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  • Juifs de France : partir ou rester ?

    Juifs de France : partir ou rester ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 28 février 2015, dans La une - Actualité - Société - Littérature

    Attentats de Paris, attentats de Copenhague, agressions contre des magasins casher, profanations de cimetières : l’antisémitisme flambe, explose, un peu partout en Europe – et tout particulièrement en France – dans des proportions jamais vues depuis l’époque nazie… Pierre Birnbaum, professeur émérite à Paris-I, que l’on présente plus tant il a écrit de livres, a commis ce dernier petit essai sur le « jour de colère », la manifestation du 26 janvier 2014, où l’on a entendu des slogans tels que « Juif ! Juif ! La France n’est pas ta France », ou encore « la France aux Français », et « mort aux sionistes ! ».

    Pierre Birnbaum appartient à ce qu’il appelle lui-même les « Juifs d’état », autrement nommés « Juifs des Lumières » : ces Juifs gardant une vive mémoire de l’émancipation de la fin du XIXème siècle et très attachés au jacobinisme ainsi qu’aux idéaux « républicains ». Sa consternation n’en est que plus grande, son incompréhension aussi… il cherche désespérément des explications au phénomène que nous vivons, qui soient conformes à ses idées, ou, à tout le moins, qui ne les malmènent pas trop.

    Et il en trouve évidemment : « le déclin de l’État (avec majuscule, sic !), devenu de moins en moins capable d’assurer l’ordre républicain et la pérennité de ses institutions socialisatrices aux valeurs universalistes, a contribué à la montée de la xénophobie ». Ce n’est pas faux, mais c’est un peu court : le bon vieux radical-socialisme des années 30 n’a jamais empêché la fureur antisémite de l’Action française ou de Je suis partout.

    Autre cause possible de ce à quoi nous assistons : le renouveau du cléricalisme dans le sillage de la protestation contre la loi Taubira : « dans ce contexte de forte mobilisation culturelle catholique considérée comme l’unique socle solide de la nation », le « jour de colère », inspiré du Dies Irae liturgique, suscita « la grande satisfaction de la frange extrême du catholicisme incarnée par les curés et abbés de la mouvance de Mgr Lefebvre ». Sans doute, mais, si les intégristes furent les chevilles ouvrières des « manifs pour tous », ils n’ont rien à voir avec les violences de cette année.

    Reste le vieil antisémitisme d’extrême-droite. Celle-ci, c’est exact, fut active le 26 janvier 2014 ; ainsi le Renouveau français, qui, nous dit Birnbaum « défile aux flambeaux dans les rues de Paris tous les 6 février, en hommage aux morts du 6 février 1934 ». Dans son éditorial du 6 février 2014 d’ailleurs, l’Action française se réjouit bruyamment : « les mânes des patriotes tombés le 6 février 1934, il y a tout juste 80 ans, auraient-elles inspiré à François Hollande la sage décision de reculer sur le projet de loi familiophobe ? » Soit, néanmoins les post/néofascistes, tout judéophobes qu’ils soient, restent innocents des crimes commis récemment au nom de l’islam.

  • LE CAS CUKIERMAN

    LE CAS CUKIERMAN

    Ecrit par JCall Martine L. Petauton, le 28 février 2015, dans France - La une - Politique - Actualité

    Ce n’est pas tant le fond que la forme – forcément agressive, et peut-être provocatrice – de ce qu’il a dit (d’ailleurs des redites, pour lui), ainsi du « toutes les violences aujourd’hui sont commises par de jeunes musulmans ». Ce n’est pas tant ce qui est dit, que « qui » le dit et « où ». Ajoutons « à qui ? », selon l’équation bien classique du rapport de communication locuteur / récepteur.

    Vous êtes, Roger Cukierman, l’influent président du CRIF ; vous parliez juste avant son fameux et médiatique dîner. 78 ans, l’assise de celui qui préside cette institution, pour la 3ème fois, et campe sur un passé impeccable de Juif d’origine polonaise, dont les grands-parents ont disparu à Treblinka. Vous savez, d’ordinaire, ce que vous dites, comment le dire, et à qui.

    Alors ? Là, ce Février 2015, à deux pas des marches républicaines de l’« esprit du 11 Janvier » (qu’ainsi vous contribuez à faire éclater avec violence), lancer cette phrase lapidaire, sans vraiment d’avant ni d’après (sauf, et ce n’est pas rien, des propos annexes autour de « la majorité des musulmans auxquels on ne saurait reprocher quelque chose », mais qui se sont perdus depuis, ou déplacés, ou, qui n’ont pas été prononcés avec la même forte détermination).

