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  • Fin de la course en vue…

    Fin de la course en vue…

    Ecrit par La Rédaction, le 22 avril 2017, dans La une - Actualité

    L’éthique et le respect de l’électeur, le seul qui au bout tranche ; le suivi – banal – des usages des campagnes électorales d’antan, quand à deux pas des urnes, le silence se faisait…

    Parce qu’enfin, ne faut-il pas in fine laisser souffler celui qui demain va poser son bulletin, ou rester chez lui ? Ne faut-il pas, enfin, permettre de digérer toutes ces infos, redondances, scoops ; toute cette nourriture, voire parfois gavage d’oies ? Ne faut-il pas baisser le son des tonnes de sondages auxquels personne ne croit, mais que tout le monde consulte comme Pythie fatiguée en Delphes ? Ne sied-il pas au – citoyen ?? – décideur, faiseur de roi-président, de pouvoir s’isoler une miette avant l’isoloir final ? Méditer, sait-on ! Décompresser, tel l’élève au bord de son examen. Qui a enseigné, sait qu’on dit à ses élèves que – jamais – le travail, le bachotage de tout dernier moment n’accouchera de bons résultats ; par contre, débrancher, s’aérer l’esprit (et le corps !), laisser le matériel reposer, voir ce qui reste au fond du pot, qui est vraiment compris et validé, ça c’est tout bon !

    Alors, à Reflets du temps, nous laisserons ce 22 Avril s’installer le silence des veilles de grandes batailles démocratiques et citoyennes. Aucun texte directement lié à la campagne – le texte sur le travail des équipes de l’IFRI, étant largement d’une autre essence.

    Bon week-end, amis lecteurs et rédacteurs. Soufflez, réfléchissez – vous êtes devant vous – soufflons, nous aussi. Respirons un grand coup – du bon air, si possible, car Lundi la course reprend, et pour les derniers mètres !

  • Les limites des institutions internationales

    Les limites des institutions internationales

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 22 avril 2017, dans La une - Histoire - Littérature

    De passage à Vienne pour un très bref séjour, je suis tombé, dans une librairie, sur cet étonnant petit volume de correspondance entre les deux grands hommes, et dont j’ignorais jusqu’à l’existence.

    1932, l’inquiétude monte en Europe. Le parti nazi est aux portes du pouvoir en Allemagne ; les efforts, tout au long de la décade précédente, en vue d’instaurer une véritable sécurité internationale, notamment grâce à une institution régulatrice des conflits éventuels – la Société des Nations, ancêtre de l’ONU – paraissent précaires et incertains.

    Einstein pose la question à son « collègue » psychiatre (ils se considèrent tous les deux comme des scientifiques) : « existe-t-il une voie, pour libérer les hommes de la fatalité de la guerre ? ». Et de justifier sa démarche auprès de l’illustre viennois : « je sais que vous avez répondu, directement ou indirectement, dans vos écrits, à toutes les questions ayant trait à ce problème pressant qui nous intéresse ».

    Freud, dans le courrier en retour qu’il adresse à Einstein, commence par un historique anthropologique. Les plus forts dominent « naturellement » les plus faibles. D’où la distinction sémantique entre pouvoir (Macht) et violence coercitive (Gewalt). Le premier reposant sur la seconde : c’est par la force contraignante que s’établit le pouvoir. Le droit apparaît ainsi lorsque les faibles se coalisent pour renverser la loi – ou plutôt la non-loi – du plus fort à leur avantage.

    La solution en vue de prévenir la guerre pourrait par conséquent consister en une délégation de la violence coercitive à une instance arbitrale, qui puisse effectivement en disposer, si nécessaire.

    Pour ce faire, il faut que deux conditions soient réunies : que soit créée ladite instance, et que son pouvoir soit bien réel. « Maintenant, dit Freud, la société des Nations a été conçue pour être cette instance ; mais la deuxième condition – le pouvoir (Macht) – fait défaut ».

    Pourquoi ?

    Deux éléments manquent cruellement : la possibilité de contraindre, et l’existence de liens affectifs (Gefühlsbindungen) entre les différents membres. « Or, continue Freud, à la place des sentiments, il n’y a eu que des attitudes abstraites (ideelle Einstellungen). De la sorte, il semble bien que la tentative de substituer le pouvoir des idées (Macht der Ideen) au pouvoir réel soit condamnée à l’échec ».

    Déclaration prophétique ! Pas plus le pacte de la Société des Nations du 28 juin 1919 que la Déclaration universelle des droits de l’homme, votée par l’ONU le 10 décembre 1949, ne sont parvenus à susciter un tel ralliement émotionnel créateur de liens. Freud avait vu juste. Mais alors que propose-t-il ? « La situation idéale, conclut-il, serait naturellement celle où une communauté d’hommes auraient soumis leur vie pulsionnelle à la dictature de la raison (Diktatur der Vernunft). Rien d’autre ne peut faire advenir une union – intégrale et capable de résistance – d’individus, et ce même en l’absence de liens affectifs entre eux. Cependant, selon toutes probabilités, ceci n’est vraisemblablement qu’un espoir utopique ».

    Le fondateur de la psychanalyse avait parfaitement perçu l’impuissance d’un club d’états incapables d’imposer par la force une authentique coercition et reposant, non sur des affects prégnants (le patriotisme), mais bien plutôt sur des données abstraites peu motivantes effectivement : les droits de l’homme. La voie esquissée par Freud, le despotisme éclairé – l’aufgekläter Absolutismus cher à Joseph II – incompatible avec la démocratie et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, relève, comme l’observe fort justement Freud, d’un « espoir utopique ».

    Oui, Warum Krieg ? Pourquoi la guerre ? Tout simplement parce qu’il n’existe aucun moyen de l’éviter…

  • L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

    L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 22 avril 2017, dans Monde - La une - Politique - Actualité

    … Le huitième de la Vème république, celui – ou celle – qu’on élira le 7 Mai.

    Il ne s’agit pas d’une comparaison des programmes en politique étrangère, même si, à la fin de chacun des 15 articles de cette somme de travail d’analyses, un tableau synoptique présente fort utilement les propositions des grands candidats. Il s’agit des thèmes qui seront ceux auxquels le nouveau président sera confronté dès son élection. A la fois, donc, des analyses et pistes destinées aux candidats eux-mêmes et bien autant à la réflexion de nous tous, lecteurs-électeurs.

