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  • Fusillés pour l’exemple, le chancre mou de notre histoire

    Fusillés pour l’exemple, le chancre mou de notre histoire

    Ecrit par Lilou, le 22 novembre 2014, dans La une - Histoire

    Tout ou presque a été dit sur ce « kyste mémoriel » que Stanley Kubrick le branque a dénoncé dans son film de 1957, Les sentiers de la gloire. Mais les jours de ces années 50 n’étaient pas à la fouille objective de notre nombril mémoriel, encore moins à la dénonciation de ce qui pouvait en dépasser. 1957 ? La France de Vichy est foulée aux pieds de ceux qui veulent nous faire entendre qu’il n’y avait 15 ans plus tôt que des Jean Moulin, et très peu de Gaston Bergery ou de Marcel Déat… 1957 ? La guerre est froide entre l’Est et l’Ouest, et il ne faudrait pas non plus rajouter dans les débats de la société française des Trente glorieuses une louche de doute sur des comportements qui ne sauraient être autre chose que glorieux. 1957 ? La guerre est chaude en Algérie, mais on ne peut la décrire autrement qu’en nous faisant écouter la voix des actualités de Pathé et de Gaumont nuancer ce que tout le monde, sauf les Pieds Noirs, appelle « les événements d’Algérie ».

    Non Mister Kubrick, la France de 1957 s’apprête à voir Jacques Anquetil gagner le premier de ses cinq tours de France, tu n’as aucune chance avec ton chef d’œuvre sur la dénonciation de ces crimes que sont ces fusillés pour l’exemple des tranchées froides et boueuses de la Grande Guerre… Ce n’est pas le moment. Et contrairement à ce qui a été dit, ton film n’a jamais été censuré, il a seulement été victime d’autocensure. La diplomatie française a merveilleusement œuvré pour qu’il ne passe jamais ses frontières. Ton film sortira sur les écrans français en 1975, et en 1982 à la télévision.

    Pourtant, l’objet du film est de montrer finement les effets de la résistance à l’engagement et surtout de nous faire comprendre les conséquences de cette résistance qui ne saurait être que le poteau. La société des années 50 manque de finesse. La Résistance dans ces années-là, c’est le grand Charles, c’est la mémoire du père ou de la mère de famille racontant à l’envi l’histoire des autres, c’est Noel Noel et ces Français bien tranquilles… Mais ce n’est pas ces autres résistants d’un autre âge et surtout bleu horizon, refusant ces ordres débiles du chemin des dames ou des craies de Champagne. Ce ne peut être eux. Ils ont passé l’âge…

    Les Sentiers de la gloire n’est pas un film de guerre. Il est un film contre la guerre et ce faisant il est un film profondément antimilitariste. S’appuyant notamment sur l’affaire des Caporaux de Souin en 1915 et des martyrs de Vingré en 1914, ce film est avant tout une fiction faisant écho à ces kystes mémoriels qui ont tout de l’antihéros, voir du lâche au sens kubrickien du terme. Le moyen de maintenir la discipline, c’est de fusiller un homme de temps à autre, fait dire Kubrick à ce général français de ces années de plomb.

    Ces années de plomb justement !! Dans le film, jamais l’Allemand n’est filmé. Remarquable que cette perspective ! Jamais dans ce film censé relater la guerre fratricide héroïque et glorifiant le sabre au clair et la baïonnette au canon, l’ennemi n’est vu, ni combattu. L’ennemi est autre, il est intérieur où il est invisible. Tout comme celui qui donne la mort par ailleurs ! 70% des tués de 14/18 l’ont été par des obus et donc par la main invisible d’un ennemi lointain se confondant avec ces paysages torturés et blessés. Ce point de vue-là est déterminant dans la compréhension du film : les soldats n’affrontent en fait qu’une seule chose dans cet assaut : la mort.

    Par ce film, Kubrick nous jette à la figure que l’homme est un individualiste de nature. En effet, alors que dans la guerre, et conceptuellement, l’intérêt supérieur de la défense de la Nation est toujours largement admis, publié et traduit dans toutes les langues y compris le Grec et le Latin, Kubrick nous prouve que devant sa propre vie, l’homme peut (doit ?) se dresser en s’opposant parce qu’il sait que le combat est perdu d’avance. Alors dans cette option, où l’Homme est laissé à sa pensée, c’est sa survie individuelle qui prime. Et si l’on pousse la réflexion un peu plus loin sur cette attaque perdue d’avance et ordonnée par des Généraux dont la responsabilité est intouchable de par leurs étoiles de commandement, on peut dire que Kubrick a voulu dénoncer ici la validité des ordres donnés par un nombre réduit d’hommes, passionnés par eux-mêmes à une majorité d’autres, passionnés par la vie. Tiens tiens… La validité des ordres, et ce faisant l’acceptation de la hiérarchie…

    Ce film décrit la tragédie silencieuse de trois soldats, plus ou moins tirés au sort et qui seront exécutés. Kubrick nous pose finalement la question suivante : qui est plus à même de juger ce qui est bon pour soi-même ? Il ne répond pas vraiment, nous laissant dans l’entonnoir de nos pensées avec cette réponse romantique qui consiste à accepter ou pas de faire le sacrifice de sa survie, quitte à désobéir, et ce faisant attendre des jours meilleurs ? Par cette demie réponse, Kubrick nous démontre magistralement que notre propre vie, notre intérêt finalement, prime sur le collectif.

