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  • RDT et la page Facebook, accoudés au café du commerce…

    RDT et la page Facebook, accoudés au café du commerce…

    Ecrit par La Rédaction, le 18 novembre 2017, dans La une

    Que c’est compliqué d’écrire sur ce p… de web, encore plus de commenter, pour ne rien dire du ronchonner, qui – il faut bien le dire – rime si bien avec « souris ».

    Tout se mélange voyez-vous, de ce Facebook-là, à ce Twitter-ci (va si vite celui-là), de ces « comments » vifs comme éclairs ignorant l’orthographe et bafouant la syntaxe, qu’on balance, agacés, entre fin du fromage et tisane du soir, oubliant – s’en foutant – de signer quelque chose de cette ire, sauf – et  seulement si vous insistez – sous pseudo. Car, foin de toute « écriture de Droit » sur la toile…

    On connaît tout des défauts de ces machins gigantesques passés dans la vulgate de chacun d’entre nous : extrême réduction du format des messages, compulsivité des post en vitesse réelle, trop plein d’émoticônes conviant à un émotionnel quasi constant, agressivité de fin de foire, et sous couvert du fichu anonymat ( pseudo valant sans doute impunité) quelques hautes injures pour la route, dont il suffira de bloquer l’auteur après deux ou trois aboiements. Alors, oui, être professionnel de la communication sur FB ou TW n’est ni de tout repos, ni à la portée du premier propriétaire d’ordi – lol ! Un champ particulier.

    Et nous, pauvre Reflets du temps.fr, dans cette affaire ? On va tellement moins vite, on est si peu « cliqués »,  dans notre coin de mag-gratuit-en-ligne, qui, mine de mine, pointe le bout de son bandeau magnifique des couleurs de Luce – les reflets du temps qui passe - tous les samedis. Et ça, depuis 8 années d’actu de toutes espèces, d’écritures, d’émotions, de cris, d’engouements à toutes les sauces. 8 ans, la bestiole, quand même. Un ancêtre, ça se respecte. Quoique parfois, on se demande…

    Quelques vagues effluves au coin de commentaires – « espinchés », comme on disait vers la Renaissance, pas très loin d’agacés donc – ont récemment rapproché, en se pinçant le nez, comme il se doit, notre mag en ligne, de ces lieux bruyants, populeux et peu regardants, forme comme fond, que sont les pages des réseaux sociaux, et autres paroles frelatées. Dam ! ce serait presque trop d’honneurs, vu le différentiel de lecteurs ( non, d’utilisateurs). Mais, que pèse un plumet RDT quand on sait que rien que pour Avril 2017, 219 millions d’utilisateurs – actifs - de FB ont été comptabilisés aux Etats Unis sur les 325 millions d’habitants ; soit dit pour exemple.  Un mag en ligne ? quid ? un site, madame, pas un blog, ouvert sur ailleurs que famille, amis, alliés, tourné vers le dehors avec domaine, et facture qui va avec, généraliste, attentivement tolérant, mais raisonné comme l’agriculture, restant – en théorie du moins – dans les limites éthiques, démocratiques (mais si, mais si) qu’une médiation sérieuse lui accorde.

  • Monseigneur Fustigé - Billet d'humeur

    Monseigneur Fustigé - Billet d'humeur

    Ecrit par Vincent Robin, le 18 novembre 2017, dans La une - Ecrits

    Monseigneur Fustigé, revêtu du pallium élyséen…

    « Dessine-moi un mouton… ! » – réclamait au désert le petit prince.

    Bon, d’accord… ! Mais moi, Saint-Exaspéré, je pourrai bien te le peindre cette fois en mode puîné sous les traits d’un « mouton-cadet »… de chez Rothschild.

    L’idée d’une population « moutonne » n’est plus aujourd’hui une imagerie bien nouvelle. Avec Esope et Jean de La Fontaine notamment, en passant bien entendu aussi par Rabelais et Panurge, dans le déballage d’une docilité particulièrement naïve et sacrificielle, l’exposition miroitante des tableaux de l’espèce humaine figurée par la race des bêtes laineuses parfois cornues n’en est plus, en effet depuis longtemps, au stade d’un ouvrant vernissage ou d’une très inaugurale manifestation. Regardons alors ces esquisses très nettes et colorées d’antan, qui se renouvellent cependant et font florès dans le champ visuel et politique de maintenant. Celle de l’insouciant animal au lot caustique qui, face au loup à la dent longue, bientôt s’abandonne en gigot facile et consentant pour le très modique prix de son breuvage… Il est vrai que cette eau n’est plus – déjà depuis des outres –, qu’abondamment puisée au torrent médiatique devenu « ma chronique » (« Bouffe mon Foin Macronique ») et plutôt qu’à la désuète claire fontaine sans pub Ushuaia. « Aquam meam potas – inquit ! » : « tu troubles mon eau dit-il ! ». En mots plus courants et moins détournés que ceux du ruisseau paisible et murmurant de l’histoire, tel, en 732, Charles repoussant le Sarrasin sans blé, le canidé-énarque martèle alors : « tu fous le bordel ! »ou encore :« Il faut vivre pour paître et non plus paître pour vivre, bande de fainéants ! ».A ces mots, le très ô-vidé de sa cervelle d’agneau ne se sent plus d’aises… et couvre un large blanc-bec.

