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  • Finkielkraut immortel !

    Finkielkraut immortel !

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 06 février 2016, dans La une - Littérature

    Le 28 janvier dernier, Alain Finkielkraut était reçu à l’Académie Française, où il avait été élu, près d’un an plus tôt. Apothéose d’un parcours méritocratique, qui conduisit « Finky », comme on le surnommait au Lycée Henri IV – lui le fils d’un maroquinier juif polonais émigré en France pour fuir la barbarie nazie – de l’agrégation de lettres modernes au professorat à Polytechnique.

    Hasard malheureux, il s’est assis au fauteuil occupé précédemment par Félicien Marceau, Belge de naissance, condamné, en 1946, par le Conseil de guerre de Bruxelles à 16 ans de travaux forcés, pour collaboration de plume, à la Brasillach, mais naturalisé Français par de Gaulle en 1959.

    L’élection de Finky le 10 avril 2014 fut rapide (dès le premier tour) mais problématique : seulement 16 voix sur 28. Avec des opposants farouches, tel Dominique Fernandez, qui s’offusquait de « l’entrée du Front national sous la coupole ». Certes, les soutiens ne manquaient pas. Entre autres, Jean d’Ormesson et Hélène Carrère d’Encausse, la « tsarine », comme on l’appelle à l’Institut, qui rêve de faire élire aussi Houellebecq. En dehors des académiciens, il avait avec lui, bien sûr, ses amis de toujours, la journaliste Élisabeth Lévy et la philosophe Élisabeth de Fontenay, laquelle s’est exclamée : « c’est la première fois qu’un Juif entre en majesté à l’académie ! » ; mais également des alliés plus douteux : Renaud Camus, le polémiste d’extrême-droite, qui lui écrivit rien moins qu’un lettre de six pages de félicitations, Éric Zemmour et toute l’équipe du Figaro Magazine.

    Alain Finkielkraut suscite, en effet, la controverse. On le soupçonne – voire on l’accuse – de crypto lepénisme. Il est vrai que certains de ses livres, en particulier L’identité malheureuse (2014), dans lequel il évoque « ces français de souche, qui se demandent où ils sont, où ils habitent et qui ne sentent plus chez eux », le font dangereusement ressembler aux théoriciens du « grand remplacement », Camus et Zemmour précisément.

    Il reste que ses combats sont sincères et valeureux, sa dénonciation de l’antisémitisme, en général, et de l’antisémitisme des banlieues, en particulier, lui vaut des inimitiés tenaces, à gauche et chez les jeunes issus de l’immigration. Une démonstration éclatante en a été faite, lors de l’émission Des paroles et des actes du 21 janvier, dont il était l’invité avec Daniel Cohn Bendit. La jeune professeur d’anglais, Wiam Berhouma, membre de l’association Les Indigènes de la République, l’a virulemment agressé verbalement, lui criant, dans une grimace exsudant la haine : « mais taisez-vous, M. Finkielkraut ! », illustrant ainsi tristement le « ressac rétro colonial » dont parle Gilles Kepel.

    Je ne suis d’ailleurs personnellement pas toujours d’accord avec Finkielkraut. Son attitude, dans l’affaire de la kippa, est ambiguë. D’un côté, il affirme : « il faut du courage pour porter une kippa, dans ces lieux féroces qu’on appelle cités sensibles » ; mais de l’autre, il défend, bec et ongles, la laïcité républicaine, rappelant, non sans un brin de fierté, qu’à Henri IV, du temps de sa jeunesse, on faisait rentrer sous leurs pulls les croix un peu trop voyantes arborées par les filles.

  • La (dernière ?) danse de Dany

    La (dernière ?) danse de Dany

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 06 février 2016, dans France - La une - Politique

    Ça court les messageries, les SMS encore plus, parce que ça tient en deux mots : – tu sais la dernière de Dany ? C’est généralement suivi d’un petit grognement mi-amusé, mi-pas content, parce que, Dany, quand même ! Dans « Marianne », dont le goût pas très bio pour les scoops émaille si souvent ses couvertures bariolées, le « ouistiti » a – longuement – évalué la possibilité, non d’une île, comme un certain, non d’une messe, comme le grand François, mais – étonnant, non ? aurait dit le cher autre – « de voter en 2017 pour le moins pire », et le nominé est : Alain Juppé. Waouh !

