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  • L’enfant forteresse

    L’enfant forteresse

    Ecrit par Pierrette Epsztein, le 21 mai 2016, dans Ecrits - La une - Santé

    Je vais vous conter une étrange histoire. Ce n’est pas un conte de fées. Pourtant, j’aimerais vous rassurer et vous dire qu’elle a une fin heureuse. Peut-être, par certains points, vous retrouverez-vous en pays de connaissance.

    Je suis aux yeux de beaucoup, un machin inclassable. Pour moi, je me vis juste un peu énigmatique. Et j’ai le cœur battant quand on s’approche de moi avec les yeux de la vraie tendresse.

    Je viens d’avoir treize ans. Treize ans dans la tradition juive, un moment clef, le passage à la majorité religieuse. Cet âge est consacré par la Bar-Mitsvah, un rituel aussi important que la circoncision. Par ce rite, on devient responsable. Pour moi, pas de grande célébration à la synagogue. Bien sûr, je portais une Kippa, j’ai eu droit d’endosser le talith qu’on a déposé sur mes épaules mais je n’ai pas récité les prières consacrées. Un rabbin s’est déplacé dans mon école spécialisée pour les dire à ma place. J’étais ému bien sûr, je sentais bien qu’il se passait quelque chose d’important.

    Je sais que je n’aurai jamais le droit de monter à la Torah. Que je ne réciterai jamais la prière du kaddish. Ma vie a repris comme avant inchangée, inchangeable.

    Entendez-moi bien. Je vis dans ma nuit. Je suis un adolescent forteresse. Je suis un pantin esclave de la volonté des autres. Entravé sans cesse, reclus dans mon monde étriqué, captif de mon silence.

    Pour mes parents, ma naissance fut un ratage. Je suis un échec évident, trop évident. Je n’étais pas un enfant attendu, pas un enfant espéré. Un enfant promis. J’étais l’enfant du hasard, l’enfant accident, l’enfant de la malchance, de la déveine, l’enfant inapproprié, malvenu, imprévu. Un mauvais coup du sort. On m’a tout de même circoncis. Par ce geste, on a voulu m’intégrer à une communauté, mais en fait tout cela sonnait faux. Les visages qui auraient dû rayonner étaient tristes, les sourires crispés. Pas de photos, pas de traces. Une annulation en quelque sorte. Je suis un enfant annulé.

  • La critique du Front populaire par les Gauches

    La critique du Front populaire par les Gauches

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 21 mai 2016, dans La une - Histoire

    Comme annoncé dans ma précédente chronique, je vais maintenant passer à une présentation globale de la critique du Front populaire par les gauches – essentiellement le Parti Communiste et le Parti Radical –, après avoir vu celles issues des droites, et ceci toujours à la fois à l’époque contemporaine des faits et encore de nos jours. Il convient de préciser tout de suite une première chose, même si elle semble aller de soi : la critique faite par les communistes fut diamétralement opposée à celle distillée par les radicaux, ce qui ne doit pas nous étonner, dans la mesure où les premiers, malgré une modération certaine dans certains domaines (nous y reviendrons), attendaient plus des gouvernements de Léon Blum au moins dans les domaines liés à la politique étrangère, c’est-à-dire surtout face à l’attitude à avoir par rapport à l’intervention militaire éventuelle dans la Guerre d’Espagne.

    En politique intérieure, à l’époque du Front populaire, les critiques restèrent limitées, surtout de la part du Parti Communiste. Pourquoi ? Tout simplement en raison de l’ordre qui avait été donné au « Parti » par Staline (dirigeant d’une main de fer la IIIème Internationale) : celui de tout faire afin d’éviter une attaque de l’Allemagne nazie contre l’URSS et donc de prêcher la modération dans les demandes économiques et sociales afin d’obtenir une « alliance antifasciste » avec la France et la Grande-Bretagne. C’est d’ailleurs en 1935 que le dictateur soviétique envoya son fameux « télégramme » intimant l’ordre au Parti Communiste de faire alliance avec les socialistes et même les radicaux, en rupture totale avec la période de « bolchévisation » des années 1920 et de la tactique d’avant 1934 (dite de « classe contre classe »). Le Parti Communiste, alors que ses partenaires socialistes étaient prêts à le voir participer au gouvernement, refusa de le faire, dans le but de ne pas faire peur aux classes moyennes (qui avaient très souvent basculé – avec la crise – dans le totalitarisme fasciste et nazi en Italie et en Allemagne). En réalité, seuls les « pivertistes » (l’aile gauche de la SFIO) poussaient à des mesures intérieures vraiment radicales… On pourra remarquer qu’il y a quelques semaines Jean-Luc Mélenchon, leader du Parti De Gauche et porte-voix du Front De Gauche, déclara que le Front populaire, malgré des mesures sociales conséquentes, n’avait pas transformé profondément notre pays, notamment sur le plan du « fonctionnement politique ». Pour en revenir à l’époque du Front populaire, les radicaux n’eurent absolument pas (comme on peut s’en douter) le comportement des communistes sur le plan de la politique intérieure. En effet, le groupe radical du Sénat – élément politique classique fondé sur un conservatisme assez traditionnel au niveau économique et social – tenta souvent de limiter les hardiesses de Léon Blum. En fait, il faut dire que le Parti Radical comportait une tendance située un peu plus « à gauche » et une autre davantage « au centre » ; et cela recoupait nettement les députés radicaux d’un côté et de l’autre le groupe sénatorial du parti.

