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  • De Bolivar à Mélenchon, une surprenante récupération

    De Bolivar à Mélenchon, une surprenante récupération

    Ecrit par Alexis Brunet, le 27 août 2016, dans France - La une - Politique - Histoire

    Le « Libertador » était-il vraiment un homme « de gauche » ?

    Si Mélenchon a bien une qualité, c’est celle d’être un monsieur très cultivé. Du moins c’est ce qui se dit. Il détiendrait d’ailleurs 12000 livres. Enfin c’est ce qu’il prétend. On lui fait confiance. Sans doute de ses fastes et agréables lectures tient-il cette liste d’idoles dont il nous pioche des noms de temps en temps, notamment lors de ses tirades enflammées gargarisant sympathisants du Front de gauche mais aussi simples curieux.

    Parmi ces idoles, Napoléon, Robespierre, Victor Hugo, Jean Jaurès, Che Guevara, Simon Bolivar, et j’en oublie certainement beaucoup, il me pardonnera, mais au moins ainsi je n’irai pas le calomnier (puisse le paranoïaque « Observatoire de la propagande et des inepties anti-Mélenchon » me faire grâce). Le premier on le comprend. Napoléon, quoi qu’on pense de sa conception du pouvoir, c’est la France du temps de sa grandeur, sans doute ce pourquoi la francophonie existe encore. A l’autre bout du monde, certains francophiles connaissent par cœur l’année de naissance de Bonaparte. Che Guevara, que voulez-vous, si on se prétend de la vraie gauche on passe difficilement outre, ou bien Mélenchon n’a plus qu’à retourner au Sénat sous des cieux moins rouges. Mais le dernier, Simon Bolivar, si on sait vaguement qu’il fut un important « Libertador » d’Amérique du Sud, et s’il a sa statue à Paris, on le connaît moins (1).

    Le libérateur d’une Amérique

    Aussi quand j’ai commencé à l’évoquer en Colombie comme un grand démocrate épris de liberté, un justicier, un vrai homme de gauche comme on dirait aussi, on m’a gentiment fait comprendre que j’étais un peu à côté de la plaque, que c’était un peu plus compliqué que ça. Quelle ne fut pas ma déception, moi alors sur la terre du « Libertador », de comprendre que ce monsieur mince aux longs bras et très élégamment vêtu que j’avais vu sur son cheval non loin du pont Alexandre III à Paris ne correspondait peut-être pas au grand démocrate dont Monsieur Mélenchon, en août 2012 sur son blog à travers un billet intitulé « Carte postale de retour », célébrait sans doute de bonne foi la lecture d’« une bonne grosse biographie » lors de ses vacances ensoleillées au Venezuela, contrée qui fut jadis le paradis terrestre de tout humaniste de la vraie gauche.

    Simon Bolivar fut un « libertador ». Incontestablement. Suite à un voyage en Europe en 1801, le jeune aristocrate vénézuélien, admirateur de la Révolution française, décide qu’il libérera lui-même l’Amérique du joug du colonialisme. En à peine vingt ans, il boutera alors les Espagnols et leur empire hors du Venezuela, de Colombie, d’Equateur puis du Pérou ; et sera même à la base de la création d’un autre pays auquel il léguera son nom, la Bolivie. S’il échappa de peu à la mort à plusieurs reprises, il enchaîna les batailles victorieuses sur son cheval, il fut un militaire héroïque, et très logiquement également, un « napoléonophile » de premier cru.

  • Vers la « trumpisation »

    Vers la « trumpisation »

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 27 août 2016, dans Monde - La une - Politique

    Trump a annoncé la couleur lors de son discours d’investiture : « Je suis le candidat de la loi et de l’ordre ». De ça on se doutait ; plus inquiétante, la suite : « Construisez le mur ! » Le mur, contre qui ? Pêle-mêle les musulmans, les hispaniques, les homosexuels, les pro-avortement, etc., etc.

    Ne serions-nous pas, en France, engagés sur cette voie-là ? Dans le sillage du dernier attentat de Nice, la radicalisation, non seulement de la classe politique, mais encore de l’opinion dans son ensemble s’est accentuée. Déjà le lendemain, à Nice, des « non blancs » ont été pris à partie, aux cris de : « rentre chez toi ! ». La ratonnade pointe à l’horizon. L’islamophobie a abattu le masque dérisoire de la défense de la laïcité, elle apparaît désormais – et crûment – pour ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : un racisme anti arabes.

    Alors certes, cette évolution à l’israélienne se comprend : de même que là-bas, la suite ininterrompue d’attentats et d’agressions en tout genre a provoqué une paranoïa qui a porté au pouvoir une coalition de droite (le Likoud) et d’extrême droite (les petits partis religieux), de même les pertes en vies humaine – sans précédent, près de 250 morts en un an et demi – hystérisent les Français et font exploser les dernières inhibitions éthiques qui empêchaient certains d’adhérer à la thématique lepéniste.

