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  • Elections ? Quelles élections ?

    Elections ? Quelles élections ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 21 mars 2015, dans France - La une - Politique - Actualité

    Phrase d’un simple « sans culotte » en 1793, lors de la réunion de sa section populaire : « On entre dans un lieu où il faut penser en homme et se conduire en républicain… ».NB : c'était un temps où on cherchait à donner du sens au mot  « politique »

     

    On voterait donc demain ? C’est ce que j’entends – pas fort, c’est vrai. Pour qui, pour quoi ? C’est une autre affaire. Ce qu’on sait, qui bruisse partout, comme insupportable bourdonnement de la mouche en passe de vous saper votre sieste, c’est : 1) – il y aura des élections, et à la fin, c’est le FN qui gagnera ; 2) – la gauche va se prendre la pâtée du siècle (c’est pas déjà fait, ça ? Ce sera pire, on vous dit). Quand on connaît d’avance le résultat du match, seuls quelques égarés – sourds peut–être, décapsulent une bière devant l’écran…

    On est supposé se prononcer demain, et « l’autre », comme disent les minots, pour élire des troupées de gens ayant charge des départements, pour quelques années quand même. Cantonales ? Pas tout à fait ; Départementales – nouveau nom ; probablement, enfin certainement. Élire ; soit, dit le péquin de base en posant sa casquette, oui, mais – dirait en sciences de l’Educ notre bon Meyrieux – comment ? Puis, comment ça marche ? Et – semble presque s’excuser l’impétrant-citoyen – en vue de quoi ?

    Que de quoi !! s’énervent les législateurs ! Pourtant, simple – peu ou pas expliqué, vrai ; confusions à tous les étages ; encore vrai – mais faut-il avoir réussi le grand oral de la chère ENA pour saisir que nous élisons (tous et toutes, d’un coup ! attention pas de zones de paresse cette fois) nos conseillers généraux, en voie de changer de noms, devant siéger dans des conseils généraux dont l’existence à venir est – disons, pour faire simple – aléatoire, afin qu’ils gèrent nos départements sur siège éjectable (insistait encore, il y a peu, notre Manuel national : « les départements ont vocation à disparaître »…).

    Bon, cours de yoga : respirons un bon coup.

    Programmes de ces étranges terres qui ont du coup beaucoup à voir avec les sables mouvants ? Du flou ça et là ; forcément. Quid par exemple des « compétences » des départements ? Collèges ? (cela a varié entre maintien et passage à la région), cantines ? Routes, mais lesquelles ? On vous affirme qu’on « y travaille » dans le cadre de la réforme des compétences des territoires, en plein chantier – mais – on s’en frotte les yeux – ne vote-t-on pas demain ? Pstt ! Yoga ! respirons. Mais, retour au pays des sables mouvants du Mont Saint Michel, quand on pèse la motivation d’un électeur déjà rare en bureau de vote ! On entend les dégâts de Marseille à Lille ! A-t-on dans les hautes sphères pensantes qui conseillent nos gouvernants pesé l’équilibre bénéfice-risque, autrement qu’au retour d’une énorme beuverie ?? « bon sang, mais c’est bien sûr ! », et Bourrel d’enlever sa pipe : le Front National en haut de l’affiche ! Croyez-vous ?

    Vous me direz, pour autant, on a les binômes… La duplette 1 homme/1 femme ; changez de cavalier(ère). Nous élisons non, un, ou une, mais un et une ; et ceci, en scrutin binominal à deux tours (une  rareté dans le monde) ; yes, madame ; ça peut au moins faire frétiller le croupion nationaliste des dames frontistes ! On en a ri – c’est déjà ça – en compulsant justement les listes du Front National, ayant dû (pôvres !) aller pécher des crevettes quasi centenaires, qui – elles l’assurent – n’ont pas compris ce qu’elles ont signé. Mais, à part ça (je m’en ouvrais sur un ton excédé, ce tantôt, avec une proche amie savante en tout), cette façon de poser la femelle – automatiquement – en bordure de son bonhomme politique a de quoi agacer. Comme un parfum de Moyen-Âge, type : a-t-elle vraiment le même cerveau ? Or, il semblerait que ma façon d’envisager l’attelage manquait, m’expliqua l’amie, de profondeur de vue ; fallait y voir une manière de passer en force, pour, une fois dans la place, investir (et savoir le faire) le vrai pouvoir… autant dire des Ulyssettes, vengeant les antiques Juppéettes. Vu comme ça, n’est-ce pas la seule ou pas loin bonne nouvelle de ces élections ? Allez, je change le titre : « quelles élections ? celles de la prise de pouvoir des femmes »… en avant les binômes, et chaussons nos lunettes de restes de suffragettes ; c’est qu’il ne faut pas se gourer, ici, à Montpellier, entre les listes de Gauche rivales et démultipliées. Encore un petit coup de pouce, du reste, à la vilaine bébête qui monte ou à cette abstention – ici 55 à 60% s’annoncent, de tous ceux, mécontents, ou n’y comprenant goutte, qui iront au Petit Travers entamer la bronzette.

