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  • Racines d'actu : Sociétés ouvertes et sociétés fermées

    Racines d'actu : Sociétés ouvertes et sociétés fermées

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 25 mars 2017, dans Auteurs - La une - Histoire

    Même si la campagne électorale française actuelle – pour les mois d’avril à juin 2017 (présidentielles, puis législatives) – est « polluée » par les affaires du Pénélopegate et le Fillongate, un élément central nouveau ressort lorsqu’on s’intéresse à ce que disent les principaux candidats à la magistrature suprême en rapport direct avec leurs programmes, qui, malheureusement, passent trop au second plan par rapport aux Affaires Fillon et Marine Le Pen. Il s’agit de savoir, comme ce fut le cas lors des dernières présidentielles américaines – qui aboutirent à la victoire (mais pas au niveau du suffrage universel) de Donald Trump – si nous allons nous diriger vers une société ouverte ou fermée. Je voudrais donc en profiter, avant de revenir en fin d’article sur le cas français actuel, pour faire un rappel historique de ce que furent, depuis l’Antiquité gréco-romaine et jusqu’à nos jours, en prenant des exemples clés, les grandes oppositions entre ces deux types de sociétés fondées soit sur l’ouverture soit sur la fermeture.

    Dans la Grèce antique, Athènes devint progressivement une société démocratique ouverte, malgré l’exclusion de la citoyenneté des étrangers (les « métèques »), quoiqu’ayant certains droits, et surtout des esclaves de l’Attique ; une cité d’Athènes, ouverte également sur la mer, surtout à partir de Thémistocle (v. 524-459 av. J.-C.), qui lança l’idée d’une grande flotte athénienne plus celle de la construction des Longs Murs entre la ville et son port du Pirée, et de la création de la Ligue de Délos (à partir de 477 av. J.-C.). Face au système athénien, on avait Sparte, une société aristocratique fermée, particulièrement autoritaire, attachant peu d’importance à une flotte et totalement repliée sur les terres du Péloponnèse. Pour l’Empire romain, il y eut aussi une volonté progressive d’ouverture, qui déboucha sur l’édit de l’empereur Caracalla en 212, également appelé constitution antonine, et qui accorda, dès cette date, la citoyenneté romaine à tout homme libre de l’empire qui ne l’avait pas encore ; de plus, lors du Bas-Empire, pour se protéger des invasions des Huns, Rome sut s’ouvrir aux « migrants » d’origine germanique au niveau de la défense du Limes en échange de terres. Au Moyen-Âge, dans le cadre de l’Europe occidentale, l’opposition entre les cités-Etats des républiques maritimes italiennes (Amalfi, Pise, Florence, Venise, Gênes, etc.) et la constitution parallèle de monarchies féodales bien plus refermées sur elles-mêmes et des bases terrestres fut l’une des principales caractéristiques des XIIe-XIVe siècles, notamment en France et en Angleterre. Il est intéressant d’ajouter un mot sur la Russie à l’époque médiévale : en fait, jusqu’au règne de Pierre Ier le Grand (plus connu sous le nom de Pierre le Grand) – et sur lequel je reviendrai – l’État russe était essentiellement continental, enfermé dans une sorte de bloc terrestre européen et asiatique. Je n’évoquerai pas ici le cas du monde musulman et de son expansion puisque j’ai écrit dès mon introduction que j’allais me concentrer sur l’Europe (au sens large de cette notion) et les États-Unis. Il en sera de même en ce qui concerne la Chine et plus généralement les pays asiatiques.

    Si l’on s’intéresse maintenant à l’époque moderne, puis contemporaine, on retrouva bien entendu cette opposition entre sociétés ouvertes et sociétés fermées. Pour les premières, avec d’abord l’Espagne et le Portugal : pensons aux Grandes Découvertes de la fin du XVe siècle et du début du XVIe ; puis la Grande-Bretagne et la France, surtout à partir des XVIIe-XVIIIe siècles, à l’assaut des mers et des océans. Pour la Russie et en revenir ainsi à Pierre le Grand (tsar entre 1682 et 1725), malgré sa volonté d’ouverture sur l’Occident et de modernisation de son pays, avec la construction d’une flotte et de la ville nouvelle de Saint-Pétersbourg (ouverte sur les rives de la Mer Baltique), ce pays-continent demeura assez largement par la suite une société fermée, malgré le rêve de la tsarine Catherine II (qui régna entre 1729 et 1796) d’accès aux « mers chaudes », c’est-à-dire à la Méditerranée, en partant de la Mer Noire. Avec la première révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle et des débuts du XIXe, plus le grand mouvement de la Colonisation, l’Europe occidentale s’ouvrit davantage encore sur le monde, dont elle organisa assez largement l’exploitation économique. Ce fut alors l’origine véritable de la « mondialisation ». Remarquons que pendant ce temps-là, le monde musulman ne connut pas l’équivalent de la révolution industrielle et subit la Colonisation. Quant à la Chine, elle demeura L’Empire du Milieu, un pays ouvert sur lui-même par ses aspects créatifs et fermé à l’expansion sur les océans.

  • Ceux qui vont voter ; ceux-là...

    Ceux qui vont voter ; ceux-là...

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 25 mars 2017, dans France - La une - Politique - Actualité

    Il vous est bien sûr arrivé – en riant, ou pas, en privé ou moins – d’oser ce : mais faut-il vraiment que le suffrage reste universel ?? Ce que d’autres résument – à peine le pli d’un sourire amer au coin de la bouche – par un tonitruant : il faut dissoudre le peuple…

    Au cœur du malaise de la Campagne qui commence (officiellement, en fait depuis tellement longtemps en piste), est ce regard sur ceux qui s’apprêtent à voter demain ; vous aurez compris, ceux-là… et nous en face, sautant d’un pied inquiet sur l’autre douloureux, un blanc dans une main, un Macron dans l’autre.

    Car, indéniablement, bien plus que les « dits », genre chanson de geste, multiples et caracolant, redondants, des Fillon, Le Pen – les deux bêtes noires de la pièce (ce que ça peut rabâcher, résumer, cette campagne ! un temps d’abstracts bien plus que d’analyses, le temps des tweets de Trump toquant à la porte…), bien plus que les personnes et leurs travers a-démocratiques épais comme camions, davantage même que le dessous plus qu’inquiétant de programmes que la foire actuelle empêche de lire à tête reposée, au-delà de tout ça, ce qui colore mes nuits blanches de cauchemars bien noirs, c’est – je vous le donne comme tels – la masse des gens qui vont voter pour « ça », qui en parlent, parfois énamourés, qui tracent, obstinés – foin des affaires-complots ! – vers ce qu’ils veulent être leur ligne d’arrivée. C’est le bruit de ces étranges légions en marche qui m’angoisse. Et le mot n’est pas trop fort, comme on dit des films horrifiques. Vous voyez, ces films où les visages se déforment sur fond de musique à vous scier les nerfs ; le petit chaperon rouge devient le loup, le chat (le chat !!) vire à la gueule du léopard… ça tient de ça, mes rêves actuels.