  • OPINION - Louis Pauwels, Edwy Plenel : même combat ?

    OPINION - Louis Pauwels, Edwy Plenel : même combat ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 22 novembre 2014, dans La une - Média/Web - Politique

    On se souvient de l’époque héroïque des débuts du Fig Mag, version Hersant. Louis Pauwels, son directeur d’alors, avait fait de cet organe de presse un pont, une passerelle entre la droite et l’extrême-droite, avant même la percée du Front National aux européennes de 1984. Des reportages sur le Club de l’Horloge aux apologies du maréchal Pétain, censé avoir préservé la France du pire en 1940, en passant par le risque d’irruption des chars russes sur les Champs-Élysées, le Fig Mag fit le lit de la première poussée frontiste : 10% dans le 16ème arrondissement en 84 ! Les bourgeois BCBG osaient s’encanailler avec la bénédiction du très respectable Figaro…

    N’est-on pas en train d’assister à la même chose, cette fois-ci à gauche, avec un Mediapart servant de lien entre les ultras de l’antisionisme et les bobos bien pensants de la majorité actuelle ?

    C’est un fait, depuis les évènements de Gaza, un déferlement antisioniste a emporté dans son sillage l’extrême-gauche et une grande partie des opposants gauchistes à l’actuelle politique gouvernementale. Le sionisme est le plus tranquillement du monde assimilé au colonialisme, voire au nazisme et Netanyahou à Hitler.

    Chez Mediapart, si les journalistes – prudents – ne font que manier l’allusion perfide (brocardant les soi-disant « mensonges » de la Ligue de Défense Juive au sujet des attaques contre les synagogues parisiennes et leur diffusion par le CRIF. Le mot « complot » n’est pas prononcé, seulement hypocritement suggéré), donc si les journalistes ont l’intelligence de contenir leur plume, les lecteurs, eux, s’en donnent à cœur joie. Leur judéophobie n’a rien à envier à L’Action française de l’entre-deux guerres ou à Je suis partout, le torchon de Brasillach. Qu’on en juge sur pièce : d’une certaine « Giulliettasubversiva » (recommandé 21 fois, déconseillé 0 fois) : « pardon, mais le CRIF prend-il la France pour un camp soumis à l’autorité israélienne ? Ici, nous avons la liberté d’expression qui ne saurait être muselée par des associations communautaristes. Ici, c’est la France ! Pas Israël ! »

  • Plongée dans les associations pro-israéliennes en France

    Plongée dans les associations pro-israéliennes en France

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 22 novembre 2014, dans La une - Société

    Je reviens sur la remarquable recherche menée par Marc Hecker, le rédacteur en chef adjoint de la Revue de Politique étrangère de l’IFRI, que j’avais présentée il y a peu dans Reflets du Temps : « Intifada française ».

    Un chapitre majeur et très copieux aborde et « passe au peigne fin » ce que la France compte d’associations juives pro-israéliennes. Un voyage, une découverte ; des données fondées sur articles, chiffres, et aussi entretiens. Au bout, des représentations à redresser pour le lecteur, même celui qui se croit au courant.

    Quand on pense associations juives, sonne pour chacun d’entre nous le CRIF – ce n’est évidemment pas que ça ! loin s’en faut. Et on a l’impression que la « Communauté » Juive est particulièrement active et représentée par ses associations – ne serait-ce qu’en « l’entendant parler », radio-TV, par exemple – Encore plus faux.

    « S’il y a entre 500.000 et 600.000 Juifs en France, tous n’appartiennent pas aux communautés juives… ils se construisent un judaïsme à la carte, et la majorité se meut en dehors de l’espace communautaire, à savoir synagogue, centre d’étude, mouvement juif politique ou culturel. 48 % ne fréquentent pas la vie juive organisée ».

    Les associations se partagent entre celles de la communauté juive elle–même, et celles en dehors de la communauté juive. Dénominateur commun : le rapport à Israël ; positif, presque toujours, pas forcément fanatique.

    On trouvera entre ces associations, comme un tissu chaîne/trame, des positionnements – ayant parfois varié – sur le sionisme, les impacts de la  Shoah, les politiques de l’État hébreu ; bien entendu, le conflit israélo-palestinien. En filigrane, les différentes politiques étrangères françaises au Proche-Orient. Les positions des groupes, mais aussi leurs positions entre eux, car, à y regarder de près, nuances, quand ce n’est pas divergences, il y a.

  • L’œil de Claude : des mensonges et de l'espace

    L’œil de Claude : des mensonges et de l'espace

    Ecrit par Claude Gisselbrecht, le 22 novembre 2014, dans La une - Sciences - Actualité - Politique

    Le 9 novembre 1970, le Général de Gaulle, fondateur de la Ve République, nous quittait, laissant nombre de ses successeurs dans l’expectative, en raison notamment d’une vision étriquée voire étonnée de la politique. Avec les conséquences que l’on sait.

     

    Vingt ans plus tard, le 9 novembre 1989, tombait le Mur de Berlin, qui marquait la fin de la guerre froide et le retour de la liberté… Pour la petite histoire, ce jour-là, Alain Juppé, alors secrétaire général du RPR, et Nicolas Sarkozy, auraient assisté ensemble à la chute du « Mur de la honte », mais, très vite, le doute s’installait quant à la véracité des dates.