    La vraie question, au bout, en regardant cet « évènement-élections » type-cherchez l'erreur, ou bien débusquez l'intrus, serait sans doute : pourquoi avoir laissé ces dates-là, et ne pas avoir repoussé ces urnes de printemps à l'hiver, avec les Régionales ? Histoire d'en avoir fini avec le chantier réforme des territoires et d'ouvrir la porte sur un vrai programme. Certes, comme on dit dans les vieux grimoires, c'eût été alléchant ; las, notre démocratie et nos institutions ne permettent pas – et c'est heureux – de toucher aux structures, comme de simples Lego. Or, la date des élections est une structure, en habits de conjoncture.

    Mais, quoi ! La démocratie, faut souffrir quelquefois ! «  Pour que ma voix porte, je vote ! » affiche ma chère Gazette, cette semaine. Et nos doigts de citoyens un brin,  fatigués, de se croiser... 

  • L’œil de Claude : de l'éclipse à la mort de la Calypso

    L’œil de Claude : de l'éclipse à la mort de la Calypso

    le 21 mars 2015, dans La une - Actualité

    « Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage », disait Lao Tseu… A force de nous mener en bateau, nos politiques, à bâbord surtout, risquent de faire naufrage aux prochaines élections départementales, où de grosses vagues bleu marine sont attendues… Une sorte de « marée du siècle », revue et corrigée !

     

    Dans les cieux, la Lune a fait de l’ombre au Soleil… Finalement, tout est rentré dans l’ordre… A présent, place au printemps, synonyme de « plein soleil », de renouveau !

     

    Cousteau, Calypso, Concarneau… En trois mots, voici résumée l’odyssée du navire océanographique du « Pacha » au bonnet rouge, accessoire vestimentaire devenu, il y a peu, le symbole d’une Bretagne tempétueuse. Cela va faire huit ans maintenant que la Calypso, abandonnée de tous, croupit dans un hangar, à Concarneau, dans le Finistère, autrement dit, là où finit la terre… Condamnée à l’oubli, elle ne reprendra sans doute plus jamais la mer !

    Quelle triste fin pour cet ancien dragueur de mines qui, des décennies durant, a emmené équipage et téléspectateurs sur et sous les océans du monde entier et sera finalement vendu aux enchères, comme une vulgaire pièce de collection ! Souvenez-vous, Calypso, la nymphe, était parvenue à garder Ulysse auprès d’elle pendant sept longues années, sur les dix qu’avait duré son voyage de Troie à Ithaque !

    Une histoire de gros sous, à l’origine de cette décision, nous vole une fois de plus une part importante de notre patrimoine affectif. Le bateau amiral transformé en « vaisseau fantôme » rejoindra certainement Le Monde du silence, film réalisé en 1956 par le Commandant Cousteau et Louis Malle, et Palme d’or au Festival de Cannes !

  • Si vous le dites Amnistie = amnésie ?

    Si vous le dites Amnistie = amnésie ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 21 mars 2015, dans La une - Linguistique

    Peut-on pardonner sans oublier ?

    Je me souviens d’un ami prêtre orthodoxe, du temps où j’étais moi-même diacre, qui remâchait sa rancœur à l’encontre du recteur de la paroisse, tout en faisant montre d’une très chrétienne magnanimité : « je pardonne, disait-il, mais je n’oublie pas ! ».

    Ceci est une antinomie : la mémoire (mnesis en grec) est incompatible avec le pardon. L’a-mnistie est ainsi définie par le droit pénal public : « l’acte qui dispose que des fautes passées devront être oubliées, et qui interdit à quiconque de les rechercher ou de les évoquer sous peine de sanctions ». Pour a-mnistier, il faut d’abord être a-mnésique, ne pas se souvenir !

