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  • Le renoncement de l’homme d’État

    Le renoncement de l’homme d’État

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 03 décembre 2016, dans France - La une - Politique - Actualité

    Éditorial

     

    C’est fait. L’homme d’État a tranché – avec ce qu’il fallait de courage – évidemment – d’intelligence politique, pour le bien de tous – assurément – le sens aigu du collectif face à l’Ego et aux arrangements de coulisse – particulièrement. Cet homme a montré – simplement – ce soir qu’il est de gauche et socialiste – et, clairement, pour ceux qui en doutaient ou en doutent.

    Son renoncement est de gauche ; il la porte, avec ses plus belles valeurs, et il l’honore ; il a aussi (mais je ne suis pas sûre que la modestie de F. Hollande le verrait ainsi) quelque chose d’antique, à la Stoïcienne. Il y a eu en ce moment – sens historique du terme – plus que de l’honnêteté et de la sincérité ; une volonté, un soin pour dire que le travail avait été fait le mieux et le plus citoyennement possible, quelquefois raté, assez souvent mal expliqué. Du Hollande, sérieux, compétent, accrocheur – mais, si ! responsable, voilà ce qu’ a donné à voir, ce soir, un grand président. Ce que je l’ai toujours connu être, ce qu’il est. Ainsi de la litanie du bilan ou plutôt, reddition de comptes sur l’Agora, à l’Athénienne, point par point ; façons de l’homme public qui n’entend pas fuir ou se dissimuler dans l’ombre des défaites annoncées. Enfin, paroles fortes pour dire – obligatoirement – ce qu’il nous faudra demain d’unité, de vigilance, de courage, et de force.

    Visage grave, presque austère ; voix, sourde et monocorde, parfois voilée, fléchissant – mais à peine – l’exercice est pénible mais il sera conduit… Économie des gestes et des mimiques, qu’on a tant vu ailleurs. Absence de théâtre… ces mots, comme confiés au passage : les rituels, les ors du pouvoir qui ne l’ont pas impressionné… la charge qu’il a remplie – chaque jour depuis ce Mai ancien – portant – et quels poids ! et de quelle façon ! et s’imposant – naturellement – de porter jusqu’au Mai qui vient. Remettant – sobrement, en fils de Delors – le témoin, veille des Primaires de la Gauche socialiste, à celui qui demain, s’avancera sur la piste, pour le même combat avec d’autres armes.

    Émotion, à tout le moins chagrin, pour ainsi dire intime ; mais de la reconnaissance – énormément – et la conviction qu’il nous faut gagner. Que tous, nous soyons donc en ordre de bataille !

     

    1er Décembre au soir

  • Moi, citoyenne, je…

    Moi, citoyenne, je…

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 03 décembre 2016, dans France - La une - Politique - Actualité

    Ne voterai pas – second tour de Mai, s’entend – pour Lui, président Fillon, premier du nom, et probablement, premier du genre.

    Je n’adouberai pas – l’homme, peu me chaut, je peux à l’évidence le respecter – mais le programme ! le positionnement, et pire, la philosophie politique !

    Quelque chose qui oscille entre vieux et divers morceaux d’un Crumble de droite radicale, aspergé du Vichysme de nos mémoires. Relisons si besoin un déjà ancien, mais bien vif encore, Robert Paxton (Le régime de Vichy). Il n’y a pas eu dans ce temps « français » de 40 à 44 que l’antisémitisme honni et la collaboration active, il y a eu la peau de la république étrillée avec des sapes constantes et souterraines contre le sens du collectif et du tous, validant le petit paysan propriétaire et individualiste contre l’ouvrier, le curé contre l’enseignant ; régime clivant, en tout et avant tout, huchant à la cantonade que la défaite était dans l’essence de la République, celle du Front Populaire, évidemment, dans le manque d’effort et de travail, de sacrifice notoirement, considérant à longueur de discours du Maréchal qu’une « certaine France » avait été tellement négligée, qu’il fallait bien au final lui rendre justice… C’est un peu, ces temps-ci, comme avec certaines chansons : on a l’impression d’avoir entendu ça quelque part, et on mâche la musique du refrain la journée entière, en sourdine obsédante !

    Personne, pour autant, sauf au coin de posts FB rapides et cogneurs, dont c’est la fonction, de tweets muselés par leurs X caractères, n’a posé quelque part un article de fond sur un copié-collé Pétain/Fillon, et c’est heureux, mais… qu’en historien ou analyste sérieux, la ressemblance puisse venir à l’esprit, cela ne semble pas non plus aberrant. Nous n’avons jamais vu, étalé et hissé sur la haute marche du podium, de façon assumée et décomplexée, un tel ensemble réactionnaire (= ne l’oublions pas, « vouloir revenir en arrière »). Dans les mœurs et mentalités (les tenants de la Manif pour Tous sont aux anges depuis le week-end). Dans l’affichage de la « foi de leur intime » sur la place publique, brandissant haut le Catholicisme le plus à droite, frisant l’intégrisme – France, nation chrétienne et tous les accessoires. Dans cette course sus aux services publics de tous poils, détricotant sous les hourrah les solidarités du modèle social français – non, celui du triste sire, Hollande, mais – jugez ! – de tout ce qui a été accumulé depuis, au bas mot, la Libération…

    Des mots, diront certains, des promesses de campagne à destination de son camp en énorme et insatiable besoin de revanche… Affadissement en vue, eau dans le vin en devenir ? J’ai bien peur que non.

    Plus que Fillon, lui-même, ses conseillers, les politiques du parti Des  Républicains qui vibrionnent dans son sillage, il y a les électeurs, ceux de   dimanche, ceux de demain. Nous ne sommes plus dans une époque où un mot pourrait en cacher un autre ! Ce qui est dit, doit être fait, ou du moins tenté, sauf à risquer la mort subite du politique. Voyez notre « mon ennemi c’est la finance »… l’électeur guette le politique, regard méfiant, main tendue du quémandeur. Fillon aura intérêt à servir sa soupe, sinon, gare !