     

    Cerise sur le gâteau : François Fillon confirmait la version de l’ancien président de la République, déclarant qu’il avait bel et bien croisé les deux hommes à cette date, entre la Porte de Brandebourg et Check Point Charlie !

     

    Où l’on se dit que le manque de transparence, pour ne pas dire le mensonge, continue de sévir dans les plus hautes sphères du pouvoir, au nez et à la barbe des citoyens, qui, le plus souvent, ne pensent qu’à se venger, surtout au moment des élections… Aujourd’hui, on retrouve le « trio infernal », prêt à affronter la primaire de l’UMP prévue le 29 novembre prochain. Avec, peut-être, un nouveau « mensonge » à la clé, impliquant François Fillon et l’actuel secrétaire général de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet, à qui l’ancien Premier ministre aurait demandé un « petit service » au sujet de l’ex-chef de l’Etat… Finalement, on constate que dans notre beau pays de France les décideurs, de quelque bord qu’ils soient, ne cessent de « se claquemurer », garants d’un immobilisme suicidaire et fossoyeurs de la politique, au sens noble !

     

    Le robot Philae vient d’entrer en hibernation, après avoir envoyé quelques photos exceptionnelles et foré le sol de la comète « Tchouri »… Le monde entier a salué cet exploit, qui a permis de redorer le blason de l’Europe, dont les étoiles, soudain, se sont mises à briller d’un éclat particulier !

  • Au bout du monde

    Au bout du monde

    Ecrit par Marc Safran, le 22 novembre 2014, dans La une - Ecrits

    J’aurais voulu rejoindre ton cœur par la cordillère

    Gravir le monde vers ta lumière, emprunter le feu

    Et vibrer comme un mirage dans le désert,

    J’aurais voulu l’atteindre dans son rayon rasant,

    Voir partout les ombres dorées s’incliner doucement

     

    Sillonner le long des fissures, légères, sentir

    Gronder, plus loin, l’obscurité exsangue

    J’aurais voulu rejoindre ton cœur en un seul homme

    Rendu digne de ta splendeur pour avoir franchi des plateaux

    De ruines et de tempêtes, pour lui servir de guide et d’interprète

     

    J’aurais voulu l’approcher dans son immense clarté

    Longeant des lacs salés, scintillants et délétères

    La fraîcheur des palais, les mygales desséchées,

    Te faire absorber ces soleils de la mémoire qui drainent

    Au fond de leurs sourdes contrées, les puissances de l’oubli

     

    Et l’explosion de l’ange, j’aurais voulu le rejoindre

    Entre les nuées de Samarkand, l’apprendre à en tomber à genoux,

    Et soulever ses rouges soieries pour enfin voir derrière la nuit,

    Entendre de multiples voix autour de moi, m’embraser

    Comme un feu de joie, crépitant sur sa barque en bois

  • KI-C-KI

    KI-C-KI

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 22 novembre 2014, dans La une - Littérature

    Pour une savoureuse balade littéraire du côté d’un pays très ensoleillé, sont présentés ici des extraits d’un roman fort distrayant, plein de drôlerie, une sorte d’autobiographie romancée (ou récit d’une éducation sentimentale), d’un grand écrivain Sud-Américain, contemporain et toujours vivant, auteur d’une considérable œuvre littéraire, et qui, dans ce roman, nous entraîne allègrement au fil des pages dans une folle odyssée de personnages et d’histoires savamment entremêlés au cœur de ce récit agrémenté d’aventures délectables que l’on suit d’un bout à l’autre avec rires et gourmandise.

     

    Extraits :

    Et nous voilà cheminant sur l’obscur Ravin Armendariz, sur la large avenue Grau, à la rencontre d’un film qui, pour comble, était mexicain et s’appelait Mère et maîtresse.

    – Ce qu’il y a de terrible pour une femme divorcée, ce n’est pas que tous les hommes se croient obligés de te faire des propositions (…). Mais qu’ils pensent, puisque tu es une femme divorcée, qu’il n’est pas besoin de romantisme. Ils ne te font pas la cour, ils ne t’adressent pas de propos galants, ils te proposent la chose de but en blanc le plus vulgairement du monde. Ça me met hors de moi. Aussi, au lieu de me laisser mener au bal, je préfère aller avec toi au cinéma.

    Je lui dis merci beaucoup pour ce qui me concernait.

    – Ils sont si stupides qu’ils croient que toute femme divorcée est une fille des rues, poursuivit-elle sans se sentir visée. Et puis ils ne pensent qu’à faire des choses. Alors que ce qu’il y a de plus beau ce n’est pas cela, mais se faire la cour, tu ne crois pas ?

    Je lui expliquais que l’amour n’existait pas, que c’était une invention d’un Italien appelé Pétrarque et des troubadours provençaux. Que ce que les gens croyaient être un jaillissement cristallin de l’émotion, une pure effusion du sentiment, était le désir instinctif des chats en chaleur dissimulé sous les belles paroles et les mythes de la littérature. Je ne croyais à rien de cela, mais je voulais me rendre intéressant. Ma théorie érotico-biologique [la] laissa, de surcroît, quelque peu incrédule : est-ce que je croyais vraiment à ces stupidités ?

