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  • «Cette décapitation Un défi civilisationnel »

    «Cette décapitation Un défi civilisationnel »

    Ecrit par Luce Caggini, le 04 juillet 2015, dans La une - France - Religions - Politique - Actualité

    Y a-t-il un pas, entre foudroyant conflit de conduite insurrectionnelle et mutation vers un acte barbare ?

    Et quel est le nom de ce pas ?

    Entre l’acte ignoble d’un membre d’une organisation dépendante d’un empire voué à la destruction, et la magistrale inanité d’une culture muette brisée par la compréhension d’un péril sans couleur, immergé dans une communauté sommeillant dans le sein d’une République pétrie de saines, centenaires et romanesques visions de la mémorable mugissante « Liberté chérie » ?

    Dans ce pays où être juif ou arabe ou bien ni juif ni arabe mais citoyen est devenu un pendant de détonation, même un tableau de Francis Bacon est marginal dans le miroir d’un jeu de cartes des horreurs où monstruosité et sang donnent un reflet des mammifères de la civilisation du 21è siècle puant des canalisations des eaux usées d’une foi musulmane indigne du Prophète.

  • Silence !

    Silence !

    Ecrit par Khalid EL Morabethi, le 04 juillet 2015, dans La une - Ecrits

    J’écris l’absence,

    De ce point qui ne mettra jamais une fin,

    Et le retour de quelqu’un, qui est loin,

    Et la paix,

    Et la lumière !

    Sur la terre, sur mon ombre, sur l’océan noir,

    Sur la terre, sur mes mains, sur l’arbre noir,

    Sur la terre, sur mes doigts, sur la chaise noire,

    L’absence,

    De ce monsieur qui écrit le sens et part,

    De ce monsieur qui rentre tard le soir,

    Et dort tout simplement,

    J’écris l’absence de ces rêves, malheureusement.

    Silence !

    Absence, absence,

    De ce monsieur qui a des ailes, qui vole,

    Et son sourire,

    Et son regard qui peut tout dire,

    Et son présent, et son futur,

    J’écris le vide, j’écris sur ce mur dur,

    J’écris le vide, j’écris sur…

    Silence,

    Un absent meurt,

    D’autres résistent,

    Certains existent,

    Quelques-uns écrivent leur propre liste,

    Et partent.

  • La jalousie : vilain défaut ou preuve d’amour ?

    La jalousie : vilain défaut ou preuve d’amour ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 04 juillet 2015, dans La une - Littérature

    Notre époque n’aime pas les jaloux, ceux qui revendiquent une propriété sexuelle exclusive de la femme devenue objet : symptôme d’une monogamie bourgeoise et liberticide. De tout côté, on prône le « polyamour ». Serge Chaumier, sociologue, maître de conférences à l’université de Bourgogne, a même commis un livre dont le titre est un véritable programme, La déliaison amoureuse (2004). Il y fait l’apologie du couple « ouvert », « fissionnel » (à l’inverse de fusionnel !) laissant au « tiers » toute sa place…

    Giulia Sissa, quant à elle, helléniste distinguée, professeur à l’université de Los Angeles, après avoir enseigné à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, spécialiste de la femme dans la Grèce antique (citons, entre autres, Le corps virginal, 1987, ou L’âme est un corps de femme, 2000), prend l’exact contrepied de ces thèses libertaires.

    Dans l’antiquité, la jalousie est une qualité : « colère érotique, blessure, déréliction, mais aussi liberté de l’admettre. Peine de l’affront ; plaisir de la vengeance ; sympathie des spectateurs. C’était en Grèce antique ». Et Sissa de citer la Médée d’Euripide, qui, ayant été répudiée par son mari, Jason, se venge de lui en tuant ses propres enfants. « On découvre, écrit Sissa, que la jalousie est une colère, Orgé. C’est une colère où éros, l’amour sensuel, joue un rôle capital. C’est une colère érotique, la perception d’une offense injustifiée, dont on souffre, mais dont on prévoit de se venger ». Affaire de dignité, de renom, kleos, bref d’honneur. Sissa en appelle au témoignage d’Aristote (Éthique à Nicomaque, 4, 5, 13-14) : « et il semble qu’un homme qui ne se met jamais en colère ne sait pas se défendre, car il paraît que supporter d’être traîné dans la boue est digne d’un esclave ». Sissa insiste : « ne pas se conduire comme un esclave qui, insensible à la douleur, se laisserait couvrir de fange sans broncher ; ressembler à un homme valeureux et viril ; ressentir une passion qui contribue à la vertu politique par excellence, le courage ; ressentir cette passion exactement “comme il faut”, de façon à ce que l’affect, bien tempéré, devienne une vertu en soi, la mansuétude : voilà donc la colère, dans sa complexité morale et psychologique ». Il s’agit de rétablir son honneur flétri. Passion « de haut niveau et à haut risque », la jalousie se veut donc passion aristocratique.