    Parce que notre bon peuple valeureux, de nos livres d’histoire, de nos vies citoyennes et militantes, industrieux, manifestant au son du « tous ensemble » ; celui que, depuis la grande Révolution, on pose à gauche toute, celui qui a fait des kms à pieds pour aller voter la première fois, au suffrage universel masculin, en 48 l’éclairée, celui des barricades ici et là, des résistances plus souvent qu’à son tour, celui-là, m’sieur-dame, est sans doute parti sur la lune. A c’t’heure, la « candidate du peuple » est toute en dents de requin sous son drapeau bleu-marine.  L'autre soir, dans le débat TV où elle trônait, elle n'en pouvait plus de scander – moulin à prières à sa façon, ces – mais, le peuple a dit, mais le peuple ne veut pas, mais je défends le peuple qui... Le FN – celui du Nord, d’abord, qui chante « on est chez nous » pas seulement dans le remarquable film de Delvaux (à voir si ce n’est fait ; urgence citoyenne !) – a capté – dérouté serait le mot plus approprié – tout ce qui bougeait encore à gauche depuis des générations, dans les ruines du post industriel, post boulot, post dignité populaire. Il y a à présent un peuple qui marche au soleil et face découverte, à l’extrême droite, ni nazi, ni parfois même raciste, écœuré et déçu de tout, apeuré surtout pour le devenir de la nichée. Et c’est patent que pour nous, socialistes de crédo, Hollandais de raison, ce serait difficile de réciter en face de leurs colères la réalité des faits politiques d’un quinquennat, qui – ce n’est pas vrai ! – n’a aucunement préparé leurs tombes. Difficile, mais s’il y a demain dans la campagne, ou plus tard, à demeurer un militant, c’est – aussi – face à eux qu’il faudra tenter de se dresser, et c’est une litote que de penser que le vent sera fort. Quand je vous dis, cauchemar…

    Mais – comme vous, sans doute – ceux-là, ça fait un p’tit bout qu’on les a repérés, analysés aussi. Dans notre serrage de gorge, on est – petite consolation – en terrain déjà connu (ce qui est de première importance dans toute guérilla). Par contre, la masse des autres…

  • De l’idée de progrès au transhumanisme

    De l’idée de progrès au transhumanisme

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 25 mars 2017, dans Philosophie - La une

    Le terme même de pro-gressus suggère un mouvement vers l’avant, une avancée. Cela suppose une autre temporalité que celle qui prévalait avant la révélation judéo-chrétienne : l’immuable cyclicité du paganisme, avec sa circularité et ses éternels retours, interdisait une progression durable ; les perpétuelles systoles et diastoles du cosmos stoïcien, tout comme les inspires et les expires de celui de l’hindouisme, imposaient, à chaque fois, de repartir de zéro…

    Le monothéisme, à l’inverse, instaura une linéarité du temps, avec un commencement absolu – la création – et une fin non moins absolue. Toutefois l’eschatologie – que ce soit l’olam ha ba, l’avènement du messie chez les Juifs, ou la parousie, le second avènement du Christ chez les Chrétiens – prend une forme apocalyptique, donc catastrophique ; la félicité du siècle futur passe préalablement par l’exceptionnelle dureté de ses signes annonciateurs. L’apocalypse, tout en préfigurant un bien ultime, n’en demeure pas moins un mal en acte, une régression autant qu’une promesse.

    Parallèlement, les multiples renaissances qu’a connues l’occident – la carolingienne, la scolastique, avant, bien sûr, La Renaissance du XVIème siècle – étaient tournées vers le passé : toujours, il s’agissait de se conformer au modèle indépassable de l’antiquité en faisant renaître celle-ci, assortie de quelques retouches l’améliorant, mais juste un peu. Il fallut attendre le XVIIème siècle pour qu’émerge l’idée que l’humanité avançait irrésistiblement et de façon à la fois continue et irréversible, vers un mieux. Francis Bacon, dans un ouvrage paru en français en 1624, Le Progrez et avancement aux sciences divines et humaines, écrit : « La fécondité de l’esprit humain est inépuisable et produit continuellement. Ses inventions peuvent être sans fin et sans interruption ». Mieux et pour la première fois, s’affirmait aussi la supériorité du nouveau sur ce qui l’avait précédé. Ainsi Charles Perrault, dans Parallèle des Anciens et des Modernes en ce qui concerne les Arts et les Sciences (1688), n’hésitait pas à affirmer : « Il n’y a point d’art, ni de science qui ne puissent démontrer qu’ils ont reçu depuis le temps des Anciens une infinité d’accroissements considérables ». La fameuse querelle des Anciens et des Modernes était lancée ! Fontenelle, dans sa célèbre Digression sur les Anciens et les Modernes (1687) va plus loin encore : « Etant éclairés par les Anciens et par leurs fautes mêmes, il n’est pas surprenant que nous les surpassions ».

    Le mouvement, au XVIIIème siècle, se poursuivit, mais non sans résistance. Ainsi Rousseau, répondant à une question soulevée, sous forme de concours, par l’académie de Dijon : « Le progrès des sciences et des arts a-t-il contribué à corrompre ou à épurer les mœurs ? », prit clairement partie dans son Discours sur les arts et les sciences : le soi-disant « progrès » a corrompu l’humanité en la faisant déchoir de sa bonté primitive. Reprise du thème – très chrétien – de la Chute ; ce qui montre à quel point le caractère linéaire de l’histoire, introduite par la Révélation, constitua une condition – nécessaire, mais en aucun cas suffisante – à l’apparition de l’idée de progrès. Qu’importe ! La notion continua de faire son chemin, notamment grâce à l’Aufklärung allemande. Kant l’affirme sans ambages : « es gibt Vernunft in der Geschichte », il y a de la raison dans l’histoire. Hegel, quant à lui, développe inlassablement ce « sens », cette « raison » que constitue la réalisation de l’Esprit à travers les évènements historiques, réinterprétant de la sorte le schéma néoplatonicien – sortie hors l’Un (proodos), enracinement dans le monde (monos), puis retour à l’Un (epistrophe) – qui devint la classique ternarité, thèse, antithèse, synthèse ; la différence – de taille ! – étant que cette dernière, à la différence du premier (résolument cyclique), ne connaît aucune pause : l’Esprit avance, sans jamais s’arrêter. Marx, substituant la matière à l’Esprit, ne dira pas autre chose.

  • Lourdes, l’autre miracle

    Lourdes, l’autre miracle

    Ecrit par Lilou, le 25 mars 2017, dans La une - Ecrits

    Quelques pas au hasard de chemins de traverse quadrillant le Sud-Ouest m’ont conduit ces jours derniers à Lourdes plantée depuis la nuit des temps au milieu de la Bigorre sous le regard fraternel du Pic du Midi. On y raconte bien des légendes à Lourdes. La moins épique, probablement, fut celle qui amena de vieux peuples colériques à se soumettre à Crassus, lieutenant de devoir de Jules César. Soumis, conquis, vaincus et concassés, ce fût-là et certainement pour la dernière fois que des Lourdais vivraient sans Lourdes. Des centaines de lunes plus tard, en 1858 exactement, c’est à une autre colère légendaire qu’eurent à faire face trois jeunes filles lourdaises. Pensez-donc ! Parties ramasser du bois mort le long du Gave furibard de ses flots de février, l’une d’elles aperçut sous la grotte de Massabielle un beau visage blanc cintré de bleu lui déclarant sans autre échappatoire qu’elle était « l’immaculée conception ». Ursule, la mère supérieure très tôt informée de la lumineuse rencontre, en avala sa cornette et toutes les perles de son chapelet, fermoir compris raconte-ton encore sous la basilique les jours de grand vent quand le vin de messe coule davantage qu’à l’ordinaire ! Peu importe finalement, 15 apparitions et 160 ans plus tard, la vie de Bernadette Soubirous reste célébrée dans le monde entier, et la sainte femme bercée de la si sainte apparition reste un mythe plus vivant que jamais. La colère ne sert donc pas à grand-chose, quand bien même divine elle serait…