    – Je suis contre la mariage, lui dis-je de l’air le plus pédant que je pus. Je suis partisan de ce qu’on appelle l’amour libre, mais que, si nous étions honnêtes, nous devrions appeler, simplement, la copulation libre.

    – Copulation cela veut-il dire faire des choses ? rit-elle. – Mais elle prit aussitôt un air déçu : – De mon temps, les garçons écrivaient des acrostiches, ils envoyaient des fleurs aux filles, il leur fallait des semaines pour oser leur donner un baiser. Quelle cochonnerie l’amour est devenu chez les morveux d’aujourd’hui, Marito !

  • À la recherche de Dieu et du miel

    À la recherche de Dieu et du miel

    Ecrit par Tawfiq Belfadel, le 22 novembre 2014, dans La une - Ecrits

    Pour la première fois, je mets les pieds sur le sol de la France dont je pratique la langue et déguste le vin. D’ailleurs, je n’ai jamais quitté mon pays. Je suis un arbre dont les racines sont attachées aux branches, un jeune homme assombri par le noir de mon Algérie.

    Dans mon cabas : du tabac, une chicha (narguilé), et des livres. Sur mon dos : de la solitude et de l’amertume née en moi parce que mon père est né après l’Indépendance. J’arrive sur Paris que je n’ai connu que par la lecture. Paris est une femme libre mais encore vierge et séduisante. J’ai le vertige tel Raskolnikov après son crime. Le bruit des engins et le son de la rapidité se mêlent dans ma tête solitaire. Chose étonnante : ici les femmes sont moins nues que chez nous où des femmes portent des minijupes et des collants translucides en plein hiver.

    J’entre dans un café. Je trébuche sur les marches. Ma tête est devenue une boite de Pandore. Je veux quitter vite cette terre : à cet instant, la modernité me semble une imposture. Je commande un café. Je sors un roman que je lis pour la deuxième fois : Au pays de Tahar Ben Jelloun. Je déteste le personnage de ce roman qui s’accrochait tellement à l’avenir qu’il avait oublié de vivre, perdant ainsi le sens de son être qu’il avait construit depuis des années en France. La vie est comme un briquet que je perds quelques heures après son achat. Des nuages de cotons.

    Je paie et je sors. Je prends le train pour me diriger vers l’hôtel. Je trébuche encore en montant. Je m’assois. En face de moi, une femme qui semble avoir quarante ans. Cheveux courts, un pull rouge, jean noir moulant. Ses yeux noirs me dévisagent derrière des lunettes. L’histoire de Stendhal se dessine dans ma tête : Le Rouge et le Noir. Cette femme est un roman.

    Je sors mon roman. « Je peux voir le livre ? » me dit-elle. Je le lui donne. Elle le jette dans son sac. La discussion commence alors par la littérature et sombre dans l’amour et l’érotisme. « Il y a deux choses qui m’attirent en toi femme-roman ». « Lesquelles ? »« Ta poitrine bien dressée vers Dieu, et tes cheveux courts que je rêve de caresser ». « J’aime les mecs subtils » me dit-elle. Ah ! J’ai raté ma station. Elle m’invite à prendre un verre en sa compagnie.

  • Mausolée à bout d’une joie

    Mausolée à bout d’une joie

    Ecrit par Ahmed Khettaoui, le 22 novembre 2014, dans La une - Ecrits

    Suintant sa fluidité, parcourant l’unique lignée du cimetière entouré d’une orgie de fleurs et de sapins, un vieux corbeau grignote aux alentours une bouchée d’une charogne abandonnée, déchiquetée.

    Soufiane guetta minutieusement tout appât parvenant de ce dernier.

    Le corbeau rebroussa son chemin, toussant à haute voix, reniflant la charogne à l’aide de son bec hideux quand Soufiane s’exclama :

    – Hé, toi, là-bas, viens je te parle, j’ai une bonne nouvelle pour toi et les tiens, ne t’évade pas, je t’en supplie.

    – Non, je ne m’évade pas, répondit son rival le corbeau d’un ton impérieux ; seulement j’ai troqué une ère par une autre plus récente, plus fréquente et plus vitale, en grignotant mon destin.

    Soufiane s’accroupit devant une touffe d’herbe boueuse, mâchant une existence latente, ébranlée dans ses occurrences.

    Substitue ses pensées, ses absences mystiques et mythiques, ses énoncés antiques spirituels.

    Il se sent frappé par une rafale de stigmates archaïques en pleine figure.

    Il répondit d’un ton dolent, plaintif, en murmurant : certes qu’il fait allusion à une ère emblématique ce corpulent corbeau, est-ce là le point nodal de nos souffrances, rétorqua Soufiane en soupirant, soulignant la certitude venant de cette mesure, cet acte décisif !

    Une envolée intense médiévale lui retint son souffle égaré dans un mythe légendaire, imaginaire sous forme d’un conte prodigieux, amputé de sa mémoire collective que sa grand-mère Hadda lui avait relaté.

    Soufiane qui retint la trame du récit raconté par sa grand-mère jeta un coup d’œil vers le corbeau plissé dans une arrogance menaçante comme un paon à quelques mètres de lui.