  • Comprendre le djihadisme : les deux approches

    Comprendre le djihadisme : les deux approches

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 03 décembre 2016, dans La une - Religions - Société - Littérature

    Deux approches, deux regards, en effet, deux directeurs de recherche au CNRS. Mais une constante : disculper l’Islam en tant que religion. A la différence d’autres – Alain Finkielkraut en particulier – ni François Burgat, ni Olivier Roy ne voient, dans la vague terroriste, le symptôme d’un choc des cultures ou des civilisations.

    Burgat s’inscrit dans la lignée de Gilles Kepel et du « ressac rétro-colonial » : la violence actuelle est un legs de la colonisation « à défaut d’en représenter l’aboutissement, l’islamisme, troisième étage de la fusée de la décolonisation, manifeste l’accélération du processus de repositionnement du Sud dominé à l’égard du Nord ». Au fait, quels étaient les deux étages précédents ? Le premier rime avec occidentalisation, synonyme de modernisation, faire comme l’ex-métropole. Ce fut l’attitude d’un Bourguiba ou d’un Ben Ali. Le deuxième étage étant celui de la marxisation : occident toujours, mais un occident dissident, le rêve nassérien du nationalisme pan-arabe laïc, rêve qui se fracassa sur la cuisante défaite de la guerre des six jours ; « l’islamisme de l’imam de Qom, nous dit Burgat, détrônait l’arabisme des émules de Nasser ». Si l’on ajoute à cela la mémoire des exactions du colonisateur – des canonnades de 1925 au Liban ou des massacres du Nord-Constantinois de 1945 – aggravée par l’identification aux palestiniens dans leur lutte antisioniste, ainsi que, dernièrement, par les expéditions néocoloniales des Bush père et fils, l’on comprend, dès lors, que l’Islam politique se veuille radicalement autre, radicalement non occidental.

    Cette altérité est d’abord culturelle. Il s’agit de « parler musulman », « c’est par ce biais, écrit Burgat, que la société dominée prend conscience que son univers symbolique est discrédité, périphérisé, marginalisé et qu’elle est en train de “s’indigénéiser” ». Une démarche similaire – quoique laïque – s’observe pareillement chez le PIR, le Parti des Indigènes de la République. A l’extrême, certains vrais-faux Chrétiens d’Orient changent de nom, « j’ai toujours préféré dire, avoue l’un d’eux, que je m’appelais Georges. Aujourd’hui je vais oser dire mon vrai nom. Je vais oser dire que je m’appelle Mohamed ». Bref, une sorte de « muslim pride ».

    Les conséquences ? Une espèce d’« allophobie », une hantise de l’Autre, chez les non musulmans : « l’Autre, on l’a dit, avant d’être musulman, a d’abord été arabe. Avant que l’alchimie de l’affirmation islamiste nous fasse quitter l’ère des “fellagas” pour entrer dans celle des “intégristes”, l’altérité ethnique et linguistique avait largement suffi à nourrir, à son égard, de puissants réflexes de rejet ». L’islamophobie n’a jamais été que le paravent d’un racisme anti-arabe. « A gauche, comme à droite, continue Burgat, la surenchère électoraliste s’est organisée pour capitaliser les dividendes d’une mobilisation contre l’extrémisme des “djihadistes” français. Mais tous ceux qui font leur miel électoral de la peur que suscite ce nouveau fléau contribuent, consciemment ou non, à le fabriquer ».

  • François Fillon et l’Histoire

    François Fillon et l’Histoire

    Ecrit par Gilles Legroux, le 03 décembre 2016, dans La une - Education - Actualité - Société

    Les contre-vérités proférées par M. Fillon sur les programmes d’histoire et les attaques frontales contre son enseignement suscitent dans la communauté des professeurs d’histoire-géographie de vives réactions. D’autant plus qu’elles ont été clairement exprimées devant des millions de téléspectateurs. Nous sommes nombreux à considérer cela comme des propos offensants qui dénaturent ce qu’est notre métier. Cet aspect constitue la face « culturelle » du programme d’essence réactionnaire de M. Fillon. Le programme économique et social est l’autre face d’un projet politique qui a somme toute une cohérence idéologique forte.

    Parcourons les mesures-phares, dont chacun d’entre nous est libre de penser ce qu’il veut : abolition des 35 heures, abolition de l’ISF, hausse de la TVA de 2 points, baisse massive du nombre de fonctionnaires, réduction du droit des chômeurs, simplification du droit du travail, recul de l’âge de la retraite à 65 ans etc… Tout homme politique qui vise les sommets de l’Etat est animé d’un puissant imaginaire. M. Fillon se voit sans doute déjà en nouveau Reagan ou en fils spirituel de Margaret Thatcher, version 2016. Mais M. Fillon n’étant ni américain, ni britannique, son imaginaire a bien dû puiser quelque chose dans notre bonne vieille terre de France. D’autant que dans notre pays, avec l’empreinte du gaullisme, le libéralisme économique « à l’anglo-saxonne » n’a jamais été un courant de pensée dominant à droite. Mes réflexes professionnels et mon (mauvais) esprit historien me poussant à mettre les choses en perspective, je me suis posé la question suivante : qu’y a-t-il derrière le libéralisme « moderne et adapté aux réalités de la mondialisation » de M. Fillon ? Autrement dit, j’ai essayé de voir quelles peuvent être les valeurs culturelles des droites françaises qui constituent le socle de ce programme ?

    D’abord l’expression d’un remords qui taraude une bonne partie de la droite depuis l’élection de Jacques Chirac en 1995 puis 2002 : celle de pas avoir « su faire les réformes nécessaires » et surtout de ne pas avoir été capable de crever l’abcès des 35 heures. Dans l’esprit de nombreux électeurs de droite, peut-être, seul un vrai chef ayant le sens de l’Etat, celui de l’Histoire, l’autorité et le courage nécessaires, peut conduire le navire dans la tempête jusqu’au port du « Renouveau » et résister aux lames puissantes de la contestation sociale que ne manquerait pas de déclencher l’application d’un tel programme… C’est l’image que F. Fillon cherche à donner de lui-même. Il y a là de quoi séduire un électorat à la recherche d’un « homme providentiel » et orphelin du lointain (?) général de Gaulle.

