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  • Etre (Charlie) ou ne pas (l’)être ?

    Etre (Charlie) ou ne pas (l’)être ?

    Ecrit par Kamel Daoud, le 24 janvier 2015, dans Monde - La une - France - Politique - Actualité

    Etre Charlie ou ne pas l’être. C’est la question. Elle fracture désormais Nord/sud, Algérie/France, Occident/Couchant, morts et vifs, compassion et banalisation. Topographie du cas algérien : l’être ou ne pas l’être ? C’est selon, quand on lit, écoute, voit ou discute. Etre Charlie s’appuie sur la compassion et le choc : on ne tue pas des dessinateurs au nom de Dieu ou de son Prophète. La vie est donnée par ce Dieu, elle ne peut être ôtée que par lui, selon les tablettes anciennes.

    Etre Charlie c’est être avec la vie, la liberté, l’humanité et la raison. Tu dessineras, mais tu ne tueras point. On a déjà vécu cela chez nous, en nous, avec nous-mêmes. Il ne s’agit pas de Français ou d’autres mais de la vie qui n’a pas de nationalité, seulement un droit et une flamme et une couronne. Beaucoup d’Algériens l’ont vécu ainsi. Ils sont Charlie parce que Charlie est aussi la vie.

    Et « je ne suis pas Charlie » ? A cause des malentendus, de la haine en soi, ou de l’aigreur ou de la colère ou du manque de conscience ou de l’abus de différences. Les deux premières raisons sont sales, on ne va pas en parler. Reste la troisième : des Algériens ont sorti par exemple des arguments légers : nous avions été seuls à l’époque de notre guerre. Faux : les journalistes du monde se sont solidarisés avec les journalistes algériens à cette époque. Il ne faut pas mentir, ni confondre Mitterrand avec les solidarités du monde.

    D’autres parlent de Palestine. Oui, absolument. Les solidarités ne doivent pas être sélectives. On l’est avec la vie ôtée et la douleur restée, partout. Mais curieusement le refus de la solidarité sélective ne conduit par certains à la solidarité totale mais à la désolidarisation calculée. Paradoxe : je ne suis pas Charlie car Charlie n’est pas la Palestine puis la Palestine n’est pas Charlie et donc je ne fais rien pour les deux au nom de l’un. Question alors : la Palestine demande-t-elle que l’on se désolidarise avec le reste du monde au nom de la solidarité avec la Palestine ? Non, j’en suis sûr.

    « Je ne suis pas Charlie » évoque aussi la religion. Laquelle ? Pas l’islam, mais la sienne, celle de ses colères : inhumaine. Selon les tablettes anciennes, l’islam est la religion de tous. Charlie compris ou pas ? Qui décide ? Si je ne suis pas Charlie, cela donne-t-il droit exclusif d’être Mohammed ? Si je ne représente pas Charlie cela autorise-t-il à se présenter comme représentant exclusif de Mohammed ? Non. Mohammed aurait-il voulu la peau de Charlie ou son sourire ? La religion est le lien avec Dieu, pas l’entrave avec le reste des hommes. Tuer n’est pas créer. Et dessiner n’est pas tuer. Si on veut partager cette religion avec le reste de l’humanité, il ne faut pas commencer par tuer pour ensuite discuter car on ne peut dialoguer avec un cadavre. Charlie a le droit de dessiner.

  • Merci à lui, merci à eux…

    Merci à lui, merci à eux…

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 24 janvier 2015, dans France - La une - Politique

    … A nous, évidemment aussi, qui avons su nous mettre debout, et essaierons de ne pas retomber à terre…

    Mais, est-ce étonnant ! Un des bilans de la sinistre semaine sanglante vécue, est qu’on puisse se dire : – mazette ! on est gouvernés !!