    Ils changèrent quelques regards fragmentaires, et quelques petits sentiments conventionnels.

    Le corbeau tissait les lieux d’un regard strident, frappa de ses pattes, horriblement, un tombeau poussiéreux, hanté par un attroupement de fourmis aberrantes, légendaires, crucifiées au long d’un morceau de bois baffé par un givre hivernal.

    Soufiane, après avoir sollicité quelques minutes de répit, dans l’espoir d’épurer ses tendances mythiques ensevelies dans son intuition, comme s’il était narrateur, ou auteur d’un chef-d’œuvre achevé à l’instant même.

    A toute jambes, il regagna l’endroit, dans l’espoir de trouver ses pénates !

  • Billet fou « Véritatis Splendor »

    Billet fou « Véritatis Splendor »

    Ecrit par Luce Caggini, le 22 novembre 2014, dans La une - Ecrits

    Délivrée de ses rites,

    bouleversée

    Reconduite, remodelée

    par le signe transparent

    le plus puissant qui

    puisse parvenir jusque

    Sur la terre,

    « L’Amitié du Ciel », Luce Caggini

     

    Même des centaines d’ordinateurs ne sauraient contenir mes frénésies ondoyantes retraçant mes orageuses nombreuses mers animées de montagnes nouées de ramifications amoureuses inondées dans des mondes manichéens sans que je puisse marginaliser mes passions.

    « La vérité est dure ».

    Sale histoire de rêves qui partent en fumées à Long Island.

    Faire disparaître une ombre après une autre, ça ressemble à un programme de destruction bien ciblé.

    Raser les vestiges d’un passé habité c’est un emploi à plein temps.

    Cette demeure appartenait au film de Gatsby. J’ai rêvé grâce à lui, j’en ai eu plein les yeux.

    Je n’ai pas le sens du pèlerinage, je n’ai pas en moi ce temps de pèlerinage.

    Voir est un bonheur, savoir est aussi un bonheur éblouissant.

    Un souvenir ressuscité vaut mieux que l’objet qui le matérialise.

    Une maison éventrée est une provocation, un serrement du cœur.

    Je sais Long Island, je connais Long Island et cette demeure mythique que je n’ai jamais vue, seulement inaccessible à ceux qui ne savent pas que la mémoire de la vérité c’est la magie du rêve. Mais un envers c’est comme un marin dans une mer sans sel ! Long Island a vécu des heures qui me sont étrangères, mes propres vécues.

    Fallait-il le faire en douce sans exhiber la brutalité d’un pragmatisme exterminateur !

  • Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

    Le collier du Prince héritier ( feuilleton)

    Ecrit par Gontrand-Hubert Mogador, le 22 novembre 2014, dans La une - Ecrits

    11) Agapes cévenoles

    La fête des retrouvailles s’acheva par un banquet improvisé. De nombreux toasts furent portés et des rapprochements affectifs furent initiés. Entre Dolorès et Ange, les heureux parents réconciliés, rien de plus naturel, mais aussi entre Marie-Félicité et les deux frères de lait, la somme de leur séduction ou leur rivalité ayant enfin eu raison de la sévérité de la belle créole. Après un solide dessert composé d’un sommier de pudding au chocolat matelassé de crème de marrons vanillée et drapé d’une crème fouettée au gingembre et à la cardamome, servi avec un cocktail d’Armagnac, de Gin et de liqueur de myrtille, les protagonistes étant plongés dans une douce somnolence due également à l’abus de champagne et de godiveaux d’agneau au pélardon frais que l’on avait dégustés avec quelques bouteilles de Clinton retrouvées dans les caves par Maria-Felicitad dans son entreprise d’assainissement de la vieille bâtisse – nos convives ignoraient évidemment que ce vin traîtreusement délicieux issu du cépage éponyme et qui faisait jadis les délices des Cévenols eût été interdit depuis des lustres au même titre que l’absinthe et pour des raisons similaires (le législateur s’arroge souvent le droit de prohiber la consommation de denrées naturelles soupçonnées d’attenter à la santé mentale du bon peuple, sans s’offusquer de ce que l’on parvienne aux mêmes fins par d’autres moyens moins savoureux) – profitant donc d’un assoupissement général attesté par une polyphonie de ronflements plus ou moins assonants, Gilda décida de mettre à exécution le plan qu’elle avait échafaudé en dansant la rumba et le mambo. Elle se glissa subrepticement dans les cuisines sachant que c’était l’heure où M. Foung s’occupait au pigeonnier de ses précieux messagers – elle avait appris dans la résistance qu’elle avait exercée contre les diverses tyrannies politiques, idéologiques ou domestiques auxquelles sa vie aventureuse de femme éprise de liberté l’avait exposée que le meilleur des complices est néanmoins un traître potentiel – elle prit dans sa cachette l’écrin contenant le collier, sortit du mas en évitant la terrasse où sommeillaient ses amis et se dirigea vers le campement du lieutenant. Le chien Parsifal, plus sobre que son maître ou plus vite dégrisé, avait retrouvé tout son libre arbitre et la suivait. Gilda ramassa une petite pomme de pin qu’elle lui fit flairer puis elle la lança à l’intérieur du cabriolet décapoté. Le chien sauta d’un bond dans la voiture et chercha la pigne qu’il lui rapporta sans qu’aucune alarme ne se fût déclenchée. La voie était libre. Gilda cacha l’écrin aux rubis sous le siège du passager et poursuivit son jeu avec le chien en lui lançant un morceau de bois loin du campement de Thibaud Leminou. Quand les convives émergèrent de leur sieste éthylique, la star se berçait innocemment sur une balancelle en feuilletant une revue de mode.