    Mais ce n’est pas vers la grotte éclairée que mes pérégrinations me conduisirent. Presque par accident, par confusion de route plutôt, ma voiture s’arrêta au pied du stade de Rugby, l’autre basilique de Lourdes, plus païenne que jamais dans ses habits bleu et rouge et dont on distingue de toutes les bordées aux alentours les poteaux de sa terre promise. Stade Antoine Beguere, c’est écrit dessus ! On y entre avec les pas comptés de celui qui vient voir un ami alité et que d’aucuns, la perfidie en bandoulière, anticipent comme étant parvenu au soir de sa vie. Nul chapelet ou crucifix n’y accueille le pèlerin égaré. Dans ce stade, le bois mort de Bernadette a la forme ovale du ballon de rugby et ses stalles contiennent près de 3000 places assises. On dit même que le 13 mars 1955, le stade avait tellement enflé que 20.000 fidèles lourdais et montois rivalisèrent de cantiques de bienheureux pour se recueillir auprès des 2 équipes en tête du championnat de France de rugby. Il y eut dans ce monument beaucoup de rivalité sportive, sans aucun doute. Il y eut surtout beaucoup de cœur à afficher urbi et orbi, la supériorité d’un terroir sur un autre… Je n’ai aucun doute là-dessus non plus, le vent de Bigorre et des Landes souffle en effet toujours ces curieux messages nous venant du fond des âges. C’était ainsi, et ce le sera toujours dans d’autres milliers de lunes.

    Le stade est aussi vide que la grotte de Massabielle la veille de la première apparition. Tout y est pourtant en place, et si l’on tend l’oreille du côté du romantisme le plus assumé et surtout dans les pages d’histoire de ce jeu, on croit pourtant percevoir la ferveur en forme de clameurs vieilles de plus de 60 ans pour s’enthousiasmer des exploits de l’un des plus prestigieux clubs de rugby de France et de Navarre. Je ne jurerai d’ailleurs pas ne pas les avoir entendues, moi qui, cherchant l’air du temps glorieux du FCL, entrepris de traverser le terrain hanté par ses plus fameux exploits. Ma pélerinade commence par les quelques pas qui amènent au seul angle mort du stade, la sortie de ses vestiaires à l’ombre maintenant muette d’une foule si souvent heureuse. On sent dès la sortie de cet escalier bétonné de vieux les maints tumultes qui continuent d’y vivre dans le secret des souvenirs, on le sait, ça ne s’explique pas. C’est là que ça a débuté y aurait même pensé Louis Ferdinand de passage dans le coin avant de se raviser et d’écrire le Voyage au bout de la nuit en commençant autrement avec ça a débuté comme ça. Vingt mètres plus loin – il faut traverser la piste d’athlétisme – on se retrouve sur la ligne de touche, puis sur le rectangle vert qui pour de si nombreuses équipes mesura bien plus que 100 mètres sur 50.

  • Abri Sadi Carnot

    Abri Sadi Carnot

    Ecrit par Jean-François Joubert, le 25 mars 2017, dans La une - Ecrits

    Qui est cet homme qui un jour d’explosion, et pas de rire, va passer une nuit d’enfer dans sa ville de Brest le 7 Août 1944, quand l’abri fait pour protéger les gens de la ville sous les bombes alliées, la ville brûle. Un début de réponse ?

    Le commandant se trouvait là, près de l’escalier, entre la rue de Siam et l’abri Sadi Carnot, il se souvenait de ce vaisseau fantôme qui hantait les marins, du Sud au nord de nos questions. La mer est source de mystère en son fond, mais aussi dans le ciel, orange orage, clair de plume. Pierrot le mousse, il était ce jeune garçon qui poussait le balai sur le pont d’ébène du capitaine, il avait vu la légende du hollandais volant, avait ri des mouettes et des goélands, de l’albatros, et du petit gris du Gabon qui hurlait « ta gueule sale con », c’était son surnom au petit. Il ne digérait pas cette période, où on le laissait faire le ménage, lui qui comprenait l’orientation, la déclinaison, les lieues, les éphémérides, toute la navigation astronomique et le fameux sextant, le bel enfant avait une cervelle, des méninges et on le laissait dans un hamac au fond de la cale du bord, sale et puant. Tous les soirs, il sortait humer l’écume, la pipe des marins, le rhum, et les jeux de cartes, et lui savait que la Terre était un œuf de dinosaure, un truc gigantesque et que seul le scorbut pouvait nuire à l’homme au regard vaillant, à l’allure droite et saine, qui jamais ne saigne du cœur, il savait que la lune reflétait le soleil et que jamais elle ne l’épouserait sinon nous serions cimetière.

    Nuage, poussières, l’odeur de chair, l’explosion, conflagration, embrasement, le mal de crâne, et la rue morte, déserte, reste l’escalier, l’abri Sadi Carnot vient de sauter, oups, une étincelle et plus rien, plus de fleurs, disparue la Bétoine de mademoiselle Rose, son lotissement de chèvrefeuille, envoyé promené le Lotier corniculé, aplati le millepertuis, et j’en passe de peur que l’odeur pestilentielle de la viande se recommande, le commandant avait eu le nez fin, il s’était évaporé comme un soupçon d’alcool dans l’azote, envolé tel un macareux qui cherche son nid, prit la poudre d’escampette sur le chemin des alouettes quand d’autres connurent le grand virage, pire qu’un naufrage l’implosion d’une ville, le débarquement nous sommes le sept août 1944, les forces alliées veulent reprendre leur droit, le port, le château, la ville de Brest. Restent un saule pleureur et deux trois sapins, mais plus de corps tant la tempête, le vent des âmes, pleure sur leur silhouette, le ciel est pourpre c’est chouette se dit ma mère qui regarde cette misère en compagnie de son regard d’enfant de Lampaul-Plouarzel, le feu d’artifice est géant. Comment a-t-il fait pour survivre à la nausée, sans pleurer ? Tout simplement marche par marche, il sentait derrière lui le souffle de la mort, à ses trousses, la frayeur d’être balayé comme une simple poussière, alors il montait ces marches, pas une à une mais quatre à quatre avant de finir en haut, sauvé, et muet. L’escalier, le commandant est à bout de souffle, il se met dos au mur de peur d’une balle qui traîne d’un chambardement loufoque, et plus des phoques, ni des génois, il s’adosse à l’église Saint-Louis, pas encore en brique rouge, sang, mais lui teinté de vermillon, il crie à Dieu sa colère : « Qui es-tu pour laisser l’injustice sur notre terre ! ». Un cri si fort que les morts ressuscitèrent, un instant avant de trouver le grand couloir et la lumière du chemin, la longue voie de la béatitude.

