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  • Reflets des malheurs des temps

    Reflets des malheurs des temps

    Ecrit par La Rédaction, le 29 août 2015, dans La une - Actualité

     La « Mal – heure », la mauvaise. Temps honni de cette fin de Guerre de Cent ans, où passaient les redoutés  routiers, suiveurs de gens de guerre et buveurs de sang, et où pas une branche sur les chemins n'évitait son écorché, se décomposant au soleil sans chaleur, de ces temps, où «  Seigneur, protégez-nous de la guerre, de la peste et de la famine » était ânonné par des enfants en haillons, dont si peu verraient l'horizon de leurs vingt ans... Mais croyez-vous qu'il faille convoquer ces siècles anciens, pour toucher du doigt le malheur des temps ? Quand, coup sur coup, en 48 H,  des « malheureux » - sens plein du mot - en sonnant aux portes de chez nous, ont rencontré la pire des morts.  Ils venaient de ce Moyen Orient en guerre – la Syrie, pour le camion d'Autriche ( plus de 71 cadavres de jeunes et d'enfants, se décomposant au fond du camion des passeurs-routiers-buveurs de sang...) l'Afrique sans doute du Nord Est, crevant sous des sécheresses qui sont leur unique climat , pour cet énième bateau, larguant ses proies au fond de la Grande Bleue cimetière... malheurs des migrants des chemins, irriguant encore et encore, leurs pans d'Histoire, hélas universelle.   Tournant les yeux – tous , et avec quelle constance, vers nous, Europe-Eden, Europe-Eldorado, fantasmée si largement, mais encore assez riche, et capable – en sachant faire, en s'organisant, et peut-être aussi en ces périodes de crise , en voulant – de porter  encore cette misère d'un monde, qu'elle a – pourquoi faudrait-il l'oublier, en partie contribué à tricoter...

     

    «  Frères humains qui après nous vivez

        N'ayez les cuers contre nous endurciz

        ---------------------------------------------

       La pluye nous a debuez et lavez

       Et le soleil dessechez et noircis :

       Pies, corbeaux nous ont les yeux cavez »

     

    François Villon

  • Retours d’un été grec…

    Retours d’un été grec…

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 29 août 2015, dans Monde - La une - France - Politique

    Tambourinades sur les toits des voitures embouchonnées, de la A75, ce dimanche. Pluies d’orages et ciels de plomb à n’en plus finir ; têtes bronzées pas vraiment réjouies de ces « rentreurs » en masse, qu’une rentrée scolaire rabattue aux tous premiers jours de septembre (on le sait, demandée à corps et à cris depuis des lunes, pourtant) semblait assombrir à satiété : – encore un coup bas du père Hollande !

    L’été avait été bizarre, après un hiver glacé, un printemps pourri, toute cette tracée de canicules à rallonge… du 38/40 en plateau, en guise de vacances ; le – t’as combien toi ? – comme seul type de conversation téléphonique. La clim, pour les nantis ; et, puis, ça, c’est quand même se tenir coi entre des murs à l’abri du soleil ; or, qu’est-ce-que l’été sans le « vrai » soleil du grand air, ma pov’dame…

    Bref, un été particulier.

    Commencé, pourtant, hauts-les-cœurs, dans le fracas des affaires grecques, dont on nous parlait depuis Bruxelles, promue soudainement capitale hellénique. Alors, souvenez-vous, les camps étaient tranchés, autant que dans la partie de beach-quelque chose qui nous attendait sur les plages. S’opposaient à l’ancienne ceux qui « avaient du cœur » et penchaient – une fois encore – pour la mansuétude et la générosité ; ceux qui « avaient du porte-monnaie » et renâclaient à l’ouvrir, encore un coup (pour rien, disaient les plus grincheux). Les repas de famille avaient cet air « Affaire Dreyfus ; ils en ont parlé », qu’on affectionne tant dans notre hexagone calme. Tsipras, son charisme en guise de compétences politiques, son goût du risque ou du jeu qui va avec son âge, fut sans doute, et, pour autant, pour quelque chose, dans cette impression forte pour chacun de nous, que l’Europe, c’est peut-être au fond un genre-famille-amis, où l’affectif circule – quoi qu’on pense – où, celui qui se noie, soit on lui tend la main avec l’obligation de s’acheter une bouée pour la suite, soit on le laisse en plan, parce que, quand même, il en a trop fait ! La Grèce commença nos congés, continua son barouf tout l’été – on suivait d’un œil fatigué – et on ne fut pas plus étonné que ça de les retrouver, mêmes acteurs, même film, sur le France-Info de nos bouchons de retour… Les avis avaient pourtant fléchi, au diapason des thermomètres en folie, sur « faut-il faire payer la Grèce… et, nous, la Grèce, avec ces Socialo, c’est pour quand… », tout ce parfum, finalement bien conservé des années d’entre-les-guerres, comme on sortirait une vieille image, de pages un rien sépia d’un bon Mallet-Isaac… Les lectures des plagistes – je surveille chaque année – tournaient sec à l’avantage des mots croisés, pour les plus éveillés, et de Closer ressuscitant la Trierweiler, pour les ensuqués de chaleur. On les regardait – on se regardait de biais : c’est quoi le citoyen de l’été 2015 ? Auraient-ils changé ? Seraient-ils devenus plus solidaires – la Grèce, justement, la Grèce par exemple ? Plus « dans les autres », belle empathie citoyenne, à deux pas du RV climat/Paris de la fin de l’année. Reconnaissaient-ils, un peu, du moins, que Hollande est plutôt fin politique, incontestablement homme d’état, dont les capacités face au cas grec nous ont évité le pire, que sa troupe gouverne, plutôt fermement, et que l’horizon 2017 des uns et de l’autre ne masque pas le point de vue. Pas encore, pas plus que ça… bref, du raisonnable – et du citoyen – passerait-il le coin de la porte ? La Grèce, ces « autres » tout parfumés de cigales, aurait-elle accouché, par sa seule existence et non moins douleur, de ce « goût des autres » qui n’est pas qu’un titre de film ? En un mot, le passage du typhon hellénique – en direct, du Parlement d’Athènes, notre correspondante Angélique… allait-il faire quelques menus petits, passé le 15 Août ?