    Cet important travail que présente l’IFRI rassemble 15 articles courts et pas moins de 21 rédacteurs, sous la houlette du directeur de l’Institut, Thomas Gomart, et de Marc Hecker, dirigeant les publications de l’IFRI et rédacteur en chef de la revue de Politique Étrangère, dont nous sommes devenus familiers à Reflets du temps.

    Impossible de recenser – vraiment – chacun des 15 articles, tous fondamentaux. J’ai pris le parti d’en extraire quelques éléments phares, à tout le moins, d’en éclairer le titre en forme de problématique parlante. Saluant chacun des chercheurs spécialistes qui ont dégagé la substantifique moelle de leur sujet, tous de façon pédagogique et remarquable ; me sera-t-il pardonné de n’en citer, pour cause de place, aucun de leurs noms !

    L’introduction cible l’importance en politique étrangère, du Président, et depuis le passage au quinquennat en 2002, l’accentuation de la rupture Gaullo-Mittérandienne.

    « La – future – politique étrangère sera entravée par la dette » à hauteur de 32000 Euros / Français de dette, d’où un incontournable : la baisse des dépenses publiques.

    Au-delà des « postures », « comment défendre les intérêts de la France commercialement ? » sachant que le débat actuel tourne autour d’un retour à un protectionnisme français, et qu’il faudrait chercher à influencer des réponses européennes aux défis de l’heure.

    Point central, celui de « l’énergie et du climat, des enjeux de la transition énergétique »,une des réussites du quinquennat sortant, dont la progressive sortie du plein nucléaire reste à aménager.

    5 défis pour la présidence à venir, autour – évidemment – du « terrorisme ». Connaître la source à travers la zone syro-irakienne ; cibler le problème des « revenants » et trouver la juste place et forme de la déradicalisation. Avoir en mire la réactivation des réseaux anciens, et « faire fonctionner » le fichier mis en place depuis 2015 des 12 à 16000 personnes susceptibles de passer directement à l’acte, de même que les « frappes obliques » venues de ressortissants étrangers.

    La « défense » pourrait bien être à un « moment de vérité » dans le prochain quinquennat, avec une réaffirmation de l’objectif de l’autonomie stratégique, ce qui souligne le besoin de crédits et moyens insuffisants pour le moment.

    Un article très actuel sur la « maîtrise du numérique en stratégie » apporte un utile éclairage sur la course aux cyberarmements, dont la Russie, s’est fait – on sait - une spécialité.

    L’article sur « reformuler le défi migratoire » est – forcément – attendu, de même, pour le coup, que le tableau synoptique des programmes des candidats. Débats qui tournent depuis la fin des années 80 autour des notions de nationalité, régularisations, immigration choisie et/ou subie. Mais, l’été 2015 et la crise des migrants, la catégorie aussi de réfugié s’invitant dans les débats, a coloré différemment la campagne. Nécessité d’un traitement de ces sujets à l’échelle européenne, mais force est de constater que des approches irréconciliables, apparemment, se sont installées entre états européens ; Allemagne, par exemple, et Hongrie. Plusieurs articles éclairent les problématiques propres à nos relations à venir avec des États ou groupes d’états.

  • Au début fut la fin

    Au début fut la fin

    Ecrit par Gérard Leyzieux, le 22 avril 2017, dans La une - Ecrits

    Au début fut la fin

    Dans cet entremêlement des oublis

    La fin fut forme de son début

    Roue du vent, courbure de l’horizon

    Aller et retour tout au long du jour

    Retour sans aller au fil de la nuit

    Rondeur du ciel matin où bleu se teint de rouge

    J’y suis mais j’y étais avant aussi

    Place partagée des contributions du temps

    Participer à ces figures d’une époque

    Où une partie de toi s’inscrit dans le savoir du monde

    Et dans le silence des années apparaît sa fin

    Fin de la fin, en finir avec elle

    Pour un nouveau début d’infinis objets

    Creuser le vide de ces absences

    Renouveler l’image de présences momentanées

    Et sous l’afflux d’odeurs extérieures

    Illustrer le quotidien de frémissements inconnus

    Fugue éperdue des sonorités dépassées

    Où ta mémoire regarde son avenir

    Emplir les béances anciennement absorbées

    Tremble le mystère des souvenirs engloutis

    Bruit l’emprise de l’espace évanoui

    Minuscule accord des corps enfuis

    Une voix te traverse vers la reformulation

    Dans laquelle le changement affiche sa couleur

    Pour colorer la peur de ta fin

  • Mots sur image

    Mots sur image

    Ecrit par Jean-François Joubert, le 22 avril 2017, dans La une - Ecrits

    L’Hirondelle a quitté le toit d’étoiles, reste l’Automne qui procure la chute des cheveux des hêtres, des chênes, et déchaîne les avis et forces contraires, froid, écharpe, une note de plaisir s’échappe de ma gorge, rouge, je chante une mélodie de catacombe et tombe dans une mare sans canard… Depuis longtemps, je ne lis plus le journal, mais la vie est un livre ouvert, par chez-moi on y trouve de la poésie, la rue du bois d’amour, la rampe du merle-blanc, oiseau de pacotille, ma couette est ma brindille, alors le temps passe, bientôt le lourd manteau de neige, bientôt un rêve qui m’échappe, celui de montrer à l’enfance la chance d’être né, pas de classe, or du désordre élémentaire qui fait qu’une pâquerette empaquette une messe non dite en s’effeuillant sans surveillante, face au noroît ou aux suroîts les rois des vents, oh comme j’aimerais me rendre en Polynésie en famille au sextant, toi ma dame de nage et ton enfant sur une coquille de noix, Fou de Bassan ma particule élémentaire comment la taire, alors je me terre sous ton absence de sens, j’aime la Terre, et mon désir est de la voir y plonger mon âme, et y nager en compagnie d’animaux marins, et ouvrir une bouteille de champagne, pour te jeter un mot d’âme, mes amours…

  • Reflets a (re)lu : Gens de Dublin, de James Joyce

    Reflets a (re)lu : Gens de Dublin, de James Joyce

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 22 avril 2017, dans La une - Littérature

    C’est en pensant à la belle et monumentale œuvre de l’immense James Joyce, romancier et poète irlandais, l’un de nos plus grands écrivains du XXè siècle, auteur du déjà immense Ulysse, que j’ai choisi cette fois de « célébrer » ce justement célèbre et très beau recueil de nouvelles, Gens de Dublin, et y glaner – parmi les quinze nouvelles de ce recueil – quelques passages savoureux, et les faire découvrir ou redécouvrir aux amoureux de la littérature.