  • Ou pas

    Ou pas

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 18 novembre 2017, dans La une - Ecrits

    Putain ils assurent les gars incroyable ça déchire grave c’est vraiment dommage que Fred soit pas là il aurait kiffé grave en plus j’adore le look du type à la batterie faudra que je pense à me dégotter un blouson aux Puces un de ces quatre attends c’est quoi ça merde des pétards n’importe quoi ça craint c’est pas cool en plein concert oh merde non c’est pas des pétards putain ça tire là non je rêve ça tire sur nous putain ils déconnent là les gars de la sécurité y a un dingue qui nous vise ou quoi pas le choix je me jette au sol je vais ramper jusqu’à la scène et me planquer je rêve et dire que la semaine dernière on a encore fait l’exercice de PPMS avec les gamins j’ai passé l’heure à les rassurer je rigolais intérieurement je me disais que c’était du grand n’importe quoi leurs lois sur la sécurité l’état d’urgence tout ça bon cool mec respire un grand coup ça va le faire oh non la fille devant moi vient de se prendre une balle elle hurle et son ventre m’éclate à la gueule je détourne le visage une seconde trop tard quel con j’ai du boyau sur la joue mais je m’en balance complet parce que là ça tire de plus en plus fort je rampe comme un fou je ne vois plus rien j’ai du sang sur les yeux c’est un cauchemar bon ils font quoi là les flics elle est où la police putain de bordel quand on a besoin d’elle et les pompiers putain quoi merde on est en France en 2015 on paye des impôts pour être protégés non ça beugle de partout ça tire je crois qu’ils sont plusieurs j’ai vu des gens arriver à partir par des portes de derrière la scène semble vide mais je vais jamais arriver à passer les mecs et les nanas sont agglutinés au sol devant moi y en a des dizaines qui pissent le sang qui hurlent qui appellent leur mère je vois la blonde qui m’avait filé du feu dans la queue qui me regarde avec les yeux emplis d’effroi elle est touchée on dirait elle me supplie du regard de rester avec elle je cherche au fond de ma poche je tire mon bandana je lui file et je l’aide à entourer son bras ça pisse dru elle en a plein son chemisier blanc je lui murmure ça va aller reste cool reste au sol ne parle pas et juste là on entend les mecs s’approcher je vois rien j’ai la tête penchée vers le sol je bouge pas je suis couvert de sang et de bouts de cervelle putain pourvu qu’ils pensent que je suis mort putain Seigneur si t’existes et que là tu me files un coup de main je te jure je fais tout ce que tu veux genre je vais voir mes parents chaque semaine je touche plus un verre de ma vie j’arrête Tinder je passe le CAPES au lieu de jouer les contractuels depuis des années je me range des voitures putain je te jure attends là ça craint ils tirent apparemment sur tous les gens qui leur adressent la parole qui disent pitié pitié épargnez moi j’ai des enfants bam une rafale ils descendent tout ce qui bouge on est des lapins dans leurs phares ils nous foncent dessus comme des malades je veux pas voir ça je veux me réveiller Seigneur faites que je me réveille merde non ils m’ont touché je sens une douleur atroce qui explose mon genou ils m’ont tiré dessus les salauds je bouge pas je mords ma main jusqu’au sang faut qu’ils croient que je suis mort je bouge pas un cil je suis un cadavre je suis un cercueil je suis ailleurs je n’existe pas putain on dirait que ça a marché ils sont partis à l’autre bout de la salle punaise je regarde vers le bas mon jean est rouge vif je chope un truc qui traîne par terre sous une nana qui regarde vers le ciel vide avec ses grands yeux ouverts horrifiés je crois que c’est un t-shirt il est plein de trucs mouillés mais je m’en sers comme d’un garrot putain voilà enfin ça me sert de m’être farci la formation de secouriste l’an dernier allez mon gars t’es fort t’es un killer tu vas t’en sortir t’es John McClane je sais maintenant pourquoi je préfère Bruce Willis à Woody Allen au moins ça peut servir de bouffer des pizzas devant Piège de Cristal allez respire t’es encore là attends je sens que je pars non c’est trop con pas maintenant non non putain c’est pas vrai ça a pas changé combien de temps je suis resté dans les vapes je glisse un œil à ma montre merde deux heures chuis resté deux heures dans ce boxon y a moins de bruit que tout à l’heure on dirait on entend presque plus rien sauf de temps en temps un sanglot ou un cri suivi d’une rafale ils vont finir par partir non c’est pas possible je les entends de nouveau s’approcher j’ose lever les yeux ils sont jeunes merde mon âge ils regardent de l’autre côté je me glisse sous un type qui a l’air complètement froid déjà je fous ma tête sous son torse et je prie putain je prie de nouveau Allah Vishnou Jéhovah Bouddha allez les gars qui que vous soyez je m’en tape je suis avec vous j’irai au temple chaque dimanche putain ils arrivent ils vont voir le mec bouger avec ma respiration pourvu qu’ils tirent sur lui il s’en fout il est mort putain allez ou alors qu’on en finisse tant pis pour tous ces pays que j’ai pas vus tant pis pour mon job de toutes façons j’y croyais à moitié tant pis pour ce putain d’amour de toutes façons depuis Mathilde j’y crois plus mais je jure je jure devant Dieu que si je m’en sors je prends mon billet pour NY et je lui hurle devant la Statue de la Liberté que je l’aime depuis des années putain quel con j’ai été de l’avoir laissée filer ils arrivent ils tirent mais ouf ils ont dégainé sur son bide la balle frôle mon visage mais je vais bien merci merci merci Seigneur et puis merde ça tire encore non ils sont encore plus nombreux mais c’est pas vrai ah non on dirait que les flics sont là enfin j’espère je vois des corps qui bougent autour de moi je croyais que c’étaient des cadavres non c’était un leurre c’est l’armée des ombres ou la nuit des morts vivants je sais pas mais bordel on dirait le clip de Thriller du coup je tente de me relever aussi je pousse un beuglement d’enfer mais c’est bon plus personne ne tire j’essaye de ramper sur un côté et là la blonde de tout à l’heure qui tient un mec par la main me dit de la suivre elle me tend l’autre main on avance éclopés débraillés ensanglantés on gémit y a des grands gars en cagoule et uniforme qui nous montrent une porte je passe sur des dizaines de corps à terre y a des jeunes des vieux des gamins des couples encore enlacés les yeux grands ouverts une gamine éventrée un vieux motard barbu qui fait un doigt d’honneur dans son sang y a des trucs horribles genre on dirait la Syrie ou les camps de la mort mais je m’en fous je suis là je vais peut-être m’en tirer je sors c’est la nuit mais c’est fini fini fini

    ou pas

  • Le Clan Spinoza, Maxime Rovere

    Le Clan Spinoza, Maxime Rovere

    Ecrit par Didier Bazy, le 18 novembre 2017, dans La une - Littérature

    Le prince de la philosophie vient de trouver un chef d’orchestre. Jusqu’ici, Spinoza était réservé aux initiés. Pour le meilleur et souvent pour le pire. Spinoza ceci, Spinoza cela. De l’hermétisme à l’esprit de secte, de l’explication minutieuse jusqu’à la noyade dans le Gueroult, Spinoza aura subi tous les traitements. Maxime Rovere démontre magistralement que Bento n’a jamais été un pauvre hère traînant de meublé en meublé son manteau troué en image d’Epinal. Le chef d’orchestre ne se contente pas de diriger les instrumentistes, il a écrit une nouvelle partition.