    Et nous, les Soixante-huitards, de mettre les lunettes qu’on a tous à présent, de mirer l’objet, un peu hirsute, plus très roux, mais bien blanc, sa chemise à carreaux, en partance pour sa dernière légende, son sourire – seigneur, toujours le même, et cet œil mieux que pétillant, que, rien à faire, on adore. C’est qu’il est de la famille, Daniel Cohn-Bendit, de coups de gueule en martingale électorale vraiment réussie, ou – c’est arrivé souvent – de retentissantes chutes de son siège. Son avis un peu sur tout ne nous est pas indifférent, depuis ce temps long passé ensemble. Quant à moi, s’il n’habitait pas ma maison, c’était le voisin goguenard et attentif, qui longeait ma rue… Alors !

    « Il rallie Juppé ! » me dit, ahuri, cet ami. Évidemment, non ; il désigne « le moins pire » des candidats de Droite, dans le cas (le pire) où, autrement, on partirait pour une danse Sarkozy/Le Pen. Un autre que j’aime bien, notre Bedos, n’a pas, il y a peu, dit autre chose. Même pas mal d’entre nous – allez ! – le pensent (« à tout prendre, tu sais… ») entre poire et fromage, à l’abri de hauts murs. Pour autant, que Dany glapisse sur la question en place publique, maintenant, n’est-ce pas une erreur de débutant, une logorrhée inutile, dont la logique se perd au carrefour d’une crise hivernale de « moi d’abord », et d’une volonté réitérée de s’agiter les doigts de pied dans la fourmilière.

    Car où ça gêne vraiment – en dehors de ce babillage affiché, sans complexe, comme on penserait à haute voix – c’est que, mazette, le Dany, visiblement, enterre d’entrée la Gauche, avant même son trépas réel – toute la Gauche, armes, du moins ce qu’il en reste, bagages, plutôt éparpillés aux quatre coins, le rond minois de François, les bottes de hussard de Manuel, et même la petite barbichette de notre Emmanuel. Quant à Mélenchon le tout autoritaire… et que dire encore des chances minimes de l’Écologie dite politique en France… Tout, vous dis-je. Gauche, vous avez dit Gauche, où ça ?

    On sait bien que Cohn-Bendit aura été au bout plus écolo-politique que politique-écolo, quoique au fond, l’écologie politique bien pensée, c’était lui. On sait que vu d’Allemagne, il y a beau temps, qu’il dit qu’en ce bas monde, seule la sociale démocratie peut décemment tutoyer le pouvoir, que le mot de socialisme ne saurait marcher seul, et qu’il faut, vaille que vaille, fendre les rangs, tendre la main, à celui-ci ou celui-là, pour le chemin qui reste à faire. Incontestable que sa matrice à lui est revenue sur terre depuis les nuées des autres, et ce, depuis un bout de temps. Pragmatique, le bonhomme, réaliste ; habile si ce n’est malin. Les croyances aillées, il laisse ça aux autres. Il a fait des tas simples : ce qui est d’abord important, ce qu’il faut comme outils pour casser le bois de la remise. Se chauffer en hiver, avant tout. Il ne semble pas dire autre chose, là, avec son sourire à Juppé. Dans un passé récent, Dany a souvent convoité les alliances transversales – Bayrou, fut un temps – allant, on s’en souvient, jusqu’à tenter de forcer avec bruits la porte du Premier secrétaire du PS en 2007 ; un certain Hollande, qui, je peux en témoigner, n’en décolérait pas. Il y a eu, parfois, en lui, dans ces rôles de « médiateur », un Talleyrand rigolard, un côté 4ème République qu’on n’attendrait pas.

    Tuer la Gauche derechef, c’est aller un peu vite quand même. Parce que le timing est mis HS, et que là, manquent à notre soixante-huitard bien aimé les plus basiques des qualités requises en politique. Être charismatique, solaire et médiatique, ne suffit pas parfois ! A Gauche, il y aura une candidature, et, là, on pourra se prononcer sur sa validité, sa légitimité, peut-être. On évaluera son lot de compétences, son éventuelle cohérence. Ce sera à cette candidature de marquer ses propres points, pour se donner des chances et nous convaincre. Si Dany, dit alors, que non, ça ne le fait pas, qu’il vaudrait mieux… il sera temps d’apprécier son analyse, à tout le moins, son avis. Aujourd’hui, et s’il permet, ça fait bazar, et un brin opportuniste. Peu sérieux de sautiller ainsi sur l’échiquier politique au mépris des lignes qui font repères, en désignant des individus – de valeur, bien sûr, mais, en fermant les yeux sur les programmes. Un peu amateur, non ? Beaucoup électron (libre ? peut-être).

  • JCall salue l’initiative française d’une conférence internationale

    JCall salue l’initiative française d’une conférence internationale

    Ecrit par JCall, le 06 février 2016, dans Monde - La une - Politique

    JCall salue la déclaration du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, annonçant que la France « engagera (…) dans les semaines qui viennent des démarches afin de préparer une Conférence internationale rassemblant autour des parties leurs principaux partenaires – américain, européens, arabes, notamment – afin de préserver et de faire aboutir, si c’est possible, la solution des deux États ».