  • Économie mondiale : la rechute ?

    Économie mondiale : la rechute ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 29 août 2015, dans Economie - La une

    -5,35% à Paris, -4,70% à Frankfort, -4,61% à Tokyo, mais surtout -8,49% à Shanghai… Ce lundi 24 août fut, selon les termes du très sérieux FT (Financial Times) un « black Monday ». We must be prepared that it’s going to get worse because a major bear market is now clearly underway : « on doit se préparer à ce que les choses empirent, car maintenant se profile, en toute clarté, un marché fondamentalement baissier », annonce, sans ambages, The Aden forecast, une des « lettres financières » les plus influentes de États-Unis.

    Alors que s’est-il passé ? Simplement que LA principale locomotive de l’économie mondiale se grippe : avec 4% de croissance (chiffre qui ferait rêver les économies européennes !), la Chine entre en récession (techniquement une baisse consécutive sur deux trimestres du produit intérieur brut). Or la Chine, à elle seule, constitue 10% du PIB mondial ! La raison essentielle en est que la consommation des ménages n’arrive plus à suivre l’emballement de la production. En particulier, une bulle immobilière s’est créée avec un taux de vacance (c’est-à-dire de logements construits et non vendus) de 20%.

    Les analystes – et les gouvernements ! – européens se veulent rassurants : « les marchés ont cédé à l’irrationnel », tempère Éric bourguignon, chef économiste à AM Swiss Life ; « réaction excessive » lâche tel autre de ses collègues, en haussant les épaules. Il reste que l’analyse graphique, l’étude de l’évolution des bourses sur la longue durée n’incite pas à l’optimisme, ainsi l’indice DAX de la bourse de Frankfort (un exemple parmi tant d’autres) (cf.infra source www http://www.boerse.de/langfristchart/DAX/DE0008469008).

    On le voit : la crise des subprimes de 2008, si dévastatrice fût-elle, ne représente qu’une infime correction. La purge d’une expansion maladive et artificielle, car reposant sur du crédit facile (taux d’intérêts au plus bas), est loin d’être terminée. Pour qu’elle le soit, il faudrait que les marchés redescendent – au moins ! – jusqu’à leur niveau des années 90. L’autre locomotive de l’économie globale, l’Amérique, elle-même monstrueusement surendettée, ne saurait suppléer à la défaillance de son client et déboucher numéro un. L’Europe, quant à elle, à peine en convalescence, ne peut pas grand-chose…

    Il a fallu dix ans et une guerre mondiale pour résorber la crise de 1929 (laquelle ne réagissait qu’à une surchauffe de seulement une décennie). Combien de temps faudra-t-il pour mettre à la diète un monde économique, dont la boulimie dure depuis trente ans ? Et quel en sera le prix ? Ce qu’on appelle « économie de l’offre » – des coûts de production toujours moindres avec des salaires gelés, compensés par des crédits attractifs – montre ainsi ses limites. A une croissance artificielle – en vérité, plus virtuelle que réelle – répondent, comme en écho, des crachs non imaginaires, eux. Non, la fin de la crise n’est pas là, seulement le commencement de la fin…

  • Paternalité

    Paternalité

    Ecrit par Jean Gabard, le 29 août 2015, dans La une - Société

    La remise en cause des sociétés patriarcales dans les pays occidentaux a permis d’inscrire dans la loi, et avec l’approbation d’une très grande majorité des populations, l’égalité entre les hommes et les femmes. La famille a été bouleversée. Le père a été déboulonné de son trône et privé de ses certitudes. Il n’y a plus aujourd’hui qu’un seul modèle de père mais plusieurs selon la vision du monde que l’on adopte. Au modèle de père traditionnel que certains veulent encore suivre ou retrouver, s’ajoute le modèle du père né de la contestation. Parce qu’il prend le contrepied du père autoritaire et sexiste, ce modèle de père est le plus suivi. Il est dit « moderne ». Il lui est cependant reproché ses absences voire même son inutilité et certains, n’acceptant ce sort et ne souhaitant pas non plus verser dans la nostalgie de l’enfance, peuvent souhaiter faire sortir ce père de sa crise d’adolescence pour en faire un père adulte.

    Pendant des siècles, les rôles des hommes et des femmes ont été cadrés avec rigueur par la société patriarcale. Alors même que le géniteur restait « incertain », le statut de père était connu et reconnu. L’homme savait parfaitement le comportement qu’il devait adopter. Il lui suffisait d’appliquer ce qui lui avait été appris par ses parents et qui se transmettait de génération en génération. Les règles nécessaires à la survie du groupe ne souffraient aucune discussion.

