 1990 et après une parenthèse sarkozyste dans les années 2000, soit celui qui arrêtera la course folle de la France vers l’abîme ? Dans cette perspective, il nous a semblé utile de comparer les deux personnages. Comparaison n’étant pas raison, je mesure ce qu’il y a d’intellectuellement contestable à mettre ainsi en parallèle deux personnages dont l’un est entré dans l’histoire alors que l’autre aspire à y laisser une trace ; quand l’un a vécu une époque tragique en toile de fond de sa destinée exceptionnelle, alors que l’autre doit se contenter d’une crise lancinante et qui n’en finit plus de nous faire changer de monde. Ainsi, ce qui va suivre est à mi-chemin entre le jeu des 7 erreurs et ce que l’on peut appeler une analyse historique.

  • Le photographe et l’écrivain (4)

    Le photographe et l’écrivain (4)

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 14 janvier 2017, dans La une - Ecrits

    On peut alors se demander ce qu’il reste de ce regard-là dans celui que porte le photographe sur le sujet photographié. D’emblée, on serait tenté de dire que c’est la photographie elle-même qui nous l’apprend. Plus qu’une photographie particulière, une œuvre photographique est évidemment le reflet plus ou moins fidèle de la personnalité du photographe. On sera enclin à créditer le regard de Robert Doisneau d’une certaine bonté, un peu roublarde, tandis que l’on imaginera un Lartigue à la fois plus distant et plus fragile. Mais est-ce de leur regard que nous parlons ? Sommes-nous même bien sûrs de ne pas nous laisser abuser par des préjugés ? Il convient d’être prudent quant aux rapports qu’entretient une œuvre, quelle qu’elle soit, avec la personnalité de son créateur. Comme il faut être méfiant à l’égard des ambiguïtés que recèlent les différentes acceptions du mot regard. Un des sens fréquents de ce mot décidément déroutant est proche de jugement ou d’opinion. C’est ce que l’on entend dans l’expression porter un regard critique sur quelque chose ou sur quelqu’un. Un photographe qui porte un regard indigné sur la guerre va-t-il faire des photos très différentes aux yeux du public que celui qui porte sur la guerre un regard froid ou résigné ? Autrement dit, est-ce que l’appréhension intellectuelle ou affective d’un sujet par le photographe modifie l’état objectif de la photographie ? Le débat est ouvert et toutes les réponses sont recevables. J’accepte l’idée qu’une photographie n’est émouvante qu’à condition que le photographe ait été ému lui-même. Mais je ne rejette pas l’idée contraire qui voudrait que ce soit le regard que je porte moi-même sur le sujet photographié qui induise ma propre émotion que le photographe, indifférent ou blasé, ne partage peut-être pas. Si les réponses se valent, la question est sans doute d’un intérêt limité. Mais alors où est la vraie question ?

    Posons-nous un instant et tentons de faire un bilan provisoire. Nous ne savons pas si un regard est d’abord le reflet d’un objet ou celui de notre âme. Il est les deux apparemment et il est bien difficile d’établir en principe lequel prime sur l’autre. La question se traite plus volontiers au cas par cas. Nous ne savons pas si le regard du photographe est modifié par le viseur dans un sens et par l’objectif dans l’autre. Mais on est tenté de croire que ça n’a pas une très grande importance dès lors que nous avons affaire à des professionnels qui ont mesuré l’incidence de ce dilemme technique sur leur démarche créatrice. Ce qui nous importe à nous, c’est en fin de compte de savoir si notre regard de spectateur sur une photographie est différent – et en quoi ? – de celui que nous porterions directement sur le sujet photographié. Et là, il y a une piste qui mériterait peut-être d’être explorée. Il est évident, mais il faut se méfier des évidences, que le regard que je porte sur une peinture n’est pas strictement identique à celui que je porterais sur le sujet que le peintre a fixé sur sa toile. Encore que le propos délibéré des peintres est souvent de nous restituer la réalité telle que nous la voyons vraiment et non telle que nous nous figurons la voir. C’est très explicite dans la confrontation d’un tableau de Turner nous montrant une bataille navale avec celui d’un peintre de marine qui immortaliserait la bataille de Trafalgar. C’est évidemment Turner qui nous montre le mieux ce que nous verrions en de telles circonstances : un tourbillon de feu rouge, de fumées noires et de vagues grises au lieu de cet alignement de maquettes de trois mats auxquelles il ne manque pas un cordage et dont les petits canons de bronze crachent de jolis nuages de fumée et de minuscules billes noires tandis que de belles flammes dorées et rouges embrasent le pont d’une goélette précédemment atteinte et qui commence à sombrer dans l’émeraude crêtée d’écume blanche d’un océan idéal.

  • Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus, Marie Volta

    Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus, Marie Volta

    Ecrit par Sophia Padovani, le 14 janvier 2017, dans La une - Littérature

    Joli moment que ce livre atypique, un peu déroutant au départ, un rien hypnotique, en tous cas courageux.