  • Le photographe et l'écrivain -2 -

    Le photographe et l'écrivain -2 -

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 03 décembre 2016, dans La une - Ecrits

    Le cerveau peut enregistrer des souvenirs et se les remémorer à loisir sans faire appel à d’autres ressources que sa faculté de concentration. On sait quel crédit on peut accorder à l’objectivité et à la pérennité de ces images-là. Elles sont éminemment variables en fonction de divers affects qui ont des intérêts opposés à leur conservation. Ces souvenirs seront tantôt embellis, tantôt censurés, tantôt amputés, tantôt mixés avec d’autres ou avec de la fiction ; bref ces images n’auront bientôt guère plus de rapport avec la réalité qui les a fait naître que n’en a, avec les événements réels, l’histoire officielle dans les régimes totalitaires. Quant à leur précision, il semble qu’elle soit infiniment plus grande qu’il n’y paraît mais nous n’avons généralement pas l’occasion de la solliciter. En effet, sous hypnose, on a démontré que le regard, en apparence indifférent à de tels détails, a néanmoins fait enregistrer au cerveau le numéro d’immatriculation de la voiture que vous avez suivie pendant cent mètres il y un mois. Quand vous pensez ne pas avoir retenu si le guichetier de la poste qui vous a vendu des timbres la semaine dernière était blond ou brun, s’il portait des lunettes ou des moustaches, en réalité, vous le savez, mais comme cela ne vous importe pas, vous n’avez pas accès par des moyens habituels à ces données. Combien de ces informations le cerveau est-il capable d’enregistrer et combien de temps les garde-t-il en stock ? Comment les archive-t-il et comment s’en débarrasse-t-il le cas échéant ? Je l’ignore et ce n’est d’ailleurs pas mon propos. Il me suffit ici de noter que le couple œil-cerveau est beaucoup plus performant que ne nous le laisse supposer le flou de nos souvenirs. Par excès ici, mais aussi par défaut dans bien des cas, l’œil est un outil sur les tolérances duquel nous sommes généralement mal renseignés.

    En tout cas, la photographie semble être la seule à pouvoir arracher au temps un fragment de réalité objective et à le tenir à la disposition de son commanditaire à première demande. À condition que le photographe se donne la peine de classer ses clichés, ce qui est un autre problème. Quant à la précision des informations enregistrées, elle est empiriquement mesurable et devrait pouvoir se révéler au premier coup d’œil. On se souvient néanmoins du beau film d’Antonioni, Blow up, qui interroge les limites de la précision d’un enregistrement photographique et les divers degrés d’interprétation qu’il peut susciter chez un photographe qui a peut-être été témoin d’un crime dont il aurait pris un instantané photographique sans le savoir. Le problème que pose Blow up, dans le cadre de notre réflexion, est de suggérer que l’appareil photographique, en tant que prolongement de la volonté du photographe, dispose d’une autonomie suffisante pour s’intéresser à des sujets que le photographe ne voit pas. Il s’agit bien d’une délégation de pouvoir étonnante. Vous savez peut-être que feu notre grand académicien cévenol, Louis Leprince-Ringuet, a vu sa carrière de scientifique prendre une envergure internationale grâce à une photographie du même type que celle de Blow Up. Il était alors professeur à l’Ecole Polytechnique où il avait installé un laboratoire de physique nucléaire qui existe toujours et dans lequel il réussit à photographier des mouvements de particules qu’il était impossible d’observer à moins d’un miracle. Le miracle se produisit et la science fit un grand pas grâce au bricolage photographique de celui que ses élèves appelaient affectueusement le Petit Prince. Avant de répondre aux envieux qui prétendirent qu’il devait sa réussite au hasard d’un déclic photographique, je tiens à avouer que je suis très partial en ce qui concerne Louis Leprince-Ringuet pour avoir toujours entendu parler de lui avec respect quand j’étais enfant et pas encore cévenol, et parce qu’alors qu’il était âgé de 99 ans, quelques mois avant sa mort, apprenant qu’un romancier alésien d’adoption – lui était né à Alès – allait recevoir le premier prix Marguerite Audoux, il a pris la peine de m’adresser un mot de félicitations et d’excuses pour ne pouvoir assister à la remise de ce prix. Petite attention d’un grand homme. L’histoire de sa photo miraculeuse et celle de Blow Up nous rappellent qu’il y a un photographe à l’origine de chaque photo et que dans ce domaine, le hasard n’est jamais seul en cause. Le physicien savait ce qu’il voulait mettre en évidence même s’il n’avait presque aucune chance d’y parvenir. Le photographe de mode imaginé par Antonioni gâche une pellicule entière dans un parc désert  parce qu’il sent que quelque chose se passe qui n’est pas dû qu’au souffle du vent dans les branches et les buissons. Tous deux, dans le huis clos de leur laboratoire découvrent qu’un miracle s’est produit. Leur contester la paternité de leur photo pour l’attribuer au hasard n’est pas seulement injuste, c’est ignorer un des enjeux fondamentaux avec lequel travaille le photographe : il fait confiance à l’invisible. Reste à comprendre sur quoi se fonde cette confiance.

     

    À suivre

  • Un air de liberté (13)

    Un air de liberté (13)

    Ecrit par Valérie Debieux, le 03 décembre 2016, dans La une - Littérature

    Chroniquer un ouvrage consacré aux papillons, voilà un exercice peu usuel qui, dans le milieu littéraire, ne devrait toutefois susciter aucune réserve, tant il est vrai que parmi les femmes et hommes de lettres, nombreux sont les amoureux de ces petites fleurs ailées, n’hésitant pas à les caresser du regard et les magnifier de la plume. Et de songer notamment à Lamartine, de Nerval, Carême ou Nabokov. Ma contribution – fort modeste – à ce petit monde unanimement admiré pour ses atours polychromiques et, pourtant, en phase de régressions géographique et numérique, est un envol au pays des lépidoptères du Jura.

    Dans la lignée des magnifiques ouvrages à grand format des systématiciens naturalistes européens du XIXème siècle, tels Hübner, Herrich-Schäffer ou von Heinemann en Allemagne, Duponchel, Boisduval ou Lucas en France, Tibbats Stainton, Kirby ou Morris en Grande-Bretagne, Jean-Claude Gerber en entomologiste passionnant et passionné emmène le lecteur à effectuer une très belle balade didactique dans les forêts, les prairies, les pâturages et les zones rocheuses, au milieu des arbustes, des plantes, des fleurs, des lépidoptères et des parfums d’enfance.