  • A Clermont-Ferrand, une semaine de

    A Clermont-Ferrand, une semaine de "Traces de Vies"

    le 22 novembre 2014, dans La une - Cinéma

    La 24ème édition du festival Traces de Vies propose au public du 24 au 30 novembre une programmation de 90 documentaires courts ou longs métrages dans les salles de Clermont-Ferrand et de Vic le Comte,  la petite ville où est né le festival. Dans cette programmation, plus de 50 films sont en compétition pour l'attribution des différents  prix.

    Si la télévision a contribué à figer  les représentations du documentaire en diffusant une multitude de films animaliers, historiques, géographiques ou d'investigation journalistiques, un festival permet de découvrir d'autres facettes de ce cinéma extrêmement vivant. Le documentaire de création, fenêtre sur le réel, explore les évolutions des sociétés dans toute leur complexité mais s'attache aussi à des parcours individuels singuliers. Les réalisateurs y développent un point de vue fort et souvent engagé sur l'actualité sociale et politique nationale et internationale. Les récits se déroulent sous des formes extrêmement variées mais toujours très créatrices dans l'écriture cinématographique.

    Le festival ouvre "No land's song", de Ayat Najafi, en avant première française. Le réalisateur  suit, de Paris à Téhéran, la contestation politique et artistique d'une jeune musicienne. Elle s'oppose aux mollahs qui interdisent aux femmes  de chanter en public : leur voix trop sensuelle risque d'éveiller les démons masculins.

    Dans les catégories  "Hors frontière" et "Monde sensible" le spectateur est transporté dans une vingtaine de pays différents à la découverte des mentalités, du travail, du quotidien d'habitants face à leur propre vie ou confrontés à des événements tragiques. Quatre films de la sélection peuvent illustrer ce tour du monde.  Dans "Pouvoir et impuissance" Anna Recale Miranda accompagne au plus près, pendant 4 ans,  de son élection à sa chute en 2012, le président Lugo, ancien évêque des pauvres. C'est au Paraguay une réflexion tragi-comique sur le pouvoir politique   en démocratie. Anca Hirte assiste dans "Au nom du maire" aux audiences des habitants d'une petite ville roumaine venus réclamer un droit ou une faveur à la représentante de l'élu. Sur les visages des interlocuteurs défile en gros plan et en miroir  la comédie du pouvoir. Charlie Rojo entraine le spectateur de "Pétersbourg, note sur la mélodie des choses'" dans une promenade subjective et poétique dans la ville de Dostoïevski. Une jeune libanaise vivant à Paris, vole au secours de son père confronté à des difficultés financières et à la gestion délicate d'une école privée à Beyrouth dans "Home sweet home" de Nadine Naous; un peu de fatalisme oriental et beaucoup d'humour.

    Le festival est organisé par une école de travailleurs sociaux et "un juste regard social" rassemble des réalisations attachées à des questions sociales. S'y  côtoient vulnérabilités provisoires, précarités sociales ou personnelles, trajectoires marginales ou singulières. Cette édition met en relief des regards sur des situations de handicap - "la nuit qu'on suppose" pour la cécité -, sur le travail des handicapés dans un ESAT (établissement d'aide et service par le travail)  -"L'orange épicée" -,  sur leur intégration scolaire dans un collège - "Si différents, si proches" - . Des films témoignent de la difficulté de "Vieillir en prison" ou des sacrifices d'une mère qui espère  la sortie de son fils de prison dans "l'éphéméride"

  • On m’a volé le Mur de Berlin

    On m’a volé le Mur de Berlin

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 15 novembre 2014, dans La une - Souvenirs - Histoire