    Parce que – souvenez-vous – tout un chacun en doutait : et le capitaine en folie, et l’iceberg en vue, et les cafouillages, et les reculades, sans compter les contradictions (disaient tous, ou presque, les débats d’experts réjouis de notre « C dans l’air » national). On sentait, du reste, à petits pas, venir le pire : l’injonction paradoxale, celle qui dit tout et son absolu contraire ; celle qui rend fou…

    Alors, qu’attendait-on ? Que craignait-on ? À supposer qu’un peu de confiture de gauche soit restée dans notre assiette ? Simple : du désordre, de la confusion dans ce gouvernement si peu axé ; des tiraillements bruyants, voire des déchirures définitives dans cette majorité de trous et bosses. Et, côté exécutif, mise à part, un petit combat bien de chez nous, entre Gauche d’autorité et Gauche de grands principes historiques ; un Président sans couilles, tremblotant sur son pauvre socle de « la pire cote de popularité de toute la Vème », se repliant – peut-être – dans le giron de Gayet… J’oublie le principal ; arrivant sur la scène de ce champ de bataille déserté, tonitruant avec sa panoplie, le sauveur, le cheval de Bonaparte et son cavalier : Sarkozy en gloire quasi posthume. Bref, un Waterloo de légende – à moins qu’un Titanic, selon le genre filmographique préféré, et, toujours selon, demandé à la barre, un Stendhal, ou un Di Caprio…

    Tout faux. L’exécutif a été mieux qu’au niveau ; remarquable. Une hauteur républicaine qui – cela a été dit – nous attend tous ! Derrière, du coup, les troupes ont suivi, de gauche extrême parfois gênée dans la manœuvre, en Frondeurs médusés. Les autres – Opposition républicaine en tête, institutions de tous poils, têtes de pont religieuses – ont été vraiment bien dans cet Opéra qui valut plus d’un bon Verdi.

    Remarquable, donc, gouvernement et président, sous la mitraille, au point que j’en ai entendu certains, pas toujours tendres ni indulgents, y aller d’un : parfait. Fautes ? On voit pas où. On ne sait que retenir, emporter en mémoire, du texte (interventions télévisées du Président, ad-hoc ; vœux, ici et là, pour une fois tellement porteurs de sens ; allocution exceptionnelle de Valls devant l’Assemblée – décidément, quel superbe Conventionnel il sait faire !). On ne sait que choisir dans le plein d’images fortes entre le défilé hallucinant des Politiques, et l’empathie avec Patrick Pelloux… On ne sait plus, mais on a entendu, vu, et l’Histoire peut archiver à tour de bras, tranquille. Une France, celle qu’il faut, celle qu’on attendait, a été là.

  • L’œil de Claude : Incrustation

    L’œil de Claude : Incrustation

    Ecrit par Claude Gisselbrecht, le 24 janvier 2015, dans France - La une - Politique - Actualité

    Dimanche 11 janvier, lors de la marche républicaine, Nicolas Sarkozy a quelque peu bousculé le protocole et réussi à se faufiler au premier rang, celui des chefs d’Etat et de gouvernement en exercice. Etre ou ne pas être sur la photo, tel fut sans doute son principal dilemme, lui qui, on le sait, n’a de cesse de se repositionner dans l’arène politique !

    Malgré le recueillement et l’unité affichée, il n’a pu s’empêcher d’apparaître comme une personnalité « de premier rang », avec la complicité à peine voilée de Carla… Fort heureusement, tous deux furent recadrés juste avant la minute de silence !

    Chassez le naturel, il revient au galop… L’ex-président de la République s’est souvent inspiré de ce proverbe pour asseoir sa légitimité, mais il devrait savoir qu’une photo ou une caricature en disent peut-être plus long qu’un discours !

     

    Sous l’angle du CSA

    Il y a peu, le CSA convoquait télévisions et radios pour évoquer la couverture des attentats, réunion au cours de laquelle on a surtout pratiqué « l’art de la conversation »… Télévisions trop « présentes », radios trop « bavardes »… Ce sont là quelques-uns des reproches qui leur furent adressés, car elles risquaient à tout moment de mettre leurs équipes en danger et de gêner le travail des forces de l’ordre !

    Cette « connivence », parfois surprenante, en a choqué plus d’un, étant donné que certaines informations divulguées sur les antennes auraient pu intéresser les terroristes et, par voie de conséquence, aggraver la situation… Une manière d’appréhender le réel, spécifique aux chaînes « tout info », mais « reprise » également par d’autres chaînes, privées ou publiques !

    Au nom du droit à l’information, dont il faudrait repenser les limites, les médias prennent de plus en plus de risques et font songer à ce qui se passe notamment aux Etats-Unis, où l’on ne lésine pas sur les moyens pour faire de l’audience… Certains faits divers ressemblent même à des « scènes scénarisées », dont l’issue semble « écrite à l’avance »… Un comble !