    L’Église orthodoxe, dans sa grande sagesse, l’inscrit dans sa formule d’absolution. Le prêtre, s’adressant à Dieu, le prie comme suit : oublie, pardonne et remets les péchés de ton serviteur… ». Sans oubli, pas de pardon. L’oubli efface : ce qui a été n’est plus, n’a en fait jamais été. Ce qui liait la victime à l’acte qui lui a porté préjudice et entretenait ainsi son ressentiment est délié, dissous (ab-solvere = dis-solvere !).

    Mais absoudre n’est pas donné à tout le monde… Un privilège divin ?

  • Reflets des arts : Le sort du monde

    Reflets des arts : Le sort du monde

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 21 mars 2015, dans La une - Musique

    Daniil Trifonov vient de fêter ses vingt-quatre ans. C’est déjà un pianiste chevronné. Il a remporté de nombreux prix dont le 1er prix du concours Tchaïkovski de Moscou où il a fait ses études ainsi qu’au Cleveland Institute of Music. Il parle couramment l’anglais et le russe. Il compose à ses heures perdues. Il est acclamé dans le monde entier. Martha Argerich dit de lui : « Il possède tout et plus encore. Ce qu’il fait avec ses mains est techniquement incroyable. Je n’ai jamais entendu quelque chose de semblable ». Et si c’est la grande Martha Argerich qui le dit, vous pouvez le croire. D’ailleurs vous pouvez vérifier vous-même sur You Tube. Par exemple, pour commencer, dans le troisième concerto de Rachmaninov. Mais attention, âmes sensibles prudence ! Pour certains c’est insupportable. Au début, on devine à peine ses grimaces sous sa grosse boule de cheveux qui lui cache la moitié du visage. Une belle tête ovale de garçon sage. On l’oublie pour ne regarder que ses belles mains blanches qui ont l’air de se bruler les doigts sur un clavier chauffé à blanc. Mais au bout de quelques mesures, ça devient plus inquiétant. Il commence à sauter sur son tabouret, à se coucher sur le piano, le dos cassé, les épaules voutées. Dans la cadence du premier mouvement on croit que sa perruque va s’envoler ; il fronce le nez, il mange ses lèvres, il roule des yeux furieux et, deux notes plus loin, il distille un sourire angélique. On ne sait pas bien s’il souffre le martyre ou s’il est au bord de l’orgasme. On voudrait fermer les yeux pour n’entendre que la musique qui sort de ce garçon fou. Musique simplement sublime. Mais on ne peut pas le quitter des yeux. On reste fasciné devant ce grand adolescent pâle qui commence à transpirer méchamment. Une goutte perle au bout de son nez. Bientôt ce sera un déluge. Ses beaux cheveux seront trempés, son visage aura passé par tous les rictus depuis la souffrance la plus intolérable jusqu’à l’extase béate avec le répit de quelques instants de pure sérénité. Rachmaninov avait-il vraiment mis dans sa partition une telle palette d’émotions, de sensations, de douleurs et de bonheurs ? Certainement ! Mais avait-il jamais rêvé qu’un de ses jeunes compatriotes pourrait les vivre aussi intensément ? Ça j’en doute. Lors de cet enregistrement, Trifonov avait vingt ans. Au même âge (toujours You Tube) il joue la trente-deuxième sonate de Beethoven. Plus exactement, il la vit, de tout son être, avec une énergie et une délicatesse indescriptibles. Et toujours sur son visage bouleversé et bouleversant de vérité, cette alternance de rictus hideux et de mines séraphiques, des moues d’enfant et des émerveillements de mystique, des regards hallucinés qui ressuscitent Beethoven lui-même filmé en train d’improviser. Qu’un garçon de vingt ans puisse avoir cette sensibilité en plus de sa technique phénoménale et de sa maturité artistique, moi ça me fait littéralement pleurer de bonheur. Oui, ce type me fait réellement pleurer de joie. Pas tant parce que c’est évidemment un génie du piano comme il n’y en a que quelques uns par siècle, mais parce que seul sur scène ou au milieu de l’orchestre, pour un public en apnée, pour l’humanité entière, il donne tout, sa force, sa jeunesse, il offre sa vie, son âme, sans retenue, sans pudeur comme si le sort du monde en dépendait. Puisse le sort du monde ne dépendre que de jeunes gens aussi vrais que Daniil Trifonov !