    Dans sa préface en forme de lettre à Françoise Héritier, Marie Volta dévoile les conditions d’écriture de son livre, inspiré par Le Sel de la vie, de sa destinataire. On y comprend sans conteste l’esprit du genre : égrener les petits moments de la vie pour en faire célébration, mais aussi pour s’assurer, à la trace laissée en nos mémoires, que l’on a bel et bien vécu.

    En dix-huit chapitres constitués d’une seule phrase juste entrecoupée de virgules et de quelques parenthèses, Marie Volta nous donne en partage un concentré des cadeaux que la vie lui a offerts. Ils nous font sourire, vibrer, nous intriguent ou nous laissent indifférents, mais s’ouvrent avec une confiance et une fraîcheur d’innocence frisant la naïveté : on peut parler de courage car, non contente de s’atteler à un genre quasiment inexploré (et sans doute créé par Françoise Héritier), ce qui est toujours risqué vis-à-vis des lecteurs comme des critiques, elle double la mise en lui insufflant une totale générosité.

    Comme un défi aux esprits chagrins, avec ces « pépites de l’existence », pour reprendre son expression, elle court en effet le risque de nous voir hausser les épaules, voire fermer le livre, agacés : chanter à plusieurs à la fin d’un repas ou bien fermer les yeux en se lavant les cheveux ou encore parler espagnol, on ne voit pas là de quoi écrire un livre, encore moins le lire ! Sauf si l’on a saisi que ces frêles heures sont précieuses d’être la vie. Sauf si l’on comprend à quel point pouvoir les vivre est une chance. Son livre, qui pourrait ne paraître qu’un recueil d’anecdotes, est un véritable manifeste anti-« blasitude ». Sous son apparence modeste, face aux crises qui secouent le monde, il nous offre de rester éveillé aux beautés de la vie, de ne pas oublier de savourer nos chances.

    Que l’auteur attise notre curiosité : assister à l’entracte mais pas au spectacle, nous paraisse dérisoire dans ses combats : sauver une salamandre des roues des voitures, nous fasse rêver : partager une bouteille de vin roumain dans un train de nuit entre Brest-Litovsk et Cologne, nous touche : chanter à tue-tête la chanson qu’on avait composée pour (un ami décédé) et dont il n’entendra jamais la version finale,ou nous fasse sourire : recevoir au milieu du bush australien un texto de son fils de seize ans et demi qui donne une petite soirée à dix-sept mille kilomètres de là : « Il est où le calva ? », il est un plaisir que l’on aurait tort de bouder, celui de savourer son talent pour concentrer certaines situations subtiles ou complexes et leurs émotions : contempler le coucher de soleil une fois dans sa vie sur la mer de Timor et louper avec un amusement fataliste les dernières secondes (occultées par un bateau qui glisse au même instant sur l’horizon).

    Enfin ce qui fait le charme, au sens étymologique du terme, de ce livre, c’est bien ce courant de propositions en collier qui nous retient, nous ensorcelle, nous emporte. Une fois que l’on a compris que l’on n’a affaire ni à un roman, ni à un recueil de poèmes, ni à une autobiographie, ni à un récit, ni à un documentaire, enfin, à rien de connu, et que l’on a accepté de s’ouvrir à l’aventure, plus rien ne peut en arrêter la lecture ! On en sort revitalisé, le sourire aux lèvres, avec l’envie de vivre encore et de poursuivre ce chant à la vie qui se termine sans se terminer sur quatre propositions d’ouverture : découvrir un joli chemin fleuri au fond d’une apparente impasse, retrouver son rythme, accepter l’incomplétude, rester ouvert aux hypothèses (et pas de point final).

    Beau programme pour entrer dans la nouvelle année !

  • JCALL - Nous soutenons la conférence internationale de Paris sur le Proche-Orient !

    JCALL - Nous soutenons la conférence internationale de Paris sur le Proche-Orient !

    Ecrit par JCall, le 14 janvier 2017, dans Monde - La une - Politique

    Après toutes ces années où se sont succédé entre Israéliens et Palestiniens négociations avortées et périodes de violence, nous accueillons favorablement toutes les initiatives dont l’objectif est de faire progresser une solution à ce conflit. C’est pourquoi nous soutenons l’initiative française de réunir à Paris, le 15 janvier prochain, pour la seconde fois, une conférence internationale sur le Proche-Orient, en présence et avec le soutien de représentants officiels de 70 pays, dont beaucoup de ministres des Affaires étrangères.

    L’absence à la précédente séance de cette conférence, en juin, de représentants israéliens et palestiniens était peut-être une étape nécessaire, dans un premier temps, pour permettre aux différentes commissions d’avancer dans leurs travaux, compte tenu du degré de méfiance réciproque existant entre eux, et de leur incapacité, de part et d’autre, à accepter les compromis nécessaires à une solution. Il est regrettable que cette absence persiste lors de la prochaine rencontre car il est évident pour tout le monde, et en premier lieu pour les organisateurs, qu’il sera difficile d’avancer sans la présence des principaux intéressés, qui sont les seuls en mesure de résoudre le conflit.