     

    Morceaux choisis :

    « On était presque aux vacances d’été quand je me résolus à rompre, ne fût-ce que pour un jour, cette monotonie de la vie d’école. Avec Léo Dillon et un garçon nommé Mahony, nous projetâmes une journée d’école buissonnière. La sœur de Mahony écrirait une excuse pour lui, et Léo Dillon dirait à son frère d’annoncer qu’il était malade. Nous fîmes le plan de longer la rue des Quais jusqu’aux bateaux, ensuite de traverser avec le bac, et de nous promener jusqu’au Pigeonnier.

    Léo Dillon avait une peur bleue d’y rencontrer le père Butler ou tout autre du collège ; mais Mahony demanda, avec beaucoup de raison, ce que le père Butler pourrait bien faire au Pigeonnier. Nous nous rassurâmes et je menai à bien la première partie du complot, en rassemblant les douze sous de chacun des deux, leur montrant en même temps les miens. Nous étions tous vaguement émus le soir en prenant nos dernières dispositions. Nous nous serrâmes la main en riant, et Mahony dit :

    – A demain matin, les copains.

    Cette nuit-là je dormis mal. Le matin, j’arrivai au pont bon premier, d’autant que j’habitais le plus près. Je cachai mes livres dans les hautes herbes, près du trou aux cendres, au bout du jardin, là où jamais personne ne venait, et je me dépêchai de courir le long de la berge du canal.

    Un doux soleil matinal brillait dans cette première semaine de juin. Je m’assis sur le parapet du pont, admirant mes fragiles souliers de toile que j’avais soigneusement blanchis la veille avec de la terre de pipe, et regardant les chevaux dociles qui tiraient, au bout de la colline, un tramway bondé d’ouvriers. Toutes les branches des grands arbres qui bordaient le mail s’égayaient de petites feuilles d’un vert clair, et les rayons du soleil passaient au travers pour tomber dans l’eau. La pierre du granit du pont commençait à être chaude, et je me mis à la tapoter en mesure suivant un air que j’avais en tête. Je me sentais très heureux.

    […] »

    (…)

    « Le crépuscule d’août gris et tiède était descendu sur la ville et un air doux et tiède, comme un rappel de l’été, soufflait dans les rues. Les rues aux volets clos pour le repos du dimanche s’emplissaient d’une foule gaiement bigarrée. Pareilles à des perles éclairées du dedans, du haut de leurs longs poteaux, les lampes à arc illuminaient le tissu mouvant des humains qui, sans cesse changeant de forme et de couleur, envoyait dans l’air gris et tiède du soir une rumeur incessante, monotone.

    Deux jeunes gens descendaient la pente de Rutland Square. L’un d’eux venait de terminer un long monologue. L’autre, qui marchait sur le bord du trottoir devait parfois sauter sur la chaussée à cause de l’impolitesse de son compagnon, l’écoutait, amusé. […] ».

    (…)

    « Quand il fut certain que le récit était terminé, il rit silencieusement durant une bonne demi-minute. Puis il dit :

    – Ça, par exemple… c’est le bouquet !

    La voix paraissait exempte de toute vigueur et, pour renforcer ses paroles, il ajouta avec humour :

    – Ça, c’est le bouquet, et si j’ose m’exprimer ainsi, le bouquet du bouquet.

    […] »

    … … …

  • Elle s’appelait Sarah Halimi

    Elle s’appelait Sarah Halimi

    Ecrit par Brigitte Stora, le 15 avril 2017, dans Racisme, xénophobie - La une - Actualité

    ACTUALITE

     

    Est-ce le résumé de tout ce que je veux écrire ?

    Est-ce un titre ? Un chapô, une prémonition, une conclusion, une chute ?

    Elle s’appelait Sarah Halimi et ces deux noms cognent un peu trop fort à nos mémoires.

    Certains réclament vengeance, d’autres sont en prière. Peut être nous faut-il des mots, ceux qui manquent. Dramatiquement, incompréhensiblement. A ce jour, pratiquement seule la presse « communautaire » en a parlé. Dans la colère, voire l’outrance, souvent, hélas*.

    Nos grands médias pourtant si bavards, si prompts à décrire les frasques sexuelles d’un homme politique ou les confidences aigries d’une femme trompée… Cette presse si friande de petits riens et autres phrases débiles glanées au milieu de discours politiques, ces médias dont beaucoup auront apporté leur pierre à cette drôle de « décivilisation » qui nous défait tous lentement mais sûrement, ceux-là n’ont pas encore relaté ce terrible meurtre commis mardi dernier à Paris dans le 11e arrondissement.

    Sarah Halimi, médecin et directrice de crèche, a été assassinée dans la nuit de lundi, battue puis défenestrée vivante de son balcon du 3e étage. Que ceux qui croient revoir une triste scène du Pianiste de Polanski quittent la salle et rangent leur paranoïa… à moins qu’avec de Niro, on puisse redire sa réplique : « n’oublie pas que même les paranos ont des vrais ennemis… »

    Et ces ennemis tuent encore. Son assassin est un jeune homme de 27 ans, un voisin « déséquilibré ». Certains n’ont mentionné que sa religion, « musulman », car, à leurs yeux, cela devrait immédiatement signer le crime… D’autres ont écrit un peu vite qu’il parlait arabe, ce qui est peu probable chez cet homme d’origine africaine. D’autres ont parlé de coran brandi, de coups de couteau, ce qui n’est pas avéré. Mais des voisins auraient bel et bien entendu Alalou Akbar, le fils de Sarah aurait évoqué d’autres agressions, des insultes antisémites répétées. Aïcha, une voisine de Sarah, rencontrée dimanche à la marche tient pourtant à me dire : « vous savez, on vit tous ensemble finalement » et elle me murmure : « c’était un drogué, il insultait tout le monde »… Une enquête est en cours. Le procureur de Paris, François Molins a répondu aux inquiétudes en acceptant d’échanger sur l’enquête en cours. Il a expliqué qu’à ce jour, il était « impossible » de savoir s’il s’agissait « d’un acte antisémite ou pas ». Dans le « ou pas » se loge désormais la vigilance républicaine dont on doit se féliciter. Selon lui, rien ne permet de retenir le caractère antisémite et rien ne permet de l’exclure.