    Il y a de fortes chances pour que le maestro ait développé une courte proposition de Deleuze : « Spinoza au milieu de nous ». Et la vie du philosophe s’éclaire. Bento buvait des canons avec ses potes. C’était un bon gars. Un bon vivant et pas seulement un « grand vivant avec une petite santé ». Rovere ne se serait pas pour autant permis de mettre Spinoza en abîme. C’est tout le contraire : Bento est un rayon de lumière. Il traverse son temps et les idées de son temps. Il est loin d’avoir vécu en ermite. Il fut ce qu’on appelle aujourd’hui un grand communicant.

    La composition du clan évoque une bande en étoile à plusieurs branches. Les rameaux s’appellent : Levi Morteira, Koerbagh, Van den Enden, Sténon… On les découvre et on en apprend de bien bonnes. Bien sûr, on retrouve Jellesz, Meyer, Oldenburg, Leibniz, Tschirnhaus…

    On peut les trouver tous ici : http://www.leclanspinoza.com/clan/

    Tous ont participé à l’élaboration de l’œuvre de Spinoza. Médecin, mathématicien, philosophe, politique, militant, rabbin, marchand, concierge. Bento ne travaillait pas seul, il confrontait, affrontait, discutait. Il vécut en marchand. Il ne polissait des lunettes que pour étudier la physique, pas pour vendre des lentilles. Des amis argentés l’ont pensionné pour qu’il ait du temps. Dans ce roman vrai, et documenté par cinq ans de travail, mythes et légendes fondent. Un creuset voit le jour, à la portée de tous. Les étudiants en philosophie auront de la chance à commencer par cette bande. Leur est désormais épargnée l’armada qui complique plus qu’elle ne fluidifie.

    Ainsi l’Ethique devient œuvre collective. Et Bento, scribe génial et subtil. L’étude aurait pu le noyer. Spinoza en sort grandi, comme nous, au milieu de lui, au milieu d’eux. Le clan Spinoza : l’art au service de la philosophie. Nul doute qu’elle s’en porte mieux.

     

     

     

    Maxime Rovere enseigne la philosophie à Rio. Traducteur de Darwin, de Lewis Caroll, de Virginia Woolf et de Spinoza… Auteur jeunesse, critique d’art, écrivain, philosophe. Sa biographie de Casanova est un modèle du genre. Il est le gai savoir de la nouvelle génération.

  • Sniper, a dog story (part two)

    Sniper, a dog story (part two)

    Ecrit par Ricker Winsor, le 18 novembre 2017, dans La une - Ecrits

    If you know about Border Collies, they are not even recommended as pets. My friend Charlie, the veterinarian, advises people who want to buy a border collie to also « buy three sheep ». That’s because border collies are super energetic and, without enough to do, these working dogs can raise a whole lot of hell. Lucky for us, and not knowing any of this at the time, Sniper was already two years old and not totally crazed but plenty strong and energetic. I walked him three times a day, every day, a long one in the morning and two shorter ones so he could mark his territory and feel some freedom.

    I found that I couldn’t dominate him the way you can with a Labrador or other dogs like that who are so eager to please and so submissive actually. He almost bit me a couple of times, not a bite really but enough to show me that I had better be careful, that this was more a relationship of equals and not the master/slave thing. Once I got over the shock to my ego I accepted it and learned. He taught me that what we do together is something we share. It is quite amazing and I love how that has evolved. It was less easy for me than it was for him.

    I found that his tail had been broken in a fight and hadn’t healed very well but healed it did with a crook in it now. I learned that he is a tough, dominant dog who will attack any male dog whenever possible and win. He has bones like a Swedish peasant and can pull me miles, which at my age is not a bad thing. Having him in the harness, you could plow a field. We found he had some medical problems, liver problems, and that required a couple of trips to the veterinary hospital and medication and x-rays. We learned how to feed him better as to not stress his liver and he is super healthy as a result. My wife cooks for the dogs twice a day, bathes them, and treats them like the children and family they actually are for us. I don’t see a lot of difference between their antics and affection and those of a couple of five-year olds but that is a whole different discussion.

    After six months and with « peace in the valley » domestically, one afternoon a Papua man I had never seen came to the gate and wanted « to take Sniper out to play ». That was not something I wanted to do and I told him I was not comfortable with that. He was drunk, a young Papua guy with shaggy hair, strong, getting mad. He started yelling and pushing on the gate, shaking the gate back and forth and then the gate broke, a crucial weld having given way. I retreated to the house pushing my wife back and locked the door while she called the security station and also her mother who lives not far away. I grabbed an iron piece of exercise equipment and waited to see what would happen next as he pounded on the door. He stepped back and took the broken piece of metal from the gate and slung it against the door and then retreated to the street. The security man finally showed up, not too happy since they are scared of Papua people and are not used to having to actually act like security. Mostly they usher in cars at the gate, waving and taking it easy most of the time.

