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  • L’anesthésie : une nouvelle stratégie politique

    L’anesthésie : une nouvelle stratégie politique

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 17 juin 2017, dans France - La une - Politique - Actualité

    An-esthésie, ne plus sentir, ne plus ressentir. Insensibilité garantissant l’immobilité indispensable à toute intervention chirurgicale.

    Immobilité, c’est en effet LA grande leçon de ce scrutin de premier tour : les électeurs n’ont pas bougé ! 51,3% d’abstention… L’on ne peut que sourire – ironiquement ! – aux déclarations, pour le moins hâtives, de Pierre Rosanvallon, comparant, en terme de changement de donne politique, 2017 à 1958… Tout professeur au collège de France qu’il est, il commet l’erreur – élémentaire – de ne pas comparer les taux de participation : 48,7 aujourd’hui contre 77,2 en 1958 !!!

    A l’époque, les votants, bien éveillés par la rhétorique gaulliste, se pressaient aux urnes ; dimanche dernier, la sédation macroniste – tout est plié, « En Marche » a marché – a fait ne pas marcher les gens, tout en les faisant « marcher » : inutile de vous déplacer, restez donc chez vous, « Jupiter » s’occupe du reste…

    Alors, évidemment, des facteurs objectifs concouraient à favoriser cet endormissement collectif : la précédence des présidentielles devançant les législatives, accentuant encore la prééminence des premières (décision conjointe de Jospin et de Chirac, gravée dans le marbre par la loi constitutionnelle de 2000, instituant dans le cadre du quinquennat l’antéposition de l’élection du président par rapport à celle des députés, histoire de prévenir toute cohabitation). Le premier magistrat désigné, il ne reste plus qu’à confirmer. L’on pouvait se demander si ce mécanisme de levier – pourtant traditionnel – jouerait encore cette fois-ci. Moi-même, j’en doutais. Eh bien non ! Les Français, tels le lieutenant-colonel Custer de la bataille – perdue – de Little Bighorn, ne discutent pas une décision des Français…

    Autre élément décisif : la fluidité, la ductilité d’En Marche ; l’on n’attrape pas l’attrape-tout, l’on n’arrive même pas s’y opposer : divers et varié, au risque de la contradiction, il décourage toute opposition.

    « Je suis oiseau : voyez mes ailes

    Vive la gent qui fend les airs ! »

    disait déjà la chauve-souris de la fable pour anesthésier les belettes. Beaucoup de LR, en particulier Thierry Solère, se proclament « constructifs », par conséquent « Macron-compatibles » ; ils voteront la confiance. Quant au PS, ou plutôt, les débris qui en surnagent après un naufrage historique, il déclare par la bouche de Julien Dray : « Nous ne serons pas dans une opposition systématique ». Bien sûr, le centrisme ne met personne vent debout. Prudemment, Macron s’abstient d’évoquer les sujets susceptibles de fâcher : casse du Code du Travail, hausse de la CSG. Le visage lisse de la modération qu’il affiche n’irrite que les extrêmes, néo-fascistes ou néo-léninistes. Vox clamantis in deserto, ils essayent – mais sans succès – de réveiller les dormeurs.

    L’hypnotique – efficace – qu’utilise l’anesthésiste Emmanuel Macron se nomme « changement » : bien plus que le « changement dans la continuité » giscardien de 1974, il s’agit désormais de tout renouveler : les partis – ou mieux d’organiser leur effacement devant des hommes sans parti (la fameuse « société civile ») –, les pratiques (morale et vertu installées comme autant de piliers éthiques du nouveau régime) ; enfin le mode de gouverner (les ordonnances, en guise de Blitzkrieg garante de la célérité réformatrice…).

    Et si derrière ce « changement » tonitruant et martelé à grand renfort de tambours et trompettes, il n’y avait, au fond, que la bonne vieille astuce, susurrée à l’oreille du prince Salina, dans le Guépard, par le prince – « révolutionnaire » et garibaldien – Tancrède Falconeri : « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

  • Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

    Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

    Ecrit par Lilou, le 17 juin 2017, dans France - La une - Politique - Actualité - Histoire

    Généralités :

    Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

    Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

    Grandeur et décadence :

    Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

  • Sa majesté l’abstention

    Sa majesté l’abstention

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 17 juin 2017, dans France - La une - Politique - Actualité

    Pas inconnu du tout, le phénomène, récurrent depuis quand même 20 ans, ayant monté en graine depuis 2002, l’année du tournant de l’inversion des calendriers électoraux, l’abstention faisait partie du paysage de nos soirées TV, plutôt costaude dans les « petites » élections, locales ou européennes, plus discrète dans les grandes – législatives –, presque négligeable dans les présidentielles, l’élection préférée des français, tous amateurs de Bonaparte à cheval. On la nommait joliment « aller à la pêche », avec un rien d’indulgence. Ça, c’était avant.

    Déjà en 2012, derrière la Bastille gonflée de ses folles espérances, elle guettait : 42,7 au 1er tour des Législatives ; on l’aurait presque oublié. Sous les ponts du quinquennat Hollande, elle n’a cessé d’augmenter, telle une rivière sous épisode cévenol ; les arches étaient menacées, seulement menacées. Depuis hier, on n’entend plus que le sinistre craquement de leurs brisures et effondrements. Raffut d’enfer : 51,29 d’abstention au 1er tour de ces législatives 2017 ! record historique ; plus d’1 français sur 2 n’a pas jugé bon de s’exprimer comme citoyen ; c’est là le sujet majeur de fait, de ce scrutin, son véritable effet en creux, le devenir interrogé.

