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  • « 50 nuances de haine »

    « 50 nuances de haine »

    Ecrit par Kamel Daoud, le 20 décembre 2014, dans Monde - La une - Religions - Politique - Actualité

    Actu/urgence : Notre ami Kamel Daoud est victime d’une fatwa majeure, le menaçant de mort, par le fait d’une mouvance salafiste algérienne. Solidarité avec K. Daoud, et indignation devant de telles pratiques obscurantistes !

    La rédaction de Reflets du temps

     

    Question fascinante : d’où vient que certains se sentent menacés dans leur identité, dans leur conviction religieuse, dans leur conception de l’histoire et dans leur mémoire dès que quelqu’un pense autrement qu’eux ? La peur d’être dans l’erreur les poussant donc à imposer l’unanimité et combattre la différence ? De la fragilité des convictions intimes ? De la haine de soi qui passe par la haine de l’Autre ? De toute une histoire d’échecs, de frustrations, d’amour sans issue ? De la chute de Grenade ? De la colonisation ? Labyrinthe.

    Mais c’est étrange : ceux qui défendent l’islam comme pensée unique le font souvent avec haine et violence. Ceux qui se sentent et se proclament Arabes de souche ont cette tendance à en faire un fanatisme plutôt qu’une identité heureuse ou un choix de racine capable de récoltes. Ceux qui vous parlent de constantes nationales, de nationalisme et de religion sont souvent agressifs, violents, haineux, ternes, infréquentables et myopes : ils ne voient le monde que comme attaques, complots, manipulations et ruses de l’Occident. Le regard tourné vers ce Nord qui les écrase, les fascine, les rend jaunes de jalousie. Le dos tourné à l’Afrique où l’on meurt quand cela ne les concerne pas : Dieu a créé l’Occident et eux comme couple du monde, le reste c’est des déchets. Il y a des cheikhs et des fatwas pour chaque femme en jupe, mais pas un seul pour nourrir la faim en Somalie. L’abbé Pierre n’est pas un emploi de musulman ?

    Laissons de côté. Gardons l’œil sur la mécanique : de quoi est-elle le sens ? Pourquoi l’identité est morbidité ? Pourquoi la mémoire est un hurlement pas un conte paisible ? Pourquoi la foi est méfiance ? Mais que défendent ces gens-là qui vous attaquent chaque fois que vous pensez différemment votre nationalité, votre présent ou vos convictions religieuses ? Pourquoi réagissent-ils comme des propriétaires bafoués, des maquereaux ? Pourquoi se sentent-ils menacés autant par la voix des autres ? Etrange. C’est que le fanatique n’est même pas capable de voir ce qu’il a sous les yeux : un pays faible, un monde « arabe » pauvre et ruiné, une religion réduite à des rites et des fatwas nécrophages après avoir accouché, autrefois, d’Ibn Arabi, et un culte de l’identité qui ressemble à de la jaunisse.

  • Bonnes fêtes à tous nos lecteurs

    Bonnes fêtes à tous nos lecteurs

    Ecrit par La Rédaction, le 20 décembre 2014, dans La une

    Comme chaque fin d’année, Reflets ferme du 20 décembre au 3 janvier, et, en même temps, ouvre sa fenêtre-cadeau des fêtes. Pour ce passage, 2014/2015, ce sera le thème des « fêtes de fin d’année »… banal intitulé pour un bouquet qu’on souhaite original pour vous tous.

    10 textes ; souvent inédits ; quelques-uns, pour autant, issus de la riche cave de nos archives. Chacun vous apporte une lettre des 10 de « Bonne année »…

    Tous nos vœux pour vous, chers lecteurs, accompagnés par le  B  de Bernard Péchon, vous offrant des Agrumes ; le  O  des Origines solaires des fêtes expliquées par Jean-François Vincent ; le  N  d’un Noël aux tranchées raconté par Lilou, et un autre  N  pour humer avec Gilberte Benayoun Les parfums de Tlemcen à Noël des Etranges fêtes de Sologne dont vous parlent Gilberte Benayoun et Martine L Petauton. Le  A   de Avoir ou être pour ces fêtes ; interrogation que vous soumet Martine L Petauton.  N  pour que Gilberte Benayoun N’oublie pas les fêtes de l’enfance à Tlemcen, et cet autre  N  pour, avec Léon-Marc Levy, Ne pas se croire obligé de saluer l’an neuf avec du champagne de Et si on disait joyeux noël propose Pierrette Epsztein, tandis que notre dernier  E  propose à Daniel Fischer, traduit par Jean-François Vincent, de révéler Un sens de Hanoukka ?

     

    En bonus, ce cadeau de notre fille des billets fous – Luce Caggini – « une symphonie mozartienne est la liaison la plus rapide entre le cœur et l’au-delà des notes de musique », écrivait-elle dans son dernier billet…

     M  comme musique et magnifiques fêtes à tous !