  • La France a-t-elle une âme ?

    La France a-t-elle une âme ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 21 mai 2016, dans France - La une - Politique - Littérature

    Cocorico ! La France éternelle, la France-personne est de retour. Deux livres l’attestent, celui, tout récent, de Denis Tillinac, L’âme française, et celui, plus ancien, de Max Gallo, L’âme de la France.

    Pour Tillinac, cette âme se confond avec la droite : « la droite des partis – les républicains – pêche par ignorance de soi. Elle ne comprend pas avec quoi le mot “droite” a envie de rimer, dans les profondeurs de la France ». Et d’ajouter : « la France, dans ses profondeurs, est plutôt de droite, et plutôt de gauche dans ses humeurs ». Bref, France s’identifie avec des figures héroïques – fictives, réelles, ou mythifiées – d’Artagnan, Napoléon, Tocqueville, Leclerc, de Gaulle, voire même Mitterrand, « homme secrètement de droite ».

    Max Gallo, quant à lui, dans une grande tradition cocardière, relie la nation à la terre : « au commencement de l’âme française, il y a la terre. C’est ainsi  d’événement en événement, de périodes sombres en moments éclatants, que s’est constituée l’âme de la France ». On croirait entendre du Barrès, entre autres dans un écrit datant de 1909, La terre et les morts : « il faut nous nourrir de notre terre et de nos morts. Le terroir nous parle et collabore à notre conscience aussi bien que nos morts ».

    L’histoire de cette curieuse entité anthropo-tellurique commence avec Montesquieu (L’esprit des lois livre 19, chap.4) : « plusieurs choses gouvernent les hommes : le climat, la religion, les lois, les maximes du gouvernement, les exemples des choses passées, les mœurs, les manières ; d’où il se forme un esprit général qui en résulte. Il faut être attentif à ne point changer l’esprit général d’une nation ».

    Bien sûr, la philosophie allemande donnera à ce concept un tour organiciste. Pour Herder, le Geist des Volkes, l’esprit du peuple, est « inexplicable et indélébile ». Dans la grandiose phénoménologie de Hegel, cet esprit devient une émanation de l’Esprit qui gouverne l’histoire (Naturrechtsaufsatz 1802/03) : « l’Esprit du monde trouve dans chaque forme le sentiment de lui-même, de manière tantôt plus obscure, tantôt plus manifeste, et ce dans chaque peuple ». L’on voit ici se dessiner l’anthropomorphisme consistant à personnifier une nation ou un pays, à les doter d’un esprit ou d’une âme. Cette notion est à la base de toute l’historiographie du XIXème siècle, laquelle servit de matrice idéologique aux nationalismes. Ainsi Michelet parle d’une Histoire de France, et non de la France. Dans sa préface, il explique, évoquant la révolution de 1830 : « une grande lumière se fit et je vis la France. Le premier, je la vis comme une âme et une personne ».

  • Nos gargouilles et chimères

    Nos gargouilles et chimères

    Ecrit par Sana Guessous, le 21 mai 2016, dans La une - Ecrits

    Les gargouilles, les chimères. Les rondes, celles au nez empâté. Les longues, les serpentines, qui vomissent de l’eau sale. Celles aux oreilles pointues, à la gueule grimaçante, aux yeux exorbités. Les cornues, les bossues, les griffues, les écaillées, les carapacées, les ailées, les rampantes, les dentues et les édentées.

    Elles sont partout, les gargouilles. Ma vue en est pleine.

    À Rouen, les gargouilles sont malheureuses comme les pierres qui les soutiennent. Il y a longtemps qu’elles ne font plus peur à personne. Même les gamins s’amusent de leurs tronches grotesques, menaçantes. Il paraît qu’elles protégeaient les églises des diables et des pêcheurs. Qu’elles dégueulaient le mal hors des cathédrales et des tribunaux. Cruelle ironie.

    Aujourd’hui, elles agrémentent des murs désertés, rongés d’humidité. Elles ornent les selfies réjouis des touristes. Elles ont perdu de leur superbe et gagné en « mignoncité » et en likes sur Instagram.

    Je ne vais pas les plaindre. Qu’elles garnissent les coins des églises et qu’elles y restent, la gueule pétrifiée à jamais, comme un souvenir honteux. Souvenir d’une époque où une peur panique de l’enfer et de la damnation régnait sur les esprits. Où une poignée de puissants menaçait de la foudre divine un peuple soumis, abêti.

    À Rouen, la peur n’a pas reculé, loin de là. Je la sens qui rampe dans les entrailles des gens, dans les miennes aussi. Peur de la précarité, de la maladie, des sinistres lendemains, des repères qui se brouillent, du temps qui se détraque et s’accélère. Peur de l’oubli et du néant. Mais c’est une peur que l’on peut modeler, maîtriser, atténuer. Ici, les gens savent, pour la plupart, braver leurs craintes et les peurs qu’on leur agite au nez. La peur n’a pas reculé, elle se fait diffuse, vicieuse. Mais elle est moins grossière.

    Au Maroc, les gargouilles n’ornent pas les murs des mosquées mais nos esprits. Notre meute de monstres vengeurs est impressionnante, pleine d’ardeur et de vitalité. Chaque jour, elle pénètre dans l’enclos de nos consciences pour y semer la peur et la désolation.