    Au cours de cette promenade entomologique, divisée en plusieurs étapes, le lecteur commence par découvrir quelques notions sur le papillon, sa morphologie, sa biologie et son cycle de vie, un monde à la fois méconnu et fascinant :

    « Comment une banale chenille peut-elle engendrer un insecte aussi parfait orné de dessins multicolores ? Pour étudier ce phénomène, il fallait tuer, disséquer et examiner un insecte à chaque stade de sa transformation. Mais depuis peu, grâce aux techniques de l’imagerie médicale, des chercheurs ont ainsi pu scanner une chrysalide depuis sa formation jusqu’à la sortie de l’insecte. À l’intérieur, les organes se dissolvent en une sorte de bouillie, les tissus se reconstituent et vont se mettre en place selon des “plans” déjà inscrits dans le corps de la chenille. Et peu à peu, les nouvelles pièces du puzzle vont transparaître à travers l’enveloppe de la chrysalide : pattes, antennes, pièces buccales, ailes froissées… peu avant l’émergence du papillon »

    Puis, après une visite de ses milieux naturels et aires de répartition, l’auteur expose les dangers que connaissent aujourd’hui ces frêles esquifs alifères et il expose conseils et mesures simples pour leur assurer quelques espaces de vie, afin que les générations futures puissent, elles aussi, connaître le bonheur de pouvoir admirer ces insectes pollinisateurs en train de voler d’un trèfle à l’autre ou de virevolter au milieu des massifs de fleurs, parmi les abeilles, les bourdons et autres insectes nectarivores.

    « Le constat est alarmant : la biodiversité, base de notre vie, ne cesse de diminuer en Suisse et dans le monde. Pour compenser en partie cette perte, les milieux urbains peuvent offrir une alternative intéressante. Si chaque propriétaire laissait une partie de son terrain en friche pour constituer un réseau dense, de nombreuses espèces végétales et animales revivraient autour des habitations. On peut toujours rêver… ».

  • Un champ de ruines

    Un champ de ruines

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 26 novembre 2016, dans France - La une - Politique - Actualité

    « Règlement de comptes à OK primaire », titrait récemment le Huffington-Post. Nous n’en sommes pas si loin. Sarko gît déjà à terre, plombé par toutes les affaires qu’il traîne comme autant de casseroles. Fillon, le 28 août dernier, dans un meeting, en rajouta une louche à l’endroit de son ancien patron, laissant son staff sans voix : « il ne sert à rien de parler d’autorité quand on n’est pas soi-même irréprochable. Qui imagine de Gaulle mis en examen ? ».

    Un ultime – mais décisif – coup de grâce lui fut donné par les électeurs du camp adverse. « Les gens de gauche qui sont allés aux urnes pour s’assurer que le vilain petit canard ne pourrait plus voler, peuvent se satisfaire du résultat », écrivait Laurent Joffrin dans son édito du 21 novembre. Et c’est juste ! Je suis du lot. D’aucuns affirment que Fillon leur doit, au moins en partie, son score si inattendu ; d’ailleurs le taux de participation dans les départements traditionnellement de gauche le confirme. Un exemple : 68.655 votants en Haute-Garonne.

    L’ancien chef de l’état avait tenté une dernière manœuvre en accablant François Bayrou, soutien de Juppé – qui en 2012 appelait à voter Hollande. Las ! « Notre opération a trop bien marché, concluait une éminence sarkoziste. On a fait le boulot pour Fillon ».

    Papi Juppé, quant à lui, sort groggy d’un premier tour qui préfigure une défaite au deuxième. En dépit du tee-shirt optimiste – la « super–pêche » – qu’il distribuait généreusement lors des réunions de sa campagne, il n’a jamais pu se départir de l’indicible fadeur qui exsudait de sa personne pendant les débats télévisés. Prudent, sûr de ses chances (sans doute trop), il jouait la montre, avec bonhommie, attendant que la victoire tombe à ses pieds, tel un fruit mûr. A l’instar de Sarkozy, son espérance présidentielle – sauf demain un renversement de situation fort improbable – s’en est allée. En 2022, il aura 76 ans…

    Reste, bien sûr, celui qui a toutes les chances de devenir le 9è président de la Vème république, l’année prochaine : François Fillon. La trahison lui sied à merveille. Après s’être rallié à Sarkozy contre Chirac en 2005, parce que ce dernier lui préférait Dominique de Villepin pour succéder à Raffarin au poste de premier ministre, après le référendum perdu sur la constitution européenne, il a creusé la tombe de celui qui le nomma à cette fonction tant désirée, en critiquant vertement un bilan – ou un non-bilan – dont il était lui-même comptable, ayant été aux affaires pendant cinq ans.

  • Droite ; mes condoléances…

    Droite ; mes condoléances…

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 26 novembre 2016, dans France - La une - Politique - Actualité

    Simple comme faire un  billet aux lendemains de la Primaire de Droite ; saison 1, certes, mais que va nous apprendre de plus la saison 2 de dimanche en huit ?

    Je n’ai évidemment pas sorti mon parapluie hier, pour aller mettre mon nez de Gauche dans les affaires de la Droite, et le garderai itou au chaud le week-end prochain. Chacun chez soi et les vaches – je ne sais – mais en tous cas, le temps politique pré-présidentiel sera bien gardé.

    Au soir de cette nuit, aux longs couteaux mal dissimulés – les yeux de Dati, un régal ! – un constat cerné comme Institutions en Ve République : la France de droite ne veut plus du président mal élevé, ne veut pas du centre de cet autre – pouah ! Mais veut assumer sa droite décomplexée, tant dans l’économie – haut les cœurs, Thatcher ! – que dans les mentalités : hardi les anti-mariage pour tous et ce qui est autour. A peine l'homme de la Sarthe élu, les drapeaux bruyants de «  Sens commun » ont retrouvé le pavé ; ce sera certainement difficile de les néantiser dans une éventuelle présidence Fillon ; qu'on garde bien l'info sous le chapeau...