     Vrai – évident même – que le contexte des jours derniers, où l’antisémitisme a fait feu de tous bois, pourrait avoir « encoléré » votre verbe, vénérable président. Comme tout un chacun, au comptoir, au coin de ma rue : – en fait, c’est vrai, qu’on constate que… vous pensez comme moi ? Et de hochement de tête en petite moue dubitative, le petit bruit trace sa route, presque habituelle, jusqu’aux chiffres posés dans telle émission d’experts le soir à la TV, qui infléchissent notre perception, et – heureusement – affinent notre jugement.

    Mais, voyez-vous, Roger Cukierman, vous n’êtes pas la « base ». Vous êtes  quelqu’un qui parle d' en haut, dont la parole pèse (et, détermine). Vous êtes le leader d’un Think tank et pas le moindre. Dire ça, à ce moment-là, est signifiant, et vaut quasi  signal. Déclaration de guerre – sans doute pas – bien que le boycott des autorités musulmanes qui a suivi a fait un raffut qui y ressemble.

    Que doit-on entendre, en vos propos ?

     Cette généralisation propre à tous les racismes ? fleuron de l’antisémitisme de page d’Histoire ancienne en page plus immédiate, du « toutes » et du « commises par les » (« pas quelques ») qui nous fait tourner le regard vers les banlieues, leur (et, non pas leurs) population (s), et presque en même temps, active notre mémoire immédiate, et les Kouachi, et Coulibaly s’incrustent en fond d’écran ! Mécanisme presque inévitable ! Piège de l’amalgame, monsieur Cukierman ! comment vous, depuis l’endroit d’où vous parlez, pouvez en tomber là ? Bavure unique ? Pas vraiment : en Novembre 2014, on entend de vous : « il y a deux groupes qui posent problème ; les musulmans et le front national ». « Groupes » ? décidément, il vous faut recopier 100 fois la définition du mot généralisation !

  • Déni de judaïsme

    Déni de judaïsme

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 28 février 2015, dans Ecrits - La une - Actualité

    Ils sont venus tuer les pierres, lapider les morts de leur bêtise crasse. Ils ont griffé la terre de leurs doigts ignorants, fossoyeurs de l’immonde, dépeçant le silence. Tels des vautours affamés, ils ont conspué l’Éternité, crevant les yeux du granit, éventrant le sein des marbres : charognards de l’Indicible.

    Qu’on ne vienne pas me parler de leur jeunesse, de leur innocence, de leur maladresse. Seraient-ils simples d’esprit qu’ils auraient pu voir la différence entre un cimetière « catholique », avec ses grands caveaux, ses cyprès, ses lourdes croix rouillées, et ce cimetière juif, dont les pierres taisantes dormaient, ornées simplement de quelques étoiles, envahies par l’oubli des errements des hommes.

    Certes, profaner un cimetière chrétien aurait été tout aussi atroce, répréhensible, odieux. Détrousser les cadavres de leurs ultimes honneurs, dépouiller les victimes du dernier rempart de leur humanité, voilà qui insulte à la fois l’Humain et le Divin, en un acte sacrilège qui défie la raison.

    Mais profaner un cimetière juif, à quelques heures d’un nouvel attentat antisémite commis sous le regard de bronze de la « petite sirène », alors que des badauds se pressent, sans être arrêtés, pour fleurir le lieu où le terroriste a été abattu par la police danoise, quand la France pleure encore les victimes de l’Hyper Cascher, est inexcusable.

    Même pour des mineurs.

    Qui sont ces ados ? Ont-ils ri, en écoutant les pitoyables vomissures du prétendu humoriste, visionnant quelque vidéo où le massacre de millions de juifs est repris en chansons ? Ont-ils « kiffé » les derniers faits de guerre des barbares islamo-fascistes qui coupent des têtes comme on moissonnerait un champ ?

    Que faire de ces ados ? Leur montrer des documentaires de la Shoah ? Leur faire lire Primo Lévi, Simone Veil ? Les emmener à Auschwitz ?

    Comment leur cerveau a-t-il pu, en France, en 2015, alors que l’école est obligatoire jusqu’à seize ans, alors qu’on étudie l’Holocauste et le nazisme en classe de troisième, et les différentes religions monothéistes en classe de sixième et de cinquième, être assez poreux pour ignorer le massacre de millions d’êtres humains qu’ils sont venus, de leur abjecte intention, de leur actes barbares, assassiner une nouvelle fois ?