  • Thoreau, Journal, Sélection de Michel Granger

    Thoreau, Journal, Sélection de Michel Granger

    Ecrit par Didier Bazy, le 21 mars 2015, dans La une - Littérature

    Un autre Thoreau. Thoreau intime. Thoreau extime. Il était grand temps de sortir le Journal de Thoreau de sa « quasi-obscurité ». Michel Granger a tranché dans les 7000 pages du journal de Thoreau. Avant de choisir, il faut arpenter le champ de l’écriture d’une vie, le travail d’une vie. Saluons la ténacité, la patience, la passion raisonnée et la science de l’homme du choix. Ici, c’est un travail de jardinier respectueux des règles mêmes de la nature de son objet monumental. Qui lirait un journal de 7000 pages s’étalant sur près de 25 ans ?

    Thoreau (1817-1862) est mort « jeune » (au regard de notre époque et de nos lieux). C’est dire le temps pris sur une vie pour l’écriture. Il prenait du temps pour marcher, pour contempler et pour « gagner sa vie honnêtement ». Une telle quantité de pages recèle inévitablement de la qualité. De quoi s’agit-il ?

    Walden a rendu Thoreau célèbre. Les grands livres jettent de l’ombre sur l’autre partie de l’œuvre, de l’œuvre en train de se faire, au jour le jour, et Thoreau vivait et pensait dans l’instant éternel et l’éternité de l’instant. Si on rappelle l’évidence que chacun vit aussi dans son époque, alors l’éclair surgit. L’époque de Thoreau est l’essor du machinisme et le début de son envahissement. Et Thoreau a payé le prix de l’expression de sa résistance à cette idéologie. De plus, le gouvernement civil qu’il a affronté et subi a induit une censure extérieure qui produit des censures intérieures quand il s’agit de faire une conférence publique ou d’éditer un ouvrage. Et Thoreau fut obligé, on le sait, de camoufler ses pensées profondes, avec mille subtilités et art de la dissimulation. A quoi bon (se) mentir quand on dialogue avec soi-même ? Dans ce journal intime, on trouve un Thoreau libéré du dehors : le message se passe de camouflage. Plus intensément authentique, plus singulièrement sincère, au plus près de Thoreau. Quel est le résultat de cette sélection perlière ?

    1841 : Un livre vraiment bon s’attire très peu de faveur.

    1851 : La civilité et les bonnes dispositions gâchent la plupart des hommes.

    1854 : Nous devrions nous demander chaque semaine : notre vie est-elle assez innocente ? Traitons-nous de manière inhumaine l’homme ou l’animal, en pensée ou en acte ? Pour être sereins et réussir, nous ne devons faire qu’un avec l’univers. La moindre blessure inutile consciemment infligée à n’importe quelle créature équivaut à un suicide. Quelle paix – ou quelle vie – doit être celle du meurtrier ?

  • Marie était jeune, juive et croyante

    Marie était jeune, juive et croyante

    Ecrit par Luce Caggini, le 21 mars 2015, dans La une - Ecrits

    Un sms ailé brodé d’or, un battement d’ailes, trois géographes re­traités un peu désorien­tés en branle avec deux doigts sur leur pen­dentif en rubis engendrèrent chez l’exaltée une montagne de rêves ensevelis depuis trois mille ans dans les ordres des moniales de Jordanie. Mais il lui faudra encore attendre qu’un arabe en plein désert se singularise pour amorcer un réel dialogue avant de lever le voile sur la partie paradoxale de son rêve.

    Quel qu’en fut le prix, Ana, comme une autiste obscène s’expo­sait jambes écartées à un être lointain dans une langue étrangère, sur un lit à colonnes sublime ouvert à une cour d’admirateurs de femmes avides, d’acteurs médiocres, d’auteurs encore plus mé­diocres, mais femme elle détenait cette force créatrice qui faisait d’une pas­sante de la nuit une amante apaisée.

    Avec un vent léger chaud caressant, une petite felouque de quatre sous peut être en­couragée à déployer ses voiles pour que la vie ne soit pas seulement un mirage mais un point d’attache en terre ferme.

    – Souvenez-vous, mon rabbin d’occa­sion, comment nous avons buté l’un sur l’autre. J’avais profité d’un journal partant je ne sais où et je jetais une bouteille d’eau pré­cieuse dans un océan avec la folle certi­tude que je me liais à tous ceux qui auraient la patience et la gentillesse de me lire. Je n’avais pas attaqué dur. Vous m’avez saisie et comme ces petites lumières qui brillent une fois, pour une personne, vous m’avez fait exister.