    Alors que la gestion du conflit israélo-palestinien ne semble plus figurer au premier rang des priorités de la communauté internationale, qui est plus préoccupée par la situation chaotique de la région, due notamment aux actions et aux menaces de l’État islamique, et par ses conséquences en Europe (arrivée massive des migrants), il est en effet important que la France assume sa « responsabilité de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies et de puissance de paix » en réaffirmant la nécessité de s’atteler à cette question.

    Consciente qu’il ne faut pas laisser « se déliter la solution des deux États », la France propose, avec l’aide de leurs partenaires concernés, de renouer un dialogue aujourd’hui inexistant entre Israéliens et Palestiniens. En associant les États arabes voisins, notamment ceux qui sont confrontés à la menace islamiste, une telle conférence pourrait aboutir à la mise en place d’accords de sécurité régionaux, ce qui aiderait à une solution du conflit.

    Certes, l’éventualité annoncée dès le départ, en cas d’échec de cette initiative, que la France reconnaisse l’État de Palestine, n’est certainement pas le meilleur moyen d’encourager les Israéliens à adhérer à ce projet. Néanmoins, au lieu de le rejeter, comme l’a fait aussitôt son Premier ministre – qui déclarait, maniant l’ironie, que « Paris proposera peut-être également une conférence de paix avec l’État islamique » –, Israël devrait plutôt chercher une solution politique au conflit.

    Après quatre mois d’une vague de terreur à laquelle les services de sécurité israéliens, malgré leur coopération constante avec ceux de l’Autorité palestinienne, n’arrivent pas à mettre fin, et alors que le nombre de victimes israéliennes et palestiniennes augmente chaque jour, il est temps de sortir de ce cycle de violences. Seule une reprise sérieuse des négociations, associée à des mesures pour reconstruire un minimum de confiance entre les deux peuples, avec le soutien et l’implication de la communauté internationale, peut ouvrir une perspective politique – notamment à une jeunesse palestinienne qui, n’arrivant plus à se projeter dans l’avenir, peut être tentée par le terrorisme. Il est temps de sortir d’un statu quo suicidaire pour Israël, et de redonner espoir aux deux populations.

     

    En ce début d’année, merci de vous assurer que vous êtes à jour de votre cotisation 2016. Nous avons besoin de votre soutien pour poursuivre notre action.

    Nous vous souhaitons une fois encore, à vous et vos proches, nos meilleurs vœux pour la nouvelle année.

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  • Eclats d’humeur  Notre amour

    Eclats d’humeur Notre amour

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 06 février 2016, dans La une - Ecrits

    Notre amour

    comme l’orée d’un bois

    le rêve d’une pierre

    l’écho des rois

    la clef des murs

    les yeux de l’aube

    l’écart des songes

    l’âme au soleil

    la chair qui tremble

    l’envers l’endroit

    le tour d’un monde

    une solitude

    l’ordre défait

  • Pierre Boulez n’en finit pas de répondre à « Répons »

    Pierre Boulez n’en finit pas de répondre à « Répons »

    Ecrit par Luce Caggini, le 06 février 2016, dans La une - Ecrits

    Ballade d’un cor de chasse prenant un faux départ parce qu’il n’avait pas regardé le chef d’orchestre.

    Même un compas est capable de perdre le nord pendant la minute où le monde des immensités passe au monde des infinités. Pris dans les chemins de la ramification, pris de malaise devant le paganisme et pris de peur du jugement dernier, ma mémoire, mes comas, ma magnitude prise en défaut mirent le feu dans la pire des marées montantes mordant mon petit univers élémentaire chaste d’homme de quatre-vingt dix ans, un seul détail avait pris le relais entre le ciel et la terre : le mouvement de ma main gauche muette émettant entre trois et quatre mesures de la dernière partition de Réponsprenant son envol pour la dernière fois.

    Le grand pouvoir de la mémoire temporelle des mimes que sont les meneurs politiques gonflés de munitions d’énarques épris de leur savoir nomadisant entre rigueur et impossibilité d’introduire un contrepoint dans le cadre d’un modique cours de solfège, de la mutation entre mi et mi bémol, me fit penser à mon malheureux état de chef d’orchestre allongé sur le doigt du violoniste en face de moi dans un état fébrile pendant une attaque de Répons.

    Maintenant que je monte en mi mineur, mes conditions de géniteur de notes rêvent de la énième lumineuse étape pour un musicien, j’analyse les hautes performances de la millionième chose la plus importante c’est-à-dire répondre à Répons. Dès mon premier souffle, je savais que mon centenaire serait trois fois plus important que ma naissance donc même dans le doute tu ne pourras pas dire que tu ne le savais pas.