    A Paris, Montrouge et Porte de Vincennes, le téléspectateur lambda eut lui aussi parfois l’impression d’assister à un « film d’action » qui passait en boucle, avec plans d’ensemble, plans moyens et gros plans… En définitive, une prédilection pour le « cinéma-scoop », où, hélas, trop d’infos tuent l’info !

  • Anti antiracisme = racisme ?

    Anti antiracisme = racisme ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 24 janvier 2015, dans La une - Société - Littérature

    Paul-François Paoli est chroniqueur au Figaro Littéraire. J’ai pris connaissance de son livre sur un site communautaire juif, preuve s’il en est du glissement vers la droite de l’ensemble de la société française, à l’image de Pierre-André Taguieff, pionnier de l’antiracisme dans les années 80 et dont les thèses se rapprochent lentement mais sûrement de celles du Front national.

    Il y a dans ce qu’écrit Paoli de l’inacceptable, du simplement mauvais et du pertinent.

    Il le dit lui-même dans les premières phrases du chapitre I :

    « Nul doute que le titre de cet essai choquera : si le racisme est un mal – et de fait il en est un – comment vouloir en finir avec ce qui est censé nous en prémunir. Levons d’emblée toute ambiguïté : il ne s’agit bien évidemment pas, dans cet ouvrage, d’en finir avec le refus du racisme, mais d’en découdre avec une idéologie devenue pernicieuse ».

    Soit ! Toutefois Paoli se fait un défenseur de ce qui pourrait s’appeler un « essentialisme culturel » : la culture devient une sorte de seconde nature, transmissible, héréditaire et de ce fait quasiment innée :

    « Il existe donc bel et bien une tradition occidentale, qui n’est ni fortuite ni contingente et qui a trait au logos, mot grec intraduisible qui s’apparente à un certain type de discours rationnel. Cette forme d’esprit particulière n’induit aucune suprématie d’ordre racial. Il n’en reste pas moins que ce sont les peuples d’Europe qui ont été les acteurs prééminents de cette forme de pensée ».

    De là à poser une « supériorité » de la civilisation occidentale par rapport aux autres, telle que proclamée un jour par Claude Guéant, il n’y a qu’un pas, vite franchi par Paoli lui-même : « a-t-on le droit de penser qu’il existe un génie propre à l’Occident sans subir la suspicion de l’antiracisme contemporain ? »

    Génie propre. Le Genius, à Rome, était une sorte de divinité tutélaire, créée dès la conception, accompagnant et protégeant l’individu tout au long de son existence. Bref une donnée « naturelle » beaucoup plus que « culturelle ». Les auteurs que cite Paoli à l’appui de sa thèse ne font que confirmer la chose : de Gaulle parle d’un « génie de la race ». Là, Paoli, qui sent bien que son grand homme est allé trop loin, corrige son propos ou tente de le faire : « même s’il n’existe pas à ses yeux (ceux de de Gaulle) de race française, il existe une race blanche marquée par la tradition gréco-latine et la tradition chrétienne et dont les Arabo-Musulmans ne font pas partie ».

  • Reflets des Arts Une querelle & quelques figures mancelles

    Reflets des Arts Une querelle & quelques figures mancelles

    Ecrit par Johann Lefebvre, le 24 janvier 2015, dans La une - Littérature

    16 août 1534, Alençon, le château. Clément Marot était invité au mariage d’Isabeau d’Albret, la frangine de Henri II de Navarre, avec René de Rohan. Se trouvait également à la cérémonie François Sagon, secrétaire de l’abbé de Saint-Evroult. On y lut la Monnerie des quatre Damoyselles, poème délicat écrit pour l’occasion par Marot. Le lendemain, durant une promenade dans le parc, non loin du château, ou dans la cour de celui-ci, on ne sait pas exactement, Sagon, très jaloux, attaqua Marot sur ses positions religieuses, le qualifiant d’hérétique. Ils s’engueulèrent, jusqu’à ce que Marot, exaspéré, sortît son poignard, faisant fuir Sagon. Ce dernier raconta l’incident dans la Deffense de Sagon Contre Clement Marot :

    « Tu te haulsas tellement pour le moins,

    Qu’à ta clameur survindrent deux tesmoings.

    Je m’acquittay par ceste voye honneste

    D’ung chrestien qui ung autre admonneste.

    Tu t’obstinas & la fureur descent,

    Tant qu’en une heure y en vinst plus de cent,

    Vela comment j’accompli en cest œuvre

    L’instruction que nostre évangile œuvre.