    À l’école, je subissais fréquemment des lâchers de monstres dans ma cervelle d’enfant. Nous avions des cours d’éducation islamique spécialement dédiés à ça. A nous dire avec délectation ce qui arrive aux vilains petits pécheurs quand ils ont le malheur d’irriter le bon dieu. Le supplice de la tombe, ça te dit quelque chose ? Les parois de la tombe qui t’enserrent le corps, qui se rapprochent sans cesse, jusqu’à te broyer les côtes ? C’est dire si je filais droit, à l’époque. D’ailleurs il m’arrive toujours de filer droit, sans même m’en rendre compte. Mais dès que je m’en aperçois, je remédie à tant de droiture par quelques pas en zigzag.

  • La mort aujourd’hui

    La mort aujourd’hui

    Ecrit par Mélisande, le 21 mai 2016, dans La une - Ecrits

    « La mort aujourd’hui devant moi, comme un chemin après la pluie… »

    Je vais mourir demain, dans quelques jours, quelques saisons et quel soulagement ! Accéder enfin au ciel sans rester dans la case « terre », quel bonheur ineffable ! Quitter tous ces langages, ces abandons, ces rendez-vous manqués, les croche-pied du diable au pauvre hère qui prie et demande grâce ! Enfin ! Le silence, la paix, la beauté à l’infini ! Quelle guérison ! La mort on en réchappe de justesse par quelque grâce du ciel, puis on la souhaite ardemment après avoir lutté contre elle, alors que l’on a été aidée, aimée par des voix puissantes qui nous exhortaient : « Reviens ! » Mais aujourd’hui, elles ne sont plus là, elles disent : « Va t’en ! Si tu veux, je vais te donner mon avis sur ta future adresse ! » Poliment, gentiment certes, mais personne n’ouvre plus les bras pour accueillir ton martyr ton calvaire, et les mains s’atrophient à force de ne pas serrer quelqu’un sur le cœur épuisé du nageur ! La mort est feu follet, elle circule de l’un à l’autre sans état d’âme comme si elle prenait possession, d’un corps d’un cœur, puis s’en allait, s’en revenait ! La politesse quand il y a eu l’amour quel crève-cœur ! L’amour est cruel quand il est absent d’un cœur, il dessèche sur pied celui qui en face attend… Il tue sans flèche sans curare, juste avec son absence. Il tue proprement l’amour absent, simplement en n’émettant pas.

    Voir l’homme que l’on aime plus que sa vie, en aimer une autre, est une forme de sadisme de Dieu tout à fait irrespirable. Parce qu’infiniment, indéfiniment, on va le chercher, le rejoindre contre son gré, le chercher encore et malheureusement le trouver, comme si un labyrinthe sadique nous proposait l’exact chemin qui va tout droit vers notre calvaire.

    Alors « La mort, aujourd’hui devant moi, comme la guérison d’une maladie, comme un retour à la maison après une longue absence ».

  • Etudiants à Montpellier au XVIème siècle (3) La geste de Thomas Platter

    Etudiants à Montpellier au XVIème siècle (3) La geste de Thomas Platter

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 21 mai 2016, dans La une - Histoire - Littérature

    C’est « Le siècle des Platter 1595-1599 » ; introduit, commenté et traduit par Emmanuel Le Roy Ladurie, qui nous permet de retrouver Montpellier du temps des Rabelais et Saporta, et ses étudiants en médecine. Leur vie de tous les jours ; leurs distractions et conflits, croisant le cycle des études, bouclées, rappelons-le, en à peu près quatre ans et une quinzaine d’examens.

    Les Platter étaient une famille protestante de Bâle, qui vinrent sur deux générations faire leur médecine à Montpellier. Felix, le père, avait découvert Montpellier au mitan du siècle tandis que son « petit » Thomas le fit à l’extrême fin du XVIème. Entre les deux venues, les Guerres de Religion avaient écumé le Royaume et le Languedoc, et Montpellier était passée sous gouvernance huguenote, l’essentiel du patrimoine ecclésial et couventin étant détruit. En marge des deux religions chrétiennes, la religion juive « présente à titre homéopathique » à travers les Marranes en principe convertis mais « judéisant en secret » eut un rôle de première importance pour les futurs médecins et apothicaires.

    Mais, malgré ce siècle de guerres, la ville bruissante de ses étudiants (Droit, Théologie, et bien entendu Médecine) demeurait intacte dans sa réputation intellectuelle ; un des pôles de savoirs modernes de l’Europe de la Renaissance se trouvait bien là. « Il y a à Montpellier plus de cent étudiants étrangers en médecine, à cause des bonnes opportunités qu’on a d’y progresser dans cet art », dit Thomas.

    Le formidable journal de Thomas Platter – dont la teneur n’est en rien fantaisiste, le récit rapporté, fort pédagogique, éclairé par la tolérance et la curiosité de son auteur – multiplie les compte-rendu de savoir-faire et pratiques, tant dans l’agriculture, la viticulture, le vert-de-gris, que dans la sociologie des rapports inter-sociétaux de la ville, sa gouvernance, l’architecture et l’approvisionnement en eau. En plus, et ce naturellement, du raconté de la vie d’étudiant, de jeune garnement à l’occasion amoureux, qui était la sienne. Tout ce qui était mémorable dans ses déplacements et son quotidien était recueilli en écrits et résumés mais aussi croquis et dessins. Il envoyait à Bâle des quintaux de plantes et d’animaux séchés, en guise de provision scientifique. Quel texte ! Fenêtre ouverte sur son époque ; voyage dans le temps vraiment rare.