    D’après l’idéologie de cette société, le père est le chef absolu de la famille. Ce dernier garde souvent une certaine distance et préfère laisser à la maman la tâche de s’occuper de l’enfant. C’est elle qui donne les soins et la tendresse au petit enfant. Arrivé à « l’âge de raison », le garçon est enlevé des mains des femmes pour entrer dans le camp des hommes où lui sont inculquées les valeurs dites « masculines » destinées à le distinguer du sexe dit « faible ».

    Ce père autoritaire, davantage d’ailleurs dans l’autoritarisme que dans l’autorité, est aujourd’hui en voie de disparition dans les pays occidentaux où la victoire de la démocratie a rendu insupportables ses atteintes à la liberté et à l’égalité. Il est devenu le symbole du passé.

    L’idéologie patriarcale a en effet commencé à être vraiment contestée à partir du XVème siècle par une vision du monde que l’on peut appeler « féministe » dans la mesure où elle s’est totalement opposée à celle de l’homme au pouvoir. Avec la contestation de son autorité dite d’origine divine, la société toute entière a été transformée. Ces luttes libérales, démocratiques, féministes ont mis à mal la domination masculine et bouleversé les rapports hommes/femmes, pères/mères. De trop nombreuses femmes sont encore victimes du sexisme, mais dans les pays occidentaux, leurs droits sont maintenant reconnus. En quarante ans la démocratie a fait un bond prodigieux à l’intérieur de la société et de la famille. La nouvelle vision du monde, devenue dominante, demande à l’homme, lui-même ravi, d’abandonner une autorité paternelle jugée sexiste et même fasciste. Pour ne pas être accusé de machisme il doit avoir une conduite opposée à ce qu’elle était il y a encore cinquante ans.

  • Ségrégation… stop… ils sont là !

    Ségrégation… stop… ils sont là !

    Ecrit par Ahmed Khettaoui, le 29 août 2015, dans La une - Société

    Ségréguer l’âme de son squelette, de sa silhouette n’est qu’une mesure abusive – à mon sens – et qui se rétrograde d’un jour à l’autre au fil des pensées des visions et des ères.

    Concrétiser « la jointure » de l’âme, c’est en outre l’octroi d’une vérité à l’absolu, ce dernier qui, à mon avis, doit refléter la ponctualité, respecter l’énorme de cette « offrande » émotionnelle, divine, en soutenant l’utile et l’agréable.

    Malheureusement certaines de nos mesures abusives salissent la pureté de l’âme par une identification singulière, aberrante, sous prétexte que la femme, voire « le féminin » grammaticalement, dépend toujours du masculin. Il faut qu’il se détache catégoriquement de cette dépendance féroce, sinon il étrangle le souffle de cette « âme ». Dans ce contexte, une voix féminine lance un cri strident à haute voix, à travers une émission sur France culture diffusée cette semaine.

    Une émission consacrée à la « masculinité » que j’ai suivie avec soin. Cette voix, en s’attachant férocement à sa rivalité vis à vis de son rival hostile l’homme, a soulevé une polémique intrigue (selon l’intervenante), qui selon elle toujours doit obéir à l’objectivité et aux valeurs humaines. Cette voix ne cessait de donner des exemples à travers son intervention brutale. A titre d’exemple, elle a cité quelques formules grammaticales qui favorisent la « masculinité ». Cette formule parmi d’autres que j’ai pu retenir en suivant l’émission en direct, je la rédige à ma façon : attention… halte… ces femmes et leurs chiens sont méchants en posant la question : pourquoi toujours le féminin suit obligatoirement le masculin.

    Ce questionnement a deux rives : la férocité des chiens et la possession humanitaire de leurs « maîtresses », ce qui implique d’après l’intervenante que l’inégalité existe toujours malgré l’émancipation de la femme au fil des ères, des âges et des civilisations.

    En somme, ce qui m’a marqué de plus, dans cette « séance » qui a duré presque une heure, c’est la conjoncture de cette polémique, notamment sa convergence contradictoire… en niant l’objectivité existante déjà et en force encore dans la société occidentale. En se référant à l’objectivité, il me semble que la substitution est à mon avis exclue dans cette affaire-là… Divergence… ségrégation… halte, ils sont là… D’où ils surgissent : j’en sais rien !…

    Que peut-on dire de la femme orientale qui ne cesse de se soumettre à son sort, son contentement, sa conviction, dans sa féminité, sa vertu quoi qu’il en soit, divine ou autres, comportements ou mœurs, voire son usage particulier en tant que femme et partenaire actif, émouvant dans sa complémentarité. Ce partenaire dans sa masculinité sacrée parsemée par sa finesse et féminité enlace dignement cette « âme » dissimulée dans notre inconscient collectif.

    Reste à confirmer.

  • Reflets du temps a lu : La marche de Radetzky de Joseph Roth

    Reflets du temps a lu : La marche de Radetzky de Joseph Roth

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 29 août 2015, dans La une - Littérature

    Parmi mes nombreuses lectures de cet été 2015, un coup de cœur littéraire : La marche de Radetzky de Joseph Roth.