    Mais l’on ne va pas en rester là. Le mot jalousie vient du grec zélos (cf. zélote !). Déjà à Athènes, le jaloux pèche par excès de zèle ! Socrate, agacé par la possessivité de son amant, Alcibiade, parle en termes très péjoratifs de sa zélotupia, attachement intense, exclusif et combatif, entre amoureux. Avec le Christianisme, la jalousie se confond avec la superbe, l’orgueil, l’un des sept péchés capitaux : d’honorable, elle devient honteuse. Pire, pour les libertins du XVIIIème siècle, elle est le comble du ridicule. Diderot, dans son Supplément au voyage de Bougainville (1772), raconte les mésaventures de l’aumônier de l’équipage, à qui un Tahitien, Orou, offre, par hospitalité, de coucher avec sa femme et ses filles. Le prêtre, qui, bien sûr, décline l’invitation, s’étonne : comment se fait-il qu’il ne soit pas jaloux ? Et Diderot de conclure : « la jalousie n’existe pas à Tahiti, parce que les Tahitiens savent vivre selon la nature. Pas de constance, pas de fidélité. Cette passion, ajoute-t-il, cruelle et petite, marque la défiance de son propre mérite et constitue un aveu de la supériorité du rival » ; « aveu par les modernes de leur flagrant manque d’assurance », confirme Giulia Sissa.

  • Phénoménologie de l’Épris

    Phénoménologie de l’Épris

    Ecrit par Johann Lefebvre, le 04 juillet 2015, dans La une - Ecrits

    Voulez-vous une scène d’hiver ? Cela ne vous rafraîchira pas, en ces temps caniculaires, mais peut-être juste l’évocation d’un air frais, froid, glacial vous fera oublier, le temps des mots lus, les effluves étouffants du lourd été et l’air si sec qu’on le croirait devenu rare. C’était donc un soir d’hiver très fffffroid que je traversai la ville pour me rendre à un rendez-vous. Il s’agissait de rencontrer une femme, parfaite inconnue, dont j’avais capté le signal alors que j’étais en transit sur le réseau des réseaux. Nous étions tous les deux enfoncés dans nos manteaux. Dehors, il faisait moins que zéro. Comme j’étais (encore) soûl, j’effrayai un peu la dame mais la littérature nous offrit l’alliance des mots & nous initiâmes ce qui allait devenir rapidement une aventure poétique que tous les hommes et toutes les femmes se devraient de prendre pour la vie à vivre, dès que possible, se devraient de pétrir comme la pâte de leur existence, à la recherche de la beauté et du plaisir, loin des carcans néfastes et toxiques dans lesquels se plaisent, dirait-on, tant d’individus consacrés fantômes par les oraisons marchandes, les injonctions de l’étiquette, le maintien de l’ordre, les pointeuses et les bulletins de salaire. Nous nous accordâmes.

    Les semaines suivantes je connus bien vite la trépidation et l’attente, déjà l’absence et le désir toujours : la rencontre avec une femme donnait matière à écrire et manière d’écrire ; un chemin peu à peu se dessinant, je prenais un vif plaisir à tracer des mots épiloguant sur la précédente entrevue, moulinant force prospectives sur la prochaine et perspectives sur les ultérieures, parfois même subrepticement je me voyais dans cette vie partagée à deux pour un moment de l’existence, plus ou moins long, c’est selon, c’est analysé de près plus loin dans La Phénoménologie de l’Epris et La Clinique de la Séparation, textes que j’ai écrits dans le cœur même de la situation, dans le giron des événements, au cul des bouteilles et des amantes du moment. J’imaginais souvent un avenir à voir venir avec elles car l’amour on se demande pourquoi c’est faire.

    C’était un mercredi après-midi et dans Finnegans Wake (aux pages 116-117, version française de manufacture éditée chez © NRF Gallimard Du Monde Entier, maison sérieuse, à Paris dès 1982, ISBN 2-07-020910-5, le dépôt légal de l’exemplaire dont on cause est en date du mois de juin 1995 et imprimé à Saint-Amand dans le Cher par un de ces veinards descendants de Gensfleisch, dont je suis mais vis-à-vis desquels et de quiconque je ne voudrais pas paraître par ailleurs jaloux), livre acheté ce mercredi de janvier à la Fédération Nationale d’Achat des Cadres, rue de Rennes à Paris dans le quinzième arrondissement, avant une entrevue galante avec Lady Coafé dans une brasserie de la place du colonel Denroche-Fertreau – dans le même temps j’avais aussi acheté de la musique sous forme de disque en verre luisant. J’étais arrivé le premier dans le café, sous la pluie et poussé par le vent, j’avais commandé de la bière brune belle et forte et cela étant, pour me désimpatienter de la venue de la dolce donna, je buvais donc moult malt et houblon au gaz, survolant le pavé de feuilles en cahiers encollés – et l’heureux postérieur digne d’être exposé à mon regard mais délicatement mal posé sur l’exemplaire numéro 71 de l’édition sur vélin d’Arches Arjomari-Prioux est prié de se présenter au bureau des admissions du C.H.S. afin de s’y faire mettre un bulletin de situation –, je lis : « Au fait, Baron du Losador, quel est l’enfant d’Hegel qui a écrit toute cette saloperie ? Dressé, obsédé, bossu, contre la cloison, au-dessous du zéro centigrade, usant de la plume ou du stylet, conçu, avec un esprit à la fois pellucide et perturbé, accompagné ou non de mastication, interrompu par la visite d’une vision traduite en scribe ou d’un scribe en situation, entre deux démonstrations, ou juché sur un tricycle, sous la pluie et poussé par le vent, enfanté sur le sol par un descendant surbaissé ou par un esprit diminué en mal de surcharge de tout ce qu’il a pillé çà et là de savoir ? » Je n’ai rien à en dire à proprement parler mais voilà ce que je lis en cette fin d’après-midi dont le ciel m’a quitté. Mais il devait faire froid, encore. Je l’avais connue dans le froid, Lady Coafé, moi tout bouillant de l’intérieur. Il devait faire fffroid et il y avait de la circulation, des automobiles qui tournaient tandis que je tournais pages et pouces entre deux gorgées pétillantes, et puis encore j’accrochais un morceau de la Veillée, je ne m’en détachais qu’avec difficultés et sous l’emprise tiraillante de la soif, ce qui me mettait, pour tout dire, dans la situation de Celui qui avait écrit, un choc au porteur. A reprendre au début.