    On m’a volé le Mur de Berlin.
    Déjà à l’époque, je me sentais comme derrière un rideau de fer.
    Car Berlin était bien the place to be…
    Mais moi, toute jeune professeur d’allemand, j’étais bloquée, enceinte jusqu’aux dents, en Auvergne, dans Clermont la Noire, avec ma princesse de quatre ans et mon cher et tendre number one, lequel était cheminot, et avant tout syndicaliste. D’ultra-gauche, il aurait fait passer Mélenchon pour un membre de l’UMP ; je vivais sous une dictature des idées qui aurait fait pâlir Pol Pot : je n’avais même pas le droit de posséder un téléviseur, car de tels objets sataniques faisaient bien sûr partie de la société de consommation et du Grand Capital abhorré…
    Parfois, je fuguais en douce, ma fille sous le bras, pour regarder Miami Vice chez les voisins, en rêvant d’un repas au Mac Do, avant de rentrer éplucher les légumes de notre potager…
    Le jour où l’Histoire bascula, j’étais couchée, malade, mon petit transistor collé à l’oreille. Je me souviens avec précision de ma joie et de mes larmes.
    Ma joie en pensant très fort à Iris, ma correspondante allemande ; des années durant, nous nous étions écrit et avions échangé pensées, coups de cœur et cadeaux… Je revoyais son visage radieux et les petites figurines en bois tourné fabriquées dans le Erzgebirge, ce massif montagneux où elle passait ses vacances ou partait en camp de « pionniers », qu’elle m’envoyait depuis la RDA, depuis Dresde… En échange, je lui avais offert son premier jean, et puis tous ces vinyles des Stones, de Abba… Nous avions, jeunes adolescentes, rêvé en vain notre improbable rencontre…
    Mes larmes, car en tant qu’enfant de l’Europe, j’aurais tellement aimé en être, de cette fête autour de la Chute du Mur… Entre une mère de Rhénanie et un père né dans le Tarn, j’avais toujours navigué entre les forêts de sapins enneigés et d’immenses champs de tournesols, entre Heine et Hugo, Renoir et Klimt… J’avais quelques années auparavant rédigé mon mémoire de maîtrise sur « La révolte de la jeunesse en RFA », y évoquant les premiers mouvements alternatifs, les squats, la naissance du mouvement écolo, et j’eusse tant aimé, en cette semaine de 1989, moi aussi, devenir « le peuple »…
    Mais non. Même les images de ce bouleversement du monde m’étaient refusées, et ce n’est que de loin que je les pressentis, en ce jour où le mur tomba : l’allégresse et la joie, qui se mêlaient en ce ciel enfin réunifié et qui m’atteignaient jusqu’au fin de ma solitude.

  • 14-18 : la guerre maudite

    14-18 : la guerre maudite

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 15 novembre 2014, dans La une - Histoire

    Oui ! Maudite parce qu’absurde, scélérate, voire suspecte d’un nationalisme pré-fasciste. On admet de mourir pour une « bonne » cause : la démocratie, les droits de l’homme, l’égalité du genre humain. Mais ici la cause était mauvaise.
    Or quelle était la « cause » de tous ceux qui participèrent à la grande guerre ? Une et une seule : la patrie, avec, en plus, dans les monarchies, le souverain. La patrie n’est pas la « nation », au sens moderne du terme, mais plutôt la natio médiévale : là d’où l’on est né, la terre des pères, patri-a, Vater-land. L’endroit qui renferme leurs corps, où, à leur mort, ils sont retournés après en être sortis. Vieux mythe de l’autochtonie : la terre est la matrice produisant les êtres vivants et les réabsorbant ensuite dans un cycle sans fin.
    Le souverain, d’ailleurs, n’étant lui-même qu’une personnification de cette terre : en 1914, les soldats britanniques se battaient « for King and country », les deux se confondant. Tel est, au demeurant, le fameux secret du Graal dans la légende arthurienne : le roi et la terre ne font qu’un ; le roi dépérit, suite à l’infidélité de Guenièvre ? Donc la terre devient stérile !
    A la différence du nationalisme, le patriotisme n’est pas une idéologie : il s’accommode de toutes les idéologies ; beaucoup d’Allemands, pas particulièrement nazis, combattirent pour l’Allemagne, même nazie. En Russie, la seconde guerre mondiale se nomme « la grande guerre patriotique ». Staline avait bien compris qu’il était plus facile de se sacrifier pour « Matouchka Rossia » que pour le communisme…
    La mentalité contemporaine raisonne en termes manichéens : il y a les bons et les mauvais, les salauds (comme dirait Sartre) et les justes. Le patriotisme, lui, repose sur la tripe : on défend sa terre comme on défend sa mère, sans se préoccuper des mérites ou des démérites de ceux qui la gouvernent. La « justice » de la guerre est un plus, mais un plus à valeur cosmétique, rationalisation d’un attachement irrationnel à sa glèbe natale.
    Si l’on ne comprend pas cet instinct territorial, très animal dans son essence, la première guerre mondiale reste une énigme, un scandale, une infamie. Pire, on projette, de manière anachronique, les théories racistes du XIXème siècle sur les combattants des tranchées. Et c’est vrai qu’il y eut, dans chaque camp, une propagande jouant sur l’infériorité – voire la monstruosité – intrinsèque de l’ennemi. Mais psychologiquement, un tel ressort n’a jamais prédominé. Et nous touchons ici au cœur de ce qui sépare les anciens des modernes, en matière de polémologie : aujourd’hui on se bat contre ; contre le djihadisme, le fascisme, le racisme, l’intolérance, etc., etc… hier on se battait pour, pour son pays, au sens au moins autant local que national du terme.

    Nous vivons une ère post patriotique de déracinés. La disparition de ce lien tellurique – que je suis le premier à ressentir, étant parisien de naissance ! – discrédite à jamais l’héroïsme pourtant réel de ceux que célèbre le 11 novembre. Ce conflit, dans mémoires, se voit alors frappé de malédiction : damnatio memoriae.