    Depuis le temps que des négociations ont été menées, les paramètres d’une solution sont connus de tous. Cette conférence aura le mérite de s’efforcer de les formaliser afin qu’ils puissent, le jour venu, servir de cadre de référence aux futurs négociateurs. Elle définira aussi l’engagement international pour accompagner les protagonistes dans un processus qui sera long et compliqué. Cet engagement aura, on le sait, des dimensions d’ordre économique et sécuritaire qui seront sans doute indispensables pour qu’Israéliens et Palestiniens tentent enfin le pari de la paix après avoir pris si souvent celui de la guerre.

    Il est dans l’intérêt d’Israël, comme  dans celui de la future Palestine, que soit mis fin à un statu quo qui est en train de compromettre lentement la solution à deux États et est source, au sein des deux populations, d’un désespoir dont s’alimentent les extrémistes de tous bords.

    La communauté internationale a sur d’autres conflits, on le sait, trop souvent brillé par son absence et son manque de volonté. Comment pourrait-on aujourd’hui lui faire le reproche de prendre une telle initiative, avec le soutien de pays alliés et amis d’Israël ? Donnons à cette conférence toute sa chance.

  • 2017 : Tous nos vœux

    2017 : Tous nos vœux

    Ecrit par La Rédaction, le 07 janvier 2017, dans La une

    Les rituels ayant du bon, par leur solidité de granite, la permanence de leur visibilité, Reflets du Temps vous présente chers amis lecteurs, chers rédacteurs fidèles, ses souhaits pour l’an neuf, un an jour pour jour après Charlie !

    Mais que valent les vœux, qu’on nomme si justement « pieux » ? ceux qu’on sort du chapeau – virtuels, largement fantasmés, de l’ordre de la croyance et une miette de la magie, et destinés à le rester : que l’année nouvelle vous apporte santé et bonheur, soit belle et lisse… « Évidemment… » comme chantait France Gall dans le si beau texte de Michel Berger, ponctuant, souvenez-vous, d’un : « mais plus comme avant », qui dit tant de choses, et peut-être d’abord, de savoir sortir des vœux pieux.

    2016, son cortège d’horreurs mélangées, Nice, Alep, et la horde marchante des populistes redoutés ; ses inquiétudes diverses ; économiques, sociétales, et politiques, pas moins… en creux, un citoyen qui floute sur l’image, et les peurs qui noient le paysage. Alors, 2017 ?

    Que ce soit donc meilleur, même seulement un peu, là-bas, dans ce Moyen-Orient, où bat le cœur du monde, ici, où – empruntons au Président, ce souhait d’un « pays debout » – il nous faut des citoyens restés ou redevenus adultes, lucides et responsables pour trouver les chemins…

    Que nos chroniques – toutes, et dans l’ensemble des rubriques – visent à l’honnêteté intellectuelle, et à la probité, que les commentaires et débats montrent de la réflexion, de la vigilance, de la vie, donc de l’envie.

    En avant donc pour 2017, difficile, dure sans doute, mais un défi de chaque jour, et passionnante ! et en cadeau de ce temps qu’on nommait jadis « les étrennes », cette phrase de Kierkegaard, à garder sous le coude : « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est chemin ».

     

    Martine L Petauton pour La rédaction de Reflets du Temps

  • Au-delà de quelles limites la présence de Juifs est-elle une « occupation » ?

    Au-delà de quelles limites la présence de Juifs est-elle une « occupation » ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 07 janvier 2017, dans Monde - La une

    La résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU, votée grâce à l’abstention des Etats-Unis, condamne les implantations israéliennes en Cisjordanie ainsi qu’à Jérusalem-Est – ce qui, en soi, n’a rien de nouveau – mais surtout elle « appelle tous les états à faire la distinction, dans leurs relations, entre le territoire de l’Etat d’Israël et les territoires occupés depuis 1967 ».

    Or qu’est-ce donc que le « territoire de l’Etat d’Israël » ? Plus encore que les frontières de tous les « pays » artificiellement bâtis par les vainqueurs de 1918 sur les dépouilles de feu l’empire ottoman (Syrie, Irak, Liban, Jordanie), celles de la « Palestine » n’ont jamais été clairement définies, en particulier après le plan de 1947, prévoyant la création d’un état juif et d’un état arabe sur le sol du protectorat britannique. La guerre qui s’en suivit se termina par un armistice, dont la ligne de cessez-le-feu tint lieu de « frontière » non internationalement reconnue et par conséquent sans la moindre valeur juridique. C’est ce que l’on appelle la « ligne verte ».