  • L’œil de Claude:  Canicul’air

    L’œil de Claude: Canicul’air

    Ecrit par Claude Gisselbrecht, le 04 juillet 2015, dans La une - Actualité

    D’ordinaire, les marronniers fleurissent en mai-juin… Mais qui aurait pu croire qu’en juillet-août, leur floraison allait se poursuivre dans les journaux, au même titre que les départs en vacances et les conseils de Bison Futé ?

    Coup de chaud, donc, sur tout le pays, avec son cortège de températures élevées, voire très élevées, conséquence du dérèglement climatique, déjà bien avancé… Aux extrêmes, par exemple, la glace continue de fondre, plus vite que dans un verre !

    Dans l’urgence, mise en place du plan canicule, avec, dans les médias, un chassé-croisé de météorologistes et de médecins, entre autres. Pluie de précautions, car il faut à tout prix calmer le jeu et rassurer les populations !

    Laissons le dernier mot à Francis Jammes : « Il est midi. La canicule tombe des ormeaux bleus et noirs où éclate le cri d’une cigale »…

    Bel été à tous !

  • Pitchipoï ou « peut-on revenir en Pologne » ?

    Pitchipoï ou « peut-on revenir en Pologne » ?

    Ecrit par Yasmina Mahdi, le 04 juillet 2015, dans La une - Cinéma

    Une volonté cruelle de l’Histoire a réduit en morceaux ma vieille patrie, la Monarchie austro-hongroise. Je l’ai aimée, cette patrie, qui me permettait d’être en même temps un patriote et un citoyen du monde, un Autrichien et un Allemand parmi tous les peuples autrichiens. J’ai aimé les vertus et les avantages de cette patrie, et j’aime encore aujourd’hui, alors qu’elle est défunte et perdue, ses erreurs et ses faiblesses. Elle en avait beaucoup. Elle les a expiées par sa mort. Elle est passée presque directement de la représentation d’opérette au théâtre épouvantable de la guerre mondiale, Joseph Roth (1).

     

    Le deuil et la mort

    Le film intitulé Pitchipoï de Charles Najman pose directement la question du retour en Pologne des Juifs polonais ashkénazes – et son sous-texte – : comment peut-on habiter Israël, et est-ce bien la patrie de tous les Juifs ?

    La première scène augurale débute par le deuil d’une famille ashkénaze, la présence d’un rabbin et l’absence d’un frère, autour des dernières volontés d’un père ancien déporté. La fiction commence ainsi de façon abrupte par la mort, tout comme l’admirable Husbands de John Cassavetes (1970) (2), par un enterrement, où l’appareillage obligatoire de cette cérémonie génère l’intrigue principale et révèle les conflits cachés, exacerbe les désirs et l’émotivité de chacun. Pichipoï – littéralement « le pays où on va quand on a disparu », le pays des morts – prend la forme d’une quête initiatique, d’un voyage à rebours vers le père, la terre du père (recherche identique dans La Clepsydre, le chef-d’œuvre de Wojciech Has (1973) (3), où également, le fils remonte à l’envers l’horloge du Temps comme en un boyau, un tunnel semé d’embûches, vers la jeunesse inconnue du père.

    Rien n’est véritablement rationnel et Pichipoï est en cela un film réussi, soulevant l’énigme de l’appartenance et de ce qu’est l’identité, ici, juive : appartenance et dépendance religieuses, ponctuées avec humour de symboles obligés : les bougies du Shabbat, le chandelier à sept branches et l’étoile de David (dans des endroits incongrus)… Par ailleurs, le réalisateur, Charles Najman, dit se référer à l’œuvre contemporaine de Philippe Roth (notamment le livre Opération Shylock, ainsi qu’à une source plus ancienne, celle de l’écrivain Joseph Roth, pour une analyse plus personnelle des systèmes d’oppression). Charles Najman aime prendre ses distances vis-à-vis d’Israël et de sa politique violente envers les Palestiniens. En effet, le doute s’infiltre dans la trame de Pitchipoï – identités successives, imposées d’abord par la famille, sa pression morale, la communauté, la religion (le judaïsme), la déférence obligée des officiants envers les rabbins, les offices et les rites à respecter (ou non).

    L’autonomie de l’individu se trouve alors dangereusement brimée, car sous le contrôle d’une société étouffante et culpabilisatrice. Cette asphyxie jugule la liberté du héros qui l’amène à revivre à rebours la déportation. Des plans-séquences hallucinés surgissent entre cauchemars et angoisse, par exemple l’image à l’éclairage surnaturel qui nous remémore un extrait de l’impressionnant Train de nuit du cinéaste polonais Jersy Kawalerowicz (1959) (4). Les influences du cinéma de l’Est jalonnent ce parcours mystagogue de la quête du moi, de la durée de l’existence et d’une réflexion mystique à propos de la réincarnation – ou du néant –, de l’infini. Mystagogie sans vraiment de lien de cause à effet, l’initié étant conduit par les mânes.