    Il me semble, encore une fois, que l’école est en grande partie responsable de ce manque de culture générale. Quelque part, la France, la République et l’Éducation Nationale ont failli. Laissant des adolescents aller plus encore que dans le caillassage de voitures de flics, dans le deal ou dans la simple délinquance. Laissant des jeunes commettre un crime contre l’humanité. On nous a assez répété, ces derniers temps, cette magnifique phrase du Coran qui dit que quand un homme tue son prochain, c’est comme s’il tuait toute l’humanité…

  • Eclats d’humeur (27) Notre amour

    Eclats d’humeur (27) Notre amour

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 28 février 2015, dans La une - Ecrits

    Notre amour

    comme l’orée d’un bois

    le rêve d’une pierre

    l’écho des rois

    la clef des murs

    les yeux de l’aube

    l’écart des songes

    l’âme au soleil

    la chair qui tremble

    l’envers l’endroit

    le tour d’un monde

    une solitude

    l’ordre défait

    le mot qui touche,

    l’art du mystère

    la feuille au vent

    la bague au cœur

    le trait d’union

     

    la création.

  • Tes mots

    Tes mots

    Ecrit par Christelle Angano, le 28 février 2015, dans La une - Ecrits

    Tes mots m’enveloppent quand ils chantent pour moi

    Petite cantate fait Frissonner mon Elle

    Perdue dans ces pages je n’attendrai que Toi

    Cette folle parole qui toujours m’ensorcelle.

     

    Ces voyelles irisées effleurent ma bouche

    Courent sur ma peau, suaves et sensuelles

    Quand je lis alanguie Étourdie sur ma couche

    Tous ces mots, ces serments, ô promesse éternelle.

     

    Océan d’encre bleue aux infinis rivages

    Avec Elle je voyage Avec Toi je me perds

    Et ce cœur qui palpite tremblant d’être sage

    Je respire tous ces mots comme un grand souffle d’air.

     

    Une plume dans ta main caresse mon âme

     

    Alors le livre s’ouvre et les pages s’effeuillent

    Effeuillage troublant Mon regard dans le vague

    L’émotion me submerge et Soudain je divague

    Quand Le Verbe impérieux me possède et me cueille.

  • Si on reparlait d’Ebola ?

    Si on reparlait d’Ebola ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 28 février 2015, dans Monde - La une - Politique

    La revue de l’IFRI offre cet hiver un très copieux dossier consacré à Internet, et sa difficile gouvernance. 5 articles savants et éclairants permettent de cerner « l’après-Snowden » qui avait dénoncé la fausse confidentialité des échanges et la vraie prééminence des USA ; l’impossible neutralité de la Toile, un voyage en Big Data, et la « troisième voie » que représente à présent le poids des Puissances émergentes ( de plus en plus de navigateurs sont en effet Africains, Américains du sud ou Asiatiques).

    « Des questions cruciales : sécurité et souveraineté, protection de la propriété intellectuelle et de la vie privée, respect de la liberté d’expression et de la neutralité des réseaux, fractures numériques entre Nord et Sud, entre territoires, entre générations, affrontements politiques… », nous dit Julien Nocetti qui pilote le dossier.

    D’autant plus urgente, la lecture attentive de ce cœur de la revue PE, que la sinistre actualité de ces dernières semaines autour du Terrorisme a mis le Net au centre des procédures de surveillance (citons, encore, dans ce numéro, également, un article : « Les cyberarmes ; dilemmes et futurs possibles »).

    Mais, c’est sur deux articles denses et fouillés que le choix de Reflets du temps s’est porté cette fois : ils concernent EBOLA (le nom vient d’une rivière de la forêt guinéenne).On en a beaucoup parlé l’été passé ; l’éclairage médiatique est retombé (plus, bien entendu, que le danger). La revue de PE de l’IFRI s’y penche de façon magistrale et très originale. Notre réflexion ne peut qu’en être enrichie !

    En langue Mende, la désignation d’Ebola (« Bodo Ute ») signifie « extermination de la famille », autant dire, en Afrique Noire, tout. On pourrait sans doute aussi le traduire par « peur ». Le virus Ebola « de la famille des filovirus, a la chauve-souris comme porteur sain et réservoir. La transmission se fait par contact direct avec les fluides ou la peau d’animaux morts, de personnes malades ou décédées. La maladie se caractérise par un syndrome hémorragique et des diarrhées. Son développement est massif dans des pays pauvres aux systèmes de soin peu développés et à l’hygiène de vie précaire ».

    Le premier article, « La coopération sanitaire internationale abolie par Ebola ? », est signé Didier Houssin, ancien directeur général de la santé et délégué dans le cadre de la lutte en son temps contre la grippe aviaire. Une épidémie internationale, il connaît ! Son article, sans appel, dresse le portrait d’une communauté internationale peu réactive, lente, tant en prises de décisions qu’en octroi de moyens, d’institutions emprisonnées dans l’inextricable administratif, l’incohérence des décisions politiques face à ce qui nous menace, tous, dès lors qu’il s’agit d’une terrible épidémie sans remèdes, et dont la contagion est portée par un monde ouvert à la circulation rapide des personnes.