    Mozart : petite musique de nuit 1er mouvement

     

    Donc, chers lecteurs, bonnes fêtes de fin d’année avec Reflets du Temps !

     

    Reprise de nos publications, le samedi 3 Janvier

  • Agrumes

    Agrumes

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 20 décembre 2014, dans La une - Ecrits

    Même les textes anciens, quand ils sont signés Bernard Pechon Pignero !! intéressent le lecteur, celui de 2014 comme celui de ce déjà préhistorique an 2000. BPP, un auteur encore plus médiatique dans le chaud de nos Reflets...

    Merci Monsieur !

    Dans ce temps-là, dans le Gard et l’Hérault, j’étais presque un auteur médiatique. Une revue, genre subventionnée à 100%, m’avait demandé un texte pour la fin du siècle ; le passage à l’an 2000 c’était la grande affaire ! Je ne sentais pas bien ce coup-là mais je leur ai envoyé ça. Ils n’ont même pas été capables de le publier correctement. Ils ont dû reprendre la nouvelle en entier dans leur numéro de février 2000. La honte !

    Les revues en ligne, du moins la nôtre, c’est un peu plus sérieux. Y a quand même du progrès de temps en temps. Enfin voilà, ça a déjà presque 15 ans. Bonne fêtes tout de même à tous.

    Bernard PP

     

    AGRUMES

     

    On pourrait presser des agrumes sur le museau des TGV. Des pamplemousses. Effrayant et rassurant. Il va glisser tout seul de la Gare de Lyon vers la Méditerranée. Entre le jaune citron et le vert fenouil. C’est ainsi que le voit Stef. Quand tout n’est pas gris. Léger trouble de la vision a dit le Professeur Wolff. Loulou pour les intimes. Enfin les intimes ! Il doit plutôt bander pour les infirmières saucissonnées dans leur cornet de nylon blanc que pour les petits internes au début de calvitie blonde sur leurs fronts intelligents. Avec des yeux comme des papillons. Il a parlé de chromatisme, Loulou, et Stef a pensé à un harmonica.

    - Qu’est-ce qui te ferait plaisir pour ce dernier réveillon ?  Le dernier du siècle !

  • Les fêtes judéo-chrétiennes du solstice d’hiver

    Les fêtes judéo-chrétiennes du solstice d’hiver

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 20 décembre 2014, dans La une - Religions

    Le solstice de décembre (dans l’hémisphère nord s’entend), depuis des temps immémoriaux, est un instant crucial : les ténèbres recouvrent la terre, la nuit avale le jour, qui ne cesse de décroître… ce mouvement de mort, de déclin, va-t-il s’inverser pour qu’enfin la vie, la nature renaissent ? Dans l’antiquité classique, le vecteur de cette vie n’était autre que le soleil, sol dominus orbis, kosmocrator, maître du globe terrestre, de l’univers (cosmos) tout entier. Sa défaite ? sa décroissance ? Une simple apparence ! Invaincu, invictus, il donne chaque année la preuve de son invincibilité.

    S’appuyant sur Isaïe 9,1 « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi », les chrétiens eurent tôt fait de s’approprier le symbole : le Christ, vainqueur de la mort, se lève ou plutôt se re-lève (sens littéral du mot ana-stasis, résurrection) comme Hélios. Quoi de plus naturel que de le faire naître comme ce dernier au solstice ? « Ta naissance, ô Christ notre Dieu, a fait resplendir dans le monde la lumière de l’intelligence. Ceux qui servaient les astres sont instruits par un astre de t’adorer Soleil de justice, et de te contempler, Orient venant des hauteurs : Seigneur, gloire à toi ! » chante l’Église orthodoxe à Noël. C’est, en effet, une étoile qui guide les rois mages vers la crèche de la Nativité.

    Au-delà même du soleil, le Sauveur s’identifie à la lumière, « vraie lumière qui illumine tous les hommes » (Jn 1,9). Une chapelle en Italie, le « tempietto longobardo », le petit temple lombard, de Cividale (cf. photo infra) montre cette scène extraordinaire : deux rangées de saints et de saintes adorant une fenêtre vide, tournée à l’est d’où percent les premiers rayons du matin. Nulle métaphore ici : Jésus EST la vera lux, « lumen aeternum, in quo non differt essentia luminis et ipse actus lucendi » dit saint Bonaventure, lumière éternelle dans laquelle se confondent l’essence lumineuse et l’acte même de luire.

    On aurait tort de croire que ce paganisme résiduel se limite au Christianisme ; dans le Judaïsme aussi on fête le solstice d’hiver.

    Tout le monde connaît l’histoire de la réhabilitation du Temple de Jérusalem par Judas Maccabée, le 25ème jour du mois de Kislev, en 164 avant notre ère, date anniversaire de sa profanation. On sait aussi que cette fête se nomme « fête des lumières » : pendant huit jours, on allume chacune des huit branches de la menorah, en souvenir du miracle de l’huile, dont très peu avait pu être sauvée de la profanation d’Antiochos IV, et qui malgré tout avait continué à bruler pendant huit jours après le reconsécration du Temple, alors que normalement, vu la faible quantité, la lampe aurait dû s’éteindre au bout d’une journée.