  • The Persistence of Ignorance

    The Persistence of Ignorance

    Ecrit par Ricker Winsor, le 15 avril 2017, dans La une - Ecrits

    A young student asked me recently, « Mr. Winsor, do you think history is important ? » I said, « When I was growing up we heard that history is important to know so that we learn from the past and don’t repeat our mistakes. But now that I have lived seventy-two years I have to wonder about that. It seems to me we haven’t learned anything ; we keep repeating the same mistakes, so maybe history isn’t important. It is always subjective anyway, always written by the winners ».

    The human community has been in trouble since the beginning and holds fast to that trouble despite a choking amount of information to help it out of that trouble and despite having the greatest tool to do that, the human brain itself. It has only been four generations since television was invented and spread around to almost every house. There was an expectation that this amazing invention would educate people and bring them out of ignorance. It hasn’t worked. Most people are lazy, it seems, and only want television to help them escape or have it tell them what they already believe and want to hear about issues. There seems to be no need to be challenged by new information, new ideas.

    One of my friends is a doctor, an atheist, and an expert on evolution. He says, « The human brain is wired to be curious, to be seeking understanding, making discoveries. If that is not happening, there is something wrong with the wiring ». Based on what I said in the previous paragraph, it would seem there is a great deal wrong with « the wiring ». Either that, or evolution has screeched to a halt.

     Another friend is an enemy of « left leaning liberals ». He is on what I would call « the rabid right », the alt right being the proper term ; not thinking, dangerous. But he is a loyal friend from childhood. I sent him a link to « The National Review » because it is a thoughtful, conservative « rag ». My friend is a CPA accountant, not a dummy. He wrote back, « I don’t read left-wing rags ». I said « The National Review is a conservative voice started by William F. Buckley ». He answered, « I know that. Never cared much for Buckley », by which I understood that he didn’t know that and didn’t bother to make two clicks on his I pad to find out about it, something that would have taken less than thirty seconds.

    In researching this topic, I came across a thesis stating that our ideas are so deeply held as to be actually physical. Seeing new or opposing evidence just makes a person struggle harder to defend what he already believes. In other words, a considered good argument will have very little effect on changing a person’s thinking.

    As we grow up and develop our personalities, a number of core ideas get bundled together and become an unassailable fortress against new information coming from the world. I suppose this makes things simpler. I came up with a phrase to help me explain this phenomenon : « Ignorant people want simple solutions to complex problems ». It provides them relief from what is otherwise a permanent condition of stress to make sense of a world that mostly does not make sense.

    What will it take to change our thinking if we are totally invested in a set of ideas ? It won’t happen by argument ; that is clear. My own experience is that if I give myself a little distance from that bundle of ideas I carry with me, there is a chance I can accept another way of thinking about things. It is almost a spiritual technique of non-attachment or at least of loosening one’s grip on that attachment. Life is short ; we live in a mind-bogglingly immense universe that only seems to get bigger as our knowledge increases. How important can one’s political ideas actually be ? The humility that comes with this kind of thinking is liberating, actually pleasurable.

    My atheist friend, the evolution expert, gets great peace from his acceptance of annihilation. « When you really understand evolution and DNA you don’t need religion ». About life after death he says, « They will never know how wrong they were (the believers). We become stardust, nothing more ».

  • La persistance de l’ignorance

    La persistance de l’ignorance

    le 15 avril 2017, dans La une - Ecrits

    Un jeune étudiant m’a demandé récemment : « M. Winsor, pensez-vous que l’histoire soit importante ? ». « Quand j’étais petit, répondis-je, on nous disait qu’il est important de connaître l’histoire afin d’apprendre les leçons du passé et de ne pas répéter ses erreurs. Mais désormais, ayant vécu soixante-douze ans, cela ne laisse pas de me surprendre : il me semble que nous n’avons rien appris, que nous répétons les mêmes erreurs. Alors, peut-être bien que l’histoire n’a pas d’importance. De toute manière, elle est toujours subjective, vu que ce sont les vainqueurs qui l’écrivent ».

    La communauté des humains est dans le pétrin depuis le début et se cramponne à ce pétrin malgré la quantité pharamineuse d’informations qui leur permettraient de se sortir du pétrin, et en dépit du plus fantastique des outils que nous ayons, pour ce faire : le cerveau humain lui-même. Cela fait seulement quatre générations que fut inventée la télévision et qu’elle s’est répandue presque dans tous les foyers. L’on escomptait bien que cette invention stupéfiante éduquerait les gens et les tirerait de leur ignorance. Cela n’a pas marché. La plupart des gens sont paresseux, semble-t-il, et recherchent uniquement dans la télévision un moyen d’évasion ou de s’entendre dire ce qu’ils veulent entendre, ce à quoi ils croient déjà. Nul besoin, à ce qu’il paraît, de nouvelles informations ou de nouvelles idées dérangeantes.

    L’un de mes amis, médecin athée et expert en matière d’évolution affirme : « le cerveau humain est doté de connections destinées à le rendre curieux, désireux de comprendre et faire des découvertes. Si tel n’est pas le cas, il y a quelque chose qui cloche dans les connections ». En se basant sur ce j’ai dit au paragraphe précédent, il y a beaucoup de choses qui clochent dans les connections. Ou alors, l’évolution est comme une voiture qui s’arrête pile et dont les pneus crissent.

    Un autre ami est un ennemi des « progressistes ayant le cœur à gauche », en un mot, ce que j’appellerais un « réac », quelqu’un de la droite alternative pour être plus précis. Il ne pense pas, il est dangereux ; mais c’est un fidèle ami d’enfance. Je lui ai envoyé un lien à The National Review, parce que c’est un gentil pauvre type conservateur. Mon ami est un expert-comptable, pas un idiot. Il a répondu : « je ne lis pas les chiffons gauchistes ». Je répliquais : « The National Review est un organe conservateur, fondé par William F. Buckley ». « Je sais, rétorqua-t-il, j’en ai rien à cirer de Buckley » ; par quoi je comprenais qu’il n’en savait rien et qu’il ne s’était pas donné le mal de faire un double click sur sa tablette pour savoir de quoi il s’agissait, ce qui lui aurait pris moins de trente secondes.