  • La pièce se fait écho des pas de ses voyageurs

    La pièce se fait écho des pas de ses voyageurs

    Ecrit par Gérard Leyzieux, le 25 mars 2017, dans La une - Ecrits

    La pièce se fait écho des pas de ses voyageurs

    Bruits et odeurs, sons et couleurs

    Un flot de sensations et de saveurs

    Un assemblage de multiples ardeurs

    Des jours premiers à ceux du soir dernier

    Les pierres du mur traversent les années

    Les planches de l’escalier et des parquets

    Boiseries et huisseries portent les souvenirs de gestes

    Passage obligé au long de la cheminée

    Marche à suivre au contour des entrées

    La matière absorbe les présences du temps

    Les reflétant aux moments et endroits opportuns

    Paroles également inscrivent leur histoire en ces discours habituels

    Les pierres du mur, planches et boiseries aussi

    La maison des vies intemporelles où souffle l’éternel

    Nourrit son avenir de ces instants d’échanges éphémères

    Visibles sous le masque d’actualité dont ils sont recouverts

  • Reflets a (re)lu : L’Immortalité, Milan Kundera

    Reflets a (re)lu : L’Immortalité, Milan Kundera

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 25 mars 2017, dans La une - Littérature

    Pour cette nouvelle récréation littéraire, une petite balade du côté de Kundera, et son Immortalité, œuvre plus que superbe, à lire ou à relire pour le plaisir littéraire, mais aussi et surtout pour la beauté de cet ouvrage puissant et inoubliable de 400 pages. C’est beau de bout en bout, et ça commence comme ça :

     

    « La dame pouvait avoir soixante, soixante-cinq ans. Je la regardais de ma chaise longue, allongé face à la piscine d’un club de gymnastique au dernier étage d’un immeuble moderne d’où, par d’immenses baies vitrées, on voit Paris tout entier. J’attendais le professeur Avenarius, avec qui j’ai rendez-vous ici de temps en temps pour discuter de choses et d’autres. Mais le professeur Avenarius n’arrivait pas et je regardais la dame ; seule dans la piscine, immergée jusqu’à la taille, elle fixait le jeune maître nageur en survêtement qui, debout au-dessus d’elle, lui donnait une leçon de natation. […] Je la regardais, fasciné. Son comique poignant me captivait (…), mais quelqu’un m’adressa la parole et détourna mon attention. Peu après, quand je voulus me remettre à l’observer, la leçon était finie. Elle s’en allait en maillot le long de la piscine et quand elle eut dépassé le maître nageur de quatre à cinq mètres, elle tourna la tête vers lui, sourit, et fit un signe de la main. Mon cœur se serra. Ce sourire, ce geste, étaient d’une femme de vingt ans ! Sa main s’était envolée avec une ravissante légèreté. Comme si, par jeu, elle avait lancé à son amant un ballon multicolore. Ce sourire et ce geste étaient pleins de charme, tandis que le visage et le corps n’en avaient plus. C’était le charme d’un geste noyé dans le non-charme du corps. Mais la femme, même si elle devait savoir qu’elle n’était plus belle, l’oublia en cet instant. Par une certaine partie de nous-mêmes, nous vivons tous au-delà du temps. Peut-être ne prenons-nous conscience de notre âge qu’en certains moments exceptionnels, étant la plupart du temps des sans-âge. En tout cas, au moment où elle se retourna, sourit et fit un geste de la main au maître nageur (qui ne fut pas capable de se contenir et pouffa), de son âge elle ne savait rien. Grâce à ce geste, en l’espace d’une seconde, une essence de son charme, qui ne dépendait pas du temps, se dévoila et m’éblouit. J’étais étrangement ému. Et le mot Agnès surgit dans mon esprit. Agnès. Jamais je n’ai connu de femme portant ce nom ».

     

    … … …

  • Sociologie des deux droites

    Sociologie des deux droites

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 18 mars 2017, dans France - La une - Politique

    Sociologie, il s’agit des gens, des électeurs, et non des partis, dont la typologie – déjà ancienne (1954), mais toujours pertinente – faite par René Rémond demeure une référence.

    Je me base – avant tout, mais pas seulement – sur les travaux du géographe Christophe Guilluy, Atlas des fractures françaises (2000), La France périphérique (2014), et Le Crépuscule de la France d’en haut (2016).

    Guilluy distingue ce qu’il nomme la « France périphérique » – celle qui vit en dehors des grandes agglomérations (fuyant les centre-ville trop chers et les banlieues ghettoïsées) et souffre de la révolution numérique globale à laquelle elle est inadaptée – de la « France métropolitaine », la France de ceux qui habitent Paris ou les métropoles régionales, pas forcément des très riches, mais des cadres formés au nouvelles technologies et à l’aise dans le monde qui vient. Ce clivage recoupe celui forgé par Patrick Buisson, qui parle, lui, des « inclus » et des « exclus ». Bien entendu, les polarités périphérie/centre et inclusion/exclusion ne corroborent pas le positionnement droite/gauche : il existe aussi – évidemment – des exclus, comme des inclus, de gauche. Mais le décalage de l’ensemble de la société vers la droite prend chez les uns et chez les autres une coloration différente.

    J’opposerai ainsi les populistes aux élitistes conservateurs.

    Les populistes sont confrontés à un dilemme, à ce qu’on appelle en anglais un « double bind », et que Buisson, dans son dernier livre (La Cause du peuple, recensé par moi sur RDT), qualifie de « face à face métaphysique opposant les partisans de l’illimité aux gardiens de la limite ». D’un côté, en effet, un désir de briser des tabous (perçus comme autant de limitations) – l’antiracisme, l’idéal d’égalité – d’où la prégnance des thèmes de l’identité et de l’éventuelle préférence nationale ; mais de l’autre, un besoin de se voir rassuré par des frontières on ne peut plus « limitantes » : frontières économiques (le protectionnisme), politiques (frontières tout court, sortie des traités européens), culturelles (défense sourcilleuse de la laïcité, condamnation du multiculturalisme et islamophobie). Le Front National et ceux qui l’imitent, excellent dans cette coincidentia oppositorum, cette coïncidence des opposés.

    A l’inverse, les élitistes conservateurs se définissent essentiellement par la réaction.

    Réaction contre l’Etat providence, supposé asphyxier l’économie et les ménages ; d’où une exigence de dérégulation (démanteler le Code du travail), de moins d’impôts (suppression de l’ISF, diminution des charges pesant sur les entreprises), avec, parallèlement, une exaltation du travail, dont le temps légal devient alors la mesure de la vertu ou, au contraire, du vice.

    Mais également, et non moins, réaction contre Mai 68 et la permissivité sociétale qui en résulte. Le rejet de la loi Taubira, la Manif pour tous et le développement de groupes de pression « catho tradi », tel Sens commun, en sont la traduction.

    Sur un plan politique, ces élitistes conservateurs – des inclus métropolitains – se retrouvent parfaitement dans le programme de François Fillon. Ils formèrent l’essentiel du rassemblement en sa faveur, au Trocadéro, le 5 mars de cette année.

    Patrick Buisson, d’ailleurs, avait remarquablement prévu la défaite de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite : celui-ci tenait un discours populiste, s’adressant aux « exclus », alors que ceux qui se déplaçaient pour aller voter appartenaient dans leur écrasante majorité aux « inclus », élitistes et conservateurs à la fois. Fillon était de la sorte leur candidat naturel. Les deux catégories divergeront lors du second tour de la présidentielle : les populistes, cela va sans dire, confirmeront leur vote du tour précédent pour Marine Le Pen ; mais les élitistes conservateurs inversement se diviseront en fonction de leur haine dominante : les uns, préoccupés d’abord de mœurs, voteront FN (quoique ce dernier abrite en son sein les tendances contradictoires de Florian Philippot et de Marion Maréchal-Le Pen), tandis que les autres, soucieux davantage d’argent, porteront leurs suffrages sur Emmanuel Macron.