    Car qu’est-ce qu’être un abstentionniste ? Une minorité qui en est à quasi ne rien savoir (ou ne vouloir savoir) du mécanisme institutionnel qui construit notre démocratie représentative – « c’est quoi madame un député ? c’est pour quoi faire ? » me demandaient au bout du doigt levé mes petits élèves de 11 ans à peine passés. Mais 11 ans ! Le genre encoléré qui veut être signifiant, dire quelques menues choses sur sa vie, et qu’on l’entende ! semble être devenu le genre premier de l’espèce, à ranger dans l’armoire aux pas contents du tout avec les copains actifs, qui, eux, votent pour les partis protestataires qui à présent prolifèrent. Abstention ne rime pas avec enthousiasme participatif, ni constructivisme politique, chacun le sait ; dans la colo, c’est le gamin qui ne veut être d’aucune activité, qui ne s’intéresse à rien (ou qui dit n’avoir rien trouvé pour lui dans le panel). Le pas motivé. D’accord, mais hier, c’est d’autre chose qu’il s’est agi. D’où le regard inquiet des politiques, les « En marche » compris ; oui, eux, d’abord, et ce serait bien qu’ils l’appréhendent, pour la suite de leur trajectoire pour le moment triomphale.

    Qui s’est déplacé, pour ces élections, pour choisir « son » député ? Ceux qui, au tour d’avant, avaient plébiscité E. Macron pour « rester cohérent », pour « donner au président les outils législatifs pour mettre en place son programme » (mécanisme connu de la Vème, que rappelle ici même Jean-François Vincent dans son texte) ? Pas aussi net, loin s’en faut. L’élection présidentielle 2017 a été, faut-il le rappeler, un faux plébiscite, comme une réussite en creux ; Macron a été « trié » autant par défaut que par adhésion (et à mon avis, davantage par défaut) ; ce mariage n’est pas d’amour ou d’engouement, mais de raison quasi balzacienne. L’avenir dira ce qu’il deviendra ; ne tuons certes pas l’or des possibles, mais soyons lucides et pragmatiques. « Je ne vais pas refaire Macron, ce coup-ci » disait cette copine. Combien d’entre nous tous ont tenté hier de fabriquer un peuple parlementaire de vigies, souhaitaient des voix utiles (évidemment quand il le faudrait, intelligemment constructives), bref, ont voulu bricoler, sans trop y croire, des contre-feux de nature à faire vivre le fait parlementaire, à installer une démocratie vivante et dynamique… combien ont raté la marche ? La carte des Bérézina des LR et bien plus du PS parle d’elle même. Celle, beaucoup plus grinçante, des FN privés de représentation, risque de faire très mal. Nous entrons probablement dans Bonaparte, qui ne l’oublions pas fut « la Révolution à cheval », et bétonna ses « masses de granite », qu’on a portées ou subies presque jusqu’à nos jours. Mais faut-il convoquer l’Histoire, pour se souvenir que : pas, que !! Après ces déconvenues et longues amertumes en bouche, qu’il faudra forcément analyser au soir du 18 juin, c’est vers cet immense peuple « ensilencé », qui n’a pas voulu parler hier, que devront se tourner d’urgence les bannières de la République en Marche, du haut de leur victoire, avec la bienveillance et l’écoute, l’élégance aussi, qui s’imposent. Je veux croire qu’ils en ont conscience.

     

    Lundi 12 Juin 2017

  • Le bac, cette Bar-Mitsva de la République…

    Le bac, cette Bar-Mitsva de la République…

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 17 juin 2017, dans La une - Education - Actualité

    Baccalaureus

    Le mot « baccalauréat » viendrait du latin Bacca lauri, la baie de laurier…

    Parfois, je ne suis pas d’accord avec Philippe Delerm. Dans Piscine avant l’oral, le voilà qu’il nous narre un adolescent songeur, à l’orée d’une vie estivale dont il se sent exclu, tout en procrastinant nonchalamment au rythme des cigales…

    Moi, j’aime les examens, je suis une bête à concours : je les aime tous, de l’élection des Miss à L’Eurovision (« France, two points… »), du Certif de nos grands-parents à l’élection de la plus belle Charolaise sous l’œil mouillé du Grand Jacques, du BEPC – où je connus ma première humiliation publique, ne sachant plus situer Carthage durant l’épreuve de latin « Delenda est Carthago »… – aux multiples passages de l’agrégation, en passant par l’ENA et même la magistrature…

    Passer un examen, et, à plus forte raison, un concours au nombre de places limitées, quel plaisir, quel challenge intellectuel, quelle extase même ! On est les Rois du Monde, on se penche comme Jack dans Titanic au bastingage du navire, la vie est à nous !

    C’est simple, si je le pouvais, je repasserais mon bac chaque année ! Ah ces interminables listes de vocabulaire, ces citations plus marquantes les unes que les autres, et le PNB du Japon, et le pacte germano-soviétique…

    Je ne connais pas de plaisir plus intense que celui de la joute intellectuelle que l’on se livre à soi-même, dans le plus pur genre d’une disputatio, afin de convaincre le fainéant qui dort en soi qu’il s’agit de se retrousser les manches… L’écrit nous découvre stratège et philosophe, inventeur et fin politique ; nous sommes tous des Marie Curie. Rien n’est plus excitant à mes yeux que ces heures passées à se colleter avec un sujet. Sa découverte, terra incognita à débroussailler ; les balisages en terre neuve ; les jalons posés pour dominer l’espace à définir : et, bien sûr, le paysage mental de la dissertation à modeler, à créer, à enfanter…

    Et puis le jour des oraux, c’est l’Agora, nous voilà à haranguer une foule silencieuse au gré de nos jurys, il faut convaincre, se faire tribun. Souverain sur la matière et humble devant le jury, divine équation de la superbe contenue…

    Le bac, le bachot comme le nommaient nos pères, c’est un peu la Bar-Mitsva de la République, le rite initiatique de l’Occident. D’aucuns doivent arpenter des savanes et se balafrer les tempes, nos chers boutonneux, eux, échappent difficilement, au rythme des réformes visant à amener quasiment l’ensemble d’une classe d’âge au niveau universitaire, au stress de la Terminale. Professeurs et parents auront beau se plaindre de concert de la baisse du « niveau », nul n’est besoin de toge ou de médaille pour comprendre les affres de ces lycéens soudain privés, quelques jours durant, de leur pain quotidien… Adieu, heures passées devant Facebook et Snap’ à disserter savamment (« Tu kiff koi ? / G jouer 5 heurs à Gladiatus trop for ! T ou ? / O laserkuest tu tamen ? ») : Le temps est à l’orage…

    – Je t’interdis formellement de regarder ton smartphone !