    Je ne m’étais encore jamais penchée sur l’œuvre, visiblement riche et abondante, de Joseph Roth. J’ai donc choisi – je ne sais pourquoi, peut-être pour la « musique rythmée et entraînante du titre… » – d’aborder en tout premier lieu son œuvre par son roman célèbre, « La marche de Radetzky », parmi mes nombreuses lectures estivales.

    Quelle bonne idée !

    Au-delà de l’histoire passionnante et captivante des quatre générations d’une famille, de l’Autriche-Hongrie – la famille Trotta –, je me suis délectée de la mélodieuse poésie, enivrante, qui se dégage du style littéraire de Joseph Roth. Enthousiasmée et émue, je propose de partager avec Reflets du temps et ses lecteurs des extraits choisis de ce « coup de cœur », suivis de la quatrième de couverture :

     

    Extraits :

    On était en été.

    On était en été, oui. Devant la maison du préfet, les vieux marronniers n’agitaient que matin et soir l’abondant feuillage vert foncé de leurs cimes. Tout le reste du jour, ils restaient immobiles, exhalaient une âpre haleine et projetaient leurs grandes ombres fraîches jusqu’au milieu de la rue. Le ciel était constamment bleu. D’invisibles alouettes grisolaient sans cesse au-dessus de la ville silencieuse. Parfois, un fiacre qui transportait un étranger cahotait de l’hôtel à la gare sur le pavé inégal. Parfois, on percevait le trot des deux chevaux attelés à la voiture qui promenait M. de Winternigg à travers la grand-rue, du nord au sud, entre le château de ce grand propriétaire terrien et son pavillon de chasse.

    (…)

    Ils étaient seuls dans le compartiment. Le visage paternel, endormi, était doucement bercé dans la rougeâtre pénombre du capitonnage. Sous la moustache noire, les lèvres étroites et pâles formaient comme un trait unique ; sur le cou fluet, entre les coins brillants du faux col, la pomme d’Adam s’arrondissait ; la peau bleuâtre, infiniment plissée, des paupières closes frémissait constamment ; la large cravate lie-de-vin se soulevait et s’abaissait régulièrement et, à l’extrémité des bras croisés sur la poitrine, les mains dormaient aussi, au creux des aisselles. Un grand calme émanait du père au repos. Sa sévérité assoupie et apaisée somnolait, elle aussi, nichée dans la calme ride verticale entre le nez et le front, telle une tempête qui dort dans une brèche abrupte entre des montagnes. Cette ride était connue de Charles-Joseph, elle lui était même très familière. Elle ornait le visage du grand-père sur le portrait du fumoir, cette même ride, parure courroucée des Trotta, héritage du héros de Solferino.

  • Eclats d’humeur  Désert 2

    Eclats d’humeur Désert 2

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 29 août 2015, dans La une - Ecrits

    Désert

     

    Ton corps de sable m’a pris l’âme

    j’enroule des rêves

    à tour de roches

     

    Acacias verts et oiseaux roses

    des trous pour faire tomber

    les ciels

    qui s’engouffrent au fond de la terre

     

    Là où le ventre est maternel

    où j’ai semé toutes les lettres

    pour qu’elles écrivent encore une fois

    le mot

    qui fera mon bonheur.

  • La mort c’est un arraché au ventre

    La mort c’est un arraché au ventre

    Ecrit par Luce Caggini, le 29 août 2015, dans La une - Ecrits

    La monade est la mort du rodage de la pensée.

    Le génie de la vie, c’est la vie elle-même.

    Rarement mes doutes ont eu autant de succès avec mon titre d’artiste, mais en toute conscience rien de plus inquiétant que de coller une étiquette sur un être humain. Donc gérer sa vie et son patrimoine c’est à peu près mondialiser les monades et les organes génitaux du Roi des Prétentieux et indexer les mirages et les dorures du palais des nougatines avec le savoir du Penseur de Rodage.

    Quand mon corps ose prendre la mer comme sa matrice la tête envahie par son emprise sa légèreté sa maternité sa force, oui je sais la vie.

    Quand un peintre écrit, il ne rédige pas seulement.

    Il largue une masse d’électrons de couleurs inconnues, celles de son intime, filtrées depuis les pièces détachées de son âme.

    Couleurs transmises dans les paroles que père, et mère ont inscrit sur le marbre béni de l’enfance.

    Les toiles ne mentent pas, seul mon œil peut en témoigner ; les autres peut-être aussi mais seulement les fragiles, les non-savants, les simples, les touchés.

    J’ai cent ans, lecteurs, faites vite, accordez-moi votre attention sans m’interrompre car transmettre exige une grande dénaturation de la part d’un geste esquissé entre deux réalités faussées par le vrai, le non vrai et l’état qui est entre les deux punitions de la pensée pure.

    Dans la peur de être je me croyais la plus atteinte réunissant et l’effroi et le risque de l’effroi.

  • Si vous le dites Sic transit gloria mundi !

    Si vous le dites Sic transit gloria mundi !

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 29 août 2015, dans La une - Linguistique

    « Sancte Pater, sic transit gloria mundi ! », saint Père, ainsi passe la gloire de ce monde. Telle était la formule que proclamait, par trois fois, un moine devant le nouvel élu, pratique antique codifiée dans le cérémonial d’intronisation des papes de 1516. Et de brûler, jusqu’à consumation complète, une mèche d’étoupe symbolisant le pouvoir de ce puissant monarque.