    La droite d’en haut et celle d’en bas en quelque sorte…

  • Stefan Zweig, Le Monde d’hier

    Stefan Zweig, Le Monde d’hier

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 18 mars 2017, dans La une - Littérature

    On ne sait plus en France que Stefan Zweig fut un de écrivains les plus célèbres, de loin le plus traduit dans le monde entier pendant vingt ans, en gros de 1920 à 1940, universellement respecté et honoré.

    Le 22 février 1942, exilé à Rio de Janeiro, il achève son livre ultime Le Monde d’hier sous-titré Souvenirs d’un Européen, poste le manuscrit à destination de son éditeur et, avec son épouse, se suicide en prenant du véronal.

    Né à Vienne en Autriche en 1881 d’une riche famille d’industriels juifs, se méfiant de ses rapides succès littéraires autant que des facilités que lui donne sa fortune, il voyage à travers l’Europe de la Belle Epoque qui ne connaît ni les passeports ni les douanes, avec le double dessein de s’imprégner de l’air du temps et des lieux et de rencontrer tous les grands penseurs, les artistes éminents, les savants qui croient à la construction d’une Europe humaniste et pacifique.

    Zweig a effectivement rencontré tout le monde, correspondu avec les plus brillants intellectuels, reçu dans sa maison de Salzbourg les artistes du monde entier. Outre l’allemand, il parle l’anglais, le français et l’italien couramment. Il est présenté à Mahler, à Rodin, à Wells et à Shaw, à Verhaeren dont il deviendra le traducteur comme celui de nombreux poètes et écrivains. On renonce à faire la liste de ses amis : Paul Valéry, Romain Rolland qu’il retrouve en Suisse pendant la Première Guerre mondiale, Gide, Martin du Gard, Ravel mais aussi Joyce, Rilke, Gorki qui préface l’édition russe de ses livres, Busoni, Pirandello qui le demande comme traducteur d’une de ses pièces, Schnitzler, Thomas Mann, Hofmannsthal, Freud à qui il présente Dali lors de son exil à Londres, Alban Berg, Bruno Walter, Bartók, Toscanini, Richard Strauss qui le choisit comme librettiste de son dernier opéra…

    Or son livre n’est nullement le catalogue mondain de ses relations ni la vaine nostalgie d’un monde oublié. C’est bien pire : l’observation d’une intransigeante perspicacité, admirablement objective, de tous les échecs de cette civilisation et de ce demi-siècle qui accumulent toutes les erreurs et toutes les horreurs que ses amis et lui restent impuissants à éviter et même parfois à dénoncer.

    C’est en cela que ce livre est d’une actualité évidente. On le trouvera parfois un peu daté dans une emphase à laquelle la traduction ajoute sans doute une couche de vernis, mais on reste confondu devant la modestie, la sincérité et souvent l’autodérision avec lesquelles cet observateur lucide et généreux de ses contemporains brosse un tableau passionnant des vingt dernières années du dix-neuvième siècle et des quarante premières années de ce vingtième dont, à soixante ans, il choisit de ne pas connaître la suite.

    Les dernières pages où Zweig, exilé, banni, déchu de tous ses droits parle de la douleur des réfugiés que tous les pays se renvoient, ne sont pas de nature à flatter notre fierté de Français d’aujourd’hui qui manquons si ostensiblement à tous nos devoirs d’accueil et d’assistance.

    Car c’est bien ainsi que ce livre si riche en fines observations pleines d’humour, en anecdotes révélatrices, en portraits contrastés nous interpelle et nous bouleverse. Si un homme d’une telle valeur artistique et morale, qui a traversé autant d’épreuves en se relevant sans cesse, en est réduit en toute lucidité à désespérer du monde et de l’humanité au point de se donner la mort au moment où les USA entrent en guerre, c’est bien parce qu’il considère que le mal est trop profondément ancré dans notre civilisation pour espérer encore dans une paix à laquelle il ne croit plus.

    La morale de ce livre qui se garde bien d’en proposer une, est peut-être qu’il faut moins attendre du monde pour pouvoir encore espérer.

  • Cher Imad… Hommage à Imad Ibn Ziaten, mort le 11 mars 2012 à Toulouse

    Cher Imad… Hommage à Imad Ibn Ziaten, mort le 11 mars 2012 à Toulouse

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 18 mars 2017, dans La une - Ecrits

    Cher Imad,

    Le temps passe si vite, et si lentement aussi, depuis que tu es parti…

    Cinq ans. Cinq ans déjà ont passé depuis cette belle journée du 11 mars 2012 où, jeune Maréchal des logis-chef de la caserne de Francazal, tu as refusé de te coucher sur ce parking non loin de la Cité de l’Espace, dans la Ville Rose, devant un individu sans foi ni loi qui t’a abattu à bout portant simplement car tu étais militaire.

    En allumant le poste, ce matin, j’ai entendu parler de toi. Mais très brièvement. Il faut dire que notre actualité est bien chargée, entre les pitreries pré-présidentielles et les manifestations contre le nucléaire, en hommage aux milliers de morts de Fukushima et du tsunami…

    Tu es mort seul, toi. Seul, mais debout.

    Je peux imaginer les millions d’images qui seront passées en ton esprit en ces dernières secondes. Une vie d’homme, c’est toujours un univers entier. Et chaque mort est une apocalypse.

    Tu sais, cher Imad, aujourd’hui, tu n’es plus seul. Nous sommes des milliers, des millions de Français même, à avoir entendu parler de toi et de ton courage en ce dernier instant, grâce à l’immense force de cette femme qui t’a donné la vie et qui chaque jour se bat pour que ta mort n’ait pas été vaine.

    Je peux imaginer le sourire de Latifa, ta maman, en ce jour de juillet 1981, quand elle a serré dans ses bras ce beau poupon qui deviendrait un serviteur de la Nation, de cette France où elle vivait depuis 1979, de cette France où elle a élevé ses enfants dans le respect de leurs racines marocaines, mais aussi dans l’amour des valeurs de la République…

    Cher Imad, je ne vais pas te mentir. Quand j’avais 16 ans, moi, je chantais Parachutiste de Maxime et je regardais d’un œil assez méprisant les « paras » du huitième RPIMA de Castres, où je grandissais à l’ombre de mes lectures plutôt antimilitaristes… Et puis j’ai grandi, et un peu mieux compris le rôle de l’armée dans le fonctionnement d’un pays.

    Aujourd’hui, en regardant défiler ta vie dans les photos et les vidéos que j’ai regardées sur le net, j’ai compris que ta courte biographie mettait en lumière un garçon droit dans ses bottes, ancré dans les valeurs familiales – une des dernières vidéos sur la page Facebook de ta maman te montre aux côtés d’une adorable petite poupée, une nièce peut-être ? – et dans cette autre fraternité qu’est l’Armée Française, où, depuis Saint-Maixent-l’École en 2004 jusqu’à ta préparation du Brevet supérieur de Technicien de l’Armée de Terre en 2012, tu avais servi, voyagé, progressé avec passion.