    – Mais m’man je bosse sur un site d’annales corrigées !!!

    Ah, s’ils savaient, nos tendres, comme la vie est rude de l’autre côté du fleuve.

    Laissons-leur encore un peu d’innocence, accordons-leur un répit.

    Il ne faut pas leur dire.

    Que la liberté sera violente. Que leurs rêves s’en iront, fleur au fusil, vers les sanglantes tranchées du réel. Que la vraie vie, c’est Verdun et le bombardement de Dresde réunis, sans aucun armistice, car les snippers ne lâchent jamais leurs cibles. Il ne faut pas leur dire. Que dans dix ans, ils n’écouteront plus NRJ, mais s’avachiront, moroses, devant leur écran plat, s’ils ont eu la mention, ou dans une petite cuisine de colocation, s’ils l’ont eu au rattrapage… Que « être déchiré » ne s’appliquera plus à leurs corps en éveil et à leurs cerveaux avides d’absolu, mais à un pantalon à recoudre – « allo, maman ? ».

  • Goutte à goutte

    Goutte à goutte

    Ecrit par Gérard Leyzieux, le 17 juin 2017, dans La une - Ecrits

    Goutte à goutte laisser couler

    S’écoulent les gouttes d’eau de la glace

    Sous les coups s’écrouler à terre

    Branches du cerisier, feuilles du pommier

    Du blanc, du rose, du sang rouge

    Et des gouttes qui maculent le temps passé

    Battent les cœurs, bruissent les feuillages

    Elles t’écoutent ces oreilles ouvertes à tout

    Elles t’écourtent aussi la vie ces paroles estompées

    Inattendues et presque inentendues

    Gommage feutré, sourdine du jour

    S’écrouler dégoutté des journées infinies

    Écouter et goutter ces quelques gouttes des glaciers

    En découdre les fils anciennement tissés

    Puis les observer s’évaporer

    Sous la chaleur du feu qui te consume

    Vie à mort de ce goutte à goutte

    Enveloppe percée d’où filet s’égoutte

    Il te reste encore quelques gouttes

    Avant d’assécher ce torrent quotidien

    Où corps s’écroule sous les coups de ta nature

    Goutte après goutte, coup sur coup

    En découdre avec l’amour déchu

    Brûlant du dégoût de vivre

  • Le Tout Bon - La coupe de fromage frais aux fruits d’été

    Le Tout Bon - La coupe de fromage frais aux fruits d’été

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 17 juin 2017, dans La une - Gastronomie

    Comme nous n’en sommes pas à faire nous-mêmes notre fromage frais, n’importe lequel du commerce – battu – pas trop faible en calories (le 0% est trop aqueux) conviendra.

    Le nœud de la recette, c’est le coulis.

    Le quart du poids des fruits en sucre (ce ne sont pas des confitures), le sucre allégé peut être utilisé. Tous les fruits ou presque de l’été seront de la fête ; un seul impératif : juteux.

    Les fruits rouges – tous – sont en première ligne dans les recettes et notamment celle-ci.

    Goûteux, décoratifs, mais les abricots, les pêches, le melon, les poires ou les mangues bien mûres seront très bienvenues. Une « roue » de plusieurs coulis alternant les couleurs, déposée sur la table autour de la jatte de fromage blanc, est du meilleur effet tant pour l’œil que pour le palais.

    20 bonnes minutes à feu doux, en tournant un peu. Suit un énergique mixage et un filtrage, si besoin est. Ces coulis peuvent se congeler et s’utiliser pour napper ultérieurement une charlotte par exemple.

    Aujourd’hui, je vais donc acheter un kilo de fromage frais battu 20% de matières grasses ; 200 gr de fraises gariguettes, 100 gr de framboises. 200 gr de melon bien mûr. Deux coulis bien distincts : le fruits rouges, le melon ; pour chacun d’eux j’aurai ajouté 50 gr de sucre poudre.

    Après cuisson et filtrage, les pots refroidiront quelques heures.

    Au moment de servir ce dessert particulièrement rafraîchissant, on prendra soin de mélanger au fromage une grosse cuillerée de crème entière. On ne le sucrera surtout pas ; c’est le contraste entre l’hyper sucre du coulis et le fromage nature qui est recherché. Chacun composera son assiette nappée au choix – et successivement – de fruits rouges et de melon.

    Autre chose que de simples glaces. Prêt pour la canicule, ce mixte fraîcheur de la cave et du jardin tôt le matin ; un goût d’enfance lointaine ; un délicieux suranné de cuisine…

     

    Bon appétit Messieurs et Mesdames aussi

  • Qui Mélenchon veut-il tuer ?

    Qui Mélenchon veut-il tuer ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 10 juin 2017, dans France - La une - Politique

    … Car il ne peut s’agir maintenant que de meurtres en suspens ; de raison ou mieux de politique, plus du tout.

    De Jean-Luc Mélenchon, tout ou presque a été dit, depuis ce temps si long où nous l’avons côtoyé, nous, gens de gauche, ici ou là. Je ne reviendrai pas sur ses – immenses – talents, d’intellectuel, d’analyste politique et sociétal, d’orateur, le meilleur et de loin qu'a porté notre République depuis F. Mitterrand. Je l’ai écrit comme tant d’autres. Son verbe et sa syntaxe parfaite, ses références historiques millimétrées, ses envolées – si XIXème – son socialisme tripal et résonnant comme peu d’entre celui des autres en sincérité quasi amoureuse, son œil aux reflets sombres n’invitant guère à la blaguette, ce côté sérieux, solide, presque professionnel, qui, moi, me convenait, ainsi que cette émotion à peine contenue, bellement visible quand il s’agissait de pointer le doigt sur le fasciste tournant le coin de la rue… J’ai voté moult textes aux congrès de mon PS, portant sa signature, et pas une seconde je ne le regrette. C’était jadis, et François, le nôtre, avait en rangeant nos votes ce sourire tolérant et amène, qui le définissait, et ce léger haussement d’épaules devant nos enthousiasmes de gauchistes du parti… sans doute, le connaissait-il déjà de l’intérieur, tellement mieux que nous.