  • Ma décharge au soleil

    Ma décharge au soleil

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 04 juillet 2015, dans La une - Environnement - Société

    L’été, que voulez-vous ! on a besoin de poser l’œil, de frétiller du nez, et d’affuter les oreilles, sur du bel et du beau. L’été, c’est le « dehors » et le petit lot d’exigences qui va avec…

    Montpellier en cet été entrant, est ? forcément somptueuse ; la lumière romaine, les vieilles pierres ruisselant de médiéval ; sautant de pas en pas les murets sur les cours ou jardins intérieurs, des senteurs de lavande ou de thym frais ; frou-frou de martinets, de tourterelles et de mouettes égarées… des sons, des couleurs, une transparence de l’air inspirée par les étangs et la mer à deux sauts de puce… Du Pagnol comme s’il en pleuvait… Clichés – mais pas loin d’être vrais, de Montpellier – Midi – Été – Vacances…

    Oups, clichés, quand même, hélas, clichés ! Montpellier, j’en ai peur, est classée top dans les villes les plus sales de France. Comme une arête de sardine du dernier barbecue qui ne passerait pas. Tout comme.

    Du médecin en veux-tu, en voilà, de la culture – de tout ! du Bac plus dix, comme Tramontane en hiver, mais, pour le même prix, de la poubelle grasse qui déborde, des papiers partout, des canettes vides là où on attendrait promenades ombragées aux murmures des fontaines. Et puis, décharges, encombrants souillant chaque coin de rue, chaque tournant de trottoir. Montpellier-décharge, cherchez l’erreur…

    C’est – j’en ai souvenance – une des images, qui, hélas, vous impacte, dès votre arrivée en ville. Venant d’une campagne, si verte et propre, il est vrai, si peu peuplée, aussi, je m’étais dit : le vent, ces vents qui définissent la ville bien autant que le soleil ? la cherté des services de ramassage ? les gens et leur absence de citoyenneté chronique ? C’était il y a 12 ans, à présent. Une décennie après, tourne encore la chanson. Causez une miette de la chose avec vos voisins ; sujet exceptionnellement consensuel, du moins, au niveau de la pose de l’équation. Après, pour les raisons, ça diverge souvent. Ainsi, de l’incrimination – chacun en habit de procureur – des « services de la ville », formule usitée en tous domaines et à l’envi. Mais que fait la mairie ? Enfin !! La propreté a été une des demandes les plus présentes, au même titre que la sé-cu-ri-té, lors des dernières élections municipales. Prise en compte, la demande, par tous, et mise en haut du cahier des charges par Philippe Saurel, le nouveau maire et son équipe, bardée de volontarisme et de dynamisme. Une tournée de plus, tous les jours, des ciblages plus précis, une campagne d’explications, notamment sur « les encombrants ». Que font donc nos édiles ? Tout ce qu’il faut faire !! mis à part, un policier municipal en faction devant chaque poubelle, nuit et jour… ce que personne n’est prêt à financer ; on s’en doute… ce qu’il ne faudrait en aucun cas faire, au risque d’infantiliser nos concitoyens. Faire à la place de ; éviter ; apprendre aux gens à faire, oui. Me revient une maxime au mur de ma classe, au temps béni de mon travail sur de futures petites têtes citoyennes : « donne moi un poisson, je mangerai un jour ; apprends-moi à pêcher, je mangerai toujours ». Proverbe indien, s’il m’en souvient. Les outils, en nombre, sont donc donnés par nos contributions locales, agencés plutôt intelligemment par des politiques saisissant les données du problème ; alors… d’où vient que l’œil, le nez et parfois l’oreille – vibrations des mouches ! – trouvent de moins en moins leur compte en Montpellier-la-sublime ?

    Bon sang, mais c’est bien sûr, disait l’autre à la TV de mon enfance, ce serait peut-être bien des gens eux-mêmes que ça viendrait ? Tant de choses dysfonctionnantes viennent – vous l’avez remarqué – non pas d’« eux, là-bas, là haut, qu’est-ce qu’ils foutent ! », bref, des autres, mais (voyez-vous ça !) de nous. Bigre.

  • Expatriation, Art, and Spirit

    Expatriation, Art, and Spirit

    Ecrit par Ricker Winsor, le 04 juillet 2015, dans La une - Ecrits

    Standing on the edge of the highway I held a sign that said « London ». It was cold, early spring, and I was hitching from Newcastle. I was nineteen, and the year, nineteen sixty-four. At a pub that evening a Canadian guy told me : « You know, once it starts it never stops ». He was right and I knew it even then.

    Expatriation is an inevitability for certain people. People with prolonged expatriate experiences due to work move through well-known stages of adaption : the honeymoon of excitement at a new place, the disappointment as the downside is revealed, and the final accommodation to it all. Eventually, surely, they go home. And what happens then ? Most just carry on where they left off in their communities but others have a hard time readjusting.

    We all know about « roots » and what that means in a personal way to each of us. Back then, at age nineteen, I shook up those roots, and if they were not yet dislodged, they also never returned to their original condition.

    Restlessness attends the expatriate personality. What else could make a person leave for a strange place without friends and without knowing the language or the culture ? That same drive sent Leif Erikson, Christopher Columbus and many others on their way into the unknown. It is in the human personality to want to know what is over the next hill but some people experience that tendency as a deep need.

    I don’t even like traveling and I never had an interest in being a tourist. Yet here I am, having lived all over the world and now settling in Indonesia. I returned to my home in the northeast of the USA more times than I can count and every time I left again, not because I didn’t like it but because all my other foreign experience tugged at my heart and called me into action almost in spite of myself. It just seems so much more interesting « out there » wherever that may be.

    Someone back home said : « Oh, I would never move somewhere I didn’t have friends ». But the expat knows that there are good people everywhere and new friends waiting for you. They may not be the old friends that are so precious but they are good friends and could be even better friends if you would only hang around, something that is always a question mark both for you and for them.