    C’est surtout ton sourire éclatant qui me bouleverse. Je suis certaine que tu as souri à Merah en le saluant en arrivant à votre rendez-vous, comme tu souriais à tes camarades, à tes supérieurs, à tes amis et à ta famille, simple et direct, heureux comme un garçon sans histoires.

    Je suis heureuse pour toi, tu sais, et pour ta mémoire. Heureuse qu’une loi ait été votée le 27 novembre 2012 devant le caractère inédit de ta mort et du geste barbare envers un militaire assassiné en raison de son appartenance à un corps de métier, portant création de la mention « Mort pour le service de la Nation ».

    Heureuse que tu aies reçu le 11 mars 2013 les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.

  • Reflets des arts : Vermeer au Louvre (expo à ne pas rater !)

    Reflets des arts : Vermeer au Louvre (expo à ne pas rater !)

    Ecrit par Matthieu Gozstola, le 18 mars 2017, dans La une - Arts graphiques

    Même si les conditions de visite de cette exposition sont quelque peu déplorables, et même si le choix des œuvres donne envie de retourner au Mauritshuis, pour y admirer notamment La Jeune fille à la perle et la Vue de Delft, qui à ma connaissance ne voyagent jamais*, cette exposition est un événement. Pensez : douze Vermeer sont présents ! Pensez à réserver, ici (la réservation par créneau horaire est obligatoire).

    Et le catalogue de l’exposition, de grande qualité, s’avère être un guide idéal. Le travail de Piet Bakker, Quentin Buvelot, Blaise Ducos, E. Melanie Gifford, Lisha Deming Glinsman, Eddy Schavemaker, Eric Jan Sluijter, Adriaan E. Waiboer, Arthur K. Wheelock, Jr., et Marjorie E. Wieseman est remarquable. Il ne fait pas que – c’est la fondamentale raison d’être de cette exposition – contextualiser finement la vie et l’œuvre de Vermeer, montrer que son unicité s’inscrit pleinement dans un cadre aux contours repérables. Il défait aussi, avec pertinence et de salutaire manière, les interprétations trop hâtives qui, bien souvent, ont fini par faire corps avec les œuvres.

    Ainsi La Laitière du Rijksmuseum, chef-d’œuvre de jeunesse (lorsqu’il peint ce tableau, Vermeer est âgé de vingt-cinq ans environ, puisque l’on s’accorde aujourd’hui à dater le tableau de 1657-1658).

    Pour accréditer « la thèse [répandue] d’une laitière discret objet de désir », certains « des accessoires peints par Vermeer sont mis en avant : le carreau de faïence de Delft figurant un amour avec son arc ; la chaufferette, dont les connotations sensuelles sont alors soulignées ; le pot de lait, avec son ouverture béante, noire, d’où s’échappe un filet blanchâtre. Les jeux de mots, pris dans le lexique hollandais du temps, complètent l’analyse, puisque les termes liés à la traite des vaches (melken, “traire” mais également “séduire”), comme cette opération rustique elle-même, mènent tout droit à des sous-entendus très explicites. Le trouble point : le bras dénudé de la servante, révélé par une manche en rude tissu retroussée (il s’agit de manches de travail, indépendantes des manches du gilet lui-même), découvrant une peau pâle qui contraste avec la main et avec le poignet de la travailleuse manuelle, n’est-il pas au milieu de l’image et en pleine lumière ?… » Enfin, et surtout, le commentaire cite « les proches précédents flamand (Frans Snyders) et hollandais (Peter Wtewael) de scènes de cuisine, dans lesquels de robustes et complaisantes filles de peine sourient à un garçon qui les aborde sans ambages, ou même au spectateur lui-même, qui se voit confronté à un regard franc, amusé, pour tout dire déluré ».

    Tout serait-il sexuel, pour reprendre l’un des propos de la pièce bavarde de Valère Novarina Le Vivier des noms,récemment rejouée à Paris ?

    En réalité, « la thèse d’une Laitière ensorceleuse sans y toucher, inconsciente de ses charmes mais à moitié seulement, repose sur certains arguments qui peuvent apparaître outrés, à tout le moins forcés. Par exemple, l’idée que la chaufferette atteste à tout coup la connotation érotique de l’œuvre paraît orientée pro domo. En vérité, l’objet est bel et bien délaissé, dans un coin ; Vermeer, cet artiste au sens de l’observation si développé, n’a pas cru bon de suggérer le rougeoiement des braises dans le récipient glissé dans la partie en bois : autrement dit, ce brasero dont on a tiré tant de conséquences sur le caractère discrètement provocateur de la toile, ce brasero semble éteint et froid. Il n’est pas même certain que la chaufferette soit pleine, prête à servir. D’ailleurs, est-il bien clair que cet ustensile ait pu être utilisé par une servante ? Il ne s’agit pas de nier que la chaufferette, dans l’art hollandais (et dans des scènes qui concernent les classes sociales aisées), évoque traditionnellement des bouffées de chaleur bien physiques ; mais de noter que Vermeer montre sa laitière tournant le dos à une chaufferette froide, inutilisée ». Dans un même ordre d’idées, suggérer que le carreau cassé de la fenêtre « éclairant la pièce (le quatrième en partant du bas, le long du montant) a une fonction sexuelle, entre évocation de la vertu féminine menacée et peephole, est-il très sûr ? De même qu’un cigare est, parfois, simplement un cigare, un carreau cassé peut bien n’être qu’un carreau cassé. Et ne pas devoir être pris pour une cruche cassée à la Greuze. À la perspective d’une Laitière savamment mais sûrement érotique s’oppose ainsi un caveat dans l’ordre de l’argumentation ».

  • Tupelo by Alec Clayton

    Tupelo by Alec Clayton

    Ecrit par Ricker Winsor, le 18 mars 2017, dans La une - Littérature

    Tupelo is Alec Clayton’s eighth book. I have read most of them if not all. I have watched his writing carefully. We both are painters and writers. In fact, I met Alec when he reviewed my first painting show back in 1994 in Tacoma, Washington, « The City of Destiny » as it is known. He was the arts writer for a local-events paper, a good one.

    That was before he wrote his first book, before he reclaimed his memories of boyhood and coming of age in the deep culture of post-war Mississippi. The other books are full of interesting characters and situations particular to the south in many ways but not to the extent that Tupelo is.

    In Tupelo Alec allowed himself to be that boy and young man again, and to be that entirely and unapologetically, to own it. And own it he does. He delivers the expressions, the nuances of deep southern culture, with a voice in perfect pitch, never missing a beat. They are as integrated into the story as white on rice.

    Inevitably, one of the great themes of the book is the racial divide, how black and white interact with such complexity, mixing love, affection, fear, and hate. Alec explores this more like a poet than a sociologist, leaving us satisfied in a peculiar way because truth is satisfying although not necessarily comfortable. More telling than all the words I have ever read about racism is Alec’s story that tells of living its ironic beauty, its cruelties, its ignorance, and its heart breaks. He brings the reader inside the feelings and tensions of the people involved in a deeply personal way.

    There are many beautiful things about this book. He made a master stroke right from the beginning, in the conception of it all, by having the twin brother Kevin tell the story from the grave. What that allowed is for the story to be told from the first person and from the omniscient observer at the same time with no shocks to the reader, seamless and smooth. One minute Kevin can be sitting out on the curb looking up at a window of the house where Wanda is dressing and the next moment he is in the room watching her, knowing her thoughts and describing her situation, listening to the conversation she is having with her mother. As the reader, you don’t even notice this unless, as an appreciator of literature, as a writer, you just note it and applaud its brilliance.