    Mets les morts et les musiques dans la même réalité comme tu mets tes rêves en marche. Répondre à Répons fut un double cheminement car rien ne peut interrompre les oreilles d’entendre et les muets de parler sinon Répons n’aurait jamais vu le jour.

    Anonymement un petit ange vient de me dire mémoire et photo ont le même immense pouvoir d’unir deux mondes minutés pour pédaler à la même vitesse dans deux urgences additionnées malgré deux états indifférés par leur relativité ; dans ces conditions nuées et durées gèrent une main et un manuscrit à la même vitesse par magie naturelle unifiant répondre et me répondre.

    Mille Neptune et mille Vénus mènent leurs amours dans deux ordres de grandeur : belle mer et beau ciel mettent les voiles vers le dernier temps du mutisme.

  • Reflets du temps a lu : « Le Club des Incorrigibles Optimistes »

    Reflets du temps a lu : « Le Club des Incorrigibles Optimistes »

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 06 février 2016, dans La une - Littérature

    Le Club des Incorrigibles Optimistes, de Jean-Michel Guenassia (écrivain français, né à Alger en 1950), publié aux éditions Albin Michel, en 2009, a été présenté « comme le premier roman d’un inconnu de 59 ans ».

    Ce « pavé » de 800 pages au style fluide et attachant est le roman (autobiographique ?) d’une vie, d’une génération, celle des années 60, qui se lit et se dévore, presque sans interruption et sans réserve. Les multiples personnages, des plus sensibles aux plus romanesques, nous captivent du début à la fin, de l’origine de leur histoire jusqu’au dénouement final de leur histoire.

     

    Quatrième de couverture

    Michel Marini avait douze ans en 1959. C’était l’époque du rock’n’roll et de la guerre d’Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l’arrière-salle du bistrot, il a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres. Ces hommes avaient passé le Rideau de Fer pour sauver leur peau. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, trahi leurs idéaux et tout ce qu’ils étaient. Ils s’étaient retrouvés à Paris dans ce club d’échecs d’arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Et ils étaient liés par un terrible secret que Michel finirait par découvrir. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie du jeune garçon. Parce qu’ils étaient tous d’incorrigibles optimistes.

    Portrait de génération, reconstitution minutieuse d’une époque, chronique douce-amère d’une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un premier roman étonnant tant par l’ampleur du projet que par l’authenticité qui souffle sur ces pages.

     

    Extraits :

    Aujourd’hui, on enterre un écrivain. Comme une dernière manifestation. Une foule inattendue, silencieuse, respectueuse et anarchique bloque les rues et les boulevards autour du cimetière Montparnasse. Combien sont-ils ? Trente mille ? Cinquante mille ? Moins ? Plus ? On a beau dire, c’est important d’avoir du monde à son enterrement. […]

    (…)

  • Grâce à un signe

    Grâce à un signe

    Ecrit par Khalid EL Morabethi, le 06 février 2016, dans La une - Ecrits

    Grâce à un signe, une lâche réalité est venue à l’existence,

    À cause d’un singe, les éboueurs écrivent des lettres d’absence,

    Grâce à un singe, la ligne passagère a trouvé un sens,

    À cause d’un singe, les étoiles de l’autre côté de la mémoire, perdent leurs puissances,

    À cause d’un singe, les battements du tableau vide perdent leur présence,

    À cause d’un singe, il a eu lieu des nouvelles naissances,

    La naissance des pères qui mangent leurs fils pour être des dieux forts

    La naissance des menteurs qui ont des papiers qui prouvent que l’autre avait tort,

    Que le chat ne marche pas à quatre pattes,

    Que la terre est plate,

    Que les étoiles n’existent pas, ce n’est que des envahisseurs qui se préparent à une attaque,

    Que l’homme pigeon sera mangé par un titan en fuite, à cause d’un maudit singe insomniaque,

    À cause d’un singe, l’homme à cens tète prend ce qu’il a offert,

  • Le Tout bon des Reflets : Un Parthénon très auvergnat

    Le Tout bon des Reflets : Un Parthénon très auvergnat

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 06 février 2016, dans La une - Gastronomie

    Drôle de nom pour ce bistrot, un des derniers, à Paris, tenu par des Auvergnats. Et ce de génération en génération ; l’actuel gérant, Éric, a repris l’affaire de son oncle.

    Décor minimaliste, pas de fioritures. Les cadres des bureaux voisins viennent y déjeuner, parfois sur le pouce. Chaque jour, on trouve un menu différent pour 19 euros (en plus des classiques qui figurent en permanence sur la carte, tartare, entrecôte, etc.).