    – Ma chère Ana, nommer un chant d’amour c’est aussi nommer D.ieu, donc je me maudis de ne pas être le juste partenaire de tes nuits car rien de plus néfaste que la petite étincelle qui magnifie la fameuse pa­racha qui me dit de me garder d’un violent poison des mots, du corps mordu par la vie des sens. Donc ne va pas imagi­ner, ma chère, que désir et amour sont dans le même lit.

    Il faudrait un Himalaya d’ablu­tions et de génu­flexions pour pardonner ces accents, ces ambi­guïtés bien ordonnées, tout ce bastringue de philosophe à la noix pour se laisser bai­ser sans penser : il se la joue avec un compas dans l’œil droit.

    Plus qu’un pincement serré, c’était une lapidation, une charge d’as­pics, un désenchantement dévastateur qui la ra­mena au sec dans un plumard dévasté parce qu’il fallait bien appeler honte de s’être laissée aller à un tel degré d’intimité avec par-des­sus le marché l’optique d’avoir été agitée comme un hochet.

  • Monsieur noir,

    Monsieur noir,

    Ecrit par Khalid EL Morabethi, le 21 mars 2015, dans La une - Ecrits

    Monsieur noir,

    Ouvre la porte, monte l’escalier, passe dans un couloir,

    C’est un homme,

    C’est un loup,

    Les contours de son visage se découpent de l’ombre,

    Et enfin il entre dans la chambre,

    D’un absent,

    Innocent !

    Un sens assis et qui colore son sang,

    Un sens conscient de sa maladie,

    Conscient de ce qu’il écrit,

    Un message pour lui-même,

    Un message pour ses poèmes,

    Un message pour sa mort et l’homme qui enterre,

    Un autre petit message pour les vers de terre,

    Et au questionneur sans prénom ni odeur.

    Au questionneur habillé en blanc et qui porte une fleur,

    Sans couleur,

    Sans parfum,

    Sans le mot de la fin,

    Sans sens.

  • Eclats d’humeur alcool, cigarettes

    Eclats d’humeur alcool, cigarettes

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 21 mars 2015, dans La une - Ecrits

    Alcool, cigarettes

     

    Des vanités

    Des faux-fuyants

     

    Des ronds dans l’eau

    Des drôles d’oiseaux

     

    Des peurs cachées

    Des vies désirées

    Des alcôves fardées

    Des petits bouts de rien attachés à un rêve…

     

    Des paysages

    Des aventures

    Des fantaisies sans partition

    Des ouvertures

    Des fermetures

    Des chutes de l’âme ou des vertiges

     

    Des faux caprices

    Des fausses manières

    d’être et de vivre

    en ayant l’air

  • KI-C-KI

    KI-C-KI

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 21 mars 2015, dans La une - Littérature

    Le roman dont il est question ici fait partie d’un des volets d’une saga familiale dont les personnages parcourent toute l’œuvre de l’auteur, une œuvre de la littérature américaine, largement autobiographique, marquée, pourrait-on dire, d’humour et d’énergie, une énergie du désespoir. Et son auteur – figure de la démesure et de la provocation – est un des grands écrivains américains du 20ème siècle. Un génie.

     

    Extraits :

    (…) D’habitude, elle se levait à sept heures, sauf quand elle était à l’hôpital ; une fois, elle était restée au lit jusqu’à neuf heures, ce qui lui avait donné la migraine, mais cet homme qu’elle avait épousé bondissait toujours du lit à cinq heures en hiver, et six en été. Elle savait son tourment dans la blanche prison de l’hiver ; elle savait qu’à son réveil, dans deux heures, il aurait déblayé la neige dans toutes les allées de la cour et environnantes, sur un demi-bloc dans la rue, sous les cordes à linge, dans tout le passage, l’amoncelant en gros tas, la déplaçant, la découpant furieusement de sa pelle plate.

    (…)

    Il n’avait pas allumé le feu dans le poêle de la cuisine. Oh non, il n’allumait jamais le feu dans le poêle de la cuisine. Cette tâche, qui revenait aux femmes, n’était pas digne d’un homme. Cependant, il s’en occupait parfois. Un jour, il les avait emmenés dans les montagnes pour un barbecue ; et personne d’autre que lui n’avait pu s’occuper du feu. Mais un poêle de cuisine ! Il n’était tout de même pas une femme !