  • Sniper, une histoire de chien (deuxième partie)

    Sniper, une histoire de chien (deuxième partie)

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 18 novembre 2017, dans La une - Ecrits

    Vous savez, à propos des Border Collies, qu’on déconseille même de les avoir comme animaux de compagnie. Mon amie Charlie, la vétérinaire, suggère à ceux qui désirent en acquérir « d’acheter aussi trois moutons ». C’est parce que les Border Collies débordent d’énergie, et que, s’ils ne se dépensent pas assez, ça peut devenir infernal. Heureusement pour nous qui, à l’époque, ignorions tout ceci, Sniper avait déjà deux ans ; ce n’était plus un chien fou, mais il était fort et dynamique. Je faisais avec lui trois promenades par jour, une longue le matin et deux, plus courtes, l’après-midi, de telle sorte qu’il puisse délimiter son territoire et se sentir un peu libre.

    Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas le dominer comme un Labrador ou d’autres chiens – si soumis, en vérité, et si désireux de plaire. Il m’a presque mordu une ou deux fois ; mais ça a suffi pour me faire comprendre que je devais être prudent et que nous étions à égalité, lui et moi, et non dans un rapport de maître à esclave. Une fois surmontée cette blessure d’amour propre, j’en ai pris mon parti et j’ai appris : il m’a appris que ce que nous faisons ensemble, nous le partageons. C’est incroyable et j’adore la façon dont les choses ont évolué. Mais c’était moins facile pour moi que pour lui.

    Je me suis rendu compte que sa queue avait été cassée dans un combat et, n’ayant pas bien guéri, elle était recourbée. J’ai appris que c’était un chien dur et dominant, prêt à attaquer n’importe quel mâle, chaque fois que c’était possible, pour gagner. Ses os ressemblaient à ceux d’un paysan suédois, il pouvait me traîner sur des kilomètres, ce qui, à mon âge, n’est pas une mauvaise chose. Un fois harnaché, il aurait pu labourer un champ. Nous avons découvert qu’il avait des problèmes de santé, des problèmes de foie qui ont nécessité plusieurs visites chez le vétérinaire, des médicaments ainsi que des radios. Nous avons appris comment mieux le nourrir afin de soulager son foie. En conséquence, il était en super forme. Ma femme cuisine pour les chiens deux fois par jour, elle les baigne et les traite comme les enfants. Pour nous, ils font partie de la famille. Avec leurs jeux, leur complicité et leur affection, je ne vois pas beaucoup de différence entre eux et deux enfants de cinq ans. Mais ceci est un autre sujet.

    Après six mois de « paix dans la vallée » domestique, un Papou que je n’avais jamais vu s’est pointé au portail et a demandé à « prendre Sniper pour jouer ». Je ne voulais pas de ça et je lui ai dit que ça me mettait mal à l’aise. C’était un jeune Papou, saoul et hirsute ; il était fort et commençait à se fâcher. Il s’est mis à crier et à pousser le portail en le secouant, tant et si bien qu’il s’est cassé. Une soudure avait lâché. J’ai battu en retraite dans la maison avec ma femme et j’ai fermé la porte à clef. Ma femme a appelé les vigiles et sa mère qui ne vit pas très loin. J’ai attrapé un morceau de ferraille, en attendant la suite, tandis qu’il martelait la porte. Il a reculé et, saisissant la pièce métallique cassée du portail, il l’a flanquée contre la porte, puis il s’est retiré dans la rue. Le vigile est venu finalement ; de mauvais gré, car les Papous effraient les vigiles qui, en fait, n’ont pas l’habitude de rétablir l’ordre : la plupart du temps, ils se contentent de faire rentrer les voitures dans la résidence en faisant un geste de la main, tout en se la coulant douce.

  • « Doctor Tariq and Mister Ramadan »

    « Doctor Tariq and Mister Ramadan »

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 11 novembre 2017, dans Monde - La une - Politique - Actualité

    Il y a longtemps que Tariq Ramadan fait parler de lui, avec la complicité d’un bon nombre d’émissions-débats du type « talk show » à la Télévision française, mais aussi sur internet, ce qui lui donna – auprès d’un certain nombre de personnes – le statut « d’homme de dialogue », correspondant à l’image d’un « islam ouvert », en opposition avec l’islamisme radical. Il devint ainsi une sorte de Monsieur fréquentable par opposition par exemple, avant tout, sur l’autre rive (si je puis m’exprimer ainsi), à un Manuel Valls vilipendé et considéré par certains comme un « islamophobe » proche des « dérives ethnicistes de l’extrême droite » (citation provenant d’une déclaration de Jean-Luc Mélenchon !). Ce Tariq Ramadan-là, c’est celui que j’appelle « Doctor Tariq »… Mais, il se trouve qu’il y en a un autre, en réalité cryto-islamiste à peine déguisé, et de plus vautré dans le harcèlement sexuel et même accusé de viols (tout ceci provenant de plaintes de femmes de plus en plus nombreuses). Et c’est bien sûr cet autre Tariq Ramadan que j’ai pu nommer « Mister Ramadan ». Il est temps maintenant de développer mon propos en passant à une démonstration argumentée par rapport à cette introduction.

    Comment se présenta – et continue de se présenter – le « Doctor Tariq » ? Ce Monsieur naquit en Suisse, à Genève, en 1962, ce qui lui fait aujourd’hui l’âge de 55 ans. Après avoir passé un doctorat à l’université de Genève, sa thèse ayant porté sur son grand-père d’origine égyptienne (je reviendrai plus loin sur cette question), il s’adonna parallèlement à des études de littérature française, puis à l’université al-Azhar du Caire, qui lui conférèrent l’autorisation d’enseigner « les sciences de l’islam ». C’est dans ce contexte que ce Monsieur se présenta comme un « islamologue » et devint jusqu’à il y a quelques jours (puisqu’on vient de lui supprimer cette fonction en rapport avec les accusations de frasques de nature sexuelle) professeur d’études islamiques contemporaines à Oxford. Ceci l’amena d’ailleurs à être invité dans de multiples universités ! De plus, s’exprimant en plusieurs langues, le « Doctor Tariq » occupa le terrain en tant que conférencier, prédicateur, et auteur de divers ouvrages portant sur l’islam. J’ajoute que ce Monsieur est marié (depuis l’âge de 24 ans) à une française d’origine bretonne s’étant convertie à l’islam, avec laquelle il a eu quatre enfants. Soit un profil prétendument tout à fait honorable, affirmant passer des ponts « d’intégration » entre l’ensemble du monde occidental (essentiellement européen) et islamique.