    Mais quoi ? on veit pour ung mot que je dy

    Marot tirer, comme ung homme estourdy,

    A son poignart, voullant commecttre offense,

    De m’assaillir sans baston de deffense ».

  • Pour toutes celles et tous ceux qui voudraient se faire entendre Taisez-vous !

    Pour toutes celles et tous ceux qui voudraient se faire entendre Taisez-vous !

    Ecrit par Luc Sénécal, le 24 janvier 2015, dans La une - Société

    Nous vivons une époque où tout va trop vite. Trop d’informations, trop de sollicitations, trop de pressions engendrent une sorte d’abêtissement de la population. C’est ainsi que l’on obtient également un asservissement quand trop de services et de produits viennent à tenir en laisse une population qui n’est plus capable de prendre en main sa propre destinée.

    En France, la démocratie si chèrement acquise possède en elle une richesse inégalable. Celle de permettre à tous comme à chacun de s’exprimer par les urnes. Celle de permettre à tous comme à chacun de s’exprimer librement par le support qu’il choisit en toute liberté. Celle de permettre d’avoir accès à des choix qui sont, dans le principe, ceux qui lui correspondent le mieux.

    Or c’est faux.

    Incapable désormais, et cela est prouvé quotidiennement, de s’accorder le temps de réfléchir, de prendre du temps pour mieux examiner les problèmes au fond, autrement que par la forme, comme cela lui est soumis sans cesse, cette population va au plus simple, au plus pressé.

    Non, elle ne veut pas faire entendre sa voix, parce qu’elle estime désormais que cela ne lui sert à rien. Elle ne veut pas non plus entendre la voix de celles et ceux qui lui demandent de prendre le temps d’aller plus en profondeur, en prenant connaissance des tenants et des aboutissants face aux problématiques auxquelles elle se confronte.

    Elle mange, elle boit, elle jouit, elle s’enrichit de superflus, de virtuel, d’un rien qui lui paraît essentiel. Elle se soumet aux codes sociaux, aux modes commerciales, aux chants des sirènes de la pub, aux besoins inutiles qui lui semblent indispensables parce qu’ils ont pris une forme différente et que la précédente à peine sur le marché est déjà obsolète.

    Elle s’enferme, se clôture, se digicode, met des caméras dans toutes les pièces, se méfie, se plaint, se radicalise, se sclérose. Elle n’ose plus. Elle reste sur ses acquis et a bien trop peur qu’on les lui enlève. Elle reconnaît qu’il convient de faire un effort, mais pour les autres, pas pour elle. Elle se reconnaît dans des associations, des regroupements d’intérêts communs professionnels ou autres. Elle se protège.

    Réfléchir ? Réfléchir à quoi ? Là, je dois sortir faire des courses dans un supermarché, sorte de caverne d’Ali-Baba, dont je reviendrai avec bien plus que ce que j’avais prévu et dont j’avais besoin. Là, je dois sortir pour me saouler de plaisirs divers et variés, tant il y en a qui me sont proposés. Sans cesse, ils défilent devant mes yeux. Sans cesse, ils susurrent dans mes oreilles. Sans cesse mon entourage en parle, mes amis me défient, mes collègues en vantent l’usage.

  • Je me souviens

    Je me souviens

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 24 janvier 2015, dans La une - Ecrits

    Je me souviens.

    Des sourires moqueurs de mes camarades quand j’arrivais en classe, vêtue de tenues démodées, parfois un peu reprisées, mais toujours propres.

    Des repas à la cantine, quand tous les élèves, en ces années où l’on ne parlait pas encore de laïcité et d’autres cultures, se moquaient de moi parce que je ne mangeais pas le jambon ou les rôtis de porc.

    Je me souviens.

    Des sombres coursives de notre HLM avec vue sur « la plage ». C’est ainsi que maman, toujours si drôle, avait surnommé le parking dont des voitures elle faisait des navires et où les trois arbres jaunis devenaient des parasols. Au loin, le lac de la Reynerie miroitait comme la mer brillante de notre Alger natale. Maman chantait toujours, et papa souriait.

    Je me souviens.