    (…)

    Il était de mauvaise humeur, sa conscience le harcelait de questions à propos de l’animal assassiné. Avait-il commis un péché mortel, ou bien le meurtre du poulet était-il seulement un péché véniel ? Allongé par terre dans le salon, la chaleur du poêle ventru brûlait un côté de son corps, et il réfléchissait sombrement aux trois éléments qui, d’après le catéchisme, constituaient un péché mortel. Un, une affaire grave ; deux, la préméditation ; trois, le plein acquiescement de la volonté.

    (…)

  • Le tout bon resto de Wiering Leuven

    Le tout bon resto de Wiering Leuven

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 21 mars 2015, dans La une - Gastronomie

    De Wiering est un bistrot étudiant, pour les étudiants (et aussi pour les touristes), tenu par des étudiants. Les prix sont étonnamment bas. Wiering tire son nom de celui d’îlots (Wieringen) le long de côte frisonne.

    La carte offre un choix immense :

    Stoofpotje « Kriek Lindermans », un pot-au-feu à la bière à la cerise (Kriek) avec carrés de poulet et légumes.

    Hammetje iut de oven met mosterdsaus, un grand classique belge : un jambonneau cuit au four nappé d’une sauce à la moutarde.

    La spécialité de la maison étant le travers de porc (« spare ribs », eh oui ! les Flamands parlent volontiers l’anglais !) servi avec des frites (natuurlijk !) et diverses sauces.

    Desserts sans surprise : Dame blanche (glace vanille inondée de chocolat chaud et surmontée d’une montagne de « slagroom », cette chantilly à la belge, épaisse comme la « Schlagsahne » autrichienne), mousse au chocolat, sabayon à la Kriek…

    Les vins (vins de pays du Languedoc) sont honnêtes sans plus ; préférez les bières, notamment les bières fruitées de la marque Lindermans, aromatisées à la cerise, aux framboises, au cassis (j’ai essayé, c’est délicieux !).

    Smakelijk ! Bon appétit !

     

    De Wiering

    Wieringstraat 2

    3000 Leuven

    Tel : 00 32 16 29 15 45

  • L’agonie est-elle vivable ?

    L’agonie est-elle vivable ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 14 mars 2015, dans La une - Actualité - Société

    Au moment où, à l’assemblée nationale, s’échangent, au sujet du projet de loi sur la « fin de vie », des arguments de droit : droit au respect absolu de la vie, d’un côté, droit non moins absolu à disposer de celle-ci, de l’autre, il n’est pas inutile d’en revenir aux faits, lesquels dépassent largement le problème posé par l’euthanasie dite « active » (l’administration d’une substance létale, par opposition au simple arrêt des traitements, euthanasie dite « passive, déjà prévue par la loi Léonetti d’avril 2005).

    La véritable question se formule ainsi : dans nos sociétés modernes, l’agonie est-elle vivable ? L’agonie, ce compte à rebours vers la mort, qui se déclenche, de manière souvent brutale, dans n’importe quelle pathologie avancée.

    Pour les familles, la réponse est : non ! Impossible de « gérer » cette situation, de supporter les accidents aigus qui surviennent au décours de cette phase : hémorragies, asphyxie, douleurs paroxystiques, convulsions, etc… l’entourage s’affole, ne sait que faire, imagine qu’il y a peut-être (sûrement ?) quelque chose à faire. D’où une occultation de l’agonie, dont la prise en charge est déléguée (reléguée ?) à la médecine. On hospitalise juste pour mourir, sans autre objet que de soulager les proches, de les libérer à la fois d’un fardeau et d’une responsabilité : impossible désormais de mourir chez soi. Mon propre père, médecin et pourtant résolu à finir à son domicile, fut malgré tout emmené par la SAMU, au moment où sa maladie de Parkinson l’empêchait de parler et de s’alimenter. « Vous comprenez, madame, dit doctement l’urgentiste à ma mère, il peut avoir des crises d’étouffement… ».

    Et quid de l’intéressé lui-même, du mourant ? Là les choses se compliquent. Certains supportent ce que d’autres ne supportent pas. L’exigence de ne pas avoir mal est maintenant prise en compte dans les services de soins palliatifs et même par les généralistes en ville, lesquels ne lésinent pas sur la morphine. Mais cela suffit-il ? Une des avancées considérables du projet actuellement discuté est l’arrêt de toute manœuvre invasive visant simplement à la survie et non plus uniquement à la guérison : alimentation, hydratation. Cette dernière, en particulier, suppose la mise en place d’une sonde gastrique : un petit tuyau introduit dans l’orifice nasal et qui descend jusque dans l’estomac. Pratique courante, classée « palliative » et décidée sans l’accord du patient. Vivable ou pas vivable ?