    La droite « républicaine », à cet égard, se borne à suivre ses électeurs, voire les électeurs en général. Un sondage publié par le Figaro montre que 81% des personnes interrogées approuvent « un renforcement des contrôles et la limitation des libertés publiques ». De là, les délires d’un Guaino (installer des lance-roquettes sur les places), mais aussi et de manière beaucoup plus significative, les propos du député Éric Ciotti : « si vous aviez vu les cadavres sur la promenade des Anglais, vous ne me poseriez pas cette question (quid de l’état de droit ?). Parce que eux, ils n’en parlent plus de l’état de droit ».

    Le signal est clair : si les gens veulent de la sécurité à n’importe quel prix, ils l’auront. Le pouvoir a bien perçu la dérive et paraît désemparé, « on bascule je ne sais pas où, mais on y va » murmure-t-on dans le staff élyséen. De toute évidence, le discours humaniste et rationnel devient inaudible. Le peuple n’a cure des « valeurs »…

    Donc Trump – pardon Marine le Pen – l’année prochaine ? Sans doute pas, mais la tendance lourde ne saurait être ignorée : l’époque des droits de l’homme est bien révolue. La demande sociétale d’un sauveur qui prémunisse contre le risque de mort éclipse toute autre préoccupation.

    Nulle manipulation dans tout ça (même si la caisse de résonance médiatique aggrave les choses), la trouille déferle sur la France. Ne compte plus que l’urgence de sauver sa peau.

    Le risque étant, bien entendu, de perdre les deux : et la vie et – en prime – son honneur.

  • L’Europe au défi des populismes

    L’Europe au défi des populismes

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 27 août 2016, dans Monde - La une - Politique

    Le dossier principal de la Revue, cet été, s’annonçait de toute première importance, et fera du reste l’objet d’un prochain article (Moyen Orient, le nouveau « Grand Jeu »), mais notre propre Une de fin d’été, par sa composition et ses préoccupations se devait de cibler le sujet de Contrechamps : L’Europe au défi des populismes.

    Deux forts articles dressent remarquablement l’état des lieux en ce domaine charriant les peurs de tout démocrate. Jean-Dominique Giuliani examine l’Union face à ces menaces, tandis que Georges Mink s’arrête sur le cas de l’Europe centrale, particulièrement la Hongrie et la Pologne.

    Extrémismes, populismes, nationalismes à l’assaut de l’Europe

    Leçon en tous points limpide et brillante, de Jean Dominique Giuliani, président de l’institut Robert Schuman et Européen convaincu, à l’optimisme non moins ardent. Le paradoxe est posé d’emblée : « L’Europe reste un modèle pour le reste du monde… et les sociétés européennes sont en proie à des doutes profonds ». C’est par ces failles, à l’œuvre depuis longtemps, que s’infiltrent les menaces actuellement affichées des populismes (opposant systématiquement le peuple aux élites, aux dirigeants et aux partis de gouvernement) et autres nationalismes (subordonnant tous les problèmes à la domination hégémonique de la nation).

    Implantation grandissante dans le paysage européen de ces composantes menaçantes qui existent pour autant ailleurs dans le monde : depuis le début des années 80, du Parti autrichien de la liberté, à Le Pen au second tour de 2002, au Vlaams Belang belge, jusqu’au parti pour l’indépendance du Royaume Uni (et au Brexit d’hier)… Chemin d’ascension sinueux, de réussite à 2 chiffres aux élections, participation à des coalitions en marge des grands partis classiques, notamment conservateurs, mais pas seulement, jusqu’à leur visibilité actuelle en passe de devenir champions à part entière (Europe centrale, France, Royaume Uni, Finlande, Slovaquie, Autriche). L’image des populismes gagne en carrure et en puissance et se banalise dans l’opinion. Communication arc-boutée sur un discours antisystème, de rejet de « la classe dirigeante, fondé sur la proximité des politiques conduites quelles que soient les alternances ». Le « syndrome TINA – there is no alternative » étant assimilé à « tous pareils ».

    Ces partis populistes se nourrissent évidemment des défauts de l’Union, fabriquant à un rythme industriel les europhobes, émergeant avec un discours brutal, du peuple des eurosceptiques. Imperfections de tous ordres, tant dans sa construction : son « refus de la puissance met à mal l’Europe dans les rapports de force internationaux », que dans son fonctionnement : « juridique, diplomatique et non politique, lointaine, inaccessible au commun des mortels… organisée à travers un rapport indirect à ses citoyens ». Plus de 30 partis populistes, nationalistes, extrémistes, pavoisent actuellement, amplifiant leur audience par les réseaux sociaux à la « parole libérée », et immédiate, surfant sur la Crise et montant en puissance exponentielle avec la peur des Réfugiés arrivant en Europe. C’est cette carte-là – un énorme potentialisateur – dit J-D. Giuliani, qui est la plus efficace pour effrayer, et forme la trame constante et porteuse de ces discours. Poids des images circulant en boucle, des peurs archaïques, des projections diverses d’« invasions ». On ajoutera au tableau l’arme des référendums utilisés de plus en plus, rêvés par les populistes et souverainistes comme substitut à la démocratie représentative, et ne seront pas négligés les « ennemis » supposés de l’Union, avec au premier titre, selon cet article, Poutine et la Russie, qui « n’aime pas l’Europe et a décidé de l’affaiblir par tous les moyens », argumentation qui mérite débat, mais qui est convaincante.

  • Je vous salue, ma France...

    Je vous salue, ma France...