    De ces années où il rentrait fourbu des chantiers à l’autre bout de la France, après des mois d’absence, le dos cassé et les mains calleuses. J’entendais les mots « foyer », et les mots « solitude », et parfois il revenait avec quelques surprises de ces villes lointaines où les contremaîtres aboyaient et où la grue dominait des rangées d’immeubles hideux que papa devait construire. Un soir, alors que son sac bleu, celui que nous rapportions depuis le bateau qui nous ramenait au pays, débordait de linge sale et de nuits tristes, il en tira, triomphant, un bon morceau de Saint-Nectaire et une petite cloche que les Auvergnats mettent au cou des belles Laitières : il venait de passer plusieurs semaines au foyer Sonacotra de Clermont-Ferrand la noire, pour construire la « Muraille de Chine », une grande barre d’immeubles qui dominerait les Volcans. Nous dégustâmes le fromage en rêvant à ces paysages devinés depuis la Micheline qui l’avait ramené vers la ville rose, et le lendemain, quand j’osais apporter la petite cloche à l’école, toute fière de mon cadeau, les autres me l’arrachèrent en me traitant de « grosse vache ».

    Je me souviens.

    De maman qui rentrait le soir avec le 148, bien avant que le métro ne traverse Garonne. Elle ployait sous le joug des toilettes qu’elle avait récurées au Florida, le beau café sous les arcades, et puis chaque matin elle se levait aux aurores pour aller faire d’autres ménages dans des bureaux, loin du centre-ville, avant de revenir, alors que son corps entier quémandait du repos, pour nettoyer de fond en comble notre modeste appartement et nous préparer des tajines aux parfums de soleil. Jamais elle n’a manqué une réunion de parents d’élèves. Elle arrivait, élégante dans ses tailleurs sombres, le visage poudré, rayonnante et douce comme les autres mamans, qui rarement la saluaient. Pourtant, seul son teint un peu bronzé et sa chevelure d’ébène racontaient aux autres que ses ancêtres n’étaient pas des Gaulois, mais de fiers berbères dont elle avait hérité l’azur de ses yeux tendres. En ces années, le voile n’était que rarement porté par les femmes des futurs « quartiers », elles arboraient fièrement le henné flamboyant de leurs ancêtres et de beaux visages fardés.

  • Les Fleurs du Bien

    Les Fleurs du Bien

    Ecrit par Tawfiq Belfadel, le 24 janvier 2015, dans La une - Ecrits

    Dans les rayons de tes champs

    Dans tes dunes sans aventuriers

    Dans ton bateau sans matelots

    Dans tes feuilles allongées

    Dans tes montagnes sans rivières

    Dans les couloirs de tes poèmes

    Dans ta ruche sorcière

    Dans la canicule de tes larmes

    Dans la banquise de tes soupirs

    Dans ta langue indicible

    Dans tes nuits ivres

    Dans tes bras d’exil

    Dans les nuages de tes ailes

    Dans l’ombrage de tes rhizomes

    Dans ton ancre natale

    Dans la solitude de ton royaume

    Dans ton île solidaire

    Dans tes troncs douloureux

    Dans tes silences de miroir

    Je cherche Dieu.

  • Amours, funérailles et orgues

    Amours, funérailles et orgues

    Ecrit par Luce Caggini, le 24 janvier 2015, dans La une - Ecrits

    Le Magnifique écrivait à longueur de journée, de nuit peut-être pour ce qu’elle en savait. Il lui arrivait de lancer des appels d’amour en plein milieu de la nuit et ces mots qu’elle savait dérobés à son terroir en faisaient l’unique de sa vie. Elle avait bien compris que recevoir ses lettres c’était déjà faire partie de son existence, résonner entre ses murs. Donner un avenir à leurs billets, elle aimait ces petits mots nocturnes, ça donnait de la chair à leurs écrits.

    La Séductrice s’abandonnait, remodelée, révélée comme une jeune argile, dissoute dans une mosaïque de sons et d’images, harmonieuse onde parfumée mystérieusement argentée que trois notes de musique céleste portaient au comble d’un bonheur à peine esquissé déjà estompé. Elle s’émerveillait et persistait à découvrir des voies de lumières dans les écrits de l’amant que la maturation d’un beau lâché de paroles exacerbées par un savant de la midrash avait le pouvoir d’enivrer.

    Il y avait cependant une question essentielle esquivée comme ces vibrations soufflées dès l’aube qu’un jour naissant dévoile à la conscience mise hors de combat après une nuit de chair, de partages innocents et de galaxies en folie.