    Par quel miracle l’alyah, le retour de Juifs en Eretz Israël, serait-il légitime à l’ouest de la « ligne verte » et illégitime – pire ! un vol, une spoliation, une « occupation » – à l’Est de ladite ligne ? Les antisionistes radicaux, eux, ne s’embarrassent pas de pareilles subtilités : c’est dès le départ – ab initio – dès l’arrivée des premiers Juifs européens en terre sainte, à la fin du XIXème siècle, que les Arabes qui s’y trouvaient, colonisés par les Turcs (et non indépendants, contrairement à ce qu’on laisse entendre), furent « occupés » par les nouveaux arrivants.

    De Gaulle himself ne dit pas autre chose dans sa fameuse conférence de presse de novembre 1967 : « L’établissement d’un foyer sioniste en Palestine soulevait un certain nombre d’appréhensions. On se demandait si son implantation sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu de peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient toujours été, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui et dominateur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : “l’année prochaine à Jérusalem !” (…) Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux Arabes que, pour nous, l’établissement d’Israël était un fait accompli ».

  • JCALL - Le vote de la résolution du Conseil de sécurité condamnant l’occupation n’est pas un vote contre Israël !

    JCALL - Le vote de la résolution du Conseil de sécurité condamnant l’occupation n’est pas un vote contre Israël !

    le 07 janvier 2017, dans Monde - La une

    JCall salue la résolution votée vendredi soir au Conseil de sécurité. Contrairement à ce qu’a déclaré le bureau du Premier ministre israélien, ce n’est pas une « résolution anti-israélienne », mais une résolution contre la politique d’occupation et de colonisation menée depuis des années par son gouvernement. Elle exprime simplement le refus de la communauté internationale de laisser se poursuivre indéfiniment l’occupation par Israël du territoire sur lequel doit être édifié le futur État palestinien. En introduisant une distinction entre les territoires occupés et celui d’Israël, elle permet de sauvegarder la solution des deux États, et encourage tous ceux qui, en Israël et dans le monde, se battent depuis des années pour la paix.

    Cette résolution qui, par ailleurs, condamne aussi tous les actes de violence et de terrorisme contre les civils, a pu être adoptée grâce à l’abstention des États-Unis et au soutien des quatorze autres membres du Conseil de sécurité, dont la France, qui lui a reconnu son caractère équilibré. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les États Unis votent ou laissent voter des résolutions au Conseil de sécurité sur le conflit israélo-palestinien. Depuis 1967 ce fut 47 fois le cas, dont 3 fois sous le mandat de Bill Clinton et 9 fois sous celui de Georges W. Bush.

    Adoptée au titre du chapitre 6 de la charte de l’ONU, cette résolution n’aura aucun caractère coercitif et ne constitue qu’une recommandation adressée aux dirigeants israéliens pour leur signifier le consensus de la communauté internationale contre la poursuite de l’occupation et de la colonisation. Après avoir rappelé que « les colonies n’avaient aucune validité légale », l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, a affirmé que l’on ne peut pas à la fois soutenir la solution des deux États et poursuivre la colonisation.

    Depuis plusieurs jours, à Jérusalem, on craignait qu’à la veille de son départ, Obama décide de laisser passer en héritage une résolution condamnant la politique de colonisation israélienne. Les initiatives récentes d’une droite israélienne grisée par la victoire de Donald Trump, comme le vote en première lecture à la Knesset d’une loi de régularisation des colonies illégales, les déclarations de ministres appelant au développement de la colonisation et à l’annexion de 60% de la Cisjordanie, risquaient de mettre fin à la solution des deux États, et ont certainement contribué à la décision américaine de ne pas poser de véto.

    En déclarant que l’administration Obama a « non seulement échoué à protéger Israël de ce guet-apens à l’ONU, mais elle a pactisé en coulisses avec ses auteurs », le cabinet du Premier ministre israélien semble avoir vite oublié l’accord militaire signé il y a quelques mois, par cette même administration, augmentant sensiblement son aide militaire à Israël pour les dix années à venir.

  • Les populismes de droite : leurs électorats ?

    Les populismes de droite : leurs électorats ?

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 07 janvier 2017, dans Monde - La une - France - Politique

    Les grands appareils médiatiques, notamment dans le contexte récent de l’élection de Donald Trump aux États-Unis, ont massivement donné une explication moniste, celle de la seule « colère » des peuples (en Occident en général), déçus par l’incapacité des gouvernements placés entre les mains des partis de la droite classique ou de la gauche modérée pour faire face à la crise économique et sociale, qui s’est accélérée depuis 2008 avec la chute de la banque américaine Lehmann Brothers et ses conséquences. Loin de moi l’idée de remettre en cause ces aspects indiscutables de la crise (qui n’est d’ailleurs pas qu’économique et sociale) que nous traversons depuis la fin des « 30 glorieuses », à partir des années 1973-1979 – et initialisée par les deux chocs pétroliers. Mais, parallèlement à cette dimension de « colère », sur laquelle surfent les mouvements et partis populistes (dont l’extrême droite au sens strict), il y a aussi d’autres aspects, très différents (parfois complémentaires), que j’appellerais des tentations de replis et de rejets fondées sur des peurs de l’Autre, du nouveau « barbare » étranger, dans le cadre d’un mécanisme identitariste.