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 27 août 2016, dans La une - France - Ecrits - Politique

    Nous ne pouvons que publier, ce samedi de rentrées politiques multiples, cet écrit de notre Sabine, datant pile de 2012 ; probablement du 6 Mai au soir... car l'homme dont on parle ici revient avec fracas et peut-être cet hubris à l'antique, fait d’orgueil et d'exaltation. Reflets ouvre ainsi le débat : meilleur le cru 2016 que celui de 2012 ? Ou pire...

     

    la rédaction de Reflets du temps 

     

    Il se leva lentement.

    Encore quelques minutes, et tout serait terminé.

    Comme il regrettait de ne pas être pape, ou empereur… Cette douce pérennité, ces ors apaisants, ces certitudes. Comme il en rêvait, de ce lit de mort où seule la Faucheuse aurait mis fin à une vie de hautes fonctions et de fastes…

    En guise de baldaquin, cet écran où s’alignaient déjà les chiffres venus, oiseaux de mauvais augure, de l’étranger. Point de fumée blanche pour annoncer l’avènement de son successeur, point d’héritier, non plus, agenouillé devant un père affaibli, reconnaissant en lui un maître et un Seigneur…

    Je vous salue ma France, arrachée aux fantômes !

    Ô rendue à la paix ! Vaisseau sauvé des eaux…

    Pays qui chante : Orléans, Beaugency, Vendôme !

    Cloches, cloches, sonnez l’angélus des oiseaux !

    Il leva la tête et regarda ce plafond qu’il lui semblait connaître par cœur. Et le moelleux des lourds tapis, et les clapotis des fontaines… Comment allait-il faire, pour vivre, pour respirer ailleurs ? Bien sûr, il en avait rencontrés, des visages angoissés, il en avait consolés, des regards inquiets, lorsqu’il leur répétait, serrant de ses mains gantées leurs mains calleuses, qu’il n’y avait pas de problèmes, seulement des solutions… Il le leur assurait : demain sera un autre jour, vous verrez, vous allez en retrouver, de l’emploi, je serai là.

    Mais qui serait là, pour lui ? Il les voyait bien, les regards fuyants, il les sentait bien, ces mains moites, il les connaissait par cœur, les dérobades des perdants. Des rats fuyant le navire.

    Seul. Il était seul. Il serait seul.

  • « … Un peu avant midi nous revenions par les ruines… » (Albert Camus, Noces)

    « … Un peu avant midi nous revenions par les ruines… » (Albert Camus, Noces)

    Ecrit par Mélisande, le 27 août 2016, dans La une - Ecrits

    Dans ce village riche et bruyant des campagnes de l’Ardèche, entre deux coups de canons guerriers, se glissant prudemment dans la nuit bleutée des Perséides, la caravane-maison des gitans est arrivée.

    Comme un oiseau résigné blessé elle s’est tue, malgré le chant profond qui montait de ses entrailles. Discrète quant à ses rêves d’absolu vis-à-vis du quidam qui jouait ses boules sur le parvis des platanes massacrés par un élagage, le jour même de l’équinoxe, quand les oiseaux migrateurs s’étaient donné rendez-vous dans leur vaste feuillage pour partir, elle s’est figée à l’endroit même du délit, bien à même de saisir le crime des tronçonneuses et de ceux qui les avaient brandies.

    Splendide dans sa rondeur romane, avec ses chevaux qui défiaient la beauté, et dans le regard d’ambre de ses occupants, un silence altier, une fierté sombre fatiguée du mensonge et de la cruauté. C’était ce matin suivi d’un soir ordinaire d’été : un temps mort où il ne s’est rien passé de sérieux, rien de divin s’entend.

    Flouée, mais fidèle, dans le lit des âmes fortes, le cœur haletant sur le long chemin de la vie, alors que la mort serait délivrance et que chaque aube est une prouesse, honneur au noble voyage. La caravane a déployé son silence sur la place des hommes.

    Lovée muette dans le mouvement des astres et de Dieu, assignant au monde diurne la présence du voyage et de la liberté, cris puissants, et la trace en l’homme qu’il ne cédera en rien, alors que les eaux dévalent après l’orage sur la terre sèche des femmes, et que dans la nuit bleutée, la voix se voue aux dieux de l’amour, et clairement si il le faut, mourra ci-devant en cas de non retour. La roulotte, la caravane des Gitans est amarrée près de moi, elle roule en même temps que les étoiles pas dans le temps humain, mais dans celui céleste qui définit et le jour et la nuit, et la vie et la mort, avec le souffle de l’onagre qui s’ouvre au crépuscule dans le silence d’été, offrant son calice au dieu de l’amour.

    Gitans auprès de Dieu compagnons de silence, agneaux devenus loups par « le-sang-versé », en fraternité avec le galop effréné d’une biche, la roulotte est arrivée. C’était la nuit.