    En faisant des recherches, je suis tombé sur une thèse affirmant que nos idées sont si profondément ancrées en nous qu’elles ont, pour ainsi dire, un caractère physique. Se voir confronté à des données nouvelles ou contrariantes ne fait que nous inciter à défendre plus opiniâtrement ce que l’on croit déjà. En d’autres termes, ce que l’on considère comme un bon argument n’aura que très peu d’effets sur la manière de penser d’une personne et ne la changera pas.

  • Que faire avec la Russie ?

    Que faire avec la Russie ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 15 avril 2017, dans Monde - La une - Politique

    Dossier « Contre champ » de la revue Politique Etrangère, printemps 2017, une réflexion de toute première urgence : la Russie. Omniprésente dans notre actualité, encore cette semaine passée avec les évènements de Syrie. Omniprésente dans la géopolitique de notre quotidien, et forcément alimentant peurs et fantasmes à moins qu’enthousiasmes bruyants :« Le grand méchant loup est de retour. Et il est russe… La Russie serait au mieux imprévisible. Vladimir Poutine serait le nouveau maître du monde… ».

    Deux articles charpentés essaient avec maestria l’un comme l’autre d’éclairer nos lanternes sur « nous et la Russie ». Les titres posent des nuanciers différents entre « vivre avec la Russie » et « faire face à la Russie ». Aucun propos simpliste, ni caricatural dans ces analyses de l’Occident face à la Russie, notamment l’UE ; derrière, les USA.

    Dominique David (Vivre avec la Russie) tisse son analyse autour de deux idées force : « La Russie puise sa force dans les erreurs et les illusions de l’Occident de l’après guerre froide » mais  « ni leader, ni modèle, elle a besoin des nations occidentales ». Nous recevons de l’immense voisin des reflets manquant d’objectivité que nous lisons à l’ombre de pré-acquis historiques, de réflexes et de crispations idéologiques, nous empêchant de « mesurer ce qui fait la force et la faiblesse russe aujourd’hui ». Les signes de bonne volonté de Poutine vis-à-vis de l’Occident, Amérique comprise, sont listés, depuis 2011, de même que leur échec. D. David éclaire en l’Occident ce « remplacement d’une société de stratégies par une communauté internationale des valeurs, et l’alignement universel sur les principes formels de la démocratie ».Ce qui fait sens au regard de l’Histoire récente. Géopolitiquement parlant, l’accent est mis sur les changements qui s’ordonnent sur l’échiquier international ; fin des puissances intégrales ; multiplicité des puissances limitées (et mouvantes, peut-on ajouter) à la tête desquelles veut se positionner la Russie. Laquelle « dans l’air du temps » a su développer des langages d’« obsessions dominantes » tel « l’anti-islamisme virulent, le conservatisme des valeurs d’État, l’autorité martiale et la fermeture pour se préserver de l’autre… ».Pays qui a « les faiblesses d’une force », décline l’article : un camp du refus contre l’OTAN, y compris à l’ONU, immensité, richesses énergétiques, balancier Europe-Asie. Faiblesses en terme d’une économie qui a pâti de la chute des cours en énergie, de l’évasion financière, d’un secteur productif et d’infrastructures sacrifiées, d’une « puissance militaire » qu’il faut nuancer, si ce n’est que l’image supposée menaçante de cette force reste un atout.

    Comment du coup départager ce qui doit exister et être pesé entre « l’intérêt russe et notre intérêt » ; partout la Russie existe et « marginaliser, refouler cet acteur serait dangereux ; l’inclusion étant le but d’une stratégie pacifique ». Négocier, donc, en Ukraine (lever à terme les sanctions), négocier sur le Levant, négocier l’ordre de sécurité européen… Coexister avec un régime qui ne nous agrée pas. Entre autres… dit D. David.

    Thorniké Gordadzé, qui fut ministre d’état en Géorgie (Faire face à la Russie), insiste sur le rôle de diviseur des Occidentaux de Poutine, tant en géopolitique pure, qu’en soutien par exemple des populismes européens à l’intérieur des états. Analyse précise est faite du système Poutine, « un régime qui se caractérise par l’accaparement du pouvoir politique et économique par les acteurs venant des services de sécurité, la suppression des contre pouvoirs, médiatiques, comme opposition politique… Ces services s’auto investissant d’une mission quasi métaphysique de sauvegarde d’une patrie en constant danger ». Accent mis, chiffres à l’appui, sur la considérable baisse du niveau de vie d’une grande partie de la population – 16% vivent au-dessous du seuil de pauvreté. La Russie n’a donc pas les moyens de ses ambitions géopolitiques, essentiellement redevenir une très grande sur l’échiquier, via l’image martiale de son versus militaire. Elle se veut « un modèle alternatif à celui de la démocratie libérale occidentale », ce qui est plus difficile qu’au temps de l’URSS. Aussi, elle contourne ces réalités en s’attaquant – Wikileaks, et les réseaux sociaux – aux tares supposées du « modèle » occidental. Et échafaude un projet de sociétés conservatrices aux valeurs chrétiennes et familiales.

  • Sortir de l’Égypte des asservis et de l’Égypte des oppresseurs

    Sortir de l’Égypte des asservis et de l’Égypte des oppresseurs

    Ecrit par JCall, le 15 avril 2017, dans Monde - La une - Politique

    Chaque année, le soir du Seder de Pessah (la Pâque juive) commence par les quatre questions posées, généralement par des enfants, pour demander en quoi cette nuit est différente des autres nuits. En rappelant ainsi la singularité de cette fête qui commémore, à travers la Haggadah qui en est le récit, la sortie de l’esclavage et la naissance d’un peuple libre, ces questions confrontent ainsi chacun d’entre nous au sens du mot liberté. Il ne suffit pas de quitter l’esclavage pour devenir libre. C’est d’ailleurs pourquoi, selon le récit, les Hébreux ont dû rester 40 ans dans le désert avant de pouvoir entrer en « Terre promise », le temps de perdre cette mentalité de soumission et de recevoir et s’approprier la Loi, car sans loi il n’y a pas de liberté.

    Ce renouvellement de la question confronte ainsi, génération après génération, chacun à son identité individuelle et collective qui est construite autour d’un texte et de ses commandements qui sont à l’origine d’une éthique. Rappelons qu’il est écrit 34 fois dans la Torah : « Vous aimerez l’étranger, vous qui fûtes étrangers dans le pays d’Egypte » (Deutéronome 10-19).

    Il est bon de rappeler ce principe moral, à une époque où tant de personnes et de pays choisissent de fermer la porte aux étrangers et aux réfugiés.

