Inglorious Basterds, glorious Movie

Ecrit par Léon-Marc Levy le 11 septembre 2010. dans La une, Cinéma

Inglorious Basterds, glorious Movie

Je ne m’en lasse pas et, comme Tarantino, ma jubilation ne faiblit pas. « Inglorious Basterds » est sorti sur nos écrans en juillet 2009. Le voici dans nos salons depuis une semaine, Canal+.

De toute évidence ce film a le ton d’une pochade estivale. Seulement voilà, nos mémoires de cinéphiles sont peuplées de pochades estivales devenues des films-culte. De « Coups de Feu dans la Sierra » ou « Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia » de Sam Peckinpah au « Duel » de Steven Spielberg, en passant par le « Gloria » de John Cassavetes, que serait le cinéma sans les « rigolades » de juillet/août cachant des joyaux devenus légendaires ?

La « pochade » de Tarantino (qu’il conçoit comme telle si j’en crois ses interviews du moment) est évidemment destinée à s’inscrire d’emblée dans ces perles d’été ! Tout y est déjà culte.

A commencer par la musique. Dès la première seconde, citation : Alamo de John Wayne, « Green Leaves of summer ». Sur un gros plan de visage barbu, façon Sergio Leone, et un arrière-plan flottant d’une voiture allemande qui avance lentement sur un chemin vicinal. Le décor est planté : vous allez avoir du baroque, du « spaghetti », de bout en bout ! Et on est servi, jusqu’à la délirante scène finale, digne de Dario Argento, maître du fantastique rococo italien. Toute la bande-son est déjà culte : La musique d’Ennio Morricone (« Dopo la Condanna » !), le somptueux « Cat People » de David Bowie.

Les acteurs magnifiques. Brad Pitt, figé dans un tic Marlon Brandesque Godfather, d’une élégance sobre tout au long du film bien que jouant un parfait déjanté. Christoph Waltz, carrément génial dans un rôle de SS sadique et à la séduction vénéneuse. Mélanie Laurent, fluide et hautaine, même dans ses terreurs. Et tous les autres, parmi lesquels on ne peut oublier Til Schweiger en allemand anti nazi (Stiglitz) complètement fou, Daniel Brühl, en héros nazi presque malgré lui, Jean-Jacques Ido en projectionniste noir amoureux de Shoshana.

L’histoire racontée est récurrente dans l’Histoire même du cinéma américain : le cinéma refait l’Histoire et venge les gentils que l’histoire a laissé inconsolés ! Spielberg nous l’avait fait dans Indiana Jones, déjà avec les nazis (Iahvé déchaine sa colère contre eux comme il l’avait fait contre les armées de Pharaon lancées aux trousses de Moïse et de son peuple !), Don Taylor dans « Nimitz, retour vers l’enfer » avec Pearl Harbour. Quentin Tarantino le fait ici, déchiquetant et brûlant joyeusement Adolf Hitler dans une Apocalypse déchainée par une Juive persécutée et un Noir ! Or, la métaphore est jubilatoire, le feu final qui extermine le Gotha nazi est nourri par des FILMS, des bandes de celluloïd hyper inflammables, qui transforment la salle de cinéma où a lieu une projection à la gloire des héros nazis en chambre d’extermination à l’envers pour les chefs nazis. Le cinéma, oui, au sens propre, refait l’Histoire. Le cinéma nous venge.

Ouverture vertigineuse vers un des paradigmes fondateurs de la fascination qu’il exerce sur les foules depuis plus d’un siècle : le cinéma, c’est mieux que la vie puisqu’il permet des jubilations que la vie ne peut offrir. Brûler Hitler et sa bande d’assassins enfin !

Clarté de la narration, clins d’œil malicieux aux cinéphiles, allusions à la BD, beauté plastique permanente de la photographie. Inglorious Basterds est un régal de chaque instant, à la Gloire du cinéma. Glorious movie !

A propos de l'auteur

Léon-Marc Levy

Léon-Marc Levy

 

Modérateur

Professeur agrégé de Lettres Modernes

Maîtrise de philosophie

Directeur du magazine "La Cause Littéraire"

Rédacteur en Chef du "920-Revue.fr"

Animateur de "Thème et Texte"

 

Commentaires (7)

  • OLIVIER EYQUEM

    OLIVIER EYQUEM

    12 septembre 2010 à 15:22 |
    Culot phénoménal, sens du tragique ET bouffonnerie, baroque échevelé ET rigueur extrême de la construction… c'est Tarantino au meilleur de sa forme, nous surprenant à chaque scène, mettant la barre toujours plus haut jusqu'à cette apocalyptique projection qui constitue l'un des plus beaux hommages jamais rendus à la puissance du cinéma. Un grand regret : que QT n'ait pas fait une édition "collector" digne de ce nom.