  • Joyeux Noël aux tranchées

    Joyeux Noël aux tranchées

    Ecrit par Lilou, le 20 décembre 2014, dans La une - Histoire

    Autant rentrer dans la plaie tout de suite, et de préférence avec une scie grossière à bois et rouillée. A Noël 1914, on n’y est pas allé avec le dos de la cuillère et les tranchées n’ont pas compté leurs plaies. Demandez le à Antonin Richard, jeune carmausin de 21 ans haché menu par de la mitraille dans l’Aisne le 25 décembre, comme aux centaines d’autres qui sont tombés ce jour-là. Mais curieusement, c’est avec un autre éclairage, beaucoup plus joli, que l’historiographie nous amène visiter ce 1914ème jour de la nativité afin de se souvenir que ce Noël aux tranchées fut un jour glorieux pour l’humanisme. Sapins de Noël, foot, cigares, hoquets anti-guerre, paix, on y a probablement dansé la carmagnole en s’échangeant des adresses pour les vacances. Ad vitam aeternam, ce jour de Noël est devenu un politiquement correct « Joyeux Noël » balayant le « silence on tue » long et sourd comme une nuit froide, glacée et tueuse aux tranchées. La mémoire a pulvérisé l’histoire parce que 100.000 hommes ont vécu une journée extraordinaire pendant que des millions d’autres ne vivaient « que » la guerre et n’avaient pour vin de messe « que » du sang et des larmes.

    Ce jour de Noël 1914 fait partie de ces rochers à fleur de mémoire dans l’immense océan des faits pour lesquels le talent d’écriture en caractères gras du récit de l’histoire ou du roman national abonde trop dans le sens anecdotique. Noël 1914, l’histoire est belle. Des centaines de sapins de Noël, un ténor allemand et une musique soulevant tellement d’émoi qu’elle en trancha net les velléités offensives. Ce fait-là est avéré, incontestable, immortel même, et Christian Carion dans son film « Joyeux Noël » en tira l’occasion de faire pleurer les chaumières pour raconter cet événement exceptionnel. Ou plutôt pour nous dire que si la guerre tue, ce n’est pas de la faute de ceux qui pressent sur la détente, mais c’est de celle de ceux qui leur ont mis le fusil dans la main, et la haine dans la tête.

    On le sait : la musique adoucit les mœurs. Le 24 décembre 1914, à Neuville Saint Vaast dans le Nord et tout au milieu d’un paysage dévasté par les obus et la haine, et parsemé de bouts de corps déchiquetés et livrés aux morsures de l’hiver et de l’oubli, des hommes abandonnés par leurs officiers supérieurs et par Dieu fraternisèrent dans un franc et sincère élan humaniste. Ce soir là, alors que depuis sa tranchée allemande Walter Kirchhoff envoyait dans le blizzard de la guerre longue un Stille Nacht, heilige Nacht. Alles schlaft, einsam wacht de derrière les fagots, un officier français sortit de la sienne, à une soixantaine de mètres de là, pour l’applaudir à tout rompre ! La légende dit même qu’au mépris de tous les dangers (le ténor allemand) traversa aussitôt le no man’s land et serra la main de son admirateur. Dans la bouillasse de ce no man’s land de boue et de chagrin, cet incroyable geste suffit à convaincre les soldats de poser les fusils et de marquer à leur manière la trêve de la nuit de Jésus retrouvé. La suite est plus confuse et le carnet de chants s’est ensuite perdu dans la mémoire. Avec quoi a-t-il été ensuite capable d’effacer en quelques notes le plus violent des conflits connus jusqu’alors ? Des noms circulent et se bousculent au portillon du doute pour atténuer les douleurs de ce Noël à la campagne tueuse. A-t-il chanté entouré des compagnons suintant le fiel de l’après-midi un des plus grands tubes de Puccini avec « E lucevan le stelle » et qui à lui seul pourrait attendrir les mâchoires de l’enfer ? A-t-il assoupi les craintes d’Helmut – charpentier à Eberswalde (Brandeboug) et soldat de Guillaume II – de voir Maurice – instituteur à Villegailhenc (Aude) et soldat de la République – lui sauter dessus sabre au clair, en entonnant le si délicieux una furtiva lagrima de Donizetti et qui, paraît-il, pourrait faire pousser des bananiers dans le désert ? La mémoire s’est perdue en tout cas, et il ne reste que le cinéma et les litres de ratures pour nous en parler. Ce dont les Historiens sont certains c’est que la veille, personne n’y était allé de main morte, et que le lendemain non plus. Les morts y avaient été ramassés à la pelle ou éparpillés à la grenade. La violence de base est plus tenace que Puccini et Donizetti réunis, c’est dire ! Et la trêve de Noël aux tranchées a duré moins longtemps qu’il ne faut pour recharger toute une batterie de 75 aux ordres du plus aveugle des nationalismes.