    L’origine du rite est byzantine : à chaque Basileus de Constantinople, lors de son couronnement, on présentait, d’un côté un vase rempli d’os et de cendres de défunts, et de l’autre une pièce de lin immédiatement dévorée par les flammes : avertissement à l’autokrator/kosmokrator, autocrate, maître de l’univers, de ne point trop s’enorgueillir.

    Ironie de l’histoire, Innocent III, pape de 1198 à 1216, vécut à l’extrême ce paradoxe. Il avait commis, dans sa jeunesse, alors qu’il n’était encore que cardinal, un traité plein d’humilité : De miseria humanae conditionis, de la misère de la condition humaine. Cela ne l’empêcha pas d’exalter sa fonction dans des proportions inconnues jusqu’alors. Il écrivit dans un sermon sur la consécration du pontife suprême : « il (le pape) est le vicaire du Christ, le successeur de Pierre, l’oint du Seigneur. Il est placé entre Dieu et l’homme ; au-dessous de Dieu, mais au-dessus de l’homme, plus petit que Dieu, mais plus grand que l’homme : il peut juger tout le monde, mais ne saurait être jugé par personne ». Un théologien du XIIIème siècle, Augustin d’Ancône, autrement appelé Augustinus triumphus (sic !), ira plus loin encore : « papa maior est angelis », le pape surpasse les anges ! « Il occupe une place, ajoute Augustin, plus élevée non seulement que celle des hommes, mais également que celle des anges ».

    Juillet 1216, Innocent III trois meurt. Jacques de Vitry, nouvellement nommé évêque de saint Jean d’Acre, en route vers son diocèse, fait halte à Pérouse, où Innocent est décédé. Là, surprise ! Au beau milieu de l’église, il découvre le corps papal à demi-nu et dépouillé des ornements pontificaux dans lesquels il aurait dû être enterré (pratique coutante au Moyen Âge : on pillait les biens et les vêtements du pontife défunt avant l’élection de son successeur). Jacques de Vitry se rappelle alors de la mise en garde adressée au nouvel impétrant lors de son sacre, « sic transit gloria mundi » et de conclure : « cognovi quam brevis sit et vana huius seculi fallax gloria », il (Innocent III) sut combien est brève, vaine et fallacieuse la gloire de ce monde.

  • Djihadisme, dernières analyses.

    Djihadisme, dernières analyses.

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 24 août 2015, dans Monde - La une - Politique

    Je reviens cette semaine encore sur la revue Politique Etrangère de l’IFRI de cet été, particulièrement riche. Sur – non pas un dossier, cette fois ci, mais trois articles majeurs, dont la teneur est de nature à nourrir nos réflexions de rentrée, sur un sujet – « le » sujet – de tout premier plan : le Djihadisme et le terrorisme.

    Myriam Benraad – une des meilleures spécialistes de l’Irak en France – démontre que « défaire Daech (est) une guerre tant financière que militaire ». « Organisation terroriste la plus médiatisée et la plus redoutée de la nébuleuse djihadiste mondiale, l’État islamique a bâti sa puissance militaire et politique sur le développement d’une véritable économie de guerre… Daech est en 2015 le groupe armé le plus riche du monde ».

    A la tête d’immenses territoires conquis, c’est de ce terrain – fixe – qu’ils tirent d’abord les ressources – racket, rançons, pillages, revente et trafic des biens archéologiques. Où l’on voit qu’il n’y a pas que de barbares réactions face à « la » civilisation, mais de bien matériels et cyniques programmes. Ressources du pétrole, du gaz (« 850.000 dollars de pétrole par jour ont été vendus en 2014, par Daech »), confiscation des troupeaux ou récoltes dans les riches plaines fertiles. Et puis, mise sous coupe réglée des habitants par « gestion » étatique ordinaire du territoire, notamment en faisant tourner la machine fiscale. Daech ne se présentait-il pas auprès des habitants comme « le » protecteur et l’organisateur, suppléant aux déficiences et corruptions multiples des régimes précédents. Comme un peu partout, l’Islamisme prétend à aider, et achète ses supporters.

    Puissance financière pouvant être cependant sur le déclin ; « même avant la contre offensive militaire alliée de 2014 ». Des incompétences techniques dans la gestion des biens énergétiques, des liquidités en monnaie locale difficiles à utiliser, la perception rapide par les populations que les promesses d’aide et de redistribution « sociales » des Islamistes sont des arnaques ; tout ceci freine Daech. La lutte internationale se mobilise – de plus en plus – en vue d’assécher les fonds et leur utilisation par Daech ; bloquer les avoirs, rompre les flux, surveiller particulièrement internet pour empêcher les levées de fonds… Une guerre dans la guerre. Fondamentale. Indissociable de l’autre. Mais une course contre la montre, aussi.