    La dernière fois que j’y suis allé, le jeudi 28 janvier, j’ai pris une émiettée de cabillaud à l’huile d’olive et au citron, suivie d’une très banale – mais délicieuse – tranche de gigot aux haricots verts (frais, ça va de soi, ici pas de conserves).

    Desserts facultatifs (j’ai juste avalé un café) au classicisme qui sied à la maison (crème brûlée, tiramisu, entre autres).

    La carte de vins, quant à elle, se limite à des valeurs sûres. J’ai opté pour un Saumur Champigny servi rafraîchi.

    Pour 19 euros (un peu plus avec les boissons), cela mérite vraiment le détour.

     

    Le Parthénon

    60, rue de Courcelles, 75008 Paris, Tel : 01.42.56.23.25

  • Taubira, l’icône était-elle encore vivante ?

    Taubira, l’icône était-elle encore vivante ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 30 janvier 2016, dans France - La une - Politique - Actualité

    Ne disait-elle pas d’elle – avec une gourmandise parfois trop épicée – « je commence toujours par dire : non, et puis je vois… ». Piquée depuis ses 10 ans, dans la cour, de récré, ou de l’Élysée, qu’importe ; l’œil noir du cougar de sa Guyane natale… Taubira, telle qu’on l’imagine. Telle qu’on veut la garder en mémoire – ce mot si important pour la Gauche…

    L’icône d’une Gauche arc-boutée à ce raccourci sur son pauvre bureau déserté, a donc ce début 2016, froid et humide, en plus, déroulé dans un mouvement impeccable – on sent le frou-frou des plumes du chapeau de Milady – son remerciement à ses collègues, à son Président, à nous tous ! et fait passer pour la première fois depuis longtemps, une vraie bonne nuit réparatrice à son Premier Ministre. Christiane s’en va (–en guerre probablement) en vélo, s’il vous plaît, sous les vivats de – presque – tous. Nous donnons l’impression d’enterrer « quelque chose en nous de Taubira ». Ça sonne comme une fin qu’on ne dépassera pas ; diantre !

    Cela faisait plus longtemps qu’on ne l’a jamais su, cependant, qu’elle tempêtait, menaçait – pleurait ? pas son genre. Ça, non, ça, non plus, ça, jamais… et puis, elle restait (« rester, c’est résister » dit son tweet d’hier, panacheur, comme elle ; politique, c’est autre chose !).

    Cela a eu une sacrée classe (largement médiatique) le départ – longuement mitonné, en cuisine ? pfft ! mieux vaut ne pas savoir – d’une Taubira. Un peu feu d’artifice d’après-fêtes ; un peu galette des rois de la Droite enchantée – qui a dit chez elle, avec une rare élégance : bon débarras ? Un peu fin de nuit et gueule de bois, pour ce qui restait en nous (mais ce « nous » dont elle parle, est-ce bien nous ?) d’attaché aux valeurs, à l’Histoire, bref, aux Écritures… Taubira, posée comme la gardienne d’un temple où l’on n’entre plus en nombre ; la vestale tribunitienne rappelant à l’ordre socialiste, pour ne pas dire, moral, chacun d’entre nous et les Premiers d’entre nous.

    Tout ça c’est bel et bon… si… l’icône reste active sous le clic. Si ça fait bouger les lignes, si ça déplace, rien qu’un peu, un programme politique, si ça entraîne un petit clan déterminé. Bref, s’il y a un effet-Taubira ; un rapport de forces ; le b-a-b-a de toute politique. A l’évidence, cela fait beau temps qu’il n’y a plus grand-chose de tout ça. La photo s’affiche encore, telle une statuette de saint-quelque-chose au coin d’une chapelle sombre ; quelques vagues bougies continuent de flétrir l’air ; un ou deux ex-voto déjà effacés se balancent aux vents coulis devenus aigres – Taubira, fais que la Gauche ne perde pas son âme…

    J’ai trop d’admiration (et de reconnaissance) pour sa personnalité-debout, la femme formidable de courage et de ténacité qu’elle est, qu’elle reste, pour supputer qu’elle se soit contentée – matoisement et perversement – de camper au gouvernement cette statue de sel, attendant son heure, en faisant braire collègues, cabinet, et le toutim, en amusant la presse buvant ses moindres soupirs d’exaspération, en leurrant son Président, dont je connais l’intérêt vraiment haut, pour elle. Je préfère croire qu’elle a fait le job (et, comment !), et puis qu’un matin, comme elle dit : « résister, ce (fut) partir ». Je préfère, mais je sais que c’est largement non historique, que de le dire.