    And up comes  the down side. After yanking on those roots hard and long, they wither and die. You find yourself  « out there » on your own. Back home the friends are huddled together around a fire of communal warmth and you are like the wolf circling from the bushes, wishing you could get closer. You are different and everyone knows it. And when you are with them they talk about their normal lives without much interest in hearing your foreign stories. And why ? Because your stories have no connection with their lives or their experience.

  • Expatriation, Art, et Esprit

    Expatriation, Art, et Esprit

    Ecrit par Ricker Winsor, le 04 juillet 2015, dans La une - Ecrits

    Debout au bord de l’autoroute, je tenais un panneau indiquant « Londres ». Il faisait froid en ce début de printemps, et je faisais du stop depuis Newcastle. J’avais dix-neuf ans en cette année dix neuf cent soixante quatre. Dans un pub, ce soir-là, un canadien m’avait dit : « tu sais, quand c’est parti, ça s’arrête jamais ». Il avait raison et je le savais déjà à l’époque.

    S’expatrier est inéluctable pour certaines personnes. Les gens qui s’expatrient longtemps du fait de leur profession passent par différents stades : il y a l’excitation d’être dans un endroit nouveau, puis de la déception quand on découvre ce qui y est moins bien, puis l’habitude qui s’installe à ce qui est bien et moins bien. Après, à un moment donné, ils rentrent à la maison. Et que se passe-t-il ? La plupart renouent avec leur communauté, d’autres ont beaucoup de mal à se réadapter

    Nous avons tous entendu parler de « racines », et de la part d’intime qu’elles évoquent en chacun de nous. A l’époque, à dix-neuf ans, je tirais sur ces racines, et même si à cette époque, elles n’étaient pas arrachées, les liens ne sont jamais revenus à leur condition initiale.

    La fièvre du changement est le propre de l’expatrié. Sinon, qu’est ce qui expliquerait qu’une personne parte pour un lieu étrange, sans connaissances là-bas, et sans même connaître la langue ou la culture locale ? Cette envie de changement a fait partir Leif Erikson, Christophe Colomb et plein d’autres vers l’inconnu. C’est un trait du caractère humain : chercher à savoir ce qu’il y a de l’autre côté de la montagne. Pour certains c’est un besoin vital.

    Je n’aime pas particulièrement voyager, le tourisme ne m’a jamais intéressé. Pourtant j’ai vécu aux quatre coins du monde, et je m’installe en ce moment en Indonésie. Je suis rentré chez moi dans le nord-est des Etats Unis un nombre de fois incalculable, mais à chaque de fois je suis reparti. Pas parce que je n’aime pas chez moi, mais parce que toutes mes expériences à l’étranger résonnaient dans mon cœur. Ce désir d’action était plus fort que moi. C’est juste plus intéressant « autre part » peu importe où c’est.

    Quelqu’un à la maison a dit une fois : « J’irai jamais m’installer dans un endroit où je ne connais personne ». L’expatrié sait qu’il y a des gens bien partout, et qui vous attendent pour devenir vos  amis. Il ne s’agit pas bien sûr d’amis intimes, qui nous sont si chers, mais d’amitiés intéressantes qui pourraient se développer, si seulement vous restiez plus longtemps. La question reste ouverte pour vous et pour eux.

  • Eclats d’humeur  Hommage à…

    Eclats d’humeur Hommage à…

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 04 juillet 2015, dans La une - Ecrits

    Derrière ces sales godasses

    et ces cheveux filasses

    qui tirent la langue

     

    Derrière ces joues bouffies d’ennui

    et ces grosses poches sous les yeux

    qui collectionnent les nuits

     

    Derrière ces airs de soupe populaire

    qui se fractionnent en papier mâché

    à la couleur du parchemin

     

    Derrière ces doigts boudins

    et ces pouces déformés

    qui ne savent plus caresser

     

    Derrière ce visage comme des banalités

    que compte le quotidien

     

    Derrière cet entrelacs de ficelles

    qu’elle se met autour des reins

  • Reflets du temps a lu pour vous

    Reflets du temps a lu pour vous

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 04 juillet 2015, dans La une - Littérature

    Voilà un livre que l’on « attrape » et qu’on ne lâche plus de la première à la dernière page, qui vous emporte dans son tourbillon. Un tourbillon enivrant de beauté, de mots, d’expressions, de couleurs, d’odeurs, d’images, le tout enveloppé dans une écriture terriblement belle, une musique de mots incroyablement mélodieuse, éclatante, résonnante, vibrante. Parfois même, souvent, tonitruante comme une « chevauchée fantastique »… Un très beau livre. Très émouvant. Et un Jacob inoubliable.

     

    Extraits :

    Un désir confus et violent l’a mené là, au sommet de la montagne rocheuse, dans la poussière maculée de fientes d’oiseaux, parmi les cèdres et les cyprès noirs qui accrochent le regard, le retiennent une poignée de secondes avant de le libérer vers la plaine écrasée de soleil.

    (…)

    Jacob jette un coup d’œil à la montre reçue pour ses treize ans. Portée au poignet, elle lui donne une allure plus dégagée que les montres de gousset de ses aînés imposant la lenteur, un arrêt pour être sorties de la poche, alors que lui peut consulter la sienne d’un bref regard. Six ans que les aiguilles marquent le temps pour lui, la trotteuse est agaçante et fascinante, toujours trop pressée, accélérant le temps quand lui voudrait le retenir, Jacob rêve, souvent, il pense au premier jour où il a traversé le pont suspendu avec Abraham, ce n’était peut-être pas la première fois d’ailleurs, mais c’est le premier souvenir qu’il en a.