  • Noël aux parfums de Tlemcen

    Noël aux parfums de Tlemcen

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 20 décembre 2014, dans La une - Souvenirs - Gastronomie

    Eh non… pas de repas traditionnel classique pour la traditionnelle soirée en famille des réveillons de Noël. Rien de classique ni de déterminé quand on a grandi et vécu sous le ciel de deux cultures. A Tlemcen, dans la ville de mon enfance, où s’allumaient déjà, ici ou là, dans les rues, sapins et guirlandes de Noël, à cette période, chez nous et dans la chaleur familiale de notre maison, c’était notre petite hanoukka accrochée derrière la porte de notre salle à manger qui marquait le début des ripailles de nos fêtes des lumières, nos « Noël-Hanoukka ».

    Dans mes souvenirs gustatifs de ces « Noëls-là », pas de fruits de mer, non, pas de dinde aux marrons, ni de bûche de Noël, mais d’autres délices, d’autres parfums, et nos petits plats concoctés et inspirés de notre culture judéo-arabe.

    Sur nos tables, ces soirs-là, préparés par ma mère et ma grand-mère, expertes en cuisine parfumée, se succédaient des assortiments de petits délices, cuisinés et aromatisés essentiellement au cumin et au piment rouge, ces fleurs odorantes aux parfums algériens, tous ces petits plats que j’essaie aujourd’hui, avec un plaisir secret… à reproduire à ma sauce, à l’occasion des fêtes, anniversaires ou réveillons en famille et entre amis :

    – Carottes au cumin

    – Salade algérienne poivrons, tomates

    – Champignons de Paris

    – Beignets d’aubergines

    – Rondelles de courgettes aux petits oignons

    – Fèves au cumin et paprika doux

  • Autour du «  Grand Meaulnes »

    Autour du « Grand Meaulnes »

    Ecrit par Gilberte Benayoun Martine L. Petauton, le 20 décembre 2014, dans La une - Souvenirs - Littérature

    Sur le thème de la littérature et de la « fête », et donc dans une tonalité de fête littéraire, nos reflets livresques proposent en cette fin d’année une plaisante petite escapade vers une « Fête étrange »… avec « Le Grand Meaulnes » (chapitres VIII et IX) du célèbre roman d’Alain-Fournier. Et, ensuite – un vrai repas littéraire, que ce moment de notre Une, le souvenir d'une vieille dame qui mourut en lisant «  Le grand Meaulnes »...

     

     

    G Benayoun

     

    « La Fête étrange » : Extraits

    « Descendre au dîner, pensa-t-il, je ne manquerai pas de le faire. Je serai simplement un invité dont tout le monde a oublié le nom. D’ailleurs, je ne suis pas un intrus ici. Il est hors de doute que M. Maloyau et son compagnon m’attendaient… »

    (…)

    C’étaient des costumes de jeunes gens d’il y a longtemps, des redingotes, à hauts cols de velours, de fins gilets très ouverts, d’interminables cravates blanches et des souliers vernis du début de ce siècle.

    (…)

    C’était, dans une grande salle au plafond bas, un repas comme ceux que l’on offre, la veille des noces de campagne, aux parents qui sont venus de très loin.

    (…)

    […] Meaulnes, avec audace et sans s’émouvoir, enjamba un banc et se trouva assis auprès de deux vieilles paysannes. Il se mit aussitôt à manger avec un appétit féroce ; et c’est tout au bout d’un instant seulement qu’il leva la tête pour regarder les convives et les écouter.

    (…)

    Le repas était terminé. Chacun se levait.

  • Etre ou avoir ?

    Etre ou avoir ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 20 décembre 2014, dans La une - Société

    Après toute la pluie du monde, Montpellier retrouve à l’orée des fêtes un ciel bleu de France lavé par un mixte Tramontane, Mistral encolérés. Sur la plus belle place du pays – si ! – entre Opéra Comédie et silhouette du Corum, un immense sapin enbleui fait face à une gigantesque mappemonde éclairée, sobre, en doré et blanc. J’aime à penser que notre maire, Philippe Saurel, a voulu que le premier continent qu’on y voit soit l’Afrique… citoyens du monde, mais pas de n’importe quel monde. Un signe, un symbole… cette année – surtout, cette année – la fête, mais vers les autres. Urgent.