  • Le djihadisme français entre identitarisme et revanche de l’histoire

    Le djihadisme français entre identitarisme et revanche de l’histoire

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 30 janvier 2016, dans La une - France - Politique - Société - Littérature

    Gilles Kepel, grand spécialiste de l’Islam, professeur à Sciences Po, après avoir enseigné à la Colombia University de New York ainsi qu’à la London School of Economics, a fait paraître son livre en décembre 2015. Il connaît et prend en compte les attentats de novembre dernier ; mais il ne les analyse pas par le menu (l’ouvrage était déjà rédigé). Il reste que cette somme met l’accent sur deux éléments fondamentaux, à l’origine du djihadisme hexagonal : la dérive de l’ensemble de la société française – musulmane et non musulmane – vers l’identitarisme, et – voire surtout – l’émergence de rancœurs postcoloniales au sein des jeunes issus de l’immigration.

    Pour Kepel, il existe deux « fractures françaises ». « Deux types de mobilisations contestataires, écrit-il, se sont développées en parallèle : le nationalisme identitaire d’extrême-droite et le référent islamiste. Ils sont uniment porteurs, comme le PCF de jadis, d’une forte charge utopique qui réenchante une réalité sociale sinistrée en la projetant dans un mythe où les laissés-pour-compte d’aujourd’hui seront les triomphateurs de demain. Le drapeau rouge à viré au brun des partis autoritaires ou à la bannière verte du Prophète. Les conflits de naguère standardisés par la lutte des classes n’opposent plus le prolétariat à la bourgeoisie, mais selon les uns, les « Français » à l’« Empire mondialisé » (réminiscence du complot judéo-maçonnique des années 1930) ainsi qu’aux immigrés ; et selon les autres, les musulmans aux kuffar (mécréants en arabe coranique) ».

    Cinglante réfutation du marxisme, témoin de sa déliquescence sociologique, mais également subtile observation des ambiguïtés de ces mouvements en apparence opposés. Il existe en effet des porosités, porosité entre le vert et le brun : les organisations islamistes – profondément homophobes – se sont ralliées et ont participé aux « manifs pour tous », sous la houlette des cathos tradis ou intégristes ; mais, non moins, porosité entre le brun et le rouge : communistes et lepénistes, pour complaire à un identique électorat – ouvrier et xénophobe à la fois – se comprennent et se rassemblent : « A Clichy-sous-Bois, le maire communiste André Deschamps, dénoncé par son parti pour avoir tenu des propos racistes en campagne électorale, se rapproche du Front National ». Partout, comme l’observe Kepel, la problématique de l’identité se substitue à la réflexion économique et sociale. « La question économique, pourtant au premier plan des esprits, se trouve reléguée hors du débat. On lui préfère un montage de thématiques mêlant immigration, histoire de France, laïcité et Islam et n’abordant qu’en filigrane les discriminations ». Marx est bien mort. Ses héritiers, convertis au nationalisme, dessinent une collusion paradoxale avec leurs ennemis – et néanmoins cousins intellectuels – les islamistes. Dans les deux cas, la solidarité identitaire éclipse la solidarité de classe.

    Toutefois, au-delà de ce tropisme général vers le soi, l’entre-soi, qui affecte la France toute entière, Kepel identifie une racine spécifique du djihadisme français, ce qu’il nomme, fort judicieusement, le « ressac rétro colonial ».

  • La « Colognisation » du monde

    La « Colognisation » du monde

    Ecrit par Kamel Daoud, le 30 janvier 2016, dans La une - Ecrits

    Colognisation. Le mot n’existe pas mais la ville, si : Cologne. Capitale de la rupture. Depuis des semaines, l’imaginaire de l’Occident est agité par une angoisse qui réactive les anciennes mémoires : sexe, femme, harcèlement, invasions barbares, liberté et menaces sur la Civilisation. C’est ce qui définira au mieux le mot « colognisation ». Envahir un pays pour prendre ses femmes, ses libertés et le noyer par le nombre et la foule. C’est le pendant de « Colonisation » : envahir un pays pour s’approprier ses terres. Cela s’est donc passé dans la gare de la ville allemande du nom de ce syndrome, pendant les fêtes du début de la nouvelle année. Une foule des « Autres », alias maghrébins, syriens, « arabes », refugiés, exilés, envahisseurs, a pris la rue et s’est mise à s’attaquer aux femmes qui passaient par là. D’abord fait divers, le fait est devenu tragédie nationale allemande puis traumatisme occidental. « Colognisation » désigne désormais un fait mais aussi un jeu de fantasmes. On y arrive à peine à faire la différence entre ce qui s’est passé dans la gare et ce qui se passe dans les têtes et les médias. Les témoignages affluent, mais les analyses biaisent par un discours sur le binôme Civilisation/barbarie qui masque le discours sur la solidarité et la compassion. Au centre, le corps, la femme, espace de tous, lieu du piétinement ou de la vie.