    24 épidémies d’Ebola ont été recensées entre 1976 et 2013, en Afrique de l’Ouest, mais c’est celle de 2014 qui a été la plus potentiellement dangereuse. Guinée, Sierra Leone et Libéria étaient l’épicentre, avec des saillies au Mali, au Sénégal et au Nigéria et sa très forte densité de population. On sait que des personnes infectées sont arrivées aux USA, en Espagne.

  • La chaise d’en face

    La chaise d’en face

    Ecrit par Khalid EL Morabethi, le 28 février 2015, dans La une - Ecrits

    La chaise d’en face,

    Isolée, observatrice,

    D’un vide qui danse au rythme de son fils,

    Une chorégraphie qui fait couler les larmes du plafond,

    De grosses gouttes visqueuses s’écrasent au sol et se noient tout au fond,

    Tout au fond d’une mémoire douteuse face à son reflet putréfié,

    Tout au fond d’un regard oublié

    La porte s’ouvre pour laisser entrer le vent,

    Faisant virevolter les longs cheveux d’un vieillard assis au milieu et qui attend,

    Faisant s’ouvrir l’unique fenêtre violemment,

    Et redonnant vie aux notes blanches et noires du piano,

    Tandis que les lettres se lisent, se déchirent et se brûlent,

    Et qu’au coin, près de la chaise, la trompette hurle.

    A la moitié de la lune,

    A la mort,

    Au sort qui semble pleurer la flore.

    La chaise d’en face,

    Seule, spectatrice,

    Des robes qui jaillissent du néant et déferlent à l’intérieur d’un cœur,

    Qui bat lentement au rythme d’une éternelle prière qui ne s’entend pas,

    Qui bat lourdement au rythme des anciens pas,

    Des yeux qui se divaguent, cherchent et se perdent ailleurs,

    Et des mains ouvertes, paumes face au ciel qui tiennent des fleurs,

    Toutes ténébreuses,

    Toutes pâles, silencieuses,

    Attendant les petites gouttes de pluie,

    Attendant une lettre, un message, un cri.

  • La Trinité des Nuls

    La Trinité des Nuls

    Ecrit par Luce Caggini, le 28 février 2015, dans La une - Ecrits

    Le Peureux, le Muet et le Joyeux

    Quand Pangloss affligé par la peine de mort du courageux marin anglais en fit le récit à Candide dont les yeux étaient ailleurs, Candide eut le visage muet et la mine complètement ravagée.

    Un compagnon de la confrérie des muets demanda à un musicien du groupe s’ils avaient été pétris d’effroi. Le violoniste du groupe nia avoir vu un tel spectacle car ils étaient tous en répétition.

    Candide empreint de terreur entra dans une explication donnant du premier au dernier des détails de l’exécution du capitaine des pédalos coupé en deux parties.

    Une analogue compréhension de la chose fit embarquer tout le monde dans le même vaisseau sans marins et sans capitaine. Mais entre-temps médiateurs et agitateurs du radeau des médusés par la terreur remirent leur âme à Dieu et vaquèrent à leurs affaires habituelles.

    Désargenté et contraint de voyager sans armée Candide pensa le moment venu à un contrat de vie dont il mit trois jours pour réfléchir s’il devait prendre le bateau pour Bordeaux ou la route pour retrouver Cunégonde à Venise. Une indécision qui eut comme effet de faire abstraction de deux plaisirs gémellaires, musique et théâtre.

    Un courage ordinaire aurait suffi mais réalité et médiocrité de vision ne purent unir les trois dominantes d’amours aussi différentes que celles des humains et des méditations romanesques du cerveau de Candide.

    Une urgence subite lui fut fatale. Il y eut dans son cerveau une pénétration pareille à un tour de force d’une puissante danse de Saint-Guy qui lui coupa la viande en deux. Pangloss lui-même eut un coup de sang et élucubra un édit digne de la musique de Mazarin dont aujourd’hui encore le monde des ouvriers est géré par hématomes comme une comptabilité unifiée en trois comptes par trois cerveaux sous un seul crâne comme seul garant.