  • Tulle :  du plaçou et de la  bienveillance…

    Tulle : du plaçou et de la bienveillance…

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 15 novembre 2014, dans France - La une - Politique - Actualité

    … A moins que ce ne soit du Service Public... Elle tenait pourtant son affaire, la petite journaliste, et ne comptait pas lâcher le manche : comparés chiffres et critères, Guingamp pouvait prétendre à récupérer en ses murs son Tribunal de Grande Instance ; par contre, c’était niet pour Tulle. Or, voilà pas – comme on dit en Corrèze – que la ville du Président voit revenir de Brive, où l’avait exilé feu Sarko, en 2010, le tribunal, son personnel, ses dossiers. Mazette ; du 2 et quelques millions d’Euros – beaucoup au titre de remise en fonctionnement d’un bâtiment qui n’était pas neuf – pris directement dans la poche du contribuable (notre poche) ! Elle en a presque la respiration coupée, la brunette, et on entend comme en voix off, de l’autre côté de notre écran TV, siffler de contentement le sourire du commanditaire ; Pujadas, bien sûr.
    Vrai – on s’en souvient – que la valse des tribunaux, qui, comme autres hôpitaux, avait ému le monde des justiciables et de leurs magistrats, avocats et toutim en robes noires, en un temps pas si loin, où le président Sarkozy – respectueux, lui, du moindre denier de l’État – réaménageait un peu tout, à coups de balais colériques et de chiffons à avaler la plus petite poussière dépensière. Faudrait aller divorcer ailleurs, ou débattre sous d’autres cieux des limites séculaires de mes champs ? Ben, quoi ! disait alors le menton bonapartiste du Nicolas : on ne fait pas de nouveau Code Civil sans casser quelques tribunaux !
    Si important que ça, ce presque fait divers ? qu’on affichât – quand même, avec les assassins de tous poils – dans cet « œil du 20h », rubrique que Maître David vous invite à regarder toutes affaires vespérales cessantes, avec la concentration qui sied au fondamental, au cœur d’info. Bref, on se tait, et on écoute… En Irak, ça bombarde, Fillon a le feu à ses bourgeoises fesses, il pleut à n’en plus finir dans les Alpes maritimes, mais… chut ! Tulle en Corrèze vient de récupérer son TGI. Affaire d’état – pour le moins.
    Forme, habituelle : encore un pan dans la binette de F. Hollande ; une page à ajouter dans le Hollande-Bashing, ce sport réputé et notoire aux quatre coins de la planète – ah, oui, la France, c’est là où chacun s’essaye, à son niveau, à dégommer la marionnette présidentielle ! par tous les temps, et sous toutes les coutures : une chasse, un exercice bien français. Labellisé.

  • Deuil public

    Deuil public

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 15 novembre 2014, dans La une - Souvenirs - Actualité

    La mort d’Abdelwahab Meddeb et celle de Manitas de Plata, le même jour, pour moi, ça fait beaucoup ! Pas pour tout le monde, bien sûr, parce que l’un, à quatre-vingt-treize ans était un peu oublié et l’autre, n’était malheureusement pas aussi médiatique que certains barbus sanguinaires.
    Je me souviens d’avoir écouté en pension sur mon petit transistor clandestin, le 11 octobre 1963, les émissions consacrées à Cocteau et celles en hommage à Edith Piaf, morts tous deux le même jour. Je ne savais pas si je devais être deux fois triste ou si, dans le fond, ce n’était pas une bonne chose de grouper les mauvaises nouvelles pour ne pleurer qu’une fois. Piaf laissait tout de même des disques, comme le fabuleux guitariste flamenco et Cocteau une œuvre artistique et morale comme le grand intellectuel qu’était Abdelwahab Meddeb. Avec cinquante ans de plus, je ne sais toujours pas ce que la disparition de grandes et belles figures publiques signifie pour le commun des mortels qui les a admirées. Est-ce que la notion de deuil public signifie quelque chose de plus ou de moins que celle de deuil privé ? Savoir que cinquante ans après, Cocteau et Piaf existent toujours pour des millions de gens alors que ma grand-mère, morte l’année suivante, ne vit plus que dans le souvenir d’une dizaine de personnes encore vivantes qui l’ont connue, est-ce là une consolation ou, au contraire, matière à s’étonner davantage de la magnifique absurdité de la condition humaine ? Je n’en sais rien.
    Manitas avait l’âge d’aller gratter sa guitare chez Saint-Pierre. Et puis sa vie n’était plus très belle. Lui qui avait vendu des dizaines de millions de disques, qui avait flambé dans des voitures de luxe et dilapidé des fortunes avec des jolies filles, n’avait plus maintenant qu’une petite vie étriquée de grand vieillard ruiné. Je l’avais approché du temps de sa splendeur, dans les années quatre-vingt, un soir, où, par je ne sais quelle faveur spéciale, nous avions été autorisés à prolonger une soirée dans l’auberge de Camargue que son clan avait réquisitionnée pour la nuit, après le pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer. Quand sa bande a investi les lieux – une trentaine d’hommes plus noirs que la nuit et quelques femmes d’une beauté provocante – devant les mines patibulaires des gitans, les dîneurs de l’auberge se sont éclipsés. Le patron a dû négocier l’autorisation pour notre tablée de rester discrètement un moment. A-t-il fait valoir que nous étions des juges ou s’en est-il bien gardé ? Quand Manitas a fait son entrée, après que quelques jeunes guitaristes et danseuses eurent chauffé l’ambiance, nous avions fait la preuve de notre silencieuse fraternité. Nous avons même eu la faveur d’un sourire bienveillant de l’homme aux petites mains d’argent. Ensuite, il a pris sa guitare, les femmes ont dansé, les hommes ont frappé des mains et ont chanté et j’ai su que je vivais une des plus belles nuits de ma vie.