    Pour l’agresseur, cela est clair : il vient de ces terres où c’est le sexe qui est un crime, parfois, pas le meurtre. La femme qui n’est pas « fille de », ou « épouse de », est un butin. Une possibilité de propriété. Un sexe à prendre. Un corps à emporter sur son dos vers la broussaille. Le spectacle de la femme libre en Occident n’est pas vu comme l’essence même de la liberté et de la force de l’Occident, mais comme un caprice, un vice ambulant, une provocation qui ne peut se conclure que par l’assouvissement. La misère sexuelle du monde « arabe » est si grande qu’elle a abouti à la caricature et au terrorisme. Le kamikaze est un orgasme par la mort. Et tout l’espace social est une prison du désir qui ne peut s’exprimer que dans la violence, la dégradation, la fuite vers d’autres terres ou la prédation et la clandestinité. On parle peu de la misère des sens dans les terres à turbans. Et paradoxe détestable, la sexualité, ce sont les islamistes qui se chargent de l’exprimer, la baliser, la coder ou la réduire à l’expression Hallal de la procréation. Tuant le désir par la posologie. Au point où c’en est devenu une véritable obsession dans le discours de prêche. Une sorte de libido-islamisme conquérant.

    Mais la « Colognisation » a fait renaître le fantasme de l’autre menaçant dans un Occident qui ne sait pas quoi faire de nous et du reste du monde. Les faits tragiques et détestables survenus dans cette gare sont venus cristalliser une peur, un déni mais aussi un rejet de l’autre : on y prend prétexte pour fermer les portes, refuser l’accueil et donner de l’argument aux discours de haine. La « Colognisation » c’est cela aussi : une peur qui convoque l’irraisonnable et tue la solidarité et l’humain.

  • Les Etrusques : écriture et société dans l'Italie antique

    Les Etrusques : écriture et société dans l'Italie antique

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 30 janvier 2016, dans La une - Histoire

    Le Site archéologique Lattara, Musée Henri Prades de Montpellier Méditerranée, nous a habitués depuis des années, à côté de son exposition permanente – en rapport avec le site de la cité antique de Lattara –, à présenter de très belles expositions temporaires.

     La dernière, qui commença le 17 octobre 2015 et se terminera le 29 février 2016, est consacrée à l’une des plus énigmatiques civilisations de l’Antiquité : celle des Étrusques, dont le cœur historique se situait en Italie centrale. Il s’agissait précisément de la Toscane, autour des cités telles que Véies, Vulci, Volterra, Cortone, etc. La visite que je viens de faire m’a incité à rédiger cette chronique afin de préciser un peu où l’on en est actuellement en ce qui concerne la civilisation étrusque, concurrente de celle des Romains des premiers siècles et des Grecs installés en Italie du Sud et en Sicile. L’exposition est ciblée sur l’écriture étrusque et la société de l’Italie antique. Ajoutons que cette leçon d’archéologie et d’Histoire est co-produite par le Musée de Lattes et le Musée archéologique étrusque de Cortone, avec le partenariat – pour l’épigraphie – d’institutions telles que le Musée du Louvre et les Musées archéologiques de Florence et de Zagreb.

    L’écriture étrusque (plus de 12.000 inscriptions, en général courtes et fragmentaires), orientée généralement de droite à gauche, fut pendant longtemps une sorte de mystère, en dehors du fait que l’on savait qu’elle correspondait à une adaptation de l’alphabet grec et qu’elle fit son apparition vers 700 avant J-C à partir des cités helléniques d’Italie du Sud Cumes et Ischia (colons grecs venus de Chalcis et d’Erétrie). Les Étrusques n’étant pas un peuple utilisant une langue indo-européenne, ce qui rajoute un élément à l’énigme qui les entoure, on pouvait certes déchiffrer leur langue, mais elle restait – et demeure encore au moins en partie – largement incompréhensible. Cela dit, des progrès ont été accomplis dans le domaine de la langue étrusque. On arrive ainsi à identifier, sur des inscriptions, des noms d’artisans et d’artistes, précisant « untel a fait ceci », soit l’affirmation d’une sorte de possession, ou bien des dons du type « untel à donné à telle personne ». On a aussi des documents exceptionnels comme celui de Cortone, datant du IIe siècle avant notre ère, se présentant sous la forme d’une plaque en bronze faite de plusieurs parties, et toutes sortes d’écrits en rapport avec le culte des morts (dans les tombes, les Étrusques mentionnèrent de plus en plus l’identité du défunt), et même la vie quotidienne. Il se produisit donc une réelle démocratisation de l’utilisation de l’écriture, et ceci à partir des VIe-Ve siècles. Mais, il faut dire que tout cela ne nous permet pas d’avancer énormément – malgré la grande quantité d’inscriptions en notre possession – dans la connaissance du fonctionnement en profondeur de la civilisation de ce peuple. En fait, on sait juste un peu plus se repérer dans cette écriture que pour celle des minoens utilisant le linéaire A, restant toujours impossible à déchiffrer et à comprendre – contrairement au linéaire B mycénien. Il faut signaler au passage que, pour l’aristocratie étrusque, l’écriture revêtait un aspect fondamental en tant que signe de culture et de pouvoir, surtout au cours du VIIe siècle de notre ère.