  • KI-C-KI

    KI-C-KI

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 28 février 2015, dans La une - KI-C-KI - Littérature

    A lire et à consommer sans modération, ces quelques passages de pur plaisir, d’une des plus célèbres œuvres d’un auteur du 20ème siècle déjà cité une fois dans cette rubrique (on ne s’en lasse pas…), cette œuvre (qui est un essai) inoubliable, que l’on peut dire philosophique, emplie de « bon sens » et d’une grande humanité, de cette humanité qui caractérise ce célèbre auteur français qui fait partie de notre panthéon littéraire :

     

    Extraits :

    Si je me demande à quoi juger que telle question est plus pressante que telle autre, je réponds que c’est aux actions qu’elle engage. Je n’ai jamais vu personne mourir pour l’argument ontologique. Galilée, qui tenait une vérité scientifique d’importance, l’abjura le plus aisément du monde dès qu’elle mit sa vie en péril. Dans un certains sens, il fit bien. Cette vérité ne valait pas le bûcher. Qui de la terre ou du soleil tourne autour de l’autre, cela est profondément indifférent. Pour tout dire, c’est une question futile. En revanche, je vois que beaucoup de gens meurent parce qu’ils estiment que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. J’en vois d’autres qui se font paradoxalement tuer pour les idées ou les illusions qui leur donnent une raison de vivre (ce qu’on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir). Je juge donc que le sens de la vie est la plus pressante des questions. Comment y répondre ? Sur tous les problèmes essentiels, j’entends par là ceux qui risquent de faire mourir ou ceux qui décuplent la passion de vivre, il n’y a probablement que deux méthodes de pensée, celle de La Palisse et cette de Don Quichotte. C’est l’équilibre de l’évidence et du lyrisme qui peut seul nous permettre d’accéder en même temps à l’émotion et à la clarté.

    (…)

    L’intelligence aussi me dit donc à sa manière que ce monde est absurde. Son contraire qui est la raison aveugle a beau prétendre que tout est clair, j’attendais des preuves et je souhaitais qu’elle eût raison. Mais malgré tant de siècles prétentieux et par-dessus tant d’hommes éloquents et persuasifs, je sais que cela est faux. Sur ce plan du moins, il n’y a point de bonheur si je ne puis savoir. Cette raison universelle, pratique ou morale, ce déterminisme, ces catégories qui expliquent tout, ont de quoi faire rire l’homme honnête. Ils n’ont rien à voir avec l’esprit. Ils nient sa vérité profonde qui est d’être enchaînée. Dans cet univers indéchiffrable et limité, le destin de l’homme prend désormais son sens. Un peuple d’irrationnels s’est dressé et l’entoure jusqu’à sa fin dernière. Dans sa clairvoyance revenue et maintenant concertée, le sentiment de l’absurde s’éclaire et se précise. Je disais que le monde est absurde et j’allais trop vite. Ce monde en lui-même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. L’absurde dépend autant de l’homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien. Il les scelle l’un à l’autre comme la haine seule peut river les êtres. C’est tout ce que je peux discerner clairement dans cet univers sans mesure où mon aventure se poursuit. (…).

  • La République, l’école, le bien, le mal

    La République, l’école, le bien, le mal

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 21 février 2015, dans La une - Education - Actualité - Société

    Hier, ces presqu’enfants au pied de la forêt des tombes profanées, dans le brouillard de l’Est. Avant-hier, ce jeune homme au visage vaguement innocent, perdu dans la foule conviviale, se voulant probablement tolérante à la Scandinave, des rues de Copenhague. Et, bien entendu, juste avant, les deux frères Kouachi et leur chemin d’orphelins des Centres pour l’enfance, en passant par Coulibaly, petite bouille souriante, au milieu de ses petits camarades, sur les bancs de notre école républicaine… même programme pour tout le monde, du B à BA à « c’est quoi la Shoah ? ».

    Tous, élevés, éduqués, nés du reste souvent là, dans ces terreaux européens de démocraties installées et rodées, ayant – comme on dit – « sucé les valeurs de la République à la mamelle », et, dedans, comme une évidence, un tabou suprême, le refus de l’antisémitisme.

    Tabou, c’est-à-dire, morale et son vaste champ, relevant du religieux, du familial – donc, de l’intime – mais, aussi – jadis – au tableau noir des écoles des hussards noirs. Qu’on ânonnait (ma toute petite enfance l’a connu) en tout début de classe (je ne sais plus si on expliquait, je ne crois pas, ces commandements laïcs). Parce que la morale ne s’explique pas ; elle s’entend, dans un pseudo consensus, puis elle s’applique, vaille que vaille. Mais elle retourne, en fait, dans le secret de chacun, dans les arrière-cuisines de l’intime, la famille, les copains, et elle subit les transformations accouchant de ce que notre société affiche ces temps-ci, si, benoitement, elle n’a pas été carrément oubliée… « L’homme peut-il vivre sans morale ? », sujet de Philosophie à l’autre bout de ma vie, un jour.