    Depuis longtemps – sous les ponts de notre gauche… – mes chemins « mélenchonesques » ont divergé et tout le quinquennat passé, sont probablement sortis définitivement de son territoire. Sans quand même tuer symboliquement ce drôle de lointain cousin en partance pour les quatre cents coups, ni, quelque part, le quitter du regard, inquiète, forcément inquiète.

    Mais, aujourd’hui… j’hésite : chagrin ? non, je ne lui porte plus assez d’intérêt ; colère ? ça, oui, et de toutes les couleurs et formes ; cela devient fatiguant. Peur, peut-être ? pas faux ; où dérive-t-il ? Où va-t-il finir ? Soucis – continuons la métaphore – qu’a la famille en apprenant justement les frasques de ce cousin, vilain petit canard qui un jour atterrira en taule ??

    Dans ses discours actuels au parfum de harangue violente, les coups n’en finissent pas de pleuvoir sur son ancien parti, son ancien premier secrétaire, ses anciens camarades – pourtant, quasi tous à terre, on en sourirait presque. Vous l’avez entendu, ahuris comme nous tous, commencer le 7 mai son allocution par ce « enfin, voici fini le pire quinquennat de la Vème… », et ne visiblement plus avoir l’énergie pour appeler au vote anti Le Pen. De fait, et sans vouloir tomber dans la psychanalyse de bazar, cette hargne à « tuer les siens » ayant un peu à voir avec se tuer soi-même, ce chantier intime, ce travail, comme on dit, a quelque chose de poignant, mi-Shakespearien, mi-tragédie antique. C’est ainsi qu’il s’acharne consciencieusement, depuis, boxeur halluciné ; on l’entend presque penser qu’il faut encore cogner, que tout ça n’est pas mort, ou pas assez. Il poursuit ses « adversaires préférés », ses ennemis, allez ! Il faut qu’il en accepte le mot, voire le sens, partout où « se les faire » semble le seul mot d’ordre, étriqué, forcément et contre productif, on le suppose aisément.

    Regardez Marseille où il se présente (parachuté ? « Partout chez moi, en république ! » répond-il avec superbe), circonscription où peu de FN vaquent, mais tenue de belle lurette par un socialiste. La carte des législatives à venir est panachée de France Insoumise bataillant avec de vraies balles contre les restes du PS, et il n’y a bien que notre Benoît – plus naïf que lui on meurt – pour bêler les désistements futurs. Apothéose, ces derniers jours, le chef des Insoumis accuse notre ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, d’avoir « assassiné » le pauvre jeune militant écolo des manifs contre le barrage de Sivens, en 2014, Remi Fraisse… plus deux ou trois allégations de même gabarit en guise de dessert (« Cazeneuve, le gars qui a fait gazer, matraquer… »). Cazeneuve porte plainte, et avec lui, la République.

  • Malaise dans la nation

    Malaise dans la nation

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 10 juin 2017, dans La une - Société

    Je ne connaissais pas Jérémy Robine, maître de conférences à l’université Paris VIII, jusqu’à la lecture de l’un de ses articles, paru dans Libération le 5 mai dernier : La « race » éternel tabou de cette élection et des précédentes. Son papier m’a tellement intéressé que j’ai acheté le livre qui l’explicite, édité six ans plus tôt.

    C’est, en effet, à partir de la formation de « ghettos » ethniques qu’il aborde la question du racisme.

    Ces ghettos ont une histoire. Celle des trop célèbres « grands ensembles », bâtis à la va-vite – et mal ! – dans l’après-guerre, pour répondre aux besoins pressants de logement et selon l’urbanisme – aux effets socialement délétères (le principe de la « cité dortoir » !) – de Le Corbusier.

    « Cette politique de construction, nous dit Robine, et la décision de mettre fin aux bidonvilles, aboutissent au début des années 70 à ce que les rapatriés et les familles blanches les moins bien loties, souvent immigrées d’origine espagnole, portugaise ou italienne, qui habitent les grands ensembles (les familles blanches les plus aisées ont commencé à les quitter dès la fin des années 1960) sont rejoints par les familles immigrées maghrébines, dont la proportion augmente rapidement ».

    La cohabitation entre populations d’origine différente est d’emblée problématique, et ce dès avant que ne se termine la prospérité économique des trente glorieuses : « des problèmes graves se posent bien avant le choc pétrolier de 1973, et si la majeure partie de la France et des Français n’est alors pas concernée, localement les difficultés sont quotidiennes dans les grands ensembles, déjà habités par les familles des travailleurs maghrébins. De plus, le regroupement familial a commencé bien avant son officialisation en 1975, et l’on trouve dès le début des années 1970, dans les grands ensembles et dans les derniers bidonvilles, une jeunesse issue de l’immigration maghrébine ». Ces jeunes deviennent donc « assignés à résidence » ; « avec le processus de ghettoïsation, écrit Robine, seuls restent dans les grands ensembles, de plus en plus dégradés, ceux qui ne parviennent pas à les quitter (…) ce problème de ségrégation en France peut se résumer à une inégalité croissante, et aujourd’hui souvent insurmontable, dans la capacité à quitter le quartier ghetto ».

    Les conséquences psychologiques et politiques de cette évolution ne sont rien moins que dramatiques. « Une frontière identitaire entre “eux” et “nous” est ainsi créée ou confortée ». Se greffent alors, à partir des années 2000 et des émeutes de 2005, ce que Gilles Kepel nomme le « ressac rétro-colonial » : « la dimension postcoloniale est ici centrale. L’avoir imposé dans le débat public est le mérite de militants qui furent à l’origine de l’Appel des Indigènes de la République ». La France se voit ainsi considérée comme un état « post-colonial » reproduisant à l’encontre de leurs descendants les humiliations et les discriminations dont ont souffert les colonisés. « La nation française, ajoute Robine, est analysée comme raciste du fait d’une construction historique longue. La question raciale est donc nécessairement centrale pour les “Indigènes” ».