    Mais cette année la soirée du Seder aura un sens particulier. En effet, 2017 marque le cinquantième anniversaire de la guerre des Six jours qui fut – certes ne l’oublions pas – une guerre de défense pour Israël, mais qui fut aussi le début de l’occupation des territoires palestiniens, une occupation dont on ne voit pas la fin. Or, selon la tradition juive, la cinquantième année est celle de la liberté. Il est écrit en effet dans le Lévitique (25-8 : 13) : « Sanctifie la cinquantième année, et proclame la liberté d’un bout à l’autre du pays pour tous ses habitants. Ce sera celle du Jubilé pour vous ». N’est-il pas temps de mettre fin à cette situation, et qu’advienne pour ces deux peuples le temps de la liberté et de la paix ?

    Pour marquer cette date, une Haggadah spéciale a été rédigée. Au texte traditionnel ont été ajoutés des textes écrits par des personnalités juives, essentiellement israéliennes et américaines, exprimant la contradiction morale existant entre cette fête, symbolisant la libération du peuple juif, et la domination par Israël d’un autre peuple privé de ses droits nationaux.

    Vous pouvez vous procurer cette Haggadah éditée par Tomer Persico et illustrée par Michal Sahar, une célèbre graphiste israélienne, dans sa version anglaise en vous connectant sur http://nif.org/sisohaggadah

    et, pour les hébraïsants, dans sa version en hébreu sur :

    https://www.siso.org.il/sisohaggadah

    Cette semaine de Pessah, seront organisées dans beaucoup de villes en Israël et en diaspora des soirées où seront lus des extraits de cette Haggadah. JCall s’est associé à l’organisation de ces soirées, ouvertes en priorité aux adhérents membres de notre association qui ont tous été prévenus en temps voulu pour s’y inscrire. Ce sera le cas à Paris le 11 avril, et à Genève le 12 avril.

    Nous avons choisi deux extraits, parmi les textes rédigés spécialement pour cette Haggadah du Jubilé.

  • Existe-t-il un droit « de ne pas aimer » ?

    Existe-t-il un droit « de ne pas aimer » ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 15 avril 2017, dans La une - Société

    Jean-Luc Mélenchon, le 21 novembre 2015, à 7h47, diffusa le tweet suivant : « Je conteste le terme d’islamophobie. On a le droit de ne pas aimer l’Islam, comme on a le droit de ne pas aimer le Catholicisme ».

    Bonne question : a-t-on le droit de ne pas aimer ? Mais de quoi parlons-nous, en réalité ?

    Des personnes ? J’ai untel ou unetelle dans le nez ; je ne le/la supporte pas ; je ne peux pas le/la « sentir »… Qui de nous n’a jamais utilisé pareilles expressions ? Moi, par exemple, je cultive un franc désamour à l’égard de Léa Salamé. C’est très injuste, car ses qualités sont incontestables : intelligence, esprit d’à propos, culot ; bref, une grande intervieweuse. Pourtant je ne l’aime pas. Affaire d’atomes crochus (ou non crochus), allergie épidermique, totale irrationalité. Bien sûr, l’on peut toujours essayer de se justifier : elle est agressive, parfois blessante, elle interrompt, ne laisse pas l’invité s’exprimer. Soit, mais tout ceci ne va pas au fond des choses : les sentiments – positifs ou négatifs – ne se commandent pas. La détestation, comme la dilection, ne se situe pas au niveau de la tête, mais au niveau des tripes…

    Jusqu’ici, rien de grave, tout le monde acquiesce.

    Passons aux idées. Certains adorent le platonisme, d’autres (Nietzsche par exemple) le haïssent. Il y a des marxistes et des anti-marxistes, des libéraux et des anticapitalistes, et ainsi de suite. De gustibus non est disputandum, dit l’adage latin, des goûts et des couleurs… là encore, rien d’offensant.

    Quid maintenant des religions ? Des « idées » également, mais particulières : qui dit religions, dit croyants. Peut-on haïr l’Islam (en général, Mélenchon ne visait pas spécifiquement l’Islam radical) sans haïr les musulmans, c’est-à-dire, dans un pays comme la France, un groupe composé majoritairement d’Arabes ? Là se pose une nouvelle question : peut-on « ne pas aimer » un groupe humain ?

    Du désamour, en effet, à l’ostracisme, si ce n’est au racisme tout court, il n’y a qu’un pas vite franchi. L’antipathie se meut nécessairement en réductionnisme. Je « réduis » Léa Salamé à une « qualité » – effectivement détestable – l’agressivité, alors qu’elle a une quantité de facettes différentes. Les islamophobes réduisent les musulmans au fanatisme déployé par les plus intégristes d’entre eux, une « qualité » également, mais « essentielle » celle-là, parce qu’elle s’applique à un groupe. Essentialisation « racisante », à partir du moment où ce groupe se confond avec une entité ethno-raciale. Généralisation licite pour une personne (on choisit, en toute impunité, un défaut qui le/la « subsume »), mais illicite pour les groupes, car elle tombe ou elle peut tomber sous le coup des loi antiracistes. Des sentiments involontaires, à la malveillance intentionnelle, voire à l’intention de nuire, la pente glisse et fait glisser.

    Le seul mérite de Mélenchon – qui a d’ailleurs fait un contre-sens sur le suffixe « phobie » (phobos en grec signifie « peur » et non « détestation ») – aura été de souligner ce deux poids/deux mesures : il existe un droit à l’injustice à l’encontre des individus, mais pas à l’encontre des groupes (raciaux, sexuels, religieux, etc.). Ne pas aimer constitue en soi une injustice, une injustice fautive parce que réductrice, une injustice plus subtile que la plate diffamation ou l’insulte : je ne diffame pas Léa Salamé quand je dis que je ne l’aime pas. Tout ostracisme – individuel ou collectif – se fait réducteur.

    Oui certes, Jean-Luc Mélenchon, il existe bien – à l’intérieur de certaines limites – un droit de ne pas aimer… mais n’oubliez pas : il existe aussi des droits injustes.

  • H

    H

    Ecrit par Khalid EL Morabethi, le 15 avril 2017, dans La une - Ecrits

    Vingt-trois, zéro deux. Les yeux de la daronne de quelqu’un et du hibou aux yeux bleus. Vingt-trois, zéro deux. Les yeux de H, habillé en noir et du hibou aux yeux bleus. Vingt-trois, zéro deux. Quelqu’un vit dans un carton, il respire, il n’a pas le droit de parler, il est en train de penser.