    Tout est dit, ainsi, du cursus, des usages qui formeront les Jean Hucher, chancelier, Jean Blazin, doyen, Jean Saporta, vice-chancelier, ou ce Richer, enseignant l’anatomie et l’herboristerie, en « promenades », n’ayant rien à envier à nos méthodes actives. Où l’on apprend – et tous les enseignants avec moi, de rugir ! – « que les professeurs doivent interrompre leurs cours dès que cela déplaît aux étudiants… en tapant des pieds, des plumes et des mains », et que pour recevoir leur solde, ils se devaient d’être accompagnés de quelques élèves « certifiant que le professeur a fait son cours avec application et diligence »… des façons que Thomas trouvait agréablement démocratiques, comme en ses terres d’origine, protestantes.

  • Jeunesse

    Jeunesse

    Ecrit par Robert Martin, le 21 mai 2016, dans La une - Ecrits

    Boulevard de la liberté

    Sur le boulevard de la liberté

    Je me suis souvent promené

    Sans jamais vraiment m’arrêter

     

    Sur le boulevard de la liberté

    Un jour je t’ai rencontré

    Tu revenais de la faculté

     

    Sur le boulevard de la liberté

    De livres nous avons parlé

    Et de bien d’autres sujets

     

    Sur le boulevard de la liberté

    Je ne suis plus retourné

    Mais je n’ai rien oublié

     

    Boulevard de la liberté

    A l’ombre de tes platanes

    Flotte le parfum de ce jour de Mai

  • KI-C-KI

    KI-C-KI

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 21 mai 2016, dans La une - KI-C-KI

    Les passages, cités ici, choisis encore avec soin et plaisir, sont extraits d’une des œuvres les plus belles et les plus connues d’un auteur originaire d’Europe Centrale, un des écrivains majeurs du 20ème siècle, toujours vivant, romancier et dramaturge notoirement connu, apprécié, et honorablement récompensé de plusieurs Prix, en France et à l’étranger. Un de ses plus beaux romans a été remarquablement et admirablement adapté au cinéma…

     

    Extraits :

    « Cette femme très belle avait en effet peur des femmes et elle en voyait partout. Jamais, nulle part, elles ne lui échappaient. Elle savait les découvrir dans l’intonation de Klima, quand il lui disait bonsoir en rentrant à la maison. Elle savait les dépister à l’odeur de ses vêtements. Elle avait trouvé récemment une bande papier arrachée au bord d’un journal ; une date y était inscrite de la main de Klima. Bien entendu, il pouvait s’agir d’événements les plus divers, de la répétition d’un concert, d’un rendez-vous avec un impresario, mais elle n’avait fait, pendant tout un mois, que se demander quelle femme Klima allait retrouver ce jour-là et, pendant tout un mois, elle avait mal dormi.

    Si le monde perfide des femmes l’effrayait à ce point, ne pourrait-elle trouver un réconfort dans le monde des hommes ?

    Difficilement. La jalousie possède l’étonnant pouvoir d’éclairer l’être unique d’intenses rayons et de maintenir la multitude des autres hommes dans une totale obscurité. La pensée de Mme Klima ne pouvait suivre une autre direction que celle de ces rayons douloureux, et son mari était devenu le seul homme de l’univers.

    A présent, elle venait d’entendre la clé dans la serrure et elle voyait le trompettiste avec un bouquet de roses.

    Elle en éprouva d’abord du plaisir, mais les doutes se firent entendre aussitôt : pourquoi lui apporte-t-il des fleurs dès ce soir, alors que c’est seulement demain son anniversaire ? Qu’est-ce que cela peut encore signifier ?

    Et elle l’accueillit en disant : « Tu ne seras pas ici demain ? »

    (…)

    « Il rentrait de l’auberge forestière et regrettait de ne plus avoir à côté de lui le chien jovial qui lui léchait le visage. Puis il pensa que c’était un miracle d’avoir réussi, pendant ses quarante-cinq années de vie, à garder libre cette place à côté de lui, de sorte qu’il pouvait maintenant quitter si facilement ce pays, sans bagage, sans fardeau, seul, avec l’apparence fallacieuse (et belle pourtant) de la jeunesse, comme un étudiant qui commence seulement à jeter les bases de son avenir.

  • 49-3 : vers la censure ?

    49-3 : vers la censure ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 14 mai 2016, dans France - La une - Politique - Actualité

    A l’heure où j’écris ces lignes, le sort de la loi sur le travail n’est pas encore décidé. Hier, Manuel Valls a choisi d’engager la responsabilité de son gouvernement, conformément à l’article 49 alinéa 3 de la constitution. Aussitôt, levée de boucliers de la gauche de la gauche : Mélenchon : « une fin de règne crépusculaire », Jacqueline Fraysse (communiste) : « on est stupéfait de cet acte brutal et autoritaire (…) un coup d’état autoritaire ». Mais les « frondeurs » du Parti Socialiste y vont aussi de leurs protestations : « une erreur politique » tempête la députée Karine Berger, « un braquage démocratique » surenchérit Yann Galut, autre député PS.

    Vraiment donc, une erreur politique ? Voire. Une motion de censure a été déposée par la droite ; une deuxième, venue de gauche, suivra peut-être. Aux termes de l’article 49 seuls les votes négatifs sont comptabilisés, pas les abstentions. Il faut la majorité des membres de l’Assemblée Nationale, soit 288 voix pour que la motion soit adoptée ; la droite et le centre en comptent 226. Devraient, par conséquent, se joindre à elles 62 suffrages de gauche. Difficile, mais qui sait ? Pas impossible.