    Résumer doit pouvoir être un exercice ici à la portée de chacun : Il était une fois, en ce pays de France dirigé par les diables sociaux démocrates en folie, une famille politique, la Droite de gouvernement. Commencèrent au début, comme il se doit après les défaites douloureuses, par se déchirer – un film d’épouvante ; du Copé, du Fillon, à la manœuvre. Observèrent ensuite le retour de leur chef de meute déchu, reprenant avec bel appétit le manche du Parti sous les applaudissements énamourés de ses fans. Du Sarkozy-énergie-envie ; un pléonasme. Virent il y a bien deux pleines années, au tournant de la A10 (celle qui vient de Bordeaux), arriver de son pas de sénateur chaloupé et doux comme  démocratie en Ve République, Juppé, un Alain que des foudres pas toujours bienveillantes, ainsi qu’un séjour au pays des grandes neiges écolos, avaient carrément sorti de son « Droit dans mes bottes » d’antan. N’entendirent pas, ces derniers jours, visiblement, Fillon le silencieux, le ruminant, tapi dans le bocage d’une Sarthe humide et froide comme le veut cet hiver 2016 entrant. Celui qu’en avait enduré à n’y pas croire, sous les sarcasmes et plus que ça de son Sarko de président. 5 ans de mal au dos, autant dire, de plein le dos. Un modèle psychosomatique, à lui tout seul, ce François-là. Un bosseur méthodique à moins que légèrement maniaque, un catholique affiché en couleurs, un conservateur qui fait sa pelote, laissant dire pour autant un peu partout que sa clique à lui, c’était le Gaullisme social, via Séguin, feu son mentor, comme on laisserait sur le menu ce magret de canard, que, non, on ne sert plus ce midi… Depuis hier au soir, l’interrogation nous taraude : Philippe Séguin (et le respect qu’on lui doit) aurait-il voté Fillon ?? Ah ! Condoléances…

  • Faire

    Faire

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 26 novembre 2016, dans La une - Actualité - Littérature

    Notre ami et rédacteur, Bernard Pechon Pignero, avait dans ses cartons cette recension du livre de François Fillon. Il nous a semblé, à lui comme à nous, que le moment imposait cette publication. On aura compris que ce texte, longuement muri en cave, n’a pas été posé dans la fureur du moment politico-médiatique qu’on traverse. C’est bien là qu’est son intérêt…

     

    Le livre de François Fillon, Faire, se présente comme un habile mélange d’autobiographie, de profession de foi politique et de programme électoral qui ne doit son originalité qu’à la personnalité de son auteur. Ce n’est pas dans ce genre de livre que l’on s’attend à trouver un programme de gouvernement précis et chiffré. Il serait prématuré pour le candidat déclaré d’abattre ses cartes deux ans avant l’échéance. Tout au plus aurons-nous des déclarations d’intention à travers lesquelles peut se dessiner un profil humain intéressant ou au contraire se cacher, derrière le paravent de vertueuses résolutions, une ambition personnelle qui ne justifie pas la lecture de trois cents pages et encore moins, in fine, un bulletin de vote au nom de l’auteur. On ne peut évidemment pas éviter les quelques pages introductives, d’un lyrisme convenu, qui sont à ce genre de livres ce que les formules de politesse sont aux lettres protocolaires. On les parcourt d’un regard distrait en sachant d’avance ce qu’elles contiennent. Bien que les concepts et, plus encore, les mots qui les expriment soient galvaudés de longue date par la langue de bois politique, on serait choqué de ne pas les y trouver. Là n’est pas l’essentiel.

    François Fillon a d’abord l’autorité et la légitimité d’un homme politique qui a exercé un nombre impressionnant de mandats électoraux et de charges ministérielles diverses qui lui permettent de revendiquer légitimement une compétence qu’aucun de ses rivaux ne peut égaler ni même approcher. Il a, de plus, à son actif une éducation, une culture et une sensibilité qui font de lui un homme immédiatement sympathique. Sans doute l’est-il également à long terme pour ses proches. Il a su mener un parcours exemplaire dans ce monde politique impitoyable envers les idéalistes et les naïfs que sont parfois les démocrates sincères, sans être éclaboussé par les scandales publics ou privés qui n’épargnent aucun parti et que la rumeur, attisée par les médias, s’ingénie à envenimer. Il garde, après une quarantaine d’années de bons et loyaux services, l’image d’un homme intègre, discret, calme et mesuré, mais sachant défendre ses choix avec conviction. Il n’a pas l’auréole du martyr d’un Alain Juppé ni les années de purgatoire qui en sont le coût, ce qui lui donne sur cet autre ancien premier ministre l’avantage d’une relative jeunesse.

    Enfin, François Fillon peut faire état d’une connaissance approfondie aussi bien du terrain social et économique français, dont il a étudié de près les évolutions depuis des décennies, que de la politique internationale dont ses fonctions ministérielles lui ont permis d’observer les arcanes jusque dans les plus hautes sphères et dont il parle avec une liberté de ton et un bon sens inattendus chez un éventuel futur président de la République. En particulier, j’ai été agréablement surpris par la façon dont il juge les politiques américaines et allemandes sans se croire obligé de recourir aux circonlocutions diplomatiques du type « nos amis américains » ou « nos amis d’outre-Rhin ». Pour bien des raisons, il réunit donc à l’évidence les qualités rares qui le désignent comme un candidat plus que crédible à la fonction qu’il brigue. Saura-t-il faire valoir ces avantages personnels, cette longue expérience chez un homme encore jeune, cette probité authentique comme les qualités d’un véritable homme d’état ? Il est vrai que l’histoire récente a prouvé que cette dimension n’était plus requise pour exercer en France la magistrature suprême.

  • Trois coups pour un hoquet de l’histoire ?

    Trois coups pour un hoquet de l’histoire ?

    Ecrit par Lilou, le 26 novembre 2016, dans La une - France - Ecrits - Politique

    On a coutume de penser que le 10 juillet 1940 fut le 3ème coup d’une stratégie politique visant à faire glisser l’opinion publique dans la certitude que seul un pouvoir autoritaire pourrait remettre de l’ordre dans la maison France. Faut bien le dire sans autre discours, le 10 juillet 1940 la gouvernance de l’Etat trouvait dans la conclusion de ce cheminement très théâtral le lever de rideau sur une nouvelle France, autoritaire, antidémocratique, raciste et se délectant à l’avance des pires compromissions.