    Grain de sable enfoui dans les sous-sols de la mémoire d’une vieille femme, La Séductrice ne pouvait se détourner de cette montagne de petites caresses, réalisant à peine la magnitude des petits riens dont le jour prenait congé. Une vie marchait à coté d’elle s’enroulait se déroulait à l’envers dans un sens rare, régulier, géométrique, avide d’un bon et juste sens mettant une mariée du Maghreb dans tous ses états à faire voler son voile sur les rives de la Tamise. Dans un envers, au sein d’un ouragan manipulant la vague du surf nageant entre trois murs de béton, se menait vent arrière la plus belle partie de rigolade d’une vie de vent fou.

    Une autre aurait mené ce combat de plumes et âmes en danse de Saint-Guy mais la pauvre oie confite en adamessie caressante ensorcelante rêvait d’une confiserie musclée indolore, accouplement du mariage d’une madone avec la magie du pénis d’un roi d’Israël.

    Un chaman juif les unirait, c’était sûr.

    Un vent de Mars soulevé de terre, un clignotant amnésique, une révolutionnée à plat ventre sur un sommier vide, vidée, emprisonnée dans la saveur de ses rêves écrasée d’espoirs, un oracle maladroit, un contresens, un combiné à haut risque de mort littéraire enfantaient confusion de valeurs réelles et de douceurs inventées dans l’anonymat révélateur d’un amant virtuel.

  • Eclats d’humeur (19) Etat d’amour

    Eclats d’humeur (19) Etat d’amour

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 24 janvier 2015, dans La une - Ecrits

    J’aime

     

    le ciel

    qui vinasse gris

     

    la prison des amours

    dans la liberté infinie

     

    le timbre doux mortel

    des sirènes au feu bleu

     

    l’argentique rosée de sang

    quand le soleil a trop donné

     

    la pluie ivre d’aimer

    le grain sourd de la peau

     

    la femme assise par terre

    comme un objet de trop

  • Continuer d'écrire

    Continuer d'écrire

    Ecrit par La Rédaction, le 20 janvier 2015, dans La une

    « La  Cause Littéraire » et « Reflets du temps » ont été hackés, ce jour du 19 Janvier. En même temps que tant d'autres sites, mais - et ce sera «  leur » problème - « ils » n’atteindront jamais tout !

      Nous avons été détournés, au profit de la plus sinistre cause qui soit ; celle de l'intolérance abjecte, de l'obscurantisme des tréfonds, de l'extrême violence. Au diable, les valeurs de la République, disent ces dessins, ces mots, ces hurlements ! Et la page noire de croire avoir fait taire  les chroniques de cette semaine...

      Et bien, à Reflets du Temps, dans ce magazine ouvert aux sensibilités de chacun, et  au débat,  nous revendiquons l'honneur de continuer à écrire  sur tout, dans la liberté que nous a donnée, ici, dans ce pays, un texte indépassable : la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen... Simple comme liberté en France debout !

  • Nous n'oublierons jamais...

    Nous n'oublierons jamais...

    Ecrit par La Rédaction, le 17 janvier 2015, dans La une - Actualité

    L'évidence est là , nous n'oublions pas ; nous n'oublierons jamais, et le drame, et la République debout, et ce qui reste de ciel noir... nos mémoires, nos écritures, nos paroles échangées et celles qu'on garde en soi. L'oubli, depuis ce début Janvier n'est plus un mot usuel. A moins qu'il ne l'ait trop été ; avant.

    Nous avons beaucoup publié la semaine passée, sur «  les évènements ». Un magazine – fût-il modeste, comme le nôtre, se sent investi, dans un tel cas, de quelque chose d'unique, après ce moment de sidération, où rien ne peut s'écrire...

      Beaucoup d'entre nos rédacteurs, et aussi des nouveaux, nous ont proposé des textes – souvent, d'ailleurs des poèmes, comme si ce genre si proche du chant, ou de la prière, était ce qui semblait naturellement adapté à son ressenti.

     Merci à eux tous, d'avoir honoré, ainsi Reflets, pour lors, d'un temps si dur.

     Mais, nous ne publierons plus – ou si peu – ces retours sur l’Événement lui-même ; nous ne voulons plus publier face à l'avenir, que les analyses ou les prospectives. Que chacun veuille bien le comprendre.