  • Enfants de Raqqa…

    Enfants de Raqqa…

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 11 novembre 2017, dans Monde - La une - Politique

    … Qu’en fait-on, maintenant, de ces petits, nombreux – combien ? vague – Français pour un bon nombre, abandonnés au fond des pick-up de la fuite des Djihadistes, sur le bord d’improbables fossés de ces terres de poussière, avec parent(s) ou sans ; je parle de ceux qui sont encore vivants, car combien pourrissent sous les pierres de la ville pilonnée…

    On en parle si peu. L’autre soir, quelques images glacées au 20h, d’une ville détruite, miettes de maisons ouvertes sur un ciel dur et bien sûr silencieux, rues – ce qu’il en reste, images qui nous poursuivent du temps de la Seconde Guerre, en passant par Beyrouth, et finalement toutes les guerres contemporaines ; quelques chats efflanqués, dont on pouvait difficilement détourner le regard, tellement ils semblaient le souffle ténu de la vie. Ruines, après la bataille de Raqqa, suivant quelques mois avant, celle de Mossoul. Légitime soulagement de chacun, partout : car enfin ! des points décisifs marqués contre le cancer Daech, sur leur terrain, dans leur califat noir de tous les malheurs ; d’où partait l’ordre des attentats, où se déroulait leur ordre et leur terrible gouvernance, où allaient tant de nos jeunes, pour vivre ce Djihad, terreur à l’ancienne des temps de maintenant.

    Deux ou trois journalistes TV, une pincée d’articles documentés, illustrés parfois d’entretiens cachés ou vaguement consentis de ces anciens habitants de Daqqah-côté Djihadistes, ont courageusement soulevé un coin de la couverture : que fait-on à présent de ces « ressortissants » français, pour ne parler que des nôtres, ayant un temps, plus ou moins long, volontaires, le plus souvent, été « citoyens de Daech en sa ville de Raqqa » si toutefois, on dit ainsi. Ces daechisés, comment les nommer à présent ? Prisonniers, à l’évidence, de ces troupes Kurdes (ceux qui, une fois encore, ont fait le travail, et qui campent en ce territoire revendiqué), de ces soldats Syriens, versant El Assad, prêts à toutes les vengeances contre Daech, soit, mais bien autant contre ces « occidentaux, versus droits de l’homme ». Des troupes de la coalition aussi, dont un pan de militaires français, qui du haut des avions et de la technologie de pointe est depuis si longtemps sur ce terrain d’opération, et qui, n’en doutons pas, a rassemblé la plus haute haine de ces djihadistes occidentaux, émigrés à leur façon, au Moyen Orient. Prisonniers, donc, à moins que terroristes, au titre de ce à quoi ils ont participé, de ce qu’ils ont signé en quelque sorte en arrivant là-bas. Responsables, du coup, partout où ils passeront et en particulier devant nos cours internationales… Évidemment. Passe pour les parents, encore que certains d’entre eux, certaines femmes entre autres, nécessiteraient forcément le cas par cas. Il semblerait que les adultes vont être remis aux juridictions locales (Syriennes, notamment) sous couvert de ces lois internationales qui accompagnent la fin des guerres, dont on connaît, de fin de bataille en balbutiement de paix, le cortège d’erreurs. Mais, les enfants ! il y avait dans ce simulacre infernal d’État beaucoup de jeunes ; des arrivés avec parents, à la suite d’une mère rejoignant le père, des nés sur place, avec place notoire occupée pour les accouchements des « fiancées des princes », esclaves sexuelles des combattants de l’EI. A peine enregistrés, du reste, ou perdus dans la flopée des archives de la débandade, ces enfants, au point que leur nombre et leur existence est plus qu’aléatoire. Pour autant, ayant vécu les restrictions, les apprentissages de secte autoritaire, le dur d’un pays en guerre, ces petits perdus de parents non moins perdus, pour une bonne partie d’entre eux. Ils ont grandi, joué, ri, évidemment, là-bas. Mais leurs yeux ont enregistré des exécutions en pleine rue, une violence à peine croyable, et le drapeau noir hissé sur les pick-up de Daech leur a servi de projection dans l’avenir. Alors, oui, qu’en fait-on ? On nous dit que bien entendu « on traitera les enfants à part », ce qu’on veut croire. Mais sera-ce si aisé que ça ? Ces petites bombes à retardement, petits fauves en devenir (formules dures mais de bon sens) font déjà frissonner nos « Une » ; à quel niveau sont-ils radicalisés, et plus tard radicalisables, au regard par exemple du sort subi par leurs parents ; ces orphelins d’un genre inédit finiront leur pousse où, comment, accompagnés ou laissés à leur sort… il faudra, là, porter la plus grande attention aux outils de déradicalisation dont on a vu que beaucoup étaient peu opérationnels. Enfin, que dire des familles d’ici qui voudront récupérer leurs petits-enfants ?

  • « Si vous le dites » : révolution

    « Si vous le dites » : révolution

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 11 novembre 2017, dans La une - Linguistique

    Le terme revolutio apparaît apparaît dans l’antiquité tardive chrétienne en rapport – soit direct, soit métaphorique – avec les mouvements des astres. Ainsi l’on parlera de revolutio lunaris, l’orbe de la lune ; de revolutio temporum le renouvellement du temps ; voire de revolutio animae, le retour de l’âme dans un nouveau corps, autrement dit, la transmigration…

    Mais restons – fut-ce de manière anachronique – dans une perspective moderne. Comment est né le sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot ? Car l’idée a très tôt existé…

     


    Les préludes sémantiques de l’époque romaine

     

    Dès la république, il y eut des mouvements insurrectionnels : discordia, discorde ; bellum civile, guerre civile, et, bien sûr, le tyrannicide, promis à une glorieuse postérité. Marcus Junius Brutus fit ainsi l’apologie du meurtre de César, soupçonné d’aspirer à la royauté. Se libérer d’un possible futur roi (dans l’imaginaire romain, rex = tyrannus) était une œuvre – révolutionnaire ? - de salut public. Il fit battre des deniers (cf. ci-dessous) sur lesquels figuraient un pileus (couvre-chef symbole des affranchis – et ancêtre bonnet phrygien !) flanqués de deux poignards, avec l’inscription : ides de mars.