    Parce que, jointifs, pour ainsi dire, en parallèle, dans un périmètre gros comme un cœur de Centre ville marchand, autant dire minuscule, sortant à gros bouillons pépiant du Polygone et ses boutiques, bras ployant sous les paquets-cadeaux, les « consommateurs, l’avoir-haut-le-porte-monnaie », buttent sur cette femme, Rom – probablement – assise, son gosse 7/8 ans, à ses côtés, sur son carton. Chaque jour. Elle tend la main, en disant « bonjour madame » ; discrète, regard qui a tout vu. Rien, ou presque dans la paume calleuse. On passe, on évite de regarder le gamin, on lève les yeux, et on a mal au ventre pour la journée… Société dans laquelle il faut emporter dans son regard, à la fois, tous les Champs Elysées i-l-l-u-m-i-n-é-s, à en avoir mal aux yeux, voir les mains pleines des derniers IPhone en vue – le plus « in », souligne l’ado à la voix qui mue, qui me bouscule – et les pages sombres de Dickens. Toutes, images, son, personnages. Manque plus que la neige de « La petite marchande d’allumettes »…

    Chaque année – vous l’avez forcément le symptôme – vient au moment des fêtes de fin d’année, de ces Noëls sans plus aucune signification, ni religieuse, ni même culturelle, cette nausée d’abord imperceptible début décembre, puis montant en puissance pour éclater – vers le 15/18 – en la première gastro de l’hiver, morale, citoyenne, humaine simplement. Celle qui gâche le paysage des boules et des guirlandes, vous fait frissonner dès l’entrée des magasins de jouets, ou de foie-saumon-champagne, en humant ce curieux et écœurant fumet, de consommation compulsive, et d'étalage – indécent, c'est trop peu dire, de la montagne de l'Avoir en gloire. Obscène, tout simplement.  Période où le mot « bûche » vous ferait tourner de l’œil, et que dire de « cadeau » !!

    Assommant, insupportable – peut-être – surtout parce qu’on s’y sent piégé, cet océan de l’Avoir d’hiver, immense comme la banquise, blanc comme les neiges des contes, sans fin, contre vents, marées, et Crise de la consommation (combien allez-vous consacrer à votre budget des fêtes, cette année ? Exit, discrets, les hors-jeu, les maillons faibles de cet étrange jeu). Vaut son pesant, l’Avoir – pire que celui d’été – mais concurrent de celui, pas mal classé, des vacances à la neige, à venir. Décliné, en monnaie sonnante, en termes de quantité (« t’as commandé quoi au Père Noël de Mammy ? Attention ; ne pas oublier de faire noter à  Papy pour sa commande à lui »…). Celui qui n’« a » rien, au sortir de l’an, de palpable, de tangible, du « à montrer », est à ranger vite au rayon foudingue, ou, à la rigueur, Rom des trottoirs. Étrange extra-terrestre, étranger dans son monde, celui, qui  ne veut – ou, ne peut,  rejoindre la course folle des achats. Terrible, comme dans ce bal des avoirs, tombent vite, allant on ne sait où, tous ceux qui ne peuvent plus chanter avec les autres, comptabiliser, faire l’effort (pour les enfants, au moins !! leur dit-on), participer à la kermesse. Violence des fins d'années des pays qui «  ont de quoi ». Point d'orgue de notre année de Crise, à contre emploi.

  • Souvenirs de mes Hanoukka à Tlemcen

    Souvenirs de mes Hanoukka à Tlemcen

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 20 décembre 2014, dans Souvenirs - La une

    A l’occasion des Hanoukka de mon enfance et le dernier soir de cette fête qui durait huit jours et coïncidait souvent avec la fête de Noël, le cœur battant, curieuse et impatiente, je guettais le moment crucial où mon père, les bras chargés de paquets enrubannés par ses mains expertes, traversant d’un pas discret notre long couloir, allait déposer derrière la porte de la salle à manger nos cadeaux de Noël…

    Tous les ans, fidèlement et invariablement, derrière cette porte en haut de laquelle il accrochait avec trois petits clous dorés le chandelier à neuf branches, symbole de la fête des lumières, mon père étalait par terre, avant l’allumage des bougies, nos étrennes de Hanoukka.

    A la tombée de la nuit, et avant le dîner, il nous réunissait sous ce petit chandelier en fer forgé, dont la branche centrale, légèrement surélevée, portait la bougie avec laquelle traditionnellement et à tour de rôle on allumait, par ordre croissant en partant de la gauche, les autres bougies, une par une, chaque soir et ainsi de suite jusqu’au huitième jour.

    Je me souviens encore de cette ambiance tamisée dans la pénombre de la salle à manger, le lustre du plafond éteint, et l’inoubliable brasillement des petites bougies illuminant et magnifiant nos livres-cadeaux posés à même le sol, enveloppés de leur papier flamboyant comme un feu d’artifice aux mille couleurs arc en ciel…

    Aucun souvenir de jouets en bois ou autres matières multicolores, mais ma mémoire ne scintille que sur des livres aux couleurs chaudes et lumineuses des premières et quatrièmes de couvertures illustrées selon le titre, l’histoire et leur collection pour enfants : Les Malheurs de SophieLes Petites filles modèles, L’Auberge de l’ange gardien… de La Comtesse de Ségur ; les couleurs rose et vert bonbon de la Bibliothèque Rose et la Bibliothèque Verte, et le rouge et or de la Collection Rouge et Or ; tous ces livres-cadeaux jonchant le sol, chaque année de mon enfance, sous notre Hanoukka illuminée, ce chandelier à neuf branches de « nos soirs de Noël » sans guirlandes ni sapin, à la lueur dansante et frémissante des bougies allumées ; ces soirs-là où ma mémoire s’est nourrie et vautrée dans la lumière de mes Hanoukka et de mes « cadeaux de Noël »… mes premiers livres de petite fille des rues, dévorés, dégustés, avalés et oubliés…

  • Champagne ! Champagne ?