    Marc-Antoine Pérouse de Montclos, braque son projecteur, quant à lui, sur un groupe djihadiste qui terrorise l’Afrique, « Boko Haram, une exception dans la mouvance islamiste ? ». On connaît leur terrible violence dans les rapts et la façon dont ils traitent – à la barbare – les otages. Leur territoire, issu du Nigéria, s’étend de plus en plus en Afrique Noire. On lit, ça et là, des analyses comparatives qui les identifient comme les pendants de Daech (auquel ils se sont rattachés) en Afrique, allant jusqu’à leur octroyer un rêve de grand califat, eux aussi. L’article de l’IFRI veut relever les erreurs, les amalgames trop rapides, et – sans évidemment retirer la moindre dangerosité au groupe – dégage son identité au plus près. Secte religieuse à l’origine – 2002 – « ayant basculé dans le terrorisme après l’exécution de son fondateur Mohamed Yussuf par la police nigériane… elle demandait 10 ans avant Daech l’instauration d’un État Islamique strict ». Dérive qui « tue de plus en plus de paysans pour dissuader ceux-ci de rejoindre les milices que l’armée nigériane commence à lever dès 2013 », qui rapte des jeunes filles pour fournir des femmes à ses troupes, et dont l’essentiel ennemi réside dans la police et l’État nigérian particulièrement maladroit et violent avec sa population. Groupe, qui – à l’Africaine – s’arrange avec l’Islam, et ne rejette ni les amulettes, ni les procédures de sorcellerie. Depuis début 2015, une coalition internationale « veut déloger Boko Haram de ses sanctuaires ». Plus ici, qu’ailleurs, « la difficulté est d’éviter que les exactions des soldats et miliciens ne transforment l’insurrection djihadiste en révolte populaire » par un curieux balancement contre-productif. Pour ceux – extérieur – qui luttent contre Boko Haram, le contrôle des autorités nigérianes est une donnée à ne pas négliger. Des paramètres propres à l’Afrique noire, tels que les conflits ethniques, les déplacements de populations, sont à prendre en compte. Ainsi, des initiatives de blocus économique (interdire le commerce du poisson du lac Tchad, qui finance les Djihadistes) peuvent « fabriquer » leur lot de mécontents qui, à terme, nourriront Boko Haram. Par contre, et même si le groupe a de l’argent largement venu d’une population taxée et de divers trafics, l’armement, disparate, issu des restes des guerres du Tchad des années 70 et 80, ne peut être comparé à Daech, ni à Aqmi. La conclusion de l’auteur – sa thèse – est que c’est un groupe culturellement africain, pauvre, « dont les succès s’expliquent par les défaillances du gouvernement nigérian ».

  • Tout le monde pour Daech ?

    Tout le monde pour Daech ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 24 août 2015, dans Monde - La une - Politique

    Pendant mon séjour estival en Autriche, j’ai lu chaque jour ce principal quotidien de Salzbourg, plus conservateur que son équivalent munichois, la Süddeutsche Zeitung, mais très libre d’esprit et, à l’occasion provocateur, comme ce fut le cas le 8 août dernier. L’édito de Martin Stricker titre tout de go « das Kalifat lebt, weil es seine Gegner wollen », le califat vit, parce que ses adversaires le veulent.

    Oui, comment 30.000 hommes (à peine trois divisions occidentales), équipés de simples pick-up, sans aviation ni artillerie lourde, peuvent-ils tenir la dragée haute à une coalition composée d’une douzaine d’états, dont le pays le plus puissant de la planète, les Etats-Unis ? D’où vient cette impuissance – collective et honteuse – de la communauté internationale ?

    Réponse de Stricker : « c’est parce que la défaite de Daech n’est vraiment importante pour personne ». Bachar el-Assad se réjouit du massacre de ses rebelles par les djihadistes. Les opposants au régime syrien se préoccupant d’ailleurs davantage de la chute du dictateur qui les oppresse que de la lutte contre leur autre ennemi, l’Etat Islamique. La Turquie, pareillement, profite des progrès de l’IS, car cela lui fournit l’occasion de liquider le PKK des Kurdes, tout en prétendant – hypocritement ! – combattre les terroristes de leur flanc sud. L’Amérique, elle, se désengage de la région, depuis les expéditions néocoloniales des Bush, « nous ne voulons plus sacrifier autant de sang et d’argent » a dit Obama. D’où la campagne aérienne, timide et a minima, lancée contre le califat ; la Russie – « souffreteuse » (kränkelnde) nous dit Stricker – ne souciant que du maintien en place de la dictature syrienne, alliée traditionnelle de l’URSS brejnévienne, et qui lui donne l’illusion d’avoir conservé une zone d’influence au Moyen-Orient.

    Et l’Arabie Saoudite dans tout ça ? Commanditaire et financier occulte de tous les terrorismes islamiques, depuis Ben Laden, elle se soucie avant tout de contrer l’influence de l’autre puissance théocratique concurrente, l’Iran, qui, de son côté, aimerait bien que Daech, à l’instar de Ben Laden, finisse par mordre la main saoudienne qui l’a si longtemps nourri.

    L’Europe, pour sa part, empêtrée dans les affaires ukrainienne et grecque – sans parler de la vague des migrants (fuyant précisément la guerre de Daech) qu’elle est incapable de gérer – affiche un profil bas, se contentant de jouer les modestes supplétifs de l’US Air force.

    Stricker émet alors une hypothèse : et si l’Etat Islamique, malgré ses crimes et l’horreur de ses actes, incarnait aux yeux de ses affidés un certain ordre face au chaos voire – paradoxalement – une « moralisation » contrastant avec la corruption putréfiante des gouvernements avoisinant ?