     

    De l’astronomie à la politique

     

    Déjà l’historien grec Polybe (Histoires VI, 4) avait établi un rapport entre les cyclicités célestes et celle des régimes successifs de la Grèce : la ronde des gouvernements – despotisme, monarchie, tyrannie, oligarchie, démocratie, ochlocratie (le pouvoir conféré à la populace) – lui faisait penser à la mécanique des planètes. Un pas décisif fut cependant franchi avec l’ouvrage de Copernic, De revolutionibus orbium celestis (1543), qui inspira, au siècle suivant, le philosophe anglais Hobbes réfléchissant aux bouleversements politiques de l’Angleterre : monarchie absolue, puis dictature (Cromwell), puis derechef monarchie, cette fois constitutionnelle (dynastie d’Orange). « I have seen in the revolution a circular movement », écrit-il in Behemot or the long parliament. En effet, dans révolution, il y a « re » ! « Ce qui différencie l’usage ancien du mot de l’actuel, c’est la conscience d’un retour en arrière qu’indique le préfixe ‘re’ », note le sociologue allemand Reinhart Kosellek dans son livre Vergangene Zukunft (Le futur passé). Alors la révolution, un serpent qui se mord la queue ?

  • Sniper, a dog story (part one)

    Sniper, a dog story (part one)

    Ecrit par Ricker Winsor, le 11 novembre 2017, dans La une - Ecrits

    In Bali, we adopted a village-dog puppy we named Nana. She and her sister found their way, at about seven weeks of age, to the workplace of our neighbor. The office security people there were about to throw them against a wall, the customary way to kill puppies.

    The dog situation in Bali is always out of control. Many dogs run wild, some with rabies, especially in the villages. Puppies can be born with rabies, a disease that kills them and the people they bite. Every once in a while, the government issues an order for the police to « thin the pack ». The last time this happened the dog death squad shot about nine thousand dogs.

    So, the situation in Bali is different than other places. Once in a while, I would wake up in the middle of the night and look out on the street. Making their way silently, five or six very strong, healthy, wild dogs were carefully checking the garbage at each house. Medium-sized, strong village dogs, streamlined, well proportioned, like a pack of tropical wolves, they commanded respect and some fear. The street belonged to them. Once the sun was up they disappeared, vanished like the night.

    Minutes before the puppies were about to be killed, our neighbor, Hanny, got involved and saved them. He is a nice man and took on this responsibility despite having two dogs himself. Hanny offered us one of sisters and I refused knowing how much a dog changes your life, no matter how great it is. But I have always had dogs and my wife also loves dogs so I took a careful look and I saw that one of them had long legs like a ballet dancer and perfect proportions, some kind of a Dalmatian mix with black and white patches. We named her Nana.

    We brought her with us from Bali to Surabaya and settled in. She is a great dog but not in the way we know from Labradors and Goldens and Shepherds, dogs like that. A village dog has literally thousands of years of DNA tweaked by their special lives lived surviving on the street, avoiding endless dangers including poison. They are not the loyal dog we know who can’t wait to lay down its life for you, not like that. They don’t trust easily ; it takes time, but they are more interesting and a lot smarter than the « normal » dog but paradoxically not in trainability. A friend who has had one of these dogs for many years cautioned, « There are some things they just won’t do ». In some ways, they are smart more in the way a cat is smart. It is difficult to explain. I tell a good friend, a veterinarian, that she is more like a fox than a dog and that seems almost right.

  • Sniper, une histoire de chien (première partie)

    Sniper, une histoire de chien (première partie)

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 11 novembre 2017, dans La une - Ecrits

    A Bali, nous avons adopté un chiot du village que nous avons appelé Nana. A l’âge de sept semaines, elle et sa sœur se sont faufilées jusqu’à l’endroit où travaille le voisin. Les vigiles du coin étaient sur le point de la flanquer contre un mur : c’est ainsi qu’on a l’habitude de tuer les chiots ici.

    Le problème des chiens, à Bali, est chronique et ingérable. Bien des chiens sont à l’état sauvage, en liberté, certains porteurs de la rage, surtout dans les villages. Des chiots peuvent naître avec la rage, maladie qui les tue, eux et les gens qu’ils mordent. Régulièrement le gouvernement décrète qu’il faut « dégraisser la meute ». La dernière fois que ça s’est produit, un escadron de la mort a abattu environ neuf mille chiens.

    Donc la situation à Bali n’est pas la même qu’ailleurs. De temps en temps, je me réveillais au milieu de la nuit pour jeter un coup d’œil dans la rue. Déambulant en silence, cinq ou six chiens, très forts, sauvages et en pleine forme, exploraient minutieusement les ordures de chaque maison : de robustes chiens de village, de taille moyenne, à la silhouette effilée, aux proportions harmonieuses ; on aurait dit une meute de loups tropicaux. La rue était à eux. Dès le lever du soleil, ils disparaissaient, s’évaporant comme la nuit.

    Quelques minutes avant que les chiots ne soient tués, notre voisin, Hanny, s’en est mêlé et les a sauvés. C’est un brave homme et il a pris ses responsabilités, bien qu’il ait lui-même deux chiens. Hanny nous a offert une des deux sœurs. J’ai refusé, sachant à quel point un chien vous change la vie, même si c’est formidable. Mais j’ai toujours eu des chiens et ma femme adore aussi les chiens ; alors j’ai regardé attentivement et j’ai vu que l’une d’entre elles avait de longues pattes, comme des jambes de ballerine, un croisement de Dalmatien avec des taches noires et blanches. On l’a appelée Nana.