    Je vais maintenant aborder la présentation des différents segments électoraux des populismes en prenant des exemples.

    Si l’on se penche sur le cas de la France, pour ce qui concerne les segments électoraux du Front National, on peut en distinguer deux types. Il y a d’abord un électorat traditionnel, celui du Midi, sociologiquement « bourgeois », anti-immigration et parfois (de plus en plus depuis La Manif pour tous) coloré d’une certaine dimension culturelle catholique conservatrice ou même réactionnaire. C’est ce segment qu’essaye de récupérer Marion Maréchal Le Pen, la « Duchesse du Vaucluse ». On trouve ensuite un autre segment électoral frontiste, très différent sociologiquement, qui correspond au Nord et à l’Est de notre pays, zones qui furent fortement industrialisées (charbon, acier), économiquement en grande difficulté, voire sinistrées – donc un ancien électorat de type ouvrier (ce qu’on appela la « classe ouvrière » et qui apparaît comme étant en voie de régression ou en profonde mutation). Ce frontisme-là, que le politologue Pascal Perrineau (entre autres) avait appelé le « gaucho-lepénisme », dès l’époque de Jean-Marie Le Pen, s’est nourri de la quasi disparition progressive des bataillons ouvriers et populaires qui votaient essentiellement pour le Parti Communiste. Je rappelle que le Front National est devenu depuis assez longtemps le premier parti « ouvrier » de France, en rapport (mais pas seulement, car la xénophobie et le racisme s’y sont ajoutés) avec les conséquences sociales négatives issues des délocalisations provoquées par la mondialisation néo-libérale. C’est Florian Philippot et le groupe de ses amis, provenant pour la plupart de la gauche chevènementiste (avant tout) et même parfois d’anciens militants d’extrême gauche, qui incarnent cet autre Front National « populaire ». J’ajoute que Marine Le Pen, qui tente de s’implanter durablement dans les anciennes régions de tradition ouvrière du Nord et qui a intégré la tactique et même la stratégie du « groupe Philippot », est forcément plus proche de ce segment électoral frontiste-là que ne l’est sa nièce Marion Maréchal Le Pen – soutenue par ses amis du Bloc Identitaire dans le Midi. Bien qu’il y ait là un risque important d’implosion pour le Front National entre des électorats et des groupes dirigeants aussi opposés, en cas de prise du pouvoir (pour 2017 ou plutôt 2022), ce qui maintient l’unité du parti – aussi bien en ce qui concerne ses électeurs que ses chefs –, c’est le « fonds de commerce » liant l’immigration et l’islam à l’insécurité et au terrorisme. Il faut rappeler enfin que – même si ce phénomène provient du fait que les jeunes votent moins que les gens mûrs ou âgés (notamment retraités) – le Front National représente une potentialité de plus de 30% des électeurs chez les 18-25 ans, par rapport à une moyenne frontiste d’environ 25%...

  • Jacqueline Sauvage… Face à face à « l’injurieux »…

    Jacqueline Sauvage… Face à face à « l’injurieux »…

    Ecrit par Ahmed Khettaoui, le 07 janvier 2017, dans La une - Société

    Je ne sais comment j’ai soulevé ce cas de « Jacqueline Sauvage » alors qu’il fallait que je me mêle autrement. Le suicide de son fils Pascal par pendaison reflète tout un drame…

    Bref, son histoire de meurtre le 9 septembre 2012 a fait couler beaucoup d’encre à travers les medias et de multiples bruits, si j’ose dire… chez ses partisans (associations et autres).

    Et voilà Jacqueline « triomphe ». Sa grâce présidentielle peut être constitutionnelle après toute cette controverse et peine de 10 ans. Le drame n’est pas là, il est ailleurs : dans la souveraineté de l’acte en lui-même : Amnistie présidentielle.

    En somme, sa liberté soulève ma curiosité en tant qu’humain avant tout et bien sûr dans son sens positif. C’est dans ce contexte que je me mêle humainement dans cette polémique, tragique, mais tout à fait humaine ; légitime à l’égard de cet être opprimé, terrorisé par la violence conjugale, et qui est le héros actuel de ce phénomène boueux qui prend en « otage » en « gage » notre société purifiée… Soit à l’Occident ou à l’Orient.

    Simple préoccupation qui m’habite…

    Point à la ligne.

  • Reflets du temps a lu :

    Reflets du temps a lu :

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 07 janvier 2017, dans La une - Littérature

    Brigitte Stora est sociologue, journaliste indépendante, chanteuse – eh oui ! – et auteure de « Que sont mes amis devenus… Les Juifs, Charlie, puis tous les nôtres » (Editions Le Bord de l’eau, janvier 2016)

    Bouleversée par ce livre, et par ces infinies émotions qu’il m’a procurées, par ce poignant témoignage brillamment composé par l’auteure, Brigitte Stora, et afin que ce témoignage réconforte et apaise, comme il m’a réconfortée, apaisée et sensibilisée… et avec l’aimable, que dis-je, la très sympathique autorisation de l’auteure, j’ai choisi pour Reflets du temps ces quelques extraits, importants à mes yeux, tout comme sont saisissantes et émouvantes les quelques 250 pages de ce remarquable et indispensable « Que sont mes amis devenus… » :

     

    Extraits :

    « La douleur des assassinats de janvier est encore vive, elle m’a inspiré la colère et l’envie de dire. Pourtant, j’ai souvent pensé que ce n’était sûrement pas fini, qu’à peine mon livre terminé, de nouvelles violences pourraient encore se produire et « relativiser » encore le dernier malheur ».