    Because of the natural beauty of Alec Clayton’s prose, and the flow of the narrative, it is easy to miss the stunning craft this writer has mastered over eight fine books. The roll of the prose is like the big river itself moving smoothly forward carrying us along, reminding me of Mark Twain at his best, those special days when Huck and Jim shared a log raft on the Mississippi and were free and full of life in the southern sun.

    There were so many places where the plot could have been manipulated in some predictable way, so many ways it could have been more dramatic here or there. With great discipline and restraint, the writer stayed true to what’s real, that things don’t always end with a bang, that situations hang with tension in the air, that life goes on pretty much the way it always has, not the great ecstasy or the great tragedy but some of both. And this sense of restraint allows the reader to trust and enter more fully into the story without fearing some cruel, surprising jolt coming from out of the blue.

    Time passes in the story, a lifetime passes. Things change as they inevitably do and usually not for the best. Systems fall apart ; its called entropy. There is a good writer named Rohintan Mistry, whose first book, A Fine Balance, won many awards. It is a great work up to a certain point and then, perhaps having heard about entropy, Mr. Mistry goes about destroying every good thing about the characters, situations, and relationships he has so beautifully created. I still hate him for that. In discussing this destruction with others, I have heard them say, « But that is the way it is ». I don’t buy it. And Alec Clayton does not buy it either because most of his people are still standing, metaphorically, at the end of the story even if they are not there anymore. And the ending is unusual, surprising, moving, and as satisfying as stark naked honesty must always be.

    Watching the evolution of Alec Clayton’s writing over the past twenty years has been like watching a long-distance runner who starts from behind but slowly, as the race goes on, starts picking off the runners ahead, gaining strength as time passes until he crosses the finish line ahead of the pack. Bravo !

     

    Review by Ricker Winsor

    Surabaya, Indonesia

    February 23, 2017

  • Tupelo d’Alec Clayton

    Tupelo d’Alec Clayton

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 18 mars 2017, dans La une - Littérature

    Tupelo est le huitième livre d’Alec Clayton. J’ai lu la plupart d’entre eux, si ce n’est tous. J’ai observé avec attention sa manière d’écrire. Nous sommes tous les deux des peintres et des écrivains. En fait, j’ai rencontré Alec lorsqu’il fit un compte rendu de ma première exposition en 1994, à Tacoma, dans l’état de Washington, « La Cité du Destin » comme on l’appelle. Il était le chroniqueur artistique d’un journal local, un bon journal d’ailleurs.

    C’était avant qu’il n’écrive son premier livre, avant qu’il ne rassemble ses souvenirs d’enfance et de son passage à l’âge adulte, dans le Mississipi profond d’après guerre. Ses autres livres sont remplis de personnages intéressants et de situations propres au sud, à bien des égards, mais pas autant que Tupelo.

    Dans Tupelo, Alec se donne la permission d’être à nouveau ce garçon et ce jeune homme, de se les approprier complètement et sans plaidoyer pro domo. Il y parvient, il décline, d’une voix haut perchée, les expressions et les nuances de la culture du sud profond, sans jamais en perdre le tempo. Elles font corps avec l’histoire aussi inséparablement que la blancheur avec le riz.

    Inévitablement, l’un des grands thèmes du livre est le clivage racial, la manière dont les blancs et les noirs interagissent avec tant de complexité, un mélange d’amour, d’affection, de peur et de haine. Alec explore tout cela en poète plus qu’en sociologue. A notre étrange satisfaction, car la vérité est certes satisfaisante, mais pas toujours confortable. L’histoire d’Alec en dit plus long sur le racisme que tout ce que j’ai pu lire sur le sujet : elle fait vivre ses beautés ironiques, ses cruautés, son ignorance et ses cœurs brisés. Il fait pénétrer le lecteur, d’une manière profondément personnelle, à l’intérieur des sentiments et des tensions des gens concernés.

    Ce livre est plein de belles choses. La façon dont Kevin, le frère jumeau, raconte l’histoire depuis sa tombe est un coup de maître. Cela permet à cette histoire d’être dite à la première personne et, en même temps, à partir d’un observateur omniscient ; ce qui donne au récit du liant et de la fluidité, en évitant au lecteur tout choc. Ainsi, d’une minute à l’autre, Kevin peut être assis sur la bordure du trottoir, en train de regarder vers la fenêtre de la maison où Wanda s’habille et, immédiatement après, se retrouver dans la pièce, à l’observer, n’ignorant rien de ce qu’elle pense, décrivant la situation qu’elle vit et écoutant la conversation qu’elle a avec sa mère. En tant que lecteur, rien de tout ça ne se remarque ; mais en tant que connaisseur de la littérature, en tant qu’écrivain, cela saute aux yeux et l’on applaudit le brio.

    En raison de la beauté naturelle de la prose d’Alec et de la ductilité de la narration, il est facile de passer à côté de la puissance stupéfiante et de la maîtrise dont cet auteur a fait preuve, tout au long de huit livres magnifiques. Cette prose se déploie comme la grande rivière elle-même, avançant sans heurts, à mesure qu’elle nous emporte. Elle me rappelle le meilleur de Mark Twain, ces journées particulières où Huck et Jim partagent un radeau fait de troncs d’arbres, sur le Mississipi, libres et pleins de vie, dans le soleil du sud.

  • Une histoire d’immigration

    Une histoire d’immigration

    Ecrit par Michel Tagne Foko, le 18 mars 2017, dans La une - Société

    On m’a dit : « Michel, s’il te plaît, viens prendre un pot avec nous ». Sans hésitation, j’ai rejoint le groupe. C’était à Schaerbeek, Bruxelles, Belgique. Non loin de la gare du Nord, vers vingt et une heures, dans un lieu où certaines personnes d’origine africaine et autres se regroupent pour refaire le monde autour de quelques bières et des prompts pas de danse.

    Entre deux bonnes bières belges, s’introduit le sujet de l’immigration…

    Tout a commencé par ce jeune Équato-Guinéen, il a dit : « Avez-vous vu les attaques contre les étrangers en Afrique du Sud ? C’est inadmissible ! Chez moi, ce n’est pas comme ça ! ». Vient ensuite un Gabonais, il a dit : « C’est horrible, c’est scandaleux ! ». Un Centrafricain a dit : « Mandela n’est pas gentil ». Tout le monde s’est tourné. On lui a dit : « Il est mort, Mandela ». Il a continué en disant : « Je voulais dire Thabo Mbeki ». Quelqu’un a dit « C’est qui ça ? ». Une autre personne a répondu : « C’est le président de l’Afrique du Sud ». Un Camerounais a dit : « Tu ne comprends pas le nom ? Il y a que ces gens-là pour s’appeler béquille ». Un Togolais a dit en riant : « En plus on s’étonne qu’il rapatrie les gens ». Un autre a dit : « Ce n’est pas Zuma machin là ? ». « Zuma quoi ? » reprit un Congolais. « Je dis Zuma quelque chose », continua le Togolais. L’Ivoirien dit : « Ah oui, sur internet on dit que c’est Jacob Zuma ». Le Centrafricain reprit la parole, il dit : « il n’est quand même pas gentil »…