    Alors, ces dernières heures, l’affaire du cimetière, après et dans le contexte de  Charlie, Copenhague, et de tant d’autres évènements signant un antisémitisme toujours aux portes de nos sociétés, de nos têtes. Revenu ? Ou jamais parti ? Ne fait-il pas partie intégrante de l’homme social et moral, puisqu’il est en l’homme la haine de l’autre…

    Et, les bonnes gens de s’interroger – vraie et sincère indignation : – mais, que fait l’école ? Ses professeurs d’Histoire ? Remettre la morale, vite ! J’entends donc, au tableau à présent devenu blanc, vite fait-bien fait, avant le cours de maths (et, moment baptisé, j’en ai peur, « éveil à la citoyenneté »…).

    Manquent, ces gosses (« ces », pas « nos » !), de culture générale ! savent pas lire, et le toutim, désignant à la fois et dans le même geste le coupable et le responsable, l’école (« ils »). On s’arrêtera une fois de plus, au bien, au mal, à ce qu’on doit, qu’on ne peut pas… et les têtes brûlées ou perdues, ou les deux, sur lesquels tomberont ces injonctions venues du haut, donc, d’ailleurs, ne comprendront goutte à cette République qui parle une autre langue…

    L’école n’est-elle pas la société, ses manquements, sa façon de trébucher, de se relever, aussi ? Elle n’est pas, me semble-t-il, hors sol, et à ce titre, les gens auraient mauvais genre de lui renvoyer la patate chaude et de repartir s’endormir. Difficile tout ça ! On en est, certes, à la phase de la déploration, mais, pour ne pas en rester là, avancer, et, mieux, et plus efficacement, quels chemins ?

  • La République à l’heure du « cosmopolitique » ?

    La République à l’heure du « cosmopolitique » ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 21 février 2015, dans France - La une - Politique - Littérature

    Ouvrage passionnant – un des plus intéressants qu’il m’ait été donné de lire ces derniers temps – d’un auteur dont je ne connais rien, si ce n’est qu’il a vraisemblablement une formation juridique, doublée d’une spécialisation en philosophie politique.

    D’emblée, Languille pose le dilemme suivant : le droit à la différence, dont l’émergence remonte aux années 80, à l’époque où – le marxisme déclinant – la promotion des minorités prend le pas sur la défense d’une classe ouvrière en voie d’extinction, est-il compatible avec le « vivre ensemble », avec ce qui, depuis Renan (cf. le « plébiscite de tous les jours »), constitue l’essence même de la République ?

    Et Languille de prendre l’exemple de la Burqa : « le fait qu’il y a parfois à choisir entre vivre ensemble et droits de l’homme est manifeste lorsque l’on considère le fondement juridique de la loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public ». Nous reviendrons sur ce fondement ; notons pour l’instant que le droit à la différence (non prévu par la déclaration de 1789) a bel et bien pris place à côté des autres droits de l’homme, lesquels nous dit Languille « appartiennent à la sphère intellectuelle du libéralisme (…) dont la faiblesse réside dans son incapacité à établir les conditions du maintien du lien politique, c’est-à-dire du sentiment d’appartenance à une même entité politique. La doctrine des droits de l’homme, parce qu’elle permet à chacun de vivre selon ce qu’il croit ou ce qu’il pense, est éminemment pacificatrice. Cependant il est possible, c’est ce que nous allons chercher à vérifier dans cette étude, que la réduction du commun aux droits de l’homme, plutôt que de hâter la pacification de la société ne conduise à son morcellement ».

    Il existe, constate Languille, « une tension réelle entre vivre ensemble et liberté d’expression ». Or s’habiller à sa guise, fût-ce en voilant son visage, fait partie intégrante de cette dernière. Les sondages confirment cette difficulté à combiner les deux termes de l’alternative : en 2012, 77% de l’échantillon sondé estimaient que « le foulard islamique posait un problème pour vivre en société ». D’où l’intérêt de la laïcité. Languille cite alors Jean-Michel Balling, membre de la Grande Loge de France : « c’est la laïcité qui permet à chacun de vivre librement ses croyances – lesquelles relèvent de l’espace privé – sans que les convictions interfèrent jamais dans l’espace public ».

    Toutefois le « laïcisme » présente un danger redoutable. Et Languille de rappeler ici les campagnes révolutionnaires de « défanatisation » de 1793, « marquées par des profanations et des dégradations de lieux de cultes ». En 1792, l’assemblée législative étant allée jusqu’à envisager « l’interdiction générale et absolue du costume religieux dans l’espace public ».