    Ce qui s’est passé le 13 novembre dernier nous laisse sans voix. Les chiffres d’abord effraient. C’est donc plus grave encore qu’en janvier puis le nombre de morts augmente en même temps aussi hélas, qu’une distance de protection qui fait voile entre l’horreur et nous. […] ».

    (…)

    « Ce sombre vendredi 13 novembre était un des derniers soirs d’automne où il fait encore doux, où l’on se dit qu’on doit en profiter… »

    (…)

    « Cette jeunesse fauchée, irrémédiablement libre et métissée me fait penser aux ponts que l’on dynamite, aux passerelles que l’on détruit. Avant les passerelles, on tue les témoins et les sentinelles. Les Juifs furent malgré eux, encore une fois, les témoins de la catastrophe à venir. Quant à Charlie, ils ont été fauchés comme des sentinelles vigilantes, comme des avant-gardes éclairées qui ne se prétendirent jamais comme telles mais qu’ils furent bel et bien.

    Les amants du chaos, les “je ne suis pas Charlie” et autres collabos de la terreur pourront-ils encore une fois expliquer, justifier, blanchir puis retourner comme ils le font depuis des années, les bourreaux en victimes, les victimes en bourreaux ? ».

    (…)

    « Catherine avait cette manière étrangère de baisser la voix quand elle prononçait le mot “juif”, une sorte de pudeur comme encombrée d’un mot trop gros. Un signe que, désormais, je reconnais entre tous. Il y a ceux qui peuvent prononcer le mot, d’autres pour qui ce vocable demeure l’innommable… C’est bizarrement au début des années 2000, dans sa quarantaine, que Catherine s’engagea comme jamais auparavant. Contente peut-être de prendre une revanche sur notre jeunesse passée où, par rapport à moi, elle était toujours en retard d’un enthousiasme. Elle trouva suspecte mon indignation devant Durban, se mit à adhérer à un Comité Palestine de son quartier. Forte de son solide bon sens et de son abonnement au Monde diplomatique, elle m’expliqua, l’air grave après le 11 septembre 2001, que “tout cela était lié à la politique des Etats-Unis et d’Israël”. Son frère votait extrême droite, elle en avait honte, mais je réalisais à quel point ils avaient tant en commun : le mépris de la démocratie, la haine de l’Amérique, d’Israël bien sûr, des élites, des politiques, des pistonnés, bref des suceurs de sang du petit peuple authentique dont elle était l’une des honnêtes représentantes. Elle était professeur d’histoire, pourtant, elle aurait dû reconnaître cette soupe populiste dans laquelle les juifs sont toujours le liant. Elle avait prénommé sa fille Rachel (au temps furtif où les Juifs étaient encore à la mode), elle me fit part de son inquiétude : est-ce que ce prénom n’allait pas “se retourner contre elle maintenant ?” Elle n’a pas su, sur le moment, que cette phrase sonnerait le glas de notre amitié. Il y eut d’autres Catherine, d’autres histoires si proches qu’avec mes amis juifs, désormais plus nombreux, nous nous racontons régulièrement. Parfois il me semble qu’un voile s’est glissé entre mes rêves et moi, le même qui semble me séparer de beaucoup de mes amis d’hier. Ce n’est peut-être que le temps qui passe… Il y a toujours de justes causes, il m’arrive encore de manifester le 1er mai, le 8 mars, pour les sans-papiers, les sans-droits, mais je demeure sur le côté, la foule ne m’entraîne plus. Je repense aux vers d’Aragon :

  • « Le ciel attendra »

    « Le ciel attendra »

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 07 janvier 2017, dans La une - Cinéma - Société

    Deux filles, l’une part en Syrie, et l’autre, pas. Deux mères au bord de cet enfer de notre temps, ici et maintenant. Plus quelques pères, fratries, copains. Le ciel du 93 et celui – si paradisiaque – du Midi. Des burqas si sombres, du Facebook à volonté – le son particulier de l’arrivée des Messages Privés résonnant sinistrement, en guise de bande-son – des prières embrumées qui se cachent au fond des chambres, des visages qui se démaquillent, un appétit de jeune qui meurt – nourriture, loisirs… Et puis, l’adolescence, le homard qui pleure en amorçant sa mue, de toutes façons. « Un film de salubrité publique » a dit Najat V. Belkacem. Elle a raison, à condition de ne pas attendre tout et le reste d’un film, très réussi, mais qui ne peut que jouer son rôle et non l’intégralité d’un arsenal thérapeutique.