  • Les imaginaires du Front

    Les imaginaires du Front

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 14 mars 2015, dans France - La une - Politique

    Qu’est-ce-qui sonne dans ce goût pour cette chose-là – comme on dirait d’un nouveau « Big Mac », difficilement plus mauvaise bouffe, mais sur lequel tout le monde se jette ?

    Ce Front National qui – le dit tout ce qui compte dans l’univers médiatique, et politique – fera, inéluctablement ! rougir le front de Marianne…  sous peu, achevant ainsi, nous disent les Cassandre, ce lent et profond travail de sape, qu’on aurait dû bien entendre souterrainement depuis un si long chemin.

    Qu’il y ait des raisons, des causes multiples (à hiérarchiser toutefois), comme on dit en Histoire, de nourrir l’escarcelle d’un tel parti ; rien de plus sûr, tant dans la société française, son évolution récente, son Histoire à moyen terme, que dans les contextes européens et internationaux, économiques mais aussi géopolitiques. Cela a été analysé partout et dans de plus hautes sphères que Reflets.

    On me permettra donc d’orienter la lorgnette ailleurs et autrement. Et, en particulier, sur le champ considérable des imaginaires, et des représentations accumulées aux tréfonds du mental de tout un chacun.

    Vous avez comme moi, appris – moi, c’était aux séminaires de l’Institut National de la Recherche Pédagogique – que rien n’arrive en ce monde, et en particulier dans ce qui est connaissances, sur un terrain vierge. On « sait » des choses avant d’apprendre ; et de constater, preuves à l’appui, qu’elles sont fausses, ou seulement à peu près validables. On a accumulé ça dans nos familles, nos lectures, les films ou va savoir encore quoi. On a du mal à faire le deuil des erreurs, de ces « faussetés » ressemblant parfois à des images de fin de rêves. On s’y accroche, même dans le train des apprentissages, et on renâcle à s’en séparer. Tout l’art du « bien » enseigner (et du coup du bien citoyenner) touche à redresser ces représentations, faire en sorte qu’elles soient emmenées avec soi, mais, travaillées, aménagées, ré-fléchies. Et, en politique, il en est évidemment de même. Brainstorming du matin, pour le citoyen : quand je dis Front National, vous pensez quoi ? À toute vitesse et jeté sur la page, en vrac (observation de vos représentations libres et non contraintes) tout ce qui vous vient à l’esprit est à noter. Rassemblés, tous les mots « pour le dire » entreront ensuite dans une hiérarchie ; les fréquents en haut, les moins présents en bas, au tableau de la classe-république.

  • Eclats d’humeur - Genre humain

    Eclats d’humeur - Genre humain

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 14 mars 2015, dans La une - Ecrits

    Genre humain

    Espèce d’homo sapiens

    Classe de mammifère

    Famille de primate

    Branche d’eucaryote

    Ostique, vertébré, crâniate, bilatérien, métazoaire…

     

    Je suis tous ces mots-là

    rangés dans un tiroir

     

    Un champignon rêveur, un salsifis pensif

    un fruit au noyau dur et aux poils veloutés

    qu’on épluche au couteau

    de la science sacrée.

  • JCALL

    JCALL

    Ecrit par JCall, le 14 mars 2015, dans Monde - La une - Politique

    Elections israéliennes : les jeux ne sont pas encore faits…

    Les électeurs israéliens se rendront donc aux urnes mercredi prochain pour élire la vingtième Knesset. Alors que l’on pouvait s’attendre, vu la situation de crise dans laquelle se trouve le pays, à une campagne électorale où auraient été abordées toutes les questions de fond qui sont déterminantes pour l’avenir de la région, on ne retiendra de celle-ci que la question, existentielle certes, des consignes des bouteilles que Mme Netanyahou récupérait pour les vendre aux supermarchés ou encore celle des films affligeants de propagande électorale qui circulent sur les réseaux sociaux. Pas un mot sur la solution du conflit israélo-palestinien, la poursuite des implantations, la nature d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique (cf. à ce sujet Amos Oz sur le site de JCall : http://en.jcall.eu/miscellaneous/for-its-survival-israel-must-abandon-the-one-state-option), la stratégie d’alliance qu’Israël devrait avoir avec les gouvernements arabes modérés face aux menaces islamistes, la prise en compte des aspirations socio-économiques d’une majorité de la population, le renouveau d’un « Etat providence » compatible avec une économie ouverte…

    Il y avait heureusement le spectre de la menace du nucléaire iranien dont Netanyahou a abondamment usé pour relativiser les critiques que l’on pouvait lui faire sur sa politique sociale. Face à la bombe, la question du prix des logements ne pesait pas lourd. Mais justement ce sont sur ces questions sociales que, semble-t-il, le public fera son choix le 17 mars. Et pour l’instant rien n’est joué !