    Le premier coup fut celui qui se joua devant l’assemblée nationale le 6 février 1934. Disons seulement que se jouèrent ce jour-là les premiers coups de boutoir imprimant dans l’opinion publique les cabales nauséabondes fondant les mythes de l’extrême-droite française : un pouvoir en déliquescence et violemment brocardé (ne confondons pas, nous ne parlons pas des Flamby et autres Ali Juppé), la corruption institutionnalisée à tous les étages (là non plus pas de parallèle avec ces « pourris de socialos » et ces « collabos de l’establishment »), une démocratie ivre de ses dérives savamment mises en scène (vous avez vu, je ne cite même pas la rose bleue ou le projet de loi du jour exigeant que la République demande pardon pour le… saccage de la basilique Saint Denis en 1793/94), des affaires financières fermant les débats plus politiciens que politiques sur le devenir des uns et des autres (non, non et non, je ne citerai pas ici les outrances généralisées en ce sens faites à tous nos élus parce que quelques-uns se sont fait prendre les doigts dans la confiote. Je suis historien, et même si je me délecte de ses recommencements, je parlais ici des années Trente…).

    Le second coup fut frappé le 10 avril 1938 avec la chute du second gouvernement du Front Populaire. Cette explosion de la gauche de compromis (non plus, ne me faites pas aller dans les railleries actuelles autour de la gauche plurielle ou de celle des grands écarts si proches des motions de congrès du PS) sonna la fin des illusions pour une certaine idée de l’idéalisme socialiste au pouvoir. Elle ouvrit le champ pour les opposants de tout poil. Ils furent nombreux, concurrents classiques et parfois surprenants (non et encore non, vous me voyez moi, jamais moqueur et toujours objectif à faire un pont avec tous ces frondeurs actuels et ces pisse solitaire prêts à tenter l’aventure du chemin des élections sur le seul orgueil !). Oui, ils furent nombreux à rendre l’idéal jauressien de justice sociale et d’égalité de tous et TOUTES, aussi abscons, illégal et vulgaire que possible. Jugés de Vichy et condamnés à mort par les opportunistes de l’Hôtel du Parc, préparez-vous dès 1938 à payer les rancœurs personnelles pendant que ceux qui gouvernent baissent leurs pantalons à Munich pour éviter la guerre dans leur idée si particulière de l’honneur. Et puis vint le 10 juillet 1940 avec l’extinction pour 4 ans des Lumières du 18ème siècle, la France devenait noire en combattant au passage tout ce qui n’était pas blanc de souche.

  • Failles et brèches

    Failles et brèches

    Ecrit par Simon Paul Benaych, le 26 novembre 2016, dans La une - Ecrits

    Poser un mot sur le papier, faire comme une incision sur cette feuille de papier, pour y ouvrir une faille, un interstice, et s’engager dans la brèche, aller vers l’exploration d’une écriture qui ne révèle en rien ce qui existait avant l’écriture, mais crée en avançant dans l’étroite faille ouverte par la plume un monde d’images, un flux d’émotions à offrir au lecteur anonyme.

    Je t’écris, lecteur potentiel et espéré, je n’écris que parce que je t’espère sans te connaître, je t’écris tout autant que je te crains puisque je ne sais si, au moment où tu liras ces mots, tu seras vraiment disponible pour les lire. Il y a de fortes chances pour que, posant tes yeux sur cette feuille ou cet écran, tu te dises « lire, oui, mais pour quoi ? Ai-je de bonnes raisons de consacrer du temps à la lecture de quelque chose dont je ne sais si elle vaut le détour ? Mon temps est précieux, j’ai à faire tant de choses, je pourrai lire plus tard ! »

    Et si tu me lis, comment liras-tu ce que j’écris ? Dans quelle posture ? Avec quelle bienveillance ? Avec quelle exigence ? Ecrire… quelle prise de risques ! Et quelle audace aussi !

    Eh bien oui, tu pourrais lire plus tard ! Plus tard, tu pourrais même ne pas lire, ne pas aller jusqu’à l’offrande de ton temps pour « cette chose qui n’est pas moi, qui n’est pas de moi et dont je me préoccupe si peu ».

    Arrête de lire.

    Oui, c’est mieux, cher lecteur,

    Et laisse le scripteur à sa plume, de la même manière qu’on détourne chaque jour le regard pour ne pas avoir à parler, à regarder, à prendre en considération la personne qui vient vous réclamer quelque chose dans la rue. C’est vrai que c’est difficile de vivre ces appels : soit on y répond, et on est un peu gêné parce qu’on ne sait pas vraiment quoi dire ou quoi faire, soit on ne répond pas et on s’accommode avec sa conscience de cette petite lâcheté qui consiste à détourner le regard alors qu’une personne est dans un besoin.

    Avec la lecture, c’est un peu pareil.

    Tu continues à lire ?…

    Soit. Où en étions-nous ?

    Ah oui ! la faille… je sais depuis quelque temps que la seule chose qui me motive, c’est justement cela, la faille. L’interstice dans lequel je vais pouvoir glisser mon regard, mes doigts, tel un enfant qui explore des rochers sur une plage et qui cherche des crabes tout en craignant d’y laisser un doigt. C’est parce qu’il y a du jeu, un espace dans lequel j’ai une chance de pénétrer que j’ai envie d’explorer. Sans jeu, point d’espace, sans jeu, point de place pour l’eau, pour la lumière, pour l’air. Sans jeu, point de respiration, donc point de je. Tout comme la pédale d’un vélo ne peut fonctionner que dans la mesure où un espace est prévu entre les pièces qui la composent, je ne peux vivre que dans la mesure où il y a un espace où je puis m’engager. Si l’autre me fait signe pour me dire « il y a un espace », je respire et je suis rassuré. Si je ne sens pas l’aération de la brèche, je ne puis ni dire, ni écrire.

  • Orwell au théâtre

    Orwell au théâtre

    Ecrit par Sabine Vaillant, le 26 novembre 2016, dans La une - Ecrits

    1984 au Théâtre Ménilmontant, 7ème saison, surgit de la rencontre de Sébastien Jeannerot, metteur en scène et acteur, avec la Mort le 13 novembre 2015 à 21h34 faisant résonner, sur la salle, les troublantes corrélations de l’œuvre de Georges Orwell avec le contexte actuel.