    Film magnifique en soi,  sa facture, la photo,  le scénario, et le jeu – épatant – d’acteurs chevronnés, ou plus novices. Le réel, orchestré par le professionnalisme qui n’est plus à saluer de Marie-Castille Mention-Schaar, celle des Héritiers. Dire qu’on est pris, depuis notre fauteuil, est largement insuffisant. On est carrément dedans (je ne vous dis pas les regards échangés quand on sort de la séance) et plus d’une nuit après, on continue d’être hanté par ces destins, là, juste à côté de nous, dans nos quartiers, chez  nos voisins. Notre destin, aujourd’hui dans l’heure. A tous.

    Pour autant – comme toute œuvre – le film a un angle, loin de toute exhaustivité : c’est le tracé depuis la France, chez les deux filles, progressif parfois heurté comme poison en corps, de l’idée, de l’envie irrépressible de partir en Syrie – pays où l’humanitaire urge, disent les images de propagande hélas remarquable de Daech ; pays où l’on attend l’épouse et demain la mère des combattants, ces « princes » doux comme des histoires des Mille et une nuits. On connaît ; le voir à l’œuvre est autre chose, bouleversant et parfaitement efficace, ici. Alors, forcément – quelques assez rares critiques ont insisté sur ce point – rien n’est jamais montré sur après le grand saut ; ni les déceptions abyssales, ni les violences, ni l’esclavage, ni l’enfer du quotidien dans le Califat, sous les bombes et dans le dénuement. Sauf à dire : aucune mineure n’en est jamais revenue. Cela pourrait être un obstacle de poids pour frapper l’imaginaire des candidates au Djihad. Et puis, il y a le point de vue : celui des centres de déradicalisation initiés par Dounia Bouzar, sociologue très médiatisée, qui joue ici son propre rôle. Elle est musulmane, a des km à son compteur dans la politique de la ville et des quartiers ; son franc-parler, ses compétences ne sont plus à présenter. Elle sait toucher ces jeunes, mieux que d’autres, et même et pourquoi pas par l’émotionnel – quand on les a attrapés, quand on a pu faire un début de travail avec eux… Des chiffres, pour quels  résultats ? glapissent les opposants de tous poils, comme si en ce domaine on pouvait être simple comptable… Elle « traite », et c’est le choix du film, ce qu’elle considère comme une déviance, à la façon des captations par les sectes. On nous montre à merveille ces procédés d’embrigadement, de lents mais sûrs empoisonnements, cet enfermement « à côté » du reste du monde – école, famille, copains… comme sur une autre rive ; « je hais la France » dit à un moment une des filles en SMS à son « prince ».

  • Le photographe et l’écrivain (3)

    Le photographe et l’écrivain (3)

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 07 janvier 2017, dans La une - Ecrits

    Par delà les Fêtes, et même si vous n'avez trouvé au-dessous du sapin, aucun appareil photo, même si après vos agapes, vos fantasmes les plus secrets quant à votre potentiel d'écrivain, n'ont pu atterrir, retrouvons «  le photographe et l'écrivain » de notre ami Pechon-Pignero. Une bien belle façon de nouer avec l'année nouvelle !

     

    Bernard Pechon-Pignero

     

    Jusqu’à maintenant, nous nous en sommes tenus à des acceptions basiques de la fonction visuelle. En comparant l’œil à une caméra, je feins de croire que le regard est une sorte de courant lumineux qui va de l’objet regardé vers le cerveau, qui en transporte l’apparence depuis la réalité des objets jusque dans la virtualité de notre pensée. Une autre approche, plus conforme à nos prétentions de dominer le monde, consisterait à imaginer une sorte de système d’écho comme le radar des chauves-souris ou le sonar des baleines. Notre cerveau émettrait à travers l’œil un rayon capteur d’images qui rencontrerait l’objet à observer, relèverait les coordonnées de son apparence, ou si l’on préfère, lui déroberait un exemplaire immédiatement autoreproductible de son image et le rapporterait au cerveau où il serait analysé, stocké, archivé ou éliminé. Cette hypothèse qui me satisfait moins du fait de son anthropocentrisme a néanmoins le grand avantage de rendre compte de l’existence du regard en tant que caractère propre de la personne qui regarde.