    Champagne ! Champagne ?

    Ecrit par Léon-Marc Levy, le 20 décembre 2014, dans La une - Gastronomie

    Deux mots sur la figure obligée de nos soirées festives, le truc à bulles, le champagne. Il en est de bons paraît-il et je n’en doute pas, encore que je n’en sache rien puisque je n’en goûte jamais. Ce court billet n’a pas pour objet d’en détourner les amateurs. Je peux même comprendre ce que la lumière, la fraîcheur et le pétillement de cette boisson peuvent avoir de séduisant. Seulement je veux dire haut et fort qu’il n’y aurait pas grave délit si nos fêtes de fin d’année se passaient de champagne !

    Les vins blancs moelleux ou liquoreux sont de merveilleux apéritifs (plus que compagnons du dessert, sucre sur sucre bof !) : Sauternes, Barsac, Alsace Vendanges Tardives et vins étrangers (Autriche, Hongrie …) sont mes préférés. L’équilibre acide/sucre qu’ils offrent et leur fraîcheur sont une magnifique alternative de dégustation, autrement plus riche et complexe que la boutanche de roteuse (Gabin dans le texte). Sur du foie gras ils sont indépassables.

    Les vins rouges – tous les bons vins rouges – peuvent être mis en apéritif (frais et fruités, par exemple Bourgogne, Loire, Sancerre) et réjouir les plus fins palais. Inutile de dire, je suppose, qu’ils sont le plus grand accompagnement possible des plats. Nos régions nous envoient une pluie bienfaisante de ces nectars, ne nous privons pas. Un mot à propos du poisson : si vous ne voulez pas mêler blancs et rouges, répétons que grand nombre de vins rouges arrosent fort bien les plats de poisson.

    Et puis, même si vous choisissez le champagne, belles fêtes de fin d’année !

  • Joyeux Noël

    Joyeux Noël

    Ecrit par Pierrette Epsztein, le 20 décembre 2014, dans La une - Ecrits

    Le premier objet qu’aperçut Esther Goldstein, quittant le couloir pour pénétrer dans le salon en ce début de janvier après un trop long temps d’exclusion de ces lieux, ce fut le sapin de Noël, hideux à souhait, avec ses boules multicolores, il n’y avait pas d’autre terme pour qualifier leur anodine apparence, et les guirlandes défraîchies et l’étoile sans éclat sur le sommet branlant.

    Mais elle n’était pas encore au bout de la surprise. En avançant dans la pièce, son regard buta sur le panier à chien dont l’immobilité arrogante et la laideur monstrueuse la narguaient du haut de sa paille poussiéreuse et de sa couverture écossaise délavée.

    Elle savait parfaitement pourquoi elle ne pouvait s’en détacher, en même temps que la rage, la jalousie, la fureur, la haine montaient en lourds remous du fond de sa mémoire. Un mois d’août, un aéroport sans le sourire de l’attente. Un mois de septembre, une énorme plante verte ouvrant son sexe indécent sur un milieu de table, cadeau de l’autre, preuve ostensible de sa présence. Un mois d’octobre, une porte qui claque, un univers qui bascule, un néant.

    Elle se tourna vers lui. Un sourire neutre : « Alors tu as un chien maintenant ? » Silence. Cependant, elle réfléchissait, non sans quelque gaieté, que cet homme détestait les chiens et n’en aurait jamais toléré auparavant. Trop de contraintes. Et il n’aimait pas les contraintes.

    Elle regardait ses yeux le fuir et son sourire, auparavant détendu, se figer pendant qu’il répondait d’une voix sourde : « Quand on accepte quelqu’un, on l’accepte avec tout ce qu’il a ».

    En elle remontaient les souvenirs de toutes ses intransigeances. Elle, elle n’acceptait pas les gens tels qu’ils étaient. En bonne araignée tenace, elle tissait la toile de ses rêves autour de chaque homme aimé et l’y emprisonnait.

    Lui, il avait déchiré la toile.

    René Lebon avait imaginé un petit dîner tranquille pour fêter Noël, même à retardement, avec une amie retrouvée (bel euphémisme pour désigner leur liaison), toute assagie par la déchirure et toute au plaisir d’être à nouveau avec lui. Il avait pensé à lui acheter son parfum préféré mais avait oublié de cacher dans le placard le panier à chien.