    (…)

    Les visions qui se bousculent en lui le remplissent d’une excitation presque insupportable, la beauté grave du lieu dilate sa poitrine, il court sur la passerelle métallique en direction du pylône ouest, un camion passe en soulevant sous ses roues un vacarme de tôle entrechoquée, transmettant un deuxième frisson à Jacob, qui descend vers la ville, foulées régulières accordées à sa respiration, les mots martèlent ses tempes, quand les résultats du baccalauréat, arriveront, je serai, déjà, parti, l’entraînement, les classes, ils appellent ça, les classes, à dix-huit ans, on passe, d’une classe aux classes, mais ça n’a rien à voir, plus jamais, assis, à écouter monsieur Baumert, lire Hugo, Balzac, Flaubert, plus jamais, le latin, dominus, domine, dominum, domini, domino, domino, le latin, comme un jeu, comme une langue qui s’amuse, qui étonne mon père, fait sourire ma mère, à quoi ça sert le latin, à être instruit, à comprendre le français, autrement, il est la loupe, qui permet de distinguer, les subtilités de la langue, dit monsieur Baumert, il est le soleil, qui fait miroiter, les éclats de la langue, une autre façon, de dire le monde, que l’arabe, la langue de ma mère, la langue de mon père, que le français, la langue venue parler ici, depuis bientôt cent ans, la langue du Nord qui a décidé, de se mêler, à la langue du Sud, conjugaisons si compliquées, futur antérieur, imparfait du subjonctif, temps si peu maîtrisés par les habitants des ruelles étroites du quartier juif et arabe surpeuplé où Jacob se cogne à présent aux femmes qui hésitent entre dix tissus pour recouvrir un fauteuil, coudre des robes de fiançailles, des rideaux, satin ou coton ? unis ou brodés d’or ? il bouscule les cordonniers les plus pauvres qui n’ont d’échoppe que leur valise ouverte sur une table, leurs outils alignés près d’une montagne de talons, ils réparent les souliers vite et pour pas cher, leurs cris se perdent un peu plus loin, assourdis par les sacs en toile de jute qui abritent des kilos d’épices, paprika, cannelle, cumin, piment, curcuma, poudre de rose, grains de carvi, de coriandre, clous de girofles, nigelle, menthe séchée réveillent la faim dans le ventre de Jacob, il se faufile entre les clients qui sortent lentement des bijouteries, on ne va pas une seule fois dans une bijouterie mais cinq ou six, on soupèse, on réfléchit, le bijou à offrir est-il trop lourd ou pas assez ? témoigne-t-il d’une richesse coupable, enviée, ou d’une radinerie ?

    (…)

  • L'Islamisme et Pavlov

    L'Islamisme et Pavlov

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 27 juin 2015, dans Monde - La une - Religions - Politique - Actualité

    Isère, Tunisie, Koweït. Amalgame. D’un côté, des structures organisées, de l’autre, un bonhomme seul ; d’un côté, des armes de guerre (kalachnikovs, grenades), de l’autre, un couteau ; d’un côté (au moins pour le Koweït,) revendication de Daech, l’ « Etat islamique », de l’autre, rien du tout. La classe politique (de droite comme de gauche) à tout intérêt à subsumer ces évènements sous un vocable unique : attentat terroriste – et, peut-être a-t-elle raison : le terrorisme, catégorie particulière, se voit limité à des milieux bien précis et circonscrits; l’amalgame rassure – la réalité, elle, est plus inquiétante.

    Yassin Sahli était un simple employé de la société Air Products. Il a décapité son patron. Le grand guignol islamiste n’a ici qu’une fonction décorative. Epouvantable, mais, au fond, inessentielle mise en scène. Là se situe le danger le plus grave : un vulgaire conflit du travail se voit ripoliné en djihad. A quand une querelle de voisinage se terminant en bain de sang « islamiste ». A quand un collégien immolé au nom d’Allah, pour histoire de billes ou de rivalité amoureuse ?...

    Le savant russe Ivan Petrovitch Pavlov avait mis en exergue, au début du siècle dernier, le conditionnement du réflexe, lequel sous certaines conditions, devient automatique. Le conditionnement salafiste pourrait produire un type de comportement stéréotypé : face à une crise dans la sphère privée, la sortie – stratégie de fuite, plutôt que véritable solution – réside dans le crime au nom de Dieu. Mort héroïque, règlement de compte sublimé en sacrifice martyriel (Yassin Sahli a tenté, en vain, de se suicider, en précipitant sa voiture contre des bonbonnes de gaz).

    Un mimétisme barbare pourrait ainsi ensanglanter la vie quotidienne, en transformant les vicissitudes personnelles en tremplin pour la sanctification. La force de Daech ou d’Al Qu’Aïda est d’avoir proposé une solution non seulement collective (instaurer partout la Charia, la loi transcendante) mais également individuelle : vous êtes mal dans votre peau, ça ne va pas au travail, votre petite amie vous a plaqué ? Qu’importe ! Dieu vous soutient ; votre vengeance ne sera pas uniquement de votre fait : Deus ex machina, vous serez l’instrument d’une rétribution divine, punissant de la sorte l’injustice commise à votre endroit par des infidèles…

    Il est donc à craindre que se multiplient les Yassin Sahli pour des pas grand choses ou des presque rien. Ou comment de pauvres hères trouveraient, par la même, le moyen de magnifier leur propre petitesse en message de l’au-delà : des « pov’types » directement métamorphosés en Malak al-Maut, l’ange de la mort dans le Coran…