    Dans le bruit des humains inquiets qui ont oublié le langage, posée entre deux arbres, elle s’arc-boute volutes en toiles, chevaux, enfants-voyants, et les chiens aussi, qui sont là près du feu dans le silence. Ciel léger d’été quand il n’y a plus personne pour la guerre. Gens du voyage à la fois sur l’arbre mais aussi chassés de la terre qui leur offre des racines, dans votre maison profonde et silencieuse, vous êtes entre deux mondes, celui du chant céleste et celui terrestre où s’affrontent ceux qui possèdent la terre : maudits, ils ne veulent plus bouger et ont laissé derrière eux le vent, les chants, et l’océan qui va qui vient, dans le silence souffrant du monde. Ne devenez jamais comme eux malgré les regards lourds derrière les vitres de leurs maisons basses. Soyez les bienvenus, ô mes frères d’espoir et de vie.

    Liberté harnachée parée apprêtée pour un jour de gloire. Il viendra.

  • Eclats d’humeur  Pierre

    Eclats d’humeur Pierre

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 27 août 2016, dans La une - Ecrits

    Sur la pierre lisse

     

    glissent les secrets

    l’écho des voix

    qu’on n’entend pas

    le corps frileux

    d’un cri sauvage

    les chemins tristes

    qui nous racontent

    le grand soleil

    au trône en feu

    le vent ligneux

    qui s’écartèle

    le roulis criant

    des enfants

    l’art d’être heureux

    dans le sommeil

  • KI-C-KI

    KI-C-KI

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 27 août 2016, dans La une - KI-C-KI

    En cette fin août, caniculaire, de 2016, on reprend avec joie le chemin chantant des balades littéraires avec, cette fois encore, un des auteurs majeurs européens du XXe siècle, avec sa prose poétique particulière, originale à souhait, délectable à volonté.

    Voici, dans ces morceaux choisis, un concentré de beauté, de fraîcheur, de rayonnement, extraits de l’œuvre majeure de son auteur, des gouttes de perles lumineuses littéraires, exquises :

     

    Extraits :

    « […]

    Les mains en l’air, et frappant du pied chaque marche de pierre, il redescendit, chantant faux avec un accent cockney :

    Ah qu’nous s’rons gais et contents,

    Buvant whisky, vin et bière,

    Au Couronnement,

    Le jour du Couronnement !

    Ah qu’nous s’rons gais et contents,

    Le jour du Couronnement !

    Un soleil chaleureux s’égayait sur la mer. Le bol à barbe de nickel étincelait, oublié, sur le parapet. L’emporter. Pourquoi ? Ou le laisser là, tout le jour, amitié au rancart ? »

    (…)

    « Non ça n’est pas comme ça cet Orient-là. Une terre stérile, un désert. Lac volcanique, la mer morte ; ni poissons, ni plantes marines, profonde en la terre. Nul vent ne soulèverait ses vagues de plomb, ses eaux chargées de vapeurs empoisonnées. La pluie de soufre on a appelé ça : les ville de la plaine, Sodome, Gomorrhe, Edom. […] »

    « […]

    Sous les doigts d’artiste une douzaine de notes ailées jasent leur gaieté dans les hauteurs du clavier. Gaieté des notes toutes cristallines, égrenées en arpèges, appelant la voix qui chanterait la mélodie du matin dans la rosée, de la jeunesse, des adieux de l’amour, du matin de la vie, du matin de l’amour.

    Perles, ô gouttes de rosée… »

  • L’été meurtrier et le fait religieux

    L’été meurtrier et le fait religieux

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 20 août 2016, dans France - La une - Politique - Société

    Étrange période que cet été 2016. Traverser des Événements de première importance – et quels évènements ! – alors que le magazine est calé dans la langueur de son été propre – thème des vacances ! qui plus est, cette année. Le réel qui échappe à l’écriture-sur ; des Reflets qui s’estompent sur le temps qui incendie…

    Nice ; Fête Nationale, en regard avec un État d’Urgence, dont notre président avait le jour même annoncé la suspension. Attentat opportuniste par un loup solitaire, malade mental ? Revendiqué, après peut-être temps de réflexion, par Daesch, de longues heures après… massacre de masse à haute valeur ajoutée médiatique, dont on a senti l’onde de choc, à cette impression, qu’alors, avec ça, tout peut arriver, que tout le monde peut y passer. Perception que la menace est partout, avant hier, ceux de Charlie – un semblant de terrible « logique » ciblée – hier, terrasses et Bataclan, tirage au sort de n’importe qui ; aujourd’hui, grande ville et mouvements de foule, puis après, dans le silence matinal de cette petite banlieue de Rouen, dans une église, où si peu de gens assistaient à l’office banal, et encore sur ces trottoirs quotidiens de Belgique où l’arme blanche frappa 2 policières qui passent. La menace est partout, imminente. Demain, dans mon jardin, au fond de ma campagne… La grande peur, forcément. Des hommes ; n’importe lequel (ce fou ? mais franco-tunisien ?), des femmes, des gamines comme celle, arrêtée hier, à peine 16 ans, déterminée à n’y pas croire… Comme – nos cauchemars d’enfants – une noire tache mortelle qui avance et rampe, silencieuse, vers moi ! Mais d’où vient-elle ? Quels chemins ? Comprendre au moins car c’est de cette incompréhension que viennent les peurs. Peur. Notre domicile, maintenant ?