    Et maintenant le panier prenait toute la place, toute sa place, c’était lui qui devenait le convive, et quel convive envahissant ! Son ombre contorsionnée s’étalait sur le mur, démesurément agrandie. Il grossissait à vue d’œil, les entrelacs de l’osier devenaient étroits et craquelaient sous son regard vrillant et la couverture ondulait, lascive. Le salon rapetissait et le panier était zoom avant, gros plan, il commençait à s’agiter, se déployait sur un air mauvais de valse, se redressait sur son anse et dansait, dansait, avec une impudeur dégoûtante, gonflait le ventre, tendait les fesses en toute liberté, grognait de plaisir, panier femelle, panier chienne. Elle le pressentait.

  • Hanoukka – une autre fête dans un autre temps

    Hanoukka – une autre fête dans un autre temps

    Ecrit par Daniel Fischer, le 20 décembre 2014, dans La une - Religions

    1) Point de départ

    En vous promenant, ces jours-ci, à travers les grandes villes décorées pour Noël, il se peut que, tout à coup, vous vous trouviez en face d’un grand chandelier à neuf branches. De toute façon, le soir, vous y rencontrerez des personnes, tout de noir vêtues, allumant des bougies et chantant des chansons aux sonorités hébraïques, les uns pour établir leur rapport au Judaïsme, les autres pour joindre leur voix à une fête juive, plus précisément Hanoukka. De bonnes idées que celles-ci ! Ce faisant, ils témoignent de la manière dont les Juifs honorent leur fête des Lumières. Un collègue, il y a peu, me faisait part de son étonnement à ce sujet : comment se fait-il que les Juifs célèbrent cette fête publiquement, à l’inverse de leurs autres festivités. Et c’est, sans aucun doute, la vérité : le « Jomtov » (le « bonjour » hébreu des jours de fête) se dit en général à la synagogue ou à la maison. Pour la fête de Hanoukka, il en va autrement : c’est un devoir religieux de placer les Hanoukkia (les lumières de Hanoukka) de telle sorte que chacun puisse les voir, une liberté prise ostensiblement aux yeux de tous. Cela ne va plus vraiment de soi de nos jours. Les Juifs, les symboles juifs n’ont jamais été aussi souvent attaqués – et la vie des Juifs menacée – qu’en 2014.

     

    2) Les jours de fête juifs

    Au cœur de toutes les fêtes juives se trouve la même notion : exprimer la relation de Hakodosh Barechou (l’unique Saint, béni soit-Il) à un peuple qui L’honore et L’entoure. A Pessah (Pâque), ce peuple, grâce à l’Unique et à son aide, sortit de sa condition d’esclave et fut libéré. A Chaouvot (Pentecôte) on commémore le don des prescriptions divines (Mitsvot, Halacha) à Son groupe de « fans », tandis qu’à Soukkot (fête des cabanes), le Juif vit dans la nature, protégé seulement par le Tout-Puissant. Roch Hachana (fête du nouvel an) et Yom Kippour (jour du pardon) rappellent, d’une part le sacrifice – non accompli – d’Isaac, et d’autre part, les règles générales concernant les sacrifices.

  • « Vers les fêtes... »

    « Vers les fêtes... »

    Ecrit par La Rédaction, le 13 décembre 2014, dans La une

    Comme chaque année Reflets prend ses quartiers d'hiver, et sera en congés du 20 Décembre au 3 Janvier, jour de la reprise. Dernière Une , avant les fêtes, donc, que celle-ci, du 13 Décembre.

    Comme chaque année, Reflets mettra en ligne un panel de textes – cadeaux. Le thème choisi, en cette fin 2014, sera «  fêtes ». Avouez que nous ne manquons pas d'imagination !!  A moins – vous le verrez, que ce  ne soit aussi un clin d’œil bien sérieux.

    Pendant cette période,  les boîtes mails toujours ouvertes, continueront d’accueillir vos propositions de textes.

    Les envoyer aux 2 adresses conjointes :

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  • Opinion - Le Noël des personnels et autres crèches…

    Opinion - Le Noël des personnels et autres crèches…

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 13 décembre 2014, dans La une - France - Religions - Actualité - Politique - Société

    Lorsque j’étais enfant, papa m’emmenait toujours au « Noël des personnels » de son lycée. Je possède encore cette photo où, inquiète, je lève les yeux vers un Père Noël qui visiblement m’impressionnait énormément. Mais je me souviens aussi des cadeaux au pied de l’immense sapin installé dans le hall, tout comme j’ai en mémoire les classes décorées d’étoiles de notre école primaire, et les beaux bricolages de mes enfants lorsqu’ils étaient en maternelle.