    Vous pourrez retrouver sur notre site une analyse du rapport des forces politiques selon les derniers sondages :

    Bibi or not Bibi : http://fr.jcall.eu/a-la-une/bibi-or-not-

    Il faut s’attendre à un durcissement du ton pendant ces derniers jours de campagne comme le montrent les récents propos intolérables de Lieberman prônant la décapitation – à la Daesh – pour les arabes traîtres à Israël et que bien évidemment nous condamnons avec la plus grande fermeté.

    Pour notre part, et quel que soit le résultat, nous nous mobiliserons dès la constitution du nouveau gouvernement pour remettre au premier plan des questions internationales celle de la reprise des négociations en vue de mettre fin à l’occupation des territoires palestiniens. Et si le futur gouvernement ne prend pas d’initiative en ce sens, nous encouragerons la communauté  internationale à le faire.

    Le 17 mars au soir, nous vous invitons à participer à la soirée électorale organisée conjointement par LPM et le Centre Medem-Arbeter Ring  où plusieurs invités, dont un membre du bureau de JCall, commenteront dès 20h30 les premiers résultats.

    http://www.lapaixmaintenant.org/IMG/jpg/image-145.jpg

  • L’œil de Claude : de l'inadmissible au soleil pour demain

    L’œil de Claude : de l'inadmissible au soleil pour demain

    Ecrit par Claude Gisselbrecht, le 14 mars 2015, dans La une - Actualité

    Ils ont osé

    « Ils » ont osé, osé s’attaquer à des joyaux du patrimoine irakien… Adieu, ville fortifiée de Hatra, fondée il y a plus de 2000 ans ! Adieu, cité antique de Nimroud, construite au XIIIe siècle ! Adieu, musée et bibliothèque de Mossoul ! Adieu, mausolée Nabi Younès, citadelle de Tal Afar et site archéologique de Khorsabad, l’une des capitales de l’ancien Empire assyrien !

    De nouveau, des actes insensés, lourds de conséquences, qui mettent en lumière – expression malheureuse – l’obscurantisme le plus crasse… Crasse, masses et bulldozers !

    Il est difficile, parfois, de mettre des mots sur la bêtise humaine, sur l’irréparable… Alors, place au recueillement !

    Solar impulse 2

    Voler, bien sûr, mais uniquement grâce au Soleil, ce « bienfaiteur de l’humanité ». Pourtant, on le sait bien, l’astre du jour avait fait preuve d’une incroyable cruauté envers Icare… Aujourd’hui, des milliers de cellules solaires, capables de faire tourner quatre moteurs électriques, ont remplacé la cire, fatale au héros de la mythologie grecque !

    Solar Impulse 2 s’est donc envolé d’Abou Dhabi, pour un tour du monde en 12 étapes, en mettant d’abord le cap sur l’Inde et la Chine, comme dans Le Tour du monde en 80 jours. Souvenez-vous, les premières escales avaient pour nom Bombay, Calcutta et Hong Kong… Pour cette nouvelle aventure, l’aéronef de 72 m d’envergure, qui devrait parcourir quelque 35.000 km, fera sans doute oublier le chemin de fer et le paquebot, chers à Jules Verne !

    L’élégant oiseau, piloté à tour de rôle par Bertrand Piccard, qui, en 1999, passa Trois semaines en ballon autour du globe, et André Borschberg, ancien pilote de chasse, fera certainement sensation pendant les cinq mois que durera le voyage. Objet de curiosité et de toutes les attentions, surtout de la part des « suiveurs », il brillera parmi ses « congénères » et révolutionnera peut-être le transport aérien du futur, en ouvrant, çà et là, de nouveaux horizons… Ce genre d’exploit, qu’on qualifierait volontiers de « solaire », réveillera sûrement en nous nos rêves les plus fous… Bon vent !