    « Tout ça n’a rien à voir avec l’Islam ! » ont martelé tout au long de l’année passée nos politiques, notre exécutif en tête (fallait-il entendre : cela n’a rien à voir avec la religion ?). Nous avons relayé – évidemment – dans nos chroniques ce message : pas d’amalgame ! Haut le front, les Musulmans. Heureusement ! Protéger coûte que coûte le précieux du tissu social ainsi malmené, ce qui reste possible (et pas négociable) du Vivre Ensemble de demain. La confusion entre être musulman, vivre sa religion à l’abri de notre laïcité française, qui – rappelons-le, protège tous les cultes et l’athéisme qui va avec – et la dérive vers une religion musulmane totalitaire, qui se veut politique, dont les valeurs de la république sont la cible principale ; qui oserait aujourd’hui faire un seul ballot de tout ça ? (mis à part le FN qui est dans nos contextes dramatiques la seule force politique qui fasse franche ripaille). Tout un chacun a – en gros – enregistré le danger de ces diatribes salafistes, fondamentalistes, qui, mixées avec une bonne dose de Net difficile à surveiller, quelques palabres notamment au fond de prisons surpeuplées, accouchent, même pas dans la douleur, du poison djihadiste et du passage à l’acte du terrorisme. Chacun d’entre nous a fait son marché dans l’info et a compris qu’il faut trier. Un autre corollaire au mot citoyenneté. Mais ce n’est pas aussi simple, et de moins en moins.

  • La franchise du terrorisme ou la transfiguration du paumé

    La franchise du terrorisme ou la transfiguration du paumé

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 20 août 2016, dans France - La une - Société

    Franchise du terrorisme, « Prolaterisierung des Jihad », selon le politologue allemand Peter Neumann, une nouvelle facette de la terreur est apparue. A côté du militant, en réseau, instruit et façonné par le groupe dont il dépend, est venu s’adjoindre le paumé, le mal dans sa peau, l’indépendant, dont le « martyr » se voit immédiatement récupéré par Daech, qui saisit cette aubaine pour enrôler comme « soldat », à titre posthume, un inconnu dont personne n’avait jamais entendu parler…

    Mohamed Lahouaiei Bouhel n’était pas, jusqu’à une date récente, pratiquant ; mari violent, bisexuel débauché, alcoolique, il ignorait le ramadan et la plupart des préceptes de l’Islam. En décembre dernier, Yassin Sahli s’est suicidé dans sa prison. Dans le cadre d’un banal conflit du travail, il avait décapité son patron, puis accroché la tête de celui-ci au grillage de l’entreprise. Ces « franchisés » ne coûtent rien, ne demandent rien et sont tout bénéfice pour l’internationale terroriste.

    Al-Quaïda, en son temps, avait théorisé ces « électrons libres » de la terreur. Abou Mousab al Souri, concepteur attitré du Djihad, avait proposé, dans son Appel à la résistance islamique, paru en 1991, une inversion de la structure de l’organisation : non plus du haut vers le bas, mais du bas vers le haut, une sorte de « basisme » interventionnel. Anwar al Awlaki, prédicateur djihadiste s’exprimant dans le magazine en ligne d’Al Quaïda, Inspire, avait, quant à lui, à la fin des années 2000, esquissé un vade-mecum à l’intention des débutants ou « comment fabriquer une bombe dans la cuisine de maman ».

    Déséquilibrés ? Forcenés ? L’analyse la plus pertinente me paraît être celle de Daniel Zagury, expert psychiatre près la Cour d’Appel de Paris : « vous avez le choix entre crever comme un chien dans l’anonymat de votre petite vie ratée ou commettre un “acte grandiose” pour les siècles des siècles « 

    Transfiguration du paumé, apothéose du raté, les caves se rebiffent en réussissant, pour la première fois de leur existence, quelque chose : terroriser. Victoire dérisoire lourde de menaces ; il est à craindre que demain les crises ordinaires de tout un chacun, licenciements, ruptures sentimentales, deuils, etc. ne finissent dans un bain de sang.

    Terrere, en latin, signifie à la fois terroriser et trembler de peur, c’est-à-dire se cacher, comme l’autruche, sous la terre, terra.

    Les tremblants, les apeurés, les désespérés, en réalité, ce sont eux… les franchisés !

  • Après l’horreur : oser être patriote

    Après l’horreur : oser être patriote

    Ecrit par Alexis Brunet, le 20 août 2016, dans France - La une - Politique - Société

    Je n’ai pas tant voyagé mais ce qui m’a toujours frappé, où que je sois allé, c’est que l’attachement des citoyens à leur pays était beaucoup plus fort que chez nous. En Israël, au Mexique ou simplement de l’autre côté de la Manche, j’ai souvent causé avec des gens qui, tout en sachant être critiques sur leur politique nationale, disaient « aimer » leur pays ou même en être « fiers ». Considérant qu’il est difficile d’être fier de son pays de naissance, car on ne l’a jusqu’à preuve du contraire pas choisi, cette « fierté » m’a d’abord parue un peu absurde mais elle prend corps si elle est examinée à la lumière d’un autre sentiment : le patriotisme.