    Vingt-trois, zéro deux. Mon hibou est assis dans mon propre canapé, en train d’improviser, en train de créer une image, en train de regarder mes yeux, il les trouve beaux, ça lui rappelle, ça lui rappelle, ça lui rappelle sa soif, son visage, son enfance, ça lui rappelle ses marches, son prénom, ça lui rappelle, ça lui rappelle une porte, ça lui rappelle la cuisine, ça lui rappelle un sourire, ça lui rappelle les yeux d’un ange, ça lui rappelle une tombe ou y a écrit « à Dieu mon ange ». Ça lui rappelle.

    Vingt-trois, zéro deux. Un H qui brule les neurones, qui pèse des tonnes, qui dessine un Satan, qui dessine un bâton et des maudites fleurs de merde au jardin, juste pour ne pas dire que c’est beau. Un H qui brûle, H voudrait brûler le jardin, il voudrait brûler le carton, brûler l’air dans le carton, brûler ce qui est collé au crâne pour laisser vivre ce qui est à l’intérieur.

    Vingt-trois, zéro deux. Mon hibou me regarde, parfois on passe une soirée tout entière à se regarder dans les yeux, sans rien dire, juste un sourire. H aime mon sourire, ça lui rappelle un hall de gare, ça lui rappelle une phrase de sa daronne « J’aurais dû te tuer, mais c’était trop tard ». H avait un cœur blanc.

    Vingt-trois, zéro deux. Ça lui rappelle les frappes, ça lui rappelle le soleil rouge, ça lui rappelle le sang rouge, ça lui rappelle, ça lui rappelle des fleurs rouges, ils en avaient partout, ça lui rappelle ses larmes, elles en avaient partout. Ça lui rappelle.

    Vingt-trois, zéro deux. Ça lui rappelle la réponse de sa question « Tu es un monstre ».

    Vingt-trois, zéro deux. Ça lui rappelle la réponse de sa question « brûle tout ».

    Vingt-trois, zéro deux. Ça lui rappelle sa fatigue.

    H, s’assoit, il a faim, je vais lui faire à manger.

    H, Haine, Hibou, J’aime la Haine.

  • Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

    Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 08 avril 2017, dans Monde - La une - Politique - Actualité

    Parce que l'homme, on peut l'espérer, est aussi bâti de mémoires, celles des grandes guerres, des Hiroshima et du Viet Nam, celle – si près, si loin peut être, des villages kurdes de Sadam, de Damas, enfin – été 2013, en Août, au mitan des plages, quand la bagatelle des 1500 morts – déjà Sarin,  s'étala en une et, que la voix de Hollande – notre honneur - fut hélas seule à tonner.

    Alors, ce coup-ci ( car Bachar-l'infâme glisse ses horreurs de coup en coup, du moment que ça bouge pas trop ; tuant comme un sale gamin qui profite de ce qu'on ne le voit pas à la récré), après Alep cet hiver, l'entrée dans l'été par l'aspersion d'un quartier dit « rebelle » au Sarin – 10 mm sur la peau suffisant à  provoquer des séquelles définitives.

     En finir avec un nid d'opposants ? Impressionner un adversaire qui n'en finit pas de mourir ? Ou voir et mesurer la capacité – la volonté - de résistance des autres en face, cet « Occident » globalisé... Le cerveau tordu de Bachar Al Assad n'en finit pas de nous sidérer.

    Même scénario, ou peut s'en faut, qu'en 2013, profitant pour avancer de quelques cases sur cet échiquier de malheur, d'une situation internationale  devenue d'une autre teinte : l'appui, pensé sans doute sûr de la Russie et de l'Iran ; le changement Obama / Trump ; le premier étant vécu comme couard incapable de quitter sa tanière ; le nouveau ayant eu il y a peu, d'amènes propos sur Bachar, comme à vrai dire sur tout dictateur ; l'UE au pire de sa « décomposition  démocratique », Hollande sur le départ ; une Le Pen quelque peu fascinée, sous l'égide de son mentor en géopolitique , Poutine. Bref, un excellent créneau.

    C'était sans compter avec, ce qui, de fait, est presque le seul vrai tangible de l'élection surprise de Donald Trump ; sa santé mentale. On le sait – un peu tard - l'homme est un narcissique médical, prisonnier de coups de sang non maîtrisés et d' affects désordonnés. Un compulsif aux manettes. Revoyez ces dernières 48 h : les images – beaucoup d'enfants - accompagnant les faits circulent en boucle sur les chaînes d'infos – seules validées par la Maison blanche. Choqué, bombardé d'émotionnel, Trump sombre – comme nous tous, mais d'une toute autre place - dans un compassionnel déchaîné et immédiat, et décide, que contrairement à tout ce qui a accompagné et fait sa campagne et sans doute son succès, on allait « sortir » de chez soi, armé de pied en cap et « intervenir ». Ce qui signifie d'habitude, quand on est un chef d'état, un protocole, éloigné de toute précipitation. On consulte les instances internationales, on essaie  de convaincre le conseil de sécurité ( ce qu'a fait du reste sa ministre, photos à la main), on consulte, à tout le moins on avertit ses alliés ( F. Hollande baragouine en regardant ailleurs, qu'il a ( aurait) été prévenu 1 h avant, ce dont on peut douter, à peser son mécontentement visible). Or, là, intervention en solo pur des États Unis, au débotté. Foin de la coalition ; quelle coalition ?? Attaque aérienne ciblée, certes, mais dans la foulée, autant dire, réaction « personnelle » du compulsif, pas mécontent dans le champ militaire, comme dans quelques autres depuis son élection, d'utiliser tous les jouets que le pouvoir lui a remis. J'entends ça et là quelques trémolos sur le Trump nouveau ; on me permettra d'y voir le même. Exactement, et dans un « jeu » qui peut légitimement inquiéter.

    Pour autant, et comme en géopolitique, la fin compte bien autant que les formes et les moyens, faut-il attendre de vrais résultats des évènements du jour ? De nature, par exemple à infléchir le cours de la guerre en Syrie, voire de reposer les rapports internationaux ? Assad reculant, transi de peur, et préparant ses valises ? Probablement pas, d'autant que l'allié russe – l'Iranien, pas moins, s'est immédiatement porté à son secours, convoquant le post factuel, en renversant le récit – ce seraient les rebelles qui couveraient de tels entrepôts de gaz...