    Quatre personnages silencieux, vêtus à l’identique, porteurs d’un masque à gaz et de lunettes, sont assis dos à la scène tandis que les spectateurs prennent place et qu’une brume s’installe.

    Derrière eux des écrans géants sur lesquels défilent des films en noir et blanc, liens ténus avec ce qui se joue sur scène délimitant le cadre de cet univers, intronisant Big Brother.

    Ce décor évolue en fonction des lieux, des scènes, avec des effets de mouvement des surfaces, écran ou caméra de surveillance qui deviennent cubes matérialisant l’espace en un ballet esthétique, froid. Hier et aujourd’hui y cohabitent apportant le live.

    La bande-son du film, passant à l’envers, produit un son strident, dérangeant. Il capte le spectateur et le plonge dans cet univers dans lequel il va devoir s’immerger et passer d’un temps à un autre.

    C’est dans ce territoire étrange : Océania, dépersonnalisant, glaçant, ouvert aux contrôles permanents du télécran qu’évolue Winston Smith, travailleur aux Archives du Ministère de la Vérité. Là, conditionnement et propagande sont la règle. L’absurdité : des règles d’orthographe, de normalisation de la langue qui devient Novlangue, de la mémoire revisitée à la mode totalitaire, se jouent avec Syme, personnage borderline, dans les bureaux, à la cantine, changeant la liberté en esclavage, l’ignorance en une force.

    Dans le seul angle aveugle au télécran de son appartement, Winston Smith rédige son journal contre le Parti, Big Brother et la société totalitaire.

    Chez M. Charrington, antiquaire du quartier prolétaire, au parler de Bilbo Le Hobbit, il découvre des objets interdits par le Parti car liant l’individu à son passé et aux émotions qui s’y rattachent. L’antiquaire finit par lui louer une chambre sans télécran. C’est là qu’il vivra finalement avec Julia, l’amour interdit par la Police des mœurs.

    Les deux minutes de défouloir collectif des membres du Parti devant un télécran hurlant leur haine contre Goldstein, le leader des ennemis du Parti, lui font rencontrer O’Brien, un mystérieux individu, membre d’une société secrète tentant de faire tomber le Parti, qui doit lui remettre un livre.

    Là tout bascule, O’Brien s’avère être tout autre. Winston Smith et Julia sont dénoncés. Au terme de séances de tortures conduites par O’Brien d’un cynisme à toute épreuve, qui mènent le spectateur aux confins de l’horreur et de l’angoisse avec un Winston Smith au plus près du ressenti, de la performance, les amants se dénoncent mutuellement. Vidés, brisés, broyés, rééduqués, ils attendent la délivrance d’une balle dans la tête.

    1984, un moment de Théâtre fort, à vivre dans une mise en scène créative, dynamique soutenue par les films, plaçant le spectateur au centre du questionnement et de la dénonciation des tentations totalitaires, dans un monde mouvant où tout peut advenir.

  • KI-C-KI

    KI-C-KI

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 26 novembre 2016, dans La une - KI-C-KI - Littérature

    Comment résister au charme unique et irrésistible de la poésie et du sentiment amoureux qui composent ces bouts de lettres extraits d’une œuvre ô combien savoureuse… ? Car savoureuse est la poésie et à fleur de peau la sensibilité de cet immense écrivain/poète (européen) du 20ème siècle…

     

    Extraits :

    « C’est effrayant de penser qu’il y ait tant de choses qui se font et se défont avec des mots ; ils sont tellement éloignés de nous, enfermés dans l’éternel à-peu-près de leur existence secondaire, indifférents à nos extrêmes besoins ; ils reculent au moment où nous les saisissons, ils ont leur vie à eux et nous la nôtre. Je l’éprouve plus douloureusement que jamais en vous écrivant, Chère ; infiniment Chère à qui je voudrais dire tout. Mais comment ? Comment vous exprimer ce que je ressens, que je souffre et dont je me console depuis que je suis ici dans ce pays lourd ; en face de cette plaine noire et verte, qui tristement s’en va dans des brumes. Comment vous dire toute cette autre vie qui n’est pas la mienne et où péniblement je me retrouve et timidement puisque ce n’est point mon travail qui me tient ici ? […] »

    (…)

    « Votre dernière lettre m’a beaucoup rassuré, puisqu’elle vous a montrée rétablie et forte dans ce merveilleux décor qu’est Venise printanière, entourée doucement de ceux qui sont heureux de vous aimer et à qui vous rendez plus beau et presque éblouissant cet amour en l’acceptant ingénument et avec la belle soif d’une enfant qui a parcouru toute la journée la prairie en trouvant toutes les fleurs ».

    (…)

    « Je ne crains point, Chère, de vous donner un livre douloureux ; il ne saura vous affliger. Car ne sont-ce pas les pages vraiment et courageusement tristes qui nous consolent le mieux ? »

    (…)

    « […] Si je vous écris tout cela, Chère, c’est parce que vous le savez depuis toujours. Et cette prière que je forme pour nous avant de commencer une humble journée, elle est encore plus forte en vous ; elle monte sans cesse de votre cœur d’amante, elle bâtit et consolide les cieux que nous ébauchons rapidement dans notre impatience –. Merci d’avoir pu vous écrire. […] ».

  • The Donald et La Marine ; comparaison fait-il raison ?

    The Donald et La Marine ; comparaison fait-il raison ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 19 novembre 2016, dans Monde - La une - France - Politique - Actualité

    Depuis ce jour où l’Amérique, blottie dans ses sondages et dans la suffisance de ses habitudes, a basculé dans quelque chose, dont, chacun de par le vaste monde cherche désespérément le nom, de jour en jour. Depuis, on est au moins sûr que la trouille des grandes invasions – barbares et inconnues pour le moins – diffuse, gagne à la manière des antiques pestes. Quelqu’un chez nous, à Reflets, ne disait-il pas : – c’est pour quand, notre Trumpette à nous ?