    Le Petit Robert définit la patrie comme la « nation, communauté politique à laquelle on appartient ou on a le sentiment d’appartenir », et le patriotisme comme « l’amour de la patrie ». Ça n’a donc rien de grossier. Après la boucherie du Bataclan, un sursaut patriotique avait vu le jour. Une très grande majorité de Français, de souche ou immigrée, se sentant attaquée en qualité de citoyen, avait semblé réaliser qu’un choix de civilisation était en jeu et s’était brusquement sentie française. Une partie d’entre eux avait arboré sur le rebord de leur fenêtre le drapeau national, geste qu’on fait sans complexes dans tant d’autres pays (où l’on a souvent le drapeau national chez soi) mais qui curieusement chez nous est resté longtemps associé, et reste encore trop associé à un nationalisme aux relents nauséabonds d’extrême droite raciste et xénophobe, ce qui nous enfermerait sur nous-même alors que c’est plutôt l’éclatement d’une société en fragments d’individus réunis autour d’une origine ethnique ou culturelle commune réelle ou supposée – ou autour d’une croyance partagée – qui engendre le repli sur soi de ce que l’on nomme dorénavant les « communautés », terme qui stipule implicitement que la France serait un pays multiculturel et que ceux qui restent encore attachés à la notion d’intégration – sans même parler de ceux qui prônent l’assimilation – ne seraient que des ringards aigris nostalgiques de la France de Charles Trenet.

    Aimer la France

    Il y a quelque chose de pathétique à constater qu’il a fallu en arriver à cette guerre contre l’islamisme – l’ennemi a enfin commencé à être nommé – pour se rendre compte que la France, malgré tous ses défauts, restait un pays agréable à vivre qui n’avait certainement pas besoin d’une guerre sur son sol – ceci notamment parce que les esprits n’y étaient pas préparés – et que l’on n’avait pas envie de voir disparaître si tôt. Ce sursaut de rattachement à l’identité française fut salutaire. Mais après nous avoir vanté pendant des années les mérites de la sacro-sainte diversité, du vivre-ensemble et du multiculturalisme à la française qui finiraient par avoir raison des affreux jojos racistes, on s’est aperçu que le FN ne disparaissait pas mais pire, que la progression de Marine Le Pen ne cessait de progresser.

  • Les fractures de la société française

    Les fractures de la société française

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 20 août 2016, dans La une - Société

    Depuis déjà un certain nombre d’années (au moins à partir de 2008), nous pouvons observer un phénomène global très inquiétant (et qui ne concerne d’ailleurs pas uniquement la France, mais l’Occident, voire au-delà). En fait, il s’agit de notre société qui se délite, se fragmente, se segmente dans un contexte de « crise systémique », multiforme, c’est-à-dire à la fois économique, sociale, morale, politique et identitaire. Et c’est dans ce délitement, qui altère considérablement notre démocratie (à refonder entièrement), que se développent de plus en plus les deux fléaux qui déstabilisent notre équilibre politique et social : à savoir la tentation pro-djihadiste (auprès de certains de nos compatriotes de confession musulmane) et l’essor du populisme d’extrême-droite (qui se nourrissent l’un l’autre, même si, bien sûr, ils n’emploient pas les mêmes méthodes). Je vais donc analyser les différentes fractures, qui traversent plus particulièrement notre société, et tenter en fin de chronique de donner quelques pistes générales qui pourraient permettre de sortir par le haut de cette situation extrêmement dangereuse.

    Commençons par la double fracture sociale et humaine, dans la mesure où elles ont souvent l’une par rapport à l’autre des liens directs ou indirects. C’est le démographe Emmanuel Todd, mais surtout – malgré ce que l’on pense généralement – le philosophe et historien Marcel Gauchet, qui évoquèrent les premiers la « fracture sociale » pour notre pays, afin de caractériser l’opposition, voire le gouffre, entre ceux qui sont intégrés et ceux qui – plus ou moins – ne le sont pas : les « élites » face aux « exclus ». Jacques Chirac avait d’ailleurs récupéré ce concept par l’intermédiaire de son conseiller Henri Guaino (se présentant comme « gaulliste social ») en tant que principal slogan de sa campagne pour les élections présidentielles de 1995 – qu’il remporta face au socialiste Lionel Jospin, mais qui ne fut traduite ultérieurement par aucune mesure précise jusqu’en 2002. Quant à la fracture humaine, elle correspond toujours, bien sûr, par le biais de la montée de l’hyper-individualisme (ce que les sociologues anglo-saxons appelèrent il y a longtemps la « Me generation » ou « Génération du Moi ») à une nette rupture des solidarités et, par voie de conséquence, à l’affaiblissement de tout ce qui peut apparaître comme collectif ; d’où – en liaison avec la crise économique – le refuge dans les valeurs de la « famille ». Cela dit, s’il y a bien une fracture entre les élites et le peuple (soit de « haut » en « bas »), force est de constater aussi l’existence d’une fracture du civisme (soit de « bas » en « haut ») ; n’importe quel maire d’une petite, moyenne, ou plus grande commune, vous le dira – avant tout en liaison directe avec la judiciarisation de la société.

  • Pourquoi notre société « fabrique »-t-elle des djihadistes, des réactionnaires de toutes sortes ?

    Pourquoi notre société « fabrique »-t-elle des djihadistes, des réactionnaires de toutes sortes ?