    Nous l’avons ramenée avec nous de Bali à Surabaya et nous l’avons installée à la maison. C’est une grande chienne, mais pas à la manière des Labradors, des Goldens ou des Bergers, des chiens comme ça. Un chien de village a des milliers d’années d’ADN, un assemblage bricolé du fait de la particularité de leur vie, ou plutôt de leur survie dans les rues. Ce n’est pas ce chien loyal que nous connaissons et qui n’a de cesse de vous offrir sa vie. Ce n’est pas ça. Ils ne vous accordent pas leur confiance facilement, ça prend du temps ; mais ils sont plus intéressants et bien plus malins que les chiens « normaux », pourtant – paradoxe ! – ils se laissent moins facilement dresser. Un ami qui a eu un de ces chiens m’a mis en garde : « il y a des choses qu’ils refuseront de faire ». D’une certaine manière, ils sont malins à la manière des chats. C’est difficile à expliquer. Je dis toujours à une de mes amies, vétérinaire, que Nana tient plus du renard que du chien, et ça paraît – presque ! – exact.

  • D’autres vies que la nôtre

    D’autres vies que la nôtre

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 11 novembre 2017, dans La une - Ecrits

    Dans la voiture, déjà, tu me le disais, en ce premier soir où tu m’embrassas aux étoiles, venu d’outre-océan, cadeau d’un noël tout givré et magique, quand nous nous apprenions comme on chante colchiques.

    Tu me parlas de ces « possibles », de ce qui aurait pu être si nous nous étions croisés au lieu de nous être frôlés dans cette Europe immense, à contretemps, en contredanse, si, au hasard de Lille Flandres ou d’une Cannebière, d’un marché en Provence ou d’une clairière, nous nous étions souri.

    Et puis tu m’embrassas. Nous ne voulions pas, c’était si fou, toi qui repartais, moi qui m’écroulais, et ta vie si construite et la mienne en désordre, et ta femme là-bas, en vos antipodes… Vous vous aimez encore malgré cent mises à mort.

    Nous n’irons pas au bois ce soir, la lune doit attendre, je n’ai que ces sarments à brûler en nos âtres, avant que des serments ne nous mènent au désastre.

    D’autres vies que la nôtre, comme elles auraient été douces, si nous avions osé, si nous avions su autrefois déjà nous rencontrer. Tu me dis tant de mondes, je parcours avec toi notre terre qui est ronde, tes femmes et tes combats, tes amis tes batailles, je te vois à l’école, en enfant, en jeune homme, et puis moi je te dis mes amours mes naufrages, et ces intempéries et le Beau et mes plages.

    Comme c’est étrange de se rencontrer si tard, entre chien et loup, de s’aimer quand le ciel rougit la campagne, quand au loin les couchants effleurent la montagne ; comme j’aurais aimé parcourir avec toi une aube d’été, marcher en nos rosées, découvrir mille sources. Découvrir en tes yeux que je deviens ta femme, que nos cœurs amoureux vont franchir l’interdit, être nue en tes bras, pétrifiée mais confiante… Comme j’aurais aimé recevoir en cadeau nos soupirs étonnés, et nos joies insouciantes.

    Et puis malgré ces années déjà où tu précèdes, nous aurions partagé les folies, les outrances. Goûter tout avec toi, perdre mes innocences, défaillir, m’extasier, et quitter nos enfances. Combien de belles étoiles aurions-nous dégustées, blottis seuls sur la plage, ou couchés dénudés sur un foin parfumé, en ces vastes prairies où tu m’aurais aimée… Et le rock et la route, les concerts, les manifs, les nuits noires vendangées par les doutes. M’aurais-tu supportée, aurions-nous avancé, cœur en tête, vers nos vies en instance ?

  • Rapport hommes-femmes : du chevalier servant au porc

    Rapport hommes-femmes : du chevalier servant au porc

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 04 novembre 2017, dans La une - Actualité - Société - Histoire

    Weinstein, DSK, Baupin, et combien d’autres ? Certains même seulement en paroles et non en actes, tel Dominique de Villepin, songeant un instant à se présenter à l’élection présidentielle et murmurant : « la France a envie qu’on la prenne, ça la démange dans le bassin ».

    Ainsi l’omerta a été levée ; on avait déjà ressorti les texto salaces de Denis Baupin adressés à l’adjointe verte à la mairie du Mans, Elen Debost : « je suis dans le train et j’ai envie de te sodomiser en cuissarde », ou encore « j’ai envie de voir ton cul »… Maintenant, on déballe tout et la chasse est ouverte. La journaliste Sandra Muller, de la Lettre de l’audiovisuel, a lancé le hashtag #balance ton porc, avec le tweet inaugural suivant : « Toi aussi, raconte en donnant le nom et les détails du harcèlement sexuel que tu as connu. Je vous attends ». Bref, appel à la délation, dénonciation des ci-devant mâles libidineux, épuration des cochons impénitents…

    Faire la cour risque de devenir un parcours du combattant, une ordalie, un peu comme à l’époque du Fin’amor médiéval. L’on se souvient, en effet, que le chevalier passionnément amoureux d’une dame mariée (mais qui ne repoussait pas totalement ses avances respectueuses), devait se soumettre à toute une série d’épreuves destinées à tester sa flamme, épreuves qui culminaient dans l’asag : le chevalier devant rester nu toute une nuit, à côté de sa bien-aimée, également nue, avec – souvent, entre les deux – une épée, gardienne de la vertu de chacun… frustration terrible mais délicieuse, « j’aime mieux, dit Arnaud de Mareuil, dans son Saluts d’amour (XIIème siècle), le désir de vous que d’avoir d’une autre tout ce que reçoit un amant charnel ». C’est l’amor imperfectus, imparfait physiquement au sens de non parachevé par une émission de semen. Tout au plus l’amoureux transi peut-il espérer un chaste câlin. Dans le Roman de Jaufré (XIIIème siècle), la comtesse de Die récompense de la sorte son soupirant : « j’aurais grand plaisir, sachez-le, à vous presser dans mes bras, pourvu que vous m’ayez juré d’abord de ne faire que ce que je voudrai ». Tout chevalier se devant, avant tout, de demeurer obediens, obéissant…

    Ce passage d’un excès à l’excès inverse invite à réfléchir sur le caractère éminemment subjectif du délit de harcèlement : ce dernier, en droit, repose, non sur élément matériel, mais sur un élément psychologique (art. 222-33 du Code Pénal) : « Le harcèlement sexuel est le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ».