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  • Christian

    Christian

    11 septembre 2010 à 22:07 |
    Nonobstant mon amitié pour toi, Léon-Marc, l'honnêteté me force à dire que je ne suis pas du tout d'accord avec toi sur ce coup là… :-)
    Tarentino qui vient de braquer la Mostra pour couronner son ex (la nunuche Coppola) ainsi que son vieux pote est à mon sens un sale type, un cynique postmoderne de la pire espèce, et Inglorious Basterds un film pervers.
    Je m'en explique là:
    http://cdsonline.blog.lemonde.fr/2009/08/24/you-glorious-bastard/
    Désolé si je casse l'ambiance, mais là, non… /o\

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    • lmlevy

      lmlevy

      12 septembre 2010 à 00:54 |
      Que tu n'aies pas aimé "basterds" est assez triste mais bon, audible. Que tu tiennes des propos insultants sur Sofia Coppola m'interroge bien plus. La "nunuche" Coppola ayant signé Virgin Suicides et Lost in translation il est fort probable que Tarantino ait, encore une fois, touché juste. L'analyse/insulte n'est pas une analyse, c'est tout juste un symptôme et pas des plus nobles. Tu devrais le savoir cher Christian. Quand on a lu Milner on n'a pas d'excuse :-)

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    11 septembre 2010 à 20:30 |
    Saint Grégoire de Nysse dit qu'à la fin des temps, tous, même le diable, seront rachetés; c'est ce qu'il appelle l'apocatastase...Alors Hitler? Espérer pour tous, lui compris, comme dit Urs von Balthasar? Qui peut dire?

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  • Jacques Petit

    Jacques Petit

    11 septembre 2010 à 19:36 |
    Il faut des voix discordantes,c'est une "pochade" là je suis d'accord,mais de là a en faire un film culte NON . Revoyez tous to be or not be de Lubich.

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  • Cyril Drahy

    Cyril Drahy

    11 septembre 2010 à 19:22 |
    ce qui est particulierement brillant dans Inglorious Basterds, c est de nous debarrasser du cliche ridicule des Juifs soumis aux camps comme a une tragedie, que ce soit au cinema comme dans l inconscient collectif. un film comme Le Pianiste (meme si paradoxalement, il parle de la revolte du ghetto de Varsovie), en est l exemple le plus triste. en France, l histoire a ete reecrite apres guerre par les gaullistes et surtout par le PCF et les FTP MOI ne sont pas dans les livres d histoire -esperons que le prochain Guedigan soit a la hauteur de nos espoirs-.
    autre point fort, Inglorious Barterds est une tres belle variation sur le theme de la vengeance comme moteur de l Histoire. au revoir les bonnes pensees moralisantes, derriere ses dessous de plaisanteries, Inglorious Basterds aborde un principe remarquable: le desir de vengeance n est pas l ennemi de la morale pure.

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  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    11 septembre 2010 à 18:55 |
    Oui, LML, pour moi aussi "Inglorious Basterds" fut un grand moment de cinéma, et ceci pour toutes les raisons que vous évoquez.
    Cela dit, la plus jouissive de toutes - pour l'historien que je suis - est ce fantasme absolu réalisé par Tarentino devant nos yeux émerveillés par la violence infligée aux bourreaux nazis, parmi lesquels Hitler et les plus grands dignitaires du régime... dans une salle de cinéma... (!), par une jeune juive... (!), aidée d'un projectionniste noir... (!), et d'abord PAR LE FEU... (!), à partir des pellicules de films… (!)... dans un premier temps...
    Il fallait oser : le réalisateur "refait" (corrige !) L'HISTOIRE, qui nous avait tellement habitué à ce qu'on assassine les Jaurès, Gandhi, Kennedy (les deux), Martin Luther King, Yitzhak Rabin, etc.
    Oui, pour une fois, on peut "remonter le temps" avec Tarentino et exécuter les "méchants" ! On ne s'en plaindra pas ! Qu'ils aillent en "Enfer" ! ...

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