    Ça parlait. Ça riait. Ça se discutait. Ça s’insurgeait. Ça buvait aussi. Ça s’abreuvait sans limites. Il y avait des professeurs. Il y avait des étudiants. Des docteurs en je-ne-sais-plus-quoi. Des vrais docteurs aussi. Il y avait un mélange fou. Des diplômés aux non-diplômés. Tout le monde avait la parole. Tout le monde s’insurgeait…

    Et là, il y a ce Camerounais qui a dit : « Jacob Zuma est fou ». Quelqu’un a dit : « Tu savais qu’il est polygame, le mec ? » Un autre dit : « Oui polygame, il n’est africain que quand il veut la femme. Après, il devient comme européen et rapatrié ». Un Béninois dit : « Heureusement que Talon est là pour épargner ce genre d’humiliation à d’autres Africains ». Une personne ressemblant à un Burkinabé dit : « Il faut en finir avec cette histoire de visa entre-africain ». Un Camerounais dit : « Contrairement à certains pays, au Cameroun, tout le monde est le bienvenu »…

    Pendant ce temps, assis tranquillement, je buvais mes bières… Eh oui, pour une fois, j’avais décidé de ne pas parler et d’observer les gens. Ça ne servait à rien de militer. Ils étaient tous contents d’être enfin d’accord. Chacun condamnait fermement ces gens en Afrique du Sud qui chassent les étrangers. Ce qui m’intriguait était de voir comment chacun parlait de son pays comme d’un lieu où ce genre de chose n’existe pas. Chacun évitait de mal parler de son pays d’origine. Ils confondaient l’orgueil et la réalité. Ils étaient tous humanistes et les politiques de leurs pays aussi. Le monde semblait tout beau chez eux. J’étais estomaqué par cet abrutissement ou semblant d’ignorance.

    Je m’explique :

    – Je me suis rendu compte qu’il y avait des Camerounais qui ne savaient pas qu’au Cameroun on rapatrie les sans-papiers. Qu’ils sont arrêtés, placés en cellule, frappés quotidiennement, jusqu’à ce qu’ils trouvent un moyen de rentrer chez eux ! Ce fut le cas d’un Béninois qui me racontait son calvaire camerounais…

    – Le visa pour le Ghana est l’un des plus exorbitants en Afrique. Et en plus, les policiers frappent les sans-papiers avant de les rapatrier.

    – En Côte d’Ivoire, on rapatrie les sans-papiers, c’est un fait !

    – Le Gabon, l’Angola et la Guinée équatoriale sont les champions d’Afrique centrale en matière de rapatriement ! Très souvent, ils entassent les gens dans des bateaux avant de les renvoyer.

    – Etc.

    Alors, que certains arrêtent de croire qu’il n’y a que chez les Européens que l’on rapatrie les gens. Les Africains aussi sont champions en la matière. L’Afrique du Sud n’est pas l’exception. Après avoir dit cela, je précise quand même, bien sûr, que je suis contre le rapatriement des personnes…

  • Présidentielles ; noir, c’est noir

    Présidentielles ; noir, c’est noir

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 11 mars 2017, dans France - La une - Politique - Actualité

    …Chantait Johnny, bêlant, là-dessus, un « il n’y a plus d’espoir », si j’ai bonne souvenance… Atmosphère…

    …Noir, bien sûr, comme ce qui qualifie l’offre formidablement déroutante, la période, les questions sans réponses ; des points d’interrogation, en guise de seule ponctuation. Noire, la couleur de tout, de matines en JT du soir (si, d’aventure, on ne prend pas les infos de midi, on perd le fil). Noir-suie ; genre on voit rien, on respire mal (vraiment loin de l’Outrenoir du Seigneur Soulages).

    Chacun s’accorde à en convenir : nous sommes dans la campagne électorale la plus sombre, indécise, la plus ahurissante, grotesque et par moments pitoyable, de la Vème République. Drôle de tableau pochoir coloré quasi uniquement au « contre ça », la menace FN, bien entendu.

    Un couloir de cave, mal éclairé, aux pavés disjoints ; des chausse-trappes à gogo, partout, et en guise de sol, du glissant, du moisi… une odeur, je ne vous dis pas ; mais où-c’est-y-que je m’en vais poser mes cartons d’archives – moi, qui émerge à peine de mon déménagement, ça m’inspire…

    Vous, je ne sais pas, moi, j’ai un mal fou à me repérer dans la chose, pour tout dire, à certains moments, je n’y vois goutte. Dans un peu plus de 40 jours, les urnes ! C’est peu dire que c’est bien ma première année d’électrice vaccinée, où j’en suis là (« tombée là » disait-on chez moi) : un mélange d’épuisement, de lassitude intense, d’absence de route en vue ; une espèce de coupure nette dans l’arrivée d’énergie, moi, dont la passion pour la chose publique était d’ordinaire à un niveau plutôt de bon aloi, en intérêt, voire en enthousiasme, quand sonnait l’heure des Présidentielles en partance. Bernique, tout ça ; oublié, loin dans des siècles passés. J’ai comme l’impression, parfois, qu’il ne manque plus que le service psychologues pour traumatisme, auprès de nos hésitations et de notre désarroi parkinsoniens.

    Cul par dessus tête, la temporalité de la campagne, et c’est peut-être là que siège une partie du malaise – le mien, c’est sûr. Une autre dimension. Quelque chose d’un voyage intergalactique, ses troubles, et par pulsions, sa bizarre et dangereuse euphorie. Une musique contemporaine, aussi, sérielle, par moments, tuant certaines oreilles, en ravissant d’autres. Assurément, guère harmonieuse. Coups d’accélérateurs – on s’en souvient à peine – depuis le « se présente ou pas » du Président, suivi de son renoncement début décembre (combien de jours, au fait, cette Préhistoire là ?) ; symphonie – concertante, je n’oserai dire – des Primaires de la Droite. Résultats à la hauteur des amateurs d’émotions fortes. Primaires de la gauche, dans la foulée. Re-résultats ; re-grand huit des manèges. Valls au cœur de la tourmente ; mais, Valls, qui s’en souvient à c’t’heure… ? Et puis le roman Fillon ; mieux que les « mystères » d’Eugène Sue le feuilletoniste ; même process, l’écriture au jour le jour du suspense du moment… la totale du manège. En une pincée de jours – autour de 30, pas plus – tout le « plus belle la vie » d’un quinquennat entier, ses personnages, ses presque morts, puis résurrections fulgurantes, ses répliques « tellement vraies » : « mais c’est qu’ils vont me le faire suicider ! » frissonnait une vieille voisine au fond de mes bois de Corrèze… Dans une même journée, des retournements dignes d’Agatha ; démissionne, renonce, s’accroche (et se ré-accroche), plan B, C, que sais-je ; tous les mardi, un Canard, tous les soirs, un C dans l’air vibrant… elle est pas belle la vie du militant de gauche, donné mourant, il y a peu, qu’en peut plus de ce Noël juste un peu en retard ! C’est vrai qu’on s’amuse, jusqu’au moment – pile – où on s’arrête de rire devant ce passage imminent de la démocratie (la nôtre aussi, bigre) dans son cercueil. Quant à la Droite « raisonnable » des alternances, celle de gouvernement, celle des Institutions respectées et du pouvoir judiciaire reconnu, je ne vois guère plus que Juppé pour tenter de lui correspondre, et ce jour, je l’en remercie.