    C’est là qu’intervient un pari audacieux, digne de François Mitterrand himself. De deux choses l’une, en effet. Ou bien la ou les motions sont rejetées. L’exécutif ainsi remporterait une victoire – une victoire à la Pyrrhus, diront certains – mais victoire quand même, à la fois sur la rue (Nuit Debout) et sur les socialistes dissidents. Ou bien le gouvernement Valls tombe. François Hollande doit ensuite soit nommer un nouveau premier ministre, soit – c’est l’évidence même – dissoudre et provoquer des élections législatives anticipées. Piège diabolique ! Nouvelle majorité de droite, cohabitation. Qui remplacerait Manuel Valls ? Dilemme et affrontements dans l’opposition. Sarkozy ? Gibier non pas de potence, mais de prétoire, mis en examen, demain peut-être condamné à une peine d’inéligibilité. Peu probable. Alain Juppé ? Son acceptation du poste le condamnerait pour 2017 : jamais un premier ministre de cohabitation n’est parvenu à remporter une élection présidentielle (échecs de Chirac en 1988, de Balladur en 1995 et de Jospin en 2002). Alors qui ? Fillon ? Le Maire ? Ce serait pour eux la meilleure manière de se « griller » politiquement : le pouvoir use prématurément…

    Dans un an, une droite exsangue, son candidat – quel qu’il soit – affaibli, un Hollande jouant le recours (vieux truc mitterrandien). Un second tour Hollande/Le Pen ?!…

    Bien joué, monsieur le Président !

  • Hollande le cohérent

    Hollande le cohérent

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 14 mai 2016, dans France - La une - Politique

    C’est alors qu’on se dit en écrivant ce titre : – point d’interrogation ? et dans le même élan, on se dit : – surtout pas…

    Quoi qu’il se passe actuellement – chiffres, courbes ; analyses rares et étayées ici ; plus abondantes à l’étranger – débats d’experts honnêtes, rien ne semble y faire – pire, y pouvoir quelque chose : Hollande coule à pic, et cela semble inéluctable. Comme s’il fallait tirer un trait sur une Histoire future qui serait déjà écrite. On se croirait chez nos Grecs Anciens, sous le ciel de Delphes ; la pythie a parlé : le Nullissime doit quitter la scène ; pour un peu, le « quant à la vie, c’est à lui de voir » en serait sur le point d’alourdir le barda… On écoute, on hausse un peu l’épaule devant ce « tant d’indignité » qui bat la campagne des dîners en ville, si loin devant « l’excès d’honneur », plus de saison depuis des lunes.

    Mais… même entre poire et fromage, dans certains débats, en « une » de quelques grands journaux, quelque chose semble bouger comme l’annonce un peu lointaine encore, d’un changement de saison ; l’air prend ces temps-ci un tremblé – à peine – d’autre couleur. Et, cet infime sursaut pourrait venir de ces essais-incessants-coups de boutoir de vouloir à tout prix enlever – et définitivement – tout sens à ce quinquennat et à ce président. Faire comme si la carriole ne faisait qu’aller à hue et à dia… rejoignant à l’infini des cohortes de LOL réjouis, dans le « y-a-t-il un président dans le quinquennat ? ». Un « raisonnement » qui aurait bloqué l’ordre des temps ; aujourd’hui, comme hier, et bien moins que demain, rien ne doit être attendu de bon de cet Exécutif-là. Acté, et on n’y revient pas.

    Or, trop n’est-il pas toujours trop ?

    Car, qui a-t-on élu en Mai 2012 ? un révolutionnaire déchaîné ? que non pas ! sauf à avoir confondu avec Mélenchon, l’homme au fleuve sorti de son lit. La droite autoritaire du PS ? pas davantage, sauf à avoir mélangé avec Manuel Valls, rejeté largement aux Primaires. La théorie des Écritures ? pas vraiment, Dame Aubry fut déboutée. Quant à Ségolène, l’imaginative, presque visionnaire à ses heures, ce n’est pas elle qu’on désignât, mais son ancien compagnon – celui, dont ma mère, comptable de formation, disait en 2007 : enfin, Sego, oui, il y aura François, derrière…

    On a élu en Hollande, le technicien peaufineur d’alliances et de projets « faisables » ; pas un Mitterrand altier, littéraire ; un intellectuel à qui on passait tant, et quasi tout (moi, la première). Pas non plus un DSK, prétendument plus calé en économie – rien ne m’irrite plus que ces sous-entendus : - Si DSK avait pu se présenter,  le cher ! On n’aurait pas eu Hollande… (permettez, et on en serait où ??). On a élu en Hollande un fin politique professionnalisé, finalement moderne, adapté à une société en mutation, capable de mettre à exécution des manœuvres difficiles, attachées aux concertations et à un contrat social constamment revivifié. On a élu en Hollande un social-démocrate, qui n’a jamais mis dans sa poche, ce drapeau grandi à l’abri de Jacques Delors. Et ce, depuis les débuts de sa vie politique, au grand dam parfois de certains de ses camarades, qui l'auraient rêvé plus audacieux – dont moi, je crois ; je suis sûre...  On a élu quelqu’un qui ne prétendait pas « porter nos rêves » mais les possibles, qui plus est, des possibles à portée de main, ce qui vaut son pesant de haute prudence. Tout ça, mais pas plus que ça. Ni, je ne sais quel roi, ni, quel Che Guevara… Qui ne s’en souvient ? Relisez le contrat d’achat du produit !   Ainsi, celui, qui – selon moi – n’a pas dit « mon ennemi, c’est la finance » au Bourget, un soir (pourquoi faudrait-il que ce soit, du reste « sa  définition » honnie ?) comme on nous le bassine (menterie, menterie, menterie ! antienne ? / homme ?  devenu blason du rejet de la politique…) mais en désignant simplement les fauteurs de casse sociale dans les scandales financiers internationaux, que nous donne à lire et à subir la face noire de la mondialisation.