    Et les crèches… Ma grand-mère française me prenant par la main pour me montrer les joues roses de l’enfançon couché devant l’église, et mon père, il y a quelques années encore, emmenant mes enfants en voiture faire le tour des crèches illuminant la petite ville paisiblement blottie dans les senteurs de Noël… D’aussi loin que je me souvienne, un immense sapin a aussi toujours dominé les places des nombreuses villes dans lesquelles j’ai habité : La Place Ducale de Charleville, le Vigan à Albi, la Place du Capitole dans ma Ville Rose, la place de Jaude à Clermont-Ferrand… Orné d’une étoile guidant les enfants vers leurs rêves, il veillait sur cette atmosphère souvent, c’est incontestable, trop commerciale, rappelant aux petits et aux grands l’origine sacrée de cette fête millénaire…

    Ça, c’était avant.

    Avant que des femmes ne viennent voiler nos libertés occidentales de leurs niquabs grillageant le soleil, avant que des petites filles de sixième ne refusent d’aller à la piscine sous prétexte que les garçons de leur classe iraient aussi, avant que la religion ne devienne un enjeu sociétal et n’obsède nos gouvernants, et, je le conçois, à juste titre, car je suis la première à m’inquiéter des multiples dérives qu’implique l’islamisation à outrance de nos sociétés, entre les cantines hallal et le petit guide du patient musulman, entre l’exportation du conflit judéo-palestinien et les souffrances extrêmes des jeunes filles issues de l’immigration, soumises à des mariages forcées, à l’interdiction de la jupe, etc, etc. Mais mon propos en ce deuxième Avent n’est PAS de hurler avec les loups du FN, non, je voudrais simplement mettre en garde le Législateur.

    Car lorsque j’entends toutes ces polémiques autour des crèches qui n’auraient plus leur place dans l’espace public, je m’inquiète. Tout comme je ris sous cape en voyant fleurir, aux quatre coins de l’Hexagone, des manifestations autour de la Nativité qui, elles, ne semblent pourtant déranger personne…

  • Le tout bon des Reflets - Le canard, le foie et le bonheur

    Le tout bon des Reflets - Le canard, le foie et le bonheur

    Ecrit par Lilou, le 13 décembre 2014, dans La une - Souvenirs - Gastronomie

    Le bonheur du foie, du canard et de l’oie débute toujours par la borne de la DDE qui administrativement ne sert qu’à couper du reste du monde, mais qui pour tout Gersois qui se respecte, même ceux du bout du monde, lui dit qu’il est rentré à la maison. Gers ! C’est écrit dessus, noir sur fond rouge et blanc, et c’est beau comme les armoiries des grandes chancelleries en goguette au temps de la grande Victoria. Et à chaque fois j’en fais péter le klaxon de ma voiture immatriculée 32 depuis toujours, juste pour confirmer aux premiers coteaux de ma Gascogne que je suis comme les canards sauvages, et que j’ai gardé un coup d’aile pour rentrer là où je suis né.

    La plongée est ensuite autant vertigineuse qu’heureuse. A droite de la route, on ne dit pas au nord ou à l’ouest, s’étalent Gimont et son marché au gras, où l’on parle l’amour des bonnes choses depuis la nuit des temps. Puis viennent les premières collines, calmement posées par les plus hautes sphères de la création afin d’abriter le garde-manger du bon Dieu. C’est un relief apaisé et dessiné pour faire plaisir aux vents de l’Atlantique qui viennent y mourir en offrant à la terre des nutriments venus du bout du monde et tamisés par les forêts des Landes enserrant entre ses bras les premières pentes gersoises de la route de Bayonne à Toulouse.

    Lectoure à ma droite. Mon rond de serviette m’y attend toujours, mais la maison est fermée. Son propriétaire a repris la charge du consulat du Gers en Exil à Madagascar. Je respire pour lui aujourd’hui l’air de notre nativité. Il le sait… Auch à ma gauche avec les fières et nobles flèches de sa cathédrale et dont on dit, les soirs de grand vent baignés de Tariquet et de chansons à boire, qu’elles ont servi de modèle à toutes les autres. Il faut faire attention à cette route de malheur, alors on ne les regarde pas trop, on se contente de les avoir en soi et aussi de savoir qu’elles sont toujours là, se rappelant à chaque mètre de bitume des souvenirs riants comme un printemps qui ne meurt jamais.

    C’est Vic-Fezensac maintenant ! On passe les frontières de la raison et d’aucuns se demandent même s’il faut des vaccins pour traverser ces contrées sauvages et vierges de toute urbanité au sens universitaire du terme. Et puis, à la sortie de Vic, c’est l’Eden qui s’ouvre et qui s’offre comme une offrande sur le chemin de Saint-Jacques à chacun de mes battements de cœur et de cils. O tempora, o mores, je suis presque à la maison après un si long voyage. Plus que quelques coups d’ailes au-dessus de Dému, de Manciet et de la forêt de Bouit, et le calme se fera, plus sûr que le silence enveloppant les paysages enneigés des hauts plateaux andins seulement battus par les vents et les souvenirs.