    De métastases isolées, le terrorisme deviendrait alors un cancer généralisé de la société…

  • Et si vous restiez, Madame…  Taubira et la cordée

    Et si vous restiez, Madame… Taubira et la cordée

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 27 juin 2015, dans France - La une - Politique

    ...Si vous ne quittiez pas l’arène, comme l’ont fait, pfft ! ces Filippetti – si peu présente, c’est vrai – Montebourg, malgré son panache et sa grande gueule, Duflot, pliant son courage, à moins que son ambition. Qui, encore ? Hamon, parti à la veille de la rentrée ; de ce pitoyable-là, on ne dépensera pas un mot triste de plus. J’en oublie peut-être. J’en oublie sûrement ; notre Vème république tellement monarchique en a fait d’autres…

    Mais, vous, dont il se dit – dont vous dites ; n’étant pas du genre à laisser faire le boulot dans la coulisse murmurante et ragoteuse – que, si le gouvernement dont vous êtes, persiste à oublier le calendrier concernant la loi encadrant les peines des mineurs délinquants, et s’attaquant au dispositif datant de 1945 (prévu 1er semestre 2015 ; or, vous savez compter), eh bien, vous « n’assumerez plus ». Haussant le col devant le journaliste médusé, ou, appâté : – Vous démissionneriez ? – Vous le verrez en temps utile… Et votre voix au son unique et presque racinien de ponctuer là, l’entretien.

    A Reflets du Temps, madame, plusieurs chroniques ont dit l’estime qu’on porte à votre force, votre façon de pratiquer la citoyenneté, de hisser haut les valeurs de la République, de notre République. L’une d’entre elles titrait du reste « Taubira, la République ». Pas une virgule n’en est à changer, à ce jour.

    Alors, d’où viendrait le malaise ? La goutte de trop sortirait de quelle carafe ? De celle de notre Premier ministre, probablement, avec qui, vous chahutez, maligne, devant les caméras, mais dont on sait les considérables fleuves qui vous séparent, vous, la Gauche des « vieilles » valeurs idéologiques en bandoulière fière ; lui, la Gauche « moderne » qui avance à grands pas nerveux, fouaillant au passage jusqu’au nom de Socialisme. Dans son ombre, Macron et sa jeune arrogance. Le jeune surtout, oui, vous l’avez peut-être assez vu, et je ne sais quelle formule langagière utilisait votre grand-mère en Guyane, mais je sens qu’elle est cousine de celle de ma grand-mère à moi, Berrichonne grand teint : « me sort par les trous de nez, çui-là ! »

    Car, il ne suffira pas à Manuel, l’infatigable capitaine, de désigner l’important pour le citoyen, en termes uniques de boulot, de formation pour les enfants, en semblant oublier, ou tenir dans l’ombre, ou garder pour plus tard, le reste, les valeurs, les principes, et dans ceux-ci, la justice voulant (accessoire ? vraiment) que l’éducatif joue un rôle primordial dans l’encadrement des délinquants mineurs. Qui a dit, Gauche ? Or le calendrier, notamment, l’entrée dans l’été porteuse de vacuité et de désordre en terrain jeune, sans boulot, ni avenir net, n’est pas à négliger… le temps presse, vous le dites et il faut pousser les feux. Là, bien entendu, vous répond-on, mais là, et là, aussi, et pas moins légitimement… En politique, aussi, l’ordre, prime, même à gauche. Et ce pourrait bien être de ces devant, derrière, d’abord, après, qu’il s’agisse.

  • Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

    Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 27 juin 2015, dans La une - Actualité - Histoire

    On se souvient que tout récemment les cendres de Jean Zay ont été transférées au Panthéon. La décision fut prise par François Hollande le 21 février 2014 et la cérémonie eut lieu le 27 mai. On se rappelle aussi de la polémique lancée à cette occasion par l’extrême-droite française – concernant le soi-disant « antipatriotisme » de ce grand ministre radical-socialiste de la fin de la IIIe République ! Enfin, nous ne sommes actuellement qu’à une semaine de la commémoration du terrible assassinat dont il fut la victime en ce jour horrible du 20 juin 1944… Je vais donc revenir ici sur les différents aspects des « affaires » Jean Zay, et avant tout, bien sûr, en ce qui concerne le contexte et les méthodes employées pour l’assassiner lâchement… !

    La première affaire est celle de la polémique déchaînée par l’extrême-droite contre celui – avocat et homme politique de gauche – qui fut l’ancien ministre visionnaire de l’Éducation nationale du Front Populaire (et même au-delà, jusqu’en septembre 1939) et député du Loiret. Un peu comme pour Roger Salengro (accusé de « désertion face à l’ennemi » pendant la Guerre de 14), Jean Zay eut à subir une campagne de dénigrement concernant son « pacifisme antipatriotique » ; tout cela parce qu’il avait rédigé dans sa jeunesse un poème (Le drapeau) ayant une teneur hostile à ce qu’avait été « la Grande Guerre ». Deux points importants à ce sujet : fut-il le seul à avoir été ainsi traumatisé par cette « boucherie nationaliste » ? Fut-il le seul à avoir des réactions « pacifistes » ? Doit-on considérer le « pacifisme » de cette époque-là comme une trahison « antipatriote » ou bien plutôt simplement comme une réaction normale par rapport à ce qui s’était passé dans les tranchées ?! De toute façon, c’est tout de même fort d’entendre les héritiers de ceux qui acceptèrent de se coucher devant Hitler et de collaborer avec l’Allemagne nazie accuser cet homme d’antipatriotisme, lui qui, justement, fut – par la suite – un anti-munichois notoire ! La vérité, c’est que ce que l’extrême-droite française de l’époque (et encore de nos jours, dans ses strates archéologiques) reprochait à Jean Zay, c’était d’être « un juif » ; donc, pas vraiment « Français »… ! D’ailleurs, il fut victime par la suite d’une très violente campagne antisémite, dans ces moments où les nationalistes faisaient leurs choux gras de « l’idéologie antisémite » ! De nombreux leaders d’extrême-droite s’étaient ainsi lancés contre lui.