  • La critique du Front populaire par les Droites

    La critique du Front populaire par les Droites

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 14 mai 2016, dans La une - Histoire

    En ces mois d’avril à juin 2016, les médias et les réseaux sociaux ont commencé à parler de l’expérience socialiste démocratique du Front populaire, qui se déroula en France pendant deux ans, entre 1936 et 1938, à la suite de la victoire électorale d’un bloc des gauches (regroupant les socialistes SFIO, les radicaux et le Parti communiste) lors des élections législatives d’avril-mai 1936. Il est même probable que des articles, voire de nouveaux ouvrages d’historiens suivront. Mais, ce que je vous propose ici, ce n’est pas une présentation globale de l’arrivée au pouvoir du Front populaire ou bien le fait (largement connu) d’égrener les mesures qui furent prises – notamment dans le cadre de l’action gouvernementale menée, à la surprise générale, sous direction socialiste (et non radicale) par Léon Blum. Je vais plutôt cibler mon propos  (en deux chroniques) sur  les critiques qui ont été faites contre le Front populaire – et qui le sont toujours aujourd’hui –, une venant de droite (contemporaine des faits ou relayée de nos jours par des polémistes non-historiens comme par exemple Eric Zemmour) et une autre de gauche. La première de ces chroniques va être consacrée aux différentes accusations provenant des  droites.

    Le Front populaire, à travers les grèves des mois de mai-juin 1936 – soit avant les accords Matignon – aurait été organisé, à la base (dans les usines), par un « chef d’orchestre clandestin » dont l’objectif se serait fixé comme étant l’instauration de « soviets » en France ; en l’occurrence le Parti communiste, appuyé notamment par l’aile gauche de la SFIO regroupée autour de Marceau Pivert (les « pivertistes » et leur célèbre « Tout est possible, droit devant nous, en avant camarades ! »). En réalité, les études historiques qui ont été faites ont montré depuis longtemps que ces grèves furent, à l’annonce de la victoire électorale, des « grèves de la joie » (à partir d’une formule employée à l’époque par la philosophe Simone Weil) ; la victoire de la gauche étant célébrée par un élan essentiellement festif. La seule chose que la grande masse des travailleurs voulaient, bien loin d’être « révolutionnaire », consistait à affirmer leur dignité et à montrer qu’au sein des usines ils étaient au moins autant « chez eux » que les patrons. En somme, il y eut seulement, dans la plupart des cas, le  désir d’une vie meilleure – bien résumée par l’expression employée par Léon Blum avec « une embellie » ou encore « une éclaircie dans des vies difficiles et obscures »

      D’ailleurs, ce qui fut frappant, c’est le fait que, tout en restant sur leurs lieux de travail, les ouvriers et les employés maintinrent les machines en état impeccable de fonctionnement, sachant pertinemment qu’ils devraient reprendre le travail dans les semaines suivantes.

  • Reflets d'ailleurs : Nettoyage

    Reflets d'ailleurs : Nettoyage

    Ecrit par Alexis Brunet, le 14 mai 2016, dans Ecrits - La une - Voyages

    Je ne me sens jamais très bien après avoir écrasé un cafard. D’abord ça n’a généralement pas été facile, ils courent très vite. Ensuite, à Cali en Colombie comme au Mexique, ils sont gros, 4 cm de long au minimum (sans compter les pattes). Surtout, j’ai commis un meurtre, j’ai tué un pauvre innocent qui n’a pas demandé à être un cafard, comme moi je n’ai pas demandé à être un humain bien portant ; j’ai gagné à la loterie des futurs vivants sans aucun mérite, ce qui ne m’a pas empêché de céder à mes pulsions de petit mec craintif et égoïste. Après tout qu’est-ce qu’il m’avait fait ce cafard ? J’aurais très bien pu le laisser dormir chez moi, même si la perspective de passer une nuit avec lui ne m’enchantait pas plus que cela. Non, les cafards se reproduisent très vite et ne sont pas très propres, me suis-je justifié, tuer un cafard de sang-froid a été un meurtre mais le bon Dieu me pardonnera car c’était un mal nécessaire.

    J’ai connu quelqu’un en Colombie qui ne tuait aucun être vivant, et qui face à la venue d’un cafard à la maison, l’a fait sortir par la porte. Cela demande de l’habilité et une patience certaine ; je dois manquer de finesse pour cela. Maintenant j’ai changé de maison, et là où j’habite au premier étage, les cafards ne montent pas. Le problème est résolu. Mais il y a les mouches, oui les mouches. Si j’ai oublié de faire la vaisselle et que j’ai laissé la fenêtre ouverte il y en une qui va débarquer, c’est sûr. Problème. Si elles sont moins imposantes, les mouches sont plus difficiles que les cafards à attraper, et elles sont réellement sales. Il n’y a donc qu’une seule solution dans ce cas-là, prévenir, c’est-à-dire nettoyer. Car sinon ce sont les moucherons qui peuvent venir, et là je toucherais le fond, ce serait la preuve que je n’ai pas été à la hauteur en matière de propreté, que ce pauvre cafard n’y était pour rien, car si ça avait vraiment été propre chez moi, il n’y aurait alors jamais mis les pieds.