  • Eclats d’humeur La fête à Namur

    Eclats d’humeur La fête à Namur

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 30 janvier 2016, dans La une - Ecrits

    Quelle folie nous fûmes

    une nuit à Namur

    où la foule giclait

    comme le péké en fête !

     

    Quelle folie

    mes frères

    au détour des espaces

    où le temps se grignote

    comme de la pipe d’Ardenne !

     

    J’ai enfilé des perles

    au pas de la musique

    fait voyager mes yeux

    jusque derrière les vitres

    là où dansait la vieille

    un drapeau sur la tête

     

    les jambes molles et croisées

    d’’avoir autant chanté.

  • Boulez est un homme vivant en dehors des muets et des sourds

    Boulez est un homme vivant en dehors des muets et des sourds

    Ecrit par Luce Caggini, le 30 janvier 2016, dans Ecrits - La une - Arts graphiques - Musique

    Ma première aventure musicale s’engagea quand les notes ont pris un élan de compréhension pianistique aux pieds de ma mère dès que je commençais à entendre les pédales monter et descendre au-dessous de ma tête. Pas à pas, odes et musiques menèrent un rythme d’enfer au point qu’aujour­d’hui mémoire et temps ont donné à ma vie le recul momentané utile pour remettre le Monument à la limite du pays fertileen même temps et en même place que Pierre Boulez, c’est-à-dire en première page de son livre tant intelligent : Le pays fertile, Paul Klee.

    Pierre Boulez : « Il faut dire d’abord que ces concerts c’était, disons pour un anniversaire… organiser une sorte de parcours… le parcours du combattant… point d’interrogation… est-ce qu’on combat toute sa vie ou bien est-ce qu’on s’installe ».

    Béla Bartók, musique pour cordes, percussions et célesta, 2ème mouvement.

    La terre en gestation d’enfantement, un bourdonnement d’un milliard d’insectes montés sur les cordes d’un piano, un débordement de vermisseaux prêts à monter à l’assaut du grand arbre de la vie, le miracle d’un rayon de soleil qui découvre la fleur cachée sous un brin d’herbe, un papillon qui se balance, la chaleur suspendue au Temps, une veine sur la main du magicien, une goutte humanité dans l’espace dansant la gaî­té pas à pas, seconde par seconde métamorphose du bouton en fleur, de la chrysalide en papillon. Soudain un vent de sagesse arrête l’éclo­sion sautillante, un petit univers s’est mis en état en claquant des talons. L’éveil a surgi.

    Mener naguère aux frontières du monde des nuées des murmures médiatiques permirent un petit saut de puce unissant les arts et les hommes un peu comme les cieux et les Dieux au plus petit dénomina­teur commun ; mais entre les deux nul contrepoint nulle magis­trale composition, seulement un grand mystère puissamment entretenu dans les rues de Darmstadt. Antérieurement même les Autrichiens met­taient un point d’honneur à ne jouer que les valses de Strauss. Après Darmstadt, artistes musiciens et poètes eurent un coup de printemps initiant des ramifications partant dans tous les sens.

    Pierre Boulez : « Génération 1945, une génération terroriste ? Non. Darmstadt a été une rencontre, pas une école. Stockhausen un inventeur forcené : dans ce Klavierstücke V très concentré, il nous offre quelques secondes de son éternité ».

  • Libération

    Libération

    Ecrit par Audrey Chambon, le 30 janvier 2016, dans La une - Ecrits

    L’orage gronde,

    Des teintes métallisées apparaissent et se confondent,

    Roses, vertes et violettes,

    Signe de tempête.

     

    Au fond des yeux les premiers éclairs,

    Violemment dispersés dans l’air

    Lourd et vicié…

    Etouffante atmosphère d’un cauchemar éveillé.

     

    Dans ma poitrine la colère s’accroît

    Et dans mes mains l’énergie rougeoie

    L’explosion est imminente,

    Issue finale d’une guerre lente…