    Ecrit par Jean Gabard, le 20 août 2016, dans La une - Société

    Nous ne sommes jamais allés aussi loin dans la lutte contre les conservatismes pour défendre la liberté et l’égalité, et en même temps nous constatons un regain du sexisme et du racisme qui profite aux mouvements réactionnaires, populistes, nationalistes, intégristes.

    Il y a certes une réaction des uns contre les autres : plus la mouvance libertaire remporte des succès, plus les conservateurs s’inquiètent ; plus ils essaient de résister et plus ils s’opposent à ce qui est considéré comme la marche vers le progrès, plus les dits progressistes redoublent de vigilance et de combativité.

    Il se pourrait aussi qu’à ces extrémistes par réaction s’ajoutent des extrémistes par éducation ou, il serait plus juste de dire, par manque d’éducation !

    Notre société occidentale s’est attaquée à l’idéologie de la société patriarcale dans l’autoritarisme et le sexisme. La révolution culturelle des années 60 lui a porté les derniers coups et depuis, l’idéal libertaire et égalitariste s’applique dans tous les domaines même si les résistances persistent et parce que les résistances persistent. Pour éliminer rapidement les traces d’un passé devenant de plus en plus insupportables, la révolution a parfois été radicale. C’est ainsi que dans la famille, la place que l’homme occupait souvent en dictateur violent et sexiste a été totalement rejetée. « La Révolte contre le père » ne s’est cependant pas contentée de corriger sa fonction. Aujourd’hui il ne peut plus la jouer et il l’a remplacée par un rôle « maternant » beaucoup plus plaisant qu’il ne jouait pas du tout ou très peu avant. De même, tout ce qui était considéré comme masculin et qui était autrefois la référence est maintenant considéré presque comme une « maladie » quand le féminin autrefois dénigré apparaît comme l’idéal à suivre.

    Parce que la différence des sexes a été utilisée pour inférioriser la femme, l’égalitarisme ne permet plus à la fonction de père de se jouer et ainsi à l’homme de véritablement exister face à la toute-puissance fantasmatique de la femme.

    De nombreux hommes ne voulant plus de cette fonction forcément répressive qu’ils perçoivent fasciste ne s’en plaignent pas. Leurs enfants risquent, par contre, d’avoir des difficultés à intégrer les limites et à trouver des repères. Cela donne souvent comme résultat des enfants-rois, restés dans la toute-puissance, qui ne trouvent plus, en face d’eux, des hommes qui résistent et pouvant servir de modèle. Les garçons qui en ont particulièrement besoin, sont alors obligés, à un âge où ils devraient être capables de « tuer le père », d’en inventer un et, à partir de rien, n’imaginent malheureusement que des caricatures. Comme une partie des Allemands sans père dans les années 1930 ont adoré le nazi, des jeunes d’aujourd’hui se rangent derrière le chef de gang, le chef nationaliste, le gourou, l’intégriste, le djihadiste…

    Comme le dit si bien Daniel Sibony : « Au nom du refus de la violence, on produit des violences plus extrêmes » !

     

    Jean Gabard est l’auteur de :Le féminisme et ses dérives - Rendre un père à l’enfant-roi,Les Editions de Paris, novembre 2011.

    Jean GABARD auteur conférencier, relations hommes / femmes, éducation des enfants, Thorée 42520 Maclas Fr. tél : 04 74 87 34 56 - 06 45 28 66 81

    http://blogdejeangabard.hautetfort.com

    http://www.jeangabard.com

  • Reflets des Arts La Scène d’été de Frédéric Bazille

    Reflets des Arts La Scène d’été de Frédéric Bazille

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 20 août 2016, dans La une - Arts graphiques

    C’est sans doute un de ses plus beaux tableaux, cette « Scène d’été ».Un des plus émouvants ; une fulgurance de fin de feu d’artifice, car un de ses derniers. Daté du printemps 1869. A deux pas de sa mort en 1870 pendant la guerre, à 29 ans.

    Un vaste carré de 1m60, accroché dans la salle des « nus », pile en face de l’entrée. Venu pour l’occasion de l’expo, de Cambridge, Harvard Art Museums. Un tableau qui contient le reste de l’œuvre ; cette courte et si dense œuvre de quelques 50 tableaux, portant l’impressionnisme en gestation. Plus que « portant », marchant, au côté de ce qui marquera la peinture quasi définitivement, tant formes que couleurs, sujets que signes ; à son rythme et en travaillant sa marque à lui, ses façons. Sa trace. Rien de pareil, mais comme un constant air de famille, et quelle famille ! Manet, Monet, Renoir, parmi tant d’autres. Tous, ses amis. Une toile – enfin ! – qui fut acceptée par ces satanés salons, cousus de tous les conformismes, auxquels il fallait pourtant espérer être « accroché », vu, commenté, pour être acheté et sortir de la Bohème-vache enragée, qui était l’ordinaire de tous les peintres d’avant garde. « J’ai entendu des jugements durs, il y a des gens qui rient, mais j’ai aussi reçu des éloges hyperboliques… », écrit Bazille à sa famille.