  • JCALL

    JCALL

    Ecrit par JCall, le 21 février 2015, dans Monde - La une - Politique - Actualité

    Attentats de Copenhague : tristesse et colère

    Sinistre bilan pour ce week-end. Copenhague d’abord, où deux attentats meurtriers ont visé les mêmes symboles qu’à Paris le mois dernier : une réunion organisée pour défendre la liberté d’expression, et une synagogue. Puis l’Alsace, où un cimetière juif a été profané.

    JCall exprime sa profonde émotion et son indignation face à ces actes barbares qui endeuillent de nouvelles familles et tient à assurer celles-ci de sa totale solidarité.

    Encore une fois sont visés, ensemble, la démocratie et les Juifs. Nous savons, par notre longue histoire, que ceux qui s’attaquent à la démocratie n’épargneront pas les Juifs, et que toute agression à l’encontre des Juifs met la démocratie en péril. Comme l’a écrit Goethe « Les Juifs sont le thermomètre du degré d’humanité de l’humanité ».

    Nous saluons la mobilisation des dirigeants européens contre l’antisémitisme et nous trouvons pour le moins mal venues les déclarations du premier ministre israélien appelant les Juifs d’Europe à émigrer en Israël suite à ces attentats.

    Seul un rassemblement autour des valeurs de la démocratie pourra constituer un rempart face aux idéologies de haine prônées par les terroristes islamistes de Copenhague et de Paris.

     

    Voici le lien de l’article en français sur JCall.eu :

    http://fr.jcall.eu/communiques/attentats-de-copenhague-tristesse-et-colere

    et en anglais :

    http://en.jcall.eu/press-releases/copenhagen-attacks-sadness-and-anger

     

    JCall, le réseau juif européen pour Israël et pour la paix, est une initiative de citoyens juifs européens favorables à la solution « 2 Etats pour 2 Peuples ».

    Profondément attachés à l’existence et à la sécurité d’Israël, ils voient dans la poursuite de l’occupation en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est une menace pour l’identité de cet Etat.

    Ils sont à l’origine de l’Appel à la Raison lancé au Parlement Européen le 3 mai 2010 et signé depuis par près de 8000 personnes dont Daniel Cohn-Bendit, Alain Finkielkraut, Bernard Henri Lévy, (…).

    Voir le texte de l’appel et nos informations sur notre site :

    http://www.jcall.eu

    JCall France – Web : http://www.jcall.eu - Facebook : page « JCall » – Mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

    Nota : nouvelle adresse postale à compter de 2013 : JCall Europe, 281 boulevard Raspail, 75014 Paris (France)

  • Transit depuis Daech jusqu’au paradis d’Allah

    Transit depuis Daech jusqu’au paradis d’Allah

    Ecrit par Luce Caggini, le 21 février 2015, dans Monde - La une - Ecrits - Politique

    Monter au ciel, méditer, rêver, vider les lieux et ruminer en devisant allégrement avec un musulman, un juif et un chrétien tout en priant à genoux un ange athée, le suppliant d’amener ces trois mortels musardant dans le même marché aux fleurs avec non intention de faire mal à autrui, en trois grands paliers de huit années de distance en un seul jour mythique de vingt-quatre heures chrono-magnus, usant d’un cadran unitaire menant les trois manants munis chacun d’une montre ardente marquant la même heure en même temps.

    Mésange, corneille, moineau, les trois oiseaux mirent un temps fou à gagner le ciel, car ils musardaient et perdaient leurs forces à pinailler sur leur religion respective jusqu’à leur arrivée dans le Jardin des Myrtes.

    Le grand Da Vinci méditait sur la distance qui séparait les notes la, do, mi de même pureté avec les mêmes sons d’un violon et d’un aoud quand les trois touristes arrivèrent au ciel près de lui. Aussitôt des grincements dominèrent les douces envolées de musique, leurs piailleries ruèrent dans les brancards et mirent les instruments en miettes. Des cris et des pleurs se firent entendre aux quatre coins de la voûte céleste gémissante. Dans la minute qui suivit, les arabes imitèrent le la, les juifs qui rarement imitent créèrent un do et les chrétiens marginalisèrent le mi en le minimisant d’un demi-ton.

    Da Vinci engagea le dialogue avec le musulman le juif et le chrétien regardant les randonneurs d’une même couleur avec la même oreille nommant les petits maîtres musiciens de colocataires attristant.

    Dans le même arrondissement Friedrich Nietzsche qui passait en ami géra la situation en disant aux trois sur un ton de mi mineur : « De signes sanglants vous jalonnaient la route que vous suivez et votre folie enseigna que par le sang se prouve la vérité ».