    Nettoyer donc. Dans le Larousse, « nettoyer » signifie « rendre net, propre en débarrassant de ce qui tache, salit, ternit ». Eponger, passer le balai et la serpillère. La serpillère, je la passe maintenant quasiment tous les jours. Ça me rappelle une phrase de Taxi Driver, quand Robert De Niro, alias Travis Bickle, déclare au candidat à l’élection municipale qui monte dans son taxi qu’il faudrait « passer un grand coup de serpillière pour nettoyer la ville de toute cette racaille ». J’ignore si Scorcèse en écrivant le script imaginait que cette phrase serait un jour réalité, j’ose espérer que non, mais en Colombie on pratique le « nettoyage social ». Depuis une trentaine d’années déjà, il y aurait eu près de 5000 personnes assassinées ainsi. Ce n’est pas le seul pays concerné, c’est vrai. Au Brésil avant la coupe du monde de foot, et sous la gauche dite sociale de Dilma Rousseff au pouvoir, on a aussi usé du « nettoyage social » pour éliminer des SDF qui auraient fait tache à la sortie des matchs.

  • Intelligences

    Intelligences

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 14 mai 2016, dans La une - Sciences

    La suite promise à ma chronique intitulée La matière de nos pensées vous décevra comme m’a un peu déçu le deuxième film consacré par Arte à notre cerveau. Il s’agit d’un documentaire d’Amine Mestari écrit avec Cécile Denjean (qui avait signé seule le premier). Déception parce qu’il n’est plus question de pensée mais d’intelligence.

    On y apprend d’abord que nos arrière-grands-parents pensaient plus vite que nous. S’ils avaient eu la télévision, ils auraient été imbattables à Question pour un Champion ou à Des chiffres et des lettres. Mais faut-il en conclure qu’on était plus intelligent au dix-neuvième siècle et peut-être encore davantage dans les siècles précédents pour lesquels on ne dispose pas de repères chiffrés ?

    On découvre ensuite que les hommes de Cro-Magnon avaient un cerveau plus volumineux que le nôtre. Signe d’intelligence supérieure dans le règne animal. Rien d’étonnant : le monde auquel ils devaient s’adapter requérait beaucoup plus de jugeote, si on voulait y survivre, que nos sociétés sécurisées sinon paisibles. Pas de quoi attraper la grosse tête ! Du moins au sens figuré.

    Mais l’homme moderne ne renonce jamais à quantifier et, de préférence, à son avantage. Comme la vitesse de réaction et la taille du cerveau sont en déclin, ce ne doivent pas être de bons critères d’évaluation de l’intelligence. C’est alors que M. Binet invente le QI, le fameux quotient intellectuel qui, si on l’applique à la lettre, peut faire dire beaucoup de bêtises sur l’intelligence. Un truc dont les Américains raffolent, donc méfiance !

    Mais c’est tout de même un outil intéressant, ce qui conduit à s’interroger sur la transmission génétique de l’intelligence. Alors là, les scientifiques avouent patauger car ils ont déjà dénombré, sur seulement 1% de notre bagage génétique, environ trois cents gènes capables d’avoir une influence sur le QI. Et d’ailleurs ils ont mis en évidence que les facteurs environnementaux avaient aussi leur mot à dire. Plus question d’affirmer que les noirs américains des ghettos ont globalement un QI inférieur à celui des blancs parce que leurs parents sont également noirs. Ça s’est dit naguère, et même par un Prix Nobel égaré dans un domaine qu’il ne connaissait pas et qui préconisait d’inciter les blacks à se faire stériliser pour remonter le QI moyen des States. Comme quoi il y a aussi des imbéciles même parmi les Prix Nobel.

    Que la transmission de l’intelligence ne passe pas forcément par la génétique m’arrange bien parce que mes enfants sont adoptés. Ils ne risquent rien de mon côté. Quant à leur QI, je suis bien content de savoir que même étant noirs, ils ont leurs chances. Mais je m’en doutais un peu en voyant les notes de math et de physique de mon aîné qui le placent en tête de sa classe de terminale S dans ces disciplines dans lesquelles je brillais par une remarquable nullité.

  • S’il te plaît Catherine, raconte-nous l’Histoire…

    S’il te plaît Catherine, raconte-nous l’Histoire…

    Ecrit par Christelle Angano, le 14 mai 2016, dans La une - Littérature

    Ce que j’ai aimé à la lecture de l’ouvrage de Catherine Laboubée, Le Prisonnier de la tour, c’est cette sensation diffuse que l’auteure était là, pas très loin, et qu’elle me racontait, non pas une histoire, mais l’Histoire ; celle d’une famille qui ne peut que me toucher, moi, la Normande, à savoir la famille de Guillaume Le Conquérant. Alors oui, quelle bonne idée que la parution de cette biographie écrite comme un roman, alors que nous célébrons cette année les 950 ans de la bataille d’Hastings.