  • Reflets des arts : John Boorman, réalisateur aux images inoubliables

    Reflets des arts : John Boorman, réalisateur aux images inoubliables

    Ecrit par Sabine Vaillant, le 10 juin 2017, dans La une - Cinéma

    Une longue standing-ovation a accueilli John Boorman ce jeudi 1er juin à l’ouverture de la rétrospective complète que lui consacre La Cinémathèque française. Après avoir remercié le public, le réalisateur britannique s’est livré à un retour sur image en reprenant le contexte de son deuxième film, Le Point de non-retour, chef-d’œuvre, présenté ce soir-là.

    John Boorman a souligné combien la présence, la confiance de Lee Marvin conquis par son premier film, ont été déterminantes pour réaliserLePoint de non-retour(*)en toute indépendance. Il a raconté qu’après un entretien à Hollywood, il s’est aperçu que le type qui était assis dans un coin n’était autre qu’un psychiatre ou psychologue. Dans les studios, il était un peu pris pour un fou. Mais a pu compter sur des soutiens.

    Le Point de non-retour(Point Blank), 1967, d’après The Hunter de Richard Stark :

    Walker vient en aide à son ami Reese qui doit de l’argent à une organisation criminelle, en court-circuitant les transports de fonds par hélicoptère de cette dernière à Alcatraz. L’affaire tourne mal. Reese tue les convoyeurs. S’apercevant que le compte n’y est pas, il abat Walker et s’enfuit avec Lynne, l’épouse de Walker, sa maîtresse. Il en réchappe miraculeusement et quitte cette ancienne prison à la nage.

    Rétabli, Walker vit avec l’obsession de se venger et récupérer sa part de butin. Yost, en difficulté avec cette mafia, lui apporte sur un plateau l’adresse de Lynn et Reese. Peine perdue, l’oiseau s’est envolé et Lynne se suicide. C’est avec Chris, la sœur de Lynne, qu’il met la main sur Reese. Ce dernier livre les noms de ses chefs : Carter, Brewster et Fairfax, avant de chuter de sa terrasse. Walker se tourne ensuite vers chacun des hommes de la liste. L’histoire se répétera à Alcatraz où Walker se confrontera à l’inutilité de sa vengeance.

    Le Point de non-retour, un policier, thriller superbement mené, avec de très belles images. « Cadrages audacieux. Plongées et contre-plongées qui se multiplient pour apporter une vraie force au propos. Et un montage millimétré, faussement chaotique comme la chronologie du film qui bouscule le spectateur » (**). Avec la célèbre scène de travelling en contre-plongée qui accompagne la cadence sèche des pas de Walker qui claquent.

    John Boorman naît en 1933, à Shepperton près des studios londoniens, dans une famille écossaise et néerlandaise. Il est élevé chez les jésuites. Très tôt passionné de cinéma, il devient critique, puis monteur à la télévision en 1955. C’est avec trois épisodes de la série Citizen 63 qu’il acquiert une première notoriété à Bristol. Ils sont suivis un an plus tard de The Newcomers, un documentaire, avant la réalisation de son premier film, Sauve qui peut, 1965.

    En une vingtaine de films, John Boorman, rompant avec la tradition de l’école anglaise du documentaire, explore tous les genres cinématographiques, les redéfinissant continuellement. Ses films sont imprégnés d’imaginaire, de rêves, de fantastique, sous-tendus par les mythes, de l’aventure, un sens aigu de la nature et une recherche esthétique.

    Visitez l’œuvre de John Boorman, explorateur des genres cinématographiques, en libre plongée à la Cinémathèque française jusqu’au 25 juin 2017.

     

    Sabine Vaillant

     

    (*) Ressortie en salles de Point Blank, par Park Circus, en version numérique restaurée, à partir du 7 juin 2017

    (**)Hélène Lacolomberie, chargée de production web à la Cinémathèque française.

  • Faith (Part II)

    Faith (Part II)

    Ecrit par Ricker Winsor, le 10 juin 2017, dans La une - Ecrits

    A consideration of these things depends on an understanding, a knowledge or belief that there is life beyond this life, that there is continuity even if we don’t know the details. A poet friend of mine, David Kherdian, said : « The evidence is everywhere », which it is for the believers.

    Paul, who was formally Saul, a hunter of the followers of Jesus, put it this way in his letter to the Romans, « …ever since the creation of the world, the invisible existence of God and his everlasting power have been clearly seen by the mind’s understanding of created things ».

    In these current days, it should be easier to see than ever before since our understanding of the magnitude of the universe has expanded exponentially in the last few years and it keeps expanding, becoming more complex, vaster beyond the mind’s capacity to grasp, adding other dimensions, throwing into doubt everything we know of time, cause and effect, logic. Even the fundamental accepted notion of a « big-bang » is under reconsideration, a new idea being that there never was a beginning and there never will be an end. It is in sync with a prayer in the Catholic Liturgy : « Glory be to the father, to the son, and to the holy spirit. As it was in the beginning, is now and ever shall be, world without end, Amen ». « Now and ever shall be, world without end ».

    Instinctively, to me that seems right that we manifest for reasons we cannot know ; we play our part and move on when it is time to do so. The eastern view is that we keep coming back to this life until we « get it right » have come to completion. Then we don’t have to incarnate any more, at least not here.

    Most spiritual thinkers I have studied consider our inchoate longings, our alienation, just a desire to return to unity with LOGOS, the assumption being that, at some point, we knew that state and miss it deeply. We were in the garden of delight and then out of it, a perfect metaphor for how we feel. The farther we are from « the garden » the more painful it is.

    Perhaps « playing our part » well in life allows us to « move on » to a situation that gets us closer to that ultimate completion we seek. This is a satisfying way to think and suggests logical assumptions about the fates of saints and criminals beyond this life.

    Spiritual progress does not depend on faith. In more than one place in the Bible it is stated that « if someone does his best according to whatever understanding he has, he is justified ». And that also makes sense. I have known many people, including atheists and agnostics, who did very well in spiritual terms according to their understanding. Faith is pleasure, like icing on the cake, a comfort but not a necessity to living a great and generous life.