    Quant à ceux à qui plaisait – le Munichois étant une espèce consubstantielle à l'homme, et hélas éternelle – l'idée d'une planète où les Grands, USA, Russie, se seraient « entendus », vaille que vaille, ces évènements là sont de nature à les faire déchanter.

    L'avenir demeure donc  bien embrouillé, sur le théâtre syrien et j'entendais, hier, notre précédent ministre des Affaires étrangères – Laurent Fabius, un très bon cru ! commentant les évènements du sinistre Août 2013, en ces termes : - plusieurs hypothèses se présentent ; toutes se discutent avec les autres ;  parmi elles,  il n'y en a qu'une que je réfute absolument, celle qui dirait qu'il ne faut rien faire...

  • Présidentielles : vers des scénarios du pire ?

    Présidentielles : vers des scénarios du pire ?

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 08 avril 2017, dans France - La une - Politique

    Tous les commentateurs nous disent, et les français ressentent très bien cela, que les élections présidentielles d’avril-mai 2017 sont devenues complètement « folles », en rapport avec les cinq candidats qualifiés de « grands » par les médias, par rapport aux six autres longtemps appelés « petits » ! Mais, il y a autre chose de beaucoup plus grave : c’est le fait que pourraient se produire ce que j’appellerais pour cette chronique des scénarios du pire. Pourquoi cette expression ? Et pourquoi le pluriel ? Tout simplement surtout en raison de la possible – même si elle ne semble pas probable – arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, ou de celle, de plus en plus improbable (même si…) de François Fillon. Et il y a enfin, à un niveau qui n’est certes absolument pas comparable (je le montrerai dans la dernière partie de ma chronique), ce que certains considèrent comme relativement risqué avec l’élection éventuelle d’Emmanuel Macron, qui serait privé, selon eux, d’une majorité présidentielle lors des législatives de juin, ce qui pourrait rendre la France ingouvernable (?) Je vais analyser ces trois cas de figure, en hiérarchisant, bien entendu, ces scénarios plus ou moins problématiques pour l’équilibre de notre démocratie actuelle.

    Il convient de commencer – cela va de soi – par la façon dont notre pays pourrait vivre des mois (voire davantage) particulièrement graves en cas de victoire sur le fil de Marine Le Pen et du parti front-nationaliste, bien que la candidate frontiste n’ait pas d’alliés pour franchir la barre des 50% des suffrages exprimés plus un pour le second tour (ce que certains appellent « le plafond de verre »). Pourquoi, en se projetant vers un futur de ce type, la situation de la France pourrait-elle devenir vraiment gravissime ? En premier lieu, au moment du choc provoqué par son élection comme présidente, il y aurait probablement des manifestations de rue beaucoup plus importantes encore (et dures) que celles qui avaient suivi et suivent encore l’élection (légale, mais non légitime par rapport au suffrage universel) de Donald Trump aux États-Unis ; et pourquoi pas des troubles opposant manifestants et contre-manifestants, un peu comme assez récemment au sein de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan ?! En second lieu, Marine Le Pen aurait-elle une majorité lors des élections législatives de juin face aux résistances démocratiques auxquelles je viens de faire allusion et qui pourraient déstabiliser positivement une partie importante des électeurs voulant rectifier le tir en lui imposant une sorte de « cohabitation » (avec quel premier ministre ?)… ? En troisième lieu, on assisterait, avec la sortie de la France de la zone euro, à un risque de tangages – voire à une dislocation progressive – dans l’Union Européenne, car que serait celle-ci sans le fameux « couple franco-allemand »… ? En quatrième lieu, le franc – auquel nous reviendrions – serait attaqué (dans le cadre d’une spéculation à la baisse) par les investisseurs étrangers ! Il connaîtrait des dévaluations en cascades, qui ne seraient absolument pas « compétitives », puisque, si les prix de nos produits à l’exportation seraient moins chers, toutes nos importations (par ailleurs bien plus conséquentes) subiraient, avec des mesures de rétorsions de la part de pays comme la Chine ou les États-Unis, des renchérissements considérables ; d’où un déficit de plus en plus marqué de notre balance commerciale et un franc devenant ce que l’on appelle une « monnaie de singe », c’est-à-dire perdant de plus en plus de sa valeur, jusqu’à un possible effondrement (?) En dernier lieu, et inévitablement les taux d’intérêt augmenteraient considérablement – de la part des milieux financiers qui nous prêtent de l’argent –, en conséquence de quoi, au bout de cinq ou six mois, notre pays connaîtrait la banqueroute, ou ce que l’on nomme un « défaut de paiement »…

    Pour ce qui concernerait le cas, certes peu probable, mais sait-on jamais… (?), consistant à voir François Fillon l’emporter en mai après une qualification d’extrême justesse lors du premier tour du 23 avril, en quoi s’agirait-il d’une autre forme de scénario du pire ? D’abord, ce serait l’arrivée à la magistrature suprême d’un homme complètement démonétisé par les affaires du Penelopegate et du Fillongate, ce qu’une grande partie des français ne supporterait pas ! Ensuite, soit François Fillon ne pourrait quasiment rien appliquer en rapport avec du programme – notamment « anti-social » – qu’il avait annoncé lors des primaires de la droite ; ce serait alors très vite l’immobilisme, l’impossibilité de réformer en profondeur notre pays (sachant que le terme de « réforme » est par définition polysémique), et nous aurions donc un quinquennat pour rien contribuant à favoriser encore la montée du Front National de Marine Le Pen ! Enfin (seconde possibilité), soit le nouveau chef de la droite pourrait rester « droit dans ses bottes » (pour reprendre une expression célèbre), François Fillon passant outre et mettant en application son programme, utilisant la méthode de la « thérapie de choc », voulant « casser la baraque » (selon sa propre expression) en gouvernant par ordonnances (c’est-à-dire hors de la présence des assemblées, ce qui ferait regretter l’article 49/3…) pendant une centaine de jours, comme le lui permettrait théoriquement l’article 38 de la Constitution ; inévitablement, il y aurait alors un très grave risque de troubles en France, allant bien au-delà de simples grèves et de manifestations, et sans doute même une sorte de guerre civile froide qui pourrait déboucher à terme sur la menace d’utiliser l’article 16 donnant au président des « pouvoirs exceptionnels »… !?