Ecrire, faites bosser les taupes !

le 01 août 2010. dans Ecrits, Littérature

Ecrire, faites bosser les taupes !

Samedi 3 juillet, les lève-tôt pouvaient entendre sur France Inter une émission passionnante de Stéphane Cosme : "Le 3ème sous-sol", consacrée ce jour-là à un fort étrange "Déjeuner sous l'herbe" de 1983 et aux fouilles archéologiques qu'il suscita… 27 ans plus tard.

Rappel des faits (tiré du texte de présentation de Stéphane Cosme) :

"En avril 1983, dans le parc du château de Jouy-en-Josas, l'artiste Daniel Spoeri, figure majeure des Nouveaux Réalistes, organisait un gigantesque banquet auquel participait le tout-Paris artistique. À la fin du pique-nique, les 120 invités enfouissaient dans le jardin les restes du repas. Une tranchée de 60 mètres avait été creusée à cet effet, et dans la pelouse ont ainsi été enterrés aliments et ustensiles du repas. L'idée était de fixer l'instant présent.

"Vingt-sept ans plus tard, la création souterraine renaît de son humus. Au début du mois de juin 2010, la Société de déterrement du tableau-piège, un collectif interdisciplinaire, se lance dans un vaste chantier archéologique pour exhumer les restes de cette œuvre avec l'aide de l'Institut national de recherche en archéologie préventive."

La suite de l'émission était consacrée aux découvertes qui s'ensuivirent.

Fasciné par le concept de Spoeri, j'ai décidé de procéder le jour même à l'inhumation de cinq livres et d'un manuscrit inachevé dans un coin de jardin que je sais fréquenté par une famille de taupes. 28 jours plus tard, j'ai déterré les restes et ai commencé à les rassembler, tant bien que mal. Ce qui suit n'est que le début d'un gigantesque work-in-progress. Il me reste, en effet, plus de 5000 pages déchiquetées à traiter, ce qui devrait m'occuper pendant encore trois ou quatre ans.

Je livre ici, en exclusivité, les premières pages de ce texte en chantier, où ont été recollés et réordonnés les fragments inextricablement mêlés de plusieurs sources écrites. (La graphie permet aisément de les distinguer, sans parler des différences stylistiques.)

"LE TRAIN DU 8 H 37 EST EN RETARD"

LONGTEMPS, JE ME SUIS COUCHÉ TÔT… Rasage. Biscottes. Café au lait. Et maintenant, 10 minutes que j'attends. Sur ce quai de gare. Bondé. "C'est tous les jours comme ça", dit une grosse dame. LEURS BOUCHES SE RENCONTRÈRENT, LEURS YEUX S'ENFLAMMÈRENT. Faites chauffer la matière grasse dans une grande poêle épaisse. Comment fendre cette foule moutonnière ? Plonger vivant dans le court-bouillon. Faire pocher 20 minutes. Retirer la chair de la queue. Le train n'arrive toujours pas. Sur le quai – bondé – ça commence à chauffer. Étaler le beurre sur une plaque à four, faire saisir 10 minutes à feu vif. Retirer et tartiner de moutarde. Je repense à Martin, le nouveau p'tit chef, venu nous briefer dès 8 h 30. Parler compression, délocalisation. Dégraisser en passant au chinois. En fait, il m'est apparu comme le prototype du faux dur. Qui cherche à faire illusion. La meringue durcit vite, et vous la croyez cuite. mais au sortir du four, elle s'effondre car l'intérieur est encore mou. ENTRE-TEMPS, CELUI DES QUATRE QUI N'AIMAIT LES FEMMES QUE DANS CE QU'ELLES ONT DE COMMUN AVEC LES HOMMES, SÉDUIT PAR CETTE CROUPE OFFERTE (…) DEMANDA UN PETIT RÉPIT POUR EN PROFITER. "Monsieur, glapit soudain la grosse, n'en profitez pas, cessez de pousser, ou j'appelle le chef de gare !" Le train est arrivé. Enfin. On se rue. À l'intérieur. On s'entasse. Les uns contre les autres comme des… Sardines, les vider, leur supprimer la tête, les ouvrir en les fendant sur toute leur longueur. ET MARTIN CONCLUT QUE L'HOMME ÉTAIT NÉ POUR VIVRE DANS LES CONVULSIONS DE L'INQUIÉTUDE OU LA LÉTHARGIE DE L'ENNUI."

Merci les taupes !

Extraits choisis de : "À la Recherche du Temps Perdu", "Candide", "Histoire d'O", "Cuisine sans souci" de Rose Montigny et "Les Recettes Faciles" de Françoise Bernard. Texte de liaison, sauce et faitout : O. E.

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