    Louise Wade was black and from South Carolina. Her grandmother was a slave. Louise ironed shirts and underwear and pants for rich white people in the town where I was raised. Her son had died, been killed somehow back in the South. All her hair had fallen out. That is all we knew. She only wanted to iron down in the basement by the washing machine and the furnace, an unfinished basement. She would never enter through the front door of the house. She sang hymns softly while she did her perfect work.

  • Un état supérieur de conscience (suite et fin)

    Un état supérieur de conscience (suite et fin)

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 10 juin 2017, dans La une - Ecrits

    La Foi

    Etudier toutes ces choses suppose que l’on comprenne, que l’on sache ou que l’on croit qu’il existe une vie au-delà de cette vie, un continuum dont nous ignorons les détails. Un ami poète, David Kherdian, dit : « partout il y en a la preuve ». Ainsi en est-il pour les croyants.

    Paul, autrefois Saül, qui pourchassait les disciples de Jésus, le formule de la manière suivante dans son épitre aux Romains : « depuis la création du monde, l’invisible existence de Dieu et son pouvoir éternel ont été perçus par tout esprit qui comprend les choses créées ».

    De nos jours, comme jamais encore par le passé, il serait plus facile de le percevoir, car nous avons compris, au cours des dernières années, l’immensité exponentielle de l’expansion de l’univers, une expansion continue, qui se complexifie et dépasse les capacités intellectives de l’esprit, multipliant les autres dimensions, mettant en question tout ce que nous savons sur le temps, les causes et les effets, la logique. Même la notion – qui fait consensus – de « big-bang » est remise en cause ; la nouvelle idée étant qu’il n’y a jamais eu de commencement et qu’il n’y aura jamais de fin. A l’unisson d’une prière de la liturgie catholique « Gloire au père et au Fils et au Saint Esprit. Comme il était au commencement, il est maintenant et sera toujours, un monde sans fin ». « Comme il est maintenant et sera toujours, un monde sans fin ».

    D’instinct, il me paraît normal que nous venions au monde pour des raisons dont nous ne savons rien : nous jouons notre rôle et nous partons quand il est temps de partir. La conception orientale, au contraire, est que nous ne cessons de revenir jusqu’à ce qu’enfin nous ayons fini par faire ce qu’il est juste de faire.

    La plupart des auteurs spirituels que j’ai étudiés considèrent nos aspirations initiales et notre aliénation actuelle comme le désir de retourner à l’unité, à l’union avec le LOGOS, partant ainsi du principe qu’à un certain moment dans le passé, nous connaissions cet état et que celui-ci nous manque profondément. Nous étions dans le jardin des délices, puis nous l’avons quitté ; une parfaite métaphore de la manière dont nous ressentons les choses : plus nous nous éloignons du jardin, plus nous sommes dans la douleur.

    Peut-être bien que « jouer correctement notre rôle dans cette vie » nous permet de nous diriger vers un état se rapprochant de l’accomplissement final que nous recherchons et il est satisfaisant intellectuellement, en se fondant sur des hypothèses logiques, d’imaginer ce qu’est le sort des saints et des criminels dans l’au-delà.

    Le progrès spirituel ne dépend pas de la foi. Plus d’une fois dans la Bible, il est écrit que « si quelqu’un fait de son mieux en fonction des facultés qu’il possède, il sera justifié ». Et cela aussi se conçoit. J’ai connu bien des gens, y compris des athées et des agnostiques, qui, en termes spirituels, agissaient parfaitement en fonction de leurs moyens. La foi, c’est du plaisir, comme le glaçage sur un gâteau : un confort, mais, en aucun cas, la nécessité de vivre une vie grande et généreuse.

    Louise Wade était une noire de Caroline du Sud. Sa grand-mère était une esclave. Louise repassait les chemises, les sous-vêtements et les pantalons des riches de la vile où elle avait grandi. Son fils était mort, tué d’une manière ou d’une autre, dans le sud profond. Tous ses cheveux étaient tombés. C’est tout ce que nous savions. Tout ce qu’elle voulait, c’était repasser, en bas, dans la cave, à côté de la machine à laver et du fourneau, une cave bien mal équipée. Elle ne pénétrait jamais par la porte de devant. Tout en accomplissant parfaitement son travail, elle chantait des hymnes d’une voix douce.

  • Entretien avec Fethi Sassi, poète

    Entretien avec Fethi Sassi, poète

    Ecrit par Jean-François Joubert, le 10 juin 2017, dans La une - Littérature

    Je considère personnellement que tous les poètes, depuis la longue histoire de l’humanité sur terre, éparpillés dans les lieux et les histoires, n’ont jamais cessé de s’unir, juste pour écrire ensemble un seul poème qui est évidement le poème qui traduit par un message vers l’humanité, malgré les langues qui sont diverses. Cependant cette écriture n’a jamais cessé d’évoluer dans tous les sens et les buts pour essayer d’octroyer l’humain en nous, en découvrant la différence qui sera acceptée. C’est pour cela que les poètes n’appartiennent pas à l’histoire ni à la géographie mais plus loin que ça ; à une éternité et à l’univers. Tous ce qui s’écrit sur le blanc n’est en fait que l’inspiration d’un ange ou d’un démon pour convertir dans un sens le rôle de ces prophètes acharnés vers le poème exclusivement. Et voilà nous les poètes du monde.

     

    Quelles sont vos origines dans ce vaste lieu qu’est notre petite Terre ?

     

    Je suis né dans un vieux quartier de la ville arabe de Sousse (Bled Elaarbi), un nom qui creuse ma mémoire depuis les nuits les plus lointaines ; sur cette petite terre et dans ce vaste univers perdu entre les enfants de Bab Djedid, entre les grands temples carthaginois et phéniciens, ce milieu m’a appris comment s’unifier avec le temps et le lieu pour être une créature qui porte l’odeur de l’histoire, là-bas j’ai dessiné sur les murs les mots qui m’ont étranglé pour déchiffrer le secret de mon existence.

     

    Votre édition est en trois langues, quels sont les retours sur ce fait ?