  • "L'ESPRIT DU 11 JANVIER 2015 "

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 17 janvier 2015, dans France - La une - Politique - Actualité - Société - Histoire

    Après l'horreur des jours qui ont précédé le 11 janvier - l'attentat contre Charlie Hebdo, puis les prises d'otages -, ayant entraîné un total de 17 morts, les "marches républicaines" du 11 janvier furent un considérable succès citoyen : près de cinq millions de personnes dans les rues (en comptant les 700.000 de la veille), record inégalé depuis la Libération  , avec, d'une manière exemplaire au niveau de la gestion de la sécurité, les représentants des familles des victimes, ceux des grandes religions, des syndicats et de diverses associations, plus 50 chefs d’État et de gouvernement du monde entier... ! Après le temps de l'émotion, bien naturel, puisque d'abord fondée sur les drames, il y a eu le désir de se retrouver d'un "Peuple debout" ( titre repris par de nombreux quotidiens)... ! Et maintenant va commencer celui de la réflexion. Je ne vais ici que tenter de donner mes premières impressions à ce sujet, incluant des limites, car nous ne devons pas nous enflammer, même si ce 11 janvier fut un phénomène "inouï" (pour reprendre l'expression employée par Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération et éditorialiste au Nouvel Observateur)...

    Il est incontestable que ce qui s'est passé, dans notre France, si souvent vue, et de plus en plus depuis l'accentuation de la crise, comme hyper-individualiste et repliée sur elle-même, peut devenir - d'une certaine façon - une sorte de "révolution culturelle" fondée sur la Fraternité (entre les composantes de base de notre société). Ces citoyens, qui se retrouvaient dans les rues, aussi bien à Paris qu'à Lyon, Marseille, ou au cœur des autres grandes, moyennes et petites villes de notre pays (et parfois même de simples bourgs), et qui - malgré le chagrin - étaient venus pour un espoir de refonder du "vivre ensemble", tombant souvent dans les bras les uns des autres, me rappellent (comme historien), "l'esprit de Février 1848" ! Ce fut en effet à cette époque-là, lorsque chuta presque pacifiquement le régime du roi Louis-Philippe (la Monarchie de Juillet), que l'on ajouta véritablement le mot de Fraternité à la devise républicaine... Le 11 janvier 2015, la France s'est retrouvée et le monde a retrouvé la France qu'elle Aime, cette France éternelle, humaniste, démocratique et ouverte sur les autres, annonçant peut-être cette "République universelle" que Victor Hugo avait prophétisée (au milieu du XIXe siècle), et que la très grande majorité des Français avaient oubliée... Une France n'ayant rien à voir avec l'extrémisme des marchands de haine quels qu'ils soient, aussi bien ceux qui soutiennent l'action des terroristes islamistes que ceux qui ont tenté une sorte de "hold up" sur ses symboles depuis les années 1980 et dont la cheftaine blonde a tenté ces jours-ci de se faire passer pour une "victime" tandis que  le père éructait ses "Je ne suis pas Charlie !" - à l'instar, remarquons-le, de certains intégristes franco-musulmans favorables aux "djihadistes"... !! Mais, tout ceci - en tout cas pour ce dernier - dans un quasi silence général assourdissant, comme si le Front National et les partis d'extrême droite européens (y compris les islamophobes de Pediga en Allemagne) étaient tétanisés par ce qui vient de se passer...

  • Ceux qui ont la gorge trop serrée

    Ceux qui ont la gorge trop serrée

    Ecrit par Myriam Hamouda, le 17 janvier 2015, dans Ecrits - La une - Actualité

    Que ceux qui défendent soudain la liberté d’expression laissent à ceux qui ont la gorge trop serrée la liberté de ne pas s’exprimer. La douleur n’est pas une matière enseignée sur les bancs de l’école, et personne ne nous a jamais appris à la dompter pour en faire un petit chaton trop mignon qu’il suffirait de caresser pour le calmer quand il est en colère ; chacun s’arrange toujours avec sa douleur du mieux qu’il le peut. Il y en a qui ont besoin de parler, beaucoup, à toute vitesse, pour faire sortir ce mal qui les ronge de l’intérieur, pour fuir ce silence dont le gouffre s’ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ont peur de tomber. Il y en a qui ont besoin de prendre l’air, comme depuis que la douleur les en a privés ils n’arrivent plus à respirer ; ils marchent d’un pas aussi lourd que leur cœur dans le bois d’à côté, ils galopent autour d’un stade la nuit tombée en espérant qu’à force de tourner en rond ils arriveront à fabriquer une tornade qui aspirera leur mal-être. Il y en a qui ont besoin de laisser leur douleur sur le paillasson de l’entrée et de troquer leurs idées avec celles de leur voisin de palier ou celles de n’importe qui tant qu’elles sont sages et les laissent tranquilles, ils essayent d’en rire comme les lames de leur plancher sont déjà imbibées de leurs larmes trop salées, ils jouent à candy crush comme ils savent pourtant que les vies ne se cumulent pas, que le monde n’est pas un gros bonbon rose, mais ils aimeraient pouvoir y croire encore un peu comme avant. Il y en a qui ont besoin de se taire et de tendre l’oreille pour écouter le silence derrière le brouhaha.