    Entre dieux prophètes et roi des Juifs aucun mur de surdité même dans le monde du rêve, car ni les uns ni les autres ne donnent aux rageurs et aux virtuoses des enfers le grand pouvoir de croire aux laïus d’oiseaux éduqués dans les nids des mollahs en état d’ivresse.

    Monter au paradis d’Allah en trois fausses notes, nourris de haine et d’oranges amères et « Comme des cadavres ils ont imaginé de vivre, de noir ils vêtirent leurs cadavres leurs discours flairant encore le vilain relent des sépulcres ». Les nomades de la musique arabe, du chant yiddish, des oratorios chrétiens mirent leur vacarme en sourdine et ruminèrent devant le mur des lamentations, sur le chemin de Damas, sous la tente de Muhammad comme des mauvais prieurs élevés par mégarde au plus haut des cieux mais personne ne fit mention de leur présence.

    C’était la mort de la mort.

  •  Reflets des arts : Le vol suspendu

    Reflets des arts : Le vol suspendu

    Ecrit par Didier Ayres Yasmina Mahdi, le 21 février 2015, dans La une - Ecrits

    Un double élastique, un cercle de lumière, trois hommes, une femme : voilà l’ensemble très pauvre – au sens de Peter Brook – et très pur, sans afféteries, de ce qui va faire spectacle devant nous. Il y a les trois âges de la vie : le vieil homme – le violoncelliste –, le jeune homme – le baladin –, Faust, l’homme mûr, et la femme (Marguerite ?). C’est dans ce décor très minimal, comme pouvait l’imaginer par exemple le créateur du théâtre des Bouffes du nord, quand il décrit l’espace vide qu’il cherche au théâtre, que l’on apprécie l’iconicité des signes, un banc en miroir avec des reflets, un kaléidoscope au sol, rouge essentiellement et cette paire de sangles très strictes qui règnent au milieu de la scène.

    Un spectacle très personnel car tournant autour de la mort, avec l’inversion du danseur céleste en diable qui menace l’homme mûr, le bagarreur, qui est le Faust de Véra Ermakova. Et tout est très bien résumé dans la bataille de style cinématographique entre les deux hommes, cette lutte qui ressemble aux passes d’armes de cape et d’épée, et qui sous-tend en même temps l’inconscient russe, par une soûlographie mimée avec de la vodka.

    Pas besoin de mots, quelques interjections criées en russe suffisent à nous faire comprendre que nous sommes dans un spectacle de vie et de mort. Cela glisse, se heurte, corps de cirque, corps d’équilibriste, contorsions acrobatiques, et le tout sans affectation appuyée. Seul, le langage du corps nous fournit une explication du monde, un dénuement émouvant des formes, des mouvements. On pense aux spectacles de Pina Bausch, quand les acteurs s’épaulent, homme/homme, hommes/femme, ou encore à certaines scènes de groupe de Dominique Bagouet, la nouvelle danse française. Nous avons aussi à l’esprit une pièce dansée de Mark Tompkins – adepte du Contact Improvisation et de la danse axiale – sur le mélange de théâtralité et de mouvement. Et à un moment, quelque chose de grave comme Tadeusz Kantor, comme le théâtre de la mort.

    Morbide aussi la référence que nous avons vue aux Chaussons rouges, le film de Michael Powell et Emeric Pressburger, la pièce et le film également mâtinés par une esthétique sensuelle, dans cet épuisement physique et sans fin des antipodistes. D’ailleurs, le spectacle commence par la prise de possession de l’espace par Faust (Maxim Pervakov) qui laisse à penser à une sorte de ring – un espace de lutte duquel l’on ne s’échappe pas. Et puisque nous parlons de cinéma, peut-être faudrait-il évoquer aussi Bouge pas, meurs, ressuscite de Vitali Kanevskypour ce qui est des passages d’existence très brefs, entre fureur et cri primal, sorte de micro-scènes qui tiennent entières dans un mouvement – une vie entière dans un mouvement.

  • Les mots remis au goût du jour

    Les mots remis au goût du jour

    Ecrit par Gérard Leyzieux, le 21 février 2015, dans La une - Ecrits

    Les mots remis au goût du jour

    Dans la cour des illusions

    Dans le jardin des musées

    Des momies bandées et muselées

    Muettes mystères mangèrent

    Des espoirs le recours

    Dans le fond de l’air sur l’azur

    Les mots m’imitent au carrefour

    Des tours me hantent

    Des roues qui tournent au détour

    De tes talons t’assoient au banc

    Du séjour lourd

    De la station longue

    Les doigts gourds jouent le silence

    Des pas jaloux du miroir mou

    Riment avec les jours de l’amour

    Dans les parcs en visite

    A une journée envolée

    Pour des mots ajourés