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IFRI – Revue de Politique étrangère – La Russie au Moyen Orient

Deux dossiers, comme il se doit dans ce numéro de printemps de l’Ifri : un passionnant «  Israël après les élections  » : glissement au centre d’un électorat s’éloignant des difficultés de la Gauche à prendre la mesure de l’insécurité, ne voulant plus, aux prises avec les difficultés socio-économiques, créditer la Droite dure. Et, puis, un «  Russie au Moyen Orient  », riche en curiosités à satisfaire. C’est sur ce dernier qu’a choisi de porter l’éclairage – Reflets du Temps – car, il nous a semblé que les problématiques sonnaient là, d’une brûlante actualité ; Syrie, Iran, politique énergétique, place de l’« Occident », carrefours mouvants du monde à venir… 5 chapitres richement nourris, comme toujours à l’IFRI/PE, apportant chacun leurs problématiques, les contenus solides pour conduire le raisonnement au terme – références en bas de pages à l’appui –, utilisant les dernières recherches, n’assénant pas de vérités arrêtées, mais bien plutôt, des thèses proposées et ouvertes. La Russie se pense – dans le droit fil de son histoire – comme une entité politico-culturelle à part, eurasienne, « intégrant à la fois des éléments occidentaux et orientaux, tout en préservant sa spécificité ». Les excès de l’Islam, qu’elle connaît bien – anciennes républiques musulmanes soviétiques, puis russes, obligent, avec, en contre-point, les menaces occidentales – ne sont, du coup, pas conformes à l’image qu’elle se fait de son rôle possible, celui d’un arbitre conservateur, craignant par dessus tout le mécanisme des dominos. Elle ne veut ni de l’Occidentalisme, largement critiqué, ni de l’Islamisme, craint et redouté. L’un et l’autre, semblant fauteurs d’instabilité et de guerre, dans un Moyen-Orient, mouvant, comme jamais, sis aux pieds du géant russe (article d’ Andrei P Tsygankov) . « Présenté comme le seul et dernier soutien de poids au régime de Damas, Moscou se démarque par son intransigeance ». Certes, on le voit tous les jours sur la scène sanglante de la Syrie en guerre, dans un Moyen-Orient, dont les mouvements sont hélas organisés autour de ce sujet-central. Depuis l’Union Soviétique, des liens privilégiés existent entre Moscou et la Syrie ; Guerre Froide en fond sonore. La Russie a réactivé les liens dans le début des années 2000 « dans un contexte d’anti-américanisme dans le monde arabe, avec l’occupation de l’Irak ». Très attachés à la laïcité du régime de B. El Assad, se voulant, également, en tant que puissance chrétienne, les protecteurs des « grecs-orthodoxes », les Russes lisent l’affaire syrienne comme la révolte de courants islamistes contre un état moderne et laïc, autoritaire, certes. Les positions occidentales, américaine et européenne, sont dénoncées, comme armant, in fine, Al-Qaida, sous couvert de soutenir une révolution à prétention démocratique. L’intervention extérieure est assimilée au chaos, et la position diplomatique russe vise à « respecter la souveraineté de la Syrie et le principe de non-ingérence », en vue de s’affirmer dans le jeu moyen-oriental, et de proposer un rôle de médiateur « raisonnable » (article de Frédéric Pichon) . C’est toujours une volonté de poser son rôle dans la géopolitique régionale, qui pilote les relations russo-iraniennes. Là aussi, ce sont des liens forts et anciens pour ces deux voisins. On sait que « un des défis majeurs à la stabilité du Moyen-Orient est l’ambition de Téhéran de parvenir à la souveraineté nucléaire ». Dans son article, Clément Therme souligne que Moscou partage avec l’Occident le refus d’un « cavalier seul » en ce domaine, de Téhéran, mais se singularise par un positionnement fortement conciliateur – ayant, un temps, proposé l’enrichissement en territoire russe de l’uranium iranien –, souhaitant obtenir un contrôle des activités nucléaires de leur voisin du Golfe, en contrepartie d’une levée « graduelle des sanctions occidentales »… La position face à la Syrie est proche, pour les deux états ; toujours ce choix de l’« ordre » face au « chaos » du changement de régime ; et le front est constitué face aux prétentions turques – ennemi de longue date, apparaissant comme la tête de pont occidentale ; or, « Moscou et Téhéran souhaitent apparaître comme “les” grandes puissances de la région pouvant s’opposer à l’occident ». On voit, ici, comme partout, dans les positions russes au Moyen-Orient, se dessiner deux objectifs à la manœuvre : jouer un rôle régional éminent de « grande puissance » et hisser le drapeau dans le paysage – interlocuteur, médiateur de premier plan ; apparaître comme un élément conservateur de « l’ordre », préférer les régimes en place, en pesant sur eux, à un « chamboulement » ; surtout, quand il s’agirait de prendre le risque de soutenir des factions islamistes, dont l’écho résonnerait jusqu’aux républiques aux marges de son territoire. Difficile de boucler un dossier sur le Moyen-Orient, sans évoquer Israël ; un article d’ Igor Delanoë fait le tour des ambivalences de la relation avec la Russie. « Depuis 1989, près d’1 million de ressortissants de l’ex-URSS, installés en Israël, forment un pont humain entre les deux états » ; comptent de plus en plus dans l’establishment ; la langue russe est importante, les visas ont été supprimés dès 1988, et « l’état hébreu est le deuxième partenaire commercial de la Russie au Proche Orient ». Mais, il y a cet autre « ami », l’Iran, vécu comme la menace prioritaire par les Israéliens… la coopération industrialo-militaire continue pour Moscou, avec Téhéran, sans interrompre avec Tel-Aviv l’entente anti-terrorisme (officiers russes et israéliens s’entraînent ensemble) ni les contrats en matière spatiale et technique, comme pour les drones. Pour autant, les deux puissances lisent, et le printemps arabe, et l’affaire syrienne, avec la même grille d’observation : « crainte de l’émergence de forces politiques islamistes hostiles ». Forces redoutées aux frontières d’Israël, des directions sunnites radicales, comme le régime égyptien… Julien Nocetti , spécialiste des politiques énergétiques, ouvre, avec son article pointu, une double approche inévitable, celle d’une immense puissance énergétique, campant sur Gazprom, et tant d’autres réserves, obligée à exister et à devenir un partenaire incontournable, au Moyen-Orient, cœur en hydrocarbures du monde. Relations difficiles, historiquement, avec l’OPEP, aujourd’hui passées à une diplomatie active en ce domaine, tant pour influer sur les prix que sur les processus décisionnels. « Parler » à l’Arabie et aux autres états de la péninsule,  harmoniser l’échange avec l’Iran, mais aussi Israël, s’attirer plus largement la bienveillance des pays musulmans… une obligation diplomatique pour Moscou ; une carte essentielle face à l’Occident, aussi. La Russie, en ces domaines, doit « jouer fin ». Ainsi, au Moyen-Orient, un poids lourd : la Russie, qui fait un « retour » remarqué, dans une région, où, de fait, elle a toujours été présente depuis l’âge soviétique. Une constante dans sa politique, ici : éviter « la guerre de civilisations », contourner ce qu’elle analyse comme un chaos inconnu à venir, en privilégiant le dialogue et les coopérations de tous ordres avec le monde islamique, n’hésitant pas à emprunter à la culture démocratique occidentale des concepts comme le droit de « non-ingérence ». Décidément, et, sans doute, de plus en plus,  La carte du Moyen-Orient ne se lit pas sans la Russie.

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