  • De la part d’une truie gauloise, en réponse au texte d’Ivan Rioufol dans le Figaro

    De la part d’une truie gauloise, en réponse au texte d’Ivan Rioufol dans le Figaro

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 04 novembre 2017, dans La une - Actualité - Société

    Qu’un prétendu journaliste employé dans un des plus grands quotidiens de l’hexagone ose mélanger un sursaut masculiniste et un machisme primitif à des relents islamophobes en faisant passer Le Monde pour une Pravda locale à la solde des Khmers rouges ne m’étonne même pas. Car somme toute, la solidarité masculine n’a pas attendu le scandale Weinstein et la parole féminine –  j’insiste sur cet adjectif, sans avoir écrit « féministe » – ni l’écriture inclusive pour dominer le globe, de tous temps et dans toutes les civilisations, religions, politiques…

    Oui, chers mâles blancs, je sais, ça fait mal.

    D’ailleurs, étant pour ma part bien moins bornée que mon confrère du Fig, j’irai même jusqu’à écrire « chers mâles du monde entier »…

    Oui, parce que quand on connaît les chiffres des violences sexuelles faites aux femmes en Inde, au Maroc ou dans d’autres pays où ne sévit pas le « mâle blanc », il est évident que les accusations de Monsieur Rioufol paraissent ridicules…

    Oui, ça fait mal, je sais, de se sentir soudain avili, rabaissé, soumis à l’opprobre de toute une partie de l’humanité, à savoir des femmes ; je ne parle pas seulement des féministes, mais des femmes, de toutes les femmes, solidaires enfin, qui, sororalement, osent (même si mon correcteur d’orthographe me souligne ce mot…) prendre la parole ENSEMBLE.

    Donc, le seul fait de dénoncer des actes de harcèlement ferait donc de nous des truies ?

    Et alors même que cette parole s’est libérée dans le monde entier, et bien entendu aussi dans les pays arabes, nous, truies de garde, ne mettrions en cause que de vilains mâles blancs ? Ce pauvre Monsieur Rioufol doit décidément vivre en zone blanche, puisqu’il fait mine de pas avoir eu vent du succès mondial du hashtag #balancetonporc…

    http://www.slate.fr/story/152684/mouvements-balancetonporc-metoo-exportent

    Sachez, cher confère, que ce mouvement n’en est qu’à ses balbutiements. La révolution est en marche, et j’ose espérer que d’autres libérations verront le jour. La langue est, par exemple, en train de se libérer de la gangue masculiniste où l’avaient bâillonnée les savants et les censeurs de l’Académie. Les artistes, un jour, prendront leur vraie place dans la société, car comme le démontrent les chiffres de la SACD et du mouvement www.ousontlesfemmes.org, la parité est loin d’être acquise. La politique a commencé sa mue, les femmes conduisent depuis peu en Arabie saoudite, et, qui sait, peut-être verrons-nous un jour une papesse ?

     

  • Bazar, Bernard Pignero

    Bazar, Bernard Pignero

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 04 novembre 2017, dans La une - Littérature

    C’est un récit – précis et géographique en diable – ou bien une fable bourrée d’allusions métaphoriques, dont on guette l’arrivée de la morale de page en page, sans doute aussi un roman échevelé d’imaginaires. Bref, c’est un livre de Bernard Pignero.

    Un tour du monde – rien que ça ! À la proue de bateaux improbables, par tous les temps, et bien plus, les époques. On y trouvera tout ou presque de ce qui nous importe ; la guerre et la misère, dans un coin d’Europe – Est /Sud, mais il se pourrait qu’on se trompe ; des machettes de djihadistes ou bien de quelques autres a-humains, si nombreux à peupler le monde de leur haine, la fuite pour survivre, évidemment, et l’amitié – souvent imprévisible, l’amour, bien sûr, toujours incandescent. Le grandir de tout un chacun, pas moins. Des ports, comme dans les chansons de Brel, des paysages des tableaux de Gauguin, des regrets – tellement – et le pied qu’on remet sur le pont de l’embarquement pourtant. L’ailleurs, toujours. Des pans entiers de littérature, la nôtre, nous visitent en clins d’œil élégants ; Diderot, Montaigne, plus d’une fois, Voltaire, ma foi, et Proust – ça c’est pour l’écriture. Chacun du reste fera sa propre cuisine en l’affaire, s’équipant à sa guise pour cette traversée conjuguant avant tout la liberté, et son prix.

    « J’ai traversé tous les océans du monde pour me laver et ça n’a pas suffi… on ne se coupe ni des conflits ni des vanités du monde, on les étale devant soi, comme les cartes marines, avec le même risque de faire naufrage en cas de mauvaise lecture… le premier être que je croise en débarquant dans un port, c’est moi-même… cet étranger familier que j’essaye de semer… ».

    L’homme qui parle, dont on ne sait ni le nom, ni l’origine – pardon, dont on connaît tous les noms et toutes les origines – est d’abord un enfant – facture classique et chronologique du récit – dont le grand-père tant aimé tient un « bazar », à moins qu’un souk (on sait que tous ces mots anciens ont fait sens dans ce qu’on appelait joliment jadis notre « entendement »). Dans ces pages – nos préférées du livre – on renifle des odeurs, des bruits, de la poussière et de ces ciels immuables, de ces bleus trop pétants pour être de vacances, du Mali, d’Albanie, ou bien de quelques terres d’ancienne Yougoslavie. De misère, sûr, d’instabilité, de menaces tant politiques que religieuses. De violence, enfin, inouïe, celle de ces massacres vieux comme la haine et inscrits dans la litanie de nos mémoires les plus actuelles : « L’un des petits était fou. Il avait vu exécuter ses frères, ses sœurs et tous ses cousins dans la cour de l’école, et depuis, il délirait ».