    Et depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne savent plus ce qui leur fait le plus mal. La barbarie de ces types remplis de haine qui ont confondu kalachnikov et crayon-mine, ou ces discours venimeux qui jaillissent de tous les côtés chaque minute. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; c’est des images choc des slogans qui claquent des gorges trop serrées qui craquent sous les draps et que le monde pointe du doigt parce qu’elles n’ont jamais appris à répandre leurs larmes sur le trottoir d’en bas. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; quand la minute de silence passée les langues se délient les cagoules valsent et que sous ce si bel élan de solidarité se faufile la haine d’une meute en pleine confusion. Et même si leur appartement reste propre à coup de troubles obsessionnels compulsifs et d’eau de javel, depuis mercredi ceux qui ont la gorge trop serrée passent pourtant toutes les minutes de leurs jours et de leurs nuits au-dessus de la cuvette des waters. Et si elles pouvaient parler les gorges trop serrées, elles hurleraient aussi fort que vous qu’elles ont mal, aussi mal que vous ; et elles tendraient leurs mains comme elles vous souhaiteraient pour cette nouvelle année de laisser votre haine désordonnée de côté, juste un instant celui d’apprendre à nous aimer avant de prononcer ces mots qu’on ne pense jamais vraiment quand c’est la colère qui les lâche en dérapant sur le verglas. Mais, depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne parlent plus, comme ils ont perdu le sommeil les mots et leur bienveillance.

  • La nouvelle diplomatie de la Chine ?

    La nouvelle diplomatie de la Chine ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 17 janvier 2015, dans Monde - La une - Politique

    Riche numéro de rentrée que celui-ci ! Inauguré par un brillant éditorial présentant l’état du monde après l’été mouvementé, s’il en fût, en géopolitique. Constat difficile : « rôle nouveau de la force, pouvoir illusoire des anciennes puissances, décalage des institutions internationales ». Survivre ? « un forum, intermédiaire entre le G redevenu 7, et le G 20 ; restaurer le concept de sécurité régionale, observer les quatre espaces sensibles que sont l’Europe après la crise russo-ukrainienne, le Moyen Orient, toujours, l’Afrique et l’Asie ».

    Au moins quatre arrêts, selon moi, s’imposent dans cette revue d’automne ; en regrettant tout ce qui aurait pu en mériter d’autres. Le Contrechamps est consacré – naturellement après le terrible été – à Israël/Palestine. Deux articles forts : « la solution à deux États est encore possible », vue du versant Israélien, et « John Kerry au Proche-Orient : de la diplomatie de la faiblesse à la diplomatie de l’espoir ». Dans Repères, un remarquable article de François Gaulme éclaire la nécessité d’utiliser dans les relations internationales, et dans les conflits ouverts, l’anthropologie. S’appuyant sur l’exemple récent du Sud Soudan, aux prises avec le conflit Dinka/Nuer, il est démontré que les anthropologues pourraient avoir « une appréhension plus exacte de la réalité et une compréhension meilleure des logiques en jeu, car la science politique, comme la stratégie militaire, sont déroutées par des phénomènes obéissant à des mécanismes psychiques et sociaux sans rapport avec les grandes logiques du monde contemporain ».

    Enfin, dans les livres recensés on ne peut que conseiller celui de Pascal Lamy,« Quand la France s’éveillera », qui éclaire ce qu’est la mondialisation/Globalisation, face A, face B, en faisant un sort à plus d’un cliché ; sait dire ce qu’il faut sur le rôle de l’Europe à venir, et cible pour la France deux ou trois idée-force, ou, plus sérieusement, quelques chemins possibles (ou, conseils ?).

    Le rôle titre de cette partition automnale, à l’IFRI, revient fort à propos à la Chine, dont le rang de Première Puissance mondiale tout fraîchement attribué, occupe actuellement les Une.