    Pour me faire comprendre je ferai le parallèle avec l’ouïe. Il semble assez satisfaisant de décrire le phénomène de l’ouïe en partant du générateur de son. Admettons un objet qui produit un bruit, par exemple une boite à musique qui, bien remontée, égrène dans le silence de la chambre où s’endort l’enfant sa mélodie sommaire. Il ne nous viendrait pas à l’idée de dire que le cerveau émet des ondes captatrices de sons qui vont à la recherche de cette mélodie dans le silence. Ce sont bien les ondes sonores qui se répandent de façon concentrique à partir de la boite à musique et qui impressionnent le tympan de l’enfant. Du tympan au cerveau, même processus en gros que de la rétine jusqu’à l’organe de la pensée. Mais la boite à musique est bien à l’origine du phénomène. Le cerveau semble effectivement passif. Il se contente de recevoir des informations et de les traiter. Pourquoi ne pas nous en tenir là avec la vue ? Le sens de l’équité, le souci du parallélisme des formes nous inciteraient à ne pas faire de différence de nature entre l’œil et l’oreille et donc à dire que ce sont bien les ondes lumineuses et non plus sonores, portées par la boite à musique qui font que l’enfant peut la voir en même temps qu’il l’entend ? Ce n’est pas convaincant. Pourquoi ? La réponse nous est donnée dans Quai des brumes par Jean Gabin quand il dit à Michèle Morgan « T’as d’beaux yeux, tu sais !». Il est notoire que Mademoiselle Morgan a non seulement de beaux yeux, ce que l’on ne voyait pas vraiment dans ce film en noir et blanc, mais surtout, ce qui est le propre de tous les êtres que nous aimons, fût-ce par identification momentanée avec le héros d’un film, un irrésistible regard. Et là, le fait que le film ne soit pas en couleur n’amoindrit en rien les performances de l’actrice. Le regard est une donnée du corps, de la personnalité, de l’âme des êtres (et pas seulement des êtres humains), qui ne trouve d’équivalent dans aucun des autres sens. On peut pousser l’adoration d’une jeune personne jusqu’à lui dire « t’as d’belles oreilles, tu sais ! » mais on sent bien que la portée du compliment est sensiblement plus limitée.

  • Vivre libre

    Vivre libre

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 07 janvier 2017, dans La une - Ecrits

    Je n’ai pas le permis. Je ne l’ai jamais passé ; et j’ai 55 ans.

    Quand je lance cette phrase lors d’une conversation, entre amis ou dans une salle des profs, on me regarde comme si j’étais la grande sœur d’ET, et que j’arrivais d’une autre planète.

    – Mais tu l’as raté ?

    – C’est à cause de ta myopie ? (Oui, on me confond parfois avec Nana Mouskouri…)

    – Et tu ne veux pas le passer, maintenant que tu as eu l’agrég ? (Sous-entendu : « Depuis 30 ans que tu la passais, on te comprend, tu n’as pas trouvé le temps pour le permis… »)

    Non, je n’ai pas envie de « le » passer.

    Parce que je vis très bien sans. Parce que j’ai élevé trois enfants sans l’avoir, parce que je vais travailler sans voiture, parce qu’il m’arrive même de voyager…

    Comment fait-on pour vivre comme une star de l’empreinte carbone, et comment peut-on en arriver à ce défi écologique permanent ?

    Au début, il y eut l’accident. Je vous parle d’un temps où les ceintures n’existaient pas… Une petite fille de six ans a donc été projetée depuis la banquette arrière, où elle dormait, sous le siège du conducteur où dormait aussi le cric – mon père a toujours eu un sens assez personnel du rangement. Fracture du crâne, solitude d’hôpital, cicatrice visible, et très vite kilos en trop liés à l’interdiction de courir, de bouger comme « avant »… Bon, c’était sympa, ça a permis de varier les surnoms, à « Hitler » – mes origines allemandes – se sont ajoutés « Bouboule » ou « Patate ».

    Ma peur de la vitesse et mon vertige sont bien entendu liés à ce traumatisme, et faute d’avoir vu des psys – ce n’était pas encore tendance –, je vis donc sans prendre l’escalator qui descend, et n’ai jamais imaginé pouvoir emprunter, au volant d’un véhicule, une rocade ou une autoroute…

    Ensuite, il y eut mon premier mari, le cheminot. Nous nous mariâmes alors que j’avais encore les joues rondes de l’enfance et arpentâmes l’Europe en vélo… et en train gratuit ! Que de beaux souvenirs dans ce passé de cyclotouriste, entre lacs de montagne autrichiens et pistes landaises… J’en ai gardé des mollets de campeuse, le goût des petites routes de campagne et une nostalgie délicieuse du vent qui fouette le visage, même si depuis un autre accident, en 2013, lorsque j’embrassai, pourtant à pied, mais en frontal et avec élan et sans les mains, une plaque d’égout, je n’ai plus osé enfourcher de bicyclette…

    C’est à la même époque, d’ailleurs, que je me déclarai officiellement « écolo », entre un mémoire de maîtrise consacré aux mouvements alternatifs allemands, mes premiers Birkenstock et ma tendresse pour Dany le Rouge. De voiture, il n’était absolument pas question, puisque nous vivions en moulant le café au moulin à grains et en nous chauffant avec un poêle à charbon, rêvant, en bons post-soixante-huitards, d’un retour à la terre ; d’ailleurs j’avais aussi en tête l’exemple de ma marraine hollandaise qui nous rendait visite chaque année et nous parlait de ce pays où, déjà, la « petite reine » était reine !