    Stricker conclut – de manière exagérément optimiste selon moi – que le vent va tourner, que l’insupportable terreur de Daech finira par réveiller les esprits, que l’Iran, forte de son succès dans les négociations sur son industrie nucléaire, jouera un rôle stabilisateur et fédérateur. On peut sérieusement en douter, quand on songe à l’inextricable conflit qui l’a opposé à l’Irak dans les années 80. Les armées iraniennes seraient-elles plus efficaces face au califat ?

    Lâcheté, démission et calculs au rabais sont les faiblesses de la coalition anti-Daech et la force de celui-ci. Occidentaux et orientaux consultent, complotent et décident de ne rien faire. Pendant ce temps les décapitations continuent… le vandalisme culturel aussi.

  • Couleur café

    Couleur café

    Ecrit par Colette Bonnet-Seigue, le 24 août 2015, dans La une - Ecrits

    Arabica pur velouté ou corsé, ce nectar magique a la robe or-brun ensorceleuse des plaisirs conviviaux de notre palais gourmet. Petit digestif d’après bombance, le café a toute la complaisance du rond de cuir, de l’homme et femme d’affaires pressés, de l’étudiant, de la bonne ménagère. Toutes ces sollicitations gourmandes de la pause-café décélèrent le rythme du quotidien trop absorbant, parfois déshumanisé.

    Le petit noir-croissant-chaud sur le zinc du bistrot du coin pour travailleur matinal a le rituel en poupe des habitués  de « Chez Marcel » ou de « La Mère Angèle ».

    Noir désir dans le tourbillon mousseux et suave d’une blanche-tasse-à-café-temple-de l’arôme-sensuel, jailli d’une capsule « Roma », « What else ? » comme dirait Georges le tombeur de ces dames-pause-café-sur- écran-plat !

    Drogue nocturne et clope généreuse du surmené du chef insomniaque qui déambule devant la cafetière à automatique pression.

    Café des rencontres à la sauvette, sur tables rondes urbaines ou tréteaux de guinguettes dominicales. Celui des poètes à la terrasse privilégiée pour voyeuses inspirations.

    Trublion ésotérique de Madame Irma aux yeux figés au sombre marc à images d’avenir noir ou arc-en-ciel.

    Tourbillonnez robes noires festonnées d’or, cafés aux couleurs de nos fêtes pour le plus grand abandon au nectar de feu !

  • Les yeux bleu-Floride de Jean Rochefort

    Les yeux bleu-Floride de Jean Rochefort

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 24 août 2015, dans La une - Cinéma

    F comme Floride, F comme film, F comme formidable… le Floride de Philippe Le Guay, avec, surtout, Jean Rochefort et Sandrine Kiberlain – mais tous les acteurs sont à la hauteur – nous apaise, et nous trouble, de ses bleu-gris-douceurs amères, en cette fin de canicule. Ne pas oublier le F comme film français, dont il sera, à n’en pas douter, un des fleurons de l’année. « Petit film français », disait avec condescendance une de mes connaissances, amateur, il est vrai, du battage des grosses productions Hollywoodiennes. Qu’entendent-ils par là, – « petit » – les gens de son engeance ? si ce n’est cette formidable – unique – capacité à rendre, là, sur la toile, par la couleur, le son et les silences, le décor – évidemment – le vrai du vrai de la vie d’en bas, celle qui coule à nos pieds, la nôtre… dépayser, la folle et géniale mission du cinéma, ou repayser, en soi, en son miroir. Floride, en sa complète réussite.

    Quelque part, au bord du lac d’Annecy, sa lumière automnale idéale pour le sujet. C’est ça, aussi, le film français ; le vrai de ses décors – la tasse, l’odeur du café, la brume du soir – à les toucher. Un Claude Lherminier de 80 ans, qui a passé les rênes de son entreprise (le chemin industriel et ses bouleversements techniques et économiques, propres à notre époque, sont acteurs du récit, bien autant que les gens) à sa fille aînée. Il a – il est dedans – perdu la boussole. Cette boussole qui se déglingue, de cliquetis imperceptible en craquement de fin du monde, est la vraie musique du film. Celle qui va nous poursuivre longtemps. Le récit est ce moment de bascule, où Claude va passer de la possibilité de « son chez lui » à tous les sens du mot, à son absolue impossibilité. Quelques mois, peut-être, une année, à tout prendre ; c’est de ce temps particulier, qui part et change de nature ; une décomposition, en fait, que le film se saisit, et avec quelle maestria. C’est presque léger, cet Alzheimer (le nom n’est jamais prononcé) dans les premières séquences, quand Rochefort fait mine de tomber du lit, pour enquiquiner son auxiliaire de vie, ou, quand il manie les foucades, les caprices, les restes supposés d’obsessions « – dites-moi, comment ça se passe au lit avec votre mari… c’est juste pour savoir… » ; il est de dos, beau vieillard, se voulant encore vert, mais sachant qu’il ne l’est plus, droit, piqué dans le jardin à peine embrumé où la dame bourrue d’un âge certain étend son linge. Remarquable plan – tout est « de derrière » – qui dit le film, en soi, et nous étreint, déjà. Gorge et cœur serrés ; brin de sourire ému ; tonalités douces-amères, impression générale qui ne nous quittera pas, de toute la projection.