     

    Pour écrire il faut toujours essayer et sans cesse d’être différent et entamer l’exception dans tous les sens pour en fait chercher et sélectionner entre ces bons milliers d’écriture dans le monde entier. Avec cette démarche, choisir des traducteurs sera le souci primordial pour garnir ce monde d’écriture et créer une multitude de langues dans le texte pour qu’il soit lu avec amour.

     

    Vos textes sont de format libre et court, la chute surprenante est-ce votre marque de fabrique ?

     

    Pas forcément, je suis bien intéressé à écrire le poème de vers, et en parallèle je travaille souvent sur le court poème qui cherche une place dans la littérature arabe. Mais en remarque, dans cette écriture, une distribution visuelle qui tombe avec la modalité de lecture vu que ce genre de poème est destiné à être lu plus qu’à être entendu, comme s’il s’agissait d’une chute mais plus que ça évidement.

     

    Cherchez-vous un écho en pays francophone ? La France aime la poésie, avez-vous un éditeur Français ?

  • Éditorial - Le fou du monde

    Éditorial - Le fou du monde

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 03 juin 2017, dans Monde - La une - Environnement - Actualité - Politique

    Plus aucun autre titre n’est à présent possible ; la prochaine fois qu’on le verra à l’œuvre, ce Donald qui ne fait plus rire, ce sera peut-être derrière des missiles face à la Corée…

    Reprenant ses postures – le menton, avez-vous vu le menton ! – de sa campagne électorale qui l’a hissé sur le bureau ovale (sur, plutôt que au), le bonhomme-monsieur-le-président-des États Unis-hélas-hélas, a, au cœur de la nuit, décidé avec le fracas qui sied à la manœuvre de retirer son pays des accords de Paris sur le réchauffement climatique, qu’en son temps avait évidemment signé son prédécesseur, Barack Obama. La COP 21, pas moins ; les grands outils du monde, la marche du monde, quoi ! Simple et minable « chiffon de papier » que la chose, dit-il – d’autres et non des moindres ont fait en leur temps dans l’exercice – vision personnelle et des plus inquiétantes au poste où il est de la notion d’engagement, de responsabilité, de ce « ne pas tenir compte des autres et du reste du monde » qui finit par définir Trump. Certes, et si l’on prend l’affaire par ce bout un peu court, cela avait été martelé durant sa tonitruante campagne : le réchauffement climatique n’était-il pas un complot ourdi par l’ennemi chinois pour couler la puissance américaine, et cela avait voisiné dans l’extase des adeptes, avec le mur protégeant du Mexique honni, les musulmans rejetés des aéroports, et sans doute bien d’autres pépites qu’en ce temps, les opinions, dont nous, traitions d’un haussement d’épaules qu’on peut à présent trouver bien léger.

    Car la bête, une fois élue – mal, mais qu’importe – une fois lâchée, on a vu : le gouvernement des tweets, les signatures du gamin content de son stylo, le mépris dictatorialisant des « autres », le Congrès, la Cour suprême, les médias – ennemi obsessionnel déclaré – et, dirons-nous, le « reste des pas d’accord ». Foin de tout ça. On l’a dit partout, fallait pas élire – pour de vrai – un péquin comme Trump. Maintenant, faut gérer et digérer la pilule. Alors, ce « je veux agir pour Pittsburgh et non pour Paris… je n’ai pas été élu par Paris » (de mémoire), la bonne blague ! Pas innovante, puisque isolationniste à gros traits, cela a été l’Amérique si souvent, plus souvent d’ailleurs dans les intentions et menaces que dans les faits. Faisons confiance à Trump pour s’essayer, en vrai, à la démarche… et n’oublions dorénavant plus : c’est un gars qui veut voir comment ça fait, le « en vrai »…

    Le « rest » du monde, secoué de la nouvelle toquade du monstre, s’ébroue ce matin – mais comment mener les objectifs de Paris sans Washington – pas une paille ! Et les mots de circuler en boucle : dévalorisation, dévalidation… Notre nouveau ministre en charge du secteur, Nicolas Hulot, relayait aux matines l’optimisme forcené qui se veut être la carte de visite de notre nouveau gouvernement, en soulignant une évidence, en montrant l’ouverture, de fait la faille du Donald ; un reste du monde se dressant uni, face à Trump, et une Europe vent debout qui reprend – enfin – du service à la proue des Droits de l’homme (l’environnement vivable en est un des premiers) et de garantie offerte aux plus fragiles, tous les Sud pauvres et parmi eux les réfugiés climatiques qui n’en peuvent mais. Donc, et le nez sur l’effet de souffle du beuglement américain (pardon ! Trumpien), ce choc de billard n’a pas forcément acté l’échec de la partie des « autres », ce mot détesté, presque recraché par le président américain. Or, se situer face, avec, et dans l’altérité n’est-il pas – au jugé de la psychiatrie – un signal de plus ou moins bon fonctionnement humain… et de vous renvoyer à l’abondante et assez pertinente littérature, qui, depuis les débuts fracassants et pas mal fracturés de l’élu américain, foisonne…

    Au final, ce qui pourrait être le plus remarquable, mais effarant, dangereux, dans ce recul, refus, entrée en je ne sais quel autisme, de l’homme fort de Washington, acculé à endosser à nouveau les habits du candidat, faute d’avoir su prendre ceux du président, ce sont les incapacités, les positionnements et même les postures : décidément, discuter, négocier, écouter, se mettre autour de la table avec d’autres, tout ça est terre étrangère pour Trump, et il y a du souci à se faire, car comment marche le monde, sans ça ??

  • La vertu a encore frappé…

    La vertu a encore frappé…

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 03 juin 2017, dans France - La une - Politique - Actualité

    Pour reprendre une formule célèbre, je ne suis pas, je n’ai jamais été et ne serai jamais « macronien », « macroniste » ou « macro-quelque chose » ; comme, d’ailleurs, je n’ai jamais été filloniste. Mais voilà encore que l’infinie médiocrité des rances affaires d’argent diffuse derechef sa pestilence dans la presse et dans les esprits, ravalant ceux qui ont la morbidité de s’y intéresser à la bassesse même de ce piteux sujet.