    Pour la seconde affaire, c’est-à-dire celle des conditions et la façon dont Jean Zay fut éliminé, le récit qui doit être fait apparaît comme plutôt terrifiant ! Ce sont en effet des miliciens au service des basses besognes du régime de Vichy (« L’État Français de Pétain »), et en liaison directe avec des hommes de Joseph Darnand, qui le massacrèrent au lieu-dit Les Malavaux, dans la faille du Puy du diable à Molles (dans l’Allier). Les assassins traitèrent son corps (avec des grenades et en jetant sa dépouille dans une crevasse… !) d’une manière ignominieuse, tellement chargée de haine… ! Ce n’est que vers la fin du mois de septembre 1946 que son corps fut retrouvé et enterré, sur ordre de la municipalité de Cusset (près de Vichy)… Jean Zay avait été mis en prison militaire près de Clermont-Ferrand, dès août 1940, sur ordre du régime de Vichy, avec une accélération scandaleuse de la campagne antisémite qu’il avait déjà commencé de subir auparavant (comme cela a déjà été dit). Philippe Henriot, le trop célèbre ministre de l’information des vichystes, réclama très tôt la condamnation à mort du « juif Jean Zay », comme juif, franc-maçon, anti-munichois, anti-hitlérien et ministre du Front Populaire… A propos des accusations « d’antipatriotisme », le 5 juillet 1945 la cour d’appel de Riom (ville située près de Clermont-Ferrand) réexamina les faits reprochés au sous-lieutenant Jean Zay, et constata qu’à aucun moment il ne s’était soustrait à l’autorité militaire, et que « les poursuites intentées contre /lui/ ne peuvent s’expliquer que par le désir qu’a eu le gouvernement /de Vichy/ d’atteindre un parlementaire dont les opinions politiques lui étaient opposées et qu’il importait de discréditer en raison de la haute autorité attachée à sa personnalité ». Elle annula donc le jugement du 4 octobre 1940, Jean Zay étant alors pleinement réhabilité à titre posthume.

     

    Jean Zay, un républicain, François Marlin, Infimes Éditions, 2015, 208 pages

    Jean Zay, le ministre assassiné 1904-1944, Antoine Prost et Pascal Ory, Tallandier, 2015, 160 pages

  • L’œil de Claude:  DSK, le retour ? Migrants façon Sarko.

    L’œil de Claude: DSK, le retour ? Migrants façon Sarko.

    Ecrit par Claude Gisselbrecht, le 27 juin 2015, dans La une - Actualité

    DSK...

    Plus les affaires se multiplient en haut lieu, plus on se dit que faire de la politique exige une morgue à toute épreuve, capable d’occulter la morale la plus élémentaire !

    Récemment, DSK a signé son retour sur Twitter d’un tonitruant « Jack is back », annonçant clairement la couleur… Sorte de « Jolly Jumper » de la politique, il s’est remis en selle pour de nouvelles aventures, mais ce n’est pas ce que vous croyez !

    Il y soigne surtout son image d’économiste de renommée mondiale, allant même jusqu’à « s’allier », dans un souci de crédibilité notoire, à deux anciens Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz et Paul Krugman… Comme tant d’autres « revenants », DSK ou l’art de se refaire une santé, de se racheter une vertu !

     

    Histoires d’eau, ou les Migrants façon Sarko

    Le 18 juin dernier, Nicolas Sarkozy, dans un discours, comparait l’arrivée en masse de migrants en Europe à « une grosse fuite d’eau », propos dont la dimension poétique n’avait échappé à personne… Double commémoration, ce jour-là : celle du bicentenaire de la bataille de Waterloo et celle de l’Appel du général de Gaulle depuis la Grande-Bretagne. Des « signes d’eau » en pagaille, lorsqu’on y regarde de plus près !

    Presque au même moment se déroulait l’épreuve anticipée de français, en métropole et aux Antilles, où l’on proposait aux lycéens des séries ES/S quatre extraits de textes signés Joachim Du Bellay, José-Maria de Heredia, Charles Baudelaire et Blaise Cendrars. On leur demandait, entre autres, de répondre à la question suivante : « Selon vous, que veulent exprimer les poètes à travers l’évocation de la mer ? » ; s’agissant de l’ancien président de la République, un élément de réponse nous était déjà parvenu à ce moment-là !

    Dans son poème, Comme le marinier, Joachim Du Bellay, s’adressant à « son cher Morel », s’écrie : « Et vois ton Du Bellay à la merci du vent / Assis au gouvernail dans une nef percée ». Quant à José-Maria de Heredia, il écrit ceci dans Les Conquérants : « De Palos de Moguer, routiers et capitaines / Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal ». Tout cela n’est pas sans rappeler les « flux migratoires » actuels, symbolisés par les « bateaux ivres » qui sillonnent, nombreux, la Méditerranée et manquent très souvent les rives convoitées !