    L’équation avait été posée bien avant les résultats : en France on agitait le FN et Marine ; idem partout en Europe où la gens populiste en déguisements divers bruissait dans l’ombre des urnes à venir. Les States avaient naturellement ce produit en magasin – une forme d’automatisme propre à l’époque. Le refrain était le même partout : les Populistes arrivent ! La vague nauséabonde déferle ! Depuis le mardi noir américain, les basses ont pris une sacrée ampleur dans le concert... Vrai, évidemment, que le poids du tout en tout d’un Trump sur le podium aux USA, demeurant la première puissance mondiale, notamment, dans les imaginaires de tous, a barre sur un FN annoncé à 30% au premier tour du printemps 17 en France, sur la quasi victoire imminente des pires en Autriche, l’échec sur le fil en Hongrie, le Brexit et ses pulsions folio-économiques ; j’en passe, sans oublier les vagues froides en Scandinavie, Allemagne et le toutim. Ce n’est pas à Reflets du temps, où peu de semaines échappent à un article avertisseur en la matière, que nous vous dirons le contraire… Il y a des parallèles nombreux et récurrents qui s’installent à plus ou moins bas bruit – les « dormants » n’étant pas les moins dangereux.

    Ne serait-ce que dans ce franchissement des digues, que peaufine, plus que signe, l’animal roux d’outre Atlantique. Parce qu’enfin – là, on a d’évidentes comparaisons – l’électeur, et son à présent sérieux collègue, l’abstentionniste, beuglait plus qu’il ne passait à l’acte, dans nos années pré-Trump, pré-FN au pinacle. Il poussait d’an en an, davantage et de plus en plus près de la ligne d’arrivée, avec sur son dos ses rancœurs, ses frustrations, ses peurs, bien entendu. Frileux, il craignait par-dessus tout l’extérieur, siège de ses plus prégnantes angoisses. Il poussait, mais – on avait pris l’habitude d’avoir dans l’oreille le bruit du freinage – au dernier moment il n’allait pas plus loin, regagnait ses pénates hostiles en bougonnant, et, parfois, donnait en grognassant le bout de la main à ceux du camp de « la raison », autant dire du réel. Front Républicain chez nous, et ailleurs, Raison/Clinton au pays de l’Oncle Tom (un beau slogan qu’on aurait dû tester). Mais les digues ont cédé, comme avec le Brexit, on a voulu voir le bruit que ça fait quand on renverse la table. Qu’est-ce-qu’on fait après, qu’est-ce-qu’on-fait de ça ? Refrain un brin austère et redondant qu’on entend à présent. Et qui ne fait ni sens, ni programme.

    « Les » populismes – plus que « le » populisme –, le problème c’est qu’ils floutent sous la focale, dès qu’on les zoome un peu, alors que dans le regard initial, ils ont l’air de se ressembler tous. Passé le moment des gueulantes, des peurs surtout pas vérifiées, des défilés des laissés pour compte, des vieux métiers qui meurent, du bruit de l’industrie qui s’est fait la malle, et du silence de mort des campagnes en chagrin… passé ce temps du renverser-la table-on-va-bien-voir, tout ce qui se compare donc, dont la grille marche au poil ; quand on mire de plus près, ça change et pas qu' un brin. Justement parce que ces mouvements populistes ne font jamais dans la dentelle, que leur côté protestataire tient bon au lavage, qu’ils brassent trop large et que la déception à venir est comprise dans le package de départ… j’en oublie, forcément.

  • I can’t breathe

    I can’t breathe

    Ecrit par Ricker Winsor, le 19 novembre 2016, dans Monde - La une - Ecrits - Politique - Actualité

    I feel like I can’t breathe, drowned by the tsunami that just befell my country and the whole world. All of a sudden everything is up for grabs, including a woman’s right to choose, steps to combat climate change, NATO alliances, trade agreements, immigration, just about everything. But I won’t talk about all that ; so much has been said and is known by the reading public. Over the last eighteen months the brightest writers and thinkers had intellectually tied up Trump and thrown into the scrap heap of history. They were all wrong.

    What has been thrown out is an approach to life that is egalitarian, compassionate, and respectful, an ethos based on the humanitarian ideals of a liberal democracy. Not too long ago all political combatants could be found in the shelter of that umbrella no matter what their differences. No more.

    This debacle has been characterized as a « revolt against the elites » but it is more like revenge against « those who think they are better than us », those who worked to improve their minds through education and got ahead using their brains. It comes out of deep anger and resentment and a serious sense of inferiority. How else could the populace turn their backs on Trump’s blatant disrespect for : women, Muslims, Mexicans, and those who prepare and do their homework (e.g. Hillary and the debates). Our new leader thinks it is ok to grab women « by the pussy ». « When you are a star you can do anything you want » he said. He laughs at the disabled and, well, no need for me to go through the long list. What kind of message does this send to young people trying to grow up ? « Nice guys finish last » is what it says ; it is ok to bully anyone to put yourself forward, to win the race.

    I get invited to certain occasions at the American Consulate here in Surabaya, East Java, Indonesia, the second biggest city. And today I was invited to witness the final day of the election. I prepared myself to answer questions about how I felt, never for a minute believing that Trump could win. I prepared my thoughts like this : « I am honestly disgusted that a man like Trump could actually have gotten this far in the election process. That fact itself discredits America and debases, if not annihilates, the idea of American exceptionalism ».

    Now what do I do ? Our new chief has a majority in the House of Representatives and in the Senate. Checks and balances are minimal. He also won decisively, very decisively. All of the bruhaha about every woman in America standing against him, the surge of Latinos voting, the blacks and minorities being involved and taking a stand, never happened. A lot of them voted for Trump.

    It is important to say something about Hillary Clinton beyond how she has been portrayed and the consequent vague or not so vague opinion of her. Even those who are dismayed by the existence of Trump often expressed dislike or suspicion about Mrs. Clinton. Based on what ? Nothing, only lies and bullshit. She is of my generation, the idealists, the ones who dreamed of « open borders », of everyone « getting along », of equal opportunity and service. Her whole life has been dedicated to that. I witnessed it all, and not from so far away because of university connections. She is one of « us » the sixties generation that fought for civil rights, for women’s rights, for Vista, for the Peace Corps, for inner city programs. We fought against that ill-considered debacle, war in Viet Nam. And yet, through a steady campaign that would make Joseph Goebbels smile from hell, where he no doubt dwells, the « no nothings » polluted the spring until they created « Crooked Hillary ».