    « Sonate d’automne » – jamais en mode vivace, même pas dans les moments dramatiques – marchant, d’un pas de promenade un peu heurtée dans les souvenirs d’enfance (étaient-ils vraiment nécessaires ?), dans le chaos imminent de ceux de la vie privée : « – ah, bon, j’ai eu plusieurs femmes… » jusqu’à ce « – mais, qui êtes-vous ? » qui jaillit un jour au réveil, et qu’on attend, bien sûr. Alors, la houle des secrets entretenus – la fille cadette qui vit en Floride et doit venir pour son anniversaire… le possible d’un impossible événement, qu’on a compris d’entrée, apparaît mineur et presque convenu dans cette autopsie fine et douloureuse de l’effilochement de la mémoire, bien entendu, de la déconstruction d’un individu, bien plus ; d’une vie qui ne va plus.

    Le chemin de Rochefort – quelques pas encore, à la fin – dans ce « temps de l’oubli qui vient », un des films qu’il nous faut accompagner, là, en ce retour d’été – vraiment sa période.

    La densité – unique – d’un très grand film français…

     

    Philippe Le Guay, Floride, France, 2015

  • Mémoire d’une Reine Morte

    Mémoire d’une Reine Morte

    Ecrit par Luce Caggini, le 24 août 2015, dans La une - Ecrits

    Poème d’une petite culotte mouillée parfumée

    Soyez simple cher amant

    Soyez simplement le baiseur d’un moment

    Soyez l’homme qui me ment

    Soyez l’homme qui me manque

     

    Tes silences pétochards, je m’en tape.

    Le sacré ?…

    Ce que je comprends du sacré ?

    Je ne peux le saisir dans ma chair seulement quand les mots se sont dérobés à leur sens pour se dévoiler à d’autres sens.

    Sans ce détournement, que resterait-il de cet acte profond, intime caché, de ces vibrations solaires comme le bitume surchauffé qui trouble la vue, comme le geste qui rend une femme haletante dans l’attente du long processus de l’effroi du désir.

    « Effroi fait peur » mais c’est une peur fe­melle, lui, il en est bien conscient. C’est cet instant pré­cis qui donne vie à ce Dieu dont on ne sait que ce que l’on ressent venir de lui. Vrai ou périlleux, ouvert ou mécanisé, inaudible ou muet dans l’attente d’une belle réalité. Il me brisa le ventre en deux. Ma joie eut l’existence de la durée d’un batte­ment de cils.

    Nous n’avions vécu que quelques nuits en­semble, quelques échappées sur des côtes ensoleillées qui auraient pu être macédoniennes ou javanaises… un trompe l’œil de vie, comme un clignotant que personne ne s’avi­sait d’éteindre.

    La petite lumière et les termites avaient transformé sa terre en vomissures de den­telles.

    Mais comment savoir si les dentelles viennent en ligne directe de Calais, auquel cas elles donnent un prix sans comparaison à un corps de femme, ou si elles sont le pro­duit de voies paral­lèles habilement religieusement cachées par un mot de passe comme cela se fait si souvent de nos jours quand terre, terre, mer et mère se confondent par la grâce de quelque savoir charitablement magouillé.

  • Un enfant du pays…

    Un enfant du pays…

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 24 août 2015, dans La une - Musique

    C’est un enfant du pays qui va chanter ce mercredi soir à Pause Guitare, le superbe festival d’Albi.

    En effet, Hugues Aufray est un tarnais de cœur, puisqu’il a passé dans notre beau département les années de l’adolescence, celles qui fortifient l’âme et qui mettent la vie sur les rails.

    « Comme un tout petit garçon », c’est en octobre 1941 qu’il arriva, à 12 ans,  à l’Abbaye-Ècole de Sorèze, puisque sa maman, Amyelle de Caubios d’Andiran, originaire du Béarn, s’était rapprochée géographiquement de la terre de ses aïeux. Et en chantant ce soir dans le grand théâtre d’Albi, Hugues aura sans doute une pensée pour ce lieu qu’il qualifie d’endroit magique, puisqu’il fut pour lui synonyme de paix au beau milieu d’une guerre…En effet l’abbaye, nichée au pied de la Montagne Noire, offrit au futur chansonnier des années réconfortantes, l’abritant des rumeurs et des bruits de bottes de ce siècle en feu. Lui, le gaucher dyslexique, s’y trouva soudain une vocation équestre, puisqu’il devint rapidement un cavalier émérite, gagnant tous les prix d’équitation sur quelque « Stewball » et s’intégrant ainsi dans l’école dont il vante encore aujourd’hui les valeurs.

    Nous avons tous en tête la chanson phare des années 68, quand « Adieu, Monsieur le professeur » devient le tube que l’on sait, tout en faisant parfois passer Hugues Aufray pour un « réactionnaire », alors que lui-même se définit comme un « réactionniste », mot qu’il a é créé sur le modèle du terme « humaniste »…Car le chanteur l’a dit récemment à notre ministre de l’éducation auprès de laquelle il était assis lors d’un déjeuner officiel à Bacou, tout comme il l’avait déjà exprimé à l’ancien président Sarkozy : il ne faut jamais que les idéologies s’approprient les mots, et le mot « Humanité », d’après lui, représente bien plus qu’un journal communiste…Hugues pense sincèrement que la jeunesse doit retrouver des valeurs fondamentales de respect et de partage, ces valeurs-mêmes qu’il a découvertes à Sorèze, non loin de la scène où il se produira ce soir…