    Le prisonnier de la tour, c’est Robert Courte Heuse, le fils aîné de Guillaume et Mathilde. Pas simple d’être fils de Guillaume ; en effet ce dernier n’aimait pas déléguer. Ne pas perdre le contrôle, et encore moins le pouvoir semblait être l’idée fixe du Conquérant. Et pourtant… Ce n’est pas Guillaume qui fera emprisonner son fils mais un de ses frères, Henri Ier, Roi d’Angleterre, et ce, trente années durant. Politique et vie de famille ne font décidément pas bon ménage !

    Ce que j’aime donc dans cet ouvrage, c’est qu’il se lit comme un roman. Point besoin d’être une historienne avertie pour s’emparer de ce texte. Non, bien au contraire. Et j’ai aimé cela. D’autant plus que Catherine Laboubée, l’historienne médiéviste, n’est jamais très loin et elle distille çà et là des informations, des commentaires qui éclairent son texte. Elle sait donner vie à ces personnages hauts en couleurs, et pour notre bonheur, mêle savamment ouvrage romanesque et Histoire.

    Enfin, j’ai aimé la place laissée à la Reine Mathilde, à laquelle l’auteure donne une vraie dimension, de femme, de reine, de mère aussi.

    Enfin, en tant que Douvraise, je suis heureuse de vous annoncer la venue de Catherine Laboubée à Douvres-la-Délivrande pour présenter ses ouvrages et ce, à La Baronnie (cela n’est pas anodin) le samedi 17 septembre 2016.

    Auteure-éditrice, Catherine Laboubée publie aux Éditions de La Belle Saison.

  • Étudier la médecine à Montpellier au Moyen Age et à la Renaissance (2)

    Étudier la médecine à Montpellier au Moyen Age et à la Renaissance (2)

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 14 mai 2016, dans La une - Histoire

    « Puis, soigneusement, revisite les livres des médecins Grecz, Arabes, et Latins, sans contemner les Talmudistes et Cabalistes, et par fréquentes anatomyes acquiers toy parfaicte congnoissance de l’aultre monde qui est l’homme », Rabelais (étudiant en médecine à Montpellier entre 1530 et 1532, puis 1537 et 1538).

     

    Étudier la médecine à Montpellier fut pour l’élite éclairée de son temps une évidence, tant l’offre y était importante, moderne et scientifique. Tant, aussi, la réputation de la ville (autour de 40.000 habitants) en ces domaines, allait bien au-delà du royaume. Tant, enfin, la vie d’étudiant y générait l’appétence, un peu comme aujourd’hui.

    Au Moyen-Age (l’école de médecine date de 1220 après plus d’un siècle d’enseignements moins organisés), coexistaient plusieurs écoles, sises en divers endroits de la ville. Privées, tenues par des maîtres-médecins qui recevaient chez eux leurs élèves et enseignaient auprès de leurs malades, comme un apprentissage sur le tas. On appartenait au collège de Mende ou à celui de Gérone (fondés par des médecins originaires de ces villes). « On y était logé, nourri et on pouvait consulter une bibliothèque », un peu sur le modèle des corporations médiévales et du fonctionnement des métiers. Coûteuse était évidemment l’entreprise.

    Au XVIème siècle, l’école médicale se structura dans l’université. Un Rabelais, un Rondelet, un Nostradamus (celui-ci ne fut toutefois pas accepté car il avait été apothicaire) écumèrent les rues et les bancs d’écoles, croisant les médecins des papes (Arnaud de Villeneuve, Gui de Chauliac), et ceux des rois de France.

    On « arrivait médecin » en franchissant 3 étapes successives et payantes : 3 grades ; le baccalauréat, la licence, le doctorat. On pouvait commencer ses études tard (Rabelais débarqua à Montpellier à près de 40 ans, après une première vie de moine). L’impétrant élève en médecine était nommé « béjaune », allusion au bec des très jeunes faucons. Il lui fallait prouver être né de mariage légitime, n’avoir pas exercé de métier manuel, et être « maître es arts ». Un court examen de ses connaissances en physique et dialectique achevait son pré-passage, ouvrant sur l’inscription à la faculté et le choix de son parrain-médecin.

    La faculté était régie de façon hiérarchisée (on peut comparer à un monastère) ; le procureur des étudiants, élu, observait la tenue des cours par les professeurs (salaire pouvant être retenu !).

    L’année était divisée en deux : « le Grand Ordinaire ; cours assurés par les professeurs régents ; le Petit Ordinaire ; bacheliers préparant la licence. Les cours commençaient dès 6 h du matin, alternant lecture de textes et explication magistrale. Les programmes comprenaient les textes des Anciens, Hippocrate ou Galien, et – abondamment, à Montpellier – les textes des Arabes ». En période hivernale, des dissections étaient pratiquées (corps d’un condamné à mort fourni par les autorités à partir d’une certaine date ; avant, on le sait, chasse à la dépouille par les étudiants et enseignants…). L’été on partait dans la campagne pour herboriser. Ce XVIème siècle sonnait humanisme, en médecine, comme ailleurs. Les examens revêtaient un aspect solennel ; l’étudiant était interrogé durant plusieurs heures par un jury. Le diplôme s’achetait, comme le cycle d’études l’avait exigé à chacune de ses étapes. La fin des études, sanctionnée par le doctorat, était particulièrement ardue ; « le candidat tire à 2 jours d’intervalle un sujet issu de l’Ars Parva de Galien et des Aphorismes d’Hippocrate ; il le développe devant les docteurs régents et ordinaires. Pendant tout le temps de l’examen, il distribue vin blanc, gâteaux et fruits à ses examinateurs ».