    Je vous ai déjà parlé, à Reflets du temps, de ce Frédéric, de sa personnalité, son itinéraire, de ses tableaux, dont Astruc, le grand critique d’art, écrivait : « déjà maître d’un élément qu’il a conquis : la plénitude étonnante de la lumière, l’impression particulière du plein air, la puissance du jour. Le soleil inonde ses toiles, et dans “les baigneurs (Scène d’été), la prairie en est comme incendiée ». Bazille, celui des sujets au soleil. Dans ses toiles, tout bouge, bruisse, sent, comme l’été Montpelliérain, celui de son domaine familial de Méric, surplombant le Lez. On est dehors, pour « de vrai » disent les petits, qui sentent la magie mieux que ne l’expliquent les livres.

    Alors, vous me permettrez de mettre dans ce seul tableau – Scène d’été – toute l’admiration, tout le bonheur, aussi, qu’on ressent en sortant de ce Fabre qui a su rendre un hommage magnifique, avec éclat, et sans doute amour, à l’un de ses peintres fétiches en exposant toutes ses toiles venues d’ici, de musées européens dont Orsay, et américains, en les agençant parfaitement pour que l’itinéraire soit à la hauteur du jeune génie et de son œuvre. Parsemant l’expo, les « amis », Monet, Manet, Renoir, Berthe Morisot qui disait de lui « le grand Bazille », les influences, comme Cabanel, et bien plus, Courbet, ou ceux, tel Cézanne qui travailleront les mêmes thèmes, sont là, comme autant d’hommages forts. Bazille, un jeune pont au bord de la Peinture.

  • La troisième voix ( suite)

    La troisième voix ( suite)

    Ecrit par Jean-François Joubert, le 20 août 2016, dans La une - Ecrits

    Heureusement, le temps d’une grande marée, des gens pouvaient s’abandonner aux douces joies de pêcher, de se promener, bottes et cirés sur le dos de l’estran. La mer retirée est toujours curieuse à saisir. Aujourd’hui, quand la mer nous délaisse, qu’elle s’éloigne laissant encore le corps de la plage vide qui ouvre ses veines, ses ruisseaux, ses cours d’eau, le sable, et sous ses rochers des tonnes de trésors restent à découvrir. Crevettes, ormeaux, crabes et coquillages aux formes diverses et couleurs confuses, cause sel/défense…

    Un peu de jeu, beaucoup de joie, juste présent, sans passé composé. Le ménage, et les petits soucis d’argent oubliés, sur la grève, plus de mondialisation et ses effets, pas d’automobile, ni d’avion, juste le temps qui passe en une marée, cadeau de la lune, du soleil, et de miss Terre. Un bord de mer bien simple à négocier, pour ne plus penser à l’amer sauvage de ses jours de sang, du carnage sur grand écran.

    Aujourd’hui, l’Homme ne cherche plus l’étoile filante, mais à se servir de l’espace, comme jadis il colonisa des peuples, pour en faire des esclaves, alors sa nouvelle casquette est la quête de ses sœurs aux artères d’eau, de gaz, d’oxygène. Le lourd tribut des noirs de peau, un passé qui s’enchaîne et leur laisse de la haine au fond du cœur. Une des raisons de l’Histoire, « un bien triste sort », dont il est temps de sortir, puisque les corbeaux ont cette couleur, et ne sont pas une menace. Oiseaux de mauvais augure paraît-il ?

    Mais pour qui ?

    L’on parle toujours de la planète mère, ce Paradis qui s’épuise à vaincre une de ses plus belles créations. La nature est reine, et l’Homme peine à trouver des solutions, pour le Sida, Ebola, les retraites, et la surpopulation de lieux trop riches à nos yeux.

    Les chercheurs ont tout cherché. Dans leur coin, ils ont tout trouvé. Sur certaines chaînes de télévision, des documentaires vous expliquent tout du caractère de bête jamais vue, comme les hyènes et l’éléphant, et les extra-lucioles de l'abysse Océan. Dès la sortie du berceau, l’on devient trop « intelligent », l’on connaît tout sur tout, reste plus qu’à voir, à voyager, mais pas à la vitesse d’un train TGV. Ulysse et ses compagnons n’étaient plus que des histoires d’enfants… Et le Chevalier Solitaire planait.

  • Mon porc gris regarde le ciel

    Mon porc gris regarde le ciel

    Ecrit par Khalid EL Morabethi, le 20 août 2016, dans La une - Ecrits

    Mon porc gris regarde le ciel

    Il pleut

    Il pleut sur la ville, sur l’individu, sur un taureau en or, sur un arbre, sur le poids des points qui attendent, sur les syndromes allongés les uns sur les autres, sur Œdipe, sur la foi, sur un cannibale qui mange son foie, sur une figure gourd,

    Il pleut sur le poids d’une sensation sourde

    Et il pleut…

    Et il pleut sur une répétition lourde.

    Mon porc gris regarde le ciel

    Il se passe quelques choses

    Il existe une cause

    Une cause

    La cause qui ressemble à une vieille dame

    La cause qui a faim… la cause, la cause normale, la cause du grand mal, la cause du diable, la cause d’une vieille dame, la cause…  la grande cause du mangeur d’âmes

    Il existe une cause

    Il se passe quelques choses

    Il existe une rose

    Il y’aura une pause

    Une minute

    Une seconde

    Une cause, une grande cause, la cause, la cause de la pluie

    Il pleut.