    Médiocre l’affaire Ferrand, comme médiocre était l’affaire Penelope Fillon et pareillement médiocres, les éboueurs journalistiques qui font leur miel malodorant des poubelles où ils émargent. Médiocre donc grotesque, donc objet d’un légitime mépris.

    Par contre, ce qui est digne d’intérêt ou, au minimum, d’examen – par opposition à ce qui en est indigne – ce sont ces rengaines moralisatrices, ce néo puritanisme, ces casseroles carillonnées Place de la République, comme autant de mantras de la défunte Nuit Debout. En un mot, le grand retour de la vertu. Ce mot vieilli, obsolète, dix-huitièmiste que tout le monde – ou presque – a à la bouche…

    Qu’on en juge : éditorial du Monde du 31 mai : « Quand on professe la vertu, mieux vaut être exemplaire et ne laisser place à aucun soupçon de dissimulation ou de tartufferie ». Tartufferie, mot bien choisi, nous y reviendrons. Et Frédéric Monnier, professeur à l’université d’Avignon, dans le même journal, d’en remettre une louche : « La vertu civique reste fichée au cours de la campagne des législatives ». Ouf ! Au moins il nous aura épargné l’horrible adjectivation du substantif citoyen – une vertu citoyenne, sic ! – (« civique » n’est-ce pas, ça fait trop chic, trop latiniste). Mais le plus beau – si j’ose ainsi m’exprimer par antiphrase – reste la somme rédigée par Jean-Luc Mélenchon, au début de cette année, De la vertu. Son introduction constitue tout un programme : « Tandis que notre morale organise notre comportement individuel, la vertu doit régler ce que nous faisons en société. La vertu c’est une méthode d’action à usage individuel dans la vie politique. Ce livre propose de la faire vivre ».

    Les mânes de Robespierre et de Saint-Just doivent jubiler dans leurs tombes.

    Seulement voilà ! A politiques vertueux devrait correspondre un peuple vertueux. Or il ne l’est pas. Montant des évasions fiscales : 60 à 80 milliards d’euros ; montant des « niches fiscales », c’est-à-dire de la fraude légale : 74,1 milliards en 2017. Sans parler, bien sûr, du « placement préféré des Français » : les assurances-vie exonérées de droits de succession, licence accordée par un premier ministre de gauche, Pierre Bérégovoy.

    Alors le dégoût – vertueux ! – des sondés à l’endroit de leurs hommes politiques (77% estiment qu’ils sont malhonnêtes en 2016, contre seulement 38% en 1977) ne peut que faire sourire : un haut-le-cœur de tartuffes face à la tartufferie… des autres !

    Charité bien ordonnée commence par soi-même…

  • A Higher state

    A Higher state

    Ecrit par Ricker Winsor, le 03 juin 2017, dans La une - Ecrits

    In nineteen sixty-eight I was part of a Hindu meditation group that included Alan Ginsberg. Earlier, Jack Kerouac and others had brought an awareness of Buddhism into popular culture. A flood of influence was coming from the east. At the core of it was the idea of bliss, that it was achievable through practice, dedication, and discipline.

    In our monthly meditation group in lower Manhattan we repeated the mantra « Ram » silently and sat in meditation. Swami Kumar, a philosophy student from India, told us about the goal of « realization ». At one point, he asked our group of about twenty-five aspirants, « Who among you believes he will be realized in this lifetime ? » I was the only one who raised a hand, naively maybe but still… Kumar looked shaken and asked me to explain my answer. I backed off and mumbled something about « to the extent that I can » or some such thing, which made him relax a bit. But truthfully, I raised my hand in sincerity, the hand of an idealist, someone who has slipped the grasp of this world to an unusual degree.

    This is not to suggest that I, at age twenty-four, felt perfect in any way ; quite the contrary. I felt lost, struggling, confused, not sure of myself, and mal adapted to the adult world I was suppose to be joining. And yet I was aware of something untouchable by the world and a sense that no matter how bad things got in this life it was still ok. How to explain that ? Where did that come from ? I expect it is something all people have in common but mostly without being aware of it. Speculating about that makes no sense. It is hard enough to know our own truth. My interest has always been in my own experience, my perceptions, my reactions to the world. It sounds selfish, but for me it is all I have.

    There was nothing egoist in my gesture at that meeting, just a reaction, but one that now seems particularly interesting after forty-eight intervening years, years which have included the practices referred to above, to study, to time spent in monasteries, to conversations with priests and poets, a lifetime of years.

    The pitfall of this topic is self glorification. I know a man, a pastor, self-appointed, an ex alcoholic who was saved by Jesus and has dedicated his life to spreading the gospel. He runs workshops and evangelizes all around Southeast Asia. He is intense, intelligent, and knows the Bible very well. At a gathering recently, we ran into each other and I mentioned that I had taken on reading every word of the Bible, something that seemed important to do for many reasons. If nothing else, the Bible qualifies as an essential part of a classical education in the same way that knowing Homer does.

    I mentioned to him that I felt there was a benefit beyond knowledge to this activity I had taken on, that there was a mystical type of support coming from the activity itself, something I felt. He laughed and said, eyes gleaming, « Thanks for telling me, Ha Ha Ha », the idea being that I couldn’t tell him anything he didn’t already know and better than I did. He went on to say, in so many words, « When, like me, you can see it all from the other side, then you will know something ». He followed up with, « I don’t mean to say I am better than you or other people », but it was too late. The ego had already reared its head. Spiritual superiority is insidious and ugly.

    So, what is this really all about ? I long had the suspicion that « realized » people were among us and not necessarily sitting on pillows surrounded by tambura music, incense, and « followers ». They would be barbers, maids working in houses of rich people, teachers, farmers, anybody. And it is not clear that they would even consider themselves « realized ». The only thing the Buddha said about the state he achieved after huge effort was, « I am awake ». It wasn’t the epileptic ecstasy we think of as a nirvanic state. I use that term